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Isula

Dernière mise à jour : 13/03/2017

Vous êtes ici : Corse


Cette page, comme la majeure partie de ce site, est dédiée à l'île, la seule, Cursichella, la Corse.

Sans mythologie, sans nostalgie excessive, "forme boîteuse de la mémoire", sans idéalisation, mais sans complexe, c'est l'amour d'un pays et de ses habitants qui s'exprime ici. Cette page est également dédiée au débat d'idées.

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A vous maintenant !

Ùn ti scurda di a filetta !

Pour moi, la Corse et son histoire sont très bien reflétées par la musique et le répertoire d'A Filetta, qui, vous l'aurez compris en parcourant ce site, fait l'objet d'un véritable culte dans la famille.

Ce répertoire, sans être le moins du monde passéiste, retrace à lui seul l’histoire quotidienne de la Corse.

Prenez trois ou quatre chants différents pour vous en convaincre.

Même sans être corse et sans comprendre les paroles, il suffit de se laisser porter par la musique pour en comprendre le sens.
Mettez votre CD, fermez les yeux et imaginez…

Affrescu, tiré de la BO du film "Comme un Aimant" est un chant ambivalent : il fait penser tout d'abord à la douceur du paysage, à son caractère paisible, à la quiétude du maquis frémissant sous le meziornu. Mais la suite révèle une histoire troublée, un désespoir, une fureur intérieure.

La Corse a un passé tumultueux. On connaît la vendetta, mais on oublie trop souvent les invasions auxquelles l'île a dû faire face, les épidémies de peste qui ont quasiment réduit la population à néant, et plus près de nous la grippe espagnole, sans parler de la guerre de 14-18 qui a précipité le déclin de l’île.

Les livres d’histoire parlent peu des conditions dans lesquelles la Corse a été rattachée à la France. Changez maintenant de CD, prenez un des plus anciens disques d'A Filetta: "Una Tarrà Ci Hè", et écoutez A paghjella di l’impiccati qui évoque le massacre perpétré en 1774 par les troupes de Louis XV dans le Niolu.

Le peuple corse n'est pas, comme veulent souvent le faire croire une partie des médias continentaux, un peuple de fainéants ou de dangereux terroristes ! C'est un peuple laborieux qui, pour subsister, a dû composer avec l'escarpement de son relief, comme l’attestent les restes de cultures en terrasses et les murs de pierres sèches.

Ainsi, mon arrière grand-père faisait une dixaine de kilomètres à pied chaque matin pour travailler dans les champs pour les sgii.

C'est cette Corse là que j'aimerais faire connaître. La Corse de mon arrière-grand-mère qui faisait des blagues incroyables à son entourage avec l'aide de ses cousines; la Corse des veillées.

Alors, toujours sur "Una Tarrà Ci Hè", écoutez "Trè", sûrement mon chant préféré, parce qu'il me rappelle tout ce que j'aurais aimé connaître de la vie de mes ancêtres.

"Trè" commence par les bruits de la nature corse, la nuit: le vent, l'orage qui tonne au loin, puis les instruments de musique traditionnelle comme la cetera font leur entrée.. Et là, vous y êtes : vous êtes au coin du feu avec votre famille, vos amis, vous partagez peut être un "spuntinu" (un en-cas) et les anciens racontent des histoires, transmettent les traditions qui se perpétuent depuis des siècles.

Les femmes, habillées de noir, font l'"ochju" (l'oeil, sorte de voyance), qu'elles apprennent aux nouvelles générations.

En fin de soirée, les hommes entonnent un chjami è respondi,, véritable joute chantée, chacun devant répondre à l'attaque de l'autre chanteur.

D'autres hommes chantent des paghjelle, forme la plus traditionnelle du chant corse. A Filetta en donne plusieurs exemples, mais celle que je préfère est la paghjella chantée avec Philippe Léotard dans La complainte corse, car il y ajoute une dimension émotionnelle indescriptible.

J'entends encore les paroles de la chanson, enregistrée peu de temps avant la mort de Philippe Léotard : " Dans ma maison naquit un bel amour, dans ma maison un rossignol chantait, mais je suis déjà couleur de deuil et le rossignol ne chante plus. "

Tous ces chants semblent éternels mais la Corse et son chant n'en est pas moins inscrite dans la modernité.

On le voit bien avec " La folie du Cardinal " tiré de la BO du film " Le Libertin", écrit avec Bruno Coulais. On dirait de la techno corse!! Et de la bonne techno!

A Filetta a réussi à s'adapter à un genre qui n'était pas le sien a priori et en a fait quelque chose de rythmé et plein de vie.

Si seulement la Corse pouvait suivre une évolution comparable, à la fois prenant ses racines dans la tradition et avançant sans renier celle-ci mais en la faisant vivre… Or les petits villages corses ne revivent souvent qu’au moment de l’arrivée des cars de touristes deux mois par an; les maisons et les cultures sont abandonnées, les écoles et les bureaux de poste ferment, rentabilité oblige…

Entre un déclin programmé et la perspective de devenir un grand parc à touristes, il y a forcément une troisième voie.

Claire Casanova

Une île...

aqua
momo
Aquarelle et texte : Monique PACAUT

Carte postale 

Je t'envoie le bonjour d'une île à sensations
Je t'envoie les senteurs parfumées de la lande tapissée de bruyère mêlée de romarin, oê l'immortelle suave sèche en attendant septembre. La Revellata prend les tons roux de fin août; la mer de turquoise ses quartiers de rose et de violet.

Je t'envoie le souffle du vent doux et léger ou violent sous l'orage,
le battement des ailes des colombes et leur roucoulement dans les aloès,
les craquements des pins agités par la brise.
Je t'envoie quelques gouttes de la pluie qui tombait ces jours-ci en ondée coléreuse, révélant l'odeur êcre et sauvage de la terre.
Je t'envoie l'univers,
à l'abri de la mer qui entoure et protège, je me sens apaisée des tracas quotidiens. Je renais. J'ai trouvé la fougère. Je suis libre, enfin !
Se taire, ne plus bouger, tous les sens en éveil...
A quoi servent les mots, à quoi servent les gestes ?
Huile ou aquarelle, île paradoxale, sereine ou inquiétante, amie ou ennemie,
Corse où tout commence et tout finit.

Avvèdaci.

Anne Marie Casanova

J’ai la chance d’être né...

J’ai la chance d’être né dans une terre où l’homme compte. J’aime le rapport particulier qui se noue à l’autre sur l’île. La Corse est une petite communauté, dans laquelle tout le monde se connaît. Ce n’est ni un titre de gloire, ni une "spécificité", ce sont les circonstances qui l’expliquent sans doute. Le maillage social est important, mais il nous rend sans cesse exposés aux regards des autres.

J’ai la chance d’être né dans une terre splendide, qui n’a pas trop souffert des excès d’industrialisation. Une terre qui se veut exemplaire, à sa manière, d’un certain modèle de développement. C’est un rêve utopique, que cette île dans notre société mondialisée. Mais une société qui ne rêve pas n’avance plus. Ce qu’il faut c’est que nos rêves soient communs. J’ai la chance d’être né dans un pays qui a ses traditions. Dans les années 1970, la situation culturelle de la Corse était catastrophique. L’êtat avait mis sous le boisseau la culture corse, la langue corse. Il n’a jamais voulu reconnaître notre part d’italianité. Cela a suscité trop de malentendus et de violences ….

J’ai la chance d’être né dans un pays qui possède un héritage. Mais le discours "ethniciste" véhiculé par certains aujourd’hui, qui se gargarisent à grands coups d’identité corse, est dangereux. Notre culture s’est formée dans le métissage, dans les échanges, même s’ils furent douloureux, dans des invasions. Il y a toujours eu en Corse des gens qui sont venus d’ailleurs. Notre culture n’est pas un sanctuaire, elle doit évoluer. Nous-mêmes essayons d’introduire des nouveautés dans nos chants, des dissonances, de faire vivre nos traditions. Parce que la tradition est comparable à un tamis : si on ne lui amène rien, le tamis ne sert à rien. Certains prétendent, en chantant corse, faire vivre une langue. Pour moi c’est l’inverse : je vis en chantant cette langue.

Jean-Claude Acquaviva, déclaration recueillie par Isabelle de GAULMYN, parue dans La Croix du 1er août 2004

Une longue histoire avec l’île (*)

Mon affection pour l’île de Corse a commencé il y a plus de 30 ans avec une photo que j’avais vue dans un journal : une cascade dans une forêt, et je pensai alors : “ Je voudrais être là ". Alors, de nombreuses années ont passé pendant lesquelles nous avons visité quelques pays de la Méditerranée, et puis est venu le temps de découvrir la Corse. C'est en 1990 que nous sommes partis en Corse pour la première fois et je savais que j’avais trouvé là ma patrie.

Les vacances des années suivantes, nous les avons passées avec nos enfants dans plusieurs villages près de la mer. De cette époque, j’ai un souvenir particulièrement intense de trois semaines dans une très vieille maison à Patrimonio avec vue sur les vignes jusqu’à la mer, de la messe de Pêques à Lumio en 1996 oê nous avons eu l’occasion d’assister ê une communion (imprévu pour nous parce que dans notre région la fête est toujours une semaine après)  et d’une messe à l’église orthodoxe à Cargèse. Alors, la séduction des montagnes deviendra de plus en plus forte.

Nous avons commencé par des excursions d’une journée, jusqu’à septembre 2002 oê nous avons empaqueté nos sacs à dos et sommes partis pour un excursion d’une semaine. Mon mari accompagne depuis 30 ans mes entreprises, ce qui est admirable parce que souvent il ne partage pas mon enthousiasme. Nous avons commencé notre randonnée à Corte, passé la vallée de la Restonica, les lacs de Melo et Capitello, sommes restés la nuit au Refuge de Manganu, avons passé le lac de Nino, passé la deuxième nuit au Castel di Verghio, avons continué notre chemin jusqu’à Calacuccia, avons marché un jour au vieux sentier de la Scala di Santa Regina et le jour suivant par le refuge de Sega sommes retournés à Corte.

Les deux années suivantes, nous étions aussi en chemin dans les montagnes du nord, et en 2005 nous avons fait trois semaines à vélo dans la région d’Ile Rousse. Aller à la montagne en Corse est pour moi a une vraie détente. Du fait que les sentiers demandent une attention permanente, chaque faux pas peut avoir des résultats fatals, alors en peu de temps on se calme… On éprouve seulement le présent et les problèmes triviaux sont très loin. Quand on va plusieurs jours de gîte en gîte, la vie se réduit aux besoins élémentaires: nourriture, mouvement et repos. On éprouve un sentiment de liberté, on constate qu’on peut renoncer à tout luxe (au moins pour quelques jours), que l’eau froide suffit pour boire et se laver et que l’on n’a pas besoin de beaucoup de nourriture.

De plus il y a des contacts avec des gens intéressants qu’on rencontre en route. Chacun a une autre histoire, une autre motivation, mais tous nous nous traitons comme des amis. C’est la même aventure qui nous unit, ainsi que le respect devant la nature. A la montagne, on peut très vite faire connaissance avec ses propres limites, on apprend l’humilité.

Je crois que c’est cela qui fait l’amour des Corses pour leur terre. Ce paysage impressionnant et inhospitalier qui tolère les hommes, mais où ils ne sont pas bienvenus, qui les expose à de telles forces de la nature, a, de même que l’histoire, imposé son empreinte. Les hommes corses, comme la terre, s’ouvrent seulement de façon hésitante aux étrangers. Ils se fondent sûrement sur un passé dangereux. Mais si l’on se trouve dans une situation où l’on a besoin d’aide, les Corses montrent aux étrangers leur véritable nature et se comportent comme de vrais amis.       

Ursula Glöckner

occi

Occi sous le crayon d'Ursula

Ursula est une amie allemande qui m'avait demandé, par l'intermédiaire de Carole, de lui traduire quelques phrases de Jean-Claude Acquaviva. Passionnée par A Filetta, elle s'est acheté la version bilingue du texte du Medea de Sénèque pour ne rien perdre des chants. Bien que parlant très mal le français (dit-elle), c'est dans cette langue qu'elle a tenu à rédiger ce texte exprimant son amour pour la Corse. Et c'est en langue corse qu'elle a écrit le poème ci-dessous. Grazia à tè, Ursula !

(*) Le titre original était "Mûre pour l'île" qui évoque une chanson allemande, mais qui est peu compréhensible sans explication pour un francophone.

A Prumessa

Mi prumettu al di là di a mè vita à a nostra Mamma Corsica,
ê a quale appartimu incu tutti i penseri.
Hè a tarra ind’è ci s’arradicamu è u celu ind’è crescimu.
Hè a surghjente di a nostra forza è u sole di a nostra maturità,
Hè u sonniu di e nostre notte è l'opera di i nostri ghjorni.
Ind’ ella sola diventaremu ciò che Diu vole.

Poème écrit en corse par Ursula Glöckner d’après un texte d'Emil Strauss

Je t'écris...

Corse, je t'ai écrit un livre
il te parle par la voix de tes poètes et chanteurs
il te parle en langues et accents divers
en corse, bien sûr, et en allemand
et en français, comme médiateur,
tout leur imaginaire mis en relief par les reflets de ta lumère.
Je t'ai écrit, je t'ai "chanté"
et deux amis, comme moi passionnés
se sont joints à mes côtés
pour explorer les eaux, les sources abondantes
inépuisables, retentissantes
remarquables, révélatrices
de ce souffle vital qui est ton chant.
je t'ai écrit, filtré des gouttes
écouté des "notes" pour tracer ton portrait chanté
sous le regard des paroliers
que tu as toujours inspirés
pour faire suivre tes "lignes ondulées"
en signatures, en hommages
même en hymne, si tu veux !
Je t'ai écrit un livre comme un choeur
en plurilingue poésie
cherchant une certaine harmonie
saluant tes paysages, tes caractères
si captivants, si contrastés
en ces entre-deux
de ta nature-identité.
J'ai évoqué quelques bouts de tes vies
de tes morts et tes ruines aussi
quelques joies et épreuves et douleurs
dans la complexité des choses et les générations passées
par les témoignages, les évènements
les impressions marines, les émotions telluriennes
les rêves secrets d'ici et même de l'exil.
Corse, je t'écris
car je crois
que tes vers et tes voix
font toucher ta vérité
à ce (petit) monde d'étrangers.

