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Dernière mise à jour : 21/04/2018

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Avril 2018

L'hommage de Tao By à Jacques Higelin

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Chemin de fer : Les premiers tracés de la ligne de train-tram Casamozza - Folelli dévoilés

par Nicole Mari - 19 Avril 2018

Le chemin de fer en Plaine orientale d’ici cinq à six ans ? La ligne mythique pourrait enfin être bientôt sur les rails. Mercredi, à Vescovato, en présence des membres du Conseil d’administration des chemins de fer (CFC), des cheminots et des élus de la Casinca, le président de l’Exécutif territorial, Gilles Simeoni, et le président des CFC, Hyacinthe Vanni, ont présenté le projet de réouverture de la ligne de train entre Casamozza et Folelli. Ce projet stratégique, déjà bien avancé, desservira en mode train-tram toutes les communes du parcours avec un tracé à plusieurs variantes possibles, mais pratiquement acté jusqu’à Vescovato. Son coût : plus de 40 millions €.

train

Ce vieux mythe, récurrent depuis la fin de la seconde guerre mondiale, serait-il en passe de devenir enfin réalité ? L’Exécutif nationaliste en avait fait la promesse dès sa prise de fonction début 2016 et s’était donné deux ans pour mener à bien les études. Mais, nul n’y croyait vraiment. Le train en Plaine Orientale était ce vieux serpent de mer toujours sacrifié sur l'autel d'autres priorités, sa réhabilitation, toujours annoncée et jamais concrétisée. Et, pourtant, c’est chose faite. Les études préliminaires de faisabilité promises sur la reconstruction de la ligne Casamozza-Folelli ont bien été réalisées à partir du tracé historique, et présentées mercredi après-midi, à la mairie de Vescovato, sous l’égide du président de l’Exécutif territorial, Gilles Simeoni, du président des chemins de fer de la Corse (CFC), Hyacinthe Vanni, et de la présidente de l’Office des transports, Vanina Borromei, qui ont affiché leur détermination. « C’est, pour nous, un dossier prioritaire jusqu’à u Poghju-Mezzana, un projet structurant pour la région et les chemins de fer. Aujourd’hui, nous l’avons phasé jusqu’à Folelli. Comme nous l’avions annoncé en 2015, nous avons finalisé, dans les deux ans, le tracé, même s’il reste quelques réglages à faire. Néanmoins, on ne pourra réussir ce projet que s’il est porté par tout le monde », annonce, d’emblée, Hyacinthe Vanni.

Une renaissance

Le temps de la renaissance semble donc être venu pour la ligne de la Plaine Orientale, qui, lorsqu’elle fonctionnait dans les années 30, était la plus rentable de Corse. C’est, aussi, l’avis du président de l’Exécutif, Gilles Simeoni : « C’est un projet qui vient de loin. La ligne a été ouverte en 1888 entre Casamozza et Tallone, prolongée jusqu’à Porto-Vecchio en 1935, puis arrêtée en 1953. Le train est revenu au cœur de notre vision stratégique, notamment de notre stratégie de multi-modalité et d’inter-modalité. Nous voulons porter un regard nouveau sur cet outil de développement et le faire en concertation avec les élus et la population de la Plaine Orientale qui en seront les premiers utilisateurs. Nous nous sommes engagés à continuer ce chantier que nous considérons comme structurant, il peut l’être parce que les chemins de fer corses se portent bien. Un travail considérable vient d’être accompli, mais il ne faut pas se cacher les difficultés et les contraintes. Il y a, à l’évidence, encore des interrogations, des préventions, voire des réticences, certaines sont levées, d’autres encore à discuter. Plusieurs options restent ouvertes ».


Benoit Bruzi
Benoit Bruzi, Petr'Anto Tomasi, Gilles Simeoni, Hyacinthe Vanni, et Vanina Borromei.
Le choix d’un train-tram
Le directeur des Transports de la Collectivité de Corse, Benoit Montini, a, ensuite exposé les grandes lignes du projet et les scénarii de tracé à quatre variantes (cf cartes) pour un potentiel passagers estimé à 800 voyageurs par jour. L’objectif est de coller autant que faire se peut au tracé historique ou d’en rester le plus proche possible : « Plus on s’en éloigne, plus on a de contraintes environnementales ». Ce tracé, laissé en déshérence depuis plus de 60 ans, a été, sur certains tronçons, urbanisé, voire entrecoupé de nouveaux chemins, ou à même servi à enfouir les canalisations hydrauliques, les réseaux électriques téléphoniques, et même plus récemment le réseau de fibre optique. L’objectif, aussi, est de rester au maximum sur le parcours des ouvrages d’art existants au dessus des cours d’eau pour éviter d’alourdir la faisabilité technique et financière du projet. « La priorité a été la recherche du moindre impact et du trajet le plus court possible. Le juste équilibre est de retenir le meilleur compromis entre avantages et inconvénients ». Le choix s’est porté sur le concept train-tram, un train utilisé comme un tram en zone urbaine avec une vitesse limitée. « Le train-tram est un matériel plus léger qui roule en mode train à 80-100 km/heure sur des sections longues et passe en mode Tram, - train ralenti – en urbain. Il peut gravir des pentes plus importantes qu’un train normal - des pentes de 6% au lieu de 3% - et sécurise l’utilisation en milieu urbain ».

Un tracé à 4 variantes
Les divers scénarii de ligne partent, donc, de Casamozza et suivent le tracé historique sur la commune de Monte, sans aucune problématique particulière jusqu’au rond-point de Torre. Là, le projet prévoit un passage du train en mode tram pour traverser le rond-point, et deux variantes alternatives en contrebas. Première concernée, la commune de Monte est enthousiaste : « Nous sommes preneurs d’une gare ou tout au moins d’un arrêt, car nous avons autour du tracé toute une zone à urbaniser. Nous pouvons mettre un terrain de 10 hectares à disposition des chemins de fer » explique un élu communal. L’obstacle franchi, la ligne reprend le tracé historique jusqu’au rond-point d’Arena-Vescovato où elle se retrouve confrontée à l’arrivée de la 4X2voies. Là aussi plusieurs scénarii, selon le choix d’un passage dénivelé du rond-point en mode tram ou une variante en contrebas. Tout aussi enthousiaste, le maire de Vescovato, Benoit Bruzi, revendique, également, une gare : « « Ce chemin de fer, détruit en septembre 1943 pendant la déroute allemande, est un outil qui doit être remis en état, car nous en avons besoin. Nous avons le projet de dynamiser cette zone pour créer des emplois. La variante la plus adaptée est celle qui permettra de desservir l’école et cette future zone du Nord de la Casinca ».

