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A FILETTA :
Repères chronologiques

Dernière mise à jour du site : 16/01/2017

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39 ans déjà ! Un itinéraire exemplaire, semé d'embûches mais aussi de rencontres marquantes. Un parcours dont nous allons retracer les différentes étapes ici.

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Crédit photo : MV création

A signaler la publication de deux documents essentiels retraçant l'itinéraire d'A Filetta :

Tout d'abord, le documentaire exceptionnel " Trent'anni pocu, trent'anni assai" réalisé en 2008 pour la magazine "Ghjenti" de France 3 Corse par Cathy Rocchi.
Ce film de 78 minutes a été publié par Harmonia Mundi dans un coffret DVD contenant aussi un "concert privé" à l’oratoire St Antoine de Calvi, un bonus video de 8 titres ainsi qu'un bonus de 8 titres audio (plus de précisions en page discographie).

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Un petit extrait : A Paghjella di l'Impiccati à l'Oratoire de Calvi.



Et aussi mon livre, "A Filetta, Tradition et ouverture - De la polyphonie corse au chant du monde" publié en 2009 chez Colonna Editions.

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A Filetta : un itinéraire unique

Au sein des quatre premiers albums : Machja n’avemu un altra (1981), O vita (1982), Cun tè (1984) et In l’Abriu di e stagione (1987), le style d'A Filetta se dessine peu à peu avec des rythmes spécifiques et des textes d’une grande poésie (Mare, Cun tè, O Vita).

Parallèlement, très présent sur le terrain culturel, le groupe effectue un travail de recherche sur la polyphonie traditionnelle, en Balagne, mais également ailleurs. De cette démarche naît, en 1989 A u visu di tanti où l’on entendra des polyphonies traditionnelles sacrées, comme O Salutaris (u Mucale), Requiem (Rusiu), ou profanes (Paghjella di Tagliu) alliées à des créations musicales bien différentes du passé (Anima, où le groupe utilise des instruments traditionnels tels que la cetera, la pivana ou des percussions). C'est dans ce disque que le groupe effectue un premier tournant avec une création polyphonique (U Lamentu di Ghjesù), qui s’imbrique parfaitement, notamment au niveau de la ligne conductrice, dans la tradition orale insulaire. Ce chant qui dégage une intense émotion est toujours en 2005 au répertoire du groupe. A cette époque, c'est notamment au contact des confréries que se dessine l'écriture de chants sacrés polyphoniques.

En 1989, A Filetta franchit un nouveau palier en s'investissant dans l'organisation des rencontres polyphoniques de Calvi. « C’est un deuxième tournant, une prise de conscience d’aller vers l’ouverture tout en conservant notre spécificité. Et puis cela correspondait également à un besoin car dans la musique, rien n’est figé » explique Jean Claude Acquaviva. Quinze années durant, le groupe va s’enrichir grâce à l’échange avec d’autres traditions telles que la Grèce, l’Albanie, la Sardaigne et avant tout la Géorgie. "Le courant est passé très fort avec les Géorgiens. Dès qu'ils se sont mis à chanter, on a eu l'impression qu'ils nous renvoyaient une image de nous-mêmes, c'était assez surprenant. On retrouvait en eux les mêmes gestes, les mêmes façons de se chercher dans le chant. De fait, sur le plan harmonique, ils ont une musique très proche de la nôtre. Du coup, on s'est mis à chanter des chants géorgiens et ils sont revenus deux ans après, avec des chants à nous. On aurait vraiment dit des chanteurs corses. (…) Ces rencontres remettent notre chant dans sa matrice : en entendant chanter les Caucasiens, les Albanais, les Kabyles, les Turcs, les Syriens, nous entendons chanter une part de nous-mêmes. (…) Nous avons chanté des nuits entières avec les Mongols ou les Inuits sans échanger une seule parole".

En 1992 sort Ab Eternu, presque entièrement consacré à des chants liturgiques (messe des défunts, semaine sainte) à l’exception de Sumiglia, composé à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva.

