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John Coltrane

Dernière mise à jour : 30/01/2016

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Je n'avais pas encore osé affronter ce "monument" du jazz qu'est John Coltrane. Mais je me devais de réparer cette lacune... Disons-le d'emblée, John Coltrane est avec Charlie Parker l'un des musiciens les plus importants du XXe siècle.

John Coltrane (surnommé « Trane ») est né à Hamlet en Caroline du Nord le 23 septembre 1926 et mort à Long Island (New York), le 17 juillet 1967.

ll fait sa première apparition sur la scène du jazz, à l'alto, en 1945 dans le grand ensemble de Jimmy Johnson. Au début de 1947, Coltrane joue quelque temps de l'alto avec l'ensemble de King Kolax, puis il se joint au groupe d'Eddie « Cleanhead » Vinson au ténor. Il se remet un temps à l'alto dans l'ensemble de Jimmy Heath puis au sein du grand ensemble de Dizzy Gillespie En mai 1950, Gillespie dissout son grand ensemble et forme un groupe réduit, avec Coltrane, qui joue de l'alto mais aussi du ténor. En 1953, Coltrane se joint à l'ensemble de sa première idole, l'altiste ellingtonien Johnny Hodges. Suite à ce qu'on appelle pudiquement "des problèmes personnels", Coltrane quitte le groupe puis en octobre 1955 est embauché par Miles Davis, qui s'apprêtait à former un nouveau quintette. Ce premier quintette "classique", dont l'existence fut brève, produisit des enregistrements mémorables, comme 'Round About Midnight, avant d'être dissous au mois d'avril suivant.

C'est le début de la véritable carrière discographique de Coltrane qui s'étend de 1955 à 1967.
Coltrane suit une cure de désintoxication et rencontre la religion. Il signe un contrat avec Prestige Records. En juillet, il travaille avec Thelonious Monk au Five Spot Cafe de New York. C'est à la suite de cette collaboration avec le génie musical qu'était Monk que Coltrane se mit à développer son style de jeu dense caractéristique, faisant déferler à toute allure sur ses auditeurs des torrents de notes entrelacées et convoluées ; un style que le célèbre critique de jazz Ira Gitler appelle, avec justesse, « nappes de sons » (sheets of sounds, en anglais).

En décembre 1957, Coltrane retrouve le groupe de Miles Davis. Il poursuit un travail personnel sur le langage harmonique, abordant chaque accord sous tous les angles à la fois, à la façon des cubistes. Puis, l'année suivante, il signe un contrat d'enregistrement avec Atlantic Records. Après avoir enregistré les chefs-d'œuvres Milestones et surtout Kind of Blue avec le Miles Davis Sextet, il enregistre le vertigineux Giant Steps, son premier album en tant que leader sur le label Atlantic. En mars 1960, il part en tournée en Europe avec Miles Davis. Son style révolutionnaire y est fort mal accepté. Il se fait siffler lors d’un concert à l'Olympia de Paris.

Il forme ensuite son propre quartette, avec Steve Davis à la contrebasse, Steve Kuhn au piano et Pete LaRoca à la batterie. Ces derniers sont rapidement remplacés par McCoy Tyner au piano et Elvin Jones à la batterie. À l'automne, Reggie Workman vient remplacer Steve Davis à la contrebasse. Outre Giant Steps, il enregistre pour le label Atlantic plusieurs disques, tous considérés comme la quintessence de l'art coltranien, dont My Favorite Things, et Olé avec Eric Dolphy.

À cette époque, il découvre le saxophone soprano. Il dira plus tard que cette découverte va modifier sa conception du saxophone ténor, l’aidant à explorer toute l'étendue de l'instrument.
En 1961, Coltrane signe un contrat d'enregistrement décisif avec Impulse! qui débute par l'enregistrement de l'album Africa/Brass, avec un orchestre élargi sur des arrangements de McCoy Tyner et d'Eric Dolphy. Le producteur du label enregistre ensuite le groupe de Coltrane au Village Vanguard du 1er au 5 novembre. Il y est accompagné une nouvelle fois d'Eric Dolphy mais aussi d'Ahmed Abdul-Malik, le bassiste de Monk, qui joue du tampoura sur le morceau India. Dans ces magnifiques performances, Coltrane révèle toute sa puissance, en particulier dans une historique version fleuve de Chasin' the Trane.

Peu après ces concerts, Coltrane se rend en Europe, en compagnie d’Eric Dolphy, McCoy Tyner, Reggie Workman et Elvin Jones, où il reçoit un meilleur accueil que lors de son précédent séjour avec Miles Davis.