Gerda-Marie Kühn

Texte sélectionné aux Rencontres internationales de théêtre du Guissani

Retour de Corse

On est toujours triste en quittant l'île. Nous le sommes doublement cette année; d'abord de quitter la Balagne et nos amis, puis d'abandonner le Sartenais et la Corse. C'est toujours "Barbara Furtuna" qui vient à l'esprit en montant dans l'avion. A cette différence notable que, contrairement aux exilés du célèbre chant, nous avons la certitude de revenir dès septembre prochain.

Nos impressions (très subjectives) de voyage : Une Balagne active, volontaire dans les difficultés. Une Antenne médicale d'urgence en bonne voie d'achèvement, toujours pas de lieu pour la culture, une souscription pour l'achat du Teatru bien partie, mais encore bien loin du but... Mais l'important en la matière est avant tout de manifester à ceux qui nous gouvernent qu'il y a une forte mobilisation pour la création d'un lieu de spectacle vivant à Calvi. Au fait, vous pouvez encore souscrire. Même symboliquement, faites-le !

Les plaisanciers ? Merci, tout va bien pour eux, bichonnés qu'ils sont par la municipalité, qui leur a fait un port tout neuf. Qui dira la dure vie du plaisancier dont le bâteau reste amarré à demeure à son anneau du port d'honneur, et qui semble passer l'essentiel de son temps à astiquer, astiquer et astiquer encore son yacht...

Pour en revenir à U Teatru, on attend un geste de tous ces gens du show-biz qui ont choisi la Balagne comme résidence très temporaire pour la plupart (ce qui, entre autres, ne facilite pas la vie des Calvais obligés, eux, de se loger à l'année...).

Quand au Sud, le contraste est flagrant avec la Balagne. On sait les difficultés de l'Aghja à Ajaccio, on se réjouit du succès des spectacles au Lazaret Ollandini et de la belle programmation estivale du Théâtre de Propriano, mais on s'étonne de ne trouver aucun CD corse au supermarché...

Sartène ne change pas, Tizzano se transforme peu à peu, un peu anarchiquement, en port de plaisance et lieu de résidence...

Mais que les couchers de soleil sur le Valincu sont beaux !

Jean-Claude Casanova

Da Bavedda à Cagna

De Bavella à Cagna, de Propriano à Porto Vecchio, un territoire, mille fois parcouru, cristallise l'épicentre de mon appartenance à cette terre insulaire. J'ai toujours hête d'y revenir, j'ai toujours peine à en partir. Il me semble que, les yeux fermés, je pourrais y retrouver mon chemin. Il me semble aussi qu'une seule parole prononcée à des millions de kilomètres pourrait, sans risque d'erreur, me permettre l'identification du locuteur.

Zonza, Sainte Lucie de Talano, Olmeto, Fozzano, Campo Moro, Tizzano, Orasi, Roccapina... des liens invisibles semblent me rattacher à vous, comme si le poids des générations passées n'en finissait pas de faire entendre sa voix...

Comme si l'écho venu de là bas ne réussissait pas à s'estomper, malgré le temps, en dépit des chaudes journées d'août qui durcissent les sols et assèchent les gosiers, en défi aux froides heures de neige et de gel qui cisaillent la pierre et mouillent les paupières.

La braise des racines n'a nul besoin d'une théorie pour exister, elle répugne même à utiliser un canal pour se manifester, sa force première est de s'imposer, sans violence mais avec l'évidence insoumise des monts et des rocs et le regard droit des paladins de Filitosa.

On a dit des insulaires qu'ils étaient avant tout d'un village, et que ce sentiment d'appartenance à une micro-communauté était l'obstacle le plus naturel à l'émergence d'une véritable conscience nationale. Je ne sais si l'analyse est exacte... Il me semble que la micro-communauté n'est pas véritablement le village, mais un espace naturel composé d'un ensemble de bourgs et de hameaux, de terres escarpées et de plaines littorales. Un lieu de rencontres et d'échanges à l'intérieur duquel il n'y a ni unité, ni uniformité, ni cohérence imposés du dehors.

Mon espace linguistique est structuré par les cacuminales qui sont l'un des marqueurs du sud insulaire. Pour moi, le royaume de l'enfance ne peut se dire que "zitiddina", le cheval n'aurait pas de crinière si je n'entendais pas "cavaddu" et la soeur que je n'ai pas ne pourrait se nommer autrement que "surredda".

Lorsque ces mots sont prononcés à la douce manière de l'En-deça des monts, je les reconnais, bien sûr, mais il me semble qu'une main policée est venue les embellir, ils me deviennent étrangers, j'ai presque envie de les vouvoyer.

Les deux variantes sud insulaires qui se côtoient, se mixent et se toisent dans la région de Sartène, le font pareillement dans ma tête. Il m'arrive de dire "iddu" et d'écrire "eddu", d'entendre "siccu" et de répondre "seccu", il m'est même arrivé, enfant, de penser que le mot "fretu" était moins glacial que "fritu" et que la croix était certainement plus lourde à porter lorsqu'elle était désignée par "cruci" plutôt que par "croci". De la même manière je pensais que "pilu" était réservé aux animaux alors que "pelu" désignait le système pileux de l'homo sapiens.

Cette ambiguïté, ce léger flou sémantique, ne dérange en fait personne; il fait partie de ce qu'en termes savants on nomme "la polynomie" et je puis assurer qu'il n'a jamais été un obstacle à la communication, ni soulevé, au sein de la communauté, de controverses induisant une hiérarchie des valeurs. Les sociétés traditionnelles sont, au fond, plus ouvertes et plus tolérantes qu'on pourrait le penser. Elles peuvent s'accomoder de différences car la proximité de l'élément naturel leur a enseigné que les choses et les êtres ne peuvent être identiques et que les mêmes faits ne se produisent jamais deux fois. C'est notre monde qui tente de nous persuader qu'il n'est de salut que dans la norme imposée, qu'elle vienne des marchands de bibelots ou des faiseurs de théories.

Norbert Paganelli

Un amore

Dipoi a me prima zitellina, avia in core un sonniu, una fiura, una picondria tamanta... Chì era? Ùn a sapia manch'eiu: a brama di truvà un altrò scunnisciutu, ‘ssa parte persa di l’anima ch’ellu ci vole à à circà? Qualcosa, qualchissia mi parlava in una lingua misteriosa, bella ma incumprensibule. Ed era bella ch’ùn vi dicu nunda...

Da grande, messi à circà. Battii l’Italia, a Francia, a Grecia... À deci anni digià principiai à amparà u francese è u talianu, u francese in iscola, u talianu da per mè. Poi vensinu u latinu, i studii - di francese è di talianu, ma ùn m'arrecavanu mai ciò ch’e cercava. Per anni è anni l’aghju circata in Italia, senza truvalla, sempre suffrendu di sta picondria inspieghevule...

A prima volta ch’e l’aghju intravista sarà stata à l’iniziu di stu seculu. A vidia da luntanu è ùn l’aghju ricunnisciuta subitu. L’aghju vista chì mi parlava, in a distanza, sussurendu. Innò, cumu puderia cunnoscela, capilla, eiu... Ma avia intesu a so voce, 'ssa voce dolce è linda, è ancu s’e ùn distinsi una sola parolla, ne era sicura ch’ella mi vulia dì qualcosa. Ma quale sarebbe, allora? Chì mi vulia dì? Induve l’averia scontra nanzu?...

A seconda volta, aghju capitu subitu subitu ch’ella fù ella. Era più vicina, mi parlava in frase sane è chjare, annant’à un dischettu datumi da un’amica. Era sempre assai luntana, è ancu s’e stava à sente centu volte e so parulle, ùn e pudia manc’appena capì. Eranu stranamente familiare, quantunque. Una memoria pruvava à sorge in u me cerbellu, ma ùn si facia vede sana sana. Cumu fà per vede a so faccia, per capì ciò ch’ella mi vulia dì? À rombu di ascultalle, a so voce è e so parulle mi parianu di più in più familiare. Ma tandu eiu ùn sapia micca qual’era, ella...

L’idea di duvè cunnoscela, d’avella digià scontra ùn mi lasciava più. Mi sbulicava a memoria, in darnu. Ma un ghjornu, à casu, l’aghju vista torna, o piuttostu u so ritrattu, nant’à u webbu. Avale sapia qual’era, ma micca ciò ch’ella mi vulia dì, cù sse parolle strane chè però in mè facianu ogni volta ribumbà l’ecu d’una memoria sminticata... Era bella... d’una billezza magica, fascinante, salvatica. D’una pustura ritta ritta, à capu pisatu, fiera. M’hà chjappu una brama tamanta di stammine vicinu à ella...

Tandu aghju capitu chè pè avviccinammi d’ella ci vulia à amparà a so lingua. Dicisi d’ùn tricà più è cumminciai subitu subitu. 'Ssi soni chì dipoi anni m’avianu allisciatu l’arechje infine piglionu una forma capiscitoghja. È iè ch'e le cunniscia digià, dopu un’iniziu appena difficiule e parulle di sta lingua anu trovu à a lestra u so locu in u me cerbellu, o piuttostu in u me core... un lucucciu chì c’era dipoi sempre apposta per elle.

À l’iniziu, ùn avia u curagiu nè di scrive, nè di parlalli... Era cusì bella è luntana è paria cusì inaccessibile. Masimu ch’avia capitu chì a so vita ùn era stata faciule. Era stata furzata, umiliata, oppressa. Oghje chì hè oghje, ne pate sempre, e cose ùn sò micca tantu cambiate... Per indettu, a so lingua, sta lingua maravigliosa, a lingua di i so antichi, u mezu più adattu pè trasmette a so storia, e so suffrenze è a so billezza, sta lingua à spessu ùn a vole più parlà... Ma leghje, aghju lettu appena i so scritti. Aghju cunnisciutu a so dulcezza, i so tratti azezi, u so latu macagnosu, e so passione, a so cultura. Quant’è mi sò campa à leghje i so libri, e so puesie...

Cusì ghjè avvenutu dopu mez’annu d’amparera u nostru primu scontru veru. Firmai muta videndu i so culori, sentendu u so calore, u so muscu. Faccia à facia cun ella, mi sintia chjuca chjuca... Ùn avia ancu u curagiu di parlà, ma circai è truvai a so bella voce, è a steti à sente à l’appiattu. M’avia chjappu una malatia strana... una focu tamantu mi picciava in core: m’era innamurata. A prima notte vicin’à ella ùn pudia micca dorme, sintii un piacè tremendu. U so soffiu dolce intorn’a mè, u so prufume chì mi stuzzicava u nasu, u so sapore chè m’era fermatu nant’à e labbre - tuttu què m’infiarava i sensi.

Aghju seguitatu i so passi pè deci ghjorni beati. Stava à sente u cantu di i so figlioli, tastava a bona roba ch’ella mi scucinava, gudia di a so billezza meravigliosa, ma ùn cappiava manc’una parolla... T’avia una paura di quelli è ogni volta ch’e ci vulia pruvà mi stantarava, a me lingua s’attrunchjava, mi si stringhjia a canella, turnava rossa cum’è a pumata chè mi hà datu u so nome... Dopu deci ghjorni mi ne sò cunturrata ind’è mè avendu parlatu a so lingua una sola volta, à pena...

Ma sò vultata ind’ella. Aghju parlatu è amparatu. Ogni volta m’hà accoltu à bracce aperte, parlendumi, aiutendumi, insignendumi e so parulle di billezza, di tennerezza, d’amarezza... Ma più ci parlemu, più mi n’avvecu ch’ell’ùn sarà mai a meia. A cunnoscu dipoi un’eternità, dipoi centinaie di vite passate, ma in quessa a vita sò nata in altrò, ed una parte d’ella ùn vole capì ch’e a capiscu, ùn pò o ùn vole micca acittà u m’amore... Ghjè un amore sì, ma un amore amaru amaru...

Marleen Verheus

Marleen (Marilena) a décidé, voilà même pas un an, d'apprendre le corse. Voici un magnifique échantillon du résultat. J'oubliais un détail : Marleen est néerlandaise !!

PS : Marilena (plus connue sur internet sous le surnom d'"A Pumataghja", a obtenu en juiillet 2010 le certificat de langue corse.

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Mes voyages

"A tous mes détracteurs qui pensent erronément que je n'ai jamais connu que la Corse comme destination, qui me disent : "tu sais, il y a d'autres pays à visiter...", je rétorque : oui, certainement. Et si j'étais très riche, je ferais le tour du monde. Mais que, surtout, il y a la CORSE, dont je suis viscéralement amoureux.
Amoureux de ses extraordinaires et magnifiques paysages variés , comme nulle part ailleurs.
Amoureux de sa qualité de vie, comme nulle part ailleurs.
Amoureux de sa culture, de ses chants comme nulle part ailleurs. Admiratif de son peuple très attaché à sa terre, à ses traditions, à ses Anciens, comme nulle part ailleurs.
Un peuple sincère, chaleureux, accueillant.. et je manque de qualificatifs.. comme nulle par ailleurs rencontré.
Je leur dis: allez en Corse et vous verrez ce qu'il en est.
Si vous y allez une fois, vous n'aurez qu'une envie, y retourner très vite.
Si vous y allez une deuxième fois, vous serez atteint du virus Corse. J'y ai de nombreux amis. Me rendre dans un pays lointain uniquement pour me dorer au soleil ne m'intéresse pas. Aller dans un pays lointain, dans un hôtel super luxueux en "all in" pour me saouler la gueule tous les jours ne m'intéresse pas.
Je préfère à tout cela la simplicité Corse, la modestie Corse, l'humilité Corse, la sincérité Corse, la CORSE qui au delà des clichés médiatico-politiciens néfastes, reste une Corse RESPECTUEUSE, une Corse que j' aime pour tout ce qu'elle est, naturelle et digne."

