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Carla Bley

Dernière mise à jour : 30/01/2016

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Née Carla Borg le 11 mai 1938 à Oakland en Californie, Carla Bley part pour New York à 17 ans et vend des cigarettes au Birdland. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley qu'elle épouse en 1957. Il l'encourage à composer. Elle joue notamment avec Paul Bley, George Russell, Jimmy Giuffre et Art Farmer. Elle rencontre le trompettiste Michael Mantler en 1964 au sein de la Jazz Composers’ Guild. Ils fondent un orchestre avec Roswell Rudd, Archie Shepp et Milford Graves. La Guild devient bientôt le Jazz Composers’ Orchestra. Paul et Carla divorcent deux ans plus tard, mais Paul continue de jouer ses compositions, tout comme Jimmy Giuffre, George Russell et Art Farmer. Elle rencontre ensuite le trompettiste Michael Mantler, avec lequel elle dirige le Jazz Composers' Orchestra.

Carla enregistre également Fictitious Sports avec Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, Robert Wyatt et Chris Spedding. Elle écrit un arrangement de la musique du 8 ½ de Fellini pour un hommage à Nino Rota. Elle compose la musique de A Genuine Tong Funeral pour Gary Burton, compose et fait des arrangements pour le Charlie Haden's Liberation Music Orchestra. En 1985 elle se concentre sur de plus petits ensembles et écrit pour un sextet sans cuivres, ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire pour de grands orchestres. : un arrangement de Lost in the Stars pour l'album de Willner consacré à Kurt Weill, une version opéra de Under the Volcano d'après le roman de Malcom Lowry présentée à Cologne avec Jack Bruce, Steve Swallow et Don Preston.

Le Carla Bley Sextet, avec Hiram Bullock, Steve Swallow, Larry Willis, Victor Lewis et Don Alias, fait une tournée européenne en 1986 et sort le disque Sextet. Steve Swallow écrit un album Carla avec elle comme organiste. Carla commence à jouer en duo avec Steve Swallow (album Duets), puis décide de retravailler avec son orchestre de 10 musiciens : le Big Carla Bley Band, avec Lew Soloff, Gary Valente, Wolfgang Pusching, Franck Lacy, Cristof Lauer, Bob Stewart, Andy Sheppard et sa rythmique américaine tourne en Europe et sort le CD Fleur Carnivore. Elle compose aussi Dreamkeeper, et l'arrangement du troisième album du Liberation Music Orchestra.

Son groupe actuel, Lost chords, rassemble Andy Sheppard, Steve Swallow et Bill Drummond, et... Paolo Fresu en invité !

Le talent de compositeur et d'arrangeur de Carla Bley est remarquable, mais il faut souligner aussi sa capacité à s'entourer des meilleurs musiciens, et à en tirer le meilleur d'eux-mêmes. Les interventions de Gato Barbieri, de Terje Rypdal, de Lew Soloff, d'Andy Sheppard et de tant d'autres dans les orchestres de Carla Bley sont parmi les plus marquantes de leur carrière.

Discographie

1968 Communications (Jazz Composers' orchestra)
1969 Liberation Music Orchestra (Charlie Haden)
1971 Escalator Over The Hill (Carla Bley and Paul Haines)
1974 Tropic Appetites (Carla Bley)
1977 Dinner Music (Carla Bley)
1978 European Tour 1977 (Carla Bley Band)
1979 Musique Mecanique (Carla Bley Band)
1981 Social Studies (Carla Bley Band)
1982 Live! (Carla Bley Band)
1983 The Ballad Of The Fallen (Charlie Haden and Carla Bley)
1984 I hate to sing (Carla Bley Band)
1984 Heavy Heart (Carla Bley)
1985 Night-Glo (Carla Bley)
1987 Sextet (Carla Bley)
1988 Duets (Carla Bley and Steve Swallow)
1989 Fleur Carnivore (Carla Bley)
1991 The Very Big Carla Bley Band (Carla Bley Band)
1992 Go Together (Carla Bley and Steve Swallow)
1993 Big Band Theory (Carla Bley)
1994 Songs with Legs (Carla Bley)
1996 ...Goes to Church (Carla Bley Big Band)
1998 Fancy Chamber Music (Carla Bley)
2000 4x4 (Carla Bley)
2003 Looking for America (Carla Bley Big Band)
2003 The Lost Chords
2005 Not In Our Name (with Charlie Haden/ Liberation Music Orchestra)
2007 The Lost Chords Find Paolo Fresu
2008 Appearing Nightly (Carla Bley Big Band)
2013 Trios (with Andy Sheppard & Steve Swallow)