Le 11 avril 1962 ont lieu les premiers enregistrements (The Inch Worm et Big Nick) de ce qui deviendra le "classic quartet" composé de McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la basse et Elvin Jones à la batterie. L'album Coltrane publié par Impulse! est constitué du matériel enregistré lors de ces premières séances, avec notamment une version remarquable du standard Out Of This World.

Coltrane enregistre le 26 septembre 1962 un album en compagnie de Duke Ellington où il revient à une certain orthodoxie dans son style. L'album Ballads, enregistré à la même époque s'inscrit dans ce mouvement, de même que l'album avec Johnny Hartman, un chanteur de jazz, enregistré en 1963.

Le 15 septembre 1963, quatre fillettes noires sont tuées dans un attentat raciste à Birmingham (Alabama). À la suite de cette tragédie, Coltrane enregistre, le 18 novembre, la pièce Alabama en mémoire des enfants assassinés.

En avril 1964, Coltrane renouvelle son contrat avec le label Impulse!, puis enregistre Crescent, l'un des albums les plus aboutis de toute sa carrière. Le 9 décembre, le John Coltrane Quartet enregistre son chef-d'œuvre A Love Supreme, considéré comme l'un des albums les plus importants de l'histoire du jazz.

En juin 1965, Coltrane enregistre Ascension en compagnie de jeunes musiciens provenant du free-jazz comme Archie Shepp ou Pharoah Sanders, qui intégrera le groupe régulier de Coltrane dans les semaines qui suivront. Coltrane, toujours en quête, a pris l'habitude dans certains morceaux de faire taire piano et contrebasse pour rester seul face à la batterie (Vigil). Mais il impose aussi à Elvin Jones d'abandonner le tempo pour une pulsation rubato. En décembre 1965, insatisfait de la nouvelle orientation de la musique de Coltrane, McCoy Tyner quitte le groupe. Il sera remplacé par la seconde épouse de Coltrane, Alice McLeod. Il est suivi peu après par Elvin Jones en 1966, à la suite de l'arrivée du batteur Rashied Ali. Une autre histoire commence avec d’autres protagonistes, Rashied Ali, Pharoah Sanders, qui allait mener Coltrane vers des régions stellaires inatteignables..

Le 28 mai 1966, la nouvelle formation est enregistrée au Village Vanguard. L'album Live At The Village Vanguard Again! présente deux titres connus du répertoire de Coltrane (Naima et My Favorite Things), mais dans des versions "déstructurées" fort différentes de celles du précédent quartette. Du 8 au 24 juillet, le groupe part pour une tournée au Japon. Les concerts des 11 et 22 juillet 1966 seront publiés après la mort du saxophoniste sous le titre de Live In Japan.

Le 15 février 1967, Coltrane retrouve les chemins du studio d'Englewood Cliffs (New Jersey) en quartette (sans Pharoah Sanders) et enregistre des morceaux qui sortiront pour la plupart en 1995 sur Stellar Regions. Le 22 février, Coltrane rentre en studio en compagnie du batteur Rashied Ali pour produire une série de duos, publiés en 1974 sous le titre de Interstellar Space : Coltrane profite de l'absence de contexte harmonique pour explorer de nouvelles voies en termes d'improvisation, comprenant même l'atonalité. Expression, le dernier album pensé comme tel de son vivant, a été enregistré lors de cette période (27 février, 7 et 29 mars, puis 17 mai). Le 23 avril, le groupe de Coltrane se produit à deux reprises à l'Olatunji Center of African Culture. Le premier des deux concerts d'une heure constitue l'ultime enregistrement public du saxophoniste et a été publié par Impulse! en 2001.

Le 7 mai, au Famous Ballroom de Baltimore, Coltrane donne ce qui s'avèrera être son dernier concert. Les concerts annoncés alors sont annulés en raison de la santé déclinante de Coltrane.

En mai, Coltrane est pris d'une intense douleur à l'estomac. Il subit une biopsie, mais ne se fait pas traiter. Le 14 juillet, il rencontre son producteur pour choisir le matériel de ce qui deviendra son premier album posthume, Expression. Deux jours plus tard, aux petites heures du matin, il est conduit d'urgence à l'hôpital. Le 17 juillet, John Coltrane décède à quatre heures du matin d'un cancer du foie.