Michel Forges

La Corse et les corses : sur quelques clichés et préjugés

Sous les clichés, la Corse

Libération, 2 avril 2011
Originaire d’une île envahie d’idées reçues et de touristes, l’écrivain Jérôme Ferrari raconte comment il a mis du temps, lui aussi, à comprendre ce territoire si singulier dans sa déconcertante nudité. Oui, les clichés sont bien pratiques mais ils ne disent rien du réel. Qui reste, lui, le matériau principal de la fiction, et donc de la littérature.
Par JÉRÔME FERRARI

I - Le sujet qui me fâche

Je ne suis que trop conscient du fait que j’aborde un sujet a priori exaspérant mais je ne veux pourtant pas différer davantage cette importante révélation : en quelques décennies, l’île dans laquelle je vis est devenue un bronze-culs, avec toutes les conséquences que cela implique. Car la Corse, avant d’être une terre farouche et insoumise, est, comme une bonne partie du sud de l’Europe, une terre de bronzage que plébiscitent chaque année de très nombreux culs, anonymes ou célèbres. Et c’est ce fait, si trivial et peu séduisant soit-il, qui en décrit la réalité fondamentale, bien plus que les innombrables clichés qui circulent à son sujet.
Non que je veuille lutter contre les clichés. Il faudrait être stupide d’engager une telle lutte. D’abord parce que les clichés sont inévitables. Ils ne font que pervertir, en la poussant à son paroxysme, la faculté de conceptualisation qui nous permet de découper le monde en catégories générales. Ensuite parce que c’est une lutte perdue d’avance. Le cliché est invincible, comme l’est la bêtise elle-même. Aucun argument rationnel, aucun fait ne peut le réfuter car il ignore superbement la réalité et c’est précisément dans cet aveuglement inaltérable que réside sa force. Cette année, au festival du livre de Mouans-Sartoux, au cours d’une conversation de pure courtoisie, j’ai commis l’erreur d’avouer que j’étais professeur de philosophie à Ajaccio. Cette innocente confidence a instantanément bouleversé mon interlocuteur qui a posé sur moi un regard plein de douloureuse compassion. Il connaissait bien le problème. Un de ses amis exerçait le dangereux métier de Conseiller Principal d’éducation dans un établissement insulaire et, tous les jours, il devait affronter des élèves qui transportaient des armes de guerre dans leur cartable. Au lieu de tourner les talons pour aller me servir un verre de rosé, j’ai persévéré dans l’erreur en lui assurant qu’en quinze ans de pratique continue, je n’avais jamais vu d’armes dans l’enceinte du lycée et que les problèmes de discipline les plus délicats que j’avais eu à régler concernaient plutôt la mastication de chewing-gum, l’utilisation délictueuse des tables comme support d’expression plus ou moins artistique ou l’échange intempestif de SMS pendant l’étude d’un texte de Heidegger.
Ma remarque n’eut bien évidemment aucun effet et il continuait à me regarder en disant, mais si ! mais si, je vous assure ! exactement comme si mon expérience et toutes les paroles que je venais de prononcer étaientégalement nulles et non avenues. J’ai fini par comprendre qu’il était inutile de rajouter quoi que ce soit et je suis finalement allé me servir ce verre de rosé. J’étais en colère, une colère noire, contre cet abruti et contre moi-même qui ne pouvais pas m’empêcher de me mettre en colère, sans même avoir l’excuse d’avoir été pris par surprise.
Car, en vérité, je suis un récidiviste incorrigible. Quelques années plus tôt, en allant à Porto-Vecchio, j’avais pris un auto-stoppeur. Il faut vraiment aimer aller au devant des ennuis, mais c’était le mois d’août, il faisait une chaleur à crever et j’ai cédé à un élan de pitié que je ne me suis pas pardonné : je me suis arrêté le long de la route, le type a balancé son gros sac à dos dégueulasse sur la banquette arrière et il s’est affalé, dégoulinant de sueur, sur le fauteuil du passager, en poussant un râle de délivrance dans la fraîcheur de l’air climatisé.
Dès qu’il eut à peu près séché et repris figure humaine, il commença à me vanter la beauté de la Corse qu’il visitait pour la première fois et à me féliciter de la chance que j’avais d’y vivre, tout entouré de beauté et exempté, de surcroît, d’impôts sur le revenu. Au lieu de me taire et de me concentrer sur ma conduite en pensant à autre chose, j’avais entrepris de le détromper en lui affirmant que je payais mes impôts comme tout le monde. Il n’en crut pas un mot, bien sûr, et se contenta de grogner sur un ton vaguement affirmatif, n’osant pas me contredire frontalement de peur que je le débarque de la voiture illico, ce qui, je dois l’avouer, venait précisément de me traverser l’esprit. Je ne le fis pas. Nous traversions la vallée de l’Ortolo, il n’y avait pas un brin d’ombre et, bien que la perspective de sa lente agonie au soleil ne fût pas dénuée de charme, je n’avais pas encore renoncé à le convaincre. Il m’était intolérable de penser que ce type était convaincu que je vivais de sa charité et que je devais sans doute lui en être reconnaissant. J’échafaudais les plans les plus extravagants, envisageant même de l’emmener de force chez moi pour lui mettre sous le nez mes avis d’imposition – ce qui aurait été parfaitement inutile, il aurait cru que c’était des faux, obtenus par piston, une ruse d’assisté visant à mystifier les honnêtes contribuables.
J’ai fini par me taire et je l’ai laissé en ville, en me maudissant de lui avoir évité l’insolation qu’il méritait en juste rétribution de son imbécillité. Mais il n’y a pas de justice immanente et j’étais moi aussi un imbécile. Car la lutte contre les clichés n’est pas seulement perdue d’avance, elle nous transforme aussi nécessairement en imbéciles en nous entraînant sur un terrain d’où toute forme d’intelligence, de finesse, de compréhension de la complexité est exclue. Accepter de mettre un seul pied sur ce terrain, c’est se condamner à entendre des idioties globalisantes auxquelles on ne peut opposer que les idioties globalisantes symétriques. C’est donc se condamner à proférer soi-même des idioties, comme l’attestent les discussions sur les forums internet des quotidiens, dès qu’une information a trait, de près ou de loin, à la Corse.
Il faudrait avoir la force de se préserver, ne pas accuser, ne pas se justifier, en aucun cas, mais simplement détourner le regard à chaque fois que c’est nécessaire, sans colère, et sans ressentiment. C’est bien difficile.
D’autant que les clichés, s’ils sont sans fondement, ne sont pas sans effets ; ils ont joué un rôle considérable dans la manière dont la Corse s’est perçue, et sans doute façonnée, au cours des deux derniers siècles, dans une subtile dialectique du regard, en adoptant pour son compte les clichés élaborés sur le continent ou en leur opposant ceux qu’elle avait elle-même fabriqués en réaction – ce qui revient, bien sûr, exactement au même.
L’imaginaire est, dans les sociétés humaines, aussi important que le réel, peut-être même davantage, si l’on en juge à l’obsession paranoïaque avec laquelle les institutions et la presse régionales veillent comme des vestales sur l’image de la Corse.
La sortie du film d’Audiard, Un prophète, ou la série Mafiosa ont ainsi donné lieu à des débats publics proprement hallucinants où il s’agissait de déterminer si, oui ou non, il était porté atteinte à l’image de la Corse, et ceci sans prendre une seconde en considération le fait pourtant remarquable à mes yeux qu’on a affaire, dans le premier cas, à un excellent film et, dans le second, à une série d’une indigence presque comique.
Je ne sais pas s’il est encore possible de mesurer combien cette image a été pesante, étouffante au point de manquer de nous rendre stériles.

II - Un type qui s’emmerde sur la place de son village

Peut-être une des possibilités fondamentales de la littérature est-elle justement de faire valoir les droits du réel contre les prétentions exorbitantes de l’imaginaire. En 2000, la publication de Prighjuneri, le recueil de nouvelles de mon ami Marco Biancarelli, a montré que le réel n’avait pas été tout à fait englouti sous une montagne de clichés et qu’il pouvait encore s’exprimer avec une vitalité incroyablement violente et forte.
Prighjuneri donne à voir un réel partiel, fragmentaire, paradoxal, indigeste, qui ne peut en aucun cas rivaliser avec le merveilleux cadre d’intelligibilité que procurent les clichés, il n’y est pas question d’hospitalité, d’honneur perdu ou de vendetta, ni de quoi que ce soit de romantique, on y trouve un type qui s’emmerde sur la place déserte de son village, une lycéenne transparente, des voyous impuissants ou narcissiques, un club échangiste, un pêcheur psychopathe, une villageoise nymphomane, de la cocaïne de mauvaise qualité, un condottiere couard et chanceux, et toutes les figures de la désillusion et de l’ennui qui montrent, très modestement, ce que cela peut vouloir dire d’être un homme, ici et maintenant – mais c’est seulement cela, la grande affaire de la littérature.
Et Marco a bien raison : le réel est indigeste. En tous cas, j’ai mis bien longtemps à le digérer. Après avoir passé toute mon enfance et mon adolescence à Vitry-sur-Seine, je suis venu m’installer en Corse en décembre 1988. Il me semblait que j’attendais cela depuis une éternité et que, pour la première fois, ma vie allait devenir ce que j’avais souhaité qu’elle soit. Je m’étais mis à haïr minutieusement Paris, la banlieue, le métro, les couloirs de la Sorbonne et tous ceux que j’y croisais. La philosophie elle-même me semblait vaine et détestable. Je ne rêvais que de partir et, quand mes parents, dans leur naïveté, ont jugé que mes diplômes universitaires me mettaient à l’abri de la précarité, ils m’ont laissé faire. Il faut se méfier de ses propres rêves, bien sûr, mais on ne peut pas toujours éviter de les affronter. Je me suis inscrit en DEA à l’Université de Corte.
J’ai appris ce que c’était que de vivre ici en dehors du temps béni des vacances. J’ai découvert combien mon esprit était lui aussi rempli de fantasmes et de clichés et, au contact de la réalité, je les ai vus s’effacer l’un après l’autre, douloureusement, jusqu’à ce qu’ils aient tous disparu. Quand ce fut fait, il était trop tard : par une de ces séries de hasards qui parodient le destin, le monde dans lequel j’avais grandi avait été purement et simplement balayé, en quelques mois, et je n’avais plus aucune possibilité de repli.
Mais, au début, j’avais bel et bien le sentiment de retrouver une terre farouche et insoumise, peuplée d’êtres exceptionnels – parmi lesquels je me comptais – des héros antiques qui avaient su conserver leurs valeurs morales millénaires dans un monde qui les avait toutes perdues – et en écrivant ceci, je me rends compte que, malgré mes idées de gauche, je développais de sérieuses tendances fascisantes. Je n’étais manifestement pas prêt à ne trouver que des hommes perdus dans un hiver interminable. Au village, la maison de famille que j’avais toujours connue remplie de lumière et de vie s’était transformée en un caveau glacial qui sentait le bois, la mousse et le linge humide. Je ne la quittais que pour monter à Corte, c’est-à-dire, pour moi qui ne m’étais jamais aventuré au nord d’Ajaccio, au bout du monde, là où tout m’était étranger. Le long de la route, les villages étaient différents du mien, presque hostiles, avec leurs maisons noires aux toits de lauze, et si la solitude qui les recouvrait ne m’avait pas été familière, j’aurais pu croire que j’avais changé de pays.
A Corte, pourtant, l’ambiance était extraordinaire, il y avait des guitares et des violons dans tous les bars, on y entendait des polyphonies et des jigs irlandaises et nulle part je n’ai rencontré une telle concentration de chanteurs et de musiciens aussi doués. Mais c’est pourtant cela, surtout, qu’il est pénible de se rappeler. Car si nombreux soient les talents, dans quelque domaine que ce soit, on dirait qu’ils sont condamnés à se flétrir, comme sous les rafales d’un vent toxique et brûlant, pour ne servir au bout du compte qu’à alimenter une interminable désillusion. Les musiciens finissent à la terrasse des restaurants où ils jouent pour des touristes qui ne les écoutent pas.

III - Un hiver de dix mois

Le tourisme est l’alpha et l’oméga de la Corse et c’est bien dommage, car il a beau être une nécessitééconomique incontestable, le tourisme est une infamie. à cause de lui, il n’y a ni printemps ni automne, mais seulement l’été et l’hiver, un hiver de dix mois, pour reprendre une expression de Marco Biancarelli. A cause de lui, nous sortons brutalement d’un désert pour nous retrouver dans un cloaque frénétique de chaleur, de chairs et de bruits avant d’être renvoyés, du jour au lendemain, au fin fond du désert. à cause de lui, les relations humaines se réduisent à l’ignominie du commerce et le talent le plus pur ne vaut plus qu’en tant que souvenir de vacances.
Les clichés eux-mêmes ne sont rien d’autre que des produits touristiques. Ce n’est la faute de personne, bien sûr, et mes tendances fascisantes ne vont pas jusqu’à me faire prôner la suppression des vacances ou l’extermination des touristes et des commerçants. Non, ce n’est de la faute de personne et nous vivons dans un monde où les nécessités économiques s’imposent avec la souveraineté des catastrophes naturelles. Il faut bien les accepter même s’il est assez long de les digérer.
Pour ma part, cela m’a pris sept ans, sept ans pendant lesquels je n’ai pas écrit une ligne. Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait – je ne veux pas m’en souvenir. Mais je sais que c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre que les réalités, fussent-elles infâmes, constituaient un bien meilleur matériau littéraire que les clichés.
Peut-être ai-je été injuste : la Corse est en effet un bronze-culs mais c’est aussi, à mes yeux, un réservoir inépuisable de fictions. La violence de l’été, la violence de l’hiver, la brume et la canicule, les échecs, la désillusion, les facéties d’une histoire qui nous a fait rater l’intégralité du XXe siècle, le mélange d’orgueil et de haine de soi, la ligne de fuite de l’exil, la force étrange qui régit les départs et les retours fébriles, les caveaux magnifiques et les maisons en ruine, les guerres menées pour un empire injuste et déchu, il y a dans tout cela une puissance esthétique que je ne me lasse pas d’exploiter.

