Jazz

Dernière mise à jour : 15/03/2021

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Bien qu'elle soit à l'origine de ce site, la polyphonie corse est loin de constituer mon unique horizon musical. Je suis passionné de jazz depuis l'âge de dix-huit ans.
On trouvera sur cette page certains des musiciens de jazz qui m'ont le plus marqué.
Je ne vise en aucun cas l'exhaustivité, et on ne trouvera pas forcément ici de musiciens très connus dont la renommée n'est plus à faire, mais beaucoup de "petits maîtres" (sans aucune nuance péjorative) et des "coups de cœur" personnels. En bref, mes musiciens préférés.

C'est dire que mes choix sont entièrement subjectifs et ne sauraient représenter un échantillon représentatif de ceux qui comptent dans le jazz.

L'objectif est simplement de donner au visiteur/lecteur l'envie de découvrir des artistes dont certains sont très célèbres, mais aussi d'autres dont on entend rarement parler, mais qui n'en sont pas moins estimables.

De Eivind Aarset à Toku en passant par Gato Barbieri, Carla Bley et Andy Sheppard, voici quelques uns des musiciens que j'aime voir et entendre :    

NOTE : J'ai décidé, pour accélérer l'affichage de la page, de créér une page dédiée aux vidéos. Des liens permettent d'accéder aux vidéos sélectionnées pour chaque musicien.


L'actualité

Avril 2021

Tristan Mélia, un pianiste à découvrir

Né de parents mélomanes, Tristan Mélia fait partie de ces musiciens investis très tôt dans la musique. Après avoir écouté Barney Wilen et Claude Nougaro au berceau, il manifeste dès 9 ans un talent et une envie débordante pour l’improvisation et la mélodie. Soutenu dans sa démarche par ses parents, il s’engage dès l’âge de 12 ans dans un travail intensif qui passe par l’écoute de Michel Petrucciani, Keith Jarrett, Barney Wilen et des cours particuliers avec Laurent Hernandez sur Nîmes.

À 13 ans le jeune pianiste intègre l’I.M.F.P. de Salon-de-Provence où il développe son jeu et sa technique auprès de Mario Stantchev, Philippe Petrucciani, Francesco Castellani, Benoit Paillard, Michel Zenino. Durant cette période, il se produit en solo, en trio et affine son jeu en écoutant Bill Evans. Après un rapide passage au Conservatoire de Lyon où il rencontre Franck Avitabile, il intègre le conservatoire de Digne - Manosque dans la classe de Christophe Leloil et Benoit Paillard.

Pianiste professionnel à 18 ans, il enregistre un EP, « Un Moment Loin de Toi ». Soucieux de progresser et d’améliorer encore sa pratique il fait une rencontre déterminante, celle du pianiste Giovanni Mirabassi qui lui prodigue cours et conseils. A 20 ans, il décroche son DEM et continue à perfectionner son jeu au fil des rencontres musicales. Il développe aussi un grand intérêt pour la composition.

En septembre 2018, avec Thomas Bramerie (contrebasse) et Cédrick Bec (batterie) il entre au Studio Recall où Phillipe Gaillot enregistre les douze pistes de l’album « No Problem ».

(Eléments biographiques empruntés à Latins de Jazz)

J'ai découvert ce jeune pianiste à la lecture de la critique dans Télérama (n° 3717) de son dernier disque, "Mistake Romance" (voir ci-dessous). Dès les premières notes, j'ai été enthousiasmé par ce pianiste. Si on sent les influences de Giovanni Mirabassi et Michel Petrucciani, Tristan Mélia affirme une personnalité singulière et pleine de promesses. Sitôt après avoir écouté Mistake Romance, j'ai découvert son premier disque, No Problem, qui est également excellent.

Mistake Romance

melia

Être ou ne pas être essentiel ? Telle est la question, comme on disait autrefois au royaume de Danemark. Loin de ne se poser qu’aux seuls artistes ou commerçants, si soudainement — et avec quelle violence — décrétés superflus l’an dernier, elle vaut pour tous depuis que la gestion s’est substituée à la politique, avec ses plus et ses moins, ses comptes sordides et ses leçons infantilisantes.
Comme pour bien marquer le coup, Tristan Mélia ouvre ce disque avec une pièce intitulée The Essential. Retour au réel, le seul qui vaille : l’essentiel. Pour un pianiste, c’est dans la solitude qu’il se cultive, quand la beauté se détache du silence et que les sentiments se découvrent pas à pas, dans l’abandon de soi.

À 24 ans, Mélia a encore le grand courage du romantisme, cette santé des temps mauvais. Parfois, il lui donne des accents et des tournures que l’on a entendus ailleurs, chez Chopin notamment. Mais cela n’amoindrit pas la force de ses compositions. Quant aux standards, ils sont tous approchés avec une fraîcheur ravissante et un bel appétit, ainsi ce Soul Eyes d’anthologie où Mal Waldron paraît chevaucher de concert avec J.S. Bach. Non essentiel, un disque pareil ? Il faudrait marcher sur la tête pour le penser.

Louis-Julien Nicolaou (Télérama n° 3717)

latins

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

par | 2 mai 2019 | Chorus

Un jazz qui coule de source

Annoncé pour le 03 mai 2019, l’album « No problem » du pianiste Tristan Mélia porte un titre qui lui sied tout à fait. Sa musique s’écoule avec fluidité et enthousiasme. Le jeune musicien inscrit son propos dans la tradition du jazz… et ça coule de source !

Sur « No Problem » (Jazz Family/Socadisc) le jeune pianiste Tristan Mélia réunit à ses côtés l’émérite contrebassiste Thomas Bramerie et le batteur Cédric Beck. En huit compositions originales et quatre reprises, le trio de Tristan Mélia propose un album accompli.

Tristan Mélia ne se contente pas de jouer du piano et de composer. Avec pudeur et simplicité, il se livre et dévoile sa perception du jazz sur les trois pages du livret où il présente lui-même son album et ceux avec qui il l’a réalisé (musiciens et ingénieur du son). Cette démarche d’écriture peu courante révèle sans doute une profonde fibre artistique et un fort engagement. Pour lui…

« … le jazz est une famille… » : à l’écoute du disque, les propos musicaux restituent de vraies relations d’échange et de réciprocité entre le pianiste et ses compagnons avec lesquels il entretient des relations complices. Par ailleurs, quoi de plus logique que son premier album soit réalisé sous le label Jazz Family !

couverture de l'album No Problem de Tristan Mélia

« … le jazz est un langage… » :  là encore Tristan Mélia fait plus qu’en posséder les codes. Il les maitrise avec brio, qu’il s’agisse de blues, de ballade, de valse ou de swing.

« … le jazz est un jeu… » : cela aussi transpire à travers les douze plages de l’album. En effet, l’opus laisse percevoir l’ambiance symbiotique du trio qui devise, s’amuse, joue et improvise avec aisance au-dessus des portées et au cœur des harmonies. On capte le plaisir ludique que prend le pianiste à enregistrer cette musique de jazz constitutive de son identité musicale.

Au fil des titres

Jamais ostentatoire, le pianiste développe un jeu virtuose à la fois dense et léger. Avec élégance, il transforme les notes en émotions palpables qui évoluent tout au long des douze titres de l’album.

L’album ouvre avec une reprise inspirée de No problem, la composition de Duke Jordan. On se souvient de la superbe version que Barney Wilen donnait de No Problem dans l’album « La Note Bleue » sorti en 1987 et que le pianiste encore nourrisson a peut-être écouté. Le trio revisite le thème avec une énergie ludique. Le piano regorge de fougue, la contrebasse s’amuse sur les 4/4 avec la batterie au jeu fluide et souple.  Le climat évolue et le piano se fait tendre puis exalté sur Too Young To Go Steady de McHugh.

Le trio interprète ensuite cinq compositions du pianiste. Le style funky de Just A Memory permet d’apprécier un chorus inventif du piano suivi d’un enthousiasmant solo de batterie. Le trio joue ensuite le nostalgique P.P.P. réchauffé par le son boisé de la contrebasse. Sur un tempo ternaire, Dernier Espoir tourbillonne avec souplesse et engage le trio dans une ivresse collective enivrante qui laisse place ensuite au groove bluesy de Why Not Blues, conçu par Tristan Mélia le matin même de l’enregistrement. Après le début nuancé de C Minor, on saisit la force expressive du piano virtuose.

Sur May Be September de Percy Faith, le jeu romantique du piano inspire ensuite une tendre mélancolie. Advient alors La valse Du Clown, une composition écrite par le pianiste à l’âge de 15 ans. D’abord délicate, la valse prend de l’épaisseur mais sans plus attendre le piano enchaine et invite le swing dans Le Bois de Pont-Aven. Sur That’s What Friends Are For, vient le temps de savourer le jeu lumineux du piano qui apporte un supplément d’âme à la tendre romance de Burt Bacharah.

L’album se termine avec Rêve en Sol Mineur gorgé d’un swing maîtrisé. Cette dernière pièce du pianiste est pour le trio l’occasion d’aborder le registre de l’euphorie et de la joie partagées. On y perçoit même de délicates incursions latines.

Malgré sa jeunesse, Tristan Mélia fait preuve d’une maturité peu commune. Tout au long du répertoire de « No Problem », le pianiste allie énergie et sensibilité sans jamais tomber dans le piège tentant de la démonstration. En effet, son jeu sans esbroufe développe les nuances qui lui permettent de s’exprimer avec autant de réussite sur les tempi rapides que sur les ballades.

Février 2021

Chick Corea, légendaire pianiste de jazz, est mort à 79 ans

Le musicien est mort mardi d’une forme rare de cancer. Il était, avec Herbie Hancock et Keith Jarrett, l’un des pianistes les plus influents du XXe siècle.

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Le pianiste Chick Corea lors de la 62e cérémonie des Grammy Awards à Los Angeles (Californie), le 26 janvier 2020. ROBYN BECK / AFP

Le musicien Chick Corea, légende américaine du jazz, est mort mardi 9 février d’une forme rare de cancer, à l’âge de 79 ans, selon un communiqué mis en ligne sur sa page Facebook jeudi. Le cancer du musicien « n’a été découvert que très récemment », précise le communiqué.

« Je veux remercier tous ceux qui, tout au long du voyage, ont aidé à faire briller les feux de la musique », a-t-il indiqué dans un message rédigé avant sa mort, selon le communiqué préparé par son équipe. « J’ai l’espoir que ceux qui ressentent l’envie de jouer, d’écrire, de se produire en spectacle puissent le faire. Si ce n’est pour eux-mêmes, alors pour nous autres. Pas seulement parce que le monde a besoin de plus d’artistes, mais parce que c’est plus amusant, » a-t-il ajouté.

Dans la lignée de Miles Davis et Herbie Hancock

Originaire du Massachusetts, fils d’un trompettiste de jazz, Chick Corea a appris le piano avant de savoir lire, puis s’est également mis à la batterie, vers 11 ans. Inscrit à l’université Columbia à New York à sa sortie du lycée, il arrive à New York en 1959. Un soir, il se rend au club de jazz Birdland où il voit notamment le trompettiste Miles Davis et le saxophoniste John Coltrane interpréter Les feuilles mortes. C’est un choc. « Après ça, (...) pourquoi voudrais-je étudier l’histoire de la civilisation occidentale ? », dira-t-il, dans un sourire, dans le podcast Prestige 70, en 2019.

Il abandonne l’université et, après avoir envisagé de faire carrière comme batteur, il est embauché par le saxophoniste Stan Getz. Il participe à plusieurs projets et enregistre aussi ses premiers albums solos à la fin des années 1960, notamment Is, où il laisse libre cours à l’improvisation. A l’automne 1968, pour un concert à Baltimore (Maryland), il remplace, au pied levé, un autre pianiste de renom, Herbie Hancock, dans le groupe formé par Miles Davis.

« Joue simplement ce que tu entends », lui dit le musicien de sa voix éraillée. « Ça m’a vraiment libéré. Parce que j’étais habitué à jouer de la musique improvisée », expliquait-il dans le podcast. Ensemble, ils vont vers une forme de jazz totalement libérée, sans répétition préalable, au sein de laquelle chaque musicien donne son interprétation du thème, où la spontanéité est essentielle.

Naissance du jazz fusion

Miles Davis enregistrera avec Chick Corea certains de ses albums phares, comme Bitches Brew (1970), un album de rupture, révolutionnaire, libéré des canons stricts du jazz pour ouvrir cette musique à d’autres styles, notamment le rock. C’est la naissance du jazz fusion, qui mêle de multiples influences, parmi lesquelles le rock, la funk et le rhythm and blues.

En 1971, le pianiste frêle aux cheveux frisés fondera son propre groupe, Return To Forever, pour poursuivre son aventure musicale. Enchaînant albums, concerts et projets, il glanera pas moins de 23 Grammy Awards, les récompenses de l’industrie musicale américaine, le dernier en 2019.

« Pendant toute sa vie et sa carrière, Chick a été ravi de la liberté et de la joie à créer quelque chose de nouveau, à jouer aux jeux auxquels jouent les artistes », selon le communiqué publié jeudi. « Ma mission a toujours été d’apporter la joie de créer partout où je le pouvais, et d’avoir fait cela avec tous les artistes que j’admire tellement aura été la richesse de ma vie », a ajouté le musicien dans son message.

Source : Le Monde

Décembre 2020

Les "5 étoiles" 2020 de la revue "Down Beat"

Christian Scott aTunde Adjuah, AXIOM (Ropeadope)

“Oftentimes when we come into environments like this to play creative improvised music, someone uses the word ‘jazz,’ and then everyone in the room becomes a fuckin’ Fulbright scholar,” trumpeter Christian Scott aTunde Adjuah told the audience at New York’s Blue Note Jazz Club at the onset of the coronavirus pandemic. “And that’s cool, but that has nothing to do with where this music’s power rests.” AXIOM, which was recorded that night, is a testament to that power.

John Beasley, MONK’estra Plays John Beasley(Mack Avenue)

John Beasley has arranged the brass brighter and brasher, the low horns to be more growly and his tasty keyboard parts to be artfully highlighted on his third album with the acclaimed MONK’estra. Extending neatly synchronized section motifs—those indelibly quirky Monk phrases—into swelling backdrops that balance freely impassioned soloists, Beasley as a pianist and composer draws out even more melodic, harmonic and rhythmic implications in music by Monk, Bird and Duke.

Carla Bley/Andy Sheppard/Steve Swallow, Life Goes On(ECM)

Life Goes On is a brilliant expression of the camaraderie developed by Carla Bley’s longtime trio with bassist Steve Swallow and saxophonist Andy Sheppard. It offers three suites highlighting Bley’s deft sense of dramatic development, her gifts as a soloist (often overshadowed by her composing) and the trio’s deadpan minimalism and subtly organic interplay. During Bley’s long career, there have been times when her work has merely seemed smart, but not emotionally resonant. Here, it’s both.

Bill Frisell, Valentine(Blue Note)

“Playing together” is a phrase so commonplace it’s easy to forget what it signifies. Of course, there’s the obvious: making music with others, performing as an ensemble, being creative in a group. But the music guitarist Bill Frisell, bassist Thomas Morgan and drummer Rudy Royston offer here suggests a specific spin on the idea, one that emphasizes the togetherness of the playing. Even though the selections on Valentine hail from a range of styles, the performances represent jazz playing at its most sublime. And music seldom gets more “together” than that.

Guillermo Klein Y Los Guachos, Cristal (Sunnyside)

The Argentine pianist, composer and bandleader is working at the top of his game—and so is his 11-piece group, which includes jazz luminaries like alto saxophonist Miguel Zenón. Here, Klein features his own compositions, as well as those of Carlos Gardel, the early 20th-century tango singer whom Klein listened to growing up. But the album isn’t sentimental or even recherché. Cristal is thoroughly modern, with groovy beats, sophisticated horn voicings and a folksy feel that only could have come from Los Gauchos.

Octobre 2020

22 octobre 2020

Le pianiste Keith Jarrett, handicapé par des AVC, ne donnera plus de concerts

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Keith Jarrett à Juan-les-Pins en 2003 - ©JACQUES MUNCH, AFP

AFP, publié le mercredi 21 octobre 2020 à 20h57

Le pianiste américain de jazz Keith Jarrett ne pourra sans doute plus jamais se produire en concert, partiellement paralysé par deux AVC, explique-t-il dans un entretien publié mercredi par le New York Times.

"Mon côté gauche est toujours en partie paralysé", explique, pour la première fois, le musicien de 75 ans, après deux accidents vasculaires cérébraux intervenus en février et mai 2018.

"On me dit que le maximum que je pourrais récupérer de ma main gauche, c'est la capacité de tenir un verre", se désole-t-il.

Depuis, il ne s'est mis que de rares fois au piano, jouant de la main droite uniquement.

"Je ne sais pas à quoi est censé ressembler mon avenir", a-t-il confié au New York Times. "Je ne me considère pas comme un pianiste aujourd'hui."

Légende du jazz, Keith Jarrett a été à l'avant-garde du mouvement dès le début des années 60, et a collaboré avec des artistes de référence comme Miles Davis, Art Blakey ou Jack DeJohnette.

Son travail autour de l'improvisation l'a mené jusqu'à donner des concerts solo totalement improvisés, qui ont largement contribué à sa réputation de virtuose génial.

"J'ai le sentiment que je suis le John Coltrane des pianistes", a-t-il dit au New York Times, se plaçant au niveau du monstre du saxophone.

Ce qui sera peut-être le dernier concert de Keith Jarrett remonte à février 2017, au Carnegie Hall de New York.

S'il a enregistré plusieurs albums en studio, le natif d'Allentown (Pennsylvanie) est surtout connu pour ses concerts, son jeu au son limpide et ses mimiques, notamment sa tête exagérément penchée sur le piano.

"Aujourd'hui, je ne peux même pas en parler", dit-il au sujet de la possible fin de sa carrière scénique.

Septembre 2020

05/09/2020

Le pianiste Tigran Hamasyan en immersion introspective dans le vibrant album "The Call Within"

Lire la suite de l'article sur la page Tigran Hamasyan et ma chronique sur la page "Disques".