On peut distinguer trois périodes dans la musique de Coltrane : celle des collaborations avec Monk et Miles Davis, qui culmine avec Giant Steps. Ce morceau marque à la fois une certaine perfection et une limite. Coltrane semble avoir exploré toutes les possibilités harmoniques, et passera à la recherche modale. La période "classique" du quartet avec McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones chez Impulse!, entre 1961 et 1965. Et enfin, la dernière période le verra dans l'improvisation collective (Ascension) puis dans une recherche effrenée. Piano, contrebasse et batterie bruissent autour du soliste à la façon de la tampura dans la musique indienne qui a pour fonction de mettre en évidence le cosmos avec lequel l'improvisateur entre en résonance.


Dans la gigantesque discographie de Coltrane (enregistrée sur une période restreinte : entre 1960 et 1966), il est difficile de faire une sélection. Après une série d'enregistrements pour Prestige (documentée par un coffret de 16 CD réédité en trois petits coffrets : " Interplay", " Fearless Leader" et "Side Steps") puis quelques disques chez Atlantic (dont le célèbre Giant Steps), la totalité de la discographie de Trane se trouve chez Impulse!, qui a réédité dans un magnifique coffret de 8 CD les enregistrements du quartet (John Coltrane : The Classic Quartet-Complete Impulse! Recordings ­Impulse!/Universal).


1946 et 1954 : First Giant Steps - RLR Records
1951 : Trane's First Ride - LP Oberon
1956 : Tenor Conclave - Prestige/OJC
1957 : Dakar - Prestige/OJC
1957 : Coltrane - Prestige/OJC
1957 : Cattin' with Coltrane and Quinichette - Prestige/OJC
1957 : Wheelin' and Dealin' - Prestige/OJC
1957 : Blue Train - Blue Note
1957 : Traneing In - Prestige/OJC
1957 : Plays the Blues - Prestige/OJC
1957 : The Believer - Prestige/OJC
1957 : Lush Life - Prestige/OJC
1957 : The Last Trane - Prestige/OJC
1957 : The Complete Lee Kraft Sessions
1958 : Soultrane - Prestige/OJC
1958 : Settin' the Pace - Prestige/OJC
1958 : Black Pearls - Prestige/OJC
1958 : Standard Coltrane - Prestige/OJC
1958 : Bahia - Prestige/OJC
1958 : The Stardust Session - Prestige/OJC
1958 : Coltrane Time - Blue Note
1959 : Giant Steps - Atlantic
1959 : Bags and Trane (avec Milt Jackson) - Atlantic
1960 : Coltrane Jazz - Atlantic
1960 : The Avant-Garde (avec Don Cherry) - Atlantic
1960 : My Favorite Things - Atlantic
1960 : Coltrane Plays the Blues - Atlantic
1960 : Coltrane's Sound - Atlantic
1961 : Olé Coltrane - Atlantic
1961 : The Complete 1961 Village Vanguard Recordings - Impulse!
1961 : Live at the Village Vanguard: the Master Takes - Impulse!
1961 : The Complete Africa/Brass Sessions - Impulse!
1961 : The Complete Copenhagen Concert
1962 : Coltrane - Impulse!
1962 : Ballads - Impulse!
1962 : Bye Bye Blackbird - Pablo
1962 : Duke Ellington and John Coltrane - Impulse
1963 : John Coltrane and Johnny Hartman - Impulse!
1963 : Live at Birdland - Impulse!
1963 : Impressions - Impulse!
1963 : Newport '63 - Impulse!
1963 : Afro Blue Impressions - Pablo live -sorti en 1977-
1964 : Crescent - Impulse!
1964 : A Love Supreme - Impulse!
1965 : The John Coltrane Quartet Plays - Impulse!
1965 : Dear Old Stockholm - Impulse!
1965 : Transition - Impulse!
1965 : Living Space - Impulse!
1965 : Ascension - Impulse!
1965 : New Thing at Newport - Impulse!
1965 : Sun Ship - Impulse!
1965 : First Meditations - Impulse!
1965 : Live in Seattle - Impulse!
1965 : Om - Impulse!
1965 : Kulu Sé Mama - Impulse!
1965 : Meditations - Impulse!
1966 : Live at the Village Vanguard Again! - Impulse!
1966 : Live in Japan - Impulse!
1966 : Last Performance at Newport - Free Factory
1967 : Interstellar Space - Impulse!
1967 : Expression - Impulse!
1967 : Stellar Regions - Impulse!
1967 : The Olatunji Concert - Impulse!

Giant Steps

Giant Steps est le premier album de Coltrane publié en tant que leader pour Atlantic. L'album est enregistré peu de temps après Kind of Blue de Miles Davis. En l'espace de quelques semaines, John Coltrane marque de son empreinte l'histoire du jazz à deux reprises, mais avec des albums radicalement opposés. Si Kind of Blue ouvre les portes du jazz modal, Giant Steps pousse l'esthétique be bop à ses extrémités en le portant à un degré de complexité jusqu'alors inégalé.

