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L'actualité corse - Année 2016

Dernière mise à jour : 04/01/2017

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DÉCEMBRE 2016

Former les jeunes à la non-violence

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Les femmes contre l'intolérance

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Max Simeoni, primu arrittu

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Assassinat du préfet Erignac : Yvan Colonna a-t-il eu droit à un procès équitable ?

La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) dira jeudi si la justice française a traité équitablement Yvan Colonna, condamné à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, ses avocats espérant ouvrir la voie à un nouveau procès.

France 3 Corse ViaStella avec AFP - Publié le 06/12/2016

Croquis d'Yvan Colonna lors de son procès © DR
© DR Croquis d'Yvan Colonna lors de son procès

Cette requête devant la CEDH constitue l'ultime recours pour le berger de Cargèse, après le rejet de son pourvoi en cassation en juillet 2012, deux ans après l'annulation pour vice de forme d'une condamnation pour les mêmes faits.

Yvan Colonna, 56 ans, espère faire reconnaître par les juges de la CEDH, chargés de veiller au respect de la Convention européenne des droits de l'Homme, que la procédure qui a conduit à sa condamnation en 2011 n'était pas conforme à la définition d'un procès équitable, en raison notamment d'atteintes répétées à sa présomption d'innocence de la part de responsables politiques.

Au terme d'un feuilleton policier et judiciaire marqué par une cavale de quatre ans dans le maquis corse, Yvan Colonna avait été condamné en juin 2011 à la perpétuité pour l'assassinat de Claude Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio, et pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud), où l'arme du crime avait été dérobée.

La cour d'assises spéciale de Paris avait souligné qu'il avait été mis en cause par plusieurs des six membres du commando condamnés en 2003 et par leurs épouses, lors de gardes à vue et durant l'instruction de l'affaire.

Devant la CEDH, son avocat pointe aujourd'hui l'utilisation de procès-verbaux de gardes à vue établis alors que les membres du commando n'étaient pas assistés d'avocats, le versement aux débats d'une lettre de menaces, en langue corse, qu'Yvan Colonna aurait envoyée à un membre du commando pour qu'il le disculpe, dont "on n'a jamais su si c'était un acte authentique ou un faux", et des propos de responsables politiques qui auraient porté atteinte au droit de l'accusé à la présomption d'innocence.

Parmi les propos mis en cause figurent ceux de deux anciens ministres de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy, et d'une Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie. Après l'arrestation d'Yvan Colonna, en 2003, Nicolas Sarkozy avait déclaré: "La police vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Erignac".

ARCHIVES - Yvan Colonna, condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio © DR
© DR ARCHIVES - Yvan Colonna, condamné à perpétuité
pour l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio

La police vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Erignac

Lors du procès en 2011, les avocats d'Yvan Colonna avaient dénoncé un dossier "irréversiblement pollué" par ces déclarations.

La chambre criminelle de la Cour de cassation avait toutefois estimé que ces propos, tenus par des personnes extérieures à la procédure, n'étaient "pas de nature à entacher celle-ci d'une quelconque irrégularité".

"La jurisprudence de la CEDH est assez claire à cet égard: face à des déclarations faites par des hommes politiques et qui constituent bien une atteinte à la présomption d'innocence, il y a une jurisprudence bien ancrée", avance aujourd'hui Me Spinosi.

L'avocat dénonce également devant la CEDH la "rupture d'égalité" qu'aurait représentée pour son client le fait d'être jugé par une cour d'assises spéciale, où la culpabilité est acquise à la majorité simple, non à la majorité qualifiée.

proces
© BENOIT PEYRUCQ / AFP 15/06/2011 - Le procès d'Yvan Colonna, assassin présumé
du préfet Claude Erignac, devant la cour d'assises spéciale de Paris

Tout en reconnaissant que "le fait qu'une autorité publique présente un accusé comme coupable dès avant son jugement est un événement tout à fait regrettable", le gouvernement français a argué devant la CEDH que "ce seul fait ne suffit pas à douter de l'impartialité des juges qui sont intervenus dans la procédure", soulignant l'indépendance des magistrats du siège.

Même en cas de condamnation de la France par la CEDH, la tenue d'un nouveau procès Colonna resterait incertaine. Les autorités françaises auraient trois mois pour faire appel de cet arrêt devant la Grande chambre de la CEDH, dont les décisions sont définitives. 

"Une fois que la décision sera définitive, nous pourrons saisir la commission de réexamen, qui décidera s'il y a lieu ou pas d'organiser un nouveau procès", explique Me Spinosi.

La Corse se classe dans le top 20 des meilleures universités de France

Par Noël KRUSLIN - 05 décembre 2016

La dernière note "Parcours réussite" du ministère de l'enseignement supérieur positionne plutôt favorablement l'Université de Corse, sans masquer pour autant le problème nº1 : un taux de réussite en licence trop faible partout en France.

À première vue, il n'y a pas de quoi faire la fine bouche. Figurant à la 17e place sur un total de 75 universités françaises, le campus cortenais n'est pas à la traîne. C'est ce que révèle la dernière note "Parcours réussite aux diplômes universitaires". Un document publié par le ministère sur la base d'un taux de réussite en licence sur 3 ans, à savoir sans redoublement. Sans être négligeable, l'information mérite toutefois d'être relativisée.

"Ce qui est incontestable, c'est que nous figurons quand même dans le haut du panier, souligne Guillaume Kessler, vice-président délégué à la formation et à la vie universitaire. Nos efforts consentis dans le cadre du plan "Réussite en licence", ont visiblement porté leurs fruits. Les chiffres de la filière droit le démontrent notamment. Ceci dit, n'oublions pas que les universités françaises ne vivent pas toutes le même contexte. Elles n'ont pas les mêmes effectifs, n'ont pas toutes autant de filières sélectives et les écarts sont plutôt faibles au regard de ce classement".

Les cadres de l'université gardent la tête froide. L'analyse de Dominique Federici le confirme. "C'est plutôt un bon classement, confie le vice-président du conseil d'administration. Quelque part, il récompense nos efforts et les moyens que nous avons mis au service de la réussite, mais personnellement, je ne veux retenir qu'un chiffre : notre taux de réussite, nous devons impérativement l'améliorer". Plus que le positionnement des universités, les chiffres qui révèlent ces taux de réussite éclairent le principal enseignement à tirer de ce classement. La licence constitue encore et toujours l'écueil majeur.


[...] lire l'intégralité de cet article dans Corse-Matin du 5 décembre

Les 50 ans de l'hebdomadaire "Arritti"

arritti

NOVEMBRE 2016

Intempéries : "Une catastrophe économique sans précédent"


Rédigé par le Samedi 26 Novembre 2016

La Haute-Corse n'a pas encore pris la pleine mesure des dégâts engendrés par les intempéries dont elle a été victime. Et il lui faudra du temps pour panser les mille et une plaies dont elle a été victime. Du temps mais aussi de l'argent. Et de beaucoup de solidarité. Ce n'est pas du jour au lendemain, en effet, que la région pourra se remettre du déchaînement des éléments d'une telle violence.


Intempéries : 'Une catastrophe économique sans précédent'

Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif, et Jean-Felix Acquaviva, président de l'office des Transports, ont, comme prévu, arpenté samedi matin, notamment la commune de Furiani pour prendre la véritable mesure des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Haute-Corse. Accompagnés de Michel Simonpietri, le maire de la commune, et de son adjoint Louis Pozzo di Borgo, son premier adjoint, Gilles Simeoni et Jean-Felix Acquaviva ont été impressionnés par les dégâts causés par la vague de boue qui a déferlé sur tout le littoral. Gilles Simeoni a relevé "dans toutes les zones sinistrées, une catastrophe économique sans précédent." Pour le président de l'Exécutif il faudra une mobilisation à la hauteur de l'enjeu".
Les photos et la vidéo diffusées par la mairie de Furiani de l'intérieur de la galerie marchande de Géant Casino traduisent bien l'ampleur de la catastrophe qui a affecté tous les commerces du littoral de Bastia Sud jusqu'à Lucciana.

Non-violence au collège

nonviolence

Attentat contre une membre de U Levante

Dans l’Extrême Sud de la Corse, pendant la nuit du 20 au 21 novembre, la maison d’une membre de la direction collégiale de U Levante a subi un attentat qui aurait pu mettre en danger sa vie puisqu’elle y dormait.

U Levante dénonce avec force et solennité cet acte grave et ignoble.

U Levante et de nombreuses organisations tiendront une conférence de presse à Ajaccio le jeudi 24 à 13h précises au Palais des Congrès.

La présence du plus grand nombre est fortement attendue.

 

Une libre opinion de Marc Biancarelli

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OCTOBRE 2016

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Une tribune de Gilles Simeoni

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Le Corse sur Facebook

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SEPTEMBRE 2016

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Présentation du site archéologique de Teghja di Linu

La Corse est riche de gisements archéologiques, et la micro-région du Luzzipeu n’en fait pas exception. La découverte fortuite d’une statue-menhir par Christian Sicurani lors de travaux agricoles, puis les fouilles menées et co-dirigées par Michel-Claude Weiss et Jean Sicurani du site préhistorique d’Urtacciu en 2000 et 2001 livrèrent des données nouvelles sur la statuaire mégalithique de la Corse.
Les fouilles ont en effet révélé un sol organisé correspondant à la mise en place de cette statue. Elle se trouvait à seulement quelques mètres d’une source pérenne. Et de part son contexte archéologique (trouvée en stratigraphique) et d’après les informations recueillies lors des fouilles, elle appartiendrait à la période du Néolithique final.
Quelques prospections, puis des sondages furent entrepris en 2014, afin de déterminer l’existence ou non, d’une zone d’habitat en lien avec cet ensemble cultuel d’Urtacciu. Et c’est au niveau du gisement de Teghja di Linu II (situé à proximité d’Urtacciu) que les sondages se sont révélés fructueux.
Depuis 2014 des campagnes de fouilles sont organisées et dirigées par Jean Sicurani ; un secteur probablement d’habitat pu ainsi être mis en évidence. Trois niveaux anthropiques ont été identifiés (les datations 14C sont en cours) : une unité stratigraphique (US) liée à une occupation romaine, une US appartenant probablement à un Néolithique final, et enfin une dernière US d’un Néolithique un peu plus ancien.
Le gisement de Teghja di Linu II comporte également quelques structures assez curieuses, comme des cercles de pierres, ou encore des structures en élévation.
Source de questionnements cet ensemble se révèle être d’un intérêt de plus en plus grand pour la recherche.
Pour l’heure, en étudiant ce gisement de plein air, nous espérons, non seulement, arriver à mieux comprendre la relation habitat/lieu de culte, mais aussi peut-être, mettre au jour d’autres éléments de la statuaire mégalithique de la micro-région.
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Jean-François Bernardini : "Paura fora"

Un texte de Jean-François Bernardini publié dans Le Monde du 15/09.
A télécharger en suivant ce lien.

AOÛT 2016

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Après Sisco...

J'ai volontairement évité de réagir "à chaud" après ces regrettables évènements. Je reproduis quelques articles ou libres opinions trouvés sur le net.

En Corse, la peur change de camp

26 août 2016 Noël Casale pour le blog : Rome l'hiver

Il ne fait presque aucun doute que toutes les conditions sont réunies aujourd’hui en Corse pour déclencher le pire. Nous sommes pauvres, nous sommes tristes, nous sommes divisés (je ne suis pas le seul sur l’île à avoir honte) et nous avons peur. Et comme le disait le grand général allemand anti-nazi, Kurt Von Hammerstein : « la peur n’est pas une bonne vision du monde ».

Un jour en 2007, je photographiais les façades de la rue où je suis né à Bastia, la rue Droite, quand des jeunes arabes qui fumaient tranquillement un joint en bas de l’escalier de l’église Saint-Charles m’ont interpellé pour me demander (un peu sèchement) ce que je faisais et si j’étais «de la police». Je leur ai répondu (sur le même ton) que je travaillais au décor de ma pièce de théâtre Forza Bastia dont l’action se déroule souvent dans cette rue en leur précisant que j’y étais né en 1960. Ce à quoi, ils m‘ont aussitôt annoncé presque fièrement – Nous aussi, on est nés là.

J’ai donc beau me sentir toujours un peu chez moi dans la rue Droite, comme beaucoup d’amis de mon enfance, de mes parents et de mes grands-parents, des gens d’une autre communauté que la mienne, issus d’autres histoires que les nôtres (qui se ressemblent beaucoup), s’y sentent chez eux tout autant que moi. Et cette découverte m’avait fait et me fait encore très plaisir.

L’hiver dernier, j’ai vu In Jackson Eights le dernier film de Fréderick Wiseman, 86 ans (considéré par beaucoup comme un des plus grands cinéastes américains). Jackson Eights est un quartier de Queens à New-York où l’on parle cent quatre vingt sept langues. J’y suis allé en mai dernier. Le long de l’artère principale, pas si longue (de Toga à la Place d’Armes, pour les Bastiais), il y a des centaines et des centaines de commerces, on y entend en effet des dizaines de langues différentes et on y trouve mille millions de produits venus du monde entier. Le film montre que tout le monde cherche à y vivre (et y vit) en paix et le taux de délinquance n’y est pas plus important que dans beaucoup de zones plus huppées de Manhattan. MON rêve. Je sais bien que cette société idéale a pour origine l’extermination des Indiens d’Amérique et je ne souhaite évidemment pas un tel malheur pour la Corse, mais la Corse et le monde dont nous rêvions, adolescents, nous enfants du lumpen prolétariat bastiais des sixties, ce n’était pas une terre où l’on cherche à définir qui ON est et qui ILS sont. Sans me sentir encore très vieux, je suis presque gêné d’avoir à rappeler que dans les années ’70 à Bastia, on vibrait aussi fort aux concerts de Canta, des Muvrini (au début c’était mieux), d’A Filetta (ça a toujours été bien)… qu’à ceux que l’on partait voir sur le continent – Stones, Led Zeppelin, Patti Smith, Ray Charles, Féla Kuti, Santana, Iggy Pop, Bowie, tout le rock français, européen, on découvrait les musiques noires, arabes, indiennes, le free jazz… et aux soirées totalement déjantées du Castel à Folelli où l’on dansait sur les murs, totalement euphorisés par l’alcool et par toutes les drogues de l’époque (plus dure a été la chute pour beaucoup, mais bon, la fureur de vivre, c’est aussi du vivant). Hors de Corse, on se disait « Corse » et en Corse, on parlait souvent corse à la maison, parfois entre nous, mais voilà, on n’aurait jamais pu se définir uniquement par ça. Les jeunes arabes de la rue droite d’aujourd’hui sont des jeunes corses d’origine maghrébine comme j’y ai été, moi, un jeune corse d’origine italienne et espagnole.