Disparition du géant de la contrebasse Gary Peacock

Le label ECM Records a confirmé en fin de journée du 7 septembre la disparition à 85 ans du contrebassiste Gary Peacock, membre du trio historique de Keith Jarrett. Connu pour son doigté sophistiqué, tout en douceur et en élégance, Gary Peacock avait d'abord fait partie du quartette plus mouvementé d'Albert Ayler au milieu des années 60, en pleine époque Free Jazz. C'est en 1977, sept ans après son entrée sur le label ECM dont il était l'une des figures emblématiques, que Gary Peacock avait commencé à enregistrer avec le pianiste Keith Jarrett, formant l'un des trios les plus créatifs de l'histoire du jazz moderne, dont l'œuvre n'aura de cesse de muter au fil des années et des albums - plus d'une vingtaine depuis le classique Tales of Another en 1977. Le succès viendra à partir de 1983 avec les légendaires sessions Standards 1 et 2.
Gary Peacock avait continué à enregistré plus récemment des albums en leader pour ECM, notamment en 2015 et 2017 avec Now This et Tangeants, aux côtés du pianiste Marc Copland et du batteur Joey Baron.

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Crédits photo: JULIE OLIVER /Ottawa Citizen

Gary Peacock entame l'étude du piano mais aussi de la batterie à l'école en 1948. Pendant son service militaire (en 1954, en Allemagne), il est pianiste-bugliste de l'orchestre du régiment (et joue dans une petite formation locale). Démobilisé, il travaille comme bassiste en RFA. En 1958, il retourne aux États-Unis à Los Angeles, où il travaille avec des musiciens comme Barney Kessel, Bud Shank, Art Pepper, Ravi Shankar mais aussi Don Ellis, qui lui présente Paul Bley.

Il s'installe ensuite à New York, où il collabore avec Paul Bley, fait partie du trio de Bill Evans (avec Paul Motian), du trio d'Albert Ayler, avec Sunny Murray. Il fait aussi quelques concerts avec Miles Davis, en tant que remplaçant de Ron Carter.

Vers la fin des années 1960, Gary Peacock se retire au Japon, délaissant la musique pour étudier la philosophie zen. Il revient aux États-Unis en 1972, étudie la biologie à l'université de Washington (Seattle) et enseigne la théorie de la musique au Cornish College of the Arts de 1976 à 1983. Il reprend la musique et la composition, et forme des duos avec, notamment, Ralph Towner et Jan Garbarek.

Gary Peacock est surtout connu pour être le bassiste du trio Standards de Keith Jarrett, créé en 1983 avec Jack DeJohnette, soit six ans après le premier enregistrement de cette formation sous le nom de Gary Peacock dans Tales of another.

Mai 2020

Trois disques avec Giovanni Mirabassi !

On retrouve Giovanni Mirabassi sur trois disques récents (il est d'ailleurs le producteur des deux premiers).

« Toku In Paris »

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Toku in Paris du trompettiste et chanteur japonais Toku, qui paraît chez Jazz Eleven, est son douzième album, le premier enregistré en Europe.

Sorti le 24 janvier 2020 en partenariat entre Sony Japan et le label Jazz Eleven fondé par Giovanni Mirabassi et Sarah Lancman, cet album déroule un répertoire de huit compositions originales du leader, auxquelles s’ajoutent deux autres titres de Sarah Lancman (paroles et musique) ainsi qu'une reprise d'une composition de Michel Legrand.

“Toku in Paris” présente Toku avec un quintet européen de haut niveau, avec Pierrick Pédron (saxophone alto), Giovanni Mirabassi (piano), Laurent Vernerey (contrebasse), Lukmil Perez (batterie), Thomas Bramerie (contrebasse), André Ceccarelli (batterie), et la chanteuse Sarah Lancman en invitée spéciale.

1. Love is Calling You

En ouverture, Toku pose sa voix de crooner sur Love is Calling you. La section rythmique réactive et incisive soutient un tempo assez vif sur lequel l’alto et la trompette voltigent.

2. She Comes back Again
3. After You

Deux thèmes dont Sarah Lancman a écrit les paroles et composé la musique. She Comes back Again, sur un tempo de valse, fête le retour de l'aimée, avec un bugle élégant et un piano dynamique. After You, évoque la tristesse après le départ de l’être aimé, avec les notes perlées du bugle et le piano evansien.

4. Strollin' in Paris

Dédié à Horace Silver, Strollin’ in Paris fait résonner des réminiscences West Coast.

5. I Think I Love You

Un motif de basse répétitif, un chorus très bop de l’alto, une mélodie soul.

6. Nuageux

Un instrumental composé par Toku. Joué en quartet, les balais d’André Ceccarelli dessinent des arabesques et le bugle brumeux à souhait instaure une atmosphère mélancolique que renforcent les arpèges aériens de Giovanni Miranbassi.

7. Be Careful

Une compositon hard-bop du leader. Le thème est exposé à l’unisson par la trompette et l'alto, puis vient une intervention lumineuse de Giovanni Mirabassi qui passe le relais à une impro courte mais étincelante de la batterie. Le titre du morceau fait-il référence qu changelment de tempo qu'il recèle ? En tout cas, les musiciens ont surmonté le piège !

8. I Will Wait For You

Reprise sobre et inspirée du Je ne pourrais jamais vivre sans toi composé par Michel Legrand pour le film de Jacques Demy « Les Parapluies de Cherbourg ».. Le piano ouvre l’espace au bugle chaleureux avant que le duo Sarah Lancman/Toku ne vibre ensuite de tendresse.

9. Still In Love With You

Un tempo de boléro amené par le groove félin de Lukmil Perez, c'est Still In Love With You, avec la complicité efficace et discrète de Thomas Bramerie (eh oui, le trio de Giovanni Mirabassi !)

10. Blue Smoke

L’atmosphère se fait encore plus intime sur Blue Smoke, une ballade épurée où la voix chaude et sensible du chanteur dialogue avec le piano romantique.

11. Closing

Construit comme celui d’un concert, le répertoire de l’album se termine par une pièce instrumentale qui rallie le quintet pour le bien nommé Closing à la couleur funky soul. Chorus flamboyant de l’alto, solo attendri de la trompette, chorus incisif du piano. Les contrechants de la trompette et l’accompagnement "churchy" du piano contribuent au climat nostalgique de ce dernier titre.

Un album personnel où chaque morceau participe à la cohérence d’un répertoire construit avec soin. La voix du chanteur évoque par moments celle de Kurt Elling et aussi parfois celle de Gregory Porter. On a envie de réécouter immédiatement l’album pour mieux s’en imprégner.

Sarah Lancman : « Parisienne »

sarahNous avons retrouvé dernièrement Sarah Lancman sur l'album de Toku (voir ci-dessus), la voici dans son nouvel album inspiré par Paris, avec deux reprises, (Aznavour et Piaf), et de belles compositions de Sarah.

Même si je n'apprécie que très modérément Piaf, en particulier L'Hymne à l'amour, je dois admettre que l'album constitue un véritable écrin pour la voix envoûtante de Sarah : un timbre avec de beaux graves, un charme jamais appuyé qui évite toute vulgarité : Sarah Lancman se distingue parmi les chanteuses françaises par des qualités qui mériteraient d'être plus largement reconnues.

Le toucher délicat de Giovanni Mirabassi met bien en valeur la voix et sert à merveille les compositions intimistes de Sarah. Sans oublier les autres musiciens : Laurent Vernerey (contrebasse), Stéphane Huchard (batterie) ainsi que les invités spéciaux Pierrick Pedron (saxophone) et Marc Berthoumieux (accordéon).

Stéphane Spira / Giovanni Mirabassi : « Improkofiev »

improAprès leur album d'il y a 10 ans (« Spirabassi »), Stéphane Spira (saxophone soprano) et Giovanni Mirabassi (piano) lancent leur nouvel album : « Improkofiev », sorti le 22 mai.

On y retrouve deux compositions de Stéphane Spira (Ocean Dance et After Rain), le magnifique "Lawns" de Carla Bley et la 1ère Gymnopédie d'Erik Satie.

La fin de l'album est une improvisation sur le concerto n°1 de Prokofiev : Improkofiev, New York Dream et enfin No Strings Attached.

L'album s'écoute avec intérêt. Je dois avouer cependant que je ne suis pas très fan de la sonorité du soprano de Spira et que je préfère nettement Andy Sheppard sur Lawns. Mais il y a Giovanni Mirabassi dont les interventions lumineuses rachètent tout ! A citer aussi les excellents Donald Kontomanou à la batterie, Steve Wood à la basse et Yoann Loustalot au bugle sur Improkofiev.

Mars 2020

25/03/2020

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Source : Version Femina

6 mars : Décès de McCoy Tyner.

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Alfred McCoy Tyner, né le 11 décembre 1938 à Philadelphie, vient de mourur ce 6 mars 2020. Surtout connu pour sa collaboration avec John Coltrane, il eut aussi une longue carrière en solo.

En 1960, Tyner rejoint le Jazztet de Benny Golson et Art Farmer. Six mois plus tard, il intègre le quartet de John Coltrane avec Jimmy Garrison et Elvin Jones. Il y restera en continu de 1961 à 1965, enregistrant notamment les albums Live! at the Village Vanguard, Ballads, Live at Birdland, Crescent, A Love Supreme, and The John Coltrane Quartet Plays pour Impulse!.

Pendant cette période, il enregistre aussi comme leader de trio et comme sideman sur beaucoup d'albums Blue Note, souvent crédité comme "etc." pour respecter son contrat avec Impulse! Records. Il quitte Coltrane quand celui-ci se lance dans l'atonalité et le free jazz. En 1966, Tyner forme un nouveau trio et entame une carrière de leader.

Il enregistre une série d'albums post-bop pour Blue Note entre 1967 et 1970 : The Real McCoy (1967), Tender Moments (1967), Time for Tyner (1968), Expansions (1968) and Extensions (1970). Puis il signe avec Milestone et enregistre Sahara (1972), Enlightenment (1973), et Fly with the Wind (1976).

Entre 1980 et 2000, Tyner travaille dans un trio avec Avery Sharpe à la basse et Louis Hayes, puis Aaron Scott, à la batterie. Il grave aussi des albums solo pour Blue Note : Revelations (1988) et Soliloquy (1991). Puis il signe avec Telarc et enregistre avec plusieurs trios avec Charnett Moffett à la basse et Al Foster à la batterie. En 2008, il tourne avec un quartet composé de Gary Bartz, Gerald L. Cannon, et Eric Kamau Gravatt.

Tyner restera comme l'un des plus grands pianistes de jazz du 20e siècle.

Février 2020

- Décès le 18 février de Jon Christensen. Ce batteur et percussionniste norvégien de jazz était né le 20 mars 1943 à Oslo (Norvège). Surtout connu pour sa participation au quartet européen de Keith Jarrett, avec Jan Garbarek et Palle Danielsson. Christensen a également participé à de nombreux enregistrements de Jan Garbarek, Ralph Towner, Bobo Stenson ou Tomasz Stańko.

- ECM publie « Life Goes On » de Carla Bley.

Novembre 2019

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La colère monte dans le jazz après Les Victoires

Louis-Julien Nicolaou

Publié le 04/11/2019.

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Andre Manoukian va remettre une Victoire du Jazz au musiciens chef d’orchestre Fred Pallem. Au Casino de Paris le 16 octobre 2019.

La cérémonie diffusée le 26 octobre sur France 5, a tourné à la mascarade, faisant la part belle à des artistes... de variété. Les amateurs de jazz sont indignés, les professionnels du milieu se mobilisent avec une pétition qui réclame un peu plus de discernement de la part des instances culturelles publiques.

Pour l’ensemble des acteurs du jazz, musiciens, producteurs, attachés de presse ou journalistes, c’était un peu la chronique d’un désastre annoncé. Aucun d’entre eux n’ignore que la visibilité du jazz sur les chaînes de télévision publiques est aujourd’hui quasi nulle, et que la retransmission même des Victoires du jazz, cérémonie plus ou moins équivalente à celle des Victoires de la musique, pose question. Plus de direct, peu de récompenses, encore moins de musique et des diffusions tardives, les Victoires du jazz se trouvent depuis plusieurs années coincées dans l’arrière-cour télévisuelle, tout près de la porte de sortie. Il y a pire cependant que de se voir relégué au dernier plan : être moqué, travesti, tourné en dérision. Voici ce qu’ont ressenti les professionnels du jazz lors de la dernière cérémonie des Victoires. Depuis sa diffusion sur France 5 le 26 octobre dernier (la cérémonie a eu lieu le 16), ils ne décolèrent pas et exigent, par le biais des réseaux sociaux et d’une lettre ouverte, d’être entendus afin que pareille humiliation ne se reproduise plus.

“Ce n’était pas une cérémonie comme les César, où il y a un peu de tenue, c’était plutôt La Roue de la fortune”, Sylvain Rifflet

Il faut dire que tout amateur de jazz ne pouvait qu’être confondu devant le spectacle offert lors de cette cérémonie présentée par André Manoukian. Non que le palmarès soit en cause. D’Anne Paceo au Sacre du Tympan de Fred Pallem en passant par Vincent Peirani et Naïssam Jalal, les Victoires ont célébré des artistes qui défendent une haute idée du jazz. Encore aurait-il fallu qu’ils puissent s’exprimer. C’est la conviction de Sylvain Rifflet, saxophoniste récompensé en 2016 par une Victoire du meilleur album instrumental (Mechanics) et qui, juste avant la cérémonie, a choisi de quitter le comité artistique des Victoires du jazz : « Recevoir un prix n’a de sens que si on peut jouer sa musique, défendre son projet et son groupe, explique-t-il. Ce qu’on accomplit est toujours le fruit d’un travail collectif. » Or, cette édition des Victoires du jazz, plutôt que de laisser jouer les musiciens, a surtout mis en avant... la variété française. Sans doute par volonté d’attirer le grand public (un samedi soir à 22h30), c’est elle qui a eu droit à la plus large place, donnant lieu à des prestations consternantes : Ben l’Oncle Soul chantant Sinatra, Christophe Willem reprenant (Sittin’ on) The Dock of the bay d’Otis Redding – les programmateurs ont de ces perversions... – Michel Jonasz grinçant lourdement son antique Boîte de jazz ou encore Clara Luciani égarée chez Michel Legrand. « Ce n’était pas une cérémonie comme les César, où il y a un peu de tenue, se désole Sylvain Rifflet. C’était plutôt La roue de la fortune, avec un chauffeur de salle, des changements de plateau... D’ailleurs, le Casino de Paris n’était pas plein du tout et quant à moi, je suis parti au bout de 7 minutes. »

Consternation, contestation

Le jazz aura été un peu présent malgré tout – il faut bien boucher les trous –, grâce à de brefs reportages et quelques mesures en live d’Anne Paceo, David Linx et Fidel Fourneyron, condamnés à se produire sans leurs orchestres (ce qui en jazz, n’a aucun sens) et à frayer avec les invités, les vrais, qui n’étaient ni jazzmen, ni lauréats. Quant à ceux qui concouraient dans des catégories jugées peu glamour (Victoire d’honneur, label de l’année et programmatrice de l’année), c’est hors scène et loin des caméras qu’ils ont reçu leurs prix. Pour Sylvain Rifflet, le plus grand scandale de la soirée se trouve là : « Henri Texier est l’un des musiciens qui a le plus influencé le jazz français des 50 dernières années. C’est un artiste très populaire, samplé, utilisé à la radio etc. Et on lui remet une Victoire d’honneur comme ça, sans micro, entre des gens qui mangent leurs petits fours ! »

Il est assez facile d’imaginer pourquoi des médias soumis à la pression de l’audimat s’intéressent peu au jazz, sans doute considéré comme pas assez vendeur, trop instrumental et destiné aux seuls initiés. Faut-il pour autant qu’il soit à ce point maltraité ? Les signataires de la lettre ouverte qui circule actuellement parmi les professionnels, et qui est appelée à se transformer en pétition (1), entendent qu’il n’en soit rien et ne ménageront pas leurs efforts pour que le jazz, par ailleurs si vivant en concert et sur disque, ne doive plus négocier sa dignité pour passer à la télévision.

(1) Cette « lettre de consternation » est adressée « À l’attention des Victoires du jazz, du ministère de la Culture, de France Télévisions, de France 5, de Radio France, de FIP, de la SACEM, de l’ADAMI, de la SPEDIDAM, du FCM, du CNC, du CNV, de la SCPP et de la SPPF ». Parmi les premiers signataires : Laurent de Wilde, Alex Dutilh, Daniel Humair, Raphaël Imbert, Naïssam Jalal, Anne Paceo, Vincent Peirani, Sylvain Rifflet, Samuel Thiebault...

Nouveau CD de Keith Jarrett

munich

Ce concert solo enregistré à la Philharmonie de Munich le 16 juillet 2016, lors de la dernière date de sa tournée européenne présente Keith Jarrett au sommet de son inventivité tant en matière d'art pianistique que d'improvisation.

Créant dans l'instant, avec l'assurance d'un bâtisseur, une suite spontanée de formes toujours changeantes, entremêlant des touches de blues et des réminiscences de folksongs pleines de lyrisme dans le cadre de pièces d'une grande complexité harmonique et poly-rythmique. Le pianiste nous livre ici l'une de ses plus belles performances !

Keith Jarrett donne le meilleur de lui-même, notamment lors de rappels touchés par la grâce d'où se détache particulièrement une version magique de "It's a lonesome old town".

Octobre 2019

Les défaites du jazz sur France 5

27 Oct 2019 #Le Jazz Live

Le 16 octobre dernier, la cérémonie des Victoires du jazz a suscité de vives protestations, apparemment confinées aux réseaux sociaux. Le montage de la soirée pour France 5 diffusé le 26 à partir de 22h25 à permis de mettre un peu d’ordre dans ce qui semble avoir été une étrange mascarade et de gommer quelques bourdes familières à l’animateur André Manoukian. Mais ces Victoires restent une défaite.

Au préalable, il s’est dit en gros ceci : « Ecoutez les gars, votre jazz c’est vraiment un peu chiant. On va vous faire un cadeau. Au lieu de diffuser vos Victoires à minuit, on va vous offrir un horaire de grande écoute... de 22h30 à 23h50. Mais de grâce, épargnez nos auditeurs, ne faites pas jouer les lauréats, surtout pas d’improvisateurs, et pas trop de musique instrumentale. On a tant de bons chanteurs ! » Et c’est donc à Michel Jonasz que l’on a demandé d’ouvrir la soirée avec ses musiciens. La Boîte de jazz... indiscutable. Puis on a quand même fait chanter Ballerina à Gregory Porter accompagné par l’orchestre de cérémonie, le Sacre du Tympan. Pour compenser pareille audace, Clara Luciani a prêté son sourire Gibbs à La Chanson de Delphine de Michel Legrand avec force violons.