DVD-Video
1983/2003 Live in Montreal

Communications

Ce disque offre un panorama relativement représentatif du free jazz de la fin des années soixante. Don Cherry et Gato Barbieri, Roswell Rudd, Pharoah Sanders, Larry Coryell, Cecil Taylor. Compositions pour grand orchestre. Grondements, roulements, cris, stridences : un maelström sonore pas de tout repos, mais passionnant.

Escalator Over The Hill : a chronotransduction.

Le chef d’œuvre de Carla Bley.
Autour d’un trio de base (Bley, Haden, Motian), un Roswell Rudd au sommet de sa puissance, un Barbieri qui ne jouera jamais mieux, Sheila Jordan aux côtés de la toute jeune Linda Rondstadt, Jeanne Lee, Jack Bruce, John McLaughlin et sa guitare habités de l'âme d'Hendrix, Don Cherry incarnant tous les Indiens de la Terre. Une ouverture énorme : treize minutes de tension et d'intensité inouïes, chant funéraire, marche lente et majestueuse (thème 1) exposé‚ par Rudd et Barbieri, auquel succède, sur des riffs cuivrés, une danse latino-africaine. Rudd survole cette jungle, et retombe sur un accord répété, qui module superbement vers le thème 3, et c'est la valse qui surgit. Lente d'abord (unisson des saxophones), puis rapide (magnifique Perry Robinson à la clarinette), enfin dissonante, valse de foire macabre. La transition qui suit amène le solo le plus extraordinaire de Gato Barbieri : un cri de rage, une plainte puissante. Puis le calme revient….

Vidéo de "Hotel Overture"

Le reste est une suite  avec plein de moments forts, des valses avec un Gato Barbieri impérial, de riches duos entre Jack Bruce et John McLaughlin, des mélopées chantées par Don Cherry, qui intervient aussi à la trompette... La musique évoque tour à tout Kurt Weill, Nino Rota, le rock, le jazz, l’opéra, la musique indienne…
En 1998, Carla Bley a réuni un orchestre de vingt-trois musiciens pour reprendre la partition originale  en version "allégée".

Extraits video de Why, Holiday in Risk, Over her head avec Erika Stucky dans le rôle de Ginger (Philharmonie Essen 2006) et David Moss.

Une rareté : répétition d'Escalator avec John McLaughlin et Jack Bruce avec Carla et Paul Motian.

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Tropic Appetites

Moins connu, considéré comme mineur, en tout cas moins ambitieux par son personnel réduit et sa durée, “Tropic Appetites”  (1973) a sur “Escalator over the Hill”  l’avantage de la concision. On retrouve certains protagonistes de l'opéra : le librettiste Paul Haines, les voix (et les instruments) de Carla Bley et Howard Johnson, la trompette de Michael Mantler, Paul Motian et, au faîte de son art, Gato Barbieri. Dave Holland a pris la place de Charlie Haden, Julie Tippetts (ex Driscoll) complète admirablement les voix.

Dinner Music

Enregistré à New York en octobre 1976, un album poétique, où l'on retrouve les inoubliables Sing Me Softly Of The Blues (immortalisé par Art Farmer et Steve Kuhn), Ad Infinitum (magnifié par Phil Woods) et Ida Lupino (dont Paul Bley fit un chef d'oeuvre). Ces trois thèmes sont profondément remaniés ici, la version d'Ida Lupino bénéficiant quant à elle d'une véritable réécriture de la mélodie, tout aussi fascinante que la partition originale. Un beau disque.