La problématique agricole
Le train-tram est perçu par les élus comme un moyen de développer des pôles urbains, mais la Casinca est surtout une grosse région agricole. « A Venzolasca et Sorbo-Occognano, le tracé historique se heurte à une zone qui s’est fortement urbanisée et recouvre des réseaux d’assainissement et des routes qui desservent les maisons. La variante ne peut se faire que dans les terres agricoles », remarque Antoine Poli, président de la communauté de communes Castagniccia-Casinca. A partir de Vescovato, se pose effectivement, comme le fait remarquer l’ancien maire de la commune, François-Xavier Marchioni, la problématique épineuse de préservation des terres et des exploitations agricoles. « Le projet du train est un acte fort en termes d’aménagement du territoire, mais au moment où on parle tant de la préservation du foncier agricole, le tracé a une emprise sur des terres agricoles que vous allez amputer. La plaine de la Casinca est fortement agricole et mérite d’être fortement protégée ». L’impact sur le foncier agricole est un critère essentiel à prendre en compte pour l’Exécutif : « Préserver le foncier agricole est, pour nous, fondamental. Il y a deux écueils à éviter : trop s’éloigner de l’urbain et empiéter sur les terres agricoles », affirme Gilles Simeoni.
Les élus de Plaine Orientale.
Les élus de Plaine Orientale.
Un train de proximité

Si jusque-là le tracé ne pose pas de problèmes majeurs, les difficultés se corsent en plaine de Castellare et de Folelli où les variantes proposées, qu’elles soient urbaines ou rurales, qu’elles suivent ou non le tracé historique, suscitent des réticences, voire des oppositions qui ne vont pas toutes dans le même sens. « Je suis à 100% pour le train qui est un outil indispensable au développement de la Casinca et de la Castagniccia, voire même de l’Orezza et de l’Ampugnani. Ma population est en attente. Je suis ravi de voir qu’il y aura des possibilités de réflexion », assure Yannick Castelli, maire de Penta-Folelli, qui demande une « vraie gare et un parking de 300 ou 400 places ». Jugeant l’ancienne ligne « obsolète », il plaide pour le tracé de la 2X4 voies qui avait, dans une de ses prospectives, inclut des rails à l’intérieur du projet de voie rapide. Mais ce tracé est rejeté par l’Exécutif territorial : « C’est un tracé pour un train rapide, ce qui ne correspond pas à notre état d’esprit. Notre choix est d’être au plus près des agglomérations et des habitants, donc d’être en mode Tram », explique Hyacinthe Vanni. « Ce sont deux visions stratégiques et politiques qui s’opposent. La solution de facilité serait de coller au fuseau existant, mais ce n’est pas notre philosophie. L’esprit du PADDUC n’est pas de faire un train en rase campagne. Ce serait un train express et non plus un train de proximité. Il faut se poser la question : A qui s’adresse ce train ? Il doit avoir une utilité sociale et économique », renchérit Gilles Simeoni.

Un projet finançable
Le coût de la ligne Casamozza-Folelli, qui s’étend sur près de 10,5 kilomètres, est estimé entre 42 et 48 millions d’euros, en fonction des scénarii et des ouvrages d’art à construire. Les travaux sur le tracé historique sont évalués à 31,5 millions € auxquels s’ajoutent 9,6 millions € de foncier. L’investissement est comparable à ceux dévolus aux routes. « Il faudra faire des choix budgétaires. Le projet est finançable, mais pas encore financé », précise, prudent, le président de l’Exécutif. Plusieurs options sont envisageables, notamment le PEI (Plan exceptionnel d’investissements), également le nouvel outil promis par le président de la République de mise à niveau des infrastructures et les fonds européens. « Le train Folelli-Casamozza n’est pas seulement l’affaire de la Casinca, mais entre dans une vision plus globale de l’aménagement de l’espace et du territoire. L’idée est d’y insérer pour faire des économies d’échelle : les réseaux électriques, le haut-débit, la complémentarité avec la route, mais aussi la prise en compte du passage au gaz naturel. Si l’Etat tient ses promesses, la Corse sera alimentée en gaz naturel en 2022 avec un réseau qui partirait d’une barge à Luciana pour arriver à Ajaccio. Il faudra tenir compte de tout cela », commente Gilles Simeoni.

Un délai de cinq ans
Côté calendrier, Hyacinthe Vanni se veut optimiste et table sur un délai de cinq à six années pour ouvrir la ligne : « Ces cinq ans coïncident avec l’équipement en matériel train-tram. Nous prévoyons une réunion publique dans les trois mois à Folelli pour débattre du projet avec la population ». Le top départ pourrait être donné à la fin de la concertation publique qui pourrait prendre six mois. Mais, Folelli, martèle le président des chemins de fer, n’est qu’une première étape : « Le but est de traverser le Fium’Alto à son passage le moins large pour rejoindre de l’autre côté le tracé historique vers u Poghju Mezzana et de poursuivre le projet vers le Sud... jusqu’à Portivecchju ». La Plaine Orientale peut, enfin, se rêver sur les rails...

N.M.

 

Jacques Higelin, l'"enfant de la citadelle" de Calvi est mort

Par Laetitia Martini -07 avril 2018

higelin
"La mort ce n'est désagréable que pour ceux qui restent", chantait Jacques Higelin. Archives G.B.

Vivez heureux aujourd'hui car demain il sera trop tard." Ce mantra, il l'a gravé des murs aux plafonds du cabaret mythique de Calvi, qu'il immortalise en 82 dans La ballade de Chez Tao.

Le chanteur, auteur-compositeur, comédien, écrivain, Jacques Higelin est mort ce vendredi 6 avril à Paris, à l'âge de 77 ans.

L'auteur de Tombé du ciel et Champagne pour tout le monde était un fan absolu de la Corse, et surtout de la Balagne où il avait son repère, temple des nuits rock : "Le jour va bientôt se lever sur la baie de Calvi. Je lève mon verre, le coeur gros, aux frères, aux amis de Tao", chantait-il. Et ils sont nombreux. Certains ont d'ailleurs pris l'avion dès hier après-midi pour la capitale, rendre un dernier hommage au poète du rock.

"Ses improvisations étaient hors-norme... Il savait capturer les salles, faire venir le public à lui, le faire chanter, rire", se rappelle la voix serrée le propriétaire du cabaret Tao-By Kerefoff, qui l'a accompagné près de cinquante ans au piano, entre les murs de son bar ou sur des scènes parisiennes aux côtés de noms comme Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Michel Sardou.

"Jacques était imprévisible, s'amuse-t-il. Et il n'avait pas peur de mourir. Il disait que ce n'était qu'un passage d'une énergie à une autre, qui se transforme et part ailleurs. Ce n'était pas triste mais une fête, où l'on devrait crier Champagne !". En Balagne, ce n'est pas ce qu'il s'est passé hier. D'aucuns se rappellent que l'artiste était, depuis 1985, citoyen d'honneur de Calvi, une ville qui l'a vu grandir. Et où est enterrée sa mère. Ses proches, et son public, parlent de lui comme d'une "bête de scène", "d'un pionnier du rock français", "d'un artiste sincère" qui laisse derrière lui une vingtaine d'albums, sa femme Aziza, danseuse, ses fils Arthur, Ken et Izïa, sa fille, qui évoluent eux aussi entre musique et comédie.