Le temps était venu de proclamer un premier prix, en commençant évidemment par La Voix de l’année : David Linx. Un petit documentaire, puis place à l’artiste en chair et en os. Comme c’était un peu trop risqué, on l’a flanqué de Bernard Lavilliers pour chanter C’est ainsi que les hommes vivent, ce qui a évité que ça swingue tout du long. Ouf ! Et pour nous faire oublier les scats un peu obscènes du lauréat, on a vite enchainé sur un insipide Sitting on the Top of the Bay interprété par Christophe Willem.

Place aux instrumentistes : André Manoukian, le maître de cérémonie appelle Anne Paceo, artiste de l’année. Vite vite une chanson, l’audimat va baisser : Bernard Lavilliers revient nous chanter Je cours où le trompettiste du Sacre, le merveilleux Sylvain Bardiau, osera quelques phrases improvisées, bien heureusement sous-mixées derrière les cordes. « Si vous aimez la rumba cubaine, lance Manoukian à Lavilliers, vous allez adorer Fidel Fourneyron et son groupe Que Vola... » Sauf que de Fidel, l’Artiste qui monte, on n’aura droit qu’à quelques dizaines de mesures d’un exposé très quelconque de trombone noyé dans une marmelade orchestrale.

C’est alors que Manoukian – comme pour combler un oubli du jury des Victoires du jazz – nous présente le jeune Mourad avec lequel il esquisse un quatre mains aussitôt avorté. Tiens ?! On n’en saura pas plus. Leur succède L’Artiste inclassable de l’année, la flûtiste Naïssam Jalal qui échappera au Sacre du Tympan et dont on verra une minute de musique filmée de son groupe Quest of the Invisible. Privilège vite écourté avec la reprise d’All The Way par Ben L’Oncle Soul qui aurait certes avantageusement remplacé tout à l’heure Christophe Willem sur Sitting on the Top of the Bay.

Pour son Album de l’année, Vincent Peirani aura presque un traitement de faveur, car après lui avoir fait jouer La Chanson d’Hélène de Philippe Sarde – Ah, ça c’est bon coco pour l’audimat –, on lui accordera la projection d’une minute et demie de son groupe: Kashmir de Led Zeppelin, opportunément débarrassé de toute improvisation. Puis reviennent Linx et Porter pour un duo sur Once Upon a Summertime de Michel Legrand, évidemment. Michel Jonasz leur emboîte le pas avec Greg Zlap surgi du fond de la salle littéralement en ébullition, bien travaillée par les chauffeurs de salle. Ah mes aïeux quelle soirée ! Puis grand final avec le Sacre, groupe de l’année, qui s’efface bientôt derrière le générique sans même qu’aient été présentés les musiciens de l’orchestre, tandis que l’on n’a pas manquer d’annoncer les prochains concerts des chanteurs invités.

N’a-t-on oublié personne ? Si, le label Yolk (Label de l’année), Fanny Pagès de l’Astrada de Marciac (Programmatrice de l’année) et Henri Texier, Victoires d’honneur comme Gregory Porter, mais « pour sa contribution à l’histoire du jazz français », et donc septuagénaire peut-être pas assez présentable pour une émission qui se veut jeune et actuelle comme les musiques du même nom, un âge qu’on lui aurait probablement pardonné s’il avait été chanteur quoiqu’il paraisse beaucoup plus jeune dans sa prestance et la maîtrise de son art que ses proches cadets de la soirée. Bref, ces trois lauréats ont été purement et simplement gommés des écrans et même écartés de la scène du Casino de Paris. Et c’est au bar du théâtre qu’on leur a remis leurs prix, sous le manteau. Il n’en restera rien qu’un trophée sur leur cheminée. A moins qu’il ne termine dans la cheminée...

Aucun de tous ces lauréats n’a protesté comme l’avait fait Maurice Clavel en quittant le plateau TV de l’émission À armes égales : « Messieurs les Censeurs, bonsoir ! » C’était en 1971, à l’époque où André Francis et Bernard Lion pouvaient diffuser les images du festival de Chateauvallon sur le petit écran. Un musicien néanmoins a claqué la porte, c’est Sylvain Rifflet qui nous racontait vendredi soir, qu’ayant appris ce qui se tramait au comité consultatif des Victoires, lui a aussitôt remis sa démission.

Il ressort de tout ça, du bas en haut de l’échelle culturelle, une haine profonde non seulement du jazz, mais de toute musique non asservie à la transparence du texte chanté et au format couplet-refrain de la variété. J’avais émis cette opinion lors des “Etats généraux du jazz” en 2011, un avis qui avait été accueilli avec beaucoup de condescendance par les animateurs d’un débat qui finit dans les poubelles du Ministère de la Culture. Pourtant, on en est bien là. Et je m’en vais de ce pas redescendre ma télé à la cave d’où elle n’aurait jamais dû sortir.

Franck Bergerot

Source : Jazz Magazine

Juillet 2019

Deux disparitions : João Gilberto et Paolo Vinaccia

João Gilberto est mort, la Bossa Nova et le Brésil en deuil

06 juillet 2019

Rythmes doux, voix suave, João Gilberto incarnait la Bossa Nova. Guitariste, chanteur, éternel touche-à-tout, le Brésilien est mort samedi 6 juillet. Il avait 88 ans.

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João Gilberto est mort, la Bossa Nova en deuil, © Getty

Il était « le père de la Bossa Nova », auteur de grands tubes tels que Corcovado, Para Machuchar Meu Coração, Chega de Saudade... João Gilberto, né João Gilberto Prado Pereira de Oliveira le 10 juin 1931 au Brésil, est décédé samedi 6 juillet 2019 à l'âge de 88 ans. Son fils a annoncé la triste nouvelle sur les réseaux sociaux :

My father has passed. His fight was noble, he tried to maintain dignity in light of losing his sovereignty. I thank my family (my side of the family) for being there for him, and Gustavo for being a true friend to us, and caring for him as one of us. Lastly, I'd like to thank Maria do ceu for being by his side until the end. She was his true friend, and companion.

Marcelo Gilberto

Les causes de la mort n’ont pas été précisées. "Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu’il perdait son autonomie", écrit-il à propos de l’icône qui vivait ruiné et solitaire à Rio.

Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l’Etat de Bahia (nord-est), João Gilberto Prado Pereira de Oliveira découvre la musique avec sa première guitare, à l’âge de 14 ans. Quatre ans plus tard, "Joaozinho" quitte son village natal pour Salvador de Bahia où on peut l’entendre sur les ondes de la radio locale et, à 19 ans, se retrouve à Rio de Janeiro.Il y joue dans une petite formation, Garotos da Lua, avec laquelle il fait ses premiers enregistrements et, en 1957, se fait connaître comme guitariste sur un disque de Elizeth Cardoso, Cançao do Amor Demais, composé par Tom Jobim et Vinicius de Moraes.

En août 1958, son 33 tours "Chega de Saudade" marque le point de départ de sa carrière et celui de la bossa nova ("nouveau truc"). Le public est sous le charme de sa voix chuchotante, des harmonies de Jobim et des paroles de Moraes. Deux autres albums sortent en 1960 et 1961 avec outre des compositions de Jobim et Moraes, celles d’autres comme Dorival Caymmi, Carlos Lyra, Roberto Menescal.

A partir de 1962 et pendant près de 20 ans, le guitariste-chanteur vit à New York avec un intermède de deux ans au Mexique. Il travaille avec Jobim et des jazzmen comme le saxophoniste Stan Getz qui avoue être tombé amoureux de sa musique, dès les premières notes entendues.

Source : France Musique

vinaccia

Paolo Vinaccia © Mode Steinkjer

Le batteur et compositeur italien Paolo Vinaccia est décédé le 5 juillet 2019 après avoir combattu pendant 10 ans un cancer du pancréas. Il vivait en Norvège depuis 1979.

Vinaccia a travaillé avec de nombreux musiciens de jazz parmi lesquels Lillebjørn Nilsen, Steinar Albrigtsen, Ole Paus, Arild Andersen, Sondre Bratland, Bendik Hofseth, Kari Bremnes, Terje Rypdal, Palle Mikkelborg, Mike Mainieri, Jon Christensen, David Darling... Avec Arild Andersen, il a participé au London Jazz Festival en 2008.

Il a participé à plus de 100 albums.

Février 2019

André Francis : la voix du jazz s’est tue

André Francis est décédé ce matin 12 février 2019 dans son sommeil à l’âge de 93 ans. Il fut LA voix du jazz sur les ondes de 1947 à 1997, non qu’il n’y en ait eu d’autres, mais il fut le plus durable, le plus contesté aussi et finalement le plus aimé pour son enthousiasme et son opiniâtreté au service du jazz qu’il faisait « revenir par la fenêtre des services de Radio France lorsqu’on l’en avait chassé par la porte » comme il aimait le raconter, multipliant les fonctions d’animateur, de chroniqueur, de producteur radio ou télévision, de programmateur et présentateur de concert.

Source : Jazz Magazine

Juillet 2018

La disparition de Tomasz Stańko

stanko

La réaction de Paolo Fresu :

Se ne è andato in punta di piedi uno dei grandi protagonisti del jazz contemporaneo.
Trombettista originale e raffinato compositore, Tomasz Stańko è stato da sempre il mio idolo e un punto di riferimento della tromba europea.
Proprio lo scorso anno ha tenuto due bellissimi concerti a TIME IN JAZZ e così vogliamo ricordarlo.
Con dolcezza, davanti alla Chiesa di San Simplicio di Olbia, mi domandò se potevo imprestargli l’olio per i pistoni dello strumento.
Lo avevo con me e glielo diedi.
"Che onore riceverlo da te", mi disse.
Io solo gli sfiorai la spalla, sapendo di toccare una icona del jazz.

Paolo Fresu

(la foto è di Daniele Franchi)

Juin 2018

both

Le disque "Both directions at once - The Lost album" a été enregistré en 1963 par John Coltrane et ses musiciens. Il contient notamment deux compositions inconnues.

Un disque inédit de John Coltrane ? Les amateurs de jazz ne rêvent pas : Both directions at once - The Lost album (Universal/Impulse!), sorti vendredi, propose, un demi-siècle après sa mort, des enregistrements inédits du légendaire saxophoniste.

Un enregistrement oublié. Le 6 mars 1963, John Coltrane et les musiciens de son célèbre quartette - le pianiste McCoy Tyner, le contrebassiste Jimmy Garrison et le batteur Elvin Jones - entrent dans les studios de Rudy Van Gelder, légendaire ingénieur du son et producteur du label Blue Note. Ils vont y rester toute une après-midi à l'issue de laquelle John Coltrane repartira avec une bande de l'enregistrement, le master ayant disparu, pour le faire écouter à Naïma, son épouse. Depuis, plus de nouvelles, jusqu'à aujourd'hui.

"Une nouvelle pièce dans la grande pyramide". "Nous n'avons pas affaire à des fonds de tiroirs", affirme Alex Dutilh. "Il s'agit là d'une séance qui était, je pense, conçue pour faire un album. La durée des plages correspond à la durée d'un vinyle. On est dans la configuration d'une séance d'enregistrement classique", explique-il. "C'est comme si l'on découvrait une nouvelle pièce dans la grande pyramide". Cette phrase, qui figure sur le livret du disque, inespéré et inattendu, prend encore plus d'acuité lorsqu'on sait que Sonny Rollins en est l'auteur. Sonny Rollins qui, au début des années soixante, était l'autre "géant" du saxophone avec John Coltrane.

Un événement dans le monde du jazz. Both directions at once (Universal/Impulse!) est une perle rare, et sa publication est aussi importante dans les cercles du jazz que celle d'un nouvel album de Jimi Hendrix dans l'univers du rock. "C'est John Coltrane, qui a les mêmes initiales que Jésus Christ. Donc un geste anodin de John Coltrane est très au-dessus du lot du commun des mortels", estime Alex Dutilh, producteur de l'émission quotidienne Open Jazz sur France Musique.

Un disque charnière. Le disque contient en outre deux compositions inconnues. John Coltrane ne leur avait pas donné de titre, et elles sont répertoriées dans le disque avec des numéros. Plus important encore, lors de ces sessions, John Coltrane explore, à une période charnière de sa carrière où il est prêt à basculer dans le free jazz dont il est devenu l'apôtre, plusieurs directions. "Il y a d'un côté l'attachement de Coltrane au blues et à un cadre de jazz assez traditionnel, et en même temps, quand il traite ces formes-là, il fait tout pour secouer la porte, casser le mur, le dilater", analyse Alex Dutilh. "Et on entend ce déchirement dans ce disque-là".

Source : Europe1

on aime passionnément Both Directions at Once : The Lost Album, de John Coltrane, Impulse !

Des bandes enregistrées il y a cinquante-cinq ans, puis oubliées par Coltrane lui-même, ressortent pour le plaisir de tous. Un son libre, chaleureux et avant-gardiste se détache de l’album “Both Directions at Once : The Lost Album”. A écouter d’urgence.

D’un génie, on attend toujours qu’il se pare d’immortalité, comme s’il était impossible que ses offrandes au monde cessent avec sa disparition. Bien involontairement, certains musiciens ont ainsi sorti beaucoup plus d’albums après leur mort que de leur vivant (pour mémoire, le « dernier » album de Jimi Hendrix date de 2018). Créateur parmi les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle, John Coltrane, lui, n’a pas connu une telle fortune (?) post-mortem. La plupart des enregistrements studio qu’il n’avait pu exploiter ont été édités avec soin et respect au cours des années qui ont suivi son décès, survenu le 17 juillet 1967. Ils font désormais pleinement partie du corpus coltranien et certains (Transition ou Interstellar Space, par exemple) apparaissent comme des jalons essentiels de la quête d’absolu entreprise par le saxophoniste. Il est donc aussi inespéré que réjouissant de voir arriver aujourd’hui un nouvel album de John Coltrane.

Annoncé à grand fracas après beaucoup de mystère, Both Directions at Once : The Lost Album, publié par le label Impulse! auquel Coltrane était resté fidèle de 1961 à sa mort, mérite l’attention pour une foule de raisons. (...).

Source : Télérama

Janvier 2018

« A Contretemps », le nouvel album de Sarah Lancman sort le 19 Janvier 2018

lancman

Je chroniquerai bientôt cet album dont je recommande vivement l'acquisition.

Quelques repères sur Sarah Lancman :

- A 7 ans entre au conservatoire du centre de Paris classique en piano. Elle y étudiera jusqu'à ses 18 ans.
- En 2012: Elle remporte le 1er Prix de l'International Jazz SHURE Voice Competition au festival de Montreux présidé par Quincy Jones.
- En 2013: Diplômée de la Haute Ecole de Musique de Lausanne en piano jazz et chant jazz.
- En 2015: Sortie de l'album " Dark " réunissant des arrangements de reprises de Nick Drake à Cole Porter.
- En 2016: Sortie d'album " Inspiring Love " enregistré à New York et entièrement composé et co-écrit avec sur certains titres avec le pianiste Giovanni Mirabassi.
- En 2017: Enregistrement en Thaïlande du prochain album " A contretemps "

Février 2017

Disparition de Larry Coryell

Le dimanche 19 février décès à 73 ans de Larry Coryell, un des plus fameux guitaristes de jazz de tous les temps. Surnommé "le parrain de la fusion" pour la part importante qu'il prit dans la naissance et le développement de ce genre musical qui unit jazz, rock et funk. Larry Coryell est né au Texas en 1943, et avait publié plus de 60 disques ; en 1973 il fonde The Eleventh House. Son disque le plus connu est Spaces, enregistré en 1970 avec le guitariste John McLaughlin, le batteur Billy Cobham, le bassiste Miroslav Vitouš et le pianiste Chick Corea.

Deux parutions intéressantes :

« Hi Dream » d'Alexis Avakian tout d'abord.

avakian

Nous avons connu Alexis Avakian au Festival de Jazz de Calvi. Son premier album nous avait déjà conquis il y a deux ans, Alexis Avakian et son quartet avaient réussi à intégrer avec subtilité le folklore et la culture arménienne dans un jazz aussi rythmique que lyrique. Le saxophoniste qui publie ici son deuxième album est un musicien particulièrement raffiné qui soigne ses compositions. Tout en évitant le cliché d’un jazz world auquel ses racines arméniennes auraient pu l’enfermer, c’est au contraire un jazz très ouvert et protéiforme que nous propose Avakian.

L'artiste, que l'on découvre ici à la guitare et à la flûte, a composé onze nouveaux thèmes pour ce nouveau projet, entouré de Fabrice Moreau à la batterie, Mauro Gargano à la contrebasse et Ludovic Allainmat au piano. Comme précédemment, le doudoukiste Artyom Minasyan est aussi de ce voyage où s'entremêlent parfaitement les racines d’Alexis Avakian et le swing de ses musiciens.

« Hà Nội Duo » de Nguyên Lê et Ngô Hông Quang

ha noi

Sur « Hà Nội Duo » (ACT/PIAS), Nguyên Lê et Ngô Hông Quang s’immergent dans les racines de la musique vietnamienne. Ngô Hông Quang chante et s’exprime sur de nombreux instruments traditionnels vietnamiens. On retrouve sur ce disque de vieilles connaissances : Paolo Fresu et Mieko Miyasaki. Il y a aussi Alex Tran au cajon et le percussionniste indien Prabhu Edouard.

Août 2016

miles bootleg

Un coffret de 3CD, "Freedom Jazz Dance — The Bootleg Series Vol. 5", documentant l'évolution musicale de Miles Davis entre 1966 et 1968 avec son "second grand quintet" (Miles Davis, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams) - sort en octobre dans la série "Miles Davis Bootleg Series".

Le coffret inclut les "master takes" qui apparaîtront sur les albums Miles Smiles (1967), Nefertiti (1968) et Water Babies (1976) ainsi que deux heures d'enregistrements inédits extraits des sessions de studio produites par Teo Macero, avec répétitions, faux départs, prises alternatives et conversations....