En 1994 sort l'album « Una Tarra ci hè ». Cet album est celui de la maturité, avec des créations aussi bien polyphoniques (A Paghjella di l'Impiccati, U Lamentu di Maria), qu'avec instruments. Toutes ces créations sont d'une grande qualité.
Parallèlement, U Svegliu Calvese ayant décidé de reprendre la tradition de la Semaine Sainte en Balagne, A Filetta s'investit de nouveau en 1993 pour reprendre cette manifestation, renouant avec la démarche initiée dix ans auparavant. "Il s'agit pour nous de donner un visage plus humain à la Passion : l'histoire d'un homme avant celle du fils de Dieu."

Sorti en 1997, Passione, est un album exclusivement consacré aux chants de la Passion, qu’ils soient traditionnels ou compositions du groupe. La minutieuse architecture des voix, le lyrisme brûlant et l'interprétation saisissante balaient tout préjugé pour ne laisser place qu'à l'universalité de l'art. Dans cet album, à noter particulièrement U Sipolcru et A Sintenza, deux compositions de JC, Ghmerto, chant géorgien emblématique ainsi qu’une nouvelle version, plus dramatique que la première, d’U Lamentu di Ghjesu. En 1998, le metteur en scène napolitain Orlando Forioso met en scène La Passion. Cette reconstitution in lingua corsa des derniers jours de la vie du Christ est jouée dans la citadelle de Calvi par trente acteurs bénévoles accompagnés par A Filetta. Ce spectacle est redonné l'année suivante les 3, 4 et 5 avril 1999. La Passion inspire également le Via Crucis présenté les 30 et 31 mars 2002 dans la Citadelle. Ce chemin de croix ponctué de textes empruntés à la littérature moderne (Borgès, Primo Levi, Filippini) est mis en scène par Orlando Forioso et, rejoué spécialement pour FR3 début février 2003, a fait l'objet d'une diffusion télévisée à Pâques de la même année.

Médée

Le groupe va franchir un nouveau cap important : un soir d'août 1995, lors d'un concert donné dans l'oratoire Saint Antoine de Calvi, le groupe rencontre le jeune metteur en scène Jean-Yves Lazennec. L'idée d'une collaboration est évoquée, et quelques mois plus tard prend forme un projet de mise en scène d'un texte antique : le Médée de Sénèque. La création musicale est confiée au groupe qui traduit le texte latin en corse. Et les 12, 13 et 14 novembre 1997, A Filetta présente au théâtre de Bastia les chœurs de Médée. Jean-Yves Lazennec dira : "A Filetta propose quelque chose d'inouï, de tout à fait nouveau et d'à peu près inclassable, qui ne ressemble à rien d'autre véritablement de ce qu'ils entreprirent avant comme après. Une tension émue entre le proche et le lointain, au service d'une terrible histoire d'amour déchu et de rejet de l'étranger, où la création de l'artiste éclaire avec étonnement le présent."

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Crédit photo : Jean-Marie Colonna

Bruno Coulais dira de cette composition à six voix : "c'est un OVNI". Cette création, si elle prend sa source dans la mémoire orale insulaire, évoque aussi d'autres traditions orales du bassin méditerranéen. Le groupe polira, affinera, prolongera cette création, par extraits, au fil des concerts. Si l'on peut en entendre des extraits dans Intantu, l'intégrale des chœurs de Medea ne sortira en CD qu'en juin 2006.

lumio

Bruno Coulais

Dans la salle, le compositeur Bruno Coulais, surtout connu pour ses musiques de films, est époustouflé et souhaite rencontrer le groupe qu'il avait déjà entendu à Lama. Il déclarera, dans le film de Don Kent diffusé par Arte et édité sur DVD : « Rien n’était écrit. Jean-Claude avait probablement tout en tête, et c’est assez vertigineux car si la musique traditionnelle se transmet par oralité, créer une œuvre en l’ayant en tête sans passer par le papier et en chantant chaque phrase à chaque musicien, et la réussir, c’est vraiment impressionnant .»