La bagarre géante de Sisco du 13 août dernier peut être aussi vue comme une bagarre entre jeunes de Lupino (donc de Bastia) et gens de Sisco, entre urbains et ruraux, entre jeunes et vieux… Ça vaudrait le coup (non ?) de fouiller un peu, de décortiquer, d’aller sur place maintenant, ne serait-ce par exemple que pour constater qu’il ne s’est strictement rien passé sur la plage de Sisco. Que tout s’est passé dans la toute petite crique, après la plage de Sisco, quand on vient de Bastia. Cette crique, elle mesure trente pas de long. Je m’y suis baigné plus d’une fois et quand on commence à bien s’y amuser, même avec une petite bande de copains et de copines, on y est vite envahissant. Je ne comprends donc pas la phrase «une famille de maghrébins a voulu privatiser la plage de Sisco». A propos d’arabes, des ratonnades en Corse, j’en ai toujours vu et j’en ai toujours eu honte. Mais ce qui me vient d’abord à l’esprit quand je pense à celles d’autrefois, c’est que les arabes avaient peur. Ceux qui en étaient victimes étaient, si je me souviens bien, ce qu’on appellerait aujourd’hui des primo-arrivants. Arrivés depuis peu. Ils comprenaient et intégraient rapidement ce qu’il leur était permis de faire, là où il leur était permis d’aller… etc… («lois» voyous non écrites). Les jeunes arabes d’aujourd’hui sont leurs enfants, leurs petits-enfants, nés et grandis souvent en Corse.

Depuis quelques années, j’ai souvent travaillé dans les quartiers des Cannes et des Salines à Ajaccio. J’y ai rencontré des gens venus des cinq continents. Des hommes et des femmes que l’on n’entend jamais. J’y ai découvert que la très grande richesse de ces quartiers était une sorte de patrimoine immatériel - les récits de leurs vies, un trésor précieux, très fragile qui nous décille, nous ouvre au monde et nous enseigne ce que nous sommes. En Corse, ils sont chez eux, qu’on le veuille ou non. Et au vu de ce qu’il s’est passé l’hiver dernier à Ajaccio (caillassage d’un camion de pompiers, manifestations racistes et destructions de mosquées) et cet été, à Sisco, on pourrait dire aussi, si l’on s’amuse à ce petit jeu guerrier qui consiste à définir des camps, qu’en Corse, la peur change de camp. Mais de quoi avons-nous – avez-vous  peur ? Que deux trois bandes de losers sociopathes qui traînent entre le Moyen-Orient et leurs trous en France fassent un crochet par la Corse ? Que deux ou trois puceaux qui passent leurs journées sur internet en rêvant de jeunes vierges au-delà des nuages passent à l’acte en bas de chez vous ? Et que la Corse ne s’en relève pas ? Vous plaisantez ? En Corse, nous venons de nous entretuer pendant quarante ans, les dégâts sont considérables, dans les faits et dans les esprits, mais enfin, nous sommes encore bien vivants. Que l’Europe ne s’en relève pas ? Là aussi, on plaisante ? Vous pensez qu’un territoire où l’on a assassiné quatre vingt millions de personnes en trente ans – de 1914 à 1945 – et où l’on vit en paix et de mieux en mieux depuis soixante-dix ans, ne se relèvera pas de la haine que lui portent une infime minorité de ses habitants ? Hier sur une plage de Nice, tandis que des gendarmes verbalisaient une jeune femme parce qu’elle était habillée d’une blouse et d’un voile sur ses cheveux (je rêve ?), des badauds lui ont gueulé de rentrer chez elle. Visages haineux, dégueulis d’ivrognes. C’est ce que l’on a vu et entendu à Ajaccio, à Sisco, à Prunelli-di-Fiumorbu (où l’on a eu peur que des enfants chantent un couplet de Imagine – John Lennon – en arabe) et que l’on entend, de plus en plus décomplexé aujourd’hui (rappelons-nous qu’un ministre du gouvernement Sarkozy a été condamné pour injure raciale, Brice Hortefeux). Nous sommes la risée du monde entier.

C’est cela que nous voulons en Corse ? Ressembler à ça, interdire à de jeunes femmes corses de nager habillées et faire se plier de rire la planète entière ? Il me semble pourtant que nous sommes très dignement représentés par nos élus. On peut ne pas être d’accord sur certains points. Discuter, débattre des notions de valeurs, d’identité, des questions de justice sociale… etc… mais enfin, de Gilles Siméoni à Dominique Bucchini en passant par Laurent Marcangeli et d’autres (en dehors des élus du Front National), les réactions sont magnifiques. Après tout, on a eu beau vivre dans un climat de criminalité exceptionnel depuis des années, parfois même adopter le point de vue des tueurs – «S’ils l’ont tué(é), c’est qu’il (elle) avait dû faire quelque chose» - nous avons quand même d’autres ressources, non ? Je ne suis pas non plus en train de dire que nos facultés d’amour pourront endiguer la haine. Je ne suis ni catholique, ni baba cool. L’amour ne peut rien contre la haine. Comme le dit Robert Mac Liam Wilson (écrivain de Belfast) – «La haine, ça vous fait boire cul sec un océan». Il ne fait presque aucun doute que toutes les conditions sont réunies aujourd’hui en Corse pour déclencher le pire. Nous sommes pauvres, nous sommes tristes, nous sommes divisés (je ne suis pas le seul sur l’île à avoir honte) et nous avons peur. Et comme le disait le grand général allemand anti-nazi, Kurt Von Hammerstein – La peur n’est pas une bonne vision du monde.

Noël Casale

Bastia, 26 août 2016

Les Corses ne veulent pas de leçons de morale antiraciste

Par Alexandre Devecchio - Publié le 25/08/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Après la rixe de Sisco en Corse qui a eu lieu la semaine dernière, Paul-François Paoli revient sur le climat très dégradé qui règne sur l'Île de Beauté entre Corses et Maghrébins.

Paul-François Paoli est chroniqueur littéraire au Figaro et essayiste. Il a publié dernièrement Quand la gauche agonise (éd. du Rocher, janvier 2016).

FIGAROVOX. - Cinq personnes ont été placées en garde à vue la semaine dernière à la suite de la rixe survenue à Sisco. Parmi les gardés à vue, «trois frères d'une même famille maghrébine et deux villageois de Sisco», a indiqué le procureur de Bastia. La garde à vue porte sur «des violences avec armes» pour les premiers, et «violences en réunion» pour les seconds. «A l'origine des incidents se trouvent les membres de la famille maghrébine qui ont souhaité privatiser la plage», a également déclaré le procureur de Bastia, selon France 3 Corse. Avant d'ajouter: «On a d'une part une logique d'appropriation de la plage qui relève du caïdat, et de l'autre une réaction inadaptée des villageois de Sisco». Que cette décision vous inspire-t-elle? Peut-renvoyer dos à dos des «voyous» apparemment munis d'armes et des villageois qui semblent en légitime défense?

Connaissant cette petite plage de Sisco dans le cap corse et qui est très exiguë, je me doutais un peu que c'était une affaire de territoire plutôt qu'un incident du à une manière de s'habiller. Les jeunes corses ont sans doute eu l'impression d'être de trop. Ce que nous acceptons depuis très longtemps sur le continent, l'incivilité, l'arrogance ou la violence de certains jeunes maghrébins qui ne sont pas forcément religieux, les Corses ne sont pas près de l'accepter et ils ont raison. On ne peut évidemment pas mettre sur le même plan les agresseurs et les agressés, puisque en l'occurrence ce sont les jeunes Corses qui l'ont été.

Les médias ont parlé d' «affrontement communautaire» entre Corses et Maghrébins. Où est passée la France?

J'étais en Corse durant le mois de juillet, notamment dans la banlieue de Bastia et j'ai ressenti la tension monter après la catastrophe de Nice. J'ai entendu des propos incendiaires venant de jeunes corses au sujet des «Arabes». Nul n'ignore qu'entre Corses et Maghrébins, ce n'est pas le grand amour. Les communautés ont plutôt tendance à vivre séparées et l'idée diffusée par certains nationalistes selon laquelle la Corse serait une nation en train de se construire avec tous les habitants de l'île relève du mythe. La société corse est tolérante mais elle n'est guère assimilationniste. Pour qu'assimilation il y ait, il faut des mariages mixtes entre Magrébins et femmes corses et je n'en ai pas rencontré beaucoup en cinquante ans de fréquentation. Par ailleurs, depuis quelques années, la pression musulmane s'accentue. Il y a désormais beaucoup de femmes voilées dans la banlieue de Bastia. On ne peut pas dire que ce soit le signe d'une assimilation en cours.

Dans votre livre, vous faites le parallèle entre certains jeunes corses et certains jeunes «franco-algériens» qui sont français juridiquement parlant, mais n'attribuent plus à la nationalité française de valeur affective. Pouvez-vous développer?

Dans mon dernier livre, j'ai mis l'accent en effet sur un phénomène de dissociation entre la nationalité administrative et le sentiment d'identité. Que moult jeunes maghrébins, notamment pourvus de la double nationalité, ne se sentent pas français est une réalité patente ; les drapeaux algériens brandis durant les manifestations sportives en témoignent. Pour ce qui est des Corses, c'est différent. Le nationalisme a en effet accentué la dissociation entre la nationalité française officielle des Corses et leur sentiment d'être exclusivement corses. Pour autant lors de l'affaire de Sisco on a pu constater que l'Etat de droit avait bien fonctionné. Si les Corses, même nationalistes, acceptent que la justice soit rendue dans cette affaire, c'est qu'ils acceptent la légitimité de l'Etat et c'est une très bonne chose.

Peut-on les mettre sur le même plan? Pour les jeunes corses, le sentiment d'appartenance est souvent réel. Pour les jeunes Franco-Algériens qui n'ont parfois jamais mis les pieds dans leur pays d'origine, cela ne traduit-il pas surtout un sentiment de défiance à l'égard de la France?

Cette affaire de Sisco est en effet assez emblématique des fractures ethniques qui travaillent la société française depuis longtemps. En Corse, ces fractures sont à vif parce que les Corses ont un lien quasi-organique avec leur terre et ils sont réactifs quand ils ont l'impression que des étrangers se comportent comme sur un territoire conquis. Le slogan «On est chez nous» scandé par les manifestants qui sont allés dans le quartier de Lupino pour en découdre avec les agresseurs marocains n'est nullement raciste en lui-même. Il signifie qu'en Corse, ce sont les Corses qui décident de ce qui se fait ou ne se fait pas. Dans les années 70 et 80, il y avait souvent des bagarres entre jeunes corses et jeunes allemands qui, l'été, défrayaient la chronique. Personne ne parlait de racisme. Simplement les jeunes locaux avaient l'impression que les Allemands, nombreux sur les plages à l'époque, se comportaient de manière arrogante. En Corse, le meilleur moyen d'être accepté est d'être discret et de se conformer aux us et coutumes locales. L'arrogance et l'exhibitionnisme, d'où qu'ils viennent, sont mal perçus.

Beaucoup de jeunes musulmans se reconnaissent de plus en plus dans la Oumma … Bien au-delà du cas corse, l'affaire de Sisco est-elle le miroir des fractures françaises? Peut-on aller jusqu'à parler de «balkanisation de la France»? Que peut-on faire face à ces phénomènes de sécession culturelle et territoriale?

Il pourrait y a avoir un risque de balkanisation si l'Etat républicain qui est sensé détenir le «monopole de la violence légitime» pour reprendre la formule de Max Weber n'assume plus ses fonctions répressives. A quoi bon être strict sur cette question du burkini si des femmes en burka peuvent faire leurs courses sur les Champs Elysées alors que la loi l'interdit? Le port de la burka est beaucoup plus agressif symboliquement que celui du burkini. Il signifie ni plus ni moins ceci: je vis chez vous, parmi vous, mais vous n'avez pas le droit de me regarder alors que j'ai moi-même ce droit. La vraie raison de la non-intervention de l'Etat hollandais est la peur. L'Etat hollandais a peur des troubles qui pourraient s'ensuivre si les fonctionnaires de police faisaient respecter la loi à Marseille, à Roubaix ou en Seine-Saint-Denis. En Corse, cette faiblesse de l'Etat est très mal perçue. Les Corses n'ont pas envie de recevoir des leçons de morale antiraciste et des cours de valeurs républicaines venant de gens qui ferment les yeux depuis si longtemps sur ce qui se passe dans ces quartiers où les salafistes sont comme des poissons dans l'eau. Et l'on comprend, du coup, pourquoi le récent communiqué du FLNC contre les islamistes n'a guère soulevé de protestation en Corse. Si L'Etat est défaillant dans la lutte contre l'islamisme, d'autres s'en chargeront.

Il y a 41 ans, Aleria...

L'occupation de la cave Depeille à Aleria l'été 1975 marqua un tournant dans l'histoire contemporaine de le Corse.

Le 22 août 1975, une poignée de militants armés de l'action régionaliste corse (ARC), emmenés par le docteur Edmond Siméoni, dénoncaient l'octroi de terres agricoles et la chaptalisation des vins par des rapatriés d'Afrique du Nord. 1 200 militaires étaient déployés sur la zone et durant l'assaut, deux gendarmes mobiles trouvaient la mort.

Edmond Simeoni, à la tête du "commando" sera condamné à cinq  ans de prison par la Cour de sûreté de l'Etat. Mais, selon la formule consacrée, "rien ne sera plus comme avant". Les nationalistes les plus radicaux fondent, le 5 mai 1976, le Front de libération nationale de la Corse (FLNC).

Inaugurée le 22 août 2014, soit 39 ans jour pour jour après les événements de 1975, la stèle en mémoire des évènements d'Aléria avait été détériorée un mois plus tard. Depuis, l'oeuvre signée Toni Casalonga n'a cessé de se dégrader. L'association Aleria 1975 a lancé un appel pour l'érection d'une nouvelle stèle, sans succès jusqu'à présent.

aleria

Plus de car-ferrys à Calvi dès le 12 août

par Jean-Paul-Lottier (Corse Net Infos), 5 Août 2016

Faute de pouvoir assurer les nouvelles mesures gouvernementales prises par le préfet de Haute-Corse afin de renforcer les contrôles de sécurité, la décision a été prise vendrei de ne plus accueillir à compter du 12 août des car-ferrys au port de commerce de Calvi. Compte tenu de la configuration de cette zone portuaire, au cœur de la station touristique de Calvi, et du manque de moyens humains nécessaires pour faire appliquer de telles mesures, après une ultime réunion de concertation, le préfet de Haute-Corse Alain Thirion a tranché.

