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Disques du mois
Ma sélection personnelle

Dernière mise à jour : 18/12/2016

Vous êtes ici : Musique/Disques

Je propose ici périodiquement une sélection de disques. Des disques corses, bien sûr, quand l'actualité le permet, mais aussi des disques de jazz, de musique classique ou de musiques du monde. Ce seront très souvent des parutions récentes, mais je ne m'interdis pas d'aller puiser dans ma discothèque pour proposer une rareté digne d'intérêt, une découverte récente ou un chef d'oeuvre intemporel.

Décembre 2016

cisera

Mon disque du mois est "Ci serà sempre un cantu" de Voce Ventu.

1. Ti vecu la mio bandera (F. Poggi/F. Poggi)
Un titre qui évoque musicalement les groupes chiliens (Quilapayun, Inti Illimani) sur le thème de l'identité et de l'ouverture.
2. O tarra isula matre (U. Ancey/C. Savelli)
Sur une musique de Cédric Savelli, le texte d'Olivier Ancey est un hommage à l'île-mère.
3. È more l'omu (F. Poggi/F. Poggi)
Un texte très fort sur les homicides qui ont endeuillé la Corse.
4. Pesa ti avà (V. Jara - F. Poggi)
Reprise de la "Pregaria al labrador" de Victor Jara chanté par Saveriu Tavera.
5. Basta un suppulu d'amore (A. Fazi/A. Fazi)
Juste un peu d'amour, joliment chanté par Lea Antona.
6. L'aghjalesa (F. Poggi/F. Poggi)
L'hommage de Voce Ventu aux aînés des Chjami Aghjalesi.
7. Trà la leccia è l'olmi (F. Poggi/F. Poggi)
Une illustration des violences que subissent les femmes.
8. È vicinu à u mare
(P. Canon/L. Giacomini)
L'île jaillissant de l'écume, chantée par Lionel Giacomini. Pour moi, l'une des plus belles chansons du disque.
9. Una manera d'esse un omu
(F. Poggi/F. Poggi)
Bel hommage à Natale Luciani, "militant, poète, compositeur, auteur, homme libre".
10. Manifestu
(V. Jara - F. Poggi)
Autre reprise d'un chant de Victor Jara : "Manifesto".
11. Ci sarà sempri un cantu
(A. di Meglio/F. Poggi)
La Corse, refuge.
12. Lettera à Paoli (N. Bonaparte/F. Poggi)
La célèbre lettre de Napoléon Bonaparte à Pascal Paoli, écrite peu après la défaite de Ponte Novu.
13. O Generale
(A. Di Meglio/F. Poggi)

Cì serà sempre un cantu était très attendu. Les deux premiers albums (Rughju di vita et Di culori è di sonnii) datent de quelques années. Le groupe a connu quelques vicissitudes, des départs, de nouveaux membres, et on avait hâte d'entendre le Voce Ventu d'aujourd'hui.

Ce qui frappe d'abord, c'est la constance. On retrouve le groupe là où l'on l'avait laissé ; même sonorité d'ensemble, mêmes influences chiliennes très prégnantes. On retrouve aussi le beau vibrato de Federicu Poggi, un peu l'identité du groupe. Bien sûr, il y a de nouvelles voix : celle, pure et cristalline, de Lea Antona sur Basta un suppulu d'amore ; celle, très particulière, de Liunellu Giacomini (È vicinu à u mare). Et aussi celles de Saveriu Tavera, Dumenicu Casalonga, Ghjuvan'Filippu Martini, Michele Tomei et Ericcu Ressouche.

Un disque à la fois puissant et raffiné, un disque militant aussi jusqu'à la photo qui orne la pochette (une manifestation après les événements de Bastelica-Fesch).
Un bel hommage à Natale Luciani, Una manera d'esse un omu, un hommage aussi à I Chjami aghjalesi (L'aghjalesa), et pour finir deux titres sur la fascination que le jeune Bonaparte éprouvait pour Pasquale Paoli : Lettera à Paoli et O Generale, bande sonore du film "Les exilés".

Les textes sont signés d'Andria Fazi, Olivier Ancey, Pierre Canon ou Alain Di Meglio.

A noter le soin apporté aux orchestrations et aux arrangements.
Les musiciens : Michel Tomei, Bernard Ferrari et Joseph Mambrini, guitares ; Celia Picciocchi, violons ; Tony Fallone, orgue, piano ; Jean Castelli, guitare basse ; Pierrot Michelangeli, percussions.

Novembre 2016

Christina Pluhar : Orfeo Chaman

orfeo

J'ai raté la diffusion télévisée début septembre de cet opéra de Christina Pluhar et je viens de découvrir le CD, accompagné d'un DVD.
Christina Pluhar s’est fait une spécialité de la fusion des styles et des cultures musicales. Après son incroyable "Music for a while", qui mêlait Purcell et le jazz, la musicienne autrichienne et son ensemble L'Arpeggiata reviennent sur disque avec une relecture baroque du mythe d'Orphée. Cette création sur un livret d’un poète colombien comporte des musiques de Christina Pluhar, compositions originales ou adaptées d’œuvres baroques ou de musiques traditionnelles sud-américaines, siciliennes, catalanes…
Au travers de cet opéra baroque en cinq actes, Christina Pluhar, Rolf et Heidi Abderhalden du MapaTeatro confèrent au mythe d'Orphée une nouvelle dimension. En y confrontant mythologies méditerranéennes et amérindiennes, ils dévoilent la part mystique et symbolique de ce drame poignant, Au cours de son voyage, Orphée apprendra le langage des animaux, parlera aux esprits gardiens des plantes et accomplira de la magie grâce à sa musique. A la fois voyage initiatique et quête spirituelle, c'est l’histoire intemporelle d’un amour impossible.

Je conseille de commencer par le DVD qui montre la représentation à Bogota en 2014. La mise en scène et l'interprétation sont à la fois originaux et sublimes. Un ensemble d’acrobates et de danseurs, partie intégrante du spectacle, donne à l’opéra une ampleur surprenante. Chanteurs habités, acrobates et danseurs au diapason, ce spectacle est un émerveillement dont on a du mal à s'extraire.

Dans le rôle-titre, l'étonnant chanteur-guitariste argentin aveugle Nahuel Pennisi. Les autres solistes sont Luciana Mancini (Euridice), Vincenzo Capezzuto (Nahual) et Emiliano Gonzalez Toro (Aristeo), tous excellents.

Dans cette sélection, voici également quelques disques des invités des dernières Rencontres de Calvi.

aman
dalmatica
glas
ialma

Françoise Atlan : Aman ! Sefarad...

Françoise Atlan et l’ensemble En Chordais nous montrent comment le patrimoine musical des diverses communautés juives de la Méditerranée orientale et des Balkans s’imbrique dans la trame de l’histoire et des chemins d’exil de ces communautés séfarades. Ce disque présente un répertoire spécifiquement inspiré de Salonique et d’Istanbul. On y retrouve les principaux genres du répertoire judéo-espagnol : romances (ballades médiévales), coplas (chants à caractère religieux hébraïques) et kantigas (chants de la vie quotidienne) ou piyyut (poèmes/chants liturgiques).

Dialogos : Dalmatica

Le disque que Katarina Livljanic et l'ensemble Dialogos ont dédié au patrimoine de l'ancienne tradition musicale croate s'intitule Dalmatica, du nom de l'ample tunique utilisée tant par l'église d'Orient que l'église d'Occident. Faisant symboliquement le lien entre les traditions liturgiques byzantine et romaine, cette belle réalisation musicale rassemble six chantres traditionnels de Croatie – l’ensemble Kantaduri –, et les quatre chanteuses de l’ensemble Dialogos de Katarina Livljanić, pour explorer les richesses du répertoire musical liturgique dalmate depuis le Moyen Âge. Une variété surprenante de styles musicaux, de couleurs de timbres et de nuances expressives. Les sonorités, toujours inhabituelles et pleines de surprises, font la part belle aux dissonances, osant parfois même la polymodalité. L'interprétation du Sanctus de Zadar est particulièrement hypnotique et l'invocation de Judas profondément dramatique.

The Glas Vocal Ensemble : Mold

Avec Mold, The Glas Vocal Ensemble (Katrina Petersen, Elisabeth Vik, Marte Schau, Tine Refsgaard, Else Schantz Juutilainen et Maria Kynne) s'est adressé à cinq compositeurs nordiques contemporains pour écrire de nouveaux arrangements de chants traditionnels nordiques. Un retour au chant nordique tout en conservant les qualités expressives du chant bulgare.