De cette rencontre naîtra d'abord – dès le mois de janvier suivant - la bande originale du Don Juan de Jacques Weber, composée par Bruno Coulais sur des textes de Marcellu Acquaviva et chantée par le groupe et sur plusieurs morceaux par la mezzo-soprano Marie Kobayashi. C’est un nouveau tournant pour le groupe, dont la notoriété déjà grandie, va désormais franchir les frontières pour devenir internationale. "Nous avons galéré, c'était une partition à six voix et il fallait chercher note après note sur le piano. Nous disposions de vingt jours pour mettre au point huit chants, mais nous avons aussi beaucoup ri, notamment au cours des séances de répétition chez Tao à Calvi", se rappellent les membres du groupe (entretien avec Bernadette Spagnoli pour Corse hebdo). "Bruno a pris des risques mais il nous a immédiatement fait confiance" ajoute José. Et trois jours avant l'enregistrement, tout était au point.

Laissons parler Bruno Coulais (sur Traxzone www.musiquedefilm.com)):

"La rencontre avec le groupe A Filetta a été pour moi un choc. Pas seulement un choc musical, mais un choc humain : ils ont une force émotionnelle incroyable ! Auparavant, j'avais beaucoup travaillé avec des voix lyriques, notamment Marie Kobayashi sur Microcosmos et dans d'autres films. Mais j'ai découvert le travail avec les voix naturelles, ces voix qui semblent venir de très loin et en même temps tellement contemporaines. La voix naturelle est une chose qui ne se démode pas, qui donne ce sentiment d'intemporalité.

J'étais totalement inconscient sur Don Juan. A l'époque, les chanteurs d'A Filetta ne lisaient pas la musique – ils ont beaucoup fait de progrès depuis. Je leur ai envoyé une partition à six voix, très rythmique, alors que la musique corse n'a pas une métrique rythmique bien définie, elle est libre. Ils ont travaillé en trois-quatre semaines sur cette partition, en pataugeant un peu, puis je suis arrivé et on a replacé les choses rythmiques très rapidement, parce que les gens qui viennent du traditionnel sont des musiciens-nés. Par exemple, Jean-Luc Géromini, dans le groupe, est un surdoué musical. Il suffit que vous jouiez une phrase à toute allure, il la mémorise ! Il a un sens rythmique impressionnant ! Les gens qui travaillent à l'oreille, c'est une chance incroyable : on a l'impression que leur interprétation se bonifie au cours du temps. Plus on avance et plus c'est émouvant.

De 1997 à 2002, A Filetta participe ainsi à une dizaine de musiques de films (Don Juan, Himalaya l'enfance d'un chef, Le peuple migrateur, Comme un aimant, Le libertin,Serial lover, Scènes de crimes, Harrison's flowers, Vidocq) et effectue de nombreuses tournées à travers le globe. Le plus grand succès, la musique d'Himalaya (César, Victoire de la musique et disque d'or), sera donné aux rencontres de Calvi 1999 (sans musiciens) et en 2000, en version intégrale avec orchestre, au "Printemps de Bourges" et le 11 septembre 2000 au Théâtre municipal de Bastia, dans le cadre des XIIes Rencontres Polyphoniques de Calvi.

La collaboration avec Bruno Coulais se poursuit avec la création le 22 juin 2001 de "Toit du Monde" dans le cadre du Festival de Saint-Denis. L'ouverture vers d'autres musiques s'est faite "naturellement" selon les membres du groupe. "Notre chant se veut ouvert. Nous tourner vers les autres est un besoin. Partager, s'enrichir d'autres cultures, c'est essentiel, le monde est complètement métissé, la Corse ne peut pas rester limitée à ses frontières, elle évolue culturellement et musicallement", dit Jean-Claude.

A Filetta collabore également avec Philippe Léotard (avec notamment une poignante « Complainte corse ») et Gabriel Yacoub (Jean-Claude Acquaviva a toujours dit son admiration pour le groupe Malicorne).

leotard
yacoub


Des expériences, des rencontres aussi : une polyphonie pour neuf voix composée par Bruno Coulais et chantée avec le groupe Soledonna, le Salve Regina composé par Jean-Claude Acquaviva sur des textes en majeure partie extraits du Flumen Dei d'Anton Francescu Filippini ; les différents intervenants sont, outre A Filetta, les groupes balanins Anghjula Dea, U Fiatu Muntese, L'Alba et Aghja Rossa. Rencontre aussi avec la chanteuse israélienne Noa aux Musicales de Bastia en octobre 2000 ...