Social Studies

Au début des années 80, Carla Bley dispose d'un orchestre régulier, un nonette privilégiant les cuivres qui, souvent utilisés dans le registre grave, accentuent l'expressionnisme de ses partitions. Dans Social Studies, les couleurs sombres prédominent : un tango, une valse triste, une marche funèbre... Mais tout cela est plein d'humour er remarquablement écrit et interprété.
Et il y a la perle de ce disque : Utviklingssang. Attention, chef-d'œuvre.

Live !

Cet album enregistré en public permet d'entendre une formation parfaitement rodée interprêter un nouveau répertoire. Ce  Live ! contient cinq inédits, la seule reprise étant  “Song Sung Long”  figurant sur “Dinner Music” mais réorchestré de manière toute différente. On y trouve aussi de superbes mélodies aux arrangements sophistiqués : “Still In The Room”, introduit à la basse électrique par Steve Swallow, grand dispensateur de subtile harmonie, un musicien qui se distingue particulièrement sur ce disque, “Time And Us”, morceau de bravoure de l'altiste Steve Slagle, une sombre ballade qui aurait très bien pu figurer sur “Social Studies”.

Car au-delà de l'humour, la musique de CarIa Bley dégage souvent une profonde mélancolie.

I Hate To Sing

Un disque plein d’humour. I Hate to Sing est en grande partie un album live enregistré au Great American Music Hall en 1981 (les mêmes qui ont donné Live) avec trois morceaux enregistrés en 1983 en studio.

Heavy Heart

Heavy Heart” (coeur lourd) est dans l'ensemble un disque mélancolique, mais nullement ennuyeux, parce que riche de suspens, de climats sans cesse changeants.
Ainsi “ Light or Dark ”, comme le titre l'annonce, fait alterner un thème assez sombre exposé par Steve Slagle avec des variations lumineuses et très aérées où chacun des solistes se présente nonchalamment. La ravissante ballade Talking Hearts (encore un futur standard ” signé Carla) met en scène le guitariste Hiram Bullock. Sur Joyful Noise remarquable sole de flûte de Steve Slagle. La grande nouveauté du disque réside dans la présence au piano de l’excellent Kenny Kirkland
Pour finir, un long solo très inspiré de Steve Slagle sur Heavy Heart.

Night-Glo

Les cuivres sont ici au second plan, derrière la rythmique composée de  Steve Swallow, Hiram Bullock et Victor Lewis.

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Sextet

Carla Bley reprend la formule du petit ensemble, un sextette en l'occurrence : piano, orgue, basse, guitare, batterie et percussion. Les cuivres ont disparu. Sonne un peu « variété ».

Fleur Carnivore

Un  sommet de l'oeuvre enregistrée de Carla. Composition, arrangement, direction d'orchestre : dans ces trois domaines, elle excelle, poursuivant à sa manière la tâche abandonnée par Gil Evans. Solos de Lew Soloff, Frank Lacy, Gary Valente, Wolfgang Puschnig, Andy Sheppard, Christof Lauer, Karen Mantler et Steve Swallow.

The Very Big Carla Bley Band

Encore un disque magnifique : une formation encore plus luxueuse, au service des quatre solistes : le trompettiste Lew Soloff, Gary Valente au trombone, l'altiste Wolfgang Puschning et le ténor Andy Sheppard. Un sommet : Lo ultimo.

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theory

Une vidéo de 1990 : "Who Will Rescue You"

Go Together

Quand la complicité amoureuse se conjugue avec l’union d’une compositrice pour laquelle le piano n'a longtemps été qu'un accessoire et d'un bassiste électrique aux conceptions totalement originales, on a un dialogue passionnant avec une économie de moyens étonnante.

Big Band Theory

Un tout petit peu décevant, hormis Birds of Paradise. Tout est relatif, mais la discographie de Carla est tellement riche...

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Songs with Legs

Cet album en trio, piano-saxophone-guitare basse, est organisé autour de son harmonisation splendide d'un des plus célèbres blues de Monk, Misterioso. L'influence de Monk sur la musique de Caria Bley s'entend de mieux en mieux depuis qu'elle s'est mise à la pratique assidue du piano, soit en duo avec Steve Swallow, soit, comme ici, en ajoutant le timbre légèrement rauque, voilé et d'une extrême justesse d'Andy Sheppard, le saxophoniste britannique; une association qui rappelle l'alliage sonore du ténor Charlie Rouse avec la frappe assurée de Monk.