Ialma : Camiño – de Bruxelas a Santiago

Avec son 5ème album : Camiño, le groupe Ialma (Verónica Codesal, Magali Menendez, Marisol Palomo et Natalia Codesal) présente une expérience musicale particulière à travers la culture et les traditions galiciennes mixées à la diversité du monde contemporain au travers de la Bruxelles cosmopolite, où les racines se rencontrent, s’échangent, se mélangent, se partagent et, parfois, fusionnent.
Camiño est le choix affirmé de l’ouverture à l’autre ; le chant de femmes d’aujourd’hui

Juin 2016

Le disque du mois : D'Anima de Barbara Furtuna.

A l'instar de nombreux groupes corses de ce début du XXIe siècle, Barbara Furtuna puise son inspiration au plus profond de la tradition insulaire tout en créant une musique actuelle. C'est manifeste à l'écoute du nouvel opus du groupe intitulé D'Anima. Onze titres, dont quatre reprises de morceaux déjà enregistrés par le groupe, deux traditionnels et cinq inédits.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la prise de son. Une prise de son étonnante, avec des voix indépendantes et sans réverbération. Chaque voix est ainsi mise en valeur, avec tous les timbres.
L'autre particularité de ce disque réside dans les arrangements. En effet, hormis le morceau final, "Miseremini mei" chanté a capella, tous les morceaux ont des arrangements musicaux. Il faut rendre hommage à l'excellent travail de Christophe Voisin. L'orchestre agit comme un écrin qui met en valeur le chant sans jamais le trahir.

danima

01.    Quantu volte 
L'une des trois reprises du disque. L'orchestration fait ressortir l'aspect "hymne" de cette belle création.
02.     Lamentu di u castagnu
Version étonnament moderne du traditionnel d'Anton Battista Paoli composé au début du 20ème siècle. Le groupe a rajouté un couplet qui est un message d'espoir.
03.    Incantèsimu 
Reprise du morceau créé sur "Sì vita sì".
04.    Sì vita sì
Reprise du chant titre du précédent album.  
05.    Mare Nostrum 
Création évoquant la Méditerranée et les migrants qui se noient sur ses rives.
06.    Un ghjornu 
"Imaginons un autre lendemain, restons maîtres de notre destin". Sur cette création d'après le poète et maître de chapelle provençal Nicolas Saboly, la voix principale est celle d'André.
07.    D’anima 
Création en forme d'hommage à la terre de Corse.
08.    Maria 
Reprise du morceau écrit par Maxime à la demande de Christina Pluhar pour le Via crucis enregistré en 2010 avec l'Arpeggiata. Nous avons ainsi trois versions très différentes de ce morceau. Celle-ci est la plus paisible. A vous de choisir votre préférée !
09.    Goccia à goccia 
ébut de cette création évoque irrésistiblement Bruno Coulais. Mais ce "goutte à goutte", qui évoque le lent cheminement des idées nouvelles, est bien personnel.
10.    Ti dicerà 
Création qui évoque les émotions primaires qui font apprécier la vie, mais qui sont parasitées par ce qui nous met en situation d’échec. « Fà tace li to pienti. Vedi senza paura, ciò ch'ellu ferma à fà ». 11.    Miseremini mei 
Reprise de la polyphonie franciscaine à laquelle Ghjuvan Paulu Poletti a redonné vie. Cette plainte des âmes du Purgatoire est extraite du Miserere.

Un disque lumineux, dans lequel la gravité (Maria, Mare nostrum) n'exclut pas l'espérance (Ti dicerà, Quantu volte).
Les musiciens : Floriane Bonanni, 1er violon ; Cyril Baleton, Rachel Givelet et Ana Millet, violons ; Jérémy Pasquier et Hélène Desaint, altos ; Renaud Guieu, violoncelle ; Marie-Jeanne Serero, orchestration et direction d'orchestre ; Christophe Voisin, claviers, programmations ; Hervé Brault, guitares ; Robert Le Gall, cetera, mandole, mandoline ; Laurent Vernerey, basse ; Nicolas Montazaud, percussions. Et Fabrice Andreani assurait la direction vocale.

Avril 2016

Le trio Constantinople et Ablaye Cissoko sont de vieilles connaissances. Le griot sénégalais était l'invité des Rencontres de Calvi voici quelques années, et l'ensemble Constantinople, fondé à Montréal en 1998 par Kiya et Ziya Tabassian, n'a pas cessé d’explorer le patrimoine oral des cultures méditerranéennes et les musiques écrites du Moyen-Âge et de la Renaissance, collaborant en outre avec des artistes réputés comme Françoise Atlan, l’ensemble En Chordais, la chanteuse libanaise Ghada Shbeir et les corses de Barbara Furtuna.
Mais la rencontre de ces deux univers n'était pas évidente. La réussite de ce projet n'en est que plus éclatante.

jardins

Tissant un lien entre les traditions orales mandingue et perse médiévales, Ablaye Cissoko et l'ensemble Constantinople font se confronter leurs racines. Leur dialogue sensible entre kora, sétâr, tombak et viola dessine une possible parenté entre l'art des griots de l'empire mandingue et celui des bakhsis (chamanes guérisseurs) persans.

L’union des chants est un des points forts de cette rencontre musicale. Sur certains morceaux, c'est Cissoko qui mène la danse, alors que sur d’autres (Ahouye Vahshi), c’est Kiya Tabassian qui se laisse porter par la kora.

Un magnifique album.

Janvier 2016

Je reviens comme promis sur le CD de Diana Saliceti que je viens de trouver dans ma boîte à lettres.
Première remarque : une belle pochette, avec photos et textes en corse et en français. C'est quand même plus sympa qu'un fichier mp3, non ? Ensuite, par rapport au concert de septembre à Pigna, l'environnement instrumental s'est enrichi, avec Stéphane Albertini et Nicolas Torracinta aux guitares et mandoline, Martial Paoli au piano, Nano Méthivier à l'accordéon, Jean-Marie Gianelli à la basse et Miché Dominici à la batterie et aux percussions plus quelques invités. On l'écoute, ce cd ?

forse

1. U mo paese
Une magnifique chanson d'amour pour commencer : "u mo paese, sì tù".
2. Tesoru meu
Une douce ballade, la déclaration d'amour d'une tante pour sa nièce venant de naître.
3. Citadella
Un morceau aux sonorités un peu rock, sur le thème de l'amour déçu.
4. Sola
Un souvenir d'amour, un parfum trop vite évaporé... Jolie ballade qui finit comme une comptine.
5. In i to ochji
A Lesiuccia, à l'amie qui montre le chemin
6. Caldamoni
La canicule, une maison vide... Diana est rejointe par Paul Miniconi et Antoine Saliceti.
7. È po più
Une rupture. Puis le cœur chante de nouveau...
8. Tarranu
Un des deux morceaux du cd qui ne sont pas des compositions de Diana ; une promenade en Castagniccia.
9. Aiò
En duo avec Petru Santu Guelfucci.
10. Lamentu di Nicoli
Le poignant Lamentu écrit par Ghjacumu Fusina à la mémoire du grand résistant Jean Nicoli, magnifiquement interprété.
11. Paddy
Un bel hommage au peuple irlandais, avec Petru Santu Guelfucci.
12. Forse
Le souvenir du père trop tôt disparu.
13. Libaru
Un morceau très rock pour chanter la fin d'un amour...
14. Gloria
Un petit village caché dans la verdure (Salgetu ?) et une petite surprise, je n'en dis pas plus !

En conclusion, un très beau disque. Un univers très personnel, de belles compositions, des arrangemments subtils, et cette voix magnifique de Diana, grave et souple, sachant se faire douce ou violente, toujours juste.

Décembre 2015

En cette fin d'année, les femmes sont à l'honneur. Quatre femmes très différentes pour trois disques dont le point commun est l'excellence.