Si les  nouvelles mesures gouvernementales relayées par les préfets en matière de sécurité et de sureté dans les ports de Corse sont applicables sans trop de difficulté, force est de reconnaître que ce n'est pas tout à fait le cas pour celui de la station touristique de Calvi.
Ces mesures prises au lendemain du dramatique attentat de Nice,  prévoient en effet un contrôle visuel systématique  de tous les véhicules avant leur entrée dans la zone portuaire avec obligation pour les occupants (à l'exception des enfants) de sortir du véhicule et d'ouvrir le coffre.
Ensuite, une fois la zone portuaire franchie, 20% des véhicules doivent de façon aléatoire  faire l'objet d'une fouille plus approfondie.

Saisi par Alain Thirion, préfet de Haute-Corse, Ange Santini, maire de Calvi a répondu qu'il ne prendrait pas une telle responsabilité, pour la simple raison que ces mesures sont  impossibles à appliquer à Calvi.  La configuration de cette zone portuaire au cœur de la station touristique ne se prête absolument pas, en effet,  à ce genre de contrôle, sans compter aussi qu'il n'y a pas les effectifs pour.
Après concertation et réunions, vendredi, après une ultime visio-conférence, Alain Thirion préfet de Haute-Corse tranchait  dans le vif en prenant la décision qui s'imposait, à savoir celle  de ne plus accueillir les car-ferrys au port de commerce de Calvi jusqu'à nouvel ordre.
La Corsica Ferries, seule compagnie à toucher le port de commerce de Calvi a jusqu'au 12 août pour prendre des dispositions.

Ce vendredi, à l'arrivée en début d'après-midi le  'Sardinia Regina" a débarqué l plus de 300 véhicules et près de 1 000 passagers pour autant au départ.
Deux agents de sureté recrutés par la municipalité et une dizaine de gendarmes réquisitionnés par le procureur de la République,  ont effectué ces contrôles dans le seul sens des départs, en présence du commandant Olivier Burles, commandant la compagnie de Gendarmerie Calvi-Balagne et du commandant Edeline en charge des ports de Haute-Corse.
Très rapidement, on a pu constater combien ces contrôles étaient impossibles à réaliser sans que cela n'entraîne une pagaille monstre.
Dès 12 heures en effet un immense bouchon se formait entre le carrefour de l'aéroport et l'entrée du port.
On imagine ce qui se serait produit si les passagers à l'arrivée avaient fait l'objet du même contrôle!
D'ici le 12 août,  4 ou 5 ferrys doivent encore accoster à Calvi.

JUILLET 2016

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Le discours de Gilles Simeoni à la CTC (4 juillet)

Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Messieurs les préfets,
Messieurs les parlementaires ,
Monsieur le Président de l'Assemblée de Corse,
Messieurs les présidents des Conseils départementaux,
Mesdames et Messieurs les conseillers,
 
Nous voici donc réunis dans cet hémicycle, qui est le cœur battant de la démocratie corse.
Nous avons l’honneur d’y accueillir Monsieur Manuel Valls, Premier ministre, et plusieurs membres de son Gouvernement.

Au nom de la Collectivité territoriale de Corse, que je représente, je vous souhaite, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, messieurs les représentants de l’Etat, qui les accompagnez, la bienvenue dans notre institution, qui a en charge la défense des intérêts matériels et moraux du peuple corse.


Mes premiers mots, après ceux de bienvenue, seront bien sûr pour saluer avec émotion la mémoire de Michel Rocard, qui vient de nous quitter et auquel nous avons souhaité rendre hommage par une minute de silence.

J’adresse à sa famille et à toutes celles et ceux qui sont touchés par ce deuil l’expression de mes plus sincères condoléances.
Au-delà de ses immenses qualités personnelles, Michel Rocard fut un humaniste convaincu, un réformateur puissant, un homme d’Etat qui conjugua dans chacun de ces choix l’exigence éthique et le courage politique.

Défendre les intérêts de l’Etat, servir la République, c’était aussi pour lui savoir en reconnaître les erreurs et les fautes, afin de guérir les blessures de l’histoire, et d’inventer, avec ceux que ces erreurs et ces fautes avaient pu meurtrir, les chemins de l’espoir et de la paix.
Il le fit avec ardeur, passion, lucidité, et courage  en Nouvelle-Calédonie, en étant un des artisans des accords de Nouméa, qui reconnaissaient, en même temps que la dimension coloniale de la présence française, le droit à l’autodétermination de la Kanaky et de son peuple.
Il le fit aussi, avec les mêmes ardeur, passion, lucidité et courage pour la Corse, en prononçant le 12 avril 1989, devant l’Assemblée Nationale, en sa qualité de Premier ministre de la France, un discours qui marqua les esprits et fut pour beaucoup dans l’ouverture d’un dialogue qui apparaissait à l’époque impossible, s’adressant en ces termes à la représentation nationale :
« La France a acheté les droits de suzeraineté sur la Corse à la République de Gènes, mais il fallut une guerre pour les traduire. Et nous y perdîmes davantage d’hommes que pendant la guerre d’Algérie, deux siècles après.
Pendant que nous construisions sous la Troisième République notre démocratie locale, nos conseils généraux, nos libertés communales, la Corse était sous gouvernement militaire.
Je me souviens également qu’en 1962, que les premières centaines de terres mises en vente au profit de la paysannerie corse par la SOMIVAC (société de mise en valeur de la Corse) furent réservées à raison de 90% à nos compatriotes de retour d’Algérie, en effet en déshérence. Il aurait mieux valu avoir une autre répartition entre la Corse et le continent de cette charge du rapatriement de nos compatriotes d’Afrique du Nord. Et nous avons porté là à la Corse un coup, dont vous savez qu’elle n’est pas encore tout à fait remise (Assemblée Nationale – débats parlementaires 12 avril 1989).

En resituant clairement les relations entre l’île et l’Etat dans leur perspective historique, Michel Rocard donna au dialogue, à l’apaisement et à la reconstruction d’une relation de confiance entre la Corse et l’Etat, des perspectives que les discours autoritaires, la répression, la négation de la dimension fondamentalement politique de la question corse, n’avaient jamais su ouvrir.
Et il le fit encore, onze ans plus tard, lorsqu’il délivra, dans le journal « Le Monde » du 31 août 2000, à de nombreux responsables politiques français, ce y compris des membres éminents de sa famille politique, l’exhortation suivante : « Corse : Jacobins, ne tuez pas la paix ! ».

Comment ne pas faire le parallèle avec aujourd’hui, au moment où nous recevons un autre Premier ministre de la France ?
Un Premier ministre qui, au surplus, revendique sa filiation éthique et politique avec celui qui vient de nous quitter.
Un Premier ministre qui, alors qu’il n’était pas encore en charge des hautes fonctions qui sont les siennes aujourd’hui, s’était d’ailleurs clairement inscrit, concernant la perception du problème corse et les solutions à lui apporter, dans le sillon des responsables politiques français réformateurs et évolutionnistes.

Nous étions le 23 septembre 2011, et c’était, vous vous en souvenez certainement, à l’occasion de votre venue en Corse en qualité de candidat à la primaire à l’élection présidentielle de 2012 :
« L’insularité, plus la culture, l’histoire, la langue corse sont des atouts. L’idée d’autonomie politique plus avancée ne doit faire peur à personne.(…) Je ne suis pas hostile à des évolutions qui permettent au fond à la culture, à l’identité et à la capacité de préparer l’avenir des Corses, de s’épanouir.
Je pense que la France ne doit pas avoir peur de la Corse. On peut être Corse, Français et républicain avec son identité, sa langue, qui est une belle langue, sa culture qui doit être préservée. La Corse est une île, avec son histoire. Elle peut se doter d’institutions encore plus décentralisées, plus autonomes. D’ailleurs, d’une manière générale, la France doit évoluer dans ce sens, au lieu de se recentraliser. La France doit faire confiance. Appliquons la loi de 2002, allons jusqu’au bout des possibilités qu’elle donne, mais ouvrons aussi le débat, car s’il y a consensus dans le cadre d’une réforme institutionnelle voire constitutionnelle, la Corse doit pouvoir prendre toute sa place.
La Corse est une île avec des revendications, le mot autonomie ne doit pas faire peur .

A vous entendre si ouvert, si fort, si déterminé, nombreux avaient été les Corses à espérer qu’un débat puisse s’ouvrir, qu’un consensus dans le cadre d’une réforme institutionnelle, voire constitutionnelle, puisse se construire, et enfin que vous soyez, vous-même, en situation de responsabilité pour pouvoir concrétiser les perspectives ainsi ouvertes.
Et bien voilà, nous y sommes.
Le débat s’est ouvert.
 

Il porte sur les perspectives politiques, mais aussi économiques et sociales. Car il ne peut y avoir d’émancipation politique sans émancipation économique et sociale. C’est le « riacquistu econòmicu », que nous sommes engagés à mettre en œuvre, avec l’ensemble des acteurs économiques et partenaires sociaux.

Le consensus s’est construit comme suit, sur plusieurs sujets majeurs :
  • consensus sur la coofficialité de la langue corse, selon la délibération en date du 17 mai 2013
  • consensus sur la question foncière et le statut de résident selon la délibération de l’Assemblée de Corse en date du 24 avril 2014
  • consensus sur le transfert de la compétence fiscale en matière de fiscalité du patrimoine selon la délibération en date du 19 décembre 2014
  • consensus sur l’inscription de la Corse dans la Constitution selon la délibération en date du 27 septembre 2013
  • consensus sur le principe d’une amnistie des prisonniers politiques corses, selon la délibération en date du 28 mai 2015 et vote de délibérations identiques par plus de 150 communes de Corse.

Ces revendications sont pour nous essentielles.
Elles ont une double légitimité :
  • Celle, initiale, donnée par le vote d’une Assemblée délibérante à l’occasion de la mandature précédente ;
  • Celle, renforcée, conférée par le suffrage universel, en décembre dernier : en nous élisant, les Corses nous ont donné mandat de défendre ces revendications, de les porter, de permettre leur mise en œuvre dans le cadre d’un dialogue que nous souhaitons fructueux avec l’Etat.

C’est d’ailleurs le chemin qui nous avait été proposé par le Gouvernement et par l’Etat :
  • « Construisez un consensus, et l’Etat répondra présent et positivement, y compris sur les questions d’ordre constitutionnel »
  • « Rien n’est possible sans la paix publique. Que la paix publique revienne, et tout redeviendra possible ».

Les Corses ont construit le consensus.
Les Corses ont voulu et construit l’apaisement.

Et la Corse n’a jamais été si près de tourner définitivement la page d’un conflit qui dure, pour la période contemporaine, depuis plus d’un demi-siècle.
Pour construire une solution politique, il faut être deux.
Nous y sommes pour notre part résolument prêts.
Que va faire, désormais, le Gouvernement ?
Tiendra-t-il sa parole initiale, celle de 2012 ?

Les éléments de doute et d’inquiétude sont nombreux.
Le champ du dialogue a d’ores et déjà été restreint. En est pour l’instant exclu, en dépit des engagements qui avaient été pris au début du processus, tout ce qui relève du domaine constitutionnel.
Cette exclusion peut se comprendre de façon temporaire du fait de contraintes de calendrier ou d’opportunité.
Elle doit nécessairement être corrigée par la réaffirmation claire que la Constitution, qui a été modifiée tant de fois ces dernières années – et pas toujours pour des sujets majeurs – peut évoluer pour permettre à la Corse de voir ses spécificités reconnues et garanties.

A défaut nous nous retrouverions près d’un demi-siècle en arrière quand Liber Bou, un missi dominici envoyé en Corse en 1975 par le Gouvernement de l’époque, s’était exclamé dans une réunion publique : « Même 200.000 Corses autonomistes ne feront pas changer la Constitution », sonnant ainsi le glas de l’espoir d’une solution démocratique à la situation de blocage qui caractérisait alors l’île.

Malgré nos demandes, vous n’avez donc pas souhaité, Monsieur le Premier ministre, que les questions d’ordre constitutionnel fussent abordées à ce stade, et vous nous l’avez dit le 18 janvier dernier lorsque nous avons, le Président de l’Assemblée de Corse et moi-même, été reçus à Matignon.

Je le regrette, nous le regrettons profondément et considérons que cela est, de façon générale, une erreur politique, et un déni de démocratie.

Malgré cela, l’Exécutif de Corse et l’ensemble de la majorité territoriale ont accepté de participer aux travaux que vous nous avez proposés, dans le cadre des trois groupes de travail que vous avez définis : collectivité unique et intercommunalités, question foncière et lutte contre la spéculation, langue corse.
Je vous ai saisi d’un rapport, sous la signature de la Présidence de l’Exécutif, qui récapitule les demandes essentielles de la Collectivité territoriale de Corse au titre des échanges que nous avons eus dans le cadre précédemment défini.

Nous sommes, vous le savez, profondément attachés à la future collectivité de Corse, dite "Collectivité unique", à sa réussite, et au respect du calendrier fixé pour son entrée en vigueur, soit le 1er janvier 2018.
 
Nous voulons construire cette collectivité avec l'ensemble des élus de Corse, avec les personnels des trois collectivités territoriale et départementales actuelles, avec tous les territoires de  l'île, et avec l'ensemble des Corses.

Nous souhaitons cette évolution institutionnelle parce qu'elle est une avancée démocratique pour la Corse, dès lors que cette collectivité aura les moyens juridiques, institutionnels, financiers et fiscaux de son action.

Au plan institutionnel, ces propositions concernent :
  • l’extension des compétences de la future collectivité unique ;
  • l’équilibre territorial entre Bastia et Aiacciu et entre l’ensemble des territoires de Corse ;
  • un moratoire sur l’application de l’intercommunalité telle que prévue sur la loi NOTRe et définition d’une intercommunalité adaptée aux spécificités de la Corse ;
  • la création d’une structure assurant un véritable lien fonctionnel entre la future Collectivité de Corse et les territoires et intercommunalités ;
  • l’amélioration du fonctionnement des organes de la Collectivité de Corse ;
  • le renforcement du CESC et intégration dans celui-ci de composantes de la société civile corse non encore représentées en son sein : diaspora, économie sociale et solidaire, anciens combattants.. ;
  • l’amélioration des conditions d’exercice des mandats et fonctions (statut de l’élu) ;

Au plan financier et fiscal, vous avez été saisi de demandes précises et argumentées convergeant vers l’indispensable autonomie fiscale et financière de la Corse.
Je rappelle à cet égard que la loi organique n°2004-758 du 29 juillet 2004 a fixé le ratio d’autonomie financière des régions à 41,7%.
La Collectivité territoriale de Corse dispose actuellement d’un ratio d’autonomie de 25%.