IV - J’ai souvent regretté de n’être pas Ouzbek

La Corse est présente dans tous mes romans et, en vérité, si c’était là l’effet d’un calcul, il serait pour le moins malheureux. Car si les clichés ont le pouvoir d’occulter la réalité, ils s’intercalent encore bien plus facilement entre un texte et son hypothétique lecteur que la simple mention du mot «Corse», comme c’est peut-être le cas en ce moment même, suffit à renvoyer à un univers de représentations figées et folkloriques. Le texte a donc de sérieuses chances de n’être tout bonnement pas lu. Et s’il l’est, on pourra lui reprocher d’être partial ou mensonger du seul fait qu’il ne reprend pas les clichés auxquels s’attend le lecteur. Il est donc beaucoup plus habile de situer son intrigue en Ouzbékistan – et, je le confesse, j’ai souvent regretté de ne pas être Ouzbek.
Hélas, construire un roman en fonction des attentes du public demande des compétences dont je suis absolument dépourvu et j’ai dû me contenter d’écrire cela seul qu’il était en mon pouvoir d’écrire, en essayant de ne pas trop me soucier des lectures qui en seraient faites.
C’est vrai, mais ce n’est pas tout – et c’est seulement au cours d’une conversation avec Jean-Baptiste Predali, auteur de deux très beaux romans chez Actes Sud, que j’ai compris la raison profonde de mon étrange obstination. Je demandais à Jean-Baptiste ce qu’il cherchait à faire, lui, en prenant la Corse comme cadre de ses fictions. Il m’a répondu après avoir réfléchi qu’il essayait sans doute de «faire accéder la Corse à la dignité littéraire» et, en l’entendant, j’ai eu immédiatement la certitude qu’il venait de m’offrir les mots qui me manquaient pour décrire ma propre entreprise, celle de Marco Biancarelli et de quelques autres. Il ne s’agit pas de lutte, de militantisme ou de revendication chauvine. Ça n’a rien à voir avec un quelconque chauvinisme. Cela signifie au contraire que la dignité littéraire ne connaît ni pays ni territoire et que toute réalité humaine, pour peu qu’elle soit portée par l’écriture, est digne d’y accéder.

Jérôme Ferrari a publié l’an dernier Où j’ai laissé mon âme, chez Actes Sud.
A lire aussi : Marco Biancarelli, Vae Victis, Materia Scritta, 2010, et Jean-Baptiste Predali, Autrefois Diana,
Actes Sud, 2007.

Casse-toi, pauvre Corse !

Mais qu'est ce que les Corses font encore en Corse?
Avec tout l'argent qu'on leur donne depuis des siècles!
Et toutes ces aides fiscales, sur les cigarettes, sur l'alcool, sur les produits de base et même sur les carburants. Elles étaient bien vues ces aides. Ça permettait de les voir disparaître plus vite parce que c'est bien connu le "tabac tue", "l'alcool tue" et la "route tue".
Après tout, se débarrasser de ces gêneurs en sacrifiant quelques euros fiscaux permet de récupérer plus vite ces dizaines de milliers d'hectares sauvages en bord de mer.

Oui, au fond ce sont les Corses qui dérangent en Corse...

On ne va quand même pas laisser vierges ces splendeurs de la nature aux autochtones alors que nos chers people, nos chers ministres, nos amis milliardaires russes, coréens, chinois ont tellement besoin de s'isoler sur les bords de la Méditerranée en été.
D'ailleurs pour quelles raisons des dizaines de jeunes désargentés ont-ils sacrifié leur avenir, leur liberté et parfois leur vie au fil des décennies? Pour défendre quoi? Pour protéger quoi?
Des kilomètres de plages sans constructions. Des sites d'une beauté tellement préservée qu'elle arrive parfois à nous faire effleurer la fragile majesté de l'univers. Peut-être aussi pour protéger cette langue qui plonge dans les racines profondes de notre civilisation et qui par ses chants arrive à toucher l'intimité de toutes nos âmes.

Ont-ils sacrifié leur vie pour préserver l'histoire d'un peuple qui s'est octroyé la première constitution démocratique européenne en 1755 et un 14 juillet en plus? Date bien prémonitoire pour une petite nation qui s'est battue contre l'impérialisme royal de la France et a fini par se faire écraser par lui. Malgré cet anéantissement, ce qui restait des "résistants" corses a tout de suite adhéré à la Révolution de 1789 quand le pouvoir est devenu républicain et que le droit divin a été remplacé par le droit Constitutionnel.

Après tout, les Corses ont su résister à tous les envahisseurs venus les armes à la main depuis l'antiquité et ils ont toujours su les assimiler au bout du compte, mais celui du XXI ème siècle est bien plus redoutable parce qu'il n'est ni français, ni réellement humain. Cet envahisseur circule à la vitesse de la lumière, il se dématérialise de plus en plus et en tire sa force.

L'argent roi envahit la Corse et finira par la détruire

La Lorraine paye le prix fort, la Bretagne se révolte contre ses effets, les savoyards ne peuvent même plus vivre en Savoie. Que feront les Corses? Les soi disant énormes avantages fiscaux et les aides considérables octroyés à la Corse à travers les PEI et les niches fiscales sont autant de trappes dans lesquelles le peuple corse se fait piéger. Nombre de nos compatriotes perçoivent ces aides comme des privilèges. Qu'en est-il? Une catastrophe économique.

L'Insee nous révèle une situation en plein "boum":

"Le premier semestre 2014 a connu l'une des pires progressions du chômage enregistrée depuis que les données existent. Les offres d'emploi sont à un plus bas historique. Le flux de dépôts bancaires est tombé au plus bas depuis 2008. Le flux de crédit ralentit de plus en plus nettement. Les défaillances d'entreprises progressent. Le RSA progresse.(Insee Corse Économie le 09/07/2014)".

Le secteur touristique qui génère 32% du PIB de l'île a subi des dommages considérables avec la grève des marins de la SNCM. Le gouvernement s'est comporté de manière indigne en préservant uniquement les avantages de la ville de Marseille et des marins CGT tout en obérant les intérêts économiques de la population corse.

Le Premier Ministre a révélé la profonde condescendance qu'il a pour les insulaires en faisant des promesses "bidons" pour les socio professionnels dont aucune n'est respectée par les services de l'État.

Et cerise sur le gâteau, l'abrogation des arrêtés Miot

Ces arrêtés napoléoniens qui exemptaient la Corse des droits de succession sont abrogés par le Conseil Constitutionnel le 29 décembre 2012. Sous prétexte d'égalité les Corses vont se faire spolier de leurs biens ancestraux. Le résultat se fera vite sentir: ceux qui ne pourront pas payer ces droits devront céder leurs biens pour les régler. A qui?

A ceux qui pourront se les payer tout simplement et ce ne sera pas l'immense majorité des résidents corses. Ceux qui possèdent des terrains ou des habitations venus de leurs héritages dans les zones spéculatives de Corse seront obligés de vendre. Même les villages de l'intérieur prennent de la valeur. Les terrains agricoles de Balagne se valorisent à vingt fois leur valeur SAFER (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural). Les acheteurs attendent qu'une partie devienne constructible pour les revendre à 200 euros du m². Un hectare de maquis et d'oliviers brûlés rapporte 2.000.000 euros!!! Et oui un bon incendie ça peut être utile parfois.

Souvent la reconstitution des titres de propriétés sur plusieurs générations s'avère plus coûteuse que la valeur des biens eux mêmes. Le statut de résident, l'un des rares remparts possible, voté par l'Assemblée de Corse (Assemblée de Corse 25/04/2014), n'a aucune chance de voir le jour sous des prétextes juridiques de constitutionnalité alors que l'on sait bien que nos ministres aussi ont bien envie de se payer des résidences de vacances en Corse.

Face à ce dépeçage programmé, les 230.000 électeurs de l'île ne pèsent que 0,5% de l'électorat français. Politiquement, la Corse est devenue un accessoire bien utile pour dévier l'intérêt de l'opinion.
Taper sur les Corses est facile et bon marché quand 30% de la population française est toujours largement favorable pour octroyer son indépendance à l'île (sondage Atlantico 20/10/12).

Bien sûr la cage serait bien plus belle sans les oiseaux comme le disait Mussolini. Alors autant la garder et faire payer les graines à prix d'or en espérant que les canaris chanteurs ne se transforment pas en dangereux faucons ou en grands ducs plastiqueurs.

Contrairement à ce que l'on peut s'imaginer c'est bien la Corse qui génère les Corses et non l'inverse. Les corses ne sont ni une ethnie ni une race mais bien un peuple qui sait et a toujours su accueillir, assimiler les nouveaux arrivants. Les Grecs, les Étrusques, les Phocéens, les Romains, les Vandales, les Lombards, les Pisans, les Juifs d'Italie, les Génois, les Maures, les Français et tous se sont fondus dans l'identité et la culture corse quand ils ont choisi cette terre pour y vivre.

Ce sont leurs descendants qui vont réagir contre la soumission au "tout pognon", dont la seule volonté est de transformer l'île de Beauté en bronzoir spéculatif pour millionnaires bedonnants.

La seule fortune de Bill Gates (77 milliards de dollars) équivaut à presque 8 fois le PIB de la Corse (8 milliards d'euros, 10,5 milliards de dollars).

Les lois "républicaines" ne sont même plus capables d'assurer une protection durable et réelle contre ces forces colossales et si en plus elles s'assurent la complicité de nos "élites" via l'impossibilité de faire évoluer le cadre juridique constitutionnel.

Que reste-t-il comme solution?

Comment l'État français compte-t-il assurer la continuité républicaine alors qu'il n'est même pas capable d'assurer durablement la continuité territoriale depuis quarante ans.

Une partie des clandestins a abandonné la lutte armée, conséquence politique des succès électoraux des mouvements nationalistes corses (Territoriales de 2010, municipales 2014). Malgré tout, les moyens judiciaires et policiers restent considérables en Corse en rapport avec la population insulaire pour pacifier et lutter contre ces dangereux terroristes. Mais il est vrai que nos chers gouvernants et nos chers "people" préfèrent passer des vacances "tranquilles" en Corse plutôt qu'à Roubaix.

Faisons leur confiance pour dénoncer les attaques contre l'intégrité de la République et du peuple français à la moindre dérive identitaire. Les relais télévisés d'information continue seront là pour les "éditions spéciales". Le moindre chat écrasé en Corse devient tout de suite un événement médiatique national, la République est en danger, alors que les millions de dollars injectés par les mafias du monde entier dans le secteur de l'immobilier insulaire ne suscitent que peu de soupçons.

Croit-on vraiment que la jeunesse corse ne réagira pas quand elle sera obligée d'aller faire ses études à Varsovie ou à Bucarest par manque de moyens pour se loger?

La Corse est un laboratoire de l'avenir et ce qu'il pourrait s'y passer sera un modèle des réactions futures de la "plèbe" française. Si la perfusion sociale qui permet de maintenir une apparence de vie dans les territoires de l'intérieur diminue ou s'arrête, les relais politiques locaux qui s'assurent ainsi des ré-élections "ad vitam aeternam" ne pourront plus contenir la colère. D'autant plus qu'il est bien connu que certains décideurs profitent abusivement de cette manne. Il est tout de même impensable de ne pas envisager des réactions désespérées de la part d'une partie de la jeunesse.

"Les corses n'ont pas inventé la poudre; mais, ils savent s'en servir!"

Les responsables politiques ont le devoir de prendre en compte ces dérives potentielles avant que la théorie du chaos ne devienne une réalité morbide. Malheureusement les autruches gouvernementales ne savent faire que la politique de leur espèce en attendant les prochaines échéances électorales.

Bientôt les Corses n'auront plus les moyens de vivre sur leur terre ancestrale et comme l'a si bien dit Christophe Barbier avec ce ton aux relents de condescendance coloniale, "Si les corses n'ont plus les moyens de vivre en Corse qu'ils s'en aillent ailleurs..." (Europe Matin 10/08/2013)

Casse toi pauvre Corse!

Jean Charles Guerrini
Autodidacte, officier de réserve parachutiste, informaticien et dirigeant de TPE

Publié par huffingtonpost.fr

Gabriel Xavier Culioli: Vingt siècles de clichés sur la Corse

Propos recueillis par Axel Gyldèn. Source : L'Express, 21/08/2008.

Ex-membre des Jeunesses communistes révolutionnaires, l'écrivain Gabriel Xavier Culioli, qui a, entre autres curiosités, été associé à la traduction de la Bible en langue corse, est assurément une personnalité iconoclaste. Ce qu'il revendique. Auteur du classique La Terre des seigneurs (1986), de dictionnaires de langue corse et de chroniques régulières dans la presse locale et nationale, il sonde l'âme de son peuple depuis vingt ans.

Chaque année, aux 250 000 habitants de l'île de Beauté s'ajoutent, le temps des vacances, 2 millions de visiteurs. Sont-ils vraiment « bienvenus chez les Corses » ?

Absolument. D'abord parce que, ici, chacun sait que, sans le tourisme, la Corse serait dans une situation économique encore plus fragile qu'elle ne l'est. Ensuite parce que, comme tous les insulaires du monde, les Corses ont envie de savoir ce qui se passe ailleurs. C'est une constante de l'histoire de l'île attestée par les archives des XVIIIe et XIXe siècles : les Corses sont curieux des autres. Cela étant dit, le rythme, en accordéon, de la saison touristique constitue en soi un problème. Pendant l'automne, l'hiver et au début du printemps, l'île est dépeuplée. On s'y sent seul, isolé. Il m'arrive de parcourir 40 kilomètres sans rencontrer personne. Les villages sont déserts. Certains sont même fermés. N'oublions pas que la Corse détient, avec le département de la Lozère, le record de la plus faible densité d'habitants en France. Puis vient l'été. Soudain, c'est la surabondance. Les plages sont bondées. Des embouteillages se forment et... les grands commerces en profitent pour augmenter scandaleusement leurs prix. Ce qui constitue une source d'agacement généralisé. Bref, le trop-plein de la mi-juillet contrarie. Mais, dès la première semaine de septembre, le vide déprime.