Dès 14 ans, Higelin veut se faire une place d'artiste. Il tente d'abord un petit rôle dans une opérette avec Sidney Bechet, avant de s'imaginer comédien. Cette carrière-là ne décolle pas, mais la musique revient le hanter au milieu des années 60. Il rencontre Marie Laforêt, Georges Moustaki mais aussi Brigitte Fontaine ou encore Rufus. Il participe à la première édition du Printemps de Bourges en 77, puis à celles des Francofolies en 84. Comme sur les plus grandes scènes françaises, il y chante des textes engagés. À gauche. Un engagement qui ne se dément pas. À la fin des années 80, on entend moins le chanteur mais davantage le militant. Jacques Higelin prend la parole avec l'Abbé Pierre pour l'association Droit au logement, ou lutte contre le Front national, sur ses terres, à Orange. Il retrouve la scène quelques années plus tard, visage d'éternel adolescent, chevelure hirsute.

"Je suis mort qui, qui dit mieux..." Ses amis, qui ne le laissent pas partir. Comme Tao-By: "On reprendra ses chansons jusqu'à n'en plus pouvoir, Jacques sera toujours vivant."

Alerte citoyenne

alerte Mars 2018

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Une lettre ouverte à l'initiative de la Ligue des Droits de l'Homme

lettreouverte

La Corse à Paris

capitale

Décès d'un grand poète

Ghjuvan Terramu Rocchi n'est plus…

Ancien enseignant et conseiller pédagogique, cet inlassable défenseur de la langue corse avait ouvert la voie de l'enseignement bilingue, à travers ses méthodes d'apprentissage à destination des enfants. Sans oublier ses poésies et ses textes, interprétés par I Muvrini, Antoine Ciosi, Tavagna, Canta, A Filetta ou Felì.

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Février 2018

TRIBUNE - Macron et la Corse : où est passée la disruption ?

Par Pierre Dottelonde, historien

Publié le 08/02/2018, 16h17
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(Francescu Maria Antona - Alta Frequenza) - L'historien et journaliste Pierre Dottelonde, auteur également de nombreux ouvrages sur la Corse, a fait parvenir aujourd'hui à la rédaction d'Alta Frequenza une tribune, après la visite présidentielle de ces deux derniers jours.

Ceux qui espéraient de la disruption de la part d’Emmanuel Macron sur le dossier corse avaient de quoi devenir sceptiques avant même sa première visite présidentielle en Corse. Mais dès les premières phrases prononcées lors de son discours du 7 février dernier à Bastia, la crainte s’est transformée en incrédulité.

Ainsi, aux attentes exprimées à diverses reprises et de façon très majoritaire par les électeurs et les élus de l’île, depuis que l’assemblée territoriale est dirigée par les nationalistes mais également avant, aucune réponse positive n’a été donnée. Le rapprochement des prisonniers résidant en Corse au moment du délit pour lequel ils ont été jugés ? Pas même évoqué, tandis qu’une amnistie pour les prisonniers « politiques » avait, elle, été totalement exclue la veille. La coofficialité du corse avec le français ? Exclue tout aussi nettement. Un statut de résident ? Exclu également, au nom de la constitution française et des règles européennes, M. Macron passant curieusement sous silence le fait qu’au Danemark, pourtant membre de l’Union européenne, seuls les citoyens danois peuvent faire une acquisition immobilière.

Aucun signe de disruption, donc, jusqu’à ce qu’à la 75ème minute d’un discours où il fut beaucoup question de 4G et de fibre, de sécurité et d’hôpitaux, d’agriculture bio et d’Internet…, M. Macron annonce être prêt à proposer d’inscrire la « reconnaissance constitutionnelle de la spécificité de la Corse » dans la réforme qui sera soumise au printemps prochain aux parlementaires (en étant attentif, on aura entendu le président de la République mentionner également la « demande d’une autonomie de la Corse reconnue dans la République », notion qu’il ne reprendra toutefois pas). Mais attention, a précisé aussitôt le chef de l’Etat, la refonte de l’article 72 de la Constitution ne se fera pas sur un « concept » mais sur des « points précis ». Lesquels ? Comme aucune des attentes reliées à cette revendication constitutionnelle n’est admise comme recevable, on se demande bien ce que vont être ces « points précis ».

À cette inconnue – qui devrait, calendrier de la réforme oblige, être levée dans les prochaines semaines – s’ajoutent deux sujets d’inquiétude majeurs.

Le premier tient au constat du peu de poids qu’accorde Paris à l’expression démocratique insulaire. La situation en Corse s’est grandement apaisée ces dernières années, sans doute par lassitude d’une violence aux résultats plutôt ténus mais surtout en raison de l’espoir de plus en plus massivement et régulièrement exprimé dans les urnes que la volonté populaire permettrait d’obtenir satisfaction sur des revendications désormais très majoritaires. Certes, on est cette fois assez loin du fameux « Même 200 000 Corses autonomistes ne pourraient obtenir une modification de la Constitution faite pour 52 millions de Français ! » prononcé en avril 1974 par Libert Bou, mandaté par Jacques Chirac, alors Premier ministre de Valery Giscard d’Estaing, pour tenter de solutionner la « question corse ». Mais si l’attitude de l’Etat consiste en un « Même 100% de voix pour les candidats nationalistes ne sauraient autoriser la co-officialité du corse, un statut de résident et le rapprochement des prisonniers », comment pense-t-on à l’Elysée que le climat en Corse évoluera ? Paris fait-il le pari d’un renoncement de la population ? Les prédécesseurs d’Emmanuel Macron s’y sont essayé au cours des quatre dernières décennies, avec le succès que l’on sait.

L’autre grand sujet d’inquiétude est la méconnaissance dont a fait montre le président de la République de l’état d’esprit des insulaires. L’ouverture ? Mais cela fait déjà fort longtemps que l’université de Corte et les structures insulaires de formation supérieure la pratiquent et nouent et développent des partenariats, particulièrement en Méditerranée. Et c’est ce que pratiquent tous ces jeunes qui, avant de fonder en Corse ces start-up si chères à Emmanuel Macron, parfont leurs études et étoffent leur expérience à l’étranger.

Prenons aussi cette vision d’une « identité corse indissociable de l’identité française » dont on hésite à dire si elle est relève seulement d’une méconnaissance ou bien d’une volonté de refuser l’évidence. Car lorsqu’on observe sur le long terme l’évolution de ces questions d’identité en Corse, on ne peut que constater le recul sensible, particulièrement chez les jeunes, d’un sentiment d’appartenance à la France voire l’expression de plus en plus assumée d’un rejet. Est-ce le but poursuivi que d’encourager la progression de ce phénomène ?

Aujourd’hui, après les deux jours passés en Corse par le président de la République, s’imposent à la fois le constat que la disruption n’était décidément pas du voyage et la crainte que la fin de non recevoir exprimée à l’encontre de trois des quatre revendications majeures plébiscitées à plusieurs reprises par les électeurs insulaires ne compromette sérieusement le climat apaisé et constructif qui s’est imposé depuis deux bonnes années.