La future Collectivité de Corse disposera d’un ratio de 34%, soit un ratio encore inférieur de près de 7 points au ratio moyen.

Contrairement aux idées reçues, la Corse n’est donc pas sur ce point en avance par rapport aux régions de droit commun : elle est même en retard.
C’est la raison pour laquelle nous avons développé un certain nombre de demandes visant à renforcer les ressources financières et fiscales de la Collectivité de Corse.
Nous attendons de savoir ce que seront vos réponses à ces attentes, qui relèvent souvent aussi de la simple équité : je pense notamment au trop versé par la Corse au titre de la contribution au redressement des comptes publics : là où un habitant d’une région de France moyenne paie 20 à 30 €, le Corse paie 90 € !

Reste enfin, dans le domaine de la fiscalité, une question pour nous essentielle, en termes économiques et politiques : celle de la fiscalité du patrimoine, question dite de l’arrêté Miot.

Vous savez, Monsieur le Premier ministre, que le particularisme fiscal et civil que connaît la Corse en la matière n’est pas un privilège mais le reflet d’une situation historique.
Le principe d’égalité implique que soient traitées de façon différente les situations différentes.
Tel est exactement le cas en l’espèce.

L’intégration au droit commun, prévue au 1er janvier 2018, signifierait la ruine et la spoliation pour des milliers de familles corses, et une dépossession individuelle et collective menaçant le lien entre le peuple corse et sa terre.
Pareille éventualité est totalement inenvisageable.

Au-delà des indispensables mesures transitoires, nous devons construire ensemble un dispositif pérenne qui garantisse une fiscalité du patrimoine juste, équitable, et conforme aux objectifs de lutte contre la spéculation et de pérennisation du lien entre les Corses et leur patrimoine foncier et immobilier.

Nous voici donc presque arrivés, Monsieur le Premier ministre, au terme des chantiers qui nous occupent et nous occuperont encore dans les mois et les années à venir.

Reste un dernier point, sur lequel il nous faut acter notre désaccord actuel, pour, je l’espère, mieux avancer sur le chemin d’une solution partagée : c’est la question des prisonniers politiques.

Sur ce dernier point, nous ne sommes pour l’instant d’accord sur rien :
  • ni sur le concept, que vous contestez, alors que nous considérons qu’il relève de l’évidence dès lors que l’on part du postulat que sont des prisonniers politiques les personnes poursuivies ou condamnées pour des faits en relation avec la situation politique corse ;
  • ni sur le constat puisque vous refusez en l’état, par principe, l’amnistie, et même quelquefois, de façon surprenante, le rapprochement ;

Nous allons donc écouter avec attention, Monsieur le Premier ministre, ce que vous avez à nous dire aujourd’hui sur tous ces points.
Et nous savons d’ores et déjà que nous aurons besoin d’autres rencontres, d’autres échanges, d’autres avancées. Les propositions faites aujourd’hui par votre Gouvernement comportent, l’honnêteté intellectuelle commande de le dire sans détour, de nombreux points positifs. Et il faut aussi reconnaître que le contexte de politique intérieure et internationale a été pour vous une contrainte objective. Mais au final et de façon générale, les réponses que vous allez nous présenter aujourd’hui resteront certainement en deçà non seulement des attentes, mais aussi et surtout des enjeux.

Vous l’aurez compris, Monsieur le Premier ministre, rien ne nous détournera du choix fondamental que nous avons fait : celui de la démocratie, comme moyen de lutte et comme objectif pour la Corse d’aujourd’hui et celle demain.

Mais rien non plus ne nous fera renoncer à ce pourquoi nous nous sommes battus, générations et après générations, et qui adviendra, parce que conforme au droit, à la justice, et à l’Histoire : permettre au peuple corse d’être lui-même.

JUIN 2016

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Jean Biancucci : « Le statut de résident est possible à Courchevel, mais pas possible à Cuttoli ! »

Nicole Mari, 26 Juin 2016 pour Corse Net Infos

Le 1er février 2014, le Conseil municipal de Cuttoli-Corticchiato adopte, à l’unanimité, une délibération exigeant une résidence de 5 ans en Corse pour accéder à la propriété dans le cadre d’un projet de lotissement communal. Le préfet de région demande l’annulation de ce statut de résident et, devant le refus des élus, intente un recours au Tribunal administratif. Plusieurs délibérations sur ce statut, prises par d’autres communes, ont été, depuis lors, annulées par la justice. Lors de l’audience, qui s’est tenue jeudi matin à Bastia, le rapporteur public a estimé ce statut inapplicable, car non fondé en droit, et portant atteinte à la libre circulation des capitaux. Il a requis son annulation. Des points contestés par la défense de Cuttoli qui s’appuie sur un statut de résident de 15 ans, mis en place en 2012 par la commune de Courchevel, sans soulever de vagues. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean Biancucci, maire de Cuttoli-Corticchiato.

Jean Biancucci, maire de Cuttoli-Corticchiato, conseiller territorial Femu a Corsica et président d'Air Corsica.

Jean Biancucci, maire de Cuttoli-Corticchiato, conseiller territorial Femu a Corsica et président d'Air Corsica.
- Pourquoi votre commune est-elle sous les feux de la rampe ?
- Le 1er février 2014, la commune de Cuttoli a délibéré sur la nécessité de créer 70 logements avec un ticket d’entrée le mois cher possible. Ces logements seraient construits sur des terrains communaux en essayant de réduire autant que faire se peut les marges de construction tout en prenant en compte les VRD (Voiries, réseaux & divers). Le projet est intéressant et attractif pour des gens qui ont besoin de se loger La demande, à l’échelle de la zone d’Ajaccio, est d’environ 900 logements par an.
 
- De combien est-elle sur Cuttoli ?
- Elle est proportionnelle, mais surtout elle est importante parce que pas mal de gens de Cuttoli habitent ailleurs et voudraient revenir sur la commune. L’autre particularité est que la commune possède deux tiers du territoire communal. C’est énorme pour une commune périphérique du plus grand centre urbain de Corse ! Ces terrains, où l’on pourrait construire, ont une géologie particulière : ils sont formés d’une bande d’argile qui alimentait la briqueterie de Mezzavia. L’argile crée un gros désavantage en matière de constructibilité. Comme la commune n’a pas de réseau collectif, l’assainissement est individuel, ce qui nécessite des zones d’épandage très étendues pour les effluents.
 
- En quoi l’argile pose-t-elle problème ?
- L’argile ne boit pas. Au lieu des 1500 mètres nécessaires pour construire une maison, il en faut au moins le double pour disposer d’une fosse sceptique. Plus la zone d’épandage est importante, meilleure est l’absorption par le sol. Cela a obligé le Conseil municipal d’élaborer un PLU (Plan local d’urbanisme) avec un seuil de constructibilité de 3000 à 4000 mètres, généralement, sur des zones privées. Au prix actuel du marché qui est de 50 € le mètre, un terrain vaut, donc, 200 000 €. Un jeune, qui veut construire sur la commune, doit déjà disposer de 200 000 € rien que pour l’achat du terrain ! Ne peuvent, ainsi, s’installer que les gens qui ont les moyens. Les autres sont exclus ! C’est, donc, à nous, élus communaux, de rétablir une situation plus équitable afin de permettre aux revenus modestes d’avoir accès au logement. Soit sous la forme de location, soit par accès à la propriété.
 
- Qu’avez-vous, donc, fait ?
- Nous avons élaboré un beau projet qui répond à un objectif, à la fois, économique, social, en termes de loisirs... Comme nous ne voulons pas vendre des terrains à la découpe, nous avons fait réaliser une étude par un architecte des PNG pour organiser les logements, non pas d’une manière linéaire, mais sous la forme de villages du 21ème siècle, disposés autour une place centrale. Nous avons considéré que l’habitat disséminé crée des conditions de dé-sociabilité et qu’il faut recréer des conditions de sociabilité.
 
- Où le bât blesse-t-il ?
- Le bât blesse parce que lorsqu’un jeune couple, qui a 3000 € de revenus, demande un prêt à la banque pour construire une maison, le banquier lui prête jusqu’à 180 000 €. Ce qui veut dire que le couple n’a même pas de quoi acheter le terrain, encore moins de construire une maison. De fait, une partie des habitants de Cuttoli, de la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien) et de la Corse est exclue parce que la spéculation immobilière a fait grimper les prix des terrains tellement hauts que les revenus modestes ne peuvent plus y accéder. Le rôle du politique est de créer des mécanismes de régulation pour gommer les disparités générées par les envolées et les perversités du marché. A Cuttoli, nous avons créé 70 possibilités de logements.
 
- Pourquoi la commune se retrouve-t-elle assignée devant le Tribunal administratif ?
- A partir du moment où on crée un seuil d’accès à la propriété voisin de zéro, on aura non pas 70, mais 1200 demandes, soit autant qu’il peut y en avoir sur la zone. On ne peut pas exclure les gens comme ça ! Sans compter les gens qui arrivent, passent l’été à Marina Viva, trouvent que la Corse est belle, et, devant une telle offre voudront acheter en estimant avoir les mêmes droits que les autres. Face à ce risque, nous considérons qu’en tant qu’élus communaux, nous devons défendre les intérêts des habitants de Cuttoli parce que le terrain est patrimonial. Il leur en revient une partie. C’est un bien communal, donc collectif ! On ne traite pas un bien collectif comme si c’était un bien privé ! A partir de là, on demande à ceux qui candidatent de prouver une résidence d’au moins 5 ans dans le coin. C’est assimilé à un statut de résident.
 
- D’où votre délibération ?
- A aucun moment, la délibération de la commune fait état du statut de résident. La commune de Cuttoli délibère le 1er février 2014, c’est-à-dire trois mois avant l’Assemblée de Corse, elle est, donc, la 1ère commune de Corse à le faire. Toutes les autres communes, qui ont délibéré par la suite, l’ont fait sur la base de la délibération de l’Assemblée de Corse concernant le statut de résident.
 
- Le préfet de région de l’époque avait demandé l’annulation de votre délibération. Pourquoi n’avez-vous pas obtempéré ?
- En effet ! Il a demandé au Conseil municipal de la retirer, dans un délai de deux mois, pour non-conformité au droit. Nous avons décidé, à l’unanimité, de la maintenir. Le 11 juillet 2014, le Préfet produit un mémoire et attaque devant le Tribunal administratif. L’audience a lieu près de deux ans plus tard ! Nous avons produit un premier mémoire en réponse au préfet. Au vu des récents jugements qui ont touché d’autres communes, nous avons produit un second mémoire beaucoup plus pointu qui argumente sur des points de droit.
 
- A l’audience, le commissaire du gouvernement a fait droit à la requête préfectorale. Pourquoi, selon vous ?
- Les conclusions du commissaire du gouvernement n’argumentent pas sur le droit, mais sur le fait que la chose a déjà été jugée pour diverses communes qui ont délibéré suite au vote de l’Assemblée de Corse. Il conclut au bon droit du préfet. Notre avocate, Me Lelièvre, a plaidé le droit. Nous suivons ça de près. Le jugement est mis en délibéré au 13 juillet.
 
- Etes-vous confiant ?
- Je suis confiant dans notre argumentation qui est solide alors que celle du commissaire est assez faible, mais je sais très bien que la décision sera aussi liée au contexte politique. Rattacher directement la délibération de Cuttoli au statut de résident, c’est déjà un acte politique que commet le commissaire du gouvernement ! Alors que je le répète, à aucun moment, dans la délibération, il n’en ait fait état.
 
- Que pensez-vous du fait que le statut de résident ait été adopté à Courchevel en 2012 sans provoquer aucune réaction ?
- Courchevel fait face à la même problématique. Les propriétés sont acquises par les Russes. Les prix ont tellement flambé que les gens du cru n’ont plus les moyens d’acheter. Le Conseil municipal de Courchevel a fait voter une délibération exigeant 15 ans de résidence pour accéder à la propriété. La délibération n’a pas été annulée par le préfet du coin. Alors, ce qui est possible à Courchevel n’est pas possible à Cuttoli, ni en Corse ! Mais ça, c’est le traitement auquel la Corse a droit depuis des décennies !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

MAI 2016

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Le crépuscule des festivals ?

crepuscule vicu corti feminarte balagne nuits

Le festival jazz in Aiacciu célèbre, cette année, sa quinzième édition. Sa réussite doit tout au dévouement d'une homme, Marc Guidicelli, qui a su s'entourer d'une équipe de bénévoles, dont certains ne connaissent rien à ce style de musique. Mais la passion est contagieuse.

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Un dossier de "Politis" : Le renouveau du nationalisme corse

Il y a exactement quarante ans, naissait le FLNC. Aujourd’hui, l’abandon de la lutte armée a profondément changé la donne en Corse.

Il y a exactement quarante ans, le 5 mai 1976, une dizaine de militants armés apparaissent, encagoulés, dans le couvent de Casabionda – lieu symbolique où le « père de la nation corse », Pasquale Paoli, proclama l’indépendance en 1755. Ils donnent une conférence de presse clandestine au lendemain d’une première « Nuit bleue », avec une vingtaine d’explosions (sans victimes) en Corse et dans le sud de l’Hexagone. Le FLNC vient de naître publiquement, huit mois après la première action armée dans une ferme viticole de pieds-noirs à Aleria, localité au sud de Bastia, pour protester contre l’octroi de terres aux rapatriés d’Algérie et aux continentaux, au détriment de la population corse.

Aujourd’hui, deux ans après que la branche principale du FLNC a officiellement déclaré renoncer à la violence politique, les deux courants du mouvement nationaliste insulaire, autonomistes de Gilles Simeoni et indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, unis au second tour, ont remporté en décembre dernier les élections territoriales. L’abandon de la lutte armée a profondément changé la donne en Corse, leur permettant sans aucun doute d’accéder pour la première fois aux responsabilités à Ajaccio, à la tête de la Collectivité territoriale. Alors que Paris a montré bien peu de signes d’ouverture, commence pour le mouvement nationaliste une nouvelle phase de son histoire, sommé désormais de dépasser la simple contestation pour se confronter au réel. Sans grande marge de manœuvre budgétaire, et avec de fortes attentes de la part d’une population fragilisée économiquement.