Mais quel type de relation, au juste, les Corses souhaitent-ils établir avec les touristes ?

Le mode d'emploi est très simple. Comme partout dans le monde, il faut se comporter avec naturel. Les Corses détestent les gens qui, comme dans L'Enquête corse (bande dessinée de Pétillon), exagèrent leur enthousiasme sur le mode : « Ils sont formidables, ces Corses, et leurs paysages sont fa-bu-leux. » Rien n'est plus maladroit et vain que de mettre ses sentiments entre parenthèses dans l'espoir d'être agréable aux Corses. Ces derniers préfèrent les touristes qui disent vraiment ce qu'ils ont sur le coeur. Y compris s'ils critiquent certains aspects de notre île et de ses habitants.

Ah ? Les Corses ne sont donc pas aussi susceptibles qu'on le dit...

Attention, il est permis de critiquer. Mais à condition que ces observations reposent sur des faits précis et des expériences vécues, et non pas sur des racontars ou des témoignages de seconde main. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas confondre susceptibilité et hostilité. Il est important de comprendre que, dans son rapport à l'autre, le Méditerranéen est souvent agressif, du moins, en apparence. Cela n'est pas méchant. Il s'agit seulement de taquiner son interlocuteur afin de déclencher chez lui une réaction qui débouchera sur une vraie discussion, laquelle permettra peut-être de savoir ce que l'étranger pense réellement de la Corse. Que les visiteurs se rassurent : dans le fond, les Corses sont des vrais gentils mais qui restent profondément maladroits dans leur rapport à l'argent et au commerce. Ils ont du mal à « vendre » leur île et à « se vendre » tout court. Une fois évacuée l'approche un peu agressive qui peut parfois exister, les Corses sont des gens adorables. En réalité, les frictions entre les Corses d'ici et ceux du continent sont beaucoup plus fréquentes qu'entre les îliens et les Français de métropole.

Nombreux sont les Français de métropole qui considèrent cependant la Corse comme un endroit dangereux. Ils pensent qu'ils s'exposeraient à un risque de plastiquage s'ils achetaient une résidence secondaire sur l'île. Ils se trompent ?

Rappelons, pour commencer, qu'une écrasante majorité de Corses regrettent les attentats et que les nationalistes radicaux recueillent moins de 8 % des suffrages lors des élections. Cela signifie que 92 % des Corses désapprouvent leur idéologie et leurs méthodes. Par ailleurs, environ 5 000 permis de construire sont délivrés chaque année. Or on dénombre, durant la même période, à peu près 80 plastiquages. Selon moi, ceux-ci sont en partie dus à des conflits de voisinage, à des problèmes de mur mitoyen ou à la jalousie ordinaire. Rien de tout cela ne concerne les estivants. En fait, tout dépend de la façon dont on perçoit les choses : l'aîné de mes trois enfants s'est par exemple rendu à Paris pour la première fois de sa vie cette année ; il en est revenu traumatisé. Il m'a expliqué qu'il s'y sentait en insécurité et qu'il ne voulait plus jamais y retourner. Bastia et Ajaccio comptent parmi les villes les plus sûres de France.

Comme on sait, les clichés sur la Corse et les Corses sont légion. Ces derniers seraient ainsi violents par nature, orgueilleux, paresseux, etc. Comment en est-on arrivé à une telle caricature ?

On attribue trop souvent à Prosper Mérimée (1803-1870) la paternité de ces préjugés. Il est vrai que, dans Colomba, un roman beaucoup plus subtil qu'on ne le croit, il insiste sur l'étrangeté de la Corse et les moeurs exotiques de ses habitants. Pour ma part, j'explique dans Le Complexe corse que ces clichés remontent au Ier siècle de notre ère et qu'ils concernaient également la Crète, mais aussi toutes les îles sauvages un tant soit peu éloignées de la civilisation. Pour le géographe grec Strabon, la Corse était un pays invivable du fait que la population, confinée dans les montagnes, pratiquait, selon lui, le brigandage et que, de surcroît, ses habitants étaient plus sauvages que des bêtes fauves. J'ai étudié à fond ces préjugés, dont l'aspect le plus intéressant est qu'ils possèdent toujours une double face, l'une positive, l'autre négative. Face A : le berger est un être pur qui vit d'eau fraîche et de fruits. Face B : ce même berger corse est un affreux brigand qui, du haut de ses montagnes, guette les bateaux naufragés dans l'espoir de dérober leur cargaison. Même chose pour le code d'honneur. Côté pile, c'est une vertu positive qui équivaut à la préservation d'une certaine identité ; côté face, sa conséquence première, la vendetta, aboutit à des tueries pour des motifs futiles. Cette ambivalence s'applique à la Corse tout entière, présentée alternativement comme un paradis ensoleillé naguère bercé par les roucoulades de Tino Rossi et comme un territoire balayé par des luttes tragiques menées par des maîtres éphémères. Les Corses eux-mêmes sont présentés de manière contradictoire dans leur relation à l'Etat. Ils sont à la fois hyperprésents au coeur de la fonction publique et cependant... réfractaires à l'assimilation dans la République. Cherchez l'erreur ! Le problème, c'est que l'on insiste toujours sur les détails les plus négatifs afin de valider les clichés qu'on souhaite entretenir. Voilà pourquoi l'on ignore trop souvent que 9 Corses sur 10 désapprouvent la violence et forment une population de braves gens attachés à leur identité.

Cependant, quelle est la part de vérité dans de tels clichés ?

Je l'ignore. Le problème est que les clichés se nourrissent d'eux-mêmes et finissent par adhérer à la peau des victimes de ces clichés. C'est une spirale sans fin. Ces préjugés sont jetés à la face des autochtones, lesquels traversent une crise d'identité forte, en raison des transformations sociales inhérentes à l'évolution du monde moderne. Et, faute de repères stables, ils imprègnent la Corse tout entière. A répéter que les Corses placent nécessairement l'honneur au sommet de leur échelle de valeurs, on se retrouve avec des adolescents qui deviennent les vecteurs d'une violence dite identitaire afin de se conformer au cliché.

Existe-t-il quelque chose que l'on puisse appeler « l'humour corse » ?

Oui. Le problème, c'est qu'il se manie un peu comme l'humour juif. Tout comme les juifs tolèrent les blagues antisémites à condition que celles-ci soient racontées par leurs coreligionnaires, les Corses n'apprécient guère que les non-Corses rient à leurs dépens. En revanche, lorsque nous sommes entre nous, nous ne manquons pas de moquer nos travers, qui sont très nombreux.

On dit ici que les Corses sont en avance sur la médecine moderne dans la mesure où les bienfaits de la sieste sur l'organisme font maintenant l'objet d'études scientifiques au niveau mondial...

C'est vrai que les Corses l'avaient déjà démontré ! Mais, en ce qui concerne le cliché de la paresse corse, rappelons que, pendant longtemps, les gens du Nord ne se sont pas rendu compte de ce que signifiait vivre sous un soleil écrasant. Ils voyaient les agriculteurs se reposer de 10 à 16 heures et en concluaient qu'ils ne travaillaient jamais. Pour ma part, je suis favorable au droit à la paresse. Dans la vie, le travail n'est pas une fin en soi. En France, on estime à 15 % le nombre de gens passionnés par leur boulot. Les 85 % restants s'y ennuient ferme. S'ils peuvent obtenir davantage de temps pour leurs loisirs et leurs congés, tant mieux ! Au reste, l'être humain n'est jamais totalement inactif : il réfléchit, il pense, il se détend. Ce qui n'a rien d'inutile. Au contraire. C'est là le sel de la vie.

La Corse, qui a donné à l'Europe un empereur, au Venezuela deux présidents (Raul Leoni et Jaime Lusinchi, dans les années 1960 et 1980) et à la France d'innombrables politiciens, aurait-elle un talent inné pour la chose politique ?

Non. A mon avis, cela tient plutôt à l'« effet Cocotte-Minute ». Historiquement, la Corse est une société comprimée par un couvercle où le regard de l'autre pèse constamment sur vos épaules. Autrefois, il fallait sans cesse faire attention à ce que l'on disait de peur de mettre en danger des alliances ou des liens de parenté. Bridé chez lui, le Corse ressentait, à l'extérieur de son île, une incroyable sensation de liberté. Soudain, toutes les forces utilisées, sur l'île, à résister à la jalousie et à la rumeur pouvaient se libérer et s'exprimer dans un projet positif. Napoléon, qui avait subi en Corse échec sur échec, incarne un tel schéma. Lequel, dans une certaine mesure, est encore valable aujourd'hui. Sur le continent, vous n'avez pas idée de ce que représente le qu'en-dira-t-on dans l'usu corsu (la coutume corse). C'est une chape de plomb. En Corse, on dit que la langue n'a pas d'os mais qu'elle peut rompre les os.

C'est à ce point insupportable ?

Je donne un exemple. Autrefois, quelqu'un dont un parent était assassiné devait théoriquement le venger, c'est-à-dire retrouver le tueur et le supprimer. Certains en avaient la force morale mais d'autres hésitaient. Dans ce dernier cas, on faisait alors « u rumbiccu » à l'intéressé. Cela consistait à faire pression en lui chuchotant tous les jours à l'oreille : « Eh ! dis donc, toi, tu n'es qu'une figue molle pour ne pas avoir encore vengé ton parent... » Quand vous subissez une telle violence quotidienne, vous finissez par péter les boulons. Alors, de deux choses l'une : soit vous quittez la Corse, soit, un soir d'ivresse, vous décrochez votre fusil de chasse pour aller venger votre parent. Le qu'en-dira-t-on, c'est invivable. Aujourd'hui encore, je suis convaincu que nombre de contentieux liés à des problèmes dérisoires de mur mitoyen se terminent dans le sang à cause de ce genre de « coutume ».

Que représente la montagne dans l'imaginaire corse ?

Bien que l'écrasante majorité des Corses vive sur le littoral, ils continuent à se penser comme des montagnards. C'est un peu comme la France, ce pays de citadins qui se considère toujours comme le grenier à blé de l'Europe. Autrefois, la plaine et le littoral étaient paludéens. A partir du printemps et jusqu'à la fin septembre, il fallait se réfugier en altitude afin d'échapper aux moustiques. C'est également là-haut que la population se repliait quand les Barbaresques, ces pirates musulmans, razziaient les villages pour capturer des esclaves et les emmener dans l'Empire ottoman, comme ils le firent jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Plus tard, au milieu du XXe siècle, après l'éradication du paludisme, le Corse s'est définitivement installé en plaine. Mais il est demeuré « aquaphobe ». Pour lui, l'eau est restée quelque part dans son inconscient le synonyme de malheur et de danger. Jadis, il ne savait pas nager. Ce pourquoi la plupart des pêcheurs étaient napolitains. Aujourd'hui, même si la mentalité montagnarde tend à s'estomper, elle perdure à travers ce qu'on appelle le campanilisme et l'« esprit de vallée ». D'un clocher à l'autre, d'une vallée à l'autre, les mentalités et les histoires locales changent radicalement. Dans l'extrême Sud, par exemple, les gens de Bonifacio sont différents de ceux de l'Alta-Rocca, dont les habitants, à leur tour, n'ont rien à voir avec ceux de la vallée, toute proche à vol d'oiseau, du haut Taravo. L'écrivain et journaliste Paul Silvani a, un jour, tout résumé en une formule : la Corse est un archipel. Cela reste vrai aujourd'hui. Notre avenir est dans les passerelles que nous saurons bâtir entre nous et avec le monde extérieur ; afin que tout le monde reste le bienvenu en Corse.

Marlène Schiappa : Sept idées reçues graves sur la démocratie corse

Publication: 21/12/2015

En Corse, on bourre les urnes, on fait voter les morts et les femmes cachent des Vendetta dans leurs bas. Voilà, maintenant qu’on a évacué les clichés qui ne manqueront pas de déclencher rires gras et jeux de mots, si l’on en sortait?

Affligée par certains articles ou commentaires de responsables politiques sur les dernières élections en Corse, j’ai désiré partager quelques informations encore méconnues sur ce territoire profondément politique, l’un de ceux qui s’est le plus battu pour défendre sa démocratie.

1/ La Corse n’est pas démocratique

La Corse est au contraire l’un des endroits du monde les plus attachés à la démocratie, à une structure d’organisation du pouvoir. La Corse n’est pas anarchiste, elle aspire au contraire à des règles précises (code d’honneur, mais ça serait un raccourci de la réduire à cela.)

La Corse a été le premier territoire du monde à se doter d’une constitution écrite, en 1755 sous l’impulsion de Pascal Paoli, constitution qui a d’ailleurs très clairement inspiré la Constitution Américaine, dont de nombreux passages sont identiques. Cela fait de la Corse la 1ère République démocratique d’Europe, basée sur le Suffrage universel et la séparation des pouvoirs.

"La Corse se donne une constitution basée sur la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif reste confié aux consultes. L'exécutif est assuré par un Conseil d'État présidé par le Général et subdivisé en trois sections: politique, économique et militaire. Le pouvoir judiciaire est donné, suivant l'importance des délits, à des tribunaux situés au niveau de la paroisse, de la pieve, de la province ou de la Nation (Rota civile et Conseil d'État)"

2/ En Corse, les hommes décident, les femmes se taisent

Les femmes Corses ont au contraire toujours joué un rôle politique primordial. La 1ère femme conseillère municipale de France n’était ni à Paris ni à Marseille, elle siégeait à Ajaccio, avant même le droit de vote ou d’éligibilité des femmes!

Il s’agit de la résistante Renée Pages, sœur de Danielle Casanova, notamment dirigeante des Comités Clandestins de Femmes. Plus généralement, concernant les droits des femmes, la Corse est la région où l’on compte le moins d’agressions sexuelles vs autres crimes.