Giant Steps est un album unique dans l'histoire du jazz. Après Giant Steps, Coltrane changera de style, ayant probablement conscience qu'il était arrivé aux limites du jazz tonal. Coltrane présente dès ce disque des qualités de compositeur et d'interprète hors du commun.

Le morceau qui donne son titre au disque, Giant Steps, est le plus spectaculaire sans tourner à la démonstration ou à la virtuosité gratuite. Inspiré par le Thesaurus of Scales and Melodic Patterns de Nicolas Slonimsky, il est fondé sur des grilles d'accords très complexes sur lesquelles il semble impossible d'improviser à ce tempo. Cette grille est polytonale : les trois tonalités Si, Sol et Mib majeurs ont la même importance et divisent l'octave en 3 parties égales(3 tierces majeures). Voici la grille des 8 premières mesures : | Bmaj7 D7 | Gmaj7 B♭7 | E♭maj7 | Am9 D7 | Gmaj7 B♭7 | E♭maj7 F♯7 | Bmaj7 | Fm9 B♭7 |

Cousin Mary revient à un style plus académique. Coltrane extrapole les 12 mesures du blues avec une grille d'accords originale, mais dont le feeling reste bluesy. La composition est dédiée à sa cousine, dont il fut très proche lors de ses premières années.

Sur Countdown, Coltrane pousse plus loin encore ce qu'il a amorcé avec Giant Steps. Dans un premier temps seul en duo avec Art Taylor, Tommy Flanagan ne rentre qu'en cours de morceau, se contentant de placer les accords alors que Paul Chambers ne se lance dans une walking bass qu'en fin de plage.

Spiral est une composition originale brillante, dont les climats évoluent selon les passages. La structure présente une alternance entre une descente d'accords chromatique alors que la basse ne bouge pas avec un autre passage en walking plus classique. Ce titre rend justice à Tommy Flanagan dont l'improvisation est ici de premier plan. C'est aussi l'occasion du premier solo de basse de Paul Chambers.

Syeeda's Song Flute (dont le titre renvoie à la belle-fille de John) est une composition dont le balancement rythmique, presque sautillant, sert à merveille un thème presque enfantin. Coltrane se montre là encore brillant compositeur. L'improvisation reprend un peu les choses où le titre précédent les avait laissé. Pourtant plus relâché que sur les première et troisième plages, le jeu de John n'en est pas moins dense, traversé d'une énergie de tous les instants. Tommy Flanagan et Paul Chambers profitent du tempo moins rapide de la composition pour développer leur solo respectif.

Dédié à sa première épouse, Naima est une des compositions les plus émouvantes de Coltrane.

L'album se termine avec Mr. P.C., un blues en mineur au tempo très rapide dédié au bassiste Paul Chambers. Coltrane joue ici des phrases très rapides avec un son sans vibrato dans un style hard bop dont il ne cessera de s'éloigner dans les mois à venir. L'improvisation de Coltrane est un modèle du genre : il débute son solo sur les chapeaux de roue mais réussit néanmoins à ne jamais faire retomber l'intensité. Le solo de Flanagan, dans un contexte harmonique normal, montre que ce dernier savait faire mouche sur un tempo élevé. Avec les années, Mr. P.C. est devenu un standard parmi les musiciens de jazz.

My Favorite Things

My Favorite Things marque les débuts du nouveau groupe de John Coltrane, et notamment de sa collaboration avec McCoy Tyner et Elvin Jones, qui reste pour de nombreux critiques et amateurs l'une des meilleures de l'histoire du jazz. Les sessions qui ont donné naissance à cet album furent particulièrement riches. Elles donnèrent matière à deux autres albums du groupe : Coltrane's Sound et Coltrane Plays the Blues.

Le morceau titre, My Favorite Things, est une interprétation modale du standard de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein, tiré de la comédie musicale The Sound of Music (La Mélodie du bonheur). Il prolonge les innovations du Kind of Blue de Miles Davis en proposant de longues plages modales, alternant en majeur et mineur, et où Coltrane joue du saxophone soprano. C'est un tournant dans l'histoire de cet instrument, qui tombait alors en désuétude dans l'univers du jazz. Mais c'est surtout un bond en avant dans les conceptions modales, en termes de liberté et d'expressivité du soliste. il s'affranchit ici des grilles d'accords encore présentes sur Kind of Blue, en improvisant sur de courts motifs que la rythmique répète jusqu'à ce que le soliste décide de reprendre le thème. Il faut aussi souligner la façon dont Elvin Jones interagit avec Coltrane.