Commerce international : le brocciu rayé de la carte

brocciu

AVRIL 2016

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Jean-Luc Geronimi, 100% bio

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Vannina Bernard-Leoni directrice de l'Innovation et du Développement

vanninavannina

Naissance de Via, nouveau groupement politique en Corse

Via est un réseau qui rassemble actuellement des citoyens ainsi que des militants issus de 4 mouvements politiques (Manca Alternativa/Ensemble, Europe Écologie I Verdi, Nouvelle Donne et Pudemu), tous représentants de la société civile en Corse.
Vouloir, Imaginer, Agir, a pour objectif de fédérer ces mouvements et les citoyens pour faciliter les débats, les échanges de pratique et la circulation de l’information.
Réseau se mobilisant contre le libéralisme générateur de l’austérité , il participe à la mise en commun des réflexions sur les problématiques économiques, sociales, culturelles, environnementales,…et des actions à mettre en œuvre.
VIA, se propose de mobiliser et communiquer autour d’un projet émancipateur en développant des initiatives conjointes et des partenariats avec le monde associatif, syndical, mutualiste et coopératif.
Parmi les membres du Conseil d’administration : Jacques Casamarta, Laura Sansonetti, Toni Casalonga,
Jean-Luc Luciani, Norbert Paganelli, Dominique Taddei.

via

Site : http://www.v-i-a.corsica/

MARS 2016

Sentier littoral de Calvi : Lettre ouverte au Préfet

Monsieur le Préfet,

Nous avons l’honneur et le plaisir de vous informer d’une découverte patrimoniale de la plus haute importance, qui a été faite à Calvi, dans une discrétion tout à fait surprenante !

Jugez plutôt : une immense nécropole a été mise à jour le long du littoral, et au train où vont les choses, on peut raisonnablement supposer que d’autres éléments de ce monument funéraire vont encore "émerger". En effet, de jour en jour, de nouveaux bâtiments surgissent, mélange de béton, de pierre et de verre, aux toits en terrasse, sorte de ziggurat de pacotille, où le seul culte célébré consiste en celui de : "la vue dont je bénéficie est plus belle que la tienne" ! (Pièces 1, 2 et 3)

Mais qui est enterré sous la nécropole ? Quels trésors a-t-on dissimulés pour accompagner le dernier voyage du défunt ? Eh bien ! En fait, défunt et trésors peuvent être regroupés sous un seul nom : Le sentier du littoral !

Pardonnez cette introduction humoristique, Monsieur le Préfet, mais l’affaire qui nous conduit vers vous est si grave, le silence qui l’entoure est si …cotonneux, qu’elle réclame qu’on la traite avec distance, ceci afin que l’on y retrouve pl de raison que de passion.

Permettez- nous de vous rappeler les faits :

- le 10 juillet 2007 a été pris l’arrêté préfectoral n° 2007-191-2 portant approbation du tracé de la servitude de passage des piétons le long du littoral compris entre les lieux dits " la pointe de La Revellata" et " la citadelle" sur le territoire de la commune de Calvi. (Pièce n° 4) Cet arrêté faisait suite à une enquête publique et à une délibération de la ville de Calvi, en date du 29 janvier 2007, donnant un avis favorable au tracé.

- Le 8 décembre 2012, un attentat détruisait partiellement des résidences secondaires, qui étaient en train d’être édifiées sur des parcelles bordant le dit sentier. C’est cet attentat qui alertait les citoyens sur ce qui était en train de se passer ! Les constructions, un temps interrompues, ont repris de plus belle, et se poursuivent aujourd’hui encore. Ceci au mépris de toutes les prescriptions de l’arrêté cité plus haut. En effet, le tracé a été modifié ; l’accès à la mer a été, par endroit, privatisé (Pièce n°5) ; l’emprise du chemin a été considérablement réduite (Pièce n°7), il n’y a pas de signalétique (Pièce n°8) .Pis encore, une signalétique renvoie les piétons sur un autre accès (Pièce n°9), ce qui permet "d’éviter" la zone actuellement construite, ou en cours de construction.

Dès lors, on peut légitimement s’en étonner, et se demander :

- Pourquoi et comment ce chemin du littoral, dont le tracé a été décidé conjointement par la ville de Calvi et les services de l’Etat, peut-il être aujourd’hui renié ?

- Pourquoi et comment aucun des services cités dans l’arrêté, n’a pu faire respecter les prescriptions qui lui incombaient : pas de signalisation, pas d’entretien, pas de sécurité, pas de libre accès.

- Pourquoi et comment, alors que l’arrêté a été notifié à chacun des propriétaires concernés par le tracé de la servitude et enregistré à la Conservation des Hypothèques de la Haute-Corse, a-t-on pu en arriver à une telle situation ?

Aussi, Monsieur le Préfet, nous tournons-nous vers vous pour vous demander 

- L’arrêté n°2007-191-2 a-t-il été abrogé ?

- S’il n’en est rien, quelles mesures comptez-vous prendre pour qu’il soit enfin respecté ?

Nous vous remercions de l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier, et vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de nos respectueuses salutations.

François-Xavier Acquaviva, au nom de Calvi Altrimente.

U Svegliu Calvese et l'ardoise de la CTC...

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La tribune d'Edmond Simeoni " La seule solution : la Révolution, non violente "

15 mars 2016 | Par pierre guerrini
- Mediapart.fr

" La seule solution : la Révolution, non violente "

C’est abrupt, brutal; cette affirmation qui exclut toute provocation ou toute dérive gauchiste est le fruit d’une implication permanente dans les luttes insulaires, de décennies d’engagement total contre l’Etat et le clan,  depuis cinquante ans, mais aussi le fruit aussi d’une très longue réflexion, d’échanges, d’étude approfondie de l’histoire - d’hier et contemporaine - tant en Corse qu’en France et qu’ailleurs, en Europe et dans le monde.

Cette solution a, ici en Corse, une seule contrainte, indépassable mais de taille : elle doit s’interdire la violence - réveil toujours possible et rédhibitoire - pour arriver à ses fins et elle ne peut utiliser que les moyens démocratiques (manifestations pacifiques, luttes non-violentes multiples, internationalisation, suffrage universel naturellement…. L’évolution récente de la jeunesse corse participe fortement de cette orientation. Je vais essayer d’être clair, concis et convaincant.

I°) Les données du problème sont simples 

Il existe un peuple corse, avec une langue, une histoire, une culture, un territoire  - l’ile de Corse - ;  il est une nation, c’est-à-dire un peuple qui  a le droit international d’être reconnu et qui a la volonté de vivre un avenir commun, paisible, fraternel, dans une Europe et dans un monde où la diversité, admise et respectée,  prime.

Le nier confine au déni de la vérité et du droit et au choix, indéfendable car injustifiable, de l’arbitraire.

Ce peuple existe depuis des millénaires ; il vivait libre mais sa position stratégique, en Méditerranée, a suscité d’éternelles agressions - les Barbaresques-, des occupations - la tutelle génoise a duré quatre siècles -.

Puis, celle-ci a vendu la Corse à la France, comme du vulgaire bétail, un peuple qui s’était libéré de la tutelle génoise par la lutte et que le colonisateur ne pouvait plus contenir ;  Pasquale Paoli, le père de la nation corse, homme du siècle des Lumières, arrache  l’indépendance nationale de 1755 à 1769 et crée des institutions ( ébauche de Constitution, monnaie, justice, droit de vote aux femmes…).

La France, puissance impériale puis coloniale ne pouvait accepter cette émancipation et, très supérieure, elle écrase l’armée Corse à Ponte-novu en 1769.

Puis elle se livre à une répression, d’une férocité remarquable jusqu’en 1812 où la francisation forcenée prend le relais des armes ; elle étrangle enfin l’économie de l’île avec des lois douanières iniques, - taxant les exportations et détaxant les importations - pendant un siècle.

La population locale n’a droit qu’au silence ou aux révoltes, vite réprimées ;  le clanisme est renforcé dans ses exactions, par des passe-droits, une  tolérance insigne de ses  abus ; en contrepartie, il livre son Pays au colonisateur avec le socle d’une fidélité inconditionnelle à L’Etat qui régente tout.

Un deal historique imposé par la force et  funeste pour le peuple corse.

Il faut une singulière cécité ou une incroyable mauvaise foi pour nier les résistances permanentes, multiformes, du peuple corse contre les Barbaresques, contre  Rome, Pise et contre Gênes et puis, in fine, contre la France - une ode chronique à la liberté-; pour la période contemporaine - 1960 à 2016 -, on ne compte plus les révoltes, les oppositions, les requêtes; plus de 10.000 attentats, des justices d’exception, une  répression permanente,  3 statuts médiocres et un supplémentaire en préparation, tous frileux car  la France joue la montre et est persuadée que le temps et la disproportion des forces antagonistes, la lassitude espérée, jouent en sa faveur. Malgré les évidences et la dénégation historique, l’aspiration à la liberté, -une constante de notre histoire-, se renforce.  

II°) Evolutions récentes :

La Corse a suscité, dans la période contemporaine, deux démarches de résistance très longtemps en conflit ; l’une, autonomiste, (création de l’ARC en 1967) agissant dans un cadre exclusivement légal mis à part Aléria en 1975 où l’attitude intransigeante de l’Etat a provoqué le drame ; l’autre indépendantiste (création du FLNC en 1976), utilisant la violence clandestine.

*  Le premier tournant politique significatif se situe en 2010 ; la mouvance nationaliste recueille 36% des suffrages aux élections territoriales ( 26% pour les autonomistes et 10% pour les indépendantistes), sur un terrain où le clientélisme, a-démocratique, est enraciné depuis deux siècles.

Le système politique traditionnel, en grande partie, adopte de nombreuses idées du mouvement national concernant l’identité, l’écologie, la nécessaire révision  de la Constitution, la co-officialité de la langue, le Statut de résident… dès lors, ces idées gagnent en notoriété et en pertinence ; comme l’a dit, Antonio Gramcsi, « Les victoires idéologiques précèdent toujours les victoires politiques ».

* Mr François Hollande est élu Président de la République en 2012 ; sous sa houlette,  les différents Premiers ministres - Ayrault puis Vals - opposent un niet ferme et définitif aux revendications démocratiques et majoritaires de l’Assemblée de Corse.

* Le 5 Avril 2014, Gilles Simeoni est élu maire de Bastia.

* La date arrêt définitif de la violence du FLNC  - en Juin 2014 - est une date capitale ; elle a rassuré les Corses, exclu l’affrontement civil, suicidaire, privilégié le combat exclusivement politique, assuré qua la revendication d’indépendance sera désormais portée sans attentats, donné du souffle à l’Autonomie Interne ;

 L’Union Européenne compte environ 80 Statuts d’Autonomie ; 250 Millions d’européens vivent normalement dans le Fédéralisme ou le régionalisme politiques ; elle a surtout enlevé tout prétexte à l’Etat pour refuser le véritable dialogue avec la Corse.

* En 2015,  les élections territoriales de Décembre 2015, en Corse, amènent démocratiquement au pouvoir, les nationalistes réunis ; ils président désormais le Conseil Exécutif et l’Assemblée de Corse. Un vent d’espoir s’est levé sur la Corse. Comme hier, Hollande puis Ayrault et enfin Vals réitèrent leur entière dénégation du fait national corse.

Hollande et Vals confirment que la question corse sera traitée dans le cadre imposé de la mission étriquée de la Ministre, Madame Lebranchu qui propose une « Collectivité unique », sans aucun espoir et sans avenir car il y a mille embûches ; de plus, il n’existe aucune confiance -  l’ingrédient de bas e- entre les protagonistes.

Paris ne cherche pas une solution juste et équilibrée à la « question corse » ; il veut imposer sa propre loi, le maintien de la tutelle ; il œuvre, depuis deux cents ans, pour la disparition du Peuple Corse et l’aliénation de son patrimoine historique, foncier et immobilier ( suppression des Arrêtés MIOT). Hollande a remplacé Madame Lebranchu par le ministre,  MR Baylet, hermétique à toute novation.

Les vrais problèmes de la Corse, restent toujours sans solution ; développement économique faible, chômage et précarité en hausse, dossiers des  transports et des déchets, sans solution,  aliénation économique et culturelle, refus de l’amnistie pour les prisonniers politiques …..

II°) Enjeu et atout déterminant : droit à la vie du peuple corse
 
Les  atouts de la Corse pour accéder à l’émancipation politique sont solides ( ressources humaines qualifiées dans l’île et la diaspora, ressources naturelles à profusion, 10 milliards d’euros d’épargne ...

Le dossier de notre révolte pacifique est très étoffé, cohérent, conforme aux Droits des Peuples à disposer d’eux-mêmes ;  pour cette raison, l’Etat refuse le dialogue, enfermé dans à une évolution négative qu’il construit et encourage depuis des décennies, sur un triple socle : aliénation, répression, arrivée massive de non-corses, que la faiblesse de l’économie ne permet plus d’intégrer;  il existe désormais une opinion publique et une conscience internationales et nous y avons de multiples liens. Que nous allons optimiser et opérationnaliser, sans tarder.

On mesure l’ampleur des difficultés, l’impossibilité de s’émanciper  - une nécessité vitale - par les moyens traditionnels ; il faut une remise en cause profonde du lien avec l’Etat, qui est un lien, colonial, de sujétion et son remplacement, dans le cadre européen, par un nouveau contrat respectueux de la liberté des parties et de la protection de leurs intérêts légitimes ; c’est à cette seule condition que nous pourrons construire une Corse nouvelle, démocratique et développée.

III°) Que faut-il faire ? Accepter l’inacceptable, l’arbitraire et renoncer ou encore s’enfoncer dans une violence sans issue ?

Certes non mais résister, construire, informer, mobiliser, internationaliser la « question corse »,  imposer par tous les moyens de la lutte légale, sans aucune violence, un Statut d’Autonomie Interne dans le cadre de la République Française seule solution crédible et  raisonnable dans la situation actuelle.

On mesure l’ampleur des difficultés, l’impossibilité de s’émanciper - une nécessité vitale- par les moyens traditionnels ; il faut une remise en cause profonde du lien avec l’Etat, qui est un lien, colonial, de sujétion et son remplacement, dans le cadre français rénové et dans le cadre européen, par un nouveau contrat respectueux de la liberté des parties et de la protection de leurs intérêts légitimes ; c’est à cette seule condition que nous pourrons construire une Corse nouvelle, libre,  démocratique et développée.