Disc: 1
1. Freedom Jazz Dance (Session Reel)
2. Freedom Jazz Dance (Master Take)
3. Circle (Session Reel)
4. Circle (Take 5)
5. Circle (Take 6)
6. Dolores (Session Reel)
7. Dolores (Master Take)

Disc: 2
1. Orbits (Session Reel)
2. Orbits (Master Take)
3. Footprints (Session Reel)
4. Footprints (Master Take)
5. Gingerbread Boy (Session Reel)
6. Gingerbread Boy (Master Take)
7. Nefertiti (Session Reel)
8. Nefertiti (Master Take)

Disc: 3
1. Fall (Session Reel)
2. Fall (Master Take)
3. Water Babies (Session Reel)
4. Water Babies (Master Take)
5. Masqualero (Alt. Take 3)
6. Country Son (Trio Rehearsal)
7. Blues in F (My Ding)
8. Play Us Your Eight (Miles Speaks)

Juin 2016

off

Hier soir 27 juin, présentation de "Off the records - En tournée en Asie avec Giovanni Mirabassi", un film de Romain Daudet-Jahan.
Le film nous fait suivre Giovanni en Chine et en Corée du sud. Taxis, chambres d'hôtel, découverte des salles de concert et des pianos... Des passages hilarants (l'interview avec la journaliste chinoise, la "Tour Eiffel-Cognac"...), d'autres plus profonds où le pianiste évoque son enfance, ses démêlés avec sa famille, son exil parisien et sa rencontre avec Aldo Ciccolini, et enfin, de beaux extraits musicaux (Le chant des partisans, Libertango, Alfonsina y el mar, d'autres encore, et un sublime El pueblo unido jamas sera vencido).
A voir absolument !

Mai 2016

Deux parutions récentes chez ECM : Carla Bley et Jack DeJohnette

andando
Carla Bley, Andy Sheppard, Steve Swallow

Andando el Tiempo propose une nouvelle musique d'une grande étendue émotionnelle par Carla Bley, et souligne son originalité et son ingéniosité en tant que compositeur. "Saints Alive!" fait entendre des conversations animées entre les participants, avec des interventions remarquables de la guitare basse de Steve Swallow et du sax soprano d'Andy Sheppard. Le majestueux "Naked Bridges / Diving Brides" est inspiré par Mendelssohn et la poésie de Paul Haines. Et la puissante composition-titre en trois parties - qui porte sur les épreuves de la fin de la dépendance - va de la douleur à l'espoir et la joie. Le trio avec Sheppard et Swallow a été un véhicule idéal pour l'écriture de Carla pendant plus de 20 ans et fournit également l'un des meilleurs contextes pour son unique jeu de piano. Comme l'album Trios (2012) salué par la critique, Andando el Tiempo a été enregistré au RSI Studio Lugano et produit par Manfred Eicher.

(traduction du texte original en anglais du site ECM)


inmov Jack DeJohnette, Ravi Coltrane, Matthew Garrison

Il y a beaucoup d'histoire concentrée dans cette nouvelle aventure en trio de Jack DeJohnette. Il y a cinquante ans, en tant qu'invité avec le groupe de John Coltrane, Jack DeJohnette a joué avec les pères de Ravi Coltrane et Matthew Garrison, et le programme de In Movement ouvre sur le toujours d'actualité "Alabama" de John Coltrane. "Serpentine Fire" est tiré du songbook de la Earth, Wind and Fire, comme un hommage à Maurice White - qui a également collaboré avec Jack dans les premières années."The Two Jimmys" est un hommage à Jimi Hendrix et Jimmy Garrison, l'un comme l'autre de grands innovateurs, et "Rashied" salue le regretté Rashied Ali, un autre grand batteur issu du cosmos de Coltrane. Pour toute la richesse des références, c'est vraiment un groupe en mouvement, comme l'affirme le titre. Ravi Coltrane et Matt Garrison, pour leurs débuts chez ECM, répondent magnifiquement à la batterie entraînante de DeJohnette, Ravi avec de superbes solos, Garrison avec des lignes de basse sobres et des boucles électroniques imaginatives. Jack DeJohnette: "Nous sommes connectés à un niveau très élevé et très personnel, qui, je le pense, transparaît dans la musique." In Movement a été enregistré aux studios Avatar de New York en Octobre 2015, et produit par Manfred Eicher.

(traduction du texte original en anglais du site ECM)

Avril 2016

La disparition de Gato Barbieri

La musique du film «Le dernier tango à Paris», c’était lui. On a appris la disparition samedi 2 avril, à l’âge de 83 ans, du musicien et compositeur argentin Leandro «Gato» Barbieri. Il est décédé à New York, où il vivait depuis une cinquantaine d'années, d'une pneumonie.

Musicien prolifique et touche à tout, Gato Barbieri avait à son actif une trentaine de disques et un Grammy, récompense obtenue pour le film de Bernardo Bertolucci, Le dernier tango à Paris (1972) dont il avait écrit la musique.

Il a joué avec les grands noms du jazz, de Don Cherry à Charlie Haden en passant par Cecil Taylor ou Carla Bley. Il s’est aussi illustré avec son saxophone sur scène avec Carlos Santana – il collabore à l’album Europa - ou en revisitant la célèbre composition de son compatriote Atahualpa Yupanqui, El arriero.

Gato Barbieri, né à Rosario, capitale des plaines à blé argentines, a commencé par jouer de la clarinette avant de s’essayer au saxophone alto puis ténor sur les scènes de Buenos Aires. Il rejoint un temps l’orchestre de Lalo Schifrin, autre compatriote qui deviendra aussi un compositeur renommé de musique de films culte comme Bullit ou de séries comme Mannix.

Musicien de jazz, Gato Barbieri se réclamait de l’influence de John Coltrane qu’il entendit vit sur scène pour la première fois en 1957 –dans le quintet fondé par Miles Davis- lors d’un concert en Uruguay. Il ne se définissait pas comme un musicien argentin mais international et fera d’ailleurs l’essentiel de sa carrière à New York où il s’était installé, tout en nourrissant sa musique de couleurs latines via le folklore ou encore le tango.

Source : RFI

Santana & Gato Barbieri "Europa" (live, 1977)

Le dernier tango de « Gato » Barbieri

Le Monde | 03.04.2016 à 17h11 | Par Francis Marmande

Gato Barbieri le 15 septembre 2006 à Saint-Domingue, en République dominicaine.

Né à Rosario (Argentine), le 28 novembre 1934, Leandro Barbieri, dit « Gato », est mort le 2 avril 2016, dans un hôpital de New York, a annoncé sa femme Laura, des suites d’une pneumonie. Sa première femme s’appelait Michèle – rôle essentiel dans les liens de la musique et du cinéma. En novembre 2015, on pouvait encore entendre Gato Barbieri lors de son récital mensuel au Blue Note. Il n’avait plus l’aura qui fut la sienne dans les années 1960 et 1970, mais sa renommée excédait toujours le septième cercle du « jazz ».

Son nom remue ceux de Don Cherry, Carla Bley, Charlie Haden, Enrico Rava, Steve Lacy, J.-F. Jenny-Clark et Nana Vasconcelos : plus qu’un orchestre, une communauté de cœur, de pensée, d’objectif politiqueet d’amour. On le dirait aujourd’hui « altermondialiste », l’un de ses triomphes fut, à Montreux, en 1973, le très tiers–mondiste El Pampero. La face lumineuse, gauchiste, populaire, festive, présente dans tous les meetings politiques et sur tous les podiums de la joie, du très introuvable « free jazz ».

« Le chat » au chapeau

De Barbieri, on retiendra trois détails : son surnom de « Gato » qui suffisait à l’identifier (« le chat »), chaffre aux étymologies aussi nombreuses que les pompeux informateurs qui vous en instruisaient ; son légendaire chapeau noir qu’un contestataire inspiré lui avait piqué, le 23 août 1977, à Chateauvallon (Var), le même sans doute qui venait de brailler à l’adresse de la pianiste Carla Bley : « Retourne à tes fourneaux ! » (le gauchisme n’a pas donné que des résultats satisfaisants ; les cons étaient à la mesure du projet) ; ce son de saxophone ténor qui semblait démarqué du rajo, l’inimitable fêlure des cordes vocales des flamencos de Jerez. Tout cela pour dire qu’il fut, de son vivant, visage malin, petites lunettes plus stylées que celles de Lennon, un mythe en scène et dans la vie. Porté par les orages du bonheur des tambours, son lyrisme incandescent eut tôt fait d’écarter les pisse-vinaigre et les amateurs au chef dodelinant – les bons amateurs.

Fils de charpentier, il taquine le violon, découvre le viril ténor auprès de son oncle maternel (dans Les Structures de la parenté, Lévi-Strauss établit clairement l’importance dans ce fatras de l’oncle maternel), et attaque par la face sud le requinto. Le requinto est une clarinette jivarisée qui ne fait pas sérieux. Là-dessus, coup de tonnerre, il tombe sur Charlie « Bird » Parker (un vilain poste de TSF à Buenos Aires) : pilier de Notre-Dame (voir Claudel) ! Joie, Joie, Pleurs de joie ! (se réciter le Mémorial de Pascal, cousu dans sa doublure jusqu’à sa mort). Altiste dans l’orchestre de son compatriote Lalo Schifrin, Gato choisit le ténor (1955).

En 1962, après un bref séjour au Brésil (João Gilberto, etc.), il s’établit à Rome où il joue avec Jim Hall et Ted Curson. C’est à Paris, où Don Cherry se déplaçait à Solex, trompinette dans la poche, au printemps 1965, qu’ils se rencontrent pour ne plus se quitter. À New York, ils gravent un miracle – par définition rétif à tout enregistrement : Complete Communion suivi de Symphony For Improvisers (1966). Quand on a eu la chance de vivre en direct cette époque bénie de tous les diables, on peine un peu à se faire interviewer par un gandin effaré, sur l’air de : « La première fois que vous avez entendu du free jazz, vous avez été épouvanté ? Ahuri ? Sonné ? Agressé ? » Il faut cocher.

Tout-terrain esthétique

La rencontre avec Giorgio Gaslini a lieu à Milan (Nuovi Sentimenti). En 1967, il signe ses deux premiers albums personnels, In Search Of The Mystery et Obsession, avec Sirone à la basse. Rôle des contrebassistes auprès de Gato. À Rome, avec Enrico Rava, Don Cherry, J.-F. Jenny-Clark et quelques égéries, ils vivent en communauté une vie de bâton de chaises qui tient de l’expérience scientifique et du tout-terrain esthétique.

La nature des conflits actuels (quatre vingt-trois guerres au compteur, et des institutions aussi nobles que l’Eglise déchirées par la chair) donne à cette période une allure assez sportive. D’un poil plus âgé que la bande à Gato, Steve Lacy qui tenait le rôle de passeur quasiment bilingue, fit non sans sagacité observer : « Attenchion, attenchion, mes amis, si vous continouiez à mener le vie gracieuse, le Bon Dieu, il va vous punisser… »

Blonde et aussi bouclée que Delphine Seyrig, Carla Bley est l’autre rencontre décisive. Gato participe à ce chef-d’œuvre signé Carla Bley et Paul Haines pour le livret : Escalator Over The Hill. 1968 se profile partout, même aux Jeux de Mexico. Non, non, on n’a été ni épouvanté, ni ahuri, ni sonné, encore moins agressé… Simplement heureux comme devant l’épiphanie du free. Deuxième chef-d’œuvre d’une bande de révolutionnaires dont Charlie Haden et Carla Bley portent la banderole de manif (rouge), le Liberation Music Orchestra : Don Cherry, Perry Robinson, Dewey Redman, Michael Mantler, Roswell Rudd, Bob Northern, Howard Johnson, Sam Brown, Paul Motian et Andrew Cyrille. Moins un orchestre qu’un style de vie et une pensée. Pendant une semaine, pour dire les osmoses du temps, le Liberation Music Orchestra sert de générique à l’irremplaçable « Pop-Club » de José Artur, sur France Inter.

Luttes, tambours

Gato enregistre avec le pianiste sud-africain adoubé par Duke Ellington, Dollar Brand (Abdullah Ibrahim). Virage à 180° vers ses origines sud-américaines, les luttes, les tambours. Ce qui nous conduit au Carnet de notes pour une Orestie africaine (1970), de Pier Paolo Pasolini, où il apparaît autant qu’il joue avec le contrebassiste sarde Marcelo Melis et le percussionniste Don Moye.

Ses commandos à géométrie variable, où se succèdent les plus grands bassistes, nombre de percussionnistes (Airto Moreira, James Mtume) autour de piliers (Lonnie Liston Smith jusqu’en 1973, Roswell Rudd…) obtiennent de vifs succès auprès des jeunes et des classes laborieuses. Après quoi, elles accentuent leur tonalité latina, le goût des chansons et des messages (Viva Emiliano Zapata !), chantent l’Euphoria comme aujourd’hui on brame à la Melancholia.

Il est possible que l’on traverse désormais le pont de Bir-Hakeim sans immédiatement songer au Dernier Tango à Paris (1972) de Bernardo Bertolucci, autre affidé à la bande. C’est Gato qui a composé la musique, récoltant au passage un de ses Grammys dorés. Petite curiosité, lorsqu’on voit à l’écran le voisin qui fait ses exercices au ténor (on l’aperçoit bien de la cuisine où le beurre est dans le frigo), le son est celui de Gato, mais le figurant qui joue du saxophone est noir. Ah ! effets de réel… Passons…

Les amateurs, les bons amateurs, tiennent la fin de la carrière de Gato Barbieri pour trop populaire et commerciale. Relire sur ce point Le Meunier, son fils et l’âne (Jean de La Fontaine). Musicien d’époque, son de cathédrale, mouvements intestinaux des révolutions, tentative de Hip Hop All Stars (2000), on a donc tant perdu la passion de l’Histoire ?

  • Francis Marmande
    Journaliste au Monde

-> La page consacrée à Gato Barbieri.

Novembre 2015

Un site tout neuf pour ECM ! C'est ici : https://www.ecmrecords.com/home

Et l'hommage à René Caumer :

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Une page est consacrée à René Caumer sur l-invitu : René Caumer

La mort d'Eddy Louiss

Le musicien d'origine martiniquaise s'est éteint aujourd'hui 30 juin à l'âge de 74 ans. Grande figure du jazz français il avait longtemps accompagné Claude Nougaro et joué avec les plus grands jazzmen.

Considéré comme un poète par Richard Galliano, adulé par Ray Charles, Quincy Jones ou Stan Getz, les claviers virevoltants et sensibles d'Eddy Louiss se sont tus aujourd'hui à Poitiers. Triste nouvelle pour les amoureux de la note bleue et de la musique française en général. Ce parisien d'origine martiniquaise laisse un héritage musical à la hauteur de sa générosité au piano ou à l'orgue.

De père trompettiste, Eddy Louiss a étudié lui-même la trompette et le piano avant de passer à l'orgue. Il fait ses armes dans les clubs de la capitale et participe à l'aventure des célèbres Double Six, groupe vocal fondé par Mimi Perrin. Talentueux, il jouera et enregistrera avec la crème des jazzmen américains (Johnny Griffin, Art Taylor, Dizzy Gillespie, Stan Getz avec qui il a tourné un an, Kenny Clarke...). Coté français la liste est longue, on pense à ses duos avec Michel Petrucciani et Richard Galliano, ses sessions folles avec Bernard Lubat, Jean-Luc Ponty, André Minvielle, René Thomas... Eddy Louiss fût bien sûr le musicien attitré de Claude Nougaro pendant treize ans (entre 1964 et 1977), mais aussi de Jane Birkin, Henri Salvador, Barbara, Serge Gainsbourg, Jacques Higelin et bien d'autres.

A 14 ans, Eddy Louiss accompagnait son père dans les casinos en jouant au piano de la rumba, du jazz, du tango et autres musiques de danse. L'artiste conservera toute sa vie cette ouverture aux genres et l'aspect festif et chaleureux inhérent à la musique. Dans les années 80 il fonde dans cet esprit son big band le "Multicolor Feeling" orchestre-fanfare à géométrie variable avec qui il va tourner dans le monde entier. Malgré ses graves problèmes de santé Eddy Louis a tout joué avec la même générosité, toutes les formes de jazz, de musiques caribéennes, africaines (l'album "Histoire sans parole") ou même électroniques sur "Sang mêlé" et "Wébé". Un grand musicien et un grand homme.

Ornette Coleman est mort

Le musicien et compositeur américain Ornette Coleman, légende du jazz, est mort jeudi 11 juin au matin, à l’âge de 85 ans. D’après sa famille, citée par le New York Times, il a succombé à une crise cardiaque.

Né à Fort Worth, au Texas, il est mort à New York, où il a fait l’essentiel de sa carrière. Son album de 1959, The Shape of Jazz to Come, est considéré comme l’un des premiers albums avant-gardistes de l’histoire du jazz.

Coleman fut avec John Coltrane l’un des musiciens à l’origine du free jazz, un style fondé sur l’improvisation hors de toute contrainte harmonique, avec une grande liberté de mélodie et de rythme. Connu surtout comme saxophoniste alto, Coleman rejetait les notions traditionnelles d’accord et se lançait à la place dans des solos que ses détracteurs considéraient comme chaotiques, mais qui sont devenus un courant dominant du jazz et du rock. Il expliquait que ces formes libres de solos lui venaient spontanément, car il pensait que jouer du jazz était une activité humaine naturelle. « Le jazz devrait exprimer davantage de sentiments que ce qu’il a fait jusqu’à présent », déclarait-il.

The Shape of Jazz to Come a surpris le monde du jazz, y compris Miles Davis qui l’a critiqué, à cause de son manque d’harmonie, de l’absence de guitare ou de piano pour l’accompagner. Cet album comprend la chanson pleine de passion « Lonely Woman », écrite par Coleman, à propos d’une cliente de la haute société qu’il avait remarquée quand il travaillait dans un magasin à Los Angeles, et qui est devenue un standard du jazz.

La même année, en 1959, il sort l’album The Change of the Century, enregistré en Californie plutôt que dans une capitale établie du jazz. Il a souvent enregistré des albums avec son fils Denardo Coleman, célèbre batteur de jazz.

Mai 2015

De nombreuses nouveautés annoncées ou déjà dans les bacs.

La suite, à paraître en juillet, des rééditions de concerts de Miles Davis "The Bootleg series" tout d'abord. Le volume 4 est un coffret de 4 CD regroupant des concerts à Newport de 1955 à 1975. Pour être plus précis, 1955, 1958, 1966, 1967, 1969, 1971, 1973, et 1975 plus deux concerts à Berlin et en Suisse !