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A Filetta avec Noa - Photo G. Baldocchi

En 2002 sort «Intantu ». On y retrouve une paghjella, deux extraits des Chœurs de Médée, un chant géorgien (Makharia), deux créations sacrées (Sub tuum et Kyrie), trois extraits de musiques de Bruno Coulais pour Don Juan, un chant satirique (Cose viste), une reprise de L’Anniversariu di Minetta de Tavagna, une monodie (Lamentu di a malata) chantée par Jean-Luc et enfin deux reprises : A Paghjella di l’Impiccati figurant dans Una Tarra Ci Hè (sans compter la première version avec instruments sur O Vita...) et Sumiglia de Ab Eternu. Ce disque sonne comme un échantillon de l'identité musicale et du répertoire du groupe en cette année 2002 et reflète fidèlement le programme des concerts, l’ambiance en moins. Ici plus que jamais, les six voix masculines d’A Filetta font voisiner profane et sacré, simplicité et virtuosité, tradition et création.

En 2003 sort « Si di mè ». Réalisé par Bruno Coulais, ce disque est fait de rencontres. A Filetta s'ouvre à quelques invités comme celui qu'ils considèrent respectueusement comme l'aîné : Antoine Ciosi. ("A l'altru mondu" et "Visioni cari"). Il y a aussi le géorgien Guram Tamazashvili sur le poignant "Tbilissi". Ouverture aussi à d'autres timbres, d'autres sensibilités avec les deux chanteuses Marie Jo Alegrini ("A di ti di tu") et Marie Kobayashi ("L'aria"). 16 magnifiques chansons, presque toutes composées par Jean-Claude Acquaviva. Cette fois chacun des chanteurs a l’occasion de chanter en solo, les autres n’étant jamais loin. Les arrangements de Jean-Claude Acquaviva et Bruno Coulais sont superbes. Emotion intense dans tous les morceaux, avec une mention particulière aux textes de Filippini (Memorie et Visioni Care), beaux à pleurer. Avec « Si di mè », l’auditeur découvre d’autres harmonies avec de la musique instrumentale moderne alliée aux techniques traditionnelles du chant. Malgré l’apport d’une musique contemporaine, le timbre et la sonorité insulaire restent parfaitement perceptibles pour tout auditeur, qu'il soit novice ou habitué. "Si di mé s'adresse autant à ceux qui chantent avec nous sur le disque, qu'à ceux qui écoutent le disque, parce qu'on a sans cesse ce sentiment d'être des frères.Ce disque majeur n’a malheureusement pas bénéficié de l’audience qu’il méritait, sa promotion ayant été littéralement sabotée par Virgin.

Le Requiem de St Denis

En 2004 Jean-Claude Acquaviva compose pour une commande du festival de Saint-Denis un Requiem pour deux regards (Di Corsica Riposu), messe de Requiem pour six voix, avec cinq pièces pour violoncelle. Des textes de Primo Levi et de Jorge Luis Borges dits par Pierre Bertoni, en italien, français ou corse, viennent enrichir le tout. Cette oeuvre a été présentée les 17 et 18 juin 2004 en la basilique de St Denis puis le 16 septembre 2004 aux Rencontres de Calvi.

"Le texte de Primo Levi", souligne Jean-Claude Acquaviva, "est extrait de son livre Se questo è un uomo, un recueil sur la Shoah qui dit : "retenez bien que cela fut". C’est un texte sur la douleur et la culpabilité commune, sur le fait que nous les hommes, avons des frères qui ont fait des choses abominables à d’autres frères. Les textes de Borges traitent, eux, des limites de la vie, du réveil, de la vanité des choses ". 