 Dans un système démocratique :

Nous n’aurions pas subi, de par la tutelle de l’Etat et avec  la complicité du système claniste, la faiblesse structurelle de la démocratie, le retard abyssal de développement, l’aliénation culturelle, la dépendance sociale, les fraudes électorales impunies, la dévolution illégale de trois milles hectares de biens communaux dans le périmètre d’Alzitone.

Les dérives du Crédit Agricole, de la Mutualité sociale agricole, de la Cotorep,  des centres de pensions, des appels d’offres, la mise valeur agricole inégalitaire, le scandale de la sur chaptalisation qui, notamment, a provoqué la révolte d’Aléria puis du FLNC au décours ;

Nous n’aurions pas subi l’inefficacité volontaire, depuis 1999, du pool économique et financier, les assassinats en série  - près de 100 - impunis ; le scandale de la privatisation de la SNCM et sa dérive, la suppression des Arrêtés Miot, l’impasse du problème des déchets et de leur traitement archaïque ;

Nous n’aurions pas été contraints à la révolte, nous d’abord, le FLNC ensuite ; ainsi qu’aux innombrables luttes du Riacquistu, des écologistes, de la LDH, des syndicats, de toutes les forces vives socio-professionnelles, des militants progressistes de formations hexagonales, des femmes, de la jeunesse, de Umani et de « Alternatives non-violentes » dans l’éducation à la non-violence… ;

Le préfet Erignac ne serait pas mort, 10.000 attentats auraient été sans objet et donc la répression inutile ;

Nous n’aurions pas subi trois statuts politiques médiocres, avec un quatrième en préparation, tous frileux, inadaptés et sans capacité de changer la situation en Corse car l’Etat est hostile à la démocratisation qu’il sait conduire, fort justement d’ailleurs, à l’émancipation ; d’où son choix d’un immobilisme forcené, injustifiable, inacceptable et son soutien, jamais démenti à un clanisme rétrograde, enraciné dans le statu-quo.

Si on refuse d’admettre que la politique française dans l’île, - à côté de résultats positifs dans de très nombreux domaines ( Éducation, Santé, Enseignement, sécurité  extérieure, accès à un bon niveau de vie, justice, Union Européenne…) est avec le système claniste, son allié structurel, un échec et, que le peuple corse, en dépit de sa résistance historique, multiséculaire, porte une part de la responsabilité ;

Si on refuse de comprendre que lien colonial explique,- par ses compromissions, ses démissions, le laxisme qu’il induit et le non-droit et l’a-démocratie qu’il génère - que la révolte n’ait pas été rapidement généralisée, alors on s’achemine vers l’impasse.

La déroute financière et politique de la CTC  -  avérée, démontrée - n’est pas l’erreur d’un seul homme mais d’un système étatique et local, conservateur, archaïque , illégitime qui ne discrédite ni les idéologies, ni tous les élus dont la majeure partie est respectable ;

Croire qu’un homme, un parti, seuls, sont la solution ;  croire que « la Collectivité unique » est le remède , croire qu’un lifting ou le fonctionnement habituel d’une collectivité, même amélioré, va remédier à une situation très dégradée, au délabrement des comportements, des consciences, aux dysfonctionnements des institutions, des pratiques, c’est se condamner à la répétition de l’échec ; seule une autocritique, une remise en cause fondamentale du Statut de la Corse, - avec un véritable Statut d’Autonomie interne- ouvre la voie de l’espoir ; 

Sans la prééminence de la volonté, du dialogue, de la démocratie, du droit, du respect de la loi et des valeurs, de la justice, de la solidarité  et de l’humanisme, il ne peut y avoir de voie raisonnable pour un avenir apaisé et un développement certain.

Corses de l’île et de la diaspora, amis de la Corse, Corses d’origine ou d’adoption, société civile, jeunes corses, retraités, femmes, impliquez-vous, suivant vos choix ;

Prenez des initiatives, faites de projets, soutenez des démarches de progrès, participez à des cercles de réflexion, à des collectifs, à des associations, des partis ; à des manifestations respectueuses de la non-violence…;

La porte est enfin entrebâillée vers un  avenir meilleur de démocratie et de justice. La victoire  attend les générations futures car elle est conforme à l’Histoire et au Droit.

Pour ma part et avec d’autres, très nombreux, je n’ai jamais douté ou renoncé.

Dr Edmond Simeoni
Aiacciu le 14 Mars 2016

URL source: https://blogs.mediapart.fr/pierre-guerrini/blog/150316/la-tribune-dedmond-simeoni-la-seule-solution-la-revolution-non-violente

Un label pour le CC Voce de Pigna

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CTC : 100 millions d'euros manquent au budget

100 millions d'euros manquent au budget de la CTC. Ce constat, c'est celui du président de l'Exécutif. Gilles Simeoni l'a dit ce matin devant le Conseil économique et social. Il présentait les orientations budgétaires pour 2016, qui seront en débat à l'assemblée de Corse le 11 mars prochain. Ce passif de 100 millions d’euros concerne des engagements de la dernière assemblée pour lesquels aucune recette n’est portée en face de la dépense.

Affaire de Reims : Déclaration de Me Dupont-Moretti

Me Eric Dupont-Moretti : « Maxime est victime, c’est une évidence. Je pense que les choses se sont emballées de façon totalement invraisemblable dans cette affaire. D’abord, le ministre de l’intérieur lui-même monte au créneau dans ce dossier pour parler de hooliganisme, quelle hérésie et quelle rapidité dans le jugement. On n’a pas à faire à des hooligans. Je ne sais pas s’il veut en tirer un bénéfice politique, j’espère que non, mais c’est surprenant. Ensuite on a une série de mensonges de la part de la police. Le premier, qui est le mensonge originel c’est : « on n’a pas tiré au flash Ball». Le deuxième c’est : « oui on a tiré au flash ball, mais pas dans l’œil, et c’est en tombant qu’il se serait fait cela, c’est-à-dire, la perte de son œil, une infirmité définitive. Cela fait que cette affaire, à mes yeux, est devenue une affaire criminelle. Des violences ayant entrainé une infirmité définitive c’est un crime. »

Dans ce dossier qui a pris des proportions inattendues, Maxime Beux devra faire, précise son avocat, la démonstration qu’il n’est pas un hooligan et c’est très simple précise-t-il. « Il suffit de le connaitre un peu, de savoir qui il est, comment il se comporte et qu’il démontre ensuite que la police a menti. Et là, la démonstration est faite. Si vous trouvez dans les annales judiciaires ou médico-légales la perte d’un œil parce qu’un homme est tombé au sol, il est tombé sur quoi ? Sur un clou ? Et le flash ball l’a atteint où ?"

Interrogé sur les enregistrements des caméras de surveillance, Me Eric Dupont-Moretti assure : « pour l’instant je n’ai pas d’information à fournir sur les vidéos surveillances. Mais cela fait partie des questions qui sont posées. Et on attend la réponse de l’autre côté avec beaucoup de sérénité. C’était beaucoup plus simple de dire immédiatement la vérité. C’était beaucoup plus simple de dire pourquoi pas qu’il s’agissait d’un tir réflexe, que le policier n’avait pas eu la maitrise plutôt que de nous raconter que c’est en allant contre un poteau qu’il avait perdu l’usage de son œil. »

Le procureur de la République de Reims n'a pas souhaité faire de commentaires sur cette affaire.

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FÉVRIER 2016

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Qwant : « Lingua corsa, lingua nostra »

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È torna Vignale... Un article de Frédéric Poggi

17 février 2016

È torna Vignale … Sempiternelle ritournelle
« Les Corses, toujours les Corses ». « Il serait temps qu’ils arrêtent de nous emmerder… ». « Donnez leur leur indépendance et qu’ils aillent se faire foutre… ». « Qu’on les lâche et qu’ils crèvent en bouffant leurs châtaignes, ces consanguins arriérés... » « Tirez leur dessus, ils nous emmerdent ces Corses… » « Etc etc.. ». Bon nombre de Français semblent vexés que les Corses revendiquent en permanence leur corsitude plutôt qu’une bonne et fière appartenance à la grande Nation Française.

Déferlement d’indignation, d’insultes, de haine. Y a t’il derrière tous ces propos un réel questionnement sur le pourquoi nous sommes toujours en tête de gondole de bon nombre de faits divers ? Et depuis le 13 décembre, c’est une apothéose. Il faut le reconnaître les propos sont souvent réciproques, mais cela mérite une certaine réflexion. Autre point qu’il faut humblement et sans mauvaise foi ne pas renier, notre propension à être des emmerdeurs de première. Mais cette propension nous a sauvés de bon nombre de situations, des boues rouges à l’Argentella, en passant par le scandale des vins frelatés, et de bien d’autres cas où l’Etat, grand muet ou grand complice, laissait les choses empirer. Une propension emmerdante mais souvent salvatrice.

Il y a 247 ans, notre jeune Nation était vaincue et conquise par l’armée la plus puissante de l’époque. Déjà nous étions décidés à emmerder notre monde et si l’on met bout à bout les Sambucucciu et les Sampieru, Les Circinellu et les Maria Gentile, sans oublier les Paoli, les Dumenicu Ribellu et autres résistants, nous avons emmerdé nos occupants tout au long de notre histoire. Les chemises noires sous l’occupation, tentant de nous intimider par des « Vinciaremo* » peints sur les murs, se voyaient répondre avec humour et détermination des « Vidaremu* » peints en rouge. Mais revenons en à ces 247 ans. Suite à cette défaite de 1769, nous avons bon gré mal gré intégré la future république. S’en sont suivis des périodes très violentes de répressions assassines, tortures, pendaisons, exécutions sommaires, destructions de biens, faits que les livres d’histoire de France ont omis de mentionner, car entachant certainement l’image du programme de propagande mis en place au sein de l’éducation nationale.

Notre Nation étouffée dans le souffle de la révolution française a été intégrée au découpage de la nouvelle France, comme région française à part entière et sommes depuis traités en tant que tels, ou presque, sans bénéficier de la trace ni du legs de l’histoire. Quelques miettes de pouvoir pour certains puis des millions de francs et d’Euros ensuite ont été les seuls privilèges. Des valises pleines de corruption, destinées à couper à notre société les derniers ressors économiques. Enfermant toute la communauté dans la servitude et l’assistanat.

Cette Corse qui ne s’est jamais soumise totalement à la république, fait figure de mauvais élève. Refusant inlassablement le statut de mougeon (Moitié mouton moitié pigeon). Une communauté, dont un bon nombre décide depuis quelques décennies de revendiquer, à juste titre, son droit à exister en tant que peuple sur sa terre. Une partie de ce peuple, n’étant soumise à la pitance des privilèges accordés par le pouvoir, décide contre vents et marées, contre hélicos et répressions, contre armes et menaces, de se faire entendre et de continuer à hurler haut et fort son droit légitime et refuse de rentrer dans le rang de l’injustice et du mensonge de l’histoire. Elle en payera le prix. Le prix de l’humiliation, le prix de la diabolisation, le prix de la répression sous couvert d’adjectifs obscurcissant son image et sa cause.

Certains préfèreront le confort d’une soumission et de tous les avantages qu’elle offre, plutôt que la dignité de défendre son droit le plus légitime. D’autres iront même jusqu’à renier leurs racines, comme cet Angelo Rinaldi qui, haut et fort déclamera que « la langue corse ne sert qu’à parler aux chèvres ». Il en sera récompensé d’une place à l’Académie Française.

Il y a donc cette Corse à plusieurs vitesses. La Corse qui aime la France et celle qui la rejette. La Corse qui accepte les atrocités de l’histoire, celle qui fait avec et celle qui en garde les stigmates. La Corse qui accepte de vivre au rabais, celle qui aimerait qu’il en soit autrement mais qui n’agit pas et celle qui rêve de retrouver les marques de son passé. La Corse qui accepte que la réussite ne soit possible que dans le reniement et celle qui accepte que ses projets soient brisés s’ils ne se renient pas. La Corse qui se tait pour être aimée, et celle qui se fait entendre au risque d’être détestée. Et au milieu, certains essayent tant bien que mal de se situer sans trop jamais savoir de quel côté pencher sans faire le mauvais choix. Choix difficile parce que de chaque coté il y a du bon et du mauvais. Cette Corse à plusieurs vitesses est une Corse en souffrance car déracinée de force et pas tout à fait enracinée dans son nouveau terreau.

S’en sont suivies des années de conflit, des centaines d’années de peines de prison, des entreprises barbouzardes avec des objectifs d’assassinats, des attentats et contre attentats, des passages à tabac dans les postes de police, des pressions de tous ordres jusqu’à la menace sur des enfants, des valises pleines de billets destinées à corrompre et à enclencher des guerres internes… Et tout ça au nom de la raison d’Etat et des valeurs que l’on voulait coute que coute nous imposer, refusant notre droit légitime depuis que nous sommes nés libres et égaux en droits et depuis que nous avons par décret humain le droit de disposer de nous mêmes et de notre destin. Un idéal de papier que la réalité se plait à pervertir.

Des années de conflit, des erreurs politiques capitales, des choix mal pesés, des faiblesses destructrices, des manipulations internes, des jeux mortels de pouvoir et d’argent, des enterrements, des embuscades, des angoisses et des pleurs. Triste héritage de la part de certains des nôtres. Difficile de remonter la pente, difficile de rester crédibles et de défendre une cause au fondement juste et légitime. Mais la foi, l’engagement et la persévérance de certains a permis que soit renversée la barre et… malgré tout, après avoir subi la désillusion, après avoir maudit les pervertis, après avoir cru que tout était fini et perdu, venant de très loin, mais portée par une génération qui s’efforce d’y voir clair, voici une lueur renaissante, preuve que malgré toutes ces tentatives de destruction, malgré toutes ces erreurs aussi, quelque chose demeure, quelque chose persiste et les armées du mensonge et du dédain n’ont toujours pas étouffé l’espoir et l’effort.