Le concert historique du sextet de “Kind Of Blue”, le second "grand quintet" capté en 1966 et 1967, et pour finir la "période électrique" de Miles... Très alléchant !

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Des sorties annoncées sur ECM également :
- deux Keith Jarrett, "Creation" constitué d'extarits de concerts solo sélectionnés par le pianiste, et un CD avec orchestre symphonique consacré à Barber et Bartók.

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- "This is the day", un disque du pianiste italien Giovanni Guidi ;

- "Surrounded by sea" d'Andy Sheppard (le trio "Libero" auquel s'est adjoint le guitariste Eivind Aarset).

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Mars 2015

   inmaggiore

Après Mistico Mediterraneo, Paolo Fresu et Daniele Di Bonaventura se retrouvent !

In maggiore, le nouveau projet du trompettiste italien Paolo Fresu, est un dialogue musical entre la trompette et l’accordéon aux sonorités méditerranéennes.

A deux dans cette nouvelle aventure, ils explorent un large éventail de répertoire constitué de ballades originales de leur propre composition, d’improvisations, d’un air provenant de La Bohème de Puccini, de musique liturgique, de pièces du légendaire chansonnier chilien Victor Jara et de l’auteur-interprète uruguayen Jaime Roos, de musique du compositeur napolitain Ernesto de Curtis, ou encore de O que sera du brésilien Chico Buarque.

Durant sa carrière, Daniele di Bonaventura s’est beaucoup consacré au rapprochement entre le jazz et les traditions sud-américaines, tandis que Paolo Fresu est l’une des voix exceptionnelles de l’improvisation contemporaine.

La relation entre leurs deux instruments évolue constamment tout au long de ce programme fascinant, enregistré à l’auditorium RSI de Lugano.

La session a déjà atteint une certaine renommée, dont des scènes figurent dans le nouveau documentaire du réalisateur italien Fabrizio Ferrao intitulé Wenn aus dem Himmel, qui fait actuellement le tour des festivals de film (notamment le festival Cinéma du réel à Beaubourg, Paris, fin mars).

Février 2015

Depuis le 18 février, en distribution exclusivement sur internet, les deux morceaux écrits par Paolo Fresu pour la bande son de "Torneranno I Prati", le dernier film de Ermanno Olmi. A écouter ici : https://embed.spotify.com/ et à télécharger sur les prinipales plate-formes musicales, de iTunes à Deezer, en passant par Spotify et Bandcamp.

Novembre 2014

Un nouveau coffret d'inédits de John Coltrane avec Miles Davis !

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Après Kind of Blue (1959), avant de quitter définitivement le groupe, Coltrane accompagna Miles dans une tournée en Europe en 1960. Un coffret de 4 CD, All of You: The Last Tour, 1960 présente des extraits de huit de ces concerts (certains étaient déjà parus sur "Miles Davis With John Coltrane and Sonny Stitt 1960" sous le label Dragon). Certains de ces enregistrements sont tirés de retransmissions à la radio, d'autres (Francfort) d'enregistrements privés. Globalement, la qualité est très bonne sauf sur un ou deux titres.
Les solos de Coltrane sont si inhabituels qu'ils firent scandale à l'époque. Frank Tenot dit du premier concert donné à Paris : “Les gens étaient vraiment surpris d'entendre Coltrane jouer de façon très différente par rapport à Kind of Blue. Une partie du public pensait que Coltrane ne jouait pas bien, qu'il jouait faux de façon involontaire.” Tenot dit au saxophoniste après le concert qu'il était trop nouveau pour le public, qu'il allait trop loin.” Coltrane se contenta de sourire et répondit : “Je ne vais pas assez loin.” Les critiques se déchaînèrent : “scandaleux", "aucun rapport avec le jeu de saxophone". L'un d'entre eux alla même jusqu'à qualifier cette musique de "terroriste". 

Ces enregistrements documentent parfaitement sur ce que sera l'évolution de Coltrane entre 1960 et 1966 avec ses "nappes de son". Même si Miles joue divinement bien, c'est le solo de Coltrane que l'on attend avec impatience sur chaque morceau !

Parution annoncée pour le 2 décembre.

Et une autre nouveauté : "Hamburg ’72" du trio de Keith Jarrett !

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Un concert inédit à la NDR Funkhaus de Hambourg. Le trio avec Charlie Haden et Paul Motian – créé en 1966 – fut le premier "super groupe" de Jarrett. Le bassiste a travaillé avec Ornette Coleman, le batteur avec Bill Evans. Avec ce trio, Jarrett pouvait explorer toute l'étendue du jazz moderne, de la ballade poétique au free le plus torride ! Le sommet du disque est le “Song for Che” de Charlie Haden. .

Juillet 2014 : décès de Charlie Haden

Décembre 2013 : Deux rééditions de Keith Jarrett : « No End » et « Concerts ».

Novembre 2012 : Enregistré en public à Münich en 1981, mixé 30 ans plus tard, voici "Carta de Amor" par le trio "Magico" : Jan Garbarek/Egberto Gismonti/Charlie Haden.

Juillet 2012 : Nouveautés et rééditions très intéressantes chez ECM : " Sleeper" du "quartet européen" de Keith Jarrett (souvent appelé "Belonging") au sommet de son art ; la réédition en coffret de trois enregistrements des débuts de Jan Garbarek, Sart (1971), Witchi-Tai-To (1973) et Dansere (1975) ; un autre coffret de 3 CD, Odyssey In Studio & In Concert de Terje Rypdal. Enfin, "Magnetic Works 1993-2001" de Jon Balke. Un musicien que je connais moins, à découvrir donc.

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Mai 2012

Une chanteuse de jazz corse, mais oui ! Fabienne Marcangeli, à découvrir en rubrique "jazz vocal".

Janvier 2012

Trois parutions chez ECM :

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Tord Gustavsen Ensemble: The Well (ECM 2237)

Deux ans après “Restored, Returned”, un nouveau disque du quartet de Tord Gustavsen. Ici le saxophoniste Tore Brunborg prend davantage d'importance, à côté du piano du leader, accompagné subtilement par Jarle Vespestad (d) et Mats Eilertsen (d).

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Tim Berne: Snakeoil(ECM 2234)




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Andy Sheppard: Trio Libero(ECM 2252)

Last but not least, le disque très attendu du Trio Libero composé du saxophoniste britannique Andy Sheppard, du bassiste Michel Benita et du batteur Sebastian Rochford.
Un trio où l'interaction créatrice est reine.
Enregistré en juillet 2011 à Lugano.

 


deglifiori

Pour ceux et celles qui n’aiment pas (encore) le jazz...
(ou qui croient ne pas aimer le jazz !)

Certains de mes amis (certaines, surtout : ce sont semble-t-il en majorité les femmes qui n’aiment pas le jazz) déclarent ne pas apprécier le jazz. Pourtant, ils reconnaissent souvent aimer tel ou tel musicien, tel ou tel disque de jazz. Ce qu’on appelle communément « jazz » est tellement divers que chacun peut y trouver un style qui lui plaira. C’est ce que je vais essayer de démontrer ci-dessous, en espérant donner envie aux « non-amateurs » de découvrir certains aspects de cette musique qui leur auraient peut être échappé.

Pour ceux... : lire la suite →

Quelques-uns de mes artistes préférés

Eivind Aarset

Nous avons eu l'occasion de voir et d'entendre à deux reprises le guitariste norvégien Eivind Aarset avec Dhafer Youssef. Un style unique, évoquant parfois Terje Rypdal en plus planant. C'est l'occasion de revenir sur cet artiste étonnant, né le 23 mars 1961 à Oslo, que beaucoup ont découvert dans “Khmer”, le premier disque de son compatriote le trompettiste Nils Petter Molvær. Dix-neuf ans plus tard, ce musicien s’est construit son propre univers musical. “I.E”, son nouveau cd, est paru il y a quelques mois sur Jazzland.

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Son éveil musical se produit en 1973 quand, à l'âge de 12 ans, il découvre Jimi Hendrix, qui lui donne instantanément envie de jouer de la guitare. Dans la foulée, il se met à écouter non moins passionnément Deep Purple, Black Sabbath, Santana et Pink Floyd avant que son frère lui fasse découvrir Miles Davis, le Mahavishnu Orchestra, Weather Report et Return to Forever. Puis il découvre le "son ECM" avec Jan Garbarek et Terje Rypdal, qui sera une de ses grandes influences.

Imprégné par le jazz de la période électrique et les possibilités offertes par l'électronique, il choisit de fusionner ces deux composantes pour créer un style qui lui est propre, qualifié à la fin des années 1990 de « nu jazz ».

Accompagnateur d'artistes importants comme Ray Charles, Dee Dee Bridgewater, Ute Lemper, Eivind Aarset s'établit une belle notoriété dans le cercle du jazz scandinave et participe aux projets du bassiste Arild Andersen, du pianiste Bugge Wesseltoft ou du joueur d'oud Dhafer Youssef. Remarqué au festival Maijazz en 1997, le guitariste influencé autant par Jimi Hendrix que Terje Rypdal compose un premier album à partir d'une pièce baptisée 7. Ce premier opus sorti l'année suivante sous le titre Électronique Noire accueille quelques personnalités comme Bugge Wesseltoft et le trompettiste Nils Petter Molvaer qui ne tarde pas à l'intégrer à son groupe.

Après ce premier ouvrage visionnaire fêté par la presse spécialisée pour son mélange de trip-hop, drum'n'bass, rock et jazz, Eivind Aarset réalise quatre autres albums pour le label Jazzland Records : les très electro Light Extracts en 2001 et Connected en 2004, le plus abordable Sonic Codex en 2007 et Live Extracts, constitué d'extraits de concerts, en 2010. Le Sonic Codex Orchestra qui le suit en tournée comprend Marius Reksjo (basse électrique), Audun Erlien (guitare, claviers), Wetle Holte (synthétiseurs), Hans Ulrik (clarinette basse), Erik Honoré et Jan Bang (sampling, production).

Dès lors, son jeu de guitare unique fera discrètement-mais-intensément merveille sur plusieurs disques essentiels : “Cartography” (ECM, 2009) et “Places Of Worship” (Rune Grammofon, 2013) d’Arve Henriksen, “Last Night The Moon Came Dropping Its Clothes In The Street” de Jon Hassell (ECM, 2009), “Ethics” (Zig Zag Territoires, 2010) et “River Silver” (ECM, 2016) de Michel Benita, “Uncommon Deities” (Samadhi Sounds, 2012) de Jan Bang et Erik Honoré (deux sound designers avec lesquels il collabore régulièrement et joue chaque année au Punkt Festival de Kristiansand) et “A Victim Of Stars 1982-2012” (Virgin, 2012) de David Sylvian, pour un seul titre, l’époustouflant Where’s Your Gravity ?, sur lequel jouent aussi Henriksen, Bang et Honoré., et il vient de tourner avec Andy Sheppard et Michel Benita.
En 2012, Eivind Aarset collabore plus spécifiquement avec Jan Bang pour l'album Dream Logic sorti en novembre (janvier 2013 en France). Ce projet, le premier pour le label ECM, additionne couches de guitares, samples, programmation, samples et divers effets électroniques conduisant à une oeuvre contemporaine proche du style ambient.

Avec “I.E.”, Eivind Aarset concentre tout ce que l’on a aimé dans ses précédents disques : riffs chirurgicaux, lyrisme électrique hérité des seventies, onirisme électronique typique du début du XXIe siècle, longues plages méditatives (Sakte, Return To Her Home) parfois ponctuées d’envolées prog-jazz (Wanderlust, They’ll Be Asked Nothing, Through Clogged Streets, Passed Rotten Buildings et le magnifique One And The Same).

Discographie

Sous son nom :

1998: Électronique Noire (Jazzland, EmArcy)
2001: Light Extracts (Jazzland), within «Électronique Noire»
2004: Connected (Jazzland)
2007: Sonic Codex (Jazzland)
2010: Live Extracts (Jazzland), within «The Sonic Codex Orchestra»
2012: Dream Logic (ECM Records)
2015: I.E. (Jazzland)

Comme sideman :

1985: Tigers of pain (avec Anne-Marie Giørtz)
1997: Khmer (Nils Petter Molvær-ECM)
2000: Solid Ether (Nils Petter Molvær-ECM)
2003: Digital Prophecy (Dhafer Youssef - Justin Time)
2004: Grace ( Ketil Bjørnstad-Universal Music)
2005: Electra (Arild Andersen-ECM Records)
2008: Movements in Colour (Andy Sheppard-ECM Records)
2008: Cartography (Arve Henriksen-ECM Records)
2009: Hamada (Nils Petter Molvær-Sula Records)
2009: Last night the moon came dropping its clothes in the street (Jon Hassell-ECM Records)
2009: På Egne Vegne (Anne-Marie Giørtz-Grappa Music)
2009: Slow Procession (Hans Ulrik-Stunt Records)
2012: Mercurial Balm (Food-ECM Records)
2013: La notte ( Ketil Bjørnstad-ECM)
2013: Places of Worship (Arve Henriksen-Rune Grammofon)
2016: Capital Punishment For Cars (Anne-Marie Giørtz-Grappa Music)
2016: The Beauty of Disaster (J. Peter Schwalm-Rare Noise Records)

Carla Bley

Née Carla Borg le 11 mai 1938 à Oakland en Californie, Carla Bley part pour New York à 17 ans et vend des cigarettes au Birdland. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley qu'elle épouse en 1957. Il l'encourage à composer. Elle joue notamment avec Paul Bley, George Russell, Jimmy Giuffre et Art Farmer. Elle rencontre le trompettiste Michael Mantler en 1964 au sein de la Jazz Composers’ Guild. Ils fondent un orchestre avec Roswell Rudd, Archie Shepp et Milford Graves. La Guild devient bientôt le Jazz Composers’ Orchestra. Paul et Carla divorcent deux ans plus tard, mais Paul continue de jouer ses compositions, tout comme Jimmy Giuffre, George Russell et Art Farmer. Elle rencontre ensuite le trompettiste Michael Mantler, avec lequel elle dirige le Jazz Composers' Orchestra.

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Miles Davis

J’ai entendu pour la première fois Miles Davis quand, adolescent, je découvrais le jazz à travers les disques de Charlie Parker. Mais le premier concert auquel j’assistai eut lieu en 1971, en pleine période « électrique » de Miles. A l’époque, j’appréciais autant le jazz que la pop « progressive ». Je ne fus donc pas dépaysé par les claviers électriques, les sons distordus et la pédale wah-wah. Je fus au contraire fasciné par cette musique qui pourtant n’avait pas grand-chose à voir avec les disques du Miles des années 50 -60, que je découvrirais plus tard. Pour le lecteur, je crois préférable de présenter les choses dans l’ordre, c’est-à-dire en commençant par le début : 1926, naissance d’un génie.

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Bill Evans

Intense et subtil, lyrique et raffiné, méditatif et poignant

Williams, John, Bill Evans
16/08/1929 à Plainfield, New Jersey-USA - 15/09/1980 à New-York-USA

Pianiste et compositeur de jazz, Bill Evans représente toujours une référence majeure dans l’art du piano qu’il a transformé. Créateur d’une esthétique singulière qui sublime la mélodie, il pratique un discours harmonique très développé et emploie dans son jeu des subtilités rythmiques inouïes. Il a aussi bouleversé l’art du trio piano-contrebasse-batterie. Après lui, la contrebasse et la batterie sont élevées en place de solistes et ont toute latitude à dialoguer avec le piano.

Né dans une famille mélomane, le jeune Bill Evans commence l’apprentissage du piano à l’âge de 6 ans après s’être essayé au violon et la flûte. Il s’intéresse au jazz à travers les musiques de Nat King Cole puis Bud Powell et Lenny Tristano. Après avoir obtenu en 1950 son diplôme de fin d’études au Southern Louisiana College d’Hammond, il est engagé dans l’orchestre du saxophoniste Herbie Fields avant d’être mobilisé durant trois ans dans l’armée. Après sa démobilisation en 1954, il poursuit sa carrière de jazzman et travaille au sein de divers orchestres de danse et de petits clubs de New-York jusqu’en 1955 où il est repéré et engagé par George Russell avec qui il enregistre. Il travaille aussi avec Tony Scott.

En 1956 il constitue son premier trio avec Teddy Kotick (contrebasse) et Paul Motian (batterie) et réalise son premier disque en tant que leader, « New Jazz Conceptions » (Riverside) où apparaît déjà son identité harmonique. Il commence à être sollicité par les jazzmen et travaille avec Tony Scott, Helen Merrill ou Charles Mingus où le trompettiste et compositeur Miles Davis le remarque et fait appel à lui.

En 1958 il fait partie du sextet régulier de Miles Davis, entre avec lui en studio et participe à l’enregistrement de « Basic Miles » puis du fameux album « Kind df Blue » en 1959. Il continue de travailler en sideman jusqu’en 1963 auprès de nombreux leaders comme le saxophoniste Cannonball Adderley, le batteur Philly Joe Jones, le trompettiste Chet Baker, le saxophoniste Lee Konitz et même avec Michel Legrand.

En 1959, c’est la naissance du trio mythique avec Paul Motian et le jeune contrebassiste Scott LaFaro. Dans ce trio il commence aussi à forger son esthétique. C’est aussi au sein de ce trio que se développe ce qui va caractériser la nouvelle dynamique du trio piano-contrebasse-batterie induite par Bill Evans et qui se nomme l’interplay. Cela authentifie un nouveau statut à la batterie et à la contrebasse qui quittent leur statut d’accompagnateurs et deviennent des solistes à part entière. Ainsi les trois instruments, piano, contrebasse, batterie, échangent de façon « démocratique » et les morceaux donnent lieu à des échanges stimulants. Des enregistrements fameux témoignent de l’entente qui règne entre ces trois musiciens.

En 1961, Scott LaFaro décède dans un accident de la route ce qui va affecter Bill Evans. Aux côtés du pianiste vont se succéder plusieurs contrebassistes mais il parvient à retrouver une belle entente avec Chuck Israels et Paul Motian toujours présent. ce dernier le quitte en 1964 à la suite de quoi plusieurs batteurs se succéderont auprès de Bill Evans dont Larry Bunker, Arnold Wise, Philly Lee Jones et Jack DeJohnette.C’est la période durant laquelle le pianiste questionne la formule du trio jusqu’au départ de Chuck Israels en 1966.