Son interprétation de Everytime We Say Goodbye, une ballade, est plus classique, même si l'utilisation du soprano donne au titre une couleur particulière.

Par contre, les interprétations des deux standards suivants sont très personnelles : Coltrane prend ses distances vis-à-vis du thème de Summertime, joué de façon peu orthodoxe. Il réharmonise ensuite But Not for Me en appliquant les trouvailles harmoniques de Giant Steps.

The Complete 1961 Village Vanguard Recordings

Oui, "The Complete 1961 Village Vanguard Recordings" est un coffret. Mais il est essentiel. John Coltrane est pour quatre soirées d'affilée au célèbre club jazz de Greenwich Villageen. Avec son quartet mais aussi Éric Dolphy. Les vingt-deux titres donnés en quatre jours et disséminés auparavant sur des disques comme "Live at The Village Vanguard", "Impressions", "Trane's Mode" ou autres sont enfin réunis dans leur intégralité. Certes, ce sont majoritairement les mêmes titres qui reviennent, "India", "Chasin' The Trane", "Impressions", "Spiritual" et "Miles' Mode" étant interprétés chaque soir. Mais jamais deux fois de la même manière. Et c'est là aussi tout l'intérêt du coffret qui rend enfin compte de l’extraordinaire tension qui anime cette musique de bout en bout, avec des montées en puissance proprement sidérantes qui aujourd’hui encore laissent sans voix.

John Coltrane with Johnny Hartman

Album moins célèbre que Ballads, John Coltrane with Johnny Hartman dégage un charme particulier. Les années 1962-63 furent deux années de « pause » pour Coltrane. Le producteur Bob Thiele contrebalance le lyrisme exacerbé de Coltrane par des commandes plus "sages". En plein milieu de l’ascension de la « New Thing », Coltrane semble en prendre le contre-pied et revenir à des conceptions plus classiques. En plus des Ballads enregistrées un an plus tôt, John et son quartet enregistrent avec Duke Ellington et le crooner Johnny Hartman.

Composé uniquement de standards de Billy Strayhorn (« Lush Life »), Rodgers-Hart (« You Are Too Beautiful ») ou encore Irving Berlin (« They Say It’s Wonderful »), John Coltrane & Johnny Hartman lest un disque magnifique. La complémentarité Coltrane/Hartman est surprenante : sur « Dedicated To You », on passe de l’un à l’autre sans (presque) s’en apercevoir. Coltrane donne l’impression de chanter ses notes tandis qu’Hartman les rend cuivrées et joue de sa voix comme d’un instrument. C’est seulement sur « Autumn Serenade », peut-être, que le saxophoniste se permet, dans son solo, les petites saccades de notes qui constituent son style et construisent sa sonorité. McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones s’effacent parfois pour laisser dialoguer Coltrane avec Hartman. En prenant soin de se charger de toute la partie harmonique et de la base rythmique du morceau en pianissimo, ils laissent aux deux solistes tout le loisir de se prêter au jeu mélodique.

Crescent

Des disques de la première période Impulse! (celle avant la scission du groupe), "Crescent" est sans conteste le plus crépusculaire de tous. Les climats de l'album tranchent du reste de la discographie de Coltrane.  Le Coltrane de Giant Steps est loin ; seul "Bessie's Blues" un blues en 12 mesures dans la tradition du bebop, diffère du reste de l'album et renvoie au passé, comme un dernier regard en arrière avant de tout quitter. Une grande page va être tournée. Chacun s'exprime comme il ne l'avait jamais fait. McCoy Tyner brille dans l'atmosphère divine de Wise One, Jimmy Garrison se livre à l'exercice controversé de la contrebasse solo avec brio sur Lonnie's Lament, qui sonne presque comme un chant funéraire. Sans parler d'Elvin Jones, à qui un morceau entier est dédié (The Drum Thing). On trouve sur "Crescent" parmi les thèmes les plus forts et les plus personnels jamais écrits par Coltrane.

A Love supreme

Ce grand classique du quartette voit se combiner l'expérience de Giant Steps, la maîtrise de l'improvisation modale et par motifs, l'attrait des intervalles de quarte, l'expression sous-entendue de la pulsation et les aspirations mystiques du saxophoniste.
(voir en page "Disques du mois")

Pour la dernière période de Coltrane, je choisis Expression, le dernier publié de son vivant. Ascension est un album important mais son écoute est assez éprouvante...

Signalons aussi un autre coffret ("The Heavyweight champion") reprenant les disques Atlantic de Coltrane ; indispensable lui aussi !

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