Emmanuel Macron a indiqué que les échanges avec les dirigeants nationalistes au pouvoir pour définir sur quoi portera précisément la proposition d’inscription de la spécificité de la Corse à l’article 72 de la Constitution s’achèveront courant mars prochain. Il reste donc peu de temps pour éviter que l’homme dont on attendait beaucoup de l’esprit disruptif ne devienne celui qui aura enterré une chance peut-être unique d’éloigner la Corse d’une…tentation disruptive d’avec la France.

Source : http://www.alta-frequenza.corsica

«Macron, le côté obscur de la Corse»

Par  Natacha Polony Publié le 09/02/2018 à 19:46

polony

Deux libres opinions sur la visite d'Emmanuel Macron


Ceci n'est pas...

Un bilan rapide -façon Magritte- des deux jours passés par le Président Macron en Corse (liste non exhaustive), terminés en apothéose lors de son discours de Bastia ce mercredi après-midi :
- Lors de son allocution bastiaise figurent sur l’estrade 5 drapeaux français, 5 européens et aucun corse. Ceci n’est pas un manque de tact.
- Les présidents de l’exécutif et de l’assemblée corse sont fouillés ostensiblement par le service de sécurité à l’entrée du meeting de Bastia. Ceci n’est pas une humiliation.
- Annonce de plus de gendarmes et de forces de police pour lutter contre la criminalité de droit commun. Rien sur le terrorisme djihadiste qui menace directement la vie des gens. Ceci n’est pas une absence de sens des priorités.
- Rien sur le rapprochement des prisonniers corses dont les familles se ruinent pour aller les voir sur le continent. C’est pourtant un droit (en France et en Europe). Ceci n’est pas en contradiction avec le droit et les valeurs de la France.
- Fin de non recevoir pour la demande de co-officialité linguistique en Corse (qui émane de pratiquement tous les élus). Ceci ne marginalise pas le gouvernement français au sein des nations européennes qui acceptent toutes la co-officialité de leurs principales langues régionales.
- Un audit sera effectué pour comprendre "pourquoi les 9 Millions d'Euros que l’Etat dépense chaque année dans l’enseignement de la langue corse ne donne pas plus de résultat". Ceci n’est absolument pas une humiliation
- La Corse sera sans doute inscrite dans l’article 72 de la Constitution et non le 74. Le 74 est celui dans lequel figurent les collectivités d’outre-mer et confère une certaine autonomie. Le 72 ne sert à rien, en dehors du caractère symbolique. Ceci n’est pas du foutage de gueule.
- Tout avait déjà bien commencé lors de l’hommage au Préfet Erignac : le Président Macron avait indiqué que le procès des assassins ne se « plaidait pas ». Ceci ne veut bien entendu pas dire que la justice d’Etat semble donc préférable à une justice indépendante.... Sachant en plus que Gilles Simeoni était l’avocat d' Y.Colonna… Ceci n’était absolument pas un clin d’oeuil particulièrement tordu au Président de l’exécutif corse…
- Venir en Corse accompagné de JP Chevènement (qui avait nommé le Préfet Bonnet, dont les méthodes en Corse le conduisirent jusqu'à la case prison). Ceci n’est pas une provocation.
-> Au final, on peut se rassurer, la Corse reste bien un des principaux paillassons de l'ultra-jacobinisme...

Stéphane Léandri

Ma ch'hà da dì Macron?

Après le comptage (pénible, voire ridicule) du nombre de manifestants du samedi 3 février,
après le décryptage des signes donnés avant même son arrivée en Corse::
- la visite annulée à Bonifacio , où pourtant son ami Marc Ferracci aurait pu lui servir de guide,
- la présence de Chevènement dans la délégation présidentielle, Chevènement qui trouve dans sa haine des corses, une fontaine de jouvence,
- après le soutien inespéré de Patrice Franceschi, l'Indiana Jones nustrale,
- après les propos stupides d'Apolline de Malherbe sur la langue corse: cette chère Apolline qui devrait d'ailleurs, réaliser qu'après Malherbe ou Vaugelas, il y a aujourd'hui Claude Hagège qu'elle devrait lire avec attention,
Après tout ça...et le reste, nous, nous glosons, nous dissertons, nous discutons, nous supputons, nous analysons, et nous concluons::"Paris ne nous aime pas!" ..Car nous sommes atteints de strabisme divergent: un œil sur la Corse et un œil sur Paris! Et nous arrivons même à "loucher" des oreilles, toujours attentifs aux propos qui viennent de l'autre côté de la mer! Et nous sommes si friands de cet amour que Paris nous refuse que, même lorsque des personnages aussi peu recommandables que Charles Millon ou Hervé Morin, semblent soutenir la cause de la Corse, nous sommes submergés par une onde de félicité!
Ma avà, ch'hà da dì Macron? Et s'il dit: "non", que ferons-nous? Non à toutes les revendications, non à la co-officialité, non au statut de résident, non à l'inscription de la Corse dans la Constitution, non à l'amnistie et au rapprochement des prisonniers. Chì femu? Nous nous couvrons la tête de cendres? Ci lampemu tutti in mare? Lascemu more a nostra lingua? Nous laissons la spéculation engloutir nos espaces naturels et gangrener la société? Et les prisonniers, nous les laissons croupir loin de leurs familles?
En somme, croirons-nous, ou laisserons-nous croire, que ce refus signerait notre arrêt de mort, ou qu'au contraire, un accord réglerait tous nos problèmes?
Or, si "un paese da fà" est autre chose qu'un slogan, qu'une incantation, stu paese tocc'à noi à fallu! À nisun'altru!
Alors, si nous nous mettions au travail? Si nous prenions tous les problèmes que connaît la Corse, à bras le corps, et si nous mettions en oeuvre toutes nos ressources pour les résoudre? La précarité, le traitement des déchets, les transports, la gestion de l'eau, l'aménagement du territoire sont des chantiers auxquels nous devons nous attaquer sans attendre l'aval de qui que ce soit.
Quant à la langue, sortons la de son carcan idéologique et cessons de la ghettoïser: inventons des situations où elle puisse devenir un véritable outil de communication, d'échange, de partage, de fête et de plaisir.
Reste la question des prisonniers: nous ne pouvons pas accepter que l'on brandisse la "République", chaque fois que l'on aborde ce sujet. La République n'est pas qu'un concept, aussi noble soit-il. Elle est aussi le fait d'hommes et de femmes et comme telle, elle n'est pas exempte de fautes. Il ne sert à rien de les lui jeter à la tête, pas plus qu'il n'est sage de faire peser sur la Corse, l'assassinat du préfet Erignac comme le péché originel.. Désormais,que l'on soit d'accord ou pas avec son verdict, la justice s'est prononcée, . Mais pas toute la justice: .le rapprochement des prisonniers est inscrit dans la Loi. Se défausser à chacune de leurs demandes, leur opposer des arguments spécieux, sont autant d'accommodements dont la République ne sort pas grandie. Le rapprochement des prisonniers ne demande pas de mesure exceptionnelle,type modification de la constitution. Il faut donc, sans relâche.et sans pusillanimité,demander que le droit soit appliqué.