"En Corse il y a moins de viols que d’homicides par balles" soulignait Jean-Marc Ayrault alors Premier ministre. C’est l’un des seuls endroits de France où les jeunes femmes peuvent sortir dans la rue dans n’importe quelle tenue sans se faire harceler, le respect des femmes étant érigé en valeur suprême. Et une phrase de boutade en dit long: "N’essayez pas de draguer les Ajacciennes. Même nous, on n’y arrive pas."

Au demeurant, quand il y aura autant de femmes que d’hommes dans les sommets internationaux, la Corse (berceau de Colomba et terre où les chefs de famille sont les femmes) sera prête à entendre des leçons de féminisme du monde entier.

3/ L’Etat a tout essayé avec la Corse

L’excellent livre Flic & Corse passe en revue les différents promesses de "nettoyer la Corse" des gouvernants de tous bords… finalement risibles, si ça n’était pas triste. Non, l’Etat n’a pas tout essayé "pour la question Corse" ou "le problème Corse" à commencer par la sémantique et la vision nécessairement conflictuelle de la Corse, pourtant source de richesses pour l’ensemble de la France (1er pôle touristique).

Pensant éviter les problèmes, l’Etat a même souvent évité la Corse, tout simplement, alors même que la Corse ne demande pas moins d’Etat mais plus d’application des lois, comme la loi littoral: qui défend encore son application ? Des associations Corses. Ne serait-ce pas le rôle de l’Etat? De protéger la Corse des spéculateurs immobiliers y compris internationaux, en appliquant la loi et en faisant démolir les constructions illégales qui privatisent le littoral et le défigurent, dépossédant la Corse de ses trésors naturels. Si l’Etat ne fait pas respecter la loi nationale sensée protéger l’île et laisse le soin aux insulaires de le faire, (comme le faisait Gênes en son temps) comment peut-il ensuite être crédible et en rappeler à la République une et indivisible (souhaitable)?

Sur ce point, l’un des seuls hommes à la hauteur des enjeux fut Michel Rocard qui dressât en préalable à toute discussion une liste des "coups" portés par la France à la Corse depuis son achat à Gênes – suivi d’une guerre de conquête dans laquelle, rappelle-t-il, la France perdit encore plus d’hommes que pendant la Guerre d’Algérie.

4/ La Corse est structurellement raciste

La Corse est pourtant la seule région de France à n’avoir dénoncé et déporté aucun Juif pendant la Deuxième guerre mondiale et décrétée "Juste parmi les justes" pour la quantité de Juifs cachés et sauvés, en proportion à ses habitants.

La Corse est à ma connaissance le seul endroit du monde à avoir choisi comme drapeau "la bandera", la tête de Maure: le visage de quelqu’un d’une autre couleur de peau.

Enfin, en 1938, c’est en Corse que sont constitués les premiers comités antifascites structurés de France, contre Mussolini, repris ensuite à Paris.

5/ 2 ou 3 familles décident de tout en Corse

D’après Ptolémée, la Corse a été constituée par 12 nations réparties sur les territoires de l’île. Effectivement, il peut exister un mode de fonctionnement clanique, répondant à un certain nombre de codes, comme dans n’importe quel endroit du monde, sans plus.

6/ La Corse est violente

C’est la Corse qui a demandé à Gênes le désarmement, en 1715. Par paresse et par manque de courage, Gênes ne voulant pas s’occuper de la justice en Corse, avait décidé de fournir des armes en masse afin de laisser les Corses régler leurs comptes entre eux. C’est la population elle-même qui a exigé que l’on y mette fin.

Par ailleurs, alors que des nationalistes ont en effet utilisé la force pour se faire entendre, ils ont récemment pris le pouvoir à l’Assemblée territoriale par les urnes, pacifiquement, plusieurs années après avoir annoncé renoncer aux armes. Au demeurant, on peut s’interroger sur la liberté des Bonnets rouges ou d’autres groupes radicaux d’user de violence alors que cette même "expression musclée" serait prohibée sur l’île… et rappeler au passage que la paillote Chez Francis a été plastiquée par un Préfet.

7/ L’économie Corse ne vaut rien

Derrière tous ces préjugés et ces méconnaissances, une petite musique se fait entendre, disant que les Corses seraient un peuple d’incapables obsédé par son autonomie et les armes à feu. Pourtant la Corse a tout de même fourni nombre de dirigeants, un empereur, Buonarotti; le Coca-Cola a été inventé par les Corses (le pharmacien Angelo Mariani exactement), le téléphone aussi, mais ça, personne ne confirme réellement à part mon arrière-grand-mère. Plus concrètement, l’économie Corse est factuellement plus plombée qu’aidée par l’Etat français (1,053 milliards d’euros de recettes fiscales en 2006).

Par exemple, les clémentines Corses produites en Corse partent en bateau aux sièges des hypermarchés, sont taxées, puis ne reviennent qu’ensuite en Corse, avec un prix alourdi et au mépris de toute logique écologique. Cela, avec la spéculation immobilière sauvage, a contribué à faire d’Ajaccio la ville la plus chère de France. Si l’Etat français reste l’employeur principal de la Corse, le niveau des services publics n’est pas celui que l’on attend partout ailleurs sur le territoire.

Le débat n’est pas simplement théorique, entre Jacobins et régionalistes, il est plus subtil que cela et même Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont fait des discours mesurés et rassembleurs, quoi que l’on en pense politiquement.

Alors que l’on peine encore à débattre de l’identité nationale, il faudrait définir l’identité Corse… si c’est nécessaire, relisons Pascal Paoli: "Tous les dignes Corses sont animés du plus beau feu, du plus intrépide courage, du zèle le plus ardent pour la liberté. Je compte autant de héros que de Corses. Voici l'occasion de vous montrer dignes de vous. (…) Généreuse jeunesse, chacun de nous est convaincu qu'il ne peut survivre à la perte de là liberté, à la ruine de la patrie. Jurons-tous de défendre l'une et l'autre jusqu'à la dernière goutte de notre sang. II n'est pas aisé de vaincre un peuple libre, et rien n'est impossible aux âmes nobles et magnanimes."

Et souvenons-nous de la devise de la Corse : A spessa conquista, mai sottummessa. Traduction ? Souvent conquise, jamais soumise.
Arrêtez de vouloir soumettre la Corse, commencez enfin à la conquérir au sens philosophique du terme, par vos propositions politiques pour elle, pour les Corses, pour la République française.

Présidente de Maman travaille, adjointe au Maire du Mans à l'égalité

Un exemple de racisme anti-corse

ou : 8 mai 1769. La peu glorieuse déroute militaire de Paoli à Ponte Novu livre la Corse à la France.

J'ai longtemps hésité avant de publier in extenso cet article du Point qui, appliqué à tout autre groupe humain, serait à juste titre considéré comme raciste. Mais dans son genre, il est exemplaire...

Fuyant comme ils peuvent les tirs français, les miliciens corses sont massacrés par leurs propres alliés, des mercenaires prussiens.

On connaît le Corse poseur de bombes, le Corse incendiaire, le Corse gabelou, le Corse fatigué, le Corse chanteur a cappella, le Corse truand, le Corse "si tu touches à ma soeur, t’es mort !". Mais peu le Corse "sauve-qui-peut". Pour cela, il faut remonter au 8 mai 1769, le jour de la bataille de Ponte Novu qui vit le massacre de centaines de Corses par l’armée de Louis XV. Ces nationalistes de la première heure ne combattent pas encore la tête dans une cagoule, mais l’arme au poing à visage découvert. Remarquez, cela ne leur réussit pas tant que ça : ce jour-là, non seulement le fier Corse prend ses jambes à son cou devant la mitraille ennemie, mais il se fait massacrer par ses alliés prussiens ayant reçu l’ordre de Paoli d’empêcher quiconque d’emprunter le pont de Ponte Novu. Cette terrible défaite livre la Corse à la France.

Voici les faits : l’immense héros corse Pasquale Paoli donne l’ordre à sa troupe d’attaquer l’armée royale sur la rive gauche du Golo. En deuxième rideau, il dispose un millier de mercenaires prussiens avec à leur tête le maréchal de camp Antoine Gentili, sur le Ponte Novu commandant l’accès à sa capitale de Corte. La troupe prussienne a reçu pour consigne d’empêcher les patriotes de refluer par le pont en cas de retraite. Effectivement, les régiments corses ne font pas le poids devant l’artillerie française qui a su intelligemment occuper plusieurs éminences. Hachés par la mitraille, les miliciens de l’île de Beauté se disent qu’il est temps d’aller taper une belote sur l’autre rive. Ils se précipitent donc sur le pont. Mais pour un Prussien, la consigne, c’est la consigne. Ils refusent le passage, baïonnette au fusil. La cantinière Laetitia Casta a beau onduler devant eux, ils restent de marbre. Jenifer leur chante avec des sanglots dans la voix : "Ma révolution". Ils s’en battent les c...

Tragédie

Des centaines de Corses se pressent sur le pont, la bousculade étouffe nombre d’entre eux. Soudain un coup de feu claque depuis les rangs prussiens, puis c’est un tir nourri. Les patriotes tombent par dizaines, par centaines. De leur côté, les Français ne chôment pas non plus. Le préfet Érignac est déchaîné... C’est un horrible massacre. Le sang coule à flots dans le Golo en crue. Bientôt, le pont, long d’une centaine de mètres, n’est plus qu’un immense charnier. Par dizaines, les Corses tentent de franchir le fleuve à la nage, mais la plupart se noient dans les flots tumultueux. I Muvrini sanglote : A voce rivolta.

Pasquale Paoli, qui observe de loin la tragédie, est incapable d’apporter le moindre secours à ses hommes. La nuit tombe sur la déroute, sonnant la fin des espoirs corses. À l’aube, le sous-lieutenant Luccarotti d’Ortiporio se réveille parmi les morts, grièvement blessé. Voilà ce qu’il écrira plus tard : "Aux premières heures du matin, je me réveillai, l’âme et le coeur oppressés, et me trouvai avec le bras gauche pendant, ensanglanté et criblé de blessures au milieu d’un amoncellement de cadavres et de tant d’autres moribonds qui demandaient du secours. Je me traînai jusqu’au sommet d’un rocher et, regardant dans la direction du pont, je vis un spectacle horrible : par centaines, les morts étaient entassés dans l’étroit passage... Et, regardant plus loin, j’en aperçus un grand nombre encore étendus et privés de vie, entre les margelles du fossé et baignant, pour ainsi dire, dans le sang. Je fermai les yeux et me sentis défaillir... Partout régnait le silence de la tombe..."

Pasquale Paoli comprend alors que son rêve d’indépendance est fini. Les Français, à qui Gênes a cédé ses droits sur l’île un an avant, le 15 mai 1768, peuvent maintenant marcher sur Corte. Le Babbu di a Patria s’exile en Grande-Bretagne avec cinq à six cents de ses partisans. Il ne reviendra dans sa patrie que vingt ans plus tard, en 1790, acclamé par les Jacobins dont Robespierre. Louis XVI le fait lieutenant-général et commandant de l’île. C’est le héros du jour. Pietragalla s’offre à lui... Oubliés les morts de Ponte Novu.

Le Point du 8 mai 2013 - Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

La réponse de Ghjuvan Filippu Antolini

Monsieur le directeur,

Vous avez publié dans votre journal le 8 mai dernier un article intitulé « 8 mai 1769. La Défaite de Paoli à Ponte Novu livre la Corse à la France. Le début des emmerdes… » signé FRÉDÉRIC LEWINO et GWENDOLINE DOS SANTOS. Permettez-moi de vous demander, en ma qualité d’historien et au nom d’un peuple insulté, de publier cette lettre en guise de droit de réponse.

Depuis la chute du Second Empire, les attaques corsophobes sont légion et nous sommes habitués à être insultés, mis en accusation collectivement et bafoués. Clémenceau, déjà, voulait « rendre la Corse à l’Italie pour le franc symbolique ». Un journal de votre standing aurait pu se passer de participer à cette corsophobie ambiante.

Ecrit dans un français très moyen et très grossier, cet article, peu en rapport avec le niveau habituel de votre journal, initie un style nouveau, celui du révisionnisme. Vos pseudo-journalistes ont refait la bataille de Ponte Novu en faisant passer les patriotes corses pour des lâches. Il y avait pourtant d’autres choses à dire sur cette bataille qui a marqué la fin de la première démocratie de type moderne en Europe et l’arrivée en Corse de la France de l’Ancien Régime…

Nous aurions pu, nous aussi, chercher dans l’Histoire de France quelques défaites – il ne doit pas exister beaucoup de peuples qui n’en ont jamais connu – pour décrire la manière dont des troupes françaises ont battu en retraite avec, certainement, des détails passionnants. Mais, contentons nous de rester sur le même terrain et à la même époque et, laissons la parole au général de Narbonne qui commandait les renforts français venus attaquer les troupes de Paoli qui encerclaient le colonel De Ludre à Borgu en octobre 1768 : « C’est la première fois que j’ai tourné le dos à l’ennemi ». Ce fut une défaite honteuse pour l’une des plus puissantes armées du monde face à des paysans corses mobilisés pour défendre leur patrie en danger. Paoli reçut à sa table les officiers français défaits et libéra tous les prisonniers, s’assurant qu’il pourrait trouver des vivres au prix du marché, pour rentrer chez eux. Pendant ce temps là, le Roi de France entassait les soldats corses dans les souterrains de la Grosse Tour de Toulon.

Alors oui, monsieur le directeur, nous avons perdu la bataille de Ponte Novu et ce fut selon vos pseudo journalistes « le début des emmerdes » pour la France, mais l’Europe qui dans les semaines suivantes honorait Paoli sur son passage, et plus tard les révolutionnaires français en 1790 ne s’y étaient pas trompés, son œuvre est immense, il est un précurseur dans ce siècle des Lumières, lui qui a mis en place la Démocratie à une époque ou Robespierre n’osait y penser ! Voltaire qui vantait le courage des Corses à Ponte Novu doit se retourner dans sa tombe en lisant votre journal…

Monsieur le directeur, je vous invite à plus de modération et surtout à respecter les peuples, tous les peuples, surtout ceux qui perdent des batailles les armes à la main, car la Corse n’a de leçon de courage à recevoir de personne, surtout pas en cette année 2013. Je vous rappelle qu’il y a 70 ans, pendant que le gouvernement de Vichy, au garde-à-vous devant les Allemands, organisait les convois pour Dachau et Auschwitz avec la collaboration de nombreux français, la résistance corse déclarait l’insurrection et faisait de la Corse le premier département d’Europe à se libérer du joug fasciste et nazi !