Le toucher de Carla n'est pas celui des improvisateurs hardis, il est plutôt, même en solo, celui d'une interprète délicate et précautionneuse de sa propre musique. Ce qui lui donne un charme fou, auquel succombent de tout évidence les publics européens de ce disque, enregistré en tournée.

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Un nouvel octet, 4 x 4. Magnifique de bout en bout, avec un Andy Sheppard somptueux dans Utviklingssang (je garde un souvenir ému d'une interprétation extraordinaire de ce morceau par le même Andy Sheppard, au Parc Floral de Vincennes voici une dizaine d'années).

Voici justement Utviklingssang joué au Cully Jazz Festival en 2011 :

Carla revient à la tête d'une nouvelle formation, inaccoutumée : un double-quartet avec deux fins rythmiciens (le bassiste Steve Swallow et le percussionniste Dennis Mackrel), une place de choix aux instruments à vent, un orgue côtoyant le piano de Carla. Une pareille formule, qui, de surcroît, présente un casting superbe, constitue une matière idéale pour cette artisane, si habile à travailler les masses sonores, les couleurs et les contrastes.

Le groupe 4x4 selon Carla Bley : « Nous avions eu l'idée d'un big band réduit. Il a fallu supprimer trois trompettes, trois trombones et trois instruments à anche. Il en est resté notre section rythmique carrée et quatre instruments à vent. À Copenhague, nous avons eu l'occasion d'essayer cette nouvelle formule. Elle fonctionnait bien. J'ai appelé mon agent et lui ai demandé de m'organiser une tournée. »

Commentaire de certaines œuvres par Carla Bley :

Baseball : « La grande bataille entre Mark McGwire et Sammy Sosa était dans tous les journaux télévisés, et quand le morceau a pris forme, j'ai décidé de l'appeler Baseball. Aucun des extraits de fanfare joués à l'orgue n'y était avant qu'il ait ce nom. J'ai pensé que ce serait drôle d'y ajouter quelques mélodies sportives célèbres, mais je n'avais assisté qu'à un match dans toute ma vie et n'en regardais jamais à la télé. J'ai téléphoné à ma fille, qui se plaignait toujours du bruit des jeux quand elle habitait près du Fenway Stadium à Boston. Elle se souvenait de plein d'airs de fanfares et me les a chantés au téléphone. »

Blues in 12 Bars and Blues in 12 Other Bars : « L'idée du premier morceau m'est venue pendant que Steve Swallow et moi étions à Copenhague. On m'avait prêté un synthétiseur Kurzweil un peu endommagé. C'est donc cet instrument qui est responsable du tour qu'a pris le premier titre, Blues in 12 Bars and Blues in 12 Other Bars . Il ne pouvait pas tenir les notes ni contrôler le volume. La seule musique qui sortait de ce truc était quelque chose que je n'imaginais entendre que dans un bar. »

Les Trois Lagons : «  Les Trois Lagons a commencé par être une commande du Festival de jazz de Grenoble. On m'a demandé de choisir un hors-texte dans un livre de découpages d'Henri Matisse qui s'appelle « Jazz », et de m'en inspirer pour composer une œuvre. J'ai choisi des motifs qui s'appelaient tous "Lagons" et ai écrit le morceau en regardant un vrai lagon de ma fenêtre. On l'a joué en trio (avec Andy Sheppard et Steve Swallow) au festival de Grenoble en 1996. Comme il était prévu d'y ajouter d'autres musiciens plus tard, je l'ai réorchestré pour Fancy Chamber Music en 1996 et une nouvelle fois pour 4X4 fin 1999, lors d'un séjour avec Steve Swallow dans une petite île des Caraïbes. »