Les nationalistes sont aujourd'hui, au pouvoir par la seule voie démocratique. Ils ont été largement élus, même si l'on peut nourrir une véritable inquiétude face à une abstention qui s'étend un peu plus à chaque scrutin.
Les électeurs ont voulu, en premier lieu, balayer une classe politique sclérosée, qui de compromissions en atermoiements, s'est largement discréditée.
Nettoyer ainsi le terrain, en enlever les pierres, en extirper les vieilles racines, l'aplanir: c'est bien! I Mais, il faut à présent le labourer et l'ensemencer , et la tâche est rude, mais belle. C'est l'espoir de la récolte à venir qui peut nous ébranler, c'est le rêve du parfum des fleurs, de la saveur des fruits qui peut nous motiver, et nous faire oublier la boue qui colle à nos semelles..

"Patauger, disait Paul Valery, quelquefois, c'est faire aussi bondir deux ou trois gouttes de lumière."
Allora, ch'averà da dì, Macron? Pocu impreme: nous n'aurons rien perdu, tant que nous continuerons à faire bondir la lumière.

Dominique Bianconi

Le rapport Mastor

Dans la perspective de la révision constitutionnelle envisagée par le Président de la République, Jean-Guy Talamoni, Président de l'Assemblée de Corse a souhaité que les élus puisse bénéficier d'un état des lieux et de propositions précises concernant la Corse.

Il a donc missionné Wanda Mastor, Professeure de droit constitutionnel, pour établir une expertise scientifique poussée. Officiellement remis le 18 janvier 2018 au Président de l'Assemblée de Corse, le rapport Mastor argumente en faveur d'un nouveau statut constitutionnel de la Corse, démontrant que rien ne s'oppose à une prise ne compte des spécificités corses dans la constitution. 

Lors de leur déplacement à Paris les 22, 23  et 24 janvier dernier, les Présidents de l'Assemblée de Corse et de l'Exécutif de Corse ont remis ce rapport au cabinet du Président de la République, au Premier ministre, au Président du Sénat et au Président de l'Assemblée nationale. 

Consultez le rapport

Relations Corse - Paris : L'Assemblée de Corse vote une résolution destinée au président Macron

Nicole Mari, 3 Février 2018

Après une journée de session plutôt débridée, l’Assemblée de Corse a adopté, tard dans la soirée, une résolution solennelle, déposée par le président du Conseil exécutif et le président de l’Assemblée de Corse, qui sera remise au président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa venue dans l’île, la semaine prochaine.
Cette résolution en quatre points - le dialogue avec Paris, la question institutionnelle, le rapprochement des prisonniers politiques, les ressources de la nouvelle collectivité unie - , qui a fait l’objet d’amendements, a recueilli 48 voix issues de la majorité territoriale et des Macronistes. La droite, affichant ses divergences, a proposé une résolution alternative. L’opposition s’est retrouvée unie pour condamner la manifestation de samedi, la jugeant prématurée.

L’idée avait été validée par les deux présidents de l’Exécutif et de l’Assemblée de Corse, il y a quinze jours. Il s’agissait, après les décevants entretiens parisiens de la semaine dernière, de proposer aux élus territoriaux d’adopter une résolution solennelle pour délivrer un message commun au président Macron. L’objectif du pouvoir nationaliste était, comme cela a parfois été le cas par le passé, d’obtenir un vote à l’unanimité de l’Assemblée de Corse pour opposer un front uni et parler d’une même voix face au chef de l’Etat. A trois jours de sa venue tant attendue dans l’île, la concrétisation s’est faite dans l’urgence pendant la session du 2 février dont elle fut la question majeure, longuement débattue en fin de soirée.
 
Des considérants brefs…
La résolution proposée, qui sera remise, mardi, au président de la République, s’est voulue, dans ce souci de consensus, assez brève et concentrée sur quatre points essentiels. Prenant, d’abord, acte du contexte difficile et du calendrier contraint, elle liste rapidement un certain nombre de considérants : « Considérant que la situation politique nouvelle en Corse est constitutive d’un fait majeur devant être pris en compte, considérant l’aspiration profonde du peuple corse à la paix, à la démocratie, au développement et à l’émancipation, considérant la nécessité de respecter le fait démocratique et l’expression du suffrage universel, considérant la révision constitutionnelle prévue dans le courant de l’année 2018, considérant la venue en Corse du Président de la République les 6 et 7 février 2018, considérant que la combinaison de ces éléments doit permettre de mettre un terme définitif à la logique de conflit et d’ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre la Corse et l’Etat… ».
 
… Et des demandes concises
Avant d’aligner une demande conjointe et solennelle de l’Exécutif et de l’Assemblée en quatre articles tous aussi brefs, clairs et concis. L’article 1 appelle « le Président de la République à ouvrir avec les représentants élus de la Corse et les forces vives de l’île, un dialogue sans préalable ni tabou entre l’Etat et la Corse ». L’article 2 demande que « la Corse fasse l’objet d’une mention spécifique dans la Constitution permettant de la doter d’un statut défini par référence à l’article 74, prenant en compte sa situation politique, sa géographie, son insularité, son relief, sa démographie, son histoire ainsi que l’identité culturelle du peuple corse » et que « cette reconnaissance permette la mise en œuvre de solutions adaptées aux enjeux stratégiques liés notamment à la fiscalité, au foncier, à la langue et à l’exercice du pouvoir législatif ». L’article 3 réclame « l’application immédiate et sans restriction du droit au rapprochement de tous les prisonniers poursuivis ou condamnés pour des actes en relation avec la situation politique de la Corse » et qu’une « mesure d’amnistie intervienne au terme du règlement définitif de la question corse ». L’article 4 demande « la reprise des discussions concernant les ressources, moyens et transferts de fiscalité de la Collectivité de Corse, conformément aux engagements du Gouvernement afin que celle-ci soit en mesure de jouer pleinement son rôle d’institution motrice du développement social, économique et culturel de la Corse ».
 
Une occasion sans précédent
Quatre points présentés par le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, qui revient sur les enjeux : « Cette résolution s’inscrit dans le cadre de la visite présidentielle pendant laquelle nous espérons qu’une position sera donnée par le président de la République concernant la situation de la Corse et les moyens de l’améliorer, d’améliorer également les relations entre la Corse et Paris. Un certain nombre de conditions sont réunies, comme elles ne l’ont jamais été, pour envisager les choses de manière positive afin que soit apportée une solution au problème corse. Il y a la possibilité pour Paris d’insérer dans une révision constitutionnelle prévue un dispositif nous permettant de déroger au droit commun et de pouvoir mener des projets importants pour nous. Il ne faut pas rater cette occasion qui est sans précédent sur le plan historique ! ». Le débat sur ces quatre articles a relayé les divergences politiques surgies lors de la campagne électorale et les mêmes réticences, voire les mêmes peurs, mais sur un ton beaucoup plus apaisé. Les deux groupes libéraux, à l’exception de Pierre Ghionga, ont refusé le consensus, arguant de leur droit à la différence.
 