La France est bien loin des lumières des temps anciens. Aujourd’hui Nation du laisser-aller politique ; Nation où les têtes de l’Etat enchainent les scandales, les mises en examens, les exactions, les détournements des lois qu’ils imposent aux petits, et ce sans jamais faiblir et en gardant la tête haute et le sourire provocateur ; Nation où une personne redevable de dizaines de milliers d’Euros à l’Etat et cachant des sociétés aux impôts, est malgré tout nommée ministre pendant que l’on expulse des vieilles dames n’arrivant plus à payer leur loyer ; Nation où l’on laisse ses pompiers se faire agresser dans les banlieues, et ce dans un mutisme total et dans l’indifférence la plus abjecte ; Nation aux poids de mesures différents en fonction des objectifs de politique étrangère, où pour faire bonne figure avec les machines à billets de certains pays du Moyen Orient, on condamne (à raison) les actes antimusulmans mais où l’on se tait (à tort) quand une église ou un cimetière sont profanés ; Nation où l’on déverse des milliards pour récupérer les banqueroutes des jeux de bourses des banquiers sans scrupule pendant que l’on discute le centime de personnes sans toit , ni travail, ni pain ; Nation où la une des journaux raconte les affres sexuels d’un people pendant que les petits titres, s’il leur reste de la place, évoquent en deux trois lignes la décapitation d’un enfant de seize ans dans quelque pays Arabe; Nation où l’on libère des pédophiles amis de quelques personnalités pendant que l’on condamne pour des décennies une femme qui tue son mari qui la battait depuis des années ; Nation où l’on se gausse d’une infinitésimale diminution du taux de chômage pendant que l’on laisse les patrons fermer les usines et licencier par centaines et par milliers. Nation où les députés répondent tous présents à l’assemblée le jour de l’allocution de la bimbo Pamela Anderson mais où personne ne se déplace lors d’un vote sur la poursuite de l’état d’urgence et de tout le risque liberticide que cela implique et j’en passe…

Cette France là, voudrait donner des leçons d’humanité et d’ordre ? Cette France là voudrait nous dire à nous qui sommes grâce au ciel encore éveillés et conscient de tout cela, que nous sommes les diables, les malpropres, les arriérés, les voyous ? Faut il en rire ou en pleurer ?
Pleurer certainement. Pleurer de voir comment le pays de Rousseau et de Montaigne est devenu celui de Cyril Hanouna et de Sarkozy. Comment le pays de Simone Weil et de Lucie Aubrac est devenu celui de Nadine Morano et de Nabila. Cette France se désagrège jusque dans ses entrailles les plus profondes. Ses dirigeants ne pensent qu’à leur côte électorale et jonglent ça et là, de promesses et mesures illusoires pour gagner le sommet qui leur permettra encore de soumettre et accabler le petit peuple. Cette France où l’on joue sur les images et les mots pour fausser les opinions, jusque dans la justice, outil non plus des libertés, mais des manigances et travers de l’Etat. Cette pseudo justice française essayant de masquer ses bavures par des mensonges et des manipulations de l’opinion. Cette justice avec la complicité des ministres qui défend les violences de ses policiers et essaye de cacher la vérité, changeant de version chaque fois qu’elle est mise en défaut. Attention, je ne cherche pas à atténuer les responsabilités que pourraient avoir les supporters car, même si pas du tout amateur de football, je connais leurs débordements souvent exagérés. Mais cela n’excuse en rien le mensonge et la tentative de manipulation.

Il serait intéressant de se demander pourquoi la France s’évertue-t-elle à maintenir ce climat de tension. Depuis plusieurs mois, les armes ont été déposées par le FLNC. Tout est propice au dialogue et aux avancées. Les tensions politiques en Corse se sont considérablement apaisées. Des consensus ont vu le jour. La communauté entière a décidé de nouvelles perspectives pour sa terre et ses habitants et pourtant, malgré cela, rien, rien, toujours rien… aucune volonté de dialogue en face. Un silence qui est reçu comme une insulte à nos choix démocratiques, un silence qui amplifie le malaise, un silence qui veut sans doute dire : « Mais enfin, révoltez vous les Corses, reprenez vos armes et vos attentats, que nous puissions encore vous réprimer et empêcher votre émancipation comme nous savons si bien le faire avec notre expérience historique d’état colonisateur ». Oui la France est embêtée depuis qu’une certaine frange de la population a déposé les armes et décidé la voie de la paix. La France se trouve démunie, elle qui était tellement habituée au rapport de force et à l’argument repressif. Mais cette France qui nous tourne le dos même si elle essaye nous fait croire qu’elle nous aime, par son comportement dédaigneux, a favorisé la révolte des idées et des consciences. Car la majorité des citoyens corses et vivant en corse et une majorité qui certainement sera de plus en plus forte dans les années à venir, a décidé de ne pas se laisser endormir et de rester éveillée pour permettre un réel avenir aux générations futures et ce quelque soit leur origine, un avenir commun. Cette Corse qui reste éveillée c’est la Corse de tous ceux qui refusent le mensonge, la manipulation et l’injustice. Elle manque parfois de réflexion et de jugement, de recul et d’analyse mais elle est là et sait se faire entendre même s’il serait bon qu’elle sache aussi parfois quand se taire.

Depuis la récente nomination de la nouvelle assemblée aux couleurs Nationalo-indépendantistes, la Corse enchaine les situations de crise. De l’Absurde à l’inquiétant. De l’indignation ridicule pour propos tenus en langue corse jusqu’à la gravissime bavure policière ayant coûté la vue d’un jeune supporter de 22 ans. Et tout le temps, la Corse est diabolisée pendant que l’état essaye de se faire la part belle. Cet Etat serait tellement plus aimé s’il savait se montrer juste, humain et vrai plutôt qu’hypocrite et malhonnête ; démocrate et respectueux plutôt que despote autoritaire et indifférent. Le plus drôle et triste à la foi, c’est que toute cette désinformation marche et que la communauté française en grande majorité, parce qu’aveuglée et sans recul face aux médias et aux propos finement structurés, suit aveuglément le chemin tracé pour elle par des spécialistes de la PNL et de la communication.

Vous aimez cette France là ? Libre à vous. Mais laissez nous le droit, et quand bien même nous le prendrons, de continuer à rester éveillés et à défendre ce qui nous semble juste et vrai quitte à déplaire à aux Juges autoproclamés qui, incultes pour la plupart et vexés, ne sont bons qu’à insulter plutôt qu’à réfléchir, ne sont bons qu’à maintenir leur voile d’illusion et de confort plutôt qu’à gouter l’amère pilule de la vérité de leur pays et des gens qu’ils ont élu pour les diriger à la baguette et les détruire à petit feu. Ces dirigeants qui s’appuient sur leurs épaules pour rester au sec pendant qu’eux trainent dans la boue et dans la moiteur de l’effort, heureux des quelques illusions de divertissement et de petits biens matériel qu’on leur concède pour assurer la paix la tranquillité des dirigeants et du pouvoir. Vous aimez cette France là, moi pas. Mais l’autre France, la riche, la plurielle, la fière, l’honnête, celle qui souffre et qui rêve de bonheur, je m’en sens solidaire et frère.

*Vinciaremo = nous vaincrons / *Vidaremu = Nous verrons

La langue corse dans Google

google

Une télévision japonaise à Pigna

pigna

Un Evangile médiéval en langue corse découvert non loin de Porto-Vecchio

Par Bernadette Arnaud

Le document a été découvert par hasard dans un hangar désaffecté .

evangile

Une drôle de surprise ! C'est en cherchant son chien, égaré après une battue, que J.A.C, habitant de Sotta (Corse du Sud), a découvert dans un hangar désaffecté, au fond d'une caisse de bois vermoulu, un livre passablement détérioré et à l'aspect visiblement très ancien. Intrigué par sa découverte ("le livre semblait plus vieux que mon arrière grand-père"), le jeune homme se met immédiatement en contact avec un musée de la région, qui identifie assez rapidement un "Evangile selon Saint Matthieu".

Une première datation surprenante

L'ouvrage, confié aux mains expertes des personnels du musée, réservait quelques surprises. Sa datation, tout d'abord : les matériaux utilisés, la qualité de l'encre et la graphie indiquent, pour l'heure, une période comprise entre les XIème et XIIème siècles.

Mais l'élément le plus troublant demeure, à ce jour, la langue de rédaction : il semblerait en effet que le livre, malgré une orthographe jugée parfois incohérente au regard des graphies modernes, soit rédigé dans une variante archaïque de corse, se rapprochant des formes les plus méridionales des parles actuels. Il ne s'agirait donc, ni plus ni moins, que du plus vieil écrit en langue corse découvert à ce jour. Affaire à suivre, donc..

Source : Sciences et avenir

14/02/2016

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JANVIER 2016

Jérôme Ferrari : "Prendre langue... corse"

Désormais chaque lundi Jérôme Ferrari tient une chronique dans le Journal La Croix.
Pour cette première il nous parle de...la Corse (il se l'était interdit, mais ...)

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Trahir un engagement solennel est, on en conviendra, une manière bien peu honorable de commencer l’année. C’est pourtant, à ma grande honte, ce que je m’apprête à faire : je m’étais en effet promis de ne jamais parler de la Corse dans la presse continentale et c’est bien sûr à la Corse que ma première chronique sera consacrée. À ma décharge, je ne pouvais pas prévoir que les nationalistes deviendraient majoritaires au moment même où j’acceptais d’écrire toutes les semaines pour La Croix.

Mais cette coïncidence, pour troublante qu’elle fût, n’aurait pas suffi à entamer ma détermination. J’étais tout disposé à m’abstenir de commenter le résultat des élections. Et puis, au lendemain du 13 décembre, j’ai lu les réactions, celles des éditorialistes, celles du monde politique et là, je l’avoue, j’ai craqué.

Je n’ai aucune excuse, surtout pas celle de la surprise ; depuis des années, l’actualité corse suscite un déferlement de propos haineux ou condescendants avec l’infaillible régularité qui est celle des lois de la nature – et je ne parviens cependant pas à m’y habituer.

Au moment de sa prise de fonction, Jean-Guy Talamoni, nouveau président indépendantiste de la collectivité territoriale, a tenu un discours… indépendantiste.

Quand on considère la nature des thèses défendues depuis quelque temps par un gouvernement de gauche, on comprend ce que peut avoir de stupéfiant le spectacle d’un homme politique qui s’obstine à incarner les idées pour lesquelles il a été élu (quoi qu’on pense par ailleurs de ces idées) ; la logique aurait sans doute exigé qu’il entonne une vibrante Marseillaise avant d’enchaîner sur Sambre-et-Meuse.

Mais il y a pire, infiniment pire, en vérité : car ce discours, il l’a prononcé en langue corse ! C’est là une ignominie à laquelle on ne saurait répondre que par l’union sacrée.

Et de fait, dans un bel ensemble républicain, MM. Mélenchon, Chevènement et Fillon en ont été choqués. Le premier ministre lui-même a rappelé que le français était la seule langue de la République, faisant ainsi la preuve qu’il était finalement aussi attaché aux « grandes valeurs » que le premier député frondeur venu.

Je dois avouer que je n’arrive pas à comprendre quelle terrible menace l’usage d’une langue qui ne cesse de perdre des locuteurs fait peser sur la République. Il me semble même, à l’inverse, que la menace s’exerce plutôt dans l’autre sens et que c’est cette langue qu’on doit sauver, non de je ne sais quel danger symbolique, mais d’une mort prochaine, notamment en lui accordant, comme l’avait déjà demandé l’ensemble des élus corses lors de la précédente mandature, une reconnaissance officielle.

Tout cela était encore supportable mais il y a eu L’Express et Le Courrier picard. Le plus aguerri des stoïciens aurait succombé.

Pour Christophe Barbier, si le corse est « un dialecte chaleureux », seule la langue française a « accédé à l’universel » – et on frémit en pensant aux milliards de malheureux qui, ignorant le français, n’étancheront jamais leur soif de cet universel qu’incarnent à la fois notre langue et notre république, sans lesquelles la Corse ne serait qu’un « confetti encombré de chèvres et de châtaigniers ».

En écho, Jean-Marc Chevauché, après avoir noté, dans ce qui ressemble à un déchirant accès de lucidité, qu’« on a entendu pas mal d’âneries » après les élections régionales, suggère qu’on entoure l’île d’un champ de mines et lance cette remarquable adresse : « Dès que vous en aurez assez de bâfrer avec des châtaignes et du fromage de chèvre, amis corses, dites-le nous ! On pourra rediscuter. »

Je le demande sérieusement : en dehors des Corses, de quelle communauté est-il encore possible de parler dans ces termes sans susciter l’indignation générale ? Je n’ai jamais compris qu’on pût être fier ou honteux de ses appartenances culturelles mais je suis heureux d’être corse pour permettre à mes contemporains de s’abandonner aux élans qu’ils sont trop souvent contraints de réprimer douloureusement.

Il entre bien sûr dans ce louable sentiment une part d’égoïsme : je me sens ainsi appartenir à un peuple dont l’existence, pour douteuse qu’elle fût, est au moins attestée par leur précieuse détestation.

Jérôme Ferrari

Vu sur Francetvinfo :

A Cuttoli-Corticchiato, les Corses en ont "marre de voir les Parisiens tout acheter"

Face à la hausse des prix immobiliers, les nationalistes corses défendent le statut de résident, qui obligerait un particulier à résider cinq ans sur l'île avant d'y acheter un bien immobilier. Reportage dans le premier village à avoir tenté d'imposer cette règle.

Envoyé spécial à Cuttoli-Corticchiato, Thomas Baïetto

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Le village de Cuttoli-Corticchiatto (Corse-du-Sud), le 19 janvier 2016. (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Le village de Cuttoli-Corticchiato (Corse-du-Sud) surplombe la basse vallée de la Gravona. A 600 m d'altitude, il offre un panorama remarquable : au nord-est, les sommets enneigés du massif corse ; à l'ouest, on devine l'imposant rocher des Gozzi, qui annonce le golfe d'Ajaccio. La capitale régionale n'est qu'à 20 minutes de route, un peu moins si l'on habite tout en bas de la commune, dans la plaine.

Cette proximité et ce paysage font de Cuttoli-Corticchiatto une commune très attractive. Ces dernières années, les prix de l'immobilier ont grimpé. "Dans la plaine, on est passé de 10€ le m² de terrain il y a 15 ans à 120 euros. Si nous décidions de vendre les terrains communaux à la découpe, nous pourrions avoir des trottoirs en or", explique Jean Biancucci, maire depuis 2011. Le salaire des Cuttolais n'a pas augmenté au même rythme. "Il est rare que les gens d'ici achètent. Ils n'ont plus les moyens, vu les prix pratiqués, de racheter leur patrimoine", regrette l'édile, qui préside également le groupe nationaliste Femu a Corsica à l'Assemblée de Corse.

"Un sentiment généralisé de spoliation"

A l'écouter, ceux qui ont les moyens viennent souvent de l'autre côté de la Méditerranée, du "continent". "Il y a, depuis un certain temps, ce sentiment généralisé de spoliation chez les Corses", rappelle-t-il, en évoquant l'île privatisée de Cavallo. A quelques pas de la mairie, un trois pièces est à vendre dans une maison de pierre aux volets fermés. "Je suis à peu près sûr que c'est quelqu'un de l'extérieur qui va l'acheter", lance Jean Biancucci. Ses craintes ne sont pas infondées. "Nous avons déjà organisé deux visites et deux autres personnes sur le continent m'ont demandé les documents", indique l'agence immobilière au téléphone.