Il faut attendre que les routes du pianiste croisent celles du contrebassiste Eddie Gomez (en 1966) et du batteur Marty Morell (1968) pour que Bill Evans reconstitue un autre trio avec lequel il va tourner de 1968 à 1974. De 1975 à 1979 c’est Eliot Zigmund qui prend place derrière les fûts. En 1979, Bill Evans constitue son dernier trio régulier avec le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Joe Labarbera. Avec eux point d’enregistrement en studio mais des live fabuleux dont beaucoup sortiront après sa mort qui survient en le 15 septembre 1980.

Toujours en quête de perfection, Bill Evans a exploré les même thèmes tout au long de sa vie jusqu’à sublimer littéralement les mélodies de ses propres compositions ou des standards choisis. Bill Evans a particulièrement apprécié les rythmes à trois temps (comme en témoigne sa fameuse Waltz for Debbie) qui convient tout à fait à son phrasé où alternent retenue et dynamique.

Chez Bill Evans la main gauche déchargée de son rôle rythmique lui permet de développer un discours harmonique extrême par le biais de renversements d’accords. Il s’exprime en de longues phrases limpides où il pratique l’art de la nuance. Il conserve en effet un jeu tout en pondération quel que soit le tempo et la force de son jeu, son toucher conserve la douceur même dans les forte. Bill Evans est coutumier de subtilités rythmiques qui restituent les effets du fameux rubato des pianistes romantiques chez qui le changement de tempo insuffle tant de sensibilité à la musique.

L’art unique de Bill Evans continue à inspirer les pianistes et on ne se lasse pas d’écouter sa musique qui demeure d’une modernité étonnante.

Une sélection de nos disques préférés
  • « Bill Evans Trio - Portrait In Jazz » (Riverside), 1959, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « Sunday at the Village Vanguard » (Riverside), 1961, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « The Bill Evans Trio - Moon Beams » (Riverside), 1962, avec Chuck Israels et Paul Motian
  • « Alone » (Verve), 1968, Bill Evans piano solo
  • « On a Monday Evening » (Concord), 1976, sorti en 2017, avec Eddie Gomez et Eliot Zigmund
  • « Affinity » (Warner Bross Records), 1978, avec M. Johnson, E. Zigmund, T Thielemans et L. Schneider
  • « His Las Concert in Germany » (West Wind Records), 1980, sorti en 1980, avec M. Johnson et J. La Barbera
Références de lecture
Source : Latins de jazz

Paolo Fresu

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Après un passage par la page "invités" du fait de ses participations aux Rencontres de Calvi, Paolo Fresu a été le premier jazzman à avoir une page à lui sur l-invitu.
C'est ici : jazz-paolofresu.php

A consulter aussi l'article sur Carla Bley, puisqu'il a intégré pour un temps sa petite formation "The Lost Chords".

Paolo Fresu : lire la suite →

Jan Garbarek

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C’est d'un excellent musicien, cependant controversé dans le milieu du jazz, qu'il va être question ici : Jan Garbarek, saxophoniste (ténor et soprano) de jazz norvégien né en 1947.

Il commence à enregistrer au début des années 70 pour le label allemand ECM, basé à Münich, mais dont le célèbre studio d'enregistrement se situe à Oslo. Il fait alors partie de l'avant garde scandinave aux côtés notamment du pianiste Bobo Stenson, du guitariste Terje Rypdal, des batteurs Edward Vesala et Jon Christensen, du bassiste Arild Andersen... Sa carrière prend un tournant décisif quand il rencontre Keith Jarrett, qui l'intègre dans son quartet dit « européen », avec Jon Christensen et Palle Danielsson. Cette expérience lui permettra d'obtenir une reconnaissance internationale et de mener une carrière en leader très suivie et appréciée bien au delà des frontières de la Norvège.

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Nguyên Lê

Né à Paris de parents vietnamiens, le guitariste Nguyên Lê cofonde en 1983 le groupe ULTRAMARINE.

Musicien autodidacte à vocation ouverte, il joue de ses cordes autant pour le rock et le funk, la chanson, le Jazz contemporain, l'électro-acoustique et surtout les musiques extra-européennes.

Ses collaborations sont innombrables : Art Lande, Marc Johnson & Peter Erskine, Andy Emler, Michel Portal, Miroslav Vitous, Trilok Gurtu, Sylvain Marc, Antoine Illouz, Aldo  Romano, J. F. Jenny Clarke, Dewey Redman, Jon Christensen, Bunny Brunel, Daniel Humair, Michel Benita, Nana Vasconcelos, Glenn Ferris, Christof Lauer, Paolo Fresu, Art Lande, Paul McCandless, André Ceccarelli, Richard Bona et d'autres encore.

Plus récemment, ses disques avec Peter Erskine et Michel Benita (trio ELB), Paolo Fresu («Angel») ou Huong Thanh rencontrent un grand succès.

En 2008, il enregistre "The Othello Syndrome", de Uri Caine, « Blauklang », le nouvel album de Vince Mendoza & aussi "Dream Flight", le nouvel album du trio Erskine - Lê - Benita, avec Stéphane Guillaume en invité au sax.

Un nouveau disque sort en oct 2009: SAIYUKI, un trio asiatique avec Mieko Miyazaki (koto) & Prabhu Edouard (tablas), & Hariprasad Chaurasia (flute) en invité. En tant qu’ingénieur du son il mixe le nouvel album de Dhafer Youssef "Abu Nawas Rhapsody" avec qui il tournera en concert en 2010.

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Un extrait vidéo où Nguyên Lê rencontre... le Concordu de Orosei !!


John Mc Laughlin

Né le 4 janvier 1942 dans le Yorkshire, le guitariste John McLaughlin, également connu sous le nom de Mahavishnu, a commencé sa carrière en Angleterre dans les années soixante. Après un disque avec Tony Oxley et John Surman (Extrapolation), dans lequel s'expriment déjà sa grande technique, sa vélocité et son inventivité, il part en 1969 aux Etats-Unis pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Puis il est engagé par Miles Davis pour ses albums majeurs In A Silent Way, Bitches Brew (dont un morceau s'appelle tout simplement John McLaughlin), Big Fun, A Tribute to Jack Johnson et l'album Live/Evil. Il joue également avec Miroslav Vitous, Larry Coryell, Wayne Shorter et Carla Bley.

Il fonde en 1970 le Mahavishnu Orchestra avec le violoniste Jerry Goodman, auquel succèdera Jean-Luc Ponty, Jan Hammer, Rick Laird et Billy Cobham. Ce sera le premier groupe de fusion jazz/rock avec des influences indiennes.

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Changement radical avec la création avec Zakir Hussain de Shakti (l'énergie en sanskrit), groupe acoustique qui combine la musique indienne et le jazz. En 1973, il enregistre Love Devotion Surrender avec Carlos Santana, autre disciple du guru Sri Chinmoy.

Il participe également à des rencontres autour du flamenco avec Paco de Lucia et Larry Coryell, puis Al Di Meola. Ce sera le Guitar Trio.

Le groupe Shakti renaît avec Remember Shakti où, à côté de Zakir Hussain, il joue avec de grands musiciens indiens tels que U. Srinivas, V. Selvaganesh, Shivkumar Sharma et Hariprasad Chaurasia.
Saturday Night in Bombay est une rencontre au sommet. Sur "Luki", le premier thème, le chanteur Shankar Mahadevan suit de la voix les accents de la guitare et de la mandoline en une frénésie rythmique incroyable. Sur le plus long "Giriraj Sudha", écrit par le Madrassi U.Shrinivas, les tablas se mêlent à la voix. "Shringar"est une méditation onirique de près d'une demi-heure où les cordes sensibles de la guitare déclinent en de longs motifs les incroyables dérivations du santour, ponctués avec délicatesse des tablas et du kanjeera.

John McLaughlin revient ensuite au jazz avec Thieves and Poets et un disque dédié à Bill Evans.

Vidéos ici.

Giovanni Mirabassi

L'Italie compte décidément nombre de musiciens de jazz de premier plan. On peut notamment citer les trompettistes Enrico Rava, Flavio Boltro et Paolo Fresu, et les pianistes Enrico Pieranunzi et Giovanni Mirabassi.

Giovanni Mirabassi est né en 1970 à Pérouse (Italie). Autodidacte, ce n'est qu'à seize ans que Giovanni prend ses premiers cours de piano, auprès d'un professeur qui lui fait découvrir le jazz. En Italie, il joue avec des musiciens tels que Chet Baker en 1987 ou Steve Grossman en 1988, puis décide en 1992 de s'établir à Paris. En 1996, il remporte le prix du meilleur soliste au Tremplin Jazz d'Avignon. La même année, avec le contrebassiste Pierre-Stéphane Michel il forme le duo Dyade et enregistre son premier disque: En bonne et due forme. Depuis, il mène une carrière de leader en salles et en studio, et collabore avec de nombreux musiciens de la scène parisienne et internationale, comme Stefano Di Battista, Flavio Boltro, Louis Moutin, Glenn Ferris, Andrzej Jagodzinski, Michel Portal. Il joue dans des nombreuses salles et festivals internationaux tels que le Paris Jazz Festival, Era Jazzu de Varsovie, le JVC Jazz festival de Paris, le Northsea Jazz Festival de Rotterdam. Les Victoires du Jazz lui ont été décernées en 2002. Giovanni Mirabassi compose de nombreuses mélodies, non seulement pour lui-même mais aussi pour des chanteurs français comme Agnès Bihl ou Claire Taïb.

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Enrico Pieranunzi

Né en 1949, Enrico Pieranunzi est reconnu par ses pairs comme l'un des meilleurs pianistes mondiaux. Influencé à ses débuts par Bill Evans et McCoy Tyner, il a acquis un style bien personnel depuis son premier disque Jazz a confronto avec Bruno Tommaso (1975). Parisian Portraits (1990) le présente en solo. En 1993 il forme un trio avec Marc Johnson et Paul Motian. Ce trio enregistrera Untold Story (1993), un magnifique The Night Gone By (1996) avec un délicat Canzone di Nausicaa, puis Ballads (2005).

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Gato Barbieri

Le saxophoniste ténor argentin Leandro « Gato » Barbieri est né à Rosario le 28 novembre 1934. Fils d'un charpentier, violoniste amateur, il découvre le ténor auprès d'un oncle saxophoniste puis le jazz en écoutant Charlie Parker en 1944. Il débute sur le requinto (petite clarinette). Cinq ans de cours particuliers de clarinette à Buenos Aires, mais il aborde également le saxophone alto et la composition.

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Stan Getz

Sous-estimé voire méprisé à une certaine époque après le succès de ses disques Getz/Gilberto, Stan Getz est l'un des plus importants saxophonistes de jazz. Chef de file de l'école cool, il combine une sonorité douce et feutrée apportées par le jeu novateur de son ainé Lester Young. Tendre, éthérée, élégante, sa musique contraste avec la rudesse des disciples de Coleman Hawkins, à la crudité du blues et aux duretés virtuoses du bebop. Elle eut une influence prépondérante sur l'évolution du jazz, par l'intermédiaire des musiciens de la côte Ouest.

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Charlie Haden

Le contrebassiste Charlie Haden, né le 6 août 1937 dans le Missouri, n'est peut-être pas un virtuose comme un Scott La Faro ou un Marc Johnson. Mais il a joué un rôle capital dans le jazz contemporain, notamment en accompagnant Ornette Coleman. En outre son jeu communique une émotion rare. en développant un style très libre. La contrebasse de Haden a un son solide, épais, un des plus riches de l'histoire du jazz. Rares sont ceux qui, comme Haden, parviennent à communiquer autant d'émotion. Au cours de sa longue carrière, il a collaboré avec de nombreux artistes. Mais c'est avec son "Liberation Music Orchestra" fondé en 1969 qu'il restera à coup sûr dans l'histoire.

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Keith Jarrett

Qui contesterait que Keith Jarrett soit l'un des plus grands pianistes de l'histoire du jazz ? Sa maîtrise de l'instrument sort de la logique. "Il possède la faculté de jouer à genoux, rien qu'en faisant confiance aux muscles de ses doigts. Il a des mains de crabe! C'est un extra-terrestre!" dit de lui Giovanni Mirabassi, qui est loin d'être manchot !

La sortie en DVD de la passionnante "Leçon de jazz" d'Antoine Hervé sur Keith Jarrett m'a donné envie de consacrer quelques lignes à ce grand musicien et improvisateur qui se situe au carrefour des musiques du 20e siécle.

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Pianiste à la technique exceptionnelle, improvisateur hors normes, il synthétise divers courants tels que le classique (avec une emphase sur la musique de JS.Bach), le jazz, la musique country, le rock, le free jazz et bien d’autres encore. Une de ses particularités consiste en l’utilisation du contrepoint traditionnel, de l’art de la fugue improvisée directement au clavier (école française) dans un contexte harmonique du début du XXème siècle (Ravel-Debussy), avec un groove jazz original et irrésistible. Un musicien moderne qui se place au carrefour de ce que la musique occidentale a de mieux à nous offrir.

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André Jaume

voir sur la page "invités".

Renaud García-Fons 

A la frontière entre jazz, flamenco et tango, le bassiste Renaud Garcia-Fons propose La Linea del Sur, enregistré en 2008. "Un Sud imaginaire qui réunirait de multiples racines musicales, ayant en commun la recherche d'un chant profond". Un disque porté par l'accordéon de David Venitucci, la guitare de Kiko Ruiz, la grande voix du flamenco Esperanza Fernandez (sur trois titres) et la technique étonnante de Garcia-Fons à la contrebasse à cinq cordes, qui sonne parfois comme un violoncelle.

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Terje Rypdal

Né le 23 août 1947 à Oslo, Norvège, Terje Rypdal est un guitariste au style très personnel, reconnaissable immédiatement. Associé au label ECM depuis le début des années 70, son jeu utilise l'espace et les sons denses d'une façon inhabituelle. Après des études de piano, il apprend la guitare quasiment seul, influencé par Jimi Hendrix. Il apprend le concept lydien auprès de son auteur, George Russell, avec lequel il joue avant de former un groupe avec Jan Garbarek. Il forme en 1972 le groupe Odyssey. Depuis, il joue avec des musiciens tels que Miroslav Vitous, Palle Mikkelborg, David Darling et Ketil Bjornstad.


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Andy Sheppard

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Andy Sheppard a commencé le saxophone à l’âge de 19 ans et a donné son premier concert à peine trois semaines plus tard ! Un musicien prodigieusement doué donc, très influencé par John Coltrane. Après ces débuts avec le groupe Sphere basé à Bristol, il part pour Paris et collabore notamment au groupe Urban Sax. Au milieu des années 80 il revient s’installer en Grande-Bretagne, enregistrant l’album “Andy Sheppard” pour le label Antilles/Island, avec Steve Swallow comme directeur artistique. Cette collaboration donna naissance à une longue association musicale qui perdure encore aujourd’hui.

Depuis, Andy Sheppard a enregistré pour de nombreux labels comme Blue Note, Verve, Label Bleu ou Provocateur et joué et composé une musique personnelle volontiers trans-idiomatique pour des ensembles de toutes tailles (son projet Saxophone Massive impliquait pas moins de 200 saxophonistes !) mais aussi pour le théâtre, le cinéma, la danse et le monde du multimédia. Il a joué au fil des années avec des musiciens très divers allant de Nana Vasconcelos à Han Bennink, en passant par Joanna MacGregor, Keith Tippett, L. Shankar ou Kathryn Tickell.

Sollicité par ailleurs par les plus grands artistes de jazz, Sheppard a notamment collaboré étroitement avec ces exceptionnels compositeurs que sont George Russell ou Gil Evans. Mais c'est pour ses collaborations avec Carla Bley qu'il a acquis une belle notoriété (et à mon avis c'est dans ce contexte qu'il s'exprime le mieux). Il a enregistré énormément avec Carla Bley pour le label Watt dans “Fleur Carnivore”, “The Very Big Carla Bley Band”, “Big Band Theory”, “Songs with Legs”, “The Carla Bley Big Band Goes to Church”, “‎4 x 4”, “Looking for America”‎, “The Lost Chords‎” ,“Appearing Nightly”, et ‎”The Lost Chords Find Paolo Fresu”.

trio

"Trio Libero" est le nom du groupe fondé par le saxophoniste britannique Andy Sheppard, associé au contrebassiste français Michel Benita et au batteur écossais Sebastian Rochford. Basé sur une orchestration classique du sax-contrebasse-batterie, ce « Trio Libero » propose dans ce disque une musique inventive et lyrique. Mais le maître mot du groupe est la liberté. Celle-ci est manifeste dans l'espace laissé aux mélodies, à chacun des musiciens, ce qui n'exclut pas le dialogue et l'interaction. Le groupe est issue d'une résidence à Snape Maltings, Aldeburgh. Andy Sheppard raconte que le trio s'est enfermé pendant quatre jours pour improviser. Tout a été enregistré, puis Andy a harmonisé tout cela. Ainsi The Unconditional Secret est "plus ou moins la transcription directe d'une improvisation libre datant de la résidence à Aldeburgh."

La méthode du trio : “improviser, transcrire, développer et puis rejouer le morceau en improvisant de nouveau.”

Certaines compositions pourront surprendre par l'absence de tempo (Libertino, Dia da Liberdade) ou de mélodie facilement identifiable. En fait, alternant soprano et ténor, Andy Sheppard laisse en permanence libre cours à son imagination et joue énormément sur les sonorités des saxophones (ténor et soprano), aidé en cela par les ingénieurs du son ECM qui, comme d'habitude, donnent beaucoup d'espace et de réverbération à la musique.