Je vous remercie par avance, monsieur le directeur, de publier mon droit de réponse et je vous prie de croire en l’expression de ma considération.

Ghjuvan Filippu ANTOLINI, docteur en Science Humaines et militant culturel corse.

Et pour finir, citons Voltaire :
« L'arme principale des Corses était leur courage. Ce courage fut si grand que dans un de ces combats, vers une rivière nommée Golo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de recharger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire ; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez les peuples libres. »

Quelques lieux remarquables

Quatre plages corses parmi les 10 plus belles plages de France

plages

 

Tradicettu un petit coin de paradis sauvage

tradicettu

L'Extrême-Sud de la Corse cache de nombreuses criques et plages toutes plus belles les unes que les autres...
Et notamment, entre Tizzano et Roccapina, l'un des derniers littoraux sauvages que la Corse a à offrir…
Adeptes du sable fin, de l'eau turquoise…
Une escale s'impose à Tradicettu, un havre de paix qui s'étend sur deux kilomètres. Splendide.
La plage de Tradicettu, à 30 minutes de Sartène, est, en effet, une magnifique plage de sable doré et fin, entourée par une nature luxuriante et qui donne sur une belle eau cristalline.
C'est un petit coin de paradis très calme et accessible à tous.
L'on peut s'y rendre en voiture, en 4x4 de préférence, par un chemin de terre, à partir du camping de Tizzano.
Attention toutefois aux amortisseurs…
Elle est également accessible par des sentiers toujours depuis le hameau de Tizzano…

Le plus
Deux paradis pour le prix d'un, avec accessible à pied, à 5 minutes de Tradicettu, la plage d'Argent, du nom de la couleur de son sable fin.

 

Grand reportage : la Corse, terre géologique d'exception

Dimanche 30/08/2015 

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Selon Alain Gauthier, agrégé de l’université, docteur en géologie, la Corse consacre une histoire géologique vieille de plus d’un demi-milliard d’années et riche de bouleversements.

Il existe plusieurs manières de voir la Corse. L’une d’elles consiste à adopter l’approche géologique. Car dans ce registre s’est instituée une forme d’exception.

Au gré de millions d’années de tension, l’île est devenue centre essentielle, concentré fulgurant et somme de bien des systèmes en interaction. Son rythme est dense, puissant et primordial.

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« Elle se caractérise par une très grande diversité de roches, par une histoire géologique vieille de plus d’un demi-milliard d’années et par de nombreux bouleversements », résume Alain Gauthier. Pour l’agrégé de l’université, docteur en géologie, elle deviendra aussi vecteur de recherches et de découvertes.

Des années durant, il scrute son sujet. Les problématiques sont posées et les hypothèses s’affinent au fil du temps. Alain Gauthier arpente le terrain et trouve la bonne distance scientifique. Au passage, il choisit le camp de l’écriture et de la transmission de l’envie d’apprendre et d’explorer. Les parutions s’enchaînent pour mettre la connaissance à portée de tous. Désormais, c’est Corse l’Élysée du géologue, qui figure le point de rencontre avec le grand public.

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Les travaux précédents sont l’un des moteurs du passage à l’acte. « Ce volume est le fruit d’une longue réflexion et de plusieurs publications dans lesquelles j’ai déjà tenté de présenter la géologie de la Corse », précise-t-il.

Projections volcaniques

En parallèle, le cheminement sera mené sur un mode novateur. « Des éléments seront repris, mais ils seront présentés de façon tout à fait différente, originale, enrichie, d’une part et simplifiée de l’autre », précise l’auteur. Le récit géologique comprendra 78 thèmes, associés à autant de fiches et à 700 photos d’illustration.

Il reposera aussi sur des considérations pratiques. « Le cas échéant, un petit paragraphe intitulé comment s’y rendre ou comment les trouver, précise en quelques lignes comment aller observer une roche ou bien une formation géologique », indique l’auteur. La pédagogie est omniprésente dans sa Corse géologique. Dans cet espace, l’île mènera une double vie géologique.

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Sur la façade occidentale, c’est le granite à travers ses différentes variétés qui crée la pulsion, et laisse entrevoir 340 à 240 millions d’années d’histoire. Sur la partie orientale, en revanche, la logique des Alpes occidentales et le souvenir d’un « océan disparu appelé liguro-piémontais » prennent le relais. A l’Ouest, comme à l’Est, le territoire se heurtera aux limites de ces genres codifiés et répétitifs.Comme si une sorte de fantaisie et une liberté extrême lui permettaient d’imposer son style bien à elle.

Le tableau est brutal. Il bascule du côté fantastique. Il porte la trace de chocs, exalte les variations de la roche e t procure quelques grands frissons.

Une carrière de diorite

Des pans entiers de paysage font écho à des violences d’outre temps. A cet égard, les projections volcaniques servent de référence. Le phénomène trouve son illustration « de la presqu’île de Scandola au sommet du Monte Cinto sur 30 km et près de 700 km2.

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Dans ce périmètre existent « des roches volcaniques qui se sont mises en place il y a 250 millions d’années.

Elles correspondent à un volcanisme explosif », note le chercheur. Ailleurs, l’île met à profit le calcaire pourcréer la sensation forte. Elle va au bout du spectacle à Saint-Florent et à Bonifacio.

Elle a fait oeuvre originale, en Conca d’Oru, à travers « la barre calcaire du Sant’Anghjelu » puis des « falaises et du piale » dans l’Extrême-Sud. Un autre exercice de style s’accomplit en Balagne, dans la région de Lumio, d’Algajola et de Calvi.

Désormais, le granite – en général, « des roches riches en micas noir, donc souvent de teinte assez foncée, présentant souvent de gros feldspaths potassiques » - trace les lignes, dessine les courbes d’un monolithe et semble, dans un même élan, capable de toutes les métamorphoses. L’ensemble fascine par son altérité radicale et par son esthétisme âpre.

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Il possède la valeur d’un premier acte. « Les granites au Sud de Revellata sont les plus vieux de Corse. Ainsi celui sur lequel est bâti le sémaphore de Cavallu a-t-il été daté de 340 millions d’années », commente Alain Gauthier.

Le dispositif est tout à fait lisible. « La route côtière permet de faire de jolies observations sur des coupoles granitiques, leur débit en dalles concentriques et les zones de contact entre deux granites de couleursuffisamment différentes pour qu’il soit permis de découvrir ce contact ». Dans tous les cas, cette portion de Balagne ne se contente pas de fasciner, d’être un lieu ouvert à toutes les inventions géologiques ou presque. L’intérêt est de fonctionner sur le mode économique aussi.

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La géologie mène à l’entreprise du côté du Capu Spanu. « Il s’agit d’une carrière circulaire de diorite à grain assez fin au milieu d’un granite à gros grains. Cette roche à fait au début du XXe siècle l’objet d’une exploitation assez soutenue. Des titres ont même été émis », souligne l’auteur.

Des aiguilles emblématiques

On débite et on exporte, en particulier sur l’autre rive, plus au Nord de la Méditerranée. Ainsi, « la roche était transportée par bateau jusqu’à Calvi et de là sur le Continent. La rue de la République à Marseille a été pavée, au moins en partie avec cette diorite ».

La roche est prisée pour ses qualités naturelles. « Sa résistance à l’écrasement est bien supérieure au granite à grains grossiers ».Ailleurs, la roche se confrontera sans cesse à l’art.

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La trame est tissée, de préférence, par « les granites leucocrates, pauvres en minéraux colorés tels que les micas. Ils sont, en outre, recouverts d’une patine rousse du plus bel effet ». « Leur résistance à l’altération chimique » est un autre principe à l’oeuvre. Ces différents paramètres soutiendront la créativité naturelle, pour, entre autres, donner naissance aux taffoni, et fournir quelques repères domestiques aux premiers Corses. « Les plus grandes des cavités ont été utilisées par l’homme depuis la nuit des temps », relève le géologue. A Roccapina, à Tradicettu, dans le sud de l’île, on se laisse emporter par d’étranges mirages optiques.

Les compositions renvoient, tour à tour, à un lion avec sa couronne, à un éléphant ou un oiseau. Le vent, la pluie mettent en ordre les formes. Dans les Calanche de Piana, tous les détournements, toutes les transgressions sont autorisés. La ligne artistique s’assimile à un étrange bestiaire. Quitte à susciter un peu d’épouvante et à rapprocher sans cesse de l’irrationnel. La géologie remue les imaginaires, inspire légendes et mystères. Quitte à faire sentir l’emprise du diable lui-même.

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En attendant, « c’est une rocheà grain moyen – 3 à 4 mm – constituée de quartz de feldspath potassique rose qui domine » et qui donne sa consistance et sa couleur à la composition. La Corse a ses motifs emblématiques, à l’image des aiguilles, de Bavella, D’Aïtone, de Bonifatu, d’Upulasca. Au centre de la représentation, elle place aussi « Boules granitiques » et chaos.

L’eau est la force motrice du système. Elle procède à partir de points d’ancrage et de lignes de fuite. « Le granite est, par nature, fissuré. L’eau circule au niveau des fissures et provoque par dissolution et par désagrégation l’arrondissement progressif des blocs ainsi que la formation d’une arène granitique qui peut retenir l’eau et entretenir l’altération du granite. Si l’arène est enlevée par l’érosion, il ne reste plus que des boules empilées constituant un chaos, développe l’auteur.

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La montagne ne fait aucune concession au mouvement et aux débordements non plus. Les mécanismes privilégient le vertige comme au Monte Cintu, au Capu Tafunatu, font appel sur la Paglia Orba, à un poudingue – une formation de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur constitués de galets parfois mal roulés et d’anciens sédiments plus fins ».

Unique au monde

Dans tous les cas, il y aura des abîmes et des outrances. D’autres séquences inattendues renvoient au lac de Bracca et à ses cristaux de grenats, aux plages à galets de Crovani et de Galeria.

Les sites « sont remarquables par la nature et l’aspect des sédiments qui les tapissent ». Ils portent, sans doute, l’empreinte d’une époque « où le niveau de la mer plus bas devait mettre en communication les deux baies et permettre ainsi que les galets de Galeria soient redistribués au Nord ».

L’extrémité Ouest du cap ménage quant à elle quelques moments de grâce. Sans doute parce qu’elle apparaît comme un espace unique au monde. La péridotite est le principal contributeur dans l’affaire. « Il s’agit d’un affleurement très exceptionnel puisque représentant une portion de manteau terrestre qu’il est très rare de pouvoir observer à l’affleurement.

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Cette roche se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur à la base de la croûte terrestre mais lorsqu’elle affleure, les phénomènes tectoniques qui lui ont permis de gagner la surface l’ont profondément transformé », explique Alain Gauthier. D’autres fois, l’île revendique filons, cuvettes, cavités, grands étangs, et nappes comme en Balagne.

Celle-ci, visible depuis le col de San Colombanu, laisse quartier libre aux spéculations diverses. « Elle est au coeur de discussions passionnées et passionnantes », admet l’auteur. On change de perspective mais la fresque demeure saisissante.

Extrait du nouveau Settimana, en supplément de votre Corse-Matin du vendredi 28 août. 

Antigone à Beyrouth... et en Corse

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La Corse vue de l'espace

Nous devons ces images admirables à ESA France, l'agence européenne spatiale, qui a relayé il y a quelques heures les tweets de Terry W. Virts, un astronaute de la Nasa qui fixe depuis le mois de Décembre dernier, très haut au-dessus de nos têtes, les plus belles images du Globe. La Corse s'est trouvée à plusieurs reprises dans le viseur de son objectif. Le résultat est superbe !

La première image est celle de la Corse au crépuscule. Les pics bien enneigés transpercent la brume qui enveloppe l'île.

esa
@AstroTerry @ESA.fr

Dans le second cliché, la Corse, et à un degré moindre, la Sardaigne se détachent sous l'effet du soleil couchant.
C'est beau, non ?

esa

Janvier 2017

Et voici maintenant les photos de Thomas Pesquet !

corse

La Corse, joyau de la Méditerranée, habillée de quelques neiges d’hiver. Pace e salute !

calvi

La baie de Calvi, son aéroport et sa citadelle. On me dit qu’un excellent piano-bar est perché sur cette dernière, avis aux mélomanes !

lisula

L’Île-Rousse ! Un endroit magique.

La Corse, 117 sommets, deux stations de ski, une troisième en perspective

depeche
19/02/2015

La Corse aux 117 sommets dépassant les 2.000 mètres ne compte encore que deux stations de ski alpin, Val d'Ese (Corse-du-Sud) et Ghisoni (Haute-Corse) mais le domaine skiable insulaire devrait s'étendre avec un projet de réouverture d'une troisième.

Les deux petites stations sont fréquentées chaque année par plusieurs dizaines de milliers de skieurs qui peuvent pratiquer leur sport en voyant scintiller au loin la Méditerranée ou la Tyrrhénienne, suivant qu'ils se trouvent dans l'une ou l'autre.

Ese (1.600 m), le "stade de neige" du village de Bastelica, offre neuf pistes rouges, bleues et vertes parfois en forêt, à 50 km d'Ajaccio, soit à une heure de route. Pour le maire de Bastelica, Jean-Baptiste Giffon, "avec 15.000 à 20.000 skieurs par an, la station permet de relancer l'économie villageoise en hiver".

Dans ce village réputé pour sa production de charcuterie, l'une des premières de Corse, "cela permet de dégager un petit profit pour équilibrer notre budget, voire d'investir", souligne M. Giffon.