Sidewinders in Paradise : « Il y avait beaucoup d'oiseaux et nous adorions surtout écouter chanter les passereaux au crépuscule. Chaque soir pendant nos duos, les oiseaux et les grenouilles avaient l'air de nous accompagner. Je me suis mise à enregistrer et à transcrire les mélodies des passereaux, à la recherche d'une idée pour un morceau. Une de mes cassettes usagée ne s'est enregistrée que sur une piste. Sur l'autre, Sidewinder, un morceau impressionnant de Lee Morgan était resté gravé. En le réécoutant j'ai tout de suite compris ma chance : un nouveau morceau était né ! Les oiseaux sonnaient merveilleusement bien sur le motif rythmique qui ne s'était pas effacé. Plus tard, alors que je retravaillais le tout, il s'est trouvé que la phrase Stranger in Paradise s'adaptait aux premières mesures des changements d'accords. Je l'ai donc intégrée au morceau. Ailleurs, c'était les coassements à deux notes des grenouilles que nous entendions tous les soirs qui figuraient à l'arrière-plan. Le morceau une fois terminé, je n'ai eu aucun mal à lui trouver un nom : Sidewinders in Paradise. Presque tout était « emprunté », alors pourquoi ne pas faire la même chose avec le titre ? »

Utviklingssang : « J'avais déjà écrit une version pour 4X4 du morceau que nous jouerions en rappel à la fin des concerts. C'était le même que celui que nous utilisions en trio. Étant donnée sa place, nous ne l'annoncions jamais, et souvent des gens venaient nous demander à la fin des concerts « C'était quoi, le nom de ce joli morceau ? » La réponse n'était pas très jolie, sauf peut-être pour les Norvégiens, mais nous nous pincions les lèvres comme des poissons et essayions de dire « Utviklingssang ». Il y a des années un organisateur m'avait demandé de composer quelque chose d'un peu scandinave pour une tournée que je faisais avec les Scandinavian All-stars. J'avais refusé parce que je trouvais que c'était une idée ridicule, mais le morceau m'était venu tout seul. J'attendais d'arriver à Oslo, où se déroulaient les répétitions, pour lui donner un titre. En chemin pour la première séance, j'ai vu un défilé de manifestants dans l'avenue principale. J'ai demandé à mon guide contre quoi ils protestaient. Il m'a répondu que les saumons et les rennes de Laponie étaient menacés par la construction de barrages destinés à fournir plus d'énergie aux villes du sud de la Norvège. Un des mots qui revenaient sur les banderoles des protestataires était « Utvikling ». Il m'a dit que ça signifiait « développement ». Je lui ai demandé comment traduire « Chanson du développement » en norvégien ; et voilà, c'était Utviklingssang. »

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Andy Sheppard

The Lost Chords

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Ce CD est un reflet de la tournée européenne 2002 du quartet de Carla Bley. On y retrouve sa passion pour les suites. Ici deux suites de plus de 15 minutes ouvrent et ferment le disque. Lost Chord s'ouvre par un beau mouvement en ballade où Sheppard au soprano offre quelques instants magiques. Puis s'ouvre le second mouvement, swinguant, et la suite se termine avec la batterie de Drummond. Le funky répétitif de Hip Hop, le tango de Tropical Depression, le swing quasiment monkien de The Maze, sont bien dans le style d'écriture bien reconnaissable de Carla.

The Lost Chords Finds Paolo Fresu



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Voici enfin le quartet augmenté de Paolo Fresu à l'initiative d'Andy Sheppard (voir ci-dessous).
Et les deux hommes se sont trouvés. "Association quasi télépathique", écrit Alex Dutilh dans Jazzman. Même élégance dans le phrasé, même moëlleux dans le son. Paolo se fond à merveille dans le groupe. "On aurait dit qu'ils se connaissaient depuis toujours. Ils savaient se suivre, leurs sonorités se fondaient ensemble, leur timbre était parfait l'un pour l'autre. Un truc mystérieux, comme un coup de foudre", raconte Carla Bley.

A la première écoute, j'avais trouvé ce CD un peu trop "sage". Je l'ai écouté une deuxième fois, et depuis, il ne quitte plus ma platine. Tous les morceaux sont excellents, en particulier Four et Five Banana. Andy et Paolo s'entendent à merveille, Carla n'a jamais aussi bien joué du piano, Steve Swallow est comme d'habitude impérial. De même le jeu de Billy Drummond qui ne m'avait pas emballé de prime abord s'impose maintenant comme une évidence.
Vous l'aurez compris, un disque indispensable !