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Michel Benita, Andy Sheppard, Sebastian Rochford (de g à dr)  © DR

Tigran Hamasyan

Né en 1987 à Gyumri (Arménie), Tigran Hamasyan appartient probablement à la catégorie des surdoués. A l'âge de 11 ans il compose «Colours Of Paradise», un premier be-bop aux métriques complexes Repéré à 13 ans par Chick Corea ou Avishai Cohen lors du festival de Jazz d’Erevan, il obtient en 2006 (à 19 ans) le premier prix de piano du Thelonious Monk Institute of Jazz. Il entre à l'Université de Californie du Sud à Los Angeles où il commence à étudier en profondeur et en parallèle le jazz contemporain et la musique arménienne. La même année il publie son deuxième album, New Era, accompagné de François Moutin et Louis Moutin, avec l'apparition de Vardan Grigoryan au duduk. Il s'installe à New York en 2008.
En 2009, il enregistre Red Hail, un album au carrefour du jazz, du metal et du folklore arménien, avec son nouveau quintet de jeunes musiciens Aratta Rebirth : Areni Agbabian (voc), Ben Wendel (ts), Charles Altura (g), Sam Minaie (b) et Nate Wood (d). Ils se produisent dans plusieurs grands festivals internationaux, de Montréal à Nice en passant par Vienne ou Rotterdam (North Sea Jazz Festival). Il accompagne Dhafer Youssef sur son CD Abu Nawas Rhapsody et au Festival Jazz Sous Les Pommiers en mai 2010. En juin de la même année, Tigran Hamasyan signe avec le label Verve. Il enregistre en septembre 2010 à Paris l'album solo A fable, pour lequel il est lauréat des Victoires du jazz 2011 dans la catégorie album international de production française.
Il se produit en 2011 dans de grands festivals comme Jazz in Marciac, Montreux, Montréal pour la 3e année consécutive, ainsi qu'au Tokyo Jazz Festival, en Arménie, au Royaume-Uni (Queen Elizabeth Hall) ou encore en Allemagne.
Si « A Fable », précédent album ’avait confirmé dans le rôle de grand compositeur et grand claviériste de jazz, Shadow Theater le propulse dans un univers aux sonorités plus proches de Red Hail, mais qui déborde de toutes parts des carcans stylistiques. Pour s’en aller débusquer l’émotion dans les pistes les plus biscornues des crêtes les plus rêches. Dans son théâtre d’ombres, c’est tout un univers tendre et délicatement mélancolique que Tigran dessine, avec ses compositions garnies de recoins et de surprenantes relances.

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John Coltrane

Je n'avais pas encore osé affronter ce "monument" du jazz qu'est John Coltrane. Mais je me devais de réparer cette lacune... Disons-le d'emblée, John Coltrane est avec Charlie Parker l'un des musiciens les plus importants du XXe siècle.

John Coltrane (surnommé « Trane ») est né à Hamlet en Caroline du Nord le 23 septembre 1926 et mort à Long Island (New York), le 17 juillet 1967.

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Hugh Coltman

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Des drums qui dansent comme dans un des légendaires enterrements de la Nouvelle-Orléans, des cuivres gorgés de soul, des guitares mêlant tous les blues et tous les folk...
Hugh Coltman s’est offert un écrin sublime pour onze chansons dans lesquelles il fait entendre sa voix chaleureuse de routier des sentiments et de grand connaisseur des émotions humaines, toujours indulgent pour l’amoureux du soir, le paumé de l’aube ou le mélancolique du plein soleil...
Who’s Happy ? demande son nouvel album. Personne et chacun, semble-t-il répondre...

Hugh Coltman a toujours été parfaitement lui-même sans jamais être là où l’on l’attend. Britannique vivant en France, ancien leader du groupe blues-rock The Hoax avant de se muer en songwriter folk-pop puis en quadragénaire explorateur du plus beau patrimoine du jazz. Une nouvelle facette de l’aventure d’un artiste qui a décidé de s’affranchir des frontières, des formats et des habitudes.

Au commencement, il y avait eu en 2012 un remplacement au pied levé de la chanteuse Krystle Warren pour un concert du pianiste Éric Legnini. Hugh Coltman découvre « la désinvolture des musiciens de jazz, qui sont plus rock que beaucoup de musiciens de rock’n’roll, qui ne jouent jamais le jeudi une chanson comme ils l’ont jouée le mardi, qui maîtrisent tellement leur sujet qu’ils peuvent tout se permettre. »

Le remplacement devient une aventure au long cours et un hommage à Nat King Cole – un album, cent vingt concerts. Hugh Coltman s’attend à « être lapidé par la presse, dans le genre « pour qui se prend-il, de faire un disque de jazz ? » Or Shadows, Songs of Nat King Cole est un succès éclatant et lui apporte la Victoire du jazz 2017 de la voix de l’année. Il serait logique qu’il embraye sur un autre album de reprises, et d’autant plus qu’il a entretemps retrouvé son groupe originel, The Hoax, et a enregistré avec lui Recession Blues, A Tribute to BB King .

« En fait, j’ai commencé à composer sans savoir où aller, mais en me disant que je n’allais pas me spécialiser dans les hommages, même s’il y avait de bonnes idées possibles. » Le déclic vient de la série Treme et de ses trésors musicaux. Hugh se remémore des plaisirs d’enfance autour de Kid Ory, Sidney Bechet, Fats Domino, puis Dr John ou les Meters qu’il a aimés sans savoir qu’eux aussi plongeaient leurs racines dans la Nouvelle- Orléans de la second line et des cuivres flamboyants. Il réécoute passionnément les grands maîtres fondamentaux, plonge dans CW Stoneking, bluesman revivaliste australien, ou Charles Sheffields, chanteur de r’n’b typiquement louisianais des années 60. Très vite, s’impose une conviction libératrice : « La musique de la Nouvelle-Orléans n’est pas forcément virtuose ; elle met en avant le cri essentiel. »

Et il lui vient aussi une réflexion existentielle centrale : « J’ai quarante-cinq ans, est-ce que je vais enfin me foutre de ce que pensent les autres ? » Il ira donc là où il veut, dans une Nouvelle-Orléans sur laquelle souffle l’esprit des Cubanos Postizos de Marc Ribot, le jeu de piano de Rubén Gonzàlez sur le titre Buena Vista Social Club ou les climats de Swordfishtrombones de Tom Waits – des sentiments forts, des gestes francs, des saveurs musquées, des réalités drues habillées des félicités heureuses de la musique... Il veut beaucoup de musiciens, il veut retrouver les évidences apprises jadis chez Kid Ory, Muddy Waters ou Howlin’ Wolf – l’instinct, les cuivres qui déboulent en procession, l’impression par l’auditeur d’être dans la pièce et de voir tous les instruments...

Il veut aussi, à la batterie, Raphaël Chassin, fidèle complice qui a aussi œuvré chez Miossec, Vanessa Paradis, Bernard Lavilliers, Charlotte Savary, Albin de la Simone... Et puis le guitariste Freddy Koella, le plus prestigieux et le plus discrets des Français d’Amérique – Bob Dylan, Willy DeVille, Odetta, k.d. lang, Carla Bruni, Francis Cabrel, Lhasa De Sela...

Freddy va coréaliser l’album. Il conseille à Hugh : « Ne fais pas de maquettes. » Résultat : « En deux semaines, j’avais la base de toutes les chansons » , enregistrées dans sa cuisine à Montreuil, sur son téléphone. Une première semaine en Louisiane pour rencontrer les musiciens et se charger des histoires attrapées au vol de l’Amérique de Trump, qui feront la chanson Sugar Coated Pill . Puis six jours de studio avec des pointures de la Nouvelle-Orléans pour dix chansons originales et la reprise d’ It’s Your Voodoo Working de Charles Sheffield.

De chanson en chanson, l’album passe de la pure autobiographie à l’humanité, de la déploration à l’espoir têtu, du blues européen à une lumière universelle... Civvy Street ouvre l’album comme un standard vénérable et implacable, All Sleeps Away évoque la maladie d’Alzheimer du père de Hugh Coltman, Little Big Man est pour son fils, Hand Me Down aborde les questions de transmission (avec l’incursion, en langue française canado-haïtienne, de Mélissa Laveaux)... Un voyage musical et existentiel entre confidences et grand spectacle, entre exploration d’un patrimoine phénoménal et inspiration féconde d’un artiste au sommet de sa créativité.

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Contact Promo – Du Bruit au Balcon Music – Romain Berthault
romain@dubruitaubalcon.com 04 37 92 04 07

Le jazz vocal

Stacey Kent

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Une chanteuse de jazz moins médiatisée que Diana Krall mais pleine de talent : Stacey Kent.
Je l'ai découverte... sur RCFM, à l'occasion de quelques concerts qu'elle a donné en Corse en 2004.

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Laïka 

J’ai découvert Laïka Fatien par hasard, sur la chaîne musicale Mezzo. J’ai immédiatement arrêté ce que j’étais en train de faire, subjugué par la force de son interprétation. Et j’ai découvert ses deux disques, Look at me now ! et tout récemment Misery.

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Née d’un père ivoirien et d’une mère hispano-marocaine à Paris en 1968, Laïka Fatien se fait connaître en chantant avec le big band de Claude Bolling. Elle collabore également avec Sixun, Julien Lourau, Steve Williams, Antoine Roney, Michael Bowie, David El Malek, Richard Galliano, Robert Glasper, Gregory Hutchinson, Peter Martin, Daryl Hall, Vince Benedetti...

Elle également au théâtre et participe à "A Drum is a Woman". Elle mène ainsi une double carrière de musicienne et d'actrice. 

Elle enregistre un premier album de vocaliste, Look at me now ! Un album très varié, dans lequel on remarque notamment le ténor David El-Malek et le pianiste Pierre de Bethmann. Une adaptation déchirante de la ballade d’Abbey Lincoln "Throw it Away", une reprise ralentie d’"Eleanor Rigby" des Beatles, un "Inchworm" candide et une version de"The Best Is Yet To Come" très différente de celle de Stacey Kent.

Cet album, à la fois audacieux, maîtrisé et respectueux des traditions, est une grande réussite du jazz vocal contemporain… Le Point

Quatre ans après, voici « Misery », hommage à Billie Holiday, enregistré en février 2008 à Paris.
Outre une sélection très personnelle de chansons et des arrangements très originaux, la voix de Laïka nous envoûte par sa sensualité, son ampleur, son sens du texte et de la musique.

Enfin une interprète qui ose et réussit le difficile pari de chanter Billie Holiday ! Laïka Fatien n’essaie pas de copier Billie, elle en livre une interprétation personnelle et convaincante, explorant tous les registres et les timbres de sa voix. Magistral.

Et voici le suivant : Nebula (sorti en mars 2011) :

nebula

Laika s'aventure ici sur des terrains variés : Thelonious Monk avec Matrix - think of one, le Brésil avec Caico de Villa Lobos, une belle version de Appointment in Ghana de Jackie Mc Lean, les autres morceaux étant des compositions de Tina Brooks, Joe Henderson, Stevie Wonder, Wayne Shorter, Björk...

A noter que cet album est produit par la bassiste Meschell Ndegeocello.

Diana Krall 

La chanteuse et pianiste canadienne Diana Krall n'est plus à présenter.
Son premier album "Stepping Out", avec le bassiste John Clayton et Jeff Hamilton, sort en 1993. Après Only Trust Your Heart (1995), son troisième disque All for You sorti en 1996,marque le début du succès. Il reste 70 semaines dans le classement jazz du Billboard. Love Scenes (1997) obtient également rapidement un grand succès.

Les arrangements de Johnny Mandel forment l'arrière plan de When i Look In Your Eyes, sorti en 1999. Elle obtient plusieurs nominations aux Grammy Awards, qui la récompensent comme Meilleure Musicienne de Jazz de l'année.

En 2001 sort The Look of Love, classé Meilleur disque de jazz vocal aux Grammy Awards.

Après son mariage avec Elvis Costello en décembre 2003, elle travaille avec lui et commence à composer ses propres chansons pour The Girl in the Other Room (2004).

Discographie

1993 : Stepping out - The early recording (Justin Time/ENJA)
1995 : Only trust your heart (Verve)
1996 : All for you - A dedication to the Nat King Cole trio (Verve)
1997 : Love scenes (Verve)
1999 : When I look in your eyes (Verve)
1999 : Have yourself a merry little Christmas (Universal Records)
2001 : The look of love (Verve)
2002 : Live in Paris (Verve)
2003 : Heartdrops (Vince Benedetti et Diana Krall - TCB)
2004 : The girl in the other room (Verve)
2005 : Christmas songs (Verve)
2006 : From This Moment On (Verve)
2009 : Quiet Nights (Verve)
2012 : Glad Rag Doll (Verve)
2015 : Wallflower (Verve)

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Vidéos

Live at the Montreal jazz festival (enregistré le 29 juin 2004 au Centre Bell de Montréal, Canada)
Live in Paris (enregistré le 2 décembre 2001 à l'Olympia)
Live in Rio (enregistré le 1er novembre 2008 à Rio de Janeiro)

Si j'apprécie beaucoup Love scenes et When I look in your eyes, je dois avouer que je suis beaucoup moins convaincu par les disques plus récents.

Caroline Nadeau


si fragile

Française émigrée au Canada, Caroline Nadeau est une des rares chanteuses de jazz chantant en français.

Après Autour de minuit, son premier album, Caroline a présenté son spectacle éponyme dans plusieurs grands événements musicaux, dont le Festival International de Jazz de Montréal, l’Edmundston Jazz & Blues Festival et le Sasktel Saskatchewan Jazz Festival.

Son deuxième album, Si fragile, est sorti en 2007. Dans ce nouvel album entièrement en français, les mots de Brel, Rivard et De Larochellière flirtent agréablement avec les notes de Coltrane, Jobim et Gershwin. Pour cet album, Caroline s’est entourée d’une équipe de musiciens talentueux et expérimentés : Julie Lamontagne au piano et à la réalisation, John Roney au piano, Jean Boutin au saxophone ténor et à la flûte, François Marion à la contrebasse, et Jim Doxas à la batterie.
Elle nous touche par sa douceur et sa subtilité dans Besame Mucho, Si Fragile et Un Enfant, par son intensité dans Naïma, et surprend par ses prouesses vocales dans J'ferme pas juste (Twisted) et Le pas qui plaira (Fascinating Rhythm).

Discographie

2000 Autour de minuit, Caroline Nadeau Jazz Band, Local distribution (2004)
2001 Petit Fou, Matapat, Borealis.

Melody Gardot


gardot

On la compare déjà à Norah Jones ou Diana Krall, ses performances pourraient également évoquer Peggy Lee, voire Tom Waits... Cette jeune chanteuse au vibrato reconnaaissable a un style très personnel, entre jazz et blues.
Ecoutez son dernier CD, My One and Only Thrill.

Melody Gardot : Lire la suite →

Fabienne Marcangeli

fabienne

Fabienne tombe dans le jazz il y a une vingtaine d’années en découvrant un disque de Coleman Hawkins. Son rythme syncopé, la recherche de l’idéale « note bleue » et la nostalgie des années swing la font rêver … et déterminent sa vocation de « jazz singer ».
Déjà comédienne, elle se forme à la technique vocale avec Anne Ducros (Victoire de la musique), au scat avec Michelle Hendricks et Jean Loup Longnon, à l’harmonie avec Bernard Maury, au swing avec Sheila… Jordan. Elle commence à se produire en 1991 grâce au Calvi Jazz Festival en compagnie d’artistes internationaux : Georges Arvanitas, Luigi Trussardi, Bernard Maury, Michel Benita, Flavio Boltro, Albert Tootie Heat, Manu Roche, les frères Levan.

En 1996, elle séquestre quelques Jazzmen bastiais fameux dont le guitariste Lucien Ferreri, le pianiste Jean Charles Santini et fonde son premier quartet « FAB FOUR », avec le répertoire qu’elle a emprunté à Ella, Sarah, Billie et les autres.
En 2005, elle travaille avec le groupe vocal féminin « Isulatine » : les quatre chanteuses sont sélectionnées pour représenter la Corse au Printemps de Bourges « Sélection Talent Scène » et se produisent la même année au festival Kann a Loar de Landernau.

On l'écoute au Calvi Jazz Festival 2006 avec Emmanuel Dupré au piano, Mourad Benhamou batterie, Samuel Hubert à la Contrebasse, André Tommasso à la flûte et Michael Chéret au saxophone alto.

2007: Calvi jazz festival avec le bastiais Charles Guillaume Costa au piano, Dominique Di Piazza à la basse, le drummer marseillais Philippe Le Van , et le saxophoniste Daniel Huck.

L'année 2008 voit naître la collaboration avec le guitariste toulonnais David Dupeyre, pour un quartet défrisant avec Philippe Le Van on drums et Christophe Le Van à la basse.

L'aventure continue jusqu’à aujourd’hui avec la même formation pour les tournées d’été (dont le festival Jazz au Couvent à Cervioni) et un album de compositions originales et standards : « The Lovebird », sorti en Août 2011 (voir ci-dessous) et présenté en live en octobre aux Musicales de Bastia, en première partie du bluesman Keith B.Brown.

En Décembre 2011, concert au « cépage Montmartrois » à Paris avec Dominique Lemerle à la contrebasse, Georges Locatelli à la guitare et Manhu Roche à la batterie.

Depuis l’été 2011 Fabienne se produit aussi régulièrement en Corse avec Pierre Reboulleau au piano et Marie Manfredi à la batterie, au sein du Jazzfab Trio .
www.myspace.com/jazzafab

lovebird

Lovebird, premier opus de Fabienne Marcangeli

Corse Matin, vendredi 16 décembre 2011

lovebird
La voix jazz de Fabienne Marcangeli est désormais disponible dans les bacs.
Photo Louis Vignaroli

On connaissait le chant polyphonique ou la « macagna » pour véhiculer la culture insulaire. A présent, il va falloir compter aussi sur le jazz, cette musique née dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans, mais que tant de jolies femmes ont su sublimer. Ce sont d'ailleurs ces artistes, qui ont pour nom Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan ou encore Anita O'Day, qui ont marqué Fabienne Marcangeli, la chanteuse de Bastia. Cette dernière vient de sortir Lovebird, son premier album. L'artiste n'est pas novice dans le jazz et si elle chante depuis un bon moment elle possède aussi un riche vécu pour avoir organisé des concerts à l'époque d'Isula jazz et surtout, elle a rencontré moult musiciens au cours des éditions de jazz à Calvi. « Actuellement, je suis fan d'Eliane Elias et « A Vicina », un thème qui est présent sur mon album a été joué et chanté par Eliane, mais en brésilien bien sûr. Et j'adore aussi Diana Krall. J'ai aimé sa prestation à Patrimonio l'an passé tout comme celle d'Eliane Elias à Bastia, il y a trois ans », explique la chanteuse.

Pour cet album, qui est avant tout amour, Fabienne s'est entourée de musiciens de qualité. Philippe (dm) et Christophe (b) Le Van, ainsi que David Dupeyre (g) constitue un bel écrin qui permet à la chanteuse de déposer sa voix chatoyante sur ses compositions pour nous embarquer dans un beau voyage ou les inséparables aiment à se retrouver.