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Un appartement à vendre, dans une maison de Cuttoli-Corticchiato (Corse-du-Sud),
le 19 janvier 2016. (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

La situation n'est pas propre à Cuttoli-Corticchiato. Elle est même nettement plus marquée sur le littoral d'une île qui compte 35% de résidences secondaires selon les chiffres de l'Assemblée de Corse (PDF). Alain Spadoni, président du Conseil régional des notaires de Corse, exerce à Ajaccio. "Sur les quelque 400 logements que j'ai vendus sur la route des Sanguinaires [le quartier résidentiel huppé de la cité impériale, au bord de la mer], il y avait 11% d'acheteurs corses, c'est-à-dire des personnes installées sur l'île depuis un certain nombre d'années", calcule-t-il.

La première commune à voter le statut de résident

Sur les hauteurs de la vallée de la Gravona, le maire a pris une décision radicale. Celle de réserver les logements bon marché d'un projet de lotissement aux seuls Corses. En février 2014, la commune de Cuttoli-Corticchiato a été la première à voter le statut de résident. Le principe est simple : demander à tout futur acheteur de justifier qu'il habite sur l'île depuis au moins cinq ans. "Les habitants nous disaient : 'Il faudrait que les jeunes puissent construire chez eux au lieu de partir sur le continent.' C'est une revendication nationaliste mais chez nous, cela répond surtout à un problème concret", justifie Jean Biancucci. 

Depuis, l'idée a fait plus de chemin dans les têtes que dans les faits. Jean Biancucci a reçu des messages de félicitations de communes des Hautes-Alpes ou du Pays basque, confrontées au même problème. Sous la précédente majorité, de gauche, l'Assemblée de Corse a voté le principe du statut de résident en avril 2014. Elus en décembre 2015 à la tête de la région, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni font pression sur le gouvernement français, qui a accepté de créer un groupe de travail sur "la question foncière et à la lutte contre la spéculation". L'application de ce principe qui rompt l'égalité entre les Français nécessite en effet une modification de la Constitution.

"On vit ici et on ne peut pas se loger"

A Cuttoli-Corticchiato, l'affaire est entre les mains du tribunal administratif. "La décision est pendante, cela fera deux ans en juin", précise Jean Biancucci, défendu dans ce dossier par le cabinet d'un certain Gilles Simeoni. Lorsqu'ils sortiront de terre, les logements du Sgaritatu seront quoi qu'il arrive réservés aux insulaires. "Je vais appliquer cette condition, statut de résident ou pas", martèle le maire.

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Le maire de Cuttoli-Corticchiato (Corse-du-Sud), Jean Biancucci, le 19 janvier 2016.
(THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Les Cuttolais applaudissent. "On en a marre de pas pouvoir se loger, de voir les Parisiens débarquer et tout acheter", résume Nathalie, 28 ans, agacée par "ces maisons qui restent fermées tout l'hiver". "Nous, on vit ici, on travaille ici, et on ne peut pas se loger", regrette cette locataire de la plaine de Cuttoli. Avec son conjoint, en CDI chez EDF, elle gagne entre 3 500 et 4 000 euros par mois, mais ne parvient pas à acheter ou à faire construire. "Avec ce que les banques nous prêtent, on a assez pour acheter un terrain [compter 145 000 euros pour 2 000 m²], pas pour mettre la maison dessus", développe-t-elle. Elle a envoyé un dossier pour le lotissement du Sgaritatu.

Le "désordre juridique" de l'immobilier corse

Dans le bourg de Cuttoli, Christine, 53 ans, approuve également le statut de résident. "Nos jeunes n'ont plus accès aux terrains. On a dû couper notre maison en deux pour que l'une de nos filles devienne propriétaire", raconte-t-elle. Eleveuse de porc nustrale, la race corse, elle subit de plein fouet dans son activité les conséquences des hausses de prix. "On s'est renseignés il y a quelques années pour acheter des terres pour faire de l'orge, se souvient-elle tandis que son mari sort une terrine fumante du four. On est partis en courant quand on a vu les prix." Sur l'île, les propriétaires préfèrent souvent attendre que leurs terres agricoles soient requalifiées constructibles plutôt que de les louer ou les vendre moins chers aux agriculteurs.

Le tableau brossé par les nationalistes manque cependant de nuances. "On ne peut pas faire porter tous les torts de la création à ces malheureux qui achètent chez nous", ironise Pierre-Paul Carette, président de la Fnaim Corse. Dans les années 1990, à cause du contexte politique, le marché des résidences principales était complétement atone dans la région, avec "une valeur du m² à Ajaccio égale à ce qu'on pouvait acheter à Roubaix (Nord)". Le redémarrage qui a suivi, essentiellement porté par les insulaires, a naturellement fait augmenter les prix. Plutôt que "d’aller chercher de grands dossiers difficiles à faire aboutir" comme le statut de résident, l'agent immobilier préférerait que l'on "cherche des adaptations de la loi fiscale pour protéger le patrimoine corse".

Un cadastre chaotique

Alain Spadoni juge lui aussi que la priorité est ailleurs. Le notaire dénonce depuis des années le "désordre juridique" de l'immobilier insulaire. Le cadastre recense 49 000 biens non délimités – une parcelle où on ne sait pas exactement qui possède quoi – en Corse-du-Sud et 54 000 en Haute-Corse, contre 1 000 en moyenne par département sur le continent. "Dans beaucoup de cas, on ne sait pas qui est le propriétaire et lorsqu'on le sait, celui-ci ne peut pas toujours le justifier", se désole le notaire.

La mesure, majoritaire à gauche et chez les nationalistes, suscite également quelques critiques dans la classe politique. "Le statut de résident, c'est prendre un marteau pilon pour écraser une noix", estime Jean-François Profizi, porte-parole de l'association France-Corse. Selon cet ancien responsable socialiste, l'objectif des nationalistes est tout autre. "Ils ont choisi le biais immobilier pour enfoncer un coin et tirer ensuite la ficelle pour établir une citoyenneté corse" avec des droits différents de ceux des Français, accuse-t-il. A l'écouter, les cinq années de résidence ne seraient qu'une manière de parer "aux critiques sur l'ethnicisation". Le droit du sol comme alternative au droit du sang, en quelque sorte.

"On ira dans la rue s'il le faut"

Un avis partagé par la droite insulaire. Député de la Corse-du-Sud, Camille de Rocca Serra (Les Républicains) avait dénoncé en 2014 un principe sans avenir juridique ou institutionnel. "On est bien dans l’idéologie, et non pas dans la recherche de solutions viables, qui d’ailleurs, ne sont pas réellement exploitées ou envisagées pour mieux imposer l’idée du statut de résident", écrit-il sur son site.

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Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et le président de l'exécutif de l'île, Gilles Simeoni,
le 17 décembre 2015 à Ajaccio (Corse-du-Sud). (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Forts de leurs succès électoraux, les nationalistes balayent les critiques. "Il n’a jamais été question de race, d’origine ou de religion. Il ne s’agit pas de ça", assène Jean Biancucci. L'édile, un vieux routier du nationalisme corse, sait que ses idées ne se sont jamais aussi bien portées dans l'île. "Nous avons le vent en poupe. On doit avoir la moitié de la Corse avec nous, savoure-t-il, avant d'envoyer un message au gouvernement. On ira dans la rue s’il le faut. La rue tranchera."

Christian Andreani

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Ghjuvansantu Plasenzotti : Dopu à l'odiu…

08/01/2016

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Jérôme Ferrari : Au-delà de la haine, rien !

01/01/2016

Il y a quelques jours, un ami très cher, quoique germano-libanais, me suggérait de me désolidariser de mes compatriotes amateurs de ratonnade en clamant à mon tour « Not in my name », comme l’avaient fait des Musulmans britanniques pour dénoncer Daesh en 2014. Bien entendu, il plaisantait et voulait simplement démontrer par l’absurde combien il est injuste d’exiger d’une communauté tout entière qu’elle réponde des actes d’une infime minorité de ses membres.

Le malheur est que j’en avais eu le désir avant même de recevoir son message, et le plus sérieusement du monde. C’était un désir vague mais tenace – même si je n’avais pas encore écrit « Micca à me nomu » sur une pancarte. Je m’en réjouis. Car avant de céder à l’appel des désirs, il est prudent de se demander ce que révèle leur existence même.

Ce qui se trouve ici révélé est assez limpide : nous sommes pris au piège d’une injonction venue du Continent qui nous somme de réagir. Ne pas y répondre, c’est confirmer que nous sommes un peuple raciste ; y répondre, c’est avouer que nous avons des raisons de nous sentir coupables – et il est assez remarquable que ce problème soit, au moins formellement, très similaire à celui qui se pose aux Musulmans depuis les attentats de janvier. Notre parole publique est piégée parce que nous ne sommes pas maîtres de l’interprétation qui en sera faite sur le Continent et que cette interprétation nous importe par-dessus tout.

Nous sommes obsédés par notre image – et le préfet lui-même déplorait que les événements des jardins de l’Empereur aient donné une image désastreuse de la Corse. S’il n’a que cela à déplorer, je le félicite et je l’envie. Il me semblait que les événements étaient suffisamment déplorables par eux-mêmes, indépendamment de leurs effets fâcheux sur notre sacro-sainte image. Pourtant, au matin du 26 décembre, j’ai ressenti moi aussi une terrible honte collective. Je le regrette. Car la honte, pas plus que la responsabilité, ne saurait être collective et je ne veux pas faire ce cadeau à Monsieur Barbier et à ses semblables, qui ne méritent que notre mépris. Le débat que nous devons mener n’a pas à se dérouler sous les yeux de certains éditorialistes du Continent, personne n’a à jouer le rôle du Corse ou de l’Arabe de service dans les médias, nous n’avons pas à leur offrir des réactions dans lesquelles ils ne trouveront de toutes façons que la confirmation de leurs préjugés invincibles. Si le sujet les intéresse, il leur suffit de venir ici mener une enquête, ce qui leur donnera, pour une fois, l’occasion de faire un travail de journaliste. Leur détestation nous est acquise une fois pour toutes.

Qu’elle ne nous interdise donc pas de mesurer la gravité de ce qui s’est passé aux jardins de l’empereur. Les mouvements de foule sont toujours ignobles. Le spectacle de la jubilation grégaire est en soi répugnant. Apparemment, si j’en crois les vidéos, rien n’est plus délectable que de se laisser aller en groupe à une pulsion de lynchage qu’on voudrait faire passer pour une soif de justice. Mais où est la justice ? Que l’intolérable agression des pompiers mérite une punition sévère, voilà qui est évident ; mais par quel miracle aberrant cette punition pourrait-elle consister à s’en prendre à une communauté tout entière en terrorisant des familles innocentes ? Hélas, je crains que les courageux manifestants ne se soucient pas le moins du monde des pompiers. Ils ont simplement saisi l’occasion qui leur était offerte de laisser libre cours à la haine qui, depuis des mois, parcourt les réseaux sociaux et qui demeure, dans toute sa pureté, le fait originel.

Cette haine était déjà visible dans l’affaire de Prunelli di Fiumorbu qu’aucune agression n’avait précédée. Le slogan « Arabi fora » a, au moins, le mérite de la clarté. Au-delà de la haine, il n’y a rien qu’un vide abyssal. Toute la rhétorique identitaire, les références aux particularités de la Corse et à ses racines chrétiennes et les protestations d’apolitisme, tous les éléments de langage visant à masquer ce vide ne sont que des foutaises. Evidemment, dans un pays où le patron du Medef peut prétendre sans déclencher l’hilarité de ses interlocuteurs que son organisation est apolitique, on ne s’étonnera pas que des mouvements racistes puissent faire de même.

Mais chacun conviendra, je pense, qu’organiser une ratonnade le jour de Noël témoigne d’une conception pour le moins originale de l’esprit évangélique. Quant au particularisme corse, si c’est en cela qu’il consiste, alors il nous faut admettre que nous sommes définitivement intégrés : en Allemagne, en Hongrie, dans toute l’Europe, pullulent des clones de nos manifestants et, en France même, leurs frères du Front National jubilent de se reconnaître dans le miroir qui leur est tendu depuis Ajaccio. Leurs discours sont rigoureusement interchangeables, les termes mêmes qu’ils utilisent pour disqualifier leurs adversaires sont identiques. La position que je défends ici fait donc de moi – je le pressens et je vais l’écrire moi-même pour leur épargner la peine de le faire – un « bobo », un « islamo-gauchiste », adepte de la « bien-pensance » et du « mondialisme » doublé, seule concession faite à la couleur locale, d’un « Gaulois ».

Quand le langage se met à puer aussi fort, cela signifie qu’il est mort. Il se réduit à une série de catégories vides qu’aucune vie de la pensée ne vient plus irriguer et, inévitablement, il dégage une odeur intolérable qu’il faudra supporter encore longtemps. Quand les mots se transforment en slogans et perdent leur sens, toute discussion devient impossible, le champ du désaccord raisonnable disparaît et, avec lui, la perspective même d’une action politique.

Car c’est sur le terrain politique que cette situation pose les problèmes les plus redoutables. Du côté des services de l’Etat, je me doute qu’elle a dû être très difficile à gérer mais je ne peux m’empêcher de souligner que le préfet a fait passer un bien curieux message. En plein état d’urgence, alors qu’on peut être assigné à résidence pour ses convictions écologistes ou une fréquentation un peu trop assidue de la mosquée, on ne risque apparemment rien à partir en bande à la chasse à l’Arabe.

Je ne dois pas bien comprendre ce qu’est un « trouble à l’ordre public ». Je suis en revanche certain qu’un tel sens des priorités ne manquera pas d’avoir des effets apaisants et de rassurer tout le monde sur l’idée que l’Etat se fait de la justice. De leur côté, les nouveaux élus nationalistes sont confrontés à la récupération d’une partie de leur discours par des groupuscules manifestement racistes. Je leur souhaite bien du courage pour y parvenir, mais j’espère de tout coeur qu’ils continueront à tout faire pour s’en démarquer. Rien ne m’incite à l’optimisme. Toute action me semble vouée à l’échec. Je me trompe peut-être. Ecrire cette chronique, en tout cas, ne sert sûrement à rien. Mais il est des circonstances dans lesquelles la question de l’utilité de ce que l’on fait devient indécente.

Tribune libre : par Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012. Extrait du Settimana, supplément de votre Corse-Matin du 31 décembre 2015

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