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Ce Requiem que j’avais imaginé il y a quelques années, a été entièrement réécrit pour Saint-Denis. Il arrive souvent qu’un requiem soit écrit pour des circonstances particulières auquel on associe un nom ou la mémoire de quelqu’un. Moi, je n’ai pas voulu le faire parce que c’est l’oeuvre du groupe. En même temps, ayant perdu un neveu il y a deux ans, mort lors d’un accident de scooter, avec un jeune copain - il s’appelaient tous les deux Nicolas - avec Requiem pour deux regards c’est à eux que je pense. "

Depuis des années à Calvi, où nous avons créé des Passions, des chemins de croix, à travers l’histoire du Christ, nous avons toujours voulu chanter l’histoire de n’importe quel homme qui souffre pour ses choix, son engagement, son amour. De la même façon, nous voulions que notre Requiem soit autre chose qu’une série de textes de la liturgie, qui donne, au-delà du sacré, le sentiment d’une perte infinie. En ramenant à l’homme et à ses propres limites et pas forcément au divin. C’est la raison pour laquelle on a inscrit des textes qui parlent de l’homme dans ce qu’il a de plus banal". Telle est la vision "laïque" de la religiosité que propose le groupe : " Il y a la liturgie, à laquelle on croit ou non ; après, il y a la réalité de la vie qui se termine, c’est une immense douleur, un trou béant pour ceux qui restent et qui souffrent de l’absence. Nous voulions rendre cette idée-là."

« Nous avons toujours voulu chanter l’histoire de tout homme qui souffre pour ses choix, son engagement, son amour », confiait Jean-Claude Acquaviva au moment de sa venue à Saint-Denis en 2004. Pour lui, l’intensité que l’on ressent à l’écoute de chants comme le requiem ne signifie pas un registre triste ou proche de la mort. "Avec ces textes issus de la littérature contemporaine, nous avons voulu donner une nouvelle dimension plus humaine, et pas seulement liée à l'aspect céleste. le violoncelle intervient avec le récitant : c'est l'instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine et il apporte beaucoup à ce requiem, un aspect grave et austère mais aussi parfois plus léger. Ce requiem s'inscrit dans la trajectoire du groupe, car il contient des éléments hérités de la musique traditionnelle, mais pas seulement. Il se nourrit aussi d'influences diverses, car nous avons établi de nombreux contacts depuis vingt ans avec des traditions orales d'autres pays."

Une nouvelle corde à l’arc d’A Filetta : le théâtre

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Le 3 juillet 1999, sous la direction d'Orlando Forioso, A Filetta avait osé l'engagement théatral avec Don Ghjuvanni in Commedia dell’ arte, comédie pleine d’humour écrite avec Marcellu Acquaviva sur une musique de Bruno Coulais. Ce spectacle donné dans les douves du Fort Charlet en ouverture de Festivoce 99 regroupe les six chanteurs d'A Filetta dans le rôle d'une troupe de comédiens ambulants, des acteurs italiens de l'association Ars Nova, ainsi que Fernando Panullo, Marcello Colasurdo, Marie Kobayashi et Orlando Forioso dans le rôle d'un aubergiste. La scénographie est assurée par Toni Casalonga, qui crée une ambiance évoquant un village corse au XVe siècle.

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Cette collaboration avec Bruno Coulais et Orlando Forioso se poursuit en 2002 avec Il Gioco di Robin e Marion, très libre adaptation (en italien) de Robin des Bois. La trame de cet opéra prend sa source dans les mythes enfantins : la princesse Marion, prisonnière de l'affreux shérif de Nottingham, espère que Robin, son bien-aimé, défenseur des humbles, viendra la délivrer. L'univers est onirique : la princesse est enfermée dans une grande cage à oiseaux et le château se transforme en forêt...

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L'oeuvre est jouée par l'orchestre de Cannes, placé sous la direction d'Alain Joutard, avec les chanteurs lyriques Marie Kobayashi et Jean-François Ercolani et un chœur de 400 enfants des écoles de Corse. Ce projet est pour Alain Joutard "le moyen le plus efficace d'amener les enfants vers la musique dans sa gamme la plus déployée, de l'unisson à la polyphonie avec une musique d'essence populaire, lyrique, cinématographique, riche et ouverte à l'image de son compositeur". Ce spectacle, avec décors et costumes créés par Toni et Jérôme Casalonga, est d'abord donné les 24, 25 et 26 mai 2002 au théâtre de Nice, les 8 et 9 juin 2002 au Palais des festivals de Cannes et le 15 juin au Cannet. Il sera repris à l'Opéra municipal de Bastia les 9 et 10 mai 2003.
On peut en entendre un extrait musical, L’Aria, dans Si di mè, et l'intégralité du spectacle a été diffusée par France 3 Corse.