Gianna et Laura Caronni signent leur troisième album, Navega Mundos. Dédié à la mémoire de leur mère et au grand musicien argentin Juan Carlos Cáceres, disparu en avril dernier, Navega Mundos est sans doute le disque le plus intense livré jusqu’à présent par les jumelles Caronni. Nous avions pu en entendre la primeur lors des Rencontres de Calvi 2015, et leur musique est toujours aussi belle, à la fois mélancolique et gaie En un mot très personnelle sans pour autant renier ses filiations. Une reprise sombre et passionnelle des Doors (Spanish Caravan), une exploration de leurs racines juives (Turchinsky canzonetta), une merveilleuse variation autour de Rilke (La Mélodie des choses), des réminiscences de Cent ans de solitude (Macombo)...

Avec Tenderly, Stacey Kent nous offre comme à son habitude un excellent disque. De la tendresse, de la douceur, un phrasé subtil. Seul petit bémol : peut-être justement est-ce un peu trop lisse ? Et la guitare (excellente au demeurant) de Roberto Menescal peut lasser à la longue. Mais le sax de Jim Tomlinson est getzien en diable, et la voix de Stacey Kent est parfaite.

navega
stacey

Je l'avoue : je n'ai pas encore les disques que je présente maintenant. Mais j''ai récemment vu les deux artistes en concert sur le même répertoire.
Je peux donc conseiller en toute connaissance de cause Forse, le premier album de Diana Saliceti. Nous y reviendrons plus en détail d'ici quelques jours (ayant contribué à sa production par le financement participatif, je devrais le recevoir très bientôt).

Mon quatrième choix est le disque de Tigran Hamasyan, Luys i Luso. La chaîne "Mezzo" a diffusé récemment le concert donné cette année à Coutances, sur le même répertoire, par le pianiste arménien. « Luys i Luso » (Lumière de la Lumière) a été enregistré à Erevan en octobre 2014 et paraît en cette année qui commémore les cent ans du génocide arménien de 1915. Tigran Hamasyan s’engage ici dans une exploration de la musique religieuse arménienne. Il a sélectionné des hymnes et sharakans (chants liturgiques de l’Arménie) ainsi que des chants écrits entre le Vème et le XIXème siècle.
Une musique inclassable, assurément très éloignée du jazz, même si les improvisations et le phrasé de Tigran s'inscrivent dans cette lignée. Un dialogue passionnant entre le choeur et le piano, sans que jamais l'un n'accompagne l'autre. Un album surprenant, transcendant les genres, parfois intense et vigoureux, parfois mélancolique et grave.

forse
luys

Novembre 2015 :

Tous deux natifs de la région des Marches, Daniele di Bonaventura et Giovanni Ceccarelli se sont rencontrés... à Paris ! De cette rencontre est né ce joli disque, Mare calmo enregistré en novembre 2013 dans les conditions d'un concert. Et en plus du CD, la pochette contient aussi un DVD avec une interview passionnante des deux musiciens et quatre morceaux en concert.
A l'origine du projet, le souhait partagé d'un duo inédit bandonéon/piano. Rappelons que Daniele est pianiste de formation. Les deux musiciens ont d'autres points communs : ils sont aussi d'excellents compositeurs et aiment particulièrement les petites formations qui permettent d'exprimer les nuances les plus subtiles et d'utiliser l'espace et les silences. Le dialogue joue de toutes leurs possibilités expressives en un équilbre subtil entre écriture et improvisation. Au-delà d'un duo, c'est parfois presque une polyphonie à quatre voix que nous offrent les deux musiciens tant leurs mains sont indépendantes.
Un très beau disque donc, aux climats variés, du contemplatif (Mare Calmo, In Trasparenza) au dansant (Namibia, Tarentella ), et toujours passionnant.
Mes morceaux préférés : Mare Calmo, composé par Giovanni et présenté en deux versions, l'une en duo, l'autre en bandonéon solo ; la composition de Daniele Tarentella d'Autunno, que ceux qui connaissent "Danse mémoire danse" reconnaîtront aisément ; et aussi La Regina delle Api, également composé par Daniele.

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Second disque de ma sélection : Tabula Rasa d'Arvo Pärt dans sa version ECM de 1977. Ce n'est pas un disque récent, mais je le considère comme l'un des joyaux de ma discothèque. Une musique qui est loin d'être gaie, loin de là, mais une musique pure, simple, émouvante et apaisante.
Le CD commence par Fratres, dans une version pour violon et piano. Ici ce sont Gidon Kremer et Keith Jarrett, tous deux excellents. Ce morceau est composé dans le style tintinnabuli créé par Arvo Pärt, Signifiant littéralement clochettes, il peut se décrire en une diaphonie où deux voix se joignent pour former quelque chose d'indissociable. A la première écoute, Fratres peut sembler répétitif et ennuyeux. Puis petit à petit on est envoûté et imprégné par cette musique. Fratres est structuré en neuf itérations mélodiques successives précédées d'un motif percussif sur un bourdon. La voix principale joue un accord parfait mineur. Le motif mélodique (une phrase à trois mesures et son inversion, donc six mesures en tout) ne change pas. Il est réitéré à neuf reprises en transposant modalement d'une tierce mineure à chaque itération par rapport à la précédente. Le motif rythmique d'ouverture est entendu entre chacune des neuf itérations mélodiques. La répétition de ce motif et la permanence du bourdon jouent un rôle essentiel.

Puis vient Cantus in memory of Benjamin Britten. Le morceau débute par la cloche seule, qui joue inlassablement le même motif : trois notes suivies de trois mesures de silence. La mélodie débute par un la aigu, puis descend la gamme ; une note s'ajoute à chaque fois au fragment précédent : la, la-sol, la-sol-fa, la-sol-fa-mi...
Le morceau se termine par un accord mineur, chaque pupitre se stabilisant progressivement. Le Cantus est construit comme un canon à cinq entrées, chaque entrée voyant ses valeurs doubler et jouée une octave en dessous de la précédente.

Le troisième morceau du Cd est une version différente de Fratres : pour 12 violoncelles. Personnellement, j'ai une nette préférence pour la version dépouillée pour piano et violon.

Enfin, Tabula rasa. Œuvre majeure dans le répertoire d'Arvo Pärt, Tabula Rasa est une pièce pour deux violons, piano préparé et orchestre à cordes. Divisée en trois parties indépendantes, l'oeuvre commence par le mouvement Ludus dont le thème principal répété à l'infini s'enroule sur lui-même par vagues successives de plus en plus complexes. Le deuxième mouvement Silentium consiste en une introduction menaçante des violons suivie d'une montée à l'atmosphère chargée appuyée par une note de piano à chaque relance. Ce passage d'une grande beauté formelle prépare un troisième mouvement anxiogène marqué par les contrastes entre les interventions de l'orchestre et les phases de silence.
Après cette découverte de l'univers musical d'Arvo Pärt, je suis sûr que vous voudrez écouter ses autres œuvres !

Le mois prochain : Diana Saliceti, Stacey Kent, Las Hermanas Caronni... et d'autres encore !

Octobre 2015 :

L’album « Corsu – Mezu Mezu » étant en tête des ventes depuis plusieurs semaines, je me devais de le chroniquer ici. Réunis à l'initiative de Patrick Fiori, trente artistes, continentaux et corses mêlés pour seize duos franco-corses, avec quelques contraintes : aucun des artistes corses ne devait reprendre une chanson de son propre répertoire. On a ainsi Amareni, d'I Muvrini, qu’Enrico Macias reprend avec Jean Menconi, l’emblématique Corsica, de Petru Guelfucci, que Fiori interprète avec Patrick Bruel, ou encore Furtunatu par Petru Guelfucci et Francis Cabrel… A Filetta chante le Sintineddi de Canta u Populu Corsu avec Grand Corps Malade ! Et il y a aussi Antoine Ciosi en narrateur. On pourra chipoter sur telle interprétation, tel arrangement, mais globalement le projet est réussi.

– Patrick Fiori & Patrick Bruel : « Corsica »
– Petru Santu Guelfucci & Maxime Le Forestier : « Versu tè »
– Christophe Mondoloni & Benabar : « Le Prisonnier »
– Jean-Charles Papi & Chico & les Gypsies : « Moru biancu è blù »
– Laurent Bruschini & Jenifer : « Ricordu »
– Petru Guelfucci & Francis Cabrel : « Furtunatu »
– A Filetta & Grand corps malade : « Sintineddi »
– Chjami Aghjalesi & Patrick Fiori : « Ci hè dinù »
– Francine Massiani et Louis Bertignac : « Solenzara »
– Jean-Pierre Marcellesi & Claire Keim : « Ti tengu cara »
– Jean Menconi & Enrico Macias : « Amareni »
– Maï Pesce & Maurane : « A l’altru mondu »
– Surghjenti & Michel Fugain : « Sinfunia nustrale »
– Antoine Ciosi & Patrick Fiori : « Ô Corse, île d’amour »
– Arapà & Anne Etchegoyen : « Quand je reviens ici »
– Isulatine & Le choeur de la corse & Ziteddi in Cantu : « Diu vi salvi Regina

Deuxième CD de la sélection : "Vers des Docks et des Quais", le disque d'une des découvertes des dernières Rencontres de Calvi : le groupe marseillais Radio Babel.