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"... une musique extrêmement émouvante, dont les mélodies s'insinuent sous la peau avec une sonorité à damner les saints. Le mariage de la trompette de Paolo Fresu (souverain dans ses solos) avec le ténor d'Andy Sheppard (granuleux et tendre) est un des bonheurs inattendus de ce disque, qui prend place parmi les meilleurs de Carla Bley - ce qui est dire son excellence." (de Michel Contat dans le Télérama du 17 novembre 2007, qui attribue ffff à ce disque, également CHOC de Jazzman.

La revue Jazzman classe ce disque dans les 15 meilleurs CD de l'année 2007, avec ce commentaire : "Cela faisait des lustres que la dame n'avait pas écrit de manière aussi somptueuse pour une petite formation, renouant avec la sensualité exacerbée de "A Genuine Tong Funeral" ou "Dinner Music". Il faut dire que l'association quasi télépathique de Paolo Fresu et d'Andy Sheppard (une requête du saxophoniste) fonctionne à merveille sur les harmonies épanouies de Carla Bley. Longtemps, longtemps après que le disque s'est achevé, les thèmes vous dansent dans la tête. Une bande-son du bonheur."

Dans une interview publiée dans le Jazzman de mai 2008, Andy Sheppard s'esprime en ces termes : "J'aime beaucoup le quintet Lost Chords, car jouer avec Paolo Fresu est un vrai bonheur. J'avais dit à Carla que c'était un trompettiste extraordinaire. Un jour, elle a voulu l'écouter et a dit tout de suite : "Il faut qu'on fasse quelque chose avec lui, le son est exceptionnel, sa façon de jouer absolument personnelle, très jazz new-yorkais et, en même temps, très européenne." Elle était fascinée. Avec Paolo, il se passe toujours quelque chose. Il est capable de rejoindre un groupe, de prendre tout le monde avec lui et de changer la direction de la musique".

On en avait presque oublié combien Carla Bley était une compositrice sensible. Suffisamment passionnant pour ne pas nous lasser, son travail d’écriture s’est développé ces dernières années essentiellement au sein de formations étoffées, parfois guettées par la rigidité mécanique et la sécheresse cérébrale, des big bands affûtés qui donnaient en fait toute leur (dé)mesure sur scène. Plus intimiste, le quartet de The Lost Chords (Steve Swallow à la contrebasse, Billy Drummond à la batterie, Andy Sheppard aux saxophones ténor et soprano), avec lequel elle avait enregistré un album en 2003, lui permet de poser le jeu et de développer une fibre émotive bienvenue, toutefois dénuée de pathos. A l’origine de The Lost Chords find Paolo Fresu, on trouve pourtant un concept quasi mathématique autour du chiffre cinq, décliné à l’envi (5 musiciens, 5 mesures, 5 sections, des intervalles en quinte, une main à 5 doigts, etc), jusqu’à la banane : « Les bananes poussent en régimes et en anglais un régime est souvent appelé "main" », précise encore Carla Bley. Quelque peu tiré par les cheveux, le cheminement de la pianiste fait montre d’un humour malicieux et conduit à des compositions intitulées “One Banana”, “Two Banana”... jouées par le Banana Quintet. Outre ce délicieux délire, on trouve sur l’album, son meilleur depuis des lustres, un morceau dédié à l’acteur décédé de Superman, Christopher Reeves, qui met encore un peu plus en évidence l’esprit à la fois léger et grave que sous-tend un tel projet. Pour le reste, les plages forment une suite parfaitement dense et homogène, qui évolue en une succession de mouvements amples et harmonieux, à la densité graduellement croissante (“Four” est à ce titre un sommet d’intensité, notamment lors du solo de Drummond soutenu par les ostinatos conjoints du piano et de la contrebasse). Déterminant, l’apport de Paolo Fresu confère ce supplément de poésie et de douceur, de pureté mélodieuse proprement poignante. Plus que le trompettiste italien, Carla Bley et ses fidèles musiciens ont trouvé à ses côtés la Beauté.
article écrit par Fabrice Fuentes, le 8 février 2008
http://www.pinkushion.com/enmarge.php3?id_article=2926