Le droit à la différence
« Nous sommes presque d’accord, donc presque en désaccord. C’est un signe de démocratie vivante de ne pas céder toujours à un unanimisme de mauvais aloi ou de rechercher sans cesse le consensus absolu. Sans rentrer dans une obstruction permanente, l’opposition doit faire vivre sa différence et se faire entendre », déclare Jean-Martin Mondoloni, président du groupe « Per l’avvene ». Le point d’achoppement s’est cristallisé sur la question institutionnelle. La droite, s’alignant sur la position exprimée par le président du Sénat, Gérard Larcher, récuse l’inscription de la Corse dans l’article 74 et lui privilégie une possible inscription dans l’article 72 qui « nous semble, dans l’approche, suffisant pour faire évoluer les compétences », explique François-Xavier Ceccoli du groupe « La Corse dans la République ». « Pour nous, le principe d’autonomie commence d’abord par faire fonctionner la loi du 22 janvier 2002 qui ne fonctionne pas. Il est nécessaire, à ce motif, que place soit faite à la Corse dans l’article 72, relatif aux collectivités métropolitaines de droit commun ou à statut particulier, pour rendre opérationnel ce pouvoir d’adaptation et d’expérimentation. Une majorité s’était, d’ailleurs, dégagée dans l’hémicycle le 27 septembre 2013 pour borner le périmètre d’une éventuelle évolution constitutionnelle au sein de l’article 72, le nouvel article propre à la Corse pouvant être numéroté 72-5. C’est la garantie pour la Corse de maintenir son positionnement au sein de l’ensemble métropolitain et de l’Union européenne, tout en permettant l’opérationnalité du pouvoir d’adaptation et l’établissement d’un statut fiscal. Les principes ne sont pas équivalents dans l’article 74. On passerait d’un état décentralisé à un Etat fédéralisé », complète Jean-Martin Mondoloni. La droite, refusant de se prêter au jeu des amendements, propose une résolution substitutive qui est récusée.
 
Un territoire ultramarin
A l’inverse, après de longues tractations hors hémicycle, le groupe pro-macroniste  « Andà per dumane » de Jean-Charles Orsucci a accepté, après dépôt d’amendements, d’adhérer à la démarche. « Dans l’intérêt général de la Corse, nous ne pouvons pas refuser de travailler avec la majorité territoriale et l’opposition. Notre groupe s’inscrit dans une démarche progressiste, nous sommes d’accord avec l’article 1 sur la nécessité d’ouverture du dialogue. L’article majeur, pour nous, est l’article 4 qui demande des moyens pour faire fonctionner la collectivité unique au service des Corses. La question institutionnelle est toute aussi essentielle. Nous pensons que le président de la République sera à la hauteur des attentes de notre collectivité. Le fil a été tracé lors de son discours de Furiani sur la décentralisation ». Se démarquant de l’opposition de droite, il estime que l’article 72 n’est pas adapté à la situation de la Corse, alors que « l’article 73 ou 74 ouvre le champ des possibilités. Je ne comprends pas pourquoi les gens s’opposent à ce que nous soyons considérés comme un territoire ultramarin. La situation socioéconomique de la Corse est en tous points comparable à celles de ces îlesNéanmoins, le pouvoir législatif doit être clairement défini dans la Constitution et encadré ». Seul bémol concernant l’épineuse question des prisonniers : « Dans un souci d’efficacité, la question de l’amnistie devait être abordée, mais il nous appartient d’en définir les modalités. Je vous propose sur cette question et celle des prisonniers à simplement renvoyer aux délibérations de l’Assemblée de Corse ».
 
Une manifestation prématurée
L’opposition s’est réunie dans une même condamnation de la manifestation populaire qui aura lieu à Ajaccio ce samedi après-midi à l’appel des mouvements nationalistes et d’une quinzaine d’associations. « Nous considérons que cette manifestation est prématurée et comporte le risque de la rue. Ce qui nous gène aussi, c’est qu’il ne faudrait pas que tout cela débouche sur une Corse à deux vitesses, une qui serait moins corse parce qu’elle se situe à l’article 72. Il ne faudrait pas que ce débat et la manifestation débouchent sur ce clivage. Il reste une divergence de fond entre nous sur l’interprétation que vous faites du scrutin. Votre légitimité est actée, mais vous considérez que les Corses ont voté pour vous pour faire nation, nous ne le pensons pas », affirme Jean-Martin Mondoloni. « Nous répondons favorablement à votre demande de résolution face à l’urgence de la venue du président de la République. Mais, nous pensons qu’organiser une manifestation est une erreur, il aurait été préférable d’entendre d’abord ce que le président de la République a à dire avant d’en critiquer le fond », regrette Jean-Charles Orsucci.
Au final, la résolution a été adoptée, vers 23h30, par 48 voix sur 63 : 41 voix de la majorité territoriale Pè a Corsica, 6 voix d’Andà per dumane et la voix de Pierre Ghionga, élu du groupe de Valérie Bozzi, qui a invoqué la cohérence de son engagement pour l’autonomie.
 
N.M.

Source : Corse Net Infos

Manifestation d’Ajaccio : Une démonstration de force réussie pour les leaders nationalistes

Rédigé par Nicole Mari le Samedi 3 Février 2018 à 22:33 | Modifié le Samedi 3 Février 2018 - 23:53

Très grande satisfaction des leaders nationalistes après la manifestation, Demucrazià è Rispettu pè u populu corsu qui a réuni, selon eux, plus de 20 000 personnes dans le calme sur le cours Napoléon à Ajaccio. Le pari est, disent-ils, réussi à trois jours de la venue dans l’île du président Macron et un message fort envoyé au chef de l’Etat.

Jean-Félix Acquaviva : « Emmanuel Macron doit être, désormais, l’homme de l’enjeu »

Les trois députés nationalistes, étaient, bien sûr, au cœur de la manifestation de cet après-midi, à Ajaccio. Très médiatisés, comme l’ensemble des élus de l’exécutif, ils ont analysé (voir ci-dessus) un événement qui aura largement répondu à leurs attentes. Analyse de la situation avec Jean-Félix Acquaviva, Député de la 2e circonscription de la Haute-Corse

- Que peut-on retenir de cette manifestation ?

- Pour ce qui nous concerne, ce fut une grande réussite. Plus de 20 000 personnes malgré des conditions climatiques très difficiles. Cela signifie que les Corses voulaient descendre massivement dans la rue avant la venue mardi, du Président de la République. Ils ont réitéré ce pourquoi ils ont voté en décembre dernier, à savoir que Paris doit, aujourd’hui, répondre au fait démocratique. L’appel du collectif « Demucrazia » a été, à l’évidence, entendu. Il y avait beaucoup de monde et de mémoire de manifestants, un rassemblement sans précédent.