Dans ce premier album, les cinq musiciens ont mis à l’honneur les textes de Louis Brauquier, poète marseillais, marin au long cours, mais ils se sont aussi inspirés des poètes de la rue rendant hommage à la diversité du port marseillais. Par les timbres variés des voix et le groove du beat-box, les cinq hommes de Babel créent une variété de rythmes, de sons et d’ambiances, et nous mènent d’un pays à l’autre, d’une langue à l'autre : espagnol, arabe, occitan, swahili, bambara, français.

Radio Babel Marseille chante le monde depuis la Joliette, le regard toujours tourné vers l’ailleurs.

mezu
docks

Autres disques dignes d'intérêt : Eterne stelle de Francine Massiani (desservi à mon avis par les arrangements), L'intimu culore d'Anna Rocchi, Luys i Luso de Tigran Hamasyan et Mare Calmo de Daniele di Bonaventura.

Août 2015 :

Bien entendu, c'est "Castelli", le nouveau CD d'A Filetta, qui est à l'honneur de cette rubrique ce mois-ci. Mes commentaires sur la page consacrée à la discographie du groupe.

Je continue l'exploration de ma discothèque jazz en vous proposant ce mois-ci « A Love Supreme » de John Coltrane.
Il y a cinquante ans, en février 1965, sortait un des albums les plus importants de l'histoire du jazz. Une composition de 33 minutes divisée en quatre mouvements (Acknoledgement, Resolution, Pursuance et Psalm), enregistrée en une seule séance le 9 décembre 1964 et qui ne sera rejouée qu'une seulle fois en concert, en juillet 1965 à Antibes.
Le quartet mythique de Coltrane (avec McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie et Jimmy Garrison à la contrebasse), alors en pleine maturité, était sur le chemin d'une inéluctable séparation.

Ce disque marque le tournant spirituel de Coltrane. A cette époque il composera diverses pièces influencées par la religion : " The Father and the Son and the Holy Ghost", "Dear Lord", "Meditations", "Om"... Au verso de la pochette de « Meditations » il est écrit : « Je crois dans toutes les religions »... D'origine chrétienne, Coltrane s'intéresse aussi au bouddhisme et à l'islam.
Les quatre sections de A Love Supreme suggèrent un pélerinage en quatre étapes. Tout d’abord le pèlerin reconnaît le divin (Acknowledgement), puis, résolu à l’accomplir (Resolution), il poursuit sa quête (Pursuance), pour finalement la célébrer par son chant (Psalm).
Acknowledgement joue le rôle d’un prélude. Il débute par un coup de gong (allusion au bouddhisme ?) suivi d'une très courte intro au saxophone. Puis Garrison avec quatre notes à la contrebasse introduit le motif : chaque son cadence le titre "A Love Supreme". Ce riff est suivi par le piano de Tyner. À la fin du titre Coltrane reprendra l'air comme un leitmotiv et alignera ces mesures trente-sept fois de suite en alternant graves et aigus, puis dix-neuf fois en chantant "A Love Supreme". Le morceau se termine avec un solo de basse qui se prolonge sur le début de Resolution.
La tension augmente progressivement dans le deuxième morceau, Resolution, le mouvement le plus "classique" des quatre, avec un solo de Mc Coy Tyner qui deviendra un modèle pour de nombreux pianistes.
La tension augmente encore dans Pursuance, partie la plus rapide, avec en ouverture un solo de batterie d'Elvin Jones.
La quatrième partie, Psalm, enchaînée avec la troisième, débute par un long solo de contrebasse de Jimmy Garrison, puis c'est une narration musicale du poème écrit par Coltrane et qui figure dans les liner notes. C'est une véritable récitation au saxophone des mots du poème, dans une technique d’intonation proche de celle des preachers noirs américains. Coltrane l'avait indiqué dans les liner notes : "La dernière partie constitue la narration musicale du thème "A Love Supreme" qui est écrit dans le contexte". Mais curieusement cette indication est restée ignorée des commentateurs jusqu'à ce que Lewis Porter le révèle. Le chant est divisé en plusieurs tons de récitation qui montent progressivement. Il est remarquable que le jeu de saxophone exprime la signification des mots du poème : sérénité sur "beautiful", ferveur sur "He always will be". Chaque paragraphe correspond à une forme "en arche" - une phrase ascendante, une récitation recto tono, une phrase descendante. Coltrane poursuit son solo jusqu’au Amen final. À la fin de Psalm intervient un deuxième saxophoniste (alto ?): ce serait Coltrane luii-même en re-recording. De même Garrison avec un archet sur la contrebasse et Jones à la batterie se rajoutent en overdub sur l'enregistrement initial créant ainsi un septet virtuel.

Coltrane savait-il qu'il n'avait plus que trois ans à vivre ? On ressent en tout cas dans ce disque une urgence, une intensité incroyables, proches de la transe, mais aussi une grande sérénité. Les trois autres musiciens sont au même niveau. Le quartet est ici à son sommet.
Le motif de quatre notes restera gravé dans la mémoire des mélomanes, de même que le titre répété comme un mantra : «A Love Supreme. A Love Supreme. A Love Supreme...»

castelli
a love supreme

Avril 2015 :

La périodicité de cette rubrique laisse un peu à désirer, mais pour me faire pardonner je vous propose SIX disques ce mois-ci !

Tout d'abord, les deux disques de jazz qui ne quittent plus ma platine : "In maggiore" de Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura et "No Way Out" de Giovanni Mirabassi. Nos amis italiens sont en forme !

Une rencontre magique : In Maggiore est fascinant depuis l'intrigant Da Capo Cadenza jusqu'au morceau final In maggiore, en passant par un merveilleux O que sera devenant sur la fin El pueblo unido jamas sera vencido nous rappelant nos jeunes années, un extrait de La Bohème, et bien d'autres choses. Pas assez à notre goût, évidemment (voir le détail sur la page dédiée à Paolo)

On connaissait bien le trio de Giovanni Mirabassi, vu souvent en concert au Sunside, et la perspective d'un quatrième musicien faisant irruption dans ce beau triangle nous inquiétait un peu... Mais loin d'être un intrus, le vibraphoniste Stefon Harris crée dans ce No Way Out un équilibre nouveau, évoquant parfois le quartet de Bobby Hutcherson avec Herbie Hancock, Bob Cranshaw et Joe Chambers. L'entente entre le pianiste et le vibraphoniste est miraculeuse, et Gianluca Renzi et Lukmil Perez assurent un accompagnement parfait. Ajoutons que la prise de son est excellente, et l'on a un disque qui fera date !
D'autres critiques sur la page Jazz.

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Deux disques que je ne me suis pas encore procurés mais dont on me dit le plus grand bien : Sirventes du trio Manu Théron / Youssef Hbeisch / Grégory Dargent, et Wasla de Tarek Abdallah.

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Enfin deux autres disques méditerranéens, en attendant les nouveaux disques d'I Surghjenti et d'I Muvrini : Canti Corsi de Battista Acquaviva tout d'abord, réédition d'un disque enregistré en 2012. Battista y chante entre autres le Dio vi Salvi Regina et U Lamentu à Ghjesù, accompagnée par Ceccè et Maì Pesce et de Jean-Marc Bertrand. Elle retrouve son père Nando pour un duo sur Tota pulchra. Et d'autres titres comme Culomba, Sott´à lu ponte, O Ciucciarella...
Enfin, Meridiani #1 - Abbacà si de l'ensemble Adjam. Un voyage sonore du quartier Usküdar d’Istanbul jusqu’aux montagnes de l’Atlas, en passant par les rivages du Valincu et la Gaddhura..

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Décembre 2014 :

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alba

C'est bientôt Noël, et justement Bonsai Music sort un CD du Paolo Fresu Quintet consacré aux chants de Noël : "Jazzy Christmas".