La très bonne idée de ce dernier album de The lost chords est d’être allé chercher le trompettiste sarde Paolu Fresu pour accompagner le quartet de la plus suédoise des compositrices américaines, Carla Bley. Une quête contée comme une bande dessinée et avec beaucoup d’humour dans les « liner notes » qui accompagnent l’album. Une rencontre en apparence contre nature tant la pianiste s’est ses dernières années appliquée à l’understatement dans ses compositions, un certain minimalisme froid alors que Paolo Fresu transmet beaucoup d’émotion par  la sincérité et le naturel de son phrasé.

Et pourtant le résultat est exceptionnel. La suite The Banana Quintet est une pièce majeure où chaque note semble absolument nécessaire, indispensable. Une harmonie élégante, majestueuse, vibrante, porteuse de lendemains lumineux, sans aucun pathos. Le timbre charnu et rond de Fresu se marrie parfaitement à l’élégance effacée de Drummond à la batterie, au swing de Steve Swallow, toujours parfait à la basse électro-acoustique et au son pur d’Andy Sheppard aux saxophones soprano et tenor.  Quel bonheur ces compositions que nous offre Lady Bley, de la très belle ouvrage, montant en intensité avec subtilité et nous tenant en haleine jusqu’à l’accord final. En apparence d’une grande facilité, la suite est d’une construction très complexe, avec des ruptures harmoniques très brutales, des chorus de cinq mesures et de nombreuses quintes. Et surtout ensemble, les cinq musiciens ont un son d’une homogénéité parfaite, un peu comme si cela faisait vingt ans qu’ils traînaient ensemble dans tous les rades de la planète. Des vieux de la vieille à qui on ne la raconte pas. Ils se sont vraiment trouvés (« find »), au sens fort du terme, trouvés dans le souffle qui les traverse, trouvés dans la pâte sonore, trouvés dans le même amour de la musique. Leur art explose sur le sublime Death of Superman – Dream sequence 1 Flying , une pièce très intime, très lyrique, très dépouillée où Fresu se découvre être le jumeau poète de Sheppard. Absolument bouleversant. A la fin de l’album, ils reprennent une vieille composition de Carla Bley, Ad Infinitum, qui semble avoir été écrite pour conclure cet album choral.
Régine Coqueran pour les Dernières nouvelles du Jazz, un excellent blog que je vous recommande. C'est ici : http://www.lesdnj.com/

2 juillet 2008, New Morning : à lire en rubrique "concerts"

Un extrait de Jazz à Vienne 2008 :

Appearing Nightly

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Un disque très différent du précédent. C'est ici un disque du "remarkable" Big Band qui célèbre avec respect mais non sans fantaisie les grands orchestres de jazz. Un disque plein de citations ayant trait à la nourriture (Salt Peanuts, Life is just a bowl of cherries, Let's eat more eat...), et surtout plein d'interventions lumineuses de Lew Soloff, Gary Valente, Andy Sheppard, Steve Swallow...

Trios

Dans "Trios", Carla Bley (en compagnie de Steve Swallow et d’Andy Sheppard) revisite quelques unes de ses compositions favorites — l’album mettant particulièrement en valeur ses qualités d’écriture et la singularité de son jeu de piano tout en s’étayant sur les forces intrinsèques du trio. Le groupe fait en effet preuve tout du long d’une élégance sonore toute particulière fondée sur une façon authentiquement organique de jouer ensemble qui ne s’acquiert que dans la complicité d’une fréquentation intime et partagée d’un même matériel thématique. Il faut dire que le bassiste Steve Swallow joue les compositions de Carla depuis le début des années 60 et fait partie de ses diverses formations depuis 1978, tandis qu’Andy Sheppard collabore de façon régulière avec Bley depuis l’album "Fleur Carnivore" paru en 1987 et a enregistré depuis plus d’une douzaine d’albums en sa compagnie.