En 2005, A Filetta compose la musique de " Fantastica, la Grammaire de l’imagination ", pièce mise en scène par Orlando Forioso sur la base de textes de Gianni Rodari. Cette pièce, jouée à plusieurs reprises par des enfants de Calvi, devait clôturer les 17es Rencontres Polyphoniques. Malheureusement, le mauvais temps n'a pas permis de présenter le spectacle en plein air. Les chansons ont été chantées par A Filetta dans la Cathédrale, sans les comédiens. Ce spectacle hilarant devrait être présenté de nouveau à Calvi en 2007 et enregistré.

Marco Polo

A Filetta retrouvera début 2006 Bruno Coulais et Orlando Forioso pour Marco Polo, un opéra qui sera présenté d'abord à Bastia puis à Venise dans le cadre de la Biennale, avec Guillaume Depardieu

Colomba

Orlando Forioso présentera en mai 2007 une Colomba revisitée, proche de la tragédie grecque. Pour ce spectacle,dont la première se jouera à Bastia le 5 mai 2007, Orlando associe théatre, récitatif et chant, et mêle les langues, français, anglais, italien et latin alternant dans ce grand spectacle populaire.

La danse : "In memoriam", "Apocrifu", "Puz/zle"

Le 26 décembre 2004, A Filetta participe également à Monte Carlo à la création du ballet «In Memoriam» de Sidi Larbi Cherkaoui. Absence, présence, racines, passé, présent : le ballet, qui tourne autour de ces thèmes, lui a été inspiré par les voix d'A Filetta.
 

cherkaoui


Quand j'ai commencé à penser à la musique de ce ballet, j'étais en train de réfléchir avec qui je rêverais de travailler. C'était A Filetta. C'est une musique que je connaissais déjà depuis quatre ans, et j'avais très très très envie de faire un jour quelque chose là-dessus.

Dans un de mes précédents spectacles, on travaillait sur du chant polyphonique très ancien, des Xe et XIIIe siècles. Pour s'échauffer, on mettait toujours le même CD, c'était "Intantu" d'A Filetta.
Après, j'ai cherché tous leurs autres albums, j'ai essayé de suivre ce qu'ils faisaient, je suis allé à leurs concerts. C'est une musique qui me touche profondément, et j'ai bâti ma petite histoire sur cette musique".


   inmemoriam

Crédit photo : Franz Chavaroche
"Nous sommes heureux que Sidi Larbi ait fait appel à nous car c'est une nouvelle aventure", dira Jean-Claude Acquaviva."Nous avons réalisé beaucoup de choses dans des domaines très divers et, hormis Médée, qui mêle le chant, le théâtre et la danse, nous n'avions encore jamais participé à un ballet. Nous avons été surpris et émus de voir à quel point Sidi Larbi a perçu ce qui se passait entre nous quand nous chantons. Ses chorégraphies nous ont vraiment touchés. Nos chants, issus d'une mémoire chrétienne et liturgique, qui expriment la passion et la douleur, sont transposés à la danse avec une esthétique étonnante".

Des extraits de ce spectacle sont de nouveau présentés à Monaco les 12 et 13 août 2006. Jean-Claude nous confiera à cette occasion son admiration pour le chorégraphe, mais aussi chanteur et musicien: "Il connaît par coeur tous nos chants, et quand nous avons répété, nous avons chanté U Sipolcru un demi-ton au-dessus de la version du disque. Eh bien, il l'a remarqué et nous a demandé de le refaire comme sur le disque ! Parfois, il chante a terza avec nous..."
Le résultat de cette rencontre, pleine de beauté, d'émotion et de grâce, est une réussite éclatante.


 

 

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Crédit photo : Laurent Philippe
Et en 2007, pour sa première création au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, Sidi Larbi Cherkaoui fait de nouveau appel à ses amis d'A Filetta.

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apocrifu

Le 14 juillet 2012, Sidi Larbi Cherkaoui est en Avignon pour un nouveau projet : Puz/zle.
(voir la page dédiée à Sidi Larbi Cherkaoui)

Et Médée de nouveau...

En février 2005, le groupe réalise un vieux projet : enregistrer l'intégrale des choeurs composés en 1997 pour Médée. Les choeurs de Médée sont présentés à Paris dans le cadre de la Nuit blanche, le 1er octobre 2005 dans la Cour Marly du Louvre. Le disque sort en juin 2006.