1. White Christmas
La fameuse composition d'Irving Berlin.

2. I’ll Be Home For Christmas
Un mélancolique chant de Noël américain composé en 1943 par Buck Ram, Kim Gannon et Walter Kent, enregistré la même année par Bing Crosby.

3. In Sa Notte Profundha
Un chant de Noël sarde destiné aux enfants écrit par Agostino Sanna et Babbai Pedru Casu de Berchidda.

4. Joy To The World
Composé en 1719 par Isaac Watts. La mélodie est basée sur celle du Messie de Haendel.

5. Have Yourself A Merry Little Christmas
Chanson popularisée par Judy Garland puis par Frank Sinatra.

6. The Christmas Song
Une composition de Mel Tormé et Bob Wells. Le morceau est également connu sous le nom de Chestnuts Roasting on an Open Fire.

7. Notte De Chelu
Un autre chant écrit à quatre mains par Agostino Sanna et Pietro Casu.

8. Till Bethlehem
Un traditionnel norvégien nostalgique et peu connu.

9. O Little Town Of Bethlehem
Traditionnel chant de Noël composé par Phillips Brooks et Lewis Redner.

10. Naschid’Est In Sa Capanna
Probablement l'une des compositions les plus réussies d'Agostino Sanna et Pietro Casu.

11. Adeste Fideles
Un morceau en trio : bandonéon, trompette avec sourdine et sax soprano.

Autre idée de cadeau : le CD tout récent du groupe Alba, "A Parulluccia". Enregistré à Piedigriggio, ce nouveau disque accueille quelques invités, tels que Jean-Paul Colombani, Régis Gizavo, Lionel Giacomoni, Victoria Ruiz y Lopez...

1. Orizonte Rossu
L'accordéon introduit le morceau, bientôt rejoint par la basse d'Èric. Un joli morceau mélancolique.
2. Sempre Caru
Déjà depuis quelque temps au répertoire du groupe, Sempre Caru, chanté par Ghjuvanfrancescu, bénéficie ici de l'accordéon de Régis Gizavo et de la guitare de Jean-Paul Colombani.
3. A Parulluccia
Je vous laisse deviner le petit mot...
4. Tandu Quì
Paroles de Ghjuvanfedericcu Terrazzoni, musique de Lionel Giacomini. Je suppose que c'est lui qui chante ce joli morceau.
5. Paghjella
Le groupe commence et clôt ses concerts par une paghjella; sur le disque elle est au milieu !
6. Dolce Senu
L'introduction de ce morceau rappelle un peu Sempre Caru ; les paroles sont un peu plus érotiques !
7. Sappia Fratellu
Très beau chant sur le thème du deuil et de l'amitié.
8. Spunnati Scaluni
Morceau composé par Enza Pagliara, invitée sur ce morceau.
9. Lampidusa
Composition de Lefteris Kambourakis, paroles corses du groupe Alba. Très beau morceau aux sonorités des Balkans.
10. Sti buchji di notti
Paroles d'Alanu Di Meglio

Septembre 2014 :

Ce mois-ci mes disques du mois sont les CD rapportés dans mes valises. Tout d'abord deux disques achetés chez les quelques disquaires de Corse ayant survécu : le 2e CD de Spartimu , intitulé "Mens divinior", et "Pè Fà la Campà" de I Messageri.

Mens divinior présente 15 polyphonies. Les cinq premières (Introitu, Paghjella, Kyrie, O salutaris hostia et Agnus Dei) sont le reflet de l'activité du groupe au sein du Conservatoire de Corse Henri Tomasi, et ont en quelque sorte une vocation "pédagogique". Vu la qualité de l'interprétation (notamment un Agnus Dei magnifique), on se dit que le chant corse a un bel avenir ! On trouve aussi sur le disque des exemples de « versi » moins pratiqué́s comme ceux du Nebbiu (Stabat mater, Suda sangue, Alleluia), de Tagliu (Sanctus) ou de Sartè (Dies irae), un chant sarde bien connu (Brunetta) et enfin trois chants géorgiens et un chant chilien.

J'avais entendu dire le plus grand bien de "Pè Fà la Campà" sorti en 2011, mais je n'avais pas encore pu me le procurer. C'est maintenant chose faite, et je confirme tout le bien qu'il faut penser de ce disque. Composé de 14 titres, cet album qui succède à "A mio lettera" montre la maturité musicale acquise par Fabrice et Jean-Michel Andreani, tant au niveau des textes que des arrangements musicaux. Hormis une adaptation du "Répondez-moi" de Francis Cabrel, toutes les compositions sont de Fabrice et les textes de Marc Ventura pour la plupart, excepté le magnifique È s'ell'ùn c'era lindumane dû à la plume d'Henri Olmeta et S'è vo sentite adapté de Francis Cabrel. Un savant mélange de musique traditionnelle et moderne avec l'utilisation d'instruments à cordes et de percussions accompagnant des interventions de cetera. pour un disque remarquable.

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Et voici deux CD de participants aux Rencontres de Calvi : "Chants d'amour et d'ivresse" d'Abed Azrié, et "Bona Crianza" d'Enza Pagliara. L'album Chants d'amour et d'ivresse se compose de deux CD, captations de deux concerts donnés à Radio France, l'un en 2000, l'autre en 2002. On retrouve le répertoire donné à Calvi, avec Omar Khayyam, Qays, Ibn Arabi, Al-Hallaj, Rabiah Al-Adawiyyah, l'Evangile de Jean et l'épopée de Gilgamesh.

Bona crianza est le troisième disque d'Enza. Entre nouvelles interprétaions de chants traditionnels et compositions inspirées des styles traditionnels du Salento, l'album mêle avec bonheur pizziche et ballades populaires, sur un instrumentarium original : accordéon, mandole, trompette, tuba, violoncelle et percussion. Le tout sublimé par le chant expressif, plein de passion et d'intimité d'Enza.

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Un oubli réparé :

J'avais omis de signaler ici ces deux magnifiques disques découverts pendant l'été : les deux volumes «Orient Occident», proposés par Jordi Savall et l'ensemble Hesperion XXI.

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Le premier volume, « Orient - Occident », paru en 2006, marque un tournant dans la discographie de Jordi Savall puisque pour la première fois le maître catalan décidait d'explorer un répertoire extra-européen dans un projet de musique pour la paix. En compagnie de l'oudiste Driss El Maloumi et du percussionniste Pedro Estevan, il unit Orient et Occident de 1200 à 1700, faisant ressurgir ces musiques instrumentales venues d'Espagne, d'Italie, d'Algérie ou d'Afghanistan. Il illustre ainsi la façon dont sont étroitement liées la culture et la musique de la Méditerranée, en dépit de la division de ses peuples et de ses religions. Cette œuvre musicale est un véritable message de paix, d’espoir et d’humanisme.

Le premier CD était motivé par le conflit en Afghanistan ; le second « Orient - Occident II : hommage à la Syrie » l'est par un autre conflit, celui de la Syrie. Fresque musicale d'un lumineux raffinement, cet enregistrement réunit l'Ensemble Hyperion XXI et de très nombreux musiciens traditionnels syriens (dont la magnifique chanteuse Waed Bouhassoun), libanais, marocains (l'oudiste Driss El-Maloumi), joueurs de flûtes, de ney, de santur et de multiples percussions. Jordi Savall nous propose un nouveau voyage sonore à travers les chants, les danses et la poésie du vaste continent moyen-oriental, et particulièrement de la Syrie.
Mais - et il convient de féliciter l’éditeur Alia Vox - ce disque, comme le précédent, est aussi un livre richement illustré, qui permet de mieux comprendre la richesse de la civilisation syrienne. Des millénaires d’histoire et de culture qui se sont développés le long des rives de l’Euphrate, vaste territoire au carrefour des civilisations hellénistiques, romaines, byzantines et arabes, enjeu de multiples conflits. Et ainsi de mieux comprendre la tragédie qui se joue aujourd’hui.