- Certains avancent qu’il aurait été plus judicieux de mettre en place une telle manifestation après la visite d’Emmanuel Macron. Qu’en pensez-vous ?
- Je pense qu’il était nécessaire que les Corses descendent dans la rue avant mardi de manière pacifique, tranquille et sereine pour envoyer un message au Chef de l’Etat et d’attendre, en retour, de lui, qu’il soit l’homme de l’enjeu.

- Qu’attendez-vous de la venue du président de la République ?
- On attend qu’il ouvre la voie d’une discussion sans tabous, sans préalable, sur ce que les Corses ont demandé. Ils ne demandent rien d’autre que la normalité d’un statut d’autonomie, le même, du reste, qui a été accordé à la Polynésie ou à Saint Barthélémy. Il est normal, aujourd’hui, que les Corses maîtrisent leur destin. Les institutions permettront un meilleur développement.

- Quel regard l’Assemblée Nationale porte-t-elle sur la Corse ?
- Il y a, à l’Assemblée Nationale, des groupes qui sont favorables à nos revendications. Je pense, notamment au président François De Rugy, au groupe de « La France Insoumise » ou à d’autres. C’est le signe que les lignes bougent favorablement. Le Président de la République doit être l’homme d’Etat qui comprenne ce qui arrive en Corse.
(Propos recueillis par V. M)

Source : Corse Net Infos

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Janvier 2018

Relations Corse – Paris : Du silence à la provocation, le piège d’un dialogue qui tourne court


Nicole Mari pour Corse Net Infos - 23 Janvier 2018


Le dialogue avec Paris, à peine noué après neuf mois de silence, serait-il mort-né ? Les discussions avec le Premier ministre, Edouard Philippe, que les présidents de l’Exécutif et de l’Assemblée de Corse, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, espéraient sans tabou, ont viré au dialogue de sourds. L’entretien avec le président du Sénat, Gérard Larcher, a tourné à la farce tragique. Les réponses parisiennes aux demandes insulaires sont jugées inacceptables et vécues comme une véritable provocation, voire un piège.
Y-a-t-il un accord parisien pour liquider la question corse ? Les deux leaders nationalistes en sont convaincus, ils laissent éclater leur colère et appellent les Corses à se mobiliser.
Les présidents
Les présidents de l’Assemblée et de l’Exécutif de Corse, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni,
devant le Sénat, avant l’entretien avec Gérard Larcher.

« Quand on met bout à bout les deux réunions d’hier et d’aujourd’hui, notre conviction est faite : l’Etat refuse de reconnaître et de prendre en compte la dimension politique de la question corse ». Les mots sont clairs et concis, presque désabusés, le ton à la colère et les visages fermés. Pas amers, mais désabusés et un peu interloqués. Les deux présidents nationalistes n’attendaient pas grand chose de ces premiers dialogues parisiens, mais, après neuf mois d’attentisme à endurer le silence de plomb de l’Elysée, le mépris condescendant et les chausse-trappes du gouvernement, des déclarations ministérielles fracassantes, chaotiques, voire contradictoires, et les récentes maladresses et incohérences d’une Madame Corse qui, de retour à Paris, prend le contrepied ce qu’elle vient d’annoncer dans l’île, ils espéraient, enfin, un peu de respect, juste « l’ouverture d’un dialogue sans tabou, ni préalable ». Les Nationalistes n’obtiendront ni l’un, ni l’autre ! Du Premier ministre, ils n’obtiennent que silence et dérobades. Du président du Sénat, un pied de nez qui frise la tragi-comédie.
 
Des préalables et des vétos
La comédie a débuté, lundi soir, à Matignon. Face à un Premier ministre surprenant de légèreté, les deux présidents nationalistes ont pourtant fait preuve de clarté et de fermeté. « Nous lui avons expliqué que si nous étions là devant lui, c’est bien parce qu’il y a eu un conflit pendant 50 ans et que, depuis notre élection, nous voulons tourner la page et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre la Corse et l’Etat. Nous lui avons demandé de l’affirmer ensemble publiquement et symboliquement. C’est, pour nous, essentiel ! Sa réponse : Pas question ! La seule chose que le Premier ministre consent à dire, c’est qu’il y a une donne électorale nouvelle dans l’île. Mais, ça tout le monde le sait ! », raconte Gilles Simeoni. Son résumé de l’entrevue est glaçant, ses commentaires, lapidaires. « Sur le statut de résident, la coofficialité de la langue et l’amnistie, Edouard Philippe répond : « On n’en parlera jamais ! ». Il nous invite à une discussion et pose des préalables là où nous, nous n’en posons aucun ! Nous lui avons dit comprendre le problème politique et constitutionnel auquel il est confronté, mais qu’il devait aussi comprendre que nous sommes mandatés pour défendre notre projet politique. Nous lui avons proposé d’acter le désaccord, de mettre des problèmes de côté, mais sans dire qu’on n’en parlera jamais parce que ce n’est pas comme cela qu’on engage une discussion ! ». Pas de réponse !
 
La dérobade sur les prisonniers
Le gouvernement se défausse sur tous les sujets qui fâchent, et atteint son point d’orgue sur le rapprochement des prisonniers politiques ? « Il nous répond dans l’ordre : il n’y a pas de prisonniers politiques. Le rapprochement se fera au cas par cas. Il refuse de nous indiquer quand débutera ce rapprochement. Les trois condamnés du commando Erignac ne seront jamais rapprochés ». Une fin de non-recevoir sur ce dernier point à laquelle Gilles Simeoni réplique en plaidant le droit et la justice : « Ces trois prisonniers ont été condamnés à la prison à perpétuité sans peine de sûreté. Le droit s’applique à eux comme aux autres, ou alors l’Etat leur applique une peine d’éloignement qui n’est prévue par aucun texte. Vous n’êtes ni dans une logique républicaine, ni dans une logique d’Etat de droit, ni dans une logique de justice, mais dans une logique de vengeance. Dans ce cas, il faut nous le dire clairement ». En pure perte ! Le Premier ministre lui oppose un silence plus lourd que des mots. C’est le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui assume la dérobade : « Vous savez que c’est un dossier très sensible, ce n’est pas possible pour l’instant ! ».
 