Dans son local de location de matériel de ski, Marie-Jeanne Nadizi, toute emmitouflée, se réjouit "des bonnes chutes de neige de février et de l'arrivée de vacanciers du continent, ce qui va permettre de compenser l'ouverture tardive cette année, avec beaucoup de réservations pour les prochaines semaines".

Avec ses cinq remontées mécaniques, Ese emploie une vingtaine de personnes durant une saison devenue plus courte avec la diminution de l'enneigement ces dernières années.

Propriétaire d'un hôtel à Bastelica qui, grâce au ski, peut rester ouvert toute l'année, Christophe Giffon plaide pour "une véritable économie de la montagne, axe de développement dont les élus doivent mieux prendre conscience".

"Frilosité" des élus

Dans l'est de l'île, à Ghisoni, on tient le même discours mais on a aussi du mal à équilibrer le budget alors que 45.000 euros, selon la direction de la station, ont été investis cette saison pour les équipements de sécurité des remontées mécaniques, vieux d'une trentaine d'années.

Sur un versant du Monte Renoso (2.352 m), du haut des pistes (de 1.580 à 1.870m d'altitude), c'est la mer Tyrrhénienne que l'on voit briller en dévalant les pistes.

La clientèle vient plutôt de Bastia, de la plaine orientale et de Porto-Vecchio au Sud, mais aussi parfois d'Italie, voire d'Autriche. Quatre jeunes surfeurs de ce pays alpin sont venus ces jours-ci tourner un film sur la montagne corse.

Un projet de réouverture d'une troisième station est à l'étude, à Asco (Haute-Corse), au pied du Monte Cinto (2.708 m), point culminant de Corse. Première station de l'île, elle dut fermer en 1991 après des glissements de terrain catastrophiques.

La relance du tourisme blanc a été au cœur des 9e Hivernales du col de Vergio ((Haute-Corse), début février. Un millier de personnes ont participé à cette manifestation de promotion de la filière montagne, selon son organisateur Dominique Fazi.

A côté de démonstrations de ski de fond, raquette à neige, peau de phoque et secours en montagne, des débats ont été consacrés à la structuration des activités de montagne.

"Avec la randonnée, l'escalade, le VTT, les sports d'hiver peuvent générer une véritable économie à l'année pour l'intérieur sous-peuplé" de l'île, a souligné Paul-André Acquaviva, président du Comité régional de montagne. Il a déploré toutefois "la frilosité et l'inertie" de nombreux élus départementaux et régionaux insulaires "pour un développement réel dans cette voie".

Jérôme Ferrari : "j'aimerais qu'on soit un peu moins obsédés par l'image qu'on donne sur le continent"

L'écrivain et professeur de philosophie, prix Goncourt 2012 Jérôme Ferrari était l'invité du Club de la presse de RCFM (28/09/2016).

C'est insupportable, mais ça ne va pas s'arrêter. Quand on se lève le matin de bonne humeur et qu'on a envie de se gâcher la journée il suffit d'aller sur le site d'un grand quotidien et de regarder les commentaires de n'importe quel article dans lequel il y a le mot "corse".

On suscite des réactions avec des variations hystériques : soit une répulsion intolérable, soit une admiration de gens dont il serait bien de ne pas être admirés. Et c'est leur problème ! Moi ce qui m'intéresse c'est ce qui se passe ici. Et j'aimerais bien de temps en temps, tout énervé qu'on soit en lisant les commentaires, qu'on soit un peu moins obsédés par l'image qu'on donne sur le continent. Après tout, si des gens ont un problème d'image avec la Corse, c'est leur problème à eux, pas le nôtre. Et Dieu sait ce que je pense de Christophe Barbier et de l'éditorialiste du Courrier Picard...

Il est absolument évident qu'il ne pourraient écrire ce qu'ils écrivent sur aucune autre communauté. Ils finiraient au tribunal, il y aurait des plaintes déposées contre eux. Mais moi je suis content qu'on ne dépose pas plainte contre eux. Donc ils délirent et on a ce petit privilège qu'on peut se faire taper dessus.

C'est fâcheux, mais c'est pas la peine de se détourner complètement de ce qui se passe ici pour focaliser là-dessus, c'est deux choses complètement différentes."

La Corse à la télévision

racines

Gardiens des trésors de Corse

Mercredi 18 février à 20h35, France 3 présentait un "Des Racines et des ailes" consacré à la Corse. Ci-dessous reproduite la présentation de cette émission :

Des paysages époustouflants, de nombreux édifices classés, une faune et une flore uniques et intactes, des produits identitaires réputés… la Corse se distingue par ses trésors naturels, historiques et culturels qu’elle érige autant qu’elle prend soin de protéger. Pour Des Racines & des Ailes, le réalisateur François Guillaume a suivi quatre amoureux de l’île de Beauté, corses ou d’adoption, qui se sont donnés pour mission la préservation du patrimoine naturel, architectural et culinaire de cette terre insulaire française, joyau de la Méditerranée.

Jacques Moulin et Eva Poli, des anges-gardiens qui viennent de loin

L’un est Parisien et architecte en chef des Monuments historiques, la seconde, Polonaise et restauratrice d’art. Leur point commun : un coup de foudre pour la Corse et la profonde envie d’œuvrer à la sauvegarde de son patrimoine historique et artistique. Depuis 13 ans, Jacques Moulin a en charge la restauration des nombreux édifices classés de Corse. Deux fois par mois, il se rend sur l’île afin de suivre les chantiers qu’il entreprend, notamment la rénovation d’églises et de couvents situés loin des centres urbains. Nous le suivons, entre autres, dans sa région préférée, ê son paradis ê, la Castagniccia, une foret de chêtaigniers entre collines et montagnes située au sud Ouest de Bastia. Plusieurs édifices religieux risquent de s’effondrer et nécessitent une urgente rénovation. Parmi eux, l’église de Valle d’Orezza dont la toiture, la façade, les boiseries et les peintures doivent être restaurées. Mais l’un des plus gros chantiers de Jacques Moulin reste le couvent d’Alesani, édifié au 13ème siècle. Un haut lieu de l’île oê a été proclamé en 1736 le premier roi des Corses. Sa rénovation totale a réclamé cinq années de travaux. Les peintures baroques ont été ravivées grêce au travail de la restauratrice Eva Poli, qui a élu domicile en Corse il y a près de trente ans et s’est spécialisée dans les tableaux, la peinture murale et les objets en bois. Dans son atelier de Speloncato, elle restaure tableaux, christs et statues que lui confient les municipalités de l’île.
Près d’Ajaccio, on retrouve Jacques Moulin. Il nous guide sur un site à l’abandon depuis des années et qui lui tient particulièrement à cœur de sauver : le chêteau de la Punta situé sur les hauteurs de la ville. Il fut construit avec les pierres du Palais des Tuileries, à Paris, que la famille Pozzo di Borgo, farouche adversaire de Napoléon, rapporta après l’incendie de l’édifice par les Communards en 1871. Endommagé depuis 1978, le chêteau de la Punta est fermé au public. Jacques Moulin tente depuis des années de convaincre le département de Corse du Sud, propriétaire de l’édifice, de lancer sa restauration…


Romuald Royer, défenseur de l’identité culinaire corse

A Propriano, le jeune chef corse Romuald Royer, 27 ans, nous ouvre les portes de son établissement, Le Lido. Son restaurant est célèbre pour son emplacement exceptionnel au bord de l’eau et pour sa spécialité, la langouste au four, dont la recette est tenue secrète par sa belle-famille depuis 1932. Ce jeune chef fait partie de l’association ê Générations. C, créée en 2004 qui regroupe plus de 80 chefs français (dont beaucoup d’étoilés). Leur objectif est notamment de défendre les produits du terroir et de redonner aux jeunes le goût de cuisiner. Les membres de Génération C se réunissent régulièrement. Cette fois, c’est au tour de Romuald Royer de les accueillir. Ce dernier va se mettre en quatre pour leur offrir une cuisine inventive à partir de produits authentiques : la farine de chêtaigne, la viande de porc noir avec la coppa, le fameux fromage de brebis le brocciu, les plantes aromatiques du maquis comme la menthe corse ou l’immortelle, les nombreux poissons des eaux corses…. Pour cela, il nous emmène sillonner l’île à la rencontre de pêcheurs, fromagers, botanistes ou agriculteurs comme Jacques Abatucci. Cet éleveur est devenu célèbre sur l’île pour avoir relancé l’exploitation de la vache tigrée, une race originaire de Corse et de Sardaigne qui avait presque disparu. Elevé dans le maquis avec vue imprenable sur la mer, ce troupeau unique en Corse produit une viande à la saveur exceptionnelle.

Jean-Michel Culioli, le protecteur des îles Lavezzi

Ce Corse, responsable scientifique de la réserve des bouches de Bonifacio — la plus grande zone naturelle maritime de France-, nous emmène notamment sur l’un des joyaux du site : les fameuses îles Lavezzi, un confetti d’îlots granitiques au charme magique qui attire plus de 150 000 visiteurs chaque été. De quoi bouleverser le fragile écosystème de cet endroit qui abrite poissons, coraux, oiseaux (cormorans huppés, goéland d’Audouin) et plantes parmi lesquelles de nombreuses espèces endémiques comme le silène velouté (vivace de la famille des œillets). La mission de Jean-Michel Culioli : protéger ce paradis et veiller à ce que le développement touristique se fasse sans conséquence néfaste sur la nature. Pour cela, nous le suivons dans ses actions de nettoyage complet de l’île sur terre et sous l’eau, d’information et de prévention auprès de plaisanciers (lister les interdictions comme la pêche, l’escalade, le bivouac), de sensibilisation auprès des enfants mais aussi de répression avec l’établissement de procès-verbaux en cas de pêche illégale.

Une belle émission, montrant une Corse sans clichés touristiques, de splendides images, un amour sincère pour la Corse qui transparaît chez chacun des intervenants présentés ici, que demander de plus ?


La Corse autrement avec la revue Fora !

fora

La Revue Fora ! élance la Corse vers le monde et vous fait prendre le large sans vous déraciner.

Contre l’uniformisation et l’enfermement, Fora ! rapproche les cultures et fait briller leurs singularités.

La jeune équipe qui anime cette revue créée en 2007 a choisi un titre provocateur : "Fora !", non pas pour exclure, mais au contraire pour faire se rencontrer la culture corse et les autres cultures. Cinq numéros parus à ce jour, le thème du prochain (à paraître en janvier 2010) sera : Corsitude, négritude : être au monde ?

Sommaires des précédents numéros :
n°1 - La Corse au miroir du Japon - Eté / automne 2007
Entretiens avec Ange Leccia, Frédéric Antonetti, Orso Miret, Patrizia Gattaceca, Pierre Hermé…
Contributions de Jean-Louis Andreani, Anne Meistersheim, Charlie Galibert…

n°2 - Corse et Maghreb, côte à côte - Hiver / printemps 2008 Avec Danièle Maoudj, Marcu Biancarelli, Jérôme Ferrari, Jacky Micaelli, Georges Ravis-Giordani, Marie-José Loverini, Didier Rey..

n°3 - Corse et Mexique : A latins, latin et demi - Eté / automne 2008 Avec Marie-Jean Vinciguerra, Ghjacumu Thiers, Jean-Pierre Mattei, Tomas Heuer, Pierre Dottelonde, Alizée, Pascal Genot, Gilles Panizzi...

n°4 - Corses et Juifs : Peuples et diasporas ? - Hiver / printemps 2009 Avec Amos Oz, Gabriel-Xavier Culioli, Rachel Ertel, Edmond Simeoni, Shlomo Sand, Philippe Lazar, Daniel Sibony, Lætitia Himo, Antoine Casanova...

n°5 - Corse & USA : Exemple ou repoussoir - Eté / automne 2009
Avec Laure Limongi, Jean-Louis Fabiani, Francis Beretti, Alexandra Jaffe, Francis Pomponi, Linda Calderon, David Berkeley...

Deux vidéos pour en savoir plus :

http://www.dailymotion.com/video/x93svb_la-revue-fora-invitee-de-mare-nostr_news
et

http://www.dailymotion.com/video/xbju7b_mcsp-chronique-revue-fora-16-decemb_news


So Corsu...

On dit que nous sommes "bien nez". Voici donc le nouvel autocollant.

naso

La Corse photographiée depuis Nice, la photo d’un vrai mirage

L’atmosphère balayée par la tempête Zeus le 7 mars a donné lieu à une étonnante et superbe photo de la Corse prise depuis Nice, à près de 200 km de distance. En vérité, il s’agit plutôt d’une photo d’un « mirage » de l’Île de Beauté. Explications.

Par France 3 Corse ViaStella / GB - 09/03/2017

mirage

La visibilité le 7 mars relevée à Nice, Calvi ou Ajaccio était de l’ordre de 50 à 60 km, ce qui est la définition d’un air limpide selon Météo-France, mais bien loin de pouvoir expliquer seul le phénomène.

Dans le meilleur des cas, la distance la plus courte entre la Corse et le continent est de 160 km, entre le Cap Corse et la ville de Nice, trois fois plus importante de ce qu’il était possible d’observer ce jour-là.

Alors comment cette vue a-t-elle été possible ? "En fait, il s’agit d’un mirage", explique Patrick Rebillout, directeur du centre météo d’Ajaccio.

"Les trajets lumineux ne sont pas forcément rectilignes suivant la stratification thermique de l’atmosphère", explique le météorologue.

"L’œil ne suit pas toujours une ligne droite pour transmettre une image, mais suit parfois le trajet de la lumière. Là, la lumière dans une atmosphère très dégagée - associée à d’autres paramètres météorologiques - a suivi la rotondité de la terre et a donné l’illusion d’observer en direct l’île de Corse."

Une certaine température, un bon coup de vent comme celui qui a soufflé en tempête le 7 mars et la pluie associée dans les grains ont "lavé l’atmosphère" et contribué à rendre l’observation possible.

L’appareil photo, qui fonctionne comme l’œil humain en captant la lumière, a fait le reste et donné cette superbe observation du mirage de la Corse...

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