L’écrivain Amin Maalouf l’affirme : « Pour redonner à notre humanité déboussolée quelques signes d’espoir, il faut aller bien au-delà d’un dialogue des cultures et des croyances, vers un dialogue des âmes. Telle est, en ce début de XXIe siècle, la mission irremplaçable de l’art. » et aussi : « la diversité n'est pas forcément un prélude à l'adversité ; nos cultures ne sont pas entourées de cloisons étanches ; notre monde n'est pas condamné à des déchirements sans fin ; il peut encore être sauvé... N'est-ce pas là, d'ailleurs, depuis le commencement de l'aventure humaine, la raison première de l'art ? »

Pour Jordi Savall, « la musique est l’un des moyens d’expression et de communication les plus universels ». Elle passe les frontières mieux que toute autre forme d'art, transcende les mots et les images. Ces deux disques sont un appel à l’écoute et à la compréhension.

Mai 2014 :

Deux disques de jazz ce mois-ci : les dernières productions du quintet de Paolo Fresu et de Stacey Kent.

Le quintet de Paolo Fresu fête ses trente ans sans avoir pris une ride, c'est ce qu'on se dit à l'écoute de ce nouvel album. 13 compositions originales, comme le superbe Chiaro de Paolo qui ouvre le disque, des climats très variés, rappelant tantôt le hard bop des années 60 (Chiaro, justement), le second quintet de Miles, les rythmes africains, et même le rock (Go Go B), sans oublier l'opéra (When I Am Laid in Earth d'après Purcell). Un magnifique album.

Stacey Kent
avait déjà exploré le répertoire brésilien. Sur The Lyric (2005) publié par son mari Jim Tomlinson, elle chante, en anglais, Corcovado, qui figurait sur l'album Getz-Gilberto. Puis sur Breakfast on the Morning Tram, Samba Saravah, dans la version de Pierre Barouh. Et sur Raconte-moi (2010), elle interprète Les Eaux de mars, adaptation par Georges Moustaki du célèbre Aguas de Março d'Antonio Carlos Jobim. Sur ce nouveau disque, elle revisite d'autres standards de Jobim (This Happy Madness, How intensitive, One note samba...). Et elle ose même chanter en portugais (langue qu'elle maîtrise aussi bien que le français) O Barquinho, O Bebado, Mais Uma Vez et A Tarde. Un disque exquis, tout en subtilité et en sensualité. Stacey chante avec une extrême justesse, se jouant des pièges de la "légèreté" du répertoire. Aérienne mais aussi profonde, douce sans tomber dans la guimauve... Quand charme et intelligence se rejoignent...

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Decembre 2013 :


Beaucoup de parutions en cette fin d'année et le choix est difficile. Ma sélection comprend un disque corse et trois disques de jazz.

Le disque très attendu d'U Fiatu Muntese tout d'abord. Caminu est magnifique, depuis l'hommage à Nelson Mandela qui ouvre le disque à A l'ultimi ponti, en passant par des joyaux tels que U Lamentu d'Antuninu ou Cristu. Espérons ne pas attendre encore 9 ans pour le prochain disque !

Trios
de Carla Bley, ensuite. On sait la vénération que je porte à la pianiste et compositrice américaine. Ce Trios, composé de morceaux déjà connus dans d'autres contextes, est comme l'épure du travail de Carla en grand orchestre. Un disque tout en finesse, en délicatesse même, qui commence par Utviklingssang, ce thème si prenant, harmonisé subtilement à partir de l'arrangement de la version de 1981. Andy Sheppard y est magnifique, jouant sur les harmoniques. On retrouve Vashkar, Les Trois Lagons, Wildlife et enfin The Girl who cried champagne.

Je n'en dis pas plus sur Birds Requiem de Dhafer Youssef, abondamment présenté en page Invités, c'est encore un disque admirable du chanteur et oudiste tunisien.

Et enfin Concerts, la réédition intégrale des concerts donnés en 1981 à Münich et Bregenz par Keith Jarrett alors au sommet de son art du solo. Après Bremen/Lausanne, The Köln Concert et les Sun Bear Concerts, Keith Jarrett portait ici à un point culminant son esthétique si particulière, en une musique extraordinaire de complexité et d'ouverture. Réunissant deux concerts improvisés, ce coffret de trois disques peut-être considéré comme le sommet de la première période de musique solo de Jarrett :
« Les concerts de Bregenz/Munich sont à ce jours les plus brillantes prestations live en solo que Jarrett nous ait livré sur disque ; son niveau d'inspiration est proprement extraordinaire et la musique couvre un éventail de style et d'émotion plus large que jamais. Il prend, tout du long, des risques fabuleux, repoussant toujours plus loin les limites expressives de son instrument » (Ian Carr).

A retenir également : In Bastia d'Antoine Ciosi, Allora va bè d'I Mantini, In Cuncertu d'A Cumpagnia, I Vascelli de Stéphane Casalta, 25 anni cù i mei de Felì.

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Eté 2013

Tout d'abord, " Puzzle", qui nous fait attendre avec impatience le nouveau répertoire issu de la rencontre entre A Filetta et Fadia Tomb-El-Hage. Ce premier aperçu est une splendeur, nous l'avons déjà évoqué lors de la sortie du disque. "Sì Vita Sì", ensuite, le nouvel opus de Barbara Furtuna, a beaucoup de qualités. Un nouveau positionnement plus "chanson", moins traditionnel, et toujours des voix sublimes. " Paci" de Svegliu d'Isula est également un très bon disque.

Côté jazz maintenant, ECM frappe fort, avec un nouveau Keith Jarrett, "Somewhere", à mon avis le meilleur du trio de ces dernières années ; Marc Johnson et Eliane Elias nous offrent un très beau "Swept Away", où l'on retrouve également Joe Lovano, magnifique, de même que Joey Baron dont l'entente est parfaite avec le bassiste. Marc Johnson termine en solo sur Shenandoah, souvenir du Midwest de son enfance. Enfin, Steve Swallow publie un excellent "Into the Woodwork". Le bassiste américain a enregistré cet album avec Carla Bley, cette fois à l'orgue et non au piano, avec le saxophoniste Chris Cheek et le guitariste Steve Cardenas qui ont souvent croisé sa route dans d'autres groupes mais aussi avec un nouveau venu dans l'univers de Swallow, le batteur Jorge Rossy. Avec cette petite formation, le bassiste et compositeur a pu disposer d'une grande variété sonore pour enrichir les 12 nouveaux thèmes qu'il a écrits pour l'album.

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Mars/Avril 2013 :

Un seul disque proposé pour cette fois, Mediterraneo de Christina Pluhar et l'Arpeggiata. Après l'Amérique Latine, le bassin méditerranéen. Une belle réussite servie encore une fois par des voix fabuleuses : la célèbre chanteuse de fado Mìsia, la soprano catalane Nuria Rial, l'étonnant chanteur napolitain Vincenzo Capezzuto et sa voix androgyne, Raquel Andueza, Katerina Papadopoulou... Point de départ de ce programme : les chants greci-salentini, tarentelles chantées en grec issues du Salento (le talon de la botte italienne). Ce fascinant mélange gréco-italien a conduit Christina Pluhar à parcourir tout l'espace méditerranéen, du Portugal à la Turquie, aux abords des côtes espagnoles, catalanes, grecques et italiennes.

Les instruments de la tradition méditerranéenne (qanun, saz, lyra et lavta grecques, guitare portugaise) rencontrent ici les cordes baroques de l'Arpeggiata.

Le superbe livre-disque contient également un DVD bonus de 5 titres d'une durée de 25 minutes (en édition limitée).

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Février 2013 :

Deux sorties récentes et deux disques à redécouvrir :

Desertico du Paolo Fresu Devil Quartet tout d'abord. Un album électrique mais lyrique. Un surprenant Satisfaction ouvre le disque, où l'on trouve aussi un beau Blame It On My Youth. Tout au long du disque on apprécie l'extrême sophistication du jeu de Paolo et la parfaite complémentarité du quartet au sein duquel la guitare de Bebo Ferra suscitera peut-être des débats. Au total un beau disque, une musique à la fois énergique et élégante. Mon morceau préféré; le Medley final Ninna Nanna per Andrea/Inno Alla Vita.

Mon second choix est Live in Europe 1969 du "Lost Band", le quintet éphémère de Miles Davis avec Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland et Jack DeJohnette ! Trois CD avec deux concerts enregistrés les 25 et 26 juillet 1969 au Festival Mondial du Jazz d'Antibes, un concert enregistré le 5 novembre au Newport Jazz Festival In Europe de Stockholm, et un DVD filmé le 7 novembre 1969 à la Berliner Jazztage de Berlin. On n'est pas en présence ici d'un chef d'œuvre, mais plutôt d'une musique en train de se faire. Ce qui est passionnant justement, c'est de découvrir la genèse de Bitches Brew. On suit ces cinq artistes géniaux constamment à l'écoute les uns des autres, à la recherche de cette nouvelle dimension que recherchait tant Miles. A un tel niveau, il y a quelques scories mais de nombreuses pépites.