L’autonomie, un mot tabou
Les points noirs liquidés en un revers de main, arrive le moment du point-clé de la discussion, la demande majeure des Nationalistes : l’évolution des institutions. Si l’actuel locataire de l’Elysée a fait du pacte girondin une de ses principales promesses de campagne, celui de Matignon ne veut même pas savoir ce que le mot signifie. Quand à l’autonomie, c’est tout simplement, pour lui, un mot tabou ! « J’ai expliqué que l’autonomie est un thème qui structure le débat public insulaire depuis un demi-siècle. Nous avons fait campagne dessus, c’est le point fort de notre projet qui a été validé par 56% des Corses. Au-delà de ce résultat électoral, un sondage montre que 80% des Corses sont favorables à un statut d’autonomie, y compris les forces politiques qui soutiennent le gouvernement. Toutes les îles de Méditerranée sont autonomes. L’autonomie existe déjà dans le droit constitutionnel actuel », argumente Gilles Simeoni. Les Nationalistes prennent bien soin de préciser qu’ils ne demandent pas la lune, c’est-à-dire pas une réponse immédiate sur le statut d’autonomie. « Je lui ai juste demandé d’en prononcer au moins le mot et d’ouvrir la porte à un dialogue. Là aussi, c’est encore non ! Le Premier ministre nous répond : « le terme autonomie, je ne sais pas ce que ça veut dire ! ». Le président de l’Exécutif corse riposte, ironique : « Cherchez dans le dictionnaire ! La définition, nous vous la donnons, elle est dans notre programme. Si vous en avez une autre, parlons-en ! ». Réponse : « Non, on n’en parle pas ! ». Fin de la discussion ! Le gouvernement ne consent à parler que des compétences de la collectivité unie.
 

Les présidents de l’Assemblée et de l’Exécutif de Corse, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, devant le Sénat, à l’issue de l’entretien avec Gérard Larcher.
Les présidents de l’Assemblée et de l’Exécutif de Corse, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, devant le Sénat, à l’issue de l’entretien avec Gérard Larcher.

La farce institutionnelle
Le Premier ministre ayant vidé le dialogue de tous les sujets, il ne restait plus que la révision constitutionnelle. Et deux options que Gilles Simeoni met sur la table : « Soit le droit à la différenciation de droit commun où la Corse est juste marginale par rapport aux autres régions. Pour nous, ça ne sert à rien ! Soit la reconnaissance de la spécificité corse, comme nous le demandons, à travers un article 72 ou 74… qui acte sa spécificité. Là encore, pas de réponse ! On nous renvoie à la prise de parole du président Macron le 6 février à Ajaccio ». Le suspens est de courte durée et levé, dès le lendemain, par le président du Sénat, Gérard Larcher, dont on ne comprend pas bien pourquoi il a tenu à rencontrer les élus corses. « Il nous dit clairement que tout est déjà décidé ! L’inscription de la Corse se fera à travers l’article 72 de différenciation du droit commun, à nous de voir si on peut jouer à la marge… Le message est clair. Tout ce qui est essentiel, on n’en parle pas ! De problème politique, il n’y en a pas ! L’autonomie, ça n’existe pas ! La Corse rentre dans le droit commun, elle perd même son différentiel initial, ses spécificités institutionnelles  sont réduites à néant ! ». Le sourire aux lèvres, presque rigolard, Gérard Larcher lance aux deux présidents nationalistes : « Je sais que vous n’êtes pas contents ! ».

Une véritable provocation
Pas contents ! Le mot est faible. Les élus corses sont furieux. La comédie a tourné à la farce, mais les masques sont tombés, l’Etat a dévoilé son jeu. Il n’a jamais eu l’intention de discuter. « C’est clair que c’est un piège ! Les présidents des différentes institutions de l’Etat se sont mis d’accord sur notre dos pour, ensuite, avancer l’argument final qu’il n’y a pas de majorité des 3/5ème pour accéder à ce que nous demandons », dénonce le président de l’Exécutif qui n’a pas l’intention de se laisser balader plus avant. Pas plus d’ailleurs que le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, plutôt remonté : « Nous sommes face à des réponses qui ne sont pas acceptables, qui sont une véritable provocation par rapport au message qui a été délivré de manière claire par les Corses à l’occasion des élections territoriales. Ces réponses totalement négatives sont un déni de démocratie ! Le gouvernement et les autres autorités publiques parisiennes, dont le président du Sénat, ont une position qui n’a rien à voir avec une attitude ouverte, normale face à la nouvelle situation politique. Ils agissent comme s’il y avait eu, en décembre, un simple renouvellement d’une assemblée administrative, alors que c’est un véritable séisme qui s’est produit avec l’élection à la majorité absolue d’une liste entièrement composée de Nationalistes. Nous ne pouvons pas l’accepter ! ».
 
L’appel aux Corses
Le piège, c’est, d’abord, un pari ! Le gouvernement parie en Corse, comme il le fait dans l’hexagone, sur l’atonie du peuple pour acculer les Nationalistes à l’impasse, supputant qu’ils n’ont pas d’autre choix que de discuter et, la première déception passée, d’avaler les couleuvres. « Un pari plutôt risqué », selon Jean-Guy Talamoni. « Paris n’a pas compris ce qu’il s’est passé en Corse. Paris croit se débarrasser ainsi du problème corse. Nous allons leur montrer que c’est une erreur ! Nous allons continuer à montrer notre désaccord et nous allons demander aux Corses de nous aider à le faire. Nous les appelons à se mobiliser de manière massive pour défendre les intérêts collectifs du peuple corse ». L’appel est lancé pour une large manifestation populaire dans un cadre contraint puisque la révision constitutionnelle est prévue très prochainement. « Il faut qu’avant que cette révision constitutionnelle ne prenne un tour définitif, les Corses manifestent une volonté forte, ferme et massive de voir la question corse prise pleinement en compte au niveau politique et non pas à un simple niveau technique », prévient le leader indépendantiste.
 
Une promesse non-tenue
La séquence parisienne devait normalement se clore, mercredi soir, pour les élus insulaires, par une rencontre avec le président de l’Assemblée nationale. Un entretien qui pourrait être remis en cause tant il est devenu sans intérêt car il est fort difficile d’imaginer que, tout décentralisateur qu’il soit, François De Rugy tienne un discours opposé aux deux déjà entendus. Entre temps, les Nationalistes participeront à l’assemblée générale des Régions de France qui devraient leur renouveler publiquement leur soutien. Le président Hervé Morin a, déjà, réaffirmé, mardi après-midi, que « le résultat du scrutin de décembre en Corse est un fait politique majeur » et exhorté le gouvernement « à ouvrir un dialogue sans tabou ni préalable ». La façon dont Paris saborde le dialogue inquiètent les régions, car, en même temps que les espoirs corses, elle sonne le glas du pseudo-pacte girondin, promesse non tenue du candidat Macron, et lui aussi mort-né ! On ne voit pas bien ce que la venue du président de la République, dans l’île, le 6 février, annoncée comme décisive, pourrait apporter de plus. « D’ores et déjà, nous sommes convaincus que la façon dont Paris aborde la question corse est inappropriée et relève de la provocation. Si le président Macron se situe, le 6 février, dans le droit fil de ce que nous avons entendu ces deux jours, il n’y a rien à en attendre ! », lâche Jean-Guy Talamoni. Face à un dialogue vide, il ne reste peut-être plus aux Nationalistes qu’une seule option : la chaise vide !
 
N.M.

 

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