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Et le jazz !

Octobre 2006, « L’Aghja », un petit théâtre ajaccien fête ses 20 ans. Pour l’occasion, Francis Aïqui, son directeur, metteur en scène et passionné de jazz, décide de réunir jazzmen et polyphonistes corses.: Autre rencontre miraculeuse, c'est celle du trompettiste sarde Paolo Fresu et du bandonéiste italien Daniele Di Bonaventura. Un premier projet, Mistico Mediterraneo, présenté aux Rencontres de Calvi, donnera lieu à un disque enregistré chez ECM en 2010.

Après ce succès et quelques dizaines de concerts, tous décident de poursuivre la route commune. Cette fois, il s’agit d’un travail musical et vocal ayant pour thème les regards croisés de deux hommes, deux insulaires, deux êtres d’exception ayant marqué le 20ème siècle : Aimé Césaire, écrivain, poète, dramaturge d’origine martiniquaise et Jean Nicoli, enseignant, résistant, exécuté en 1943 à Bastia par l’occupant fasciste italien. En commun, ces deux hommes ont leur engagement politique, leur humanisme notamment à travers leur jugement sur le colonialisme.

Voix, trompette et bandonéon, à nouveau entrelacés, pour ce "Danse mémoire danse", pour que corses et italiens, ensemble, célèbrent de lumineux penseurs ayant largement contribué à forger l’identité et l’histoire mouvementée de nos territoires.

Conversation(s) entre l'Orient et l'Occident

D’un côté la voix captivante et feutrée de Fadia Tomb El-Hage, de l’autre celles d'A Filetta.

Réunis pour la première fois par le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui pour son spectacle Puz/zle présenté en 2012 dans le In du Festival d’Avignon, c’est à la demande d’un autre festival, celui d’Ile-de-France, que les artistes ont imaginé cette version concert.

Le chant a capella y apparaît dans toute sa pureté. Chants profanes ou sacrés, interprétés en corse, en arabe ou en syriaque, ils font se rejoindre deux univers et deux traditions musicales dont l’osmose résulte d’une grande écoute et d’une parfaite complémentarité entre les interprètes.

Si chacun d’entre eux garde sa spécificité, ces conversations ouvrent des espaces imaginaires qui doucement se dessinent à travers les mélismes des voix et la fusion des timbres. 

De cette rencontre naissent une symbiose unique, une polyphonie limpide, une harmonie intemporelle et poétique rassemblant dans un même élan répertoires corse et oriental.

« A Filetta, c’est un groupe polyphonique qui chante d’une seule voix, quant à Fadia, seule, elle chante comme tout un chœur. Lorsqu’on les écoute ensemble, on a l’impression d’entendre la planète tout entière »     Sidi Larbi Cherkaoui

Aghju sunniatu qualchi volta è più à un antivistu mondu senza strade. Alta felicitai?

La composition du groupe

Quelles sont les bases de recrutement du groupe ? La passion pour cette forme d’expression, bien sûr ; la qualité de la voix, évidemment ; mais aussi et peut-être même avant tout quelque chose d’indéfinissable, mélange de solide amitié et de respect profond de l’autre.

La polyphonie, c’est la rencontre de différentes voix dans une harmonie parfaite. Je ne prétends pas que nous atteignons toujours cet objectif vers lequel nous tendons. Mais je suis certain que, pour y parvenir, une parfaite osmose entre tous les intervenants est indispensable. » (Jean Sicurani)

« C’est un chant dans lequel chacun est pleinement responsable de ce qu’il donne, mais en même temps totalement dépendant et partie prenante de ce que donnent les autres. Sans l’existence d’un lien très fort et très particulier entre nous, aucun bon résultat durable ne peut être obtenu. » (
Jean-Claude Acquaviva )

Ce lien d’une qualité exceptionnelle est à la fois utilisé et renforcé lors de la recherche collective par A Filetta des arrangements musicaux pour les chants traditionnels, ainsi que pour les créations. Ces dernières partent d’un texte écrit par Jean-Claude Acquaviva, son frère Marcellu ou d’autres auteurs insulaires, anciens (Filippini) ou contemporains (Rinatu Coti, Ghjuvan-Teramu Rocchi). Tradition d’une culture ancestrale basée sur l’oralité, leur mise en musique par Jean-Claude ne fait l’objet d’aucune partition. Paroles et ligne mélodique sont donc enregistrées « à l’oreille » par chaque membre du groupe avant qu’ils ne les travaillent et les interprètent ensemble : chacun à l’écoute attentive des autres, aucun ne cherchant à dominer l’ensemble, tous tendus vers la recherche commune de l’harmonie parfaite de leurs voix.