« It's again, and again, and again... » - première et dernière phrase d'Escalator Over The Hill, troisième disque de ma sélection. Un opéra - une chronotransduction, selon l'auteur - composé par Carla Bley sur un livret du poète Paul Haines, qui allait demander trois années de travail (1968-1971), aboutissement d'un processus de création musicale unique en son genre. Centré sur la rencontre entre l'Orient et l'Occident, Escalator... est un patchwork monumental, un télescopage inédit entre l'univers du free jazz new-yorkais, magnifiquement incarné par l'Argentin Gato Barbieri (fabuleux dans Hotel ouverture, le premier morceau de l'album) et par Don Cherry (extraordinaire dans Rawalpindi blues, à l'autre extrémité du disque), entre la pop-music créative de l'époque (Beatles, Cream, Hendrix, Soft Machine ou Zappa), la comédie musicale, tout cela très influence par Kurt Weill.
Dans ce délire musical organisé, Carla Bley orchestre le carambolage du rock, de la musique indienne classique, de l'opéra, de la country... Et tout cela est éminemment cohérent. Cette oeuvre est un monument de créativité.
A elle seule, la liste des musiciens dit toute la diversité des genres musicaux que Carla Bley a réunis : à côté des musiciens de jazz Roswell Rudd, Gato Barbieri (à son meilleur), Charlie Haden, Don Cherry, Enrico Rava, Jimmy Knepper, Jimmy Lyons, Paul Motian, Howard Johnson, Sheila Jordan, Bob Stewart, Jeanne Lee, John McLaughlin, il y a Don Preston (qui a tenu les claviers au sein des « Mothers Of Invention » de Frank Zappa), le bassiste et chanteur du groupe de rock Cream Jack Bruce, l'égérie de Warhol Viva, la chanteuse de country Linda Ronstadt, etc. etc. Carla Bley, dans ses arrangements subtils, a réussi à lier ces moments les plus variés, à les mettre en contraste et parfois aussi à les synthétiser.

J'ai réécouté récemment ce coffret dans son intégralité : c'est une splendeur. Les oreilles délicates seront peut-être effarouchées, pendant l'ouverture, par les sonorités acides de la clarinette de Perry Robinson et par les hurlements du ténor de Gato Barbieri, mais le jeu en vaut la chandelle. Des arrangements subtils, des dialogues féconds entre John Mc Laughlin et Jack Bruce, entre ces deux musiciens et Don Cherry dans le magnifique Rawalpindi Blues... Une musique à la fois "free" et très construite qui vous poursuit longtemps.

Le quatrième disque de ma sélection sera Night on the City de Paolo Fresu. Dans la multitude de disques publiés depuis vingt ans par notre ami de Sardaigne, cet album publié en 1994 est peut-être mon préféré. Est-ce parce que c'est celui qui m'a fait découvrir Paolo ? Possible. En tout cas, je l'apprécie toujours énormément, notamment pour la complicité télépathique qui régnait déjà entre les membres du quintette.

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Juillet 2012

Deux CD très différents ce mois-ci :

La B.O. de Mafiosa 4 composée par Pierre Gambini, tout d'abord. Des compositions très "rock alternatif" qui puisent dans les racines corses du compositeur. A écouter aussi, son album "Albe sistematiche", dont on retrouve d'ailleurs plusieurs titres dans cette bande originale.

Pas exactement une nouveauté, puisque ces enregistrements sommeillaient depuis plus de trente ans dans les archives d'ECM, que ce Sleeper du quartet européen de Keith Jarrett. Ce double CD vient compléter les enregistrements live du quartet : "Nude Ants", qui souffre d'une prise de son éloignée des standards habituels d'ECM, et surtout "Personal Mountains", qui donnait déjà à entendre des extraits du concert de Tokyo du 16 avril 1979. Un seul titre inédit, So Tender, mais pas de doublon ; si les autres morceaux figurent déjà sur Personal Mountains (Personal Mountains justement, Innocence, Prism et Oasis) et sur Nude Ants (Chant of the Soil, Innocence, Oasis, New Dance), ce sont bien de nouvelles versions qui nous sont offertes ici. Le quartet de Belonging au sommet de son art.

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sleeper

Mai-Juin 2012

Musiques du monde, avec le somptueux coffret dessiné par Christian Lacroix : un CD et un DVD des meilleurs moments des Suds à Arles ; et du jazz, avec Fabienne Marcangeli, qui chante en anglais, mais également en brésilien et en corse !

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lovebird

Avril 2012

Je dois dire que je reste un peu sur ma faim ces dernières semaines. Les deux disques que je sélectionne ne sont pas des chefs d'oeuvre impérissables mais méritent le détour.

Los Pajaros Perdidos, tout d'abord, dernier opus de l'Arpeggiata, est assez inégal mais contient une merveille : Alfonsina y el mar chanté par Lucilla Galeazzi.
Ma deuxième sélection sera Trio Libero, regroupant Andy Sheppard, Michel Benita et Sebastian Rochford, qui nous offrent des dialogues instrumentaux créatifs, lyriques et pleins de fraîcheur. Un peu ardu peut-être, mais mérite amplement le détour.
J'espère que le printemps nous amènera beaucoup de galettes corses !

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Janvier 2012

Encore une belle rencontre à l'actif de Paolo Fresu. cette fois, c'est avec le pianiste cubain Omar Sosa.

Alma (âme) nous fait entendre Paolo Fresu et Omar Sosa ainsi que, sur quatre morceaux, l'arrangeur et violoncelliste brésilien Jacques Morelenbaum, qui a travaillé avec Antonio Carlos Jobim, Gilberto Gil et Cesaria Evora.

Une première écoute laisse entrevoir des passages de toute beauté. Servi par le jeu raffiné du pianiste, le bugle de Paolo s'envole...Paolo et Omar mêlent très efficacement les instruments acoustiques avec l'électronique, créant un son à la fois intime et ouvert, terrien et aérien. Toutes les compositions sont de Paolo ou Omar, à l'exception notable d'une relecture pleine d'imagination de Under African Skies de Paul Simon.

C'est un disque de 1964 que je vous propose : Crescent de John Coltrane. Un disque-charnière, un peu éclipsé dans la discographie de Trane par celui qui l'a précédé (Ballads) et surtout par le suivant (A Love Supreme). De merveilleuses compositions : Crescent, Wise One, Lonnie's Lament , qui sont certainement parmi les thèmes les plus forts et les plus personnels jamais écrits par Coltrane.

Le climat général de l'album est grave, méditatif, sombre, crépusculaire même par moments. Peut-être l'utilisation exclusive du ténor accentue t-elle cette impression. Une tension sourde, comme une prière intérieure qui éclatera dans A Love Supreme. Seul Bessie's Blues, un blues en 12 mesures, diffère du reste de l'album à cet égard.
Ici les trois autres musiciens sont très mis en valeur : McCoy Tyner, impérial tout au long du disque, Jimmy Garrison (un solo sur "Lonnie's Lament") et enfin Elvin Jones sur "The Drum Thing".
L'album est particulièrement épuré et constamment à la recherche de la note ultime. La suite sera bien plus radicale...

 

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crescent

Novembre-décembre 2011

En cette fin d'année, une sélection de disques pour les fêtes, des récents et des redécouvertes...

Deux disques corses : Antoine Ciosi : Una Mamma (Livre-CD) et Vitalba, sans oublier le dernier opus de Felì (que je n'ai pas encore écouté).