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Beaucoup de mes albums donnent un sentiment d’instabilité et de provisoire, comme si les choses étaient sur le point de s’écrouler. Mais ce disque est d’une humeur plus grave“, explique Carla. “Et plus nostalgique aussi. Notre trio existe depuis une vingtaine d’années maintenant et a derrière lui un vaste répertoire de musique. Quand on est entré en studio à Lugano on s’est contenté de jouer les morceaux les uns après les autres et d’enregistrer ceux qui intéressaient Manfred. C’est lui qui a fait le choix, on a trouvé l’idée intéressante. C’était la première fois de ma vie que je travaillais sous la direction artistique d’un authentique producteur et j’ai voulu vivre l’expérience jusqu’au bout, voir ce que c’était de déléguer ce type de responsabilités et ce qu’on pouvait y gagner. Il a eu des idées vraiment originales — comme de commencer avec ‘Utviklingssang’ par exemple, qui est un thème que l’on joue habituellement après des morceaux rapides ou en tant que rappel…

Source : http://www.francemusique.fr/emission/open-jazz/2013-2014
 

Livre : "Carla Bley L'inattendu-e"

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Florin Ludovic (direction), Carla Bley, l'inattendu-e.
« Jazz land », Naïve livres, Paris 2013 [160 p. ; ISBN 978-2-35021-348-4 ; 28 €].
Paru en septembre 2013

Paru en septembre 2013 chez Naïve Livres « Carla Bley L'inattendu-e », regroupe des articles et interviews autour de cette grande musicienne.

« Carla Bley est aujourd’hui considérée comme l’une des artistes de jazz les plus originales des XXe et XXIe siècles. En puisant autant aux sources du jazz, de la musique religieuse, du folk, du rock, des musiques du monde, du cabaret ou de la musique classique, elle a su créer un style musical qui ne se laisse pas classifier. Carla Bley occupe de fait une place sans équivalent dans l’histoire de la musique mondiale, et du jazz plus particulièrement.

Célèbre pour son opéra Escalator Over the Hill, pour son rôle dans le mouvement free des années 1960, et pour ses collaborations avec des artistes comme Charlie Haden, Don Cherry, John Cage, Robert Wyatt, avec le batteur des Pink Floyd Nick Mason ou encore avec le bassiste de Cream Jack Bruce, Carla Bley a exploré les champs du jazz les plus variés, des contextes traditionnels jusqu’aux recherches les plus avant-gardistes et subversives. Si elle est d’abord et avant tout compositrice et arrangeuse, elle est aussi chef d’orchestre, organiste, pianiste, mais également coordinatrice de production et de diffusion underground. Elle fut ainsi pionnière dans son travail d’artiste indépendante, en développant par exemple son propre label actuel, WATT Records, ou en co-fondant la NMDS, un réseau de distribution pour la promotion de musiques nouvelles.

Le parcours inattendu d’une femme inattendue. »

Le livre débute par une interview d'Alex Duthil en 2011, puis l'on trouve un article écrit par Carla Bley à propos de son opéra « Escalator Over The Hill » (publié dans une revue à l'époque). Plus un long article de Jean François Mondot et Ludovic Florin sur cet itinéraire unique, qui débute avec le free jazz le plus débridé et parcourt un certain nombre de styles et de formations musicales jusqu'à aujourd'hui. Deux thèmes développés : l'humour et le décalage dans sa musique et l'erreur féconde : le «défaut faux » ou la « fausse fausse note ».
Une discographie et une bibliographie indicative complètent cet ouvrage richement illustré, selon le principe de cette nouvelle collection.
Tout cela fait un livre un peu "patchwork" mais passionnant.
Un ouvrage indispensable tant aux fans de Carla (dont je fais partie depuis longtemps) qu'à ceux qui souhaitent la découvrir.
J'ai relevé une seule erreur : la présence de Robert Wyatt dans "Escalator", mentionnée à tort dans le livre.

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Les compte-rendus de concerts

Les pages consacrées aux Rencontres polyphoniques de Calvi :

Les invités des Rencontres (tous les artistes y ayant participé au moins une fois)

Le jazz et la page consacrée à Paolo Fresu

Les annonces et compte-rendus de concerts de jazz

Les musiques du monde

L'opéra, la musique baroque, etc.

Les inclassables

Les vidéos

Et enfin, ma sélection de disques du mois.


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