La liste de tous ceux qui ont participé à l'aventure d'A Filetta :

Membres fondateurs :
Michel Frassati,
Tumasgiu Nami,
Dédé Nobili,
Jean-Claude Acquaviva,
Jean Sicurani,

Puis, par ordre alphabétique :
François (Ceccè) Acquaviva,
Jean Antonelli,
François Aragni,
Daniel Berti,
Pierre Bertoni,
Stéphane Casalta,
François Croce,
Natale Ferricelli,
José Filippi,
Eric Fino,
Jean Yves Franceschi,
Jean-Luc Geronimi,
Nonce Giacomoni,
Stéphane Giannecchini,
Paul Giansily,
Tony Guidicelli,
Christian Johanenc,
Yves Leccia,
Jef Leschi,
Jean Luciani ,
Christian Magdelene,
Antoine Mariotti,
Philippe Mariotti,
Maxime Merlandi,
Paul Félix Nasica,
Henri Olmeta,
Francis Palmari,
Battì Paoli,
Bernardu Pazzoni,
Jean Marc Pellegri,
Jean Luc Raclot,
Valérie Salducci,
Benedettu Sarocchi,
Stéphane Serra,
Jean Philippe Tomi,
Félix Travaglini (Felì),
Maxime Vuillamier

Plus quatre musiciens ayant accompagné le groupe durant quelques années sur les tournées "Una tarra ci hè" : Anne-Lise Herrera , Isabelle Escanez , Jean Michel Giannelli et Paul-Antoine de Rocca Serra.

Le groupe actuel (mai 2014) est le suivant : Jean-Claude Acquaviva, compositeur et porte-parole du groupe, siconda et terza, Jean Sicurani, siconda et bassu, François Aragni, qui rejoint le groupe en 2013, siconda et bassu, Paul Giansily, siconda et terza, arrivé en 1984, Maxime Vuillamier, bassu (1989), Stéphane Serra, siconda et terza (arrivé en 2013). Auxquels il faut ajouter l'omniprésente Valérie Salducci, à la fois régisseur, éclairagiste, administrateur...

AF2014


Portrait décalé : François Aragni

By Mario Grazi
24/01/2016
francois

A lire dans Corse Matin

L'insertion du groupe dans la vie locale

A Filetta s'est depuis toujours profondément investi dans la vie locale. En témoignent non seulement l'action accomplie avec U Svegliu Calvese autour de la Passion, du Via Crucis et des Rencontres Polyphoniques, mais également tout le travail accompli avec le milieu éducatif à travers des interventions dans les écoles et les spectacles Il Gioco di Robin e Marion et La Grammaire de l'imagination. On retiendra aussi le projet "creazione, canti e incontri" réalisé avec le centre culturel "Una Volta" de Bastia, autour d'un travail pédagogique vers les enfants avec le groupe Soledonna.

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Corse matin du 06/04/2006 - Article communiqué par Françoise Coulomb




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Qu’ils chantent les choeurs antiques de Médée ou écrivent pour Bruno Coulais, l’âme de leur polyphonie est toujours au rendez-vous. Héritier d’une tradition forte mais intéressé au mouvement du monde, l'ensemble A Filetta n’est pas de ces formations ancrées dans le passé.

"Avec une rigueur toujours plus sûre, A Filetta va de concerts en disques imposer une vision tout à la fois ardente et sereine des chants sacrés et profanes qui constituent peu à peu son répertoire. Chants de tradition et de création se mêlent, hymnes à la langue et à la culture de l’île, mais aussi appels vers d’autres horizons. (Philippe-Jean Catinchi)

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