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vitalba

Quatre disques de jazz ensuite : Miles Davis : The Bootleg series Vol 1, des concerts, captés en 1967 en Europe, du second grand quintet de Miles avec Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams.
Adelante! de Giovanni Mirabassi : En 2000, avec « Avanti ! », Giovanni Mirabassi revisitait hymnes de liberté et chants partisans, avec « El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido » en ouverture. Cet album allait révéler ce pianiste natif de Pérouse, installé à Paris depuis 1992. Il nous revient avec Adelante! enregistré à Cuba, sur le même répertoire de chansons et mélodies révolutionnaires. De l'Internationale à Léo Ferré, en passant par Violeta Parra et Astor Piazzolla, il rappelle que la musique n'est pas seulement un engagement esthétique.
Officium Novum : L'association de Jan Garbarek avec le Hilliard Ensemble dans laquelle le saxophone du Norvégien joue le rôle d'une cinquième voix totalement libre aux côtés des quatre voix de l'ensemble "classique" britannique, nous offre avec cet Officium Novum une musique ni ancienne ni moderne mais nouvelle et d'une incroyable puissance émotionnelle.
Une merveille enfin: The Lost Sessions de Stan Getz avec Kenny Barron, George Mraz et Victor Lewis. Le dernier enregistrement du maître, déjà atteint par la maladie qui l'emportera trois ans plus tard, mais un des plus lyriques, probablement son chef-d'œuvre : une maîtrise totale de l'instrument, un bonheur évident, la plénitude absolue, Indispensable en ces temps difficiles !

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adelante
offnouv
getz


Octobre 2011

Johanne Cassar : Henri Tomasi - Mélodies corses - Cyrnos
Attallà. : Lettara Muta

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Ce mois-ci, un disque autour d'un répertoire peu connu, celui d'Henri Tomasi (1901-1971). Né à Marseille, Henri Tomasi a toujours été tourné vers la Corse dont sa famille était originaire. On entendra ici un poème symphonique, Cyrnos, dans la version pour deux pianos dont c'est le premier enregistrement, ainsi que des harmonisations de chants corses traditionnels : Six mélodies populaires corses (1930) et Chants corses (1932). Loin de toute démarche folklorique, Tomasi rattache ici la chanson traditionnelle à l'esprit musical des années trente. La réussite de ce disque doit beaucoup à l'interprétation fraîche et passionnée de Johanne Cassar (soprano) et de Laurent Wagschal (piano).
Le second disque est celui d'un jeune groupe originaire du Sud de l'île, Attallà, du nom de l'ancienne pieve d'Alta Rocca. Un très beau disque avec une surprise à la fin, je ne vous en dis pas plus..

Septembre 2011

Tigran Hamassyan : A Fable
Stéphane Casalta. : Fantasia

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fantasia

Ce mois-ci encore, un disque de jazz : le premier album du jeune pianiste Tigran Hamasyan. Je l'avais découvert sur le disque de Dhafer Youssef ainsi que sur la retransmission du concert donné à Coutances, où il avait pratiquement volé la vedette à Dhafer Youssef ! Il fait montre dans cet album solo d'une imagination sans limites, à la croisée du jazz, du classique et des musiques traditionnelles arméniennes.

Un disque corse ensuite (hé oui, ils se font assez rares en ce moment) : Fantasia de Stéphane Casalta. Une tentative méritoire de marier voix corse et accompagnement instrumental soigné.

Juin 2011

Brad Mehldau : Live in Marciac
Trio Joubran. : AsFâr

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joubran

 

Ce mois ci, un disque de jazz : Brad Mehldau à Marciac en 2006 dans une sélection de compositions originales et de standards, ainsi que quelques incursions dans l'univers de la pop, avec une version décapante de « Martha My Dear » des Beatles et un des thèmes préférés du pianiste, « Exit Music (for a Film) » emprunté à Radiohead. Ce disque (et le DVD qui l'accompagne) montre les multiples facettes du jeu de Brad Mehldau : compositions détournées, triturées, standards magnifiés, ballades jouées avec une extrême sensibilité. Ecoutez particulièrement sa version de My Favorite Things.
Un disque de musiques du monde ensuite : AsFâr du Trio Joubran. Une invitation au voyage jouée par ces trois frères palestiniens rejoints par Dhafer Youssef. Musicalité, poésie et virtuosité. Il faut les découvrir sans tarder !

Mai 2011 :

A Filetta : Requiem
Anna Rocchi, Xinarca ... : Comptines & Berceuses Corses

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Deux disques très différents : le dernier chef d'oeuvre d'A Filetta, le bouleversant Requiem, et le disque accompagnant le livre "Comptines & berceuses corses" récemment publié par les Editions Didier Jeunesse. Loin d'être un disque "d'accompagnement", ces enregistrements sont d'une grande qualité. On y retrouve au fil des 27 plages Anna Rocchi, Xinarca, Jean-Louis Achard, Antoine Leonelli, Bernard Ferrari, Paul-Félix Nasica et d'autres, accompagnés par Jason Meyer, Antoine Tatich-Pinelli et Jean-Christophe Hoarau. Une très belle réalisation.

Avril 2011 :

Diana Krall : When I Look in Your Eyes
Laïka : Nebula
Ce mois-ci, deux disques de jazz, deux disques de chanteuses. Mais ces deux CD sont très différents tout en étant l'un comme l'autre excellents; l'un (Diana Krall) est plus facilement accessible, mais on en redécouvre toutes les subtilités à chaque écoute; l'autre (Laïka) est peut-être moins séduisant à la première écoute, et il faut y revenir plusieurs fois pour en mesurer toute la profondeur. Diana Krall est désormais une star. Ce disque sorti en 1999 est mon préféré, avec notamment Let's Face The Music And Dance, I've Got You Under my Skin et When I Look in Your Eyes. Laïka commence à se faire un (pré)nom dans le public et les critiques. Ecoutez "Nebula" !
Pour en savoir plus sur ces deux chanteuses, rendez-vous sur la page Jazz

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nebula

Mars 2011

Hum... Comment dire ? Pendant ce mois de mars passé très vite, j'ai écouté et réécouté en boucle les deux disques ci-dessous. Vous pouvez les découvrir, l'un sur la page Discographie A Filetta avec les articles de presse sur la page consacrée à Paolo Fresu, l'autre sur la page jazz.
Je suis particulièrement emballé par deux morceaux du CD de Carla Bley : "Four" et surtout "Five Banana". L'écriture et les arrangements de Carla Bley, les interventions lumineuses des deux solistes Paolo Fresu et Andy Sheppard, l'accompagnement tout en finesse de Carla, Steve Swallow et Billy Drummond, tout cela donne une musique jubilatoire.
Mais, promis, je conseillerai deux disques différents en avril !

Février 2011 :
Ça tombe bien, il a fêté son 50e anniversaire le 10 février : Paolo Fresu sur deux disques. Tout d'abord , cela va de soi, "Mistico Mediterraneo" avec A Filetta et Daniele di Bonaventura, et aussi "The Lost Chords find Paolo Fresu" avec Carla Bley . Deux CD à écouter et réécouter.

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lost

Janvier 2011

- Francine Massiani : Donna Fata
- Erik Truffaz : Benares

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benares

Mois de décembre

- Giovanni Mirabassi Trio : Live at the Blue Note, Tokyo
- Voce Ventu : Di culori è di sonnii

mirabassi
vove ventu

Mois de novembre

- Daniele di Bonaventura : Sine Nomine
- Paolo Fresu Quintet : Song lines / Night & Blue

diana
attrachju

Mois d'octobre

- Trio Tzane : Galtani
- Jan Garbarek / Hilliard Ensemble : Officium Novum

tzane
attrachju

Mois de septembre

- Diana di l'Alba : Da musicà la vita
- Danyel Waro : Aou Amwin

diana
attrachju

Mois de juillet

Quatre disques récents d'artistes corses pour l'été :

- Svegliu d'Isula : Da u Dì à l'Esse
- L'Attrachju : Di Radiche spannate
- Voce Ventu/Mieko Miyazaki : Tessi Tessi
- I Muvrini : Gioia

svegliu
attrachju
vove ventu
gioia

Mois d'avril :
- Dhafer Youssef : Abu Nawas Rhapsody
- L'Arpeggiata/Philippe Jaroulsky/Nuria Rial/Barbara Furtuna : Via Crucis

youssef
via crucis

Mois de mars :
Nostalgie de 1968, quand tu nous tiens...
- Jimi Hendrix : Live at Monterey Pop Festival
- Jefferson Airplane : Crown of Creation

Et aussi :

- L'Alba : Radiche suprane
- A Filetta : Le concert à l'Oratoire dans le DVD Trent'anni pocu...

Mois de janvier :

Deux classiques tout d'abord, qu'on ne se lasse jamais de réécouter :

- Miles Davis : Kind of Blue
- John Coltrane : A Love supreme 

Et aussi :

- Antoine Ciosi : A voce piena
- Patrizia Gattaceca : Meziornu


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