Le calendrier des concerts de Fabienne est en page "Jazz agenda".

Elina Duni

Albanaise d'origine établie à Genève, Elina Duni a été saluée comme "la plus belle surprise musicale de ce XXIe siècle en Suisse".

Rénovatrice de la tradition balkanique, Elina Duni sublime par sa voix les vieilles chansons du folklore albanais en les emmenant vers les horizons sans fin du jazz et de la musique improvisée. Dans ses interprétations passionnées, flirtant parfois avec une épure remarquable, cette jeune chanteuse helvético-albanaise se réapproprie de manière inédite un répertoire qui avait été mis sous la coupe de la propagande du régime communiste. C’est donc porté par un élan de liberté que son émouvant timbre vocal sillonne un canevas jazzistique pour évoquer l’exil ou l’amour. Une poésie subtile qui résonne dans un souffle comme la voix des oubliés.

matane

Produit par Manfred Eicher aux Studios La Buissonne, Matanë Malit, après ses deux premiers albums "Baresha" et "Lume Lume", offre un subtil mélange entre le jazz le plus contemporain et les chansons folkloriques des Balkans. Et le trio helvétique (Colin Vallon au piano, Patrice Moret à la contrebasse et Norbert Pfammatter à la batterie) est très stimulant.

[Portrait] Elina Duni, le retour de l'enfant prodigue

Avec talent, Elina Duni mâtine de jazz les chants traditionnels albanais. Son succès international fait désormais la fierté de tout un pays.

elina
Photo : © Yann Mingard

Tirana, quelques jours avant Noël. Malgré le crachin persistant, il règne un air de fête sur le boulevard Deshmoret e Kombi, les Champs-Elysées locaux, royalement paré en l'honneur du centenaire de l'indépendance albanaise : éclairées par des lumières pimpantes, des façades entières disparaissent sous de gigantesques drapeaux rouges, ornés du fameux aigle noir bicéphale. Mais the place to be, ce soir-là, c'est le prestigieux Opéra national où le concert d'Elina Duni, programmé dans le cadre des festivités, affiche complet. Tandis que, à l'entrée, les tentatives pour trouver un billet virent à la foire d'empoigne, les édiles, Premier ministre compris, et autres heureux élus s'installent à l'intérieur, sous l'oeil des caméras. Tous sont venus écouter cette enfant du pays, Genevoise d'adoption mais vraie célébrité dans sa patrie natale.

AVEC LES FÉLICITATIONS DU MINISTRE DE LA CULTURE

Les longs cheveux lâchés sur sa robe noire, la jeune diva de 31 ans entame son récital par un chant a cappella : malgré l'acoustique médiocre, sa voix profonde, habitée, capte l'auditoire. Bientôt rejointe par ses trois musiciens (piano, contrebasse et batterie), elle emmène les vieilles complaintes brumeuses et les folles ballades du folklore albanais du côté du jazz et des musiques improvisées. Ses scats chuchotés, ses pieds nus sous le jupon de tulle vert émeraude, ses pas de danse félins et farouches lui confèrent une présence elfique qui tranche avec l'austérité passéiste du lieu, cube rouge sang édifié à l'origine pour accueillir les congrès du Parti. La voilà justement qui présente un chant partisan de la Seconde Guerre mondiale que lui chantait son grand-père, « parti à 12 ans, le fusil sur l'épaule, pour lutter contre le fascisme ». Ancien instituteur, écrivain dissident sous la dictature communiste, le vieil homme de 82 ans, assis dans le public, fait partie de ces héros patriotes dont Elina Duni entend honorer la mémoire. Comme un juste retour des choses, le ministre de la Culture viendra d'ailleurs saluer la chanteuse en coulisse, à la fin du concert : « Il m'a remerciée pour ma musique, qui promeut la culture encore confinée de mon pays », dira-t-elle plus tard.

Rare artiste albanophone à avoir fait carrière à l'international, cette rénovatrice atypique de la tradition balkanique a toujours eu les faveurs des télés et des institutions albanaises. « Ma famille y est pour beaucoup », précise-t-elle. Parmi ses membres, des artistes et des intellectuels pour la plupart, dont une mère critique d'art, poète et écrivain (francophone depuis son exil, Bessa Myftiu est publiée chez Fayard) et un père metteur en scène. Lors de la chute du régime communiste, en 1992, tous deux ont émigré, fuyant les fantômes de ces décennies noires. « Toute sa vie, mon père, fils de dissidents, a souffert de sa “mauvaise biographie”, comme on disait. Pour avoir le droit d'étudier à l'Ecole des beaux-arts, il a dû vendre des cigarettes pendant des années. Alors il a préféré partir tenter sa chance aux Etats-Unis. » A 10 ans, la petite Elina, elle, rejoint sa mère en Suisse, où elle étudie le chant et la composition puis rencontre, en 2004, les musiciens de son quartet.

Lorsque Colin Vallon, son pianiste et compagnon, lui suggère de chanter dans sa langue natale, la jeune chanteuse de jazz renoue avec ses racines et redécouvre le riche répertoire populaire albanais : des mélodies ancestrales, aux paroles souvent réécrites à des fins de propagande sous la dictature. « C'était la seule musique autorisée à l'époque, la génération de mes parents l'a rejetée, explique Elina Duni, qui a grandi en écoutant des K7 pirates de musiques grecque et italienne. Grâce au travail d'ethnologues, mais aussi à Youtube, j'ai retrouvé certains des textes originaux. La force et la beauté archaïque de ces chants m'ont touchée. » Du dialecte tosk du sud de l'Albanie au gheg du nord et ses rythmiques joyeuses, elle « aime leur diversité et trouve dans le jazz la liberté de les recréer ». Soutenue par le ministère de la Culture suisse, « un pays conscient de son multiculturalisme » riche d'une forte communauté de Kosovars (à 90 % albanophones), elle a pu financer ses tournées en Europe et ainsi élargir son public en se faisant connaître de la diaspora albanophone.

« LES ALBANAIS N'ONT PAS LA CULTURE DU PIANO-BAR »

« La malchance de mon pays, c'est que la moitié des Albanais vivent en dehors de ses frontières, que ce soit au Kosovo, en Macédoine ou ailleurs. Mais c'est aussi grâce à cette diaspora que sa culture rayonne aujourd'hui », constate Elina Duni. Au pays des aigles, il y a bien quelques (excellents) festivals de musique folklorique, mais les autres circuits de diffusion restent limités. A Tirana, les musiciens ont ainsi le choix entre l'Opéra, l'Académie des arts et le Palais des congrès : « Il n'existe pas de salles plus intimistes pour jouer de la musique acoustique, les Albanais n'ont pas la culture du piano-bar », regrette la chanteuse. Sans compter l'omniprésence du turbo folk, cette tambouille électronique de sonorités folkloriques qui fait fureur dans les cafés et les clubs des Balkans. « Quand ils ne sont pas récupérés par un parti, les démocrates à droite ou les socialistes à gauche, les artistes vivant en Albanie sont obligés de faire des choses commerciales pour survivre. Il existe pourtant un public qui a envie de se réapproprier son folklore autrement. » C'est aussi pour lui qu'elle regarde « au-delà de la montagne », comme l'indique le titre de son dernier album, Matanë Malit. Dans une nation où la tradition du chant peine à se relever du communisme, elle, l'Helvético-Albanaise, incarne justement « une scène alternative en pleine émergence ». Son credo ? « Faire des choses simples, être proche du peuple. Dans ma musique, les albanophones retrouvent leur passé et leur futur. J'essaie de transcender l'aspect folklorique sans perdre son essence poétique. » Sur son disque, on retrouve ainsi les textes d'auteurs contemporains issus de toute la diaspora. Mais aussi un vieux poème, Crystal, signé Ismail Kadaré : il y est question d'une « mémoire qui se meurt jour après jour »

elinaduni.com

Anne Berthod | 26 janvier 2013
- Télérama Sortir n°3289

Vidéos ici.

Lost Ships

lost ships

--> La chronique de Citizen Jazz.

allaboutjazz

Elina Duni & Rob Luft: Songs Of Love And Exile

By CHRIS MAY
November 30, 2020

« I've always used my music to build bridges between people. In the Balkans memories of war are not far away. Sometimes it is the same song that people say, this is our song, this is Turkish, no this is Greek, this is Serbian, no this is Albanian. I come from a Europe where nationalisms are very strong but where actually people are so much alike. »—Elina Duni
The British guitarist Rob Luft has already released one of the great albums of 2020 with Life Is The Dancer (Edition), which came out back in the spring. Now Luft notches up another 2020 highlight with the collaborative Lost Ships (ECM), jointly conceived and co-led with the Albanian-Swiss singer Elina Duni. By turns passionate and grave, serene and desolate, the album is a full spectrum words-and-music landmark release from two of the most distinctive talents on the European scene.

Thematically, Lost Ships is a kind of sequel to Duni's previous ECM album, 2018's Partir, which explored the humanitarian crisis which was then, as now, sweeping across Europe as refugees from Africa and the Middle East journeyed northwards in search of better lives. Lost Ships revisits that theme, and also weaves environmental concerns and issues of love (and lust) into the mix. The title refers to the unconscionable number of little boats which sink as they sail north across the Mediterranean and the English Channel carrying refugees, and the unknown number of lives that as a consequence have been, and continue to be, lost.

The album is composed of six originals—co-written by Duni and Luft—plus another half-dozen songs from Albania, Italy, France and the US, drawing on folk material, jazz standards and chanson. Reflecting the pro-world citizen, anti-nationalist orientation of Lost Ships, Duni sings in four languages—English, Albanian, French and Italian—and translations of the non-English lyrics are given in the CD booklet. The duo are joined by the Swiss flugelhornist Matthieu Michel and the British multi-instrumentalist Fred Thomas on piano and drums.

In their liner note, Duni and Luft observe that, despite the existential concerns that are explored in the lyrics, there is a lightness that pervades the album. The note concludes with a quote from "Lux," one of their originals: "In every tear, there is a light that shows." And so it does on the first eleven tracks. Depending on your age, you may or may not discern that light in the closer, Charles Azvanour's affecting elegy "Hier Encore" ("Only Yesterday"). Duni and Luft use the song as an encore when performing in Francophone locations and often see people leaving the venues in tears. (If an antidote is required, try spinning Edith Piaf's version of Charles Dumont and Michel Vaucaire's "Non, Je Ne Regrette Rien.")

In this interview, Duni and Luft tell us how they met and about the beliefs—cultural and socio-political—which inform their music. They conclude by each talking about six jazz albums that have made lasting impacts on their lives.

All About Jazz: Before we get into the album, please tell us how the two of you began working together.

Rob Luft: In 2016, I entered the Montreux Jazz Festival guitar competition. I came second. It was adjudicated by John McLaughlin and I got to do a little performance with him after the competition. It was all very exciting and as part of the prize I was given a week-long workshop in Lausanne in early 2017. There were all sorts of jazz luminaries involved—Marcus Miller, Trilok Gurtu, Kurt Rosenwinkel—and also the great American jazz singer Al Jarreau. But a week before the workshop started, Al Jarreau passed away. There was all this frenzy to fill his place and they found the jazz-soul singer Patti Austin. But she lost her passport at Los Angeles airport. So the day before the workshop began they still needed to fill the post. The director of the workshop was the French-Israeli pianist Yaron Herman and he is a good friend of Elina and so with less than twenty-four hours to go he was able to get Elina, who was Swiss based at the time, to join the team.

AAJ: And the rest is history.

RL: Our relationship was just professional that week. We connected initially over our shared loved of Bill Frisell and West African music. A few months later she called and said she was coming to London and we met up and got on really well. Then there was a gig that came out of nowhere in North Macedonia in late 2017. It was in the west of the country, which is Albanian speaking. Which is another story. Anyway, we did the concert and since then we've been working together, touring, and Elina moved to London and we've got a place together and done lots of one-off gigs with people like Kit Downes and Huw Warren and met all these great musicians on the London scene. We've got all sorts of ideas up our sleeves for future projects together.

AAJ: What is your songwriting process? Does Rob write the tunes and Elina the lyrics or is it more interactive than that?

Elina Duni: It is all totally collaborative. What is different from song to song is that one of us starts with an idea, like I might come up with a melody and some chords—I mostly compose on the piano—and some lyrics, and I show it to Rob and we take it from there, working on it together. Or Rob might come with an idea on the guitar, a melody and harmonies, and then we work on it together. The beginning is always one or the other of us and then it's collaborative. I write the lyrics but then I always ask Rob, what do you think of this or that and he always helps out with ideas and grammar. We create our own sound and world and we're in this ideal sharing process.

AAJ: In what respects would you say Lost Ships is a continuation of Partir and in what respects is it a new direction?

ED: It is a continuation in terms of the thematics of the material—exile, departure—because those are things that always resonate in me and which are unfortunately everywhere around us. Every time I look at the Mediterranean sea I can't stop thinking about it. It's a way for me to give a voice to those who have no voice or to say to other people, don't forget about it, don't ignore these things that are happening. So that is the bridge with Partir. What is different I think is that it is a much more contemporary sound and way of looking at it all. Because half the songs are originals. For me, Lost Ships is a new start, it's new horizons. Composing with Rob makes my music more contemporary, or so I think, makes it belong to these times.

RL: That nails it pretty well. I'd just add that Partir focuses more on the Albanian language and we decided to make Lost Ships more universal by composing the majority of the songs in English because we want to touch as many people as we can with the words.

AAJ: Cultural nationalists use music as a way of dividing people. But it seems to me that music is even more effective as a way of bringing people together.

RL: Absolutely. I could speak for hours about that. One thing that is very important to us is the concept of an open Europe, a Europe without borders. Whether that may be relating to the story of Boris Johnson and Brexit or the story of the west Balkans, which still haven't received accession into the European Union and are still very much the outliers of Europe. Albania, Serbia, Kosovo, North Macedonia. These countries are so close to us. Music unifies us in the sense that Elina sings in English and Albanian and we play some traditional folk songs from Kosovo. This album brings a lot of different nationalities together, France and the south of Italy too. We've been kind of sad this year, particularly seeing European nations closing their borders to their European brothers and sisters, whether for quarantining or political measures. It's shocking to see and it's been like that ever since the Brexit vote in 2016. We will always believe that Europe is our continent, we really believe in it as one thing, and that is reflected in our music. I feel very strongly about this.

AAJ: I felt physically sick when the Brexit referendum result was announced. And very angry. I still am.

RL: I am furious. I was playing in Turin in north Italy on the night of the vote and I sat in the hotel after the gig with a half-Italian, half-Russian bassist called Misha Oblomobavo and we watched the results coming through and we sat up all night and in the morning we were both almost in tears. Then we had to get on a train halfway across north Italy to Venice, and were saying to all our Italian friends how shocked and how saddened and embarrassed we were. It's something I'm so passionate about that I have had to go down the route of getting my Irish citizenship reinstated, through my lovely mother who is originally from County Cork. So hopefully I'll get my Irish passport and will still be able to tour freely on the continent.

ED: I would like to add that while music can divide and unify, as you said, it can also be a tool for dictatorship and for bad propaganda. For instance, in Albania during the communist dictatorship, you couldn't listen to music like the Beatles, to Western music, it was forbidden. You could listen to some classical music, really classical classical like Beethoven or Mozart, and maybe some Stravinsky because of the Russian connection. But if you would listen to modern Italian or English music your neighbours could denounce you to the police and you would go to prison. And not only that, the regime destroyed the folk music. This happened all over Eastern Europe during the communist era. They took the folk songs and changed the lyrics into propaganda or modified the complexities of the songs and made something very easy listening out of them. Some of the folk songs I sing I had to research in some ethnologues I found in Germany where some songs were archived with their original lyrics. It's crazy how dictatorship can modify the identity of folk music.

AAJ: How did people in Albania react when you first returned and sang these songs?

ED: Some of the people knew them but with the communist lyrics, and the older generation were so touched to hear the original lyrics again. My mother, for instance, hated Albanian music at the time because she associated it with the dictatorship and it was the only music she had been able to listen to when she was growing up. They had to listen to it, it was playing everywhere all the time. This older generation came to me crying, saying thank you, you have given us back our music. My mum started liking some of my versions because it didn't remind her of the trauma of the dictatorship anymore. I could talk about this for hours and hours and I truly believe that music unifies us. I've always used my music to build bridges between different people and cultures. It is why I have always sung in different languages. Especially when you come from the Balkans where people say, I am better than you. There are big nationalisms there, memories of war are not far away. Sometimes it is the same song that people say, this is our song, this is Turkish, no this is Greek, this is Serbian, no this is Albanian. I come from a part of Europe where nationalisms are very strong but where actually people are so much alike.

AAJ: Despite the gravity of some of the subject matter, and because of the way you approach it, listening to the album is an uplifting experience. There's a line in "Lux" which I particularly love. "In every tear, there is a light that shows." Though depending on your age, you might or might not find that light in the closing track, Charles Azvanour's "Hier Encore." If you're old enough you might think, oh God, I've wasted my life and it's too late to go back and change it now.

ED: But me too, I find myself thinking that. And I'm still in my thirties! So don't you worry.

RL: Every time we play that song in France, people are crying. We always play it in Francophone locations as an encore and people go out of the room weeping whether they're twenty or seventy. Don't worry.

AAJ: Don't you think chanson is a wonderful blend of accessibility and depth?

RL: I've only got into it really during the last four years, with Elina. I have grown to love people like Serge Gainsbourg and Azvanour and Léo Ferré, to adore them for the lyrics. They're so poetic and the music is also so deep. They're real artists. It's kind of a shame that it's not quite universally recognised, especially in the Anglophone world because of the lyrics. Sometimes it's lost in translation. But I'm totally enamoured by Gainsbourg and Léo Ferré for example.

AAJ: Your own lyrics are of the same quality I think. "Lost Ships," for instance, seamlessly weaves together the refugee and ecological crises we face and does it poetically, totally avoiding crude agitprop.

ED: Thank you. This song started to grow in me two years ago. I was swimming in the Mediterranean in Albania, and I was having this thought we all have sometimes, what if a shark comes and grabs me? We have this deep fear of creatures in the sea. I was laughing at myself, thinking, don't worry, there are no more sharks here, in fact there are no more fishes in the sea here. And my second thought was, yeah, but there are other things in the sea, corpses, dead bodies. So I started this idea on the guitar, with those two thoughts. Then I showed the song to Rob and he worked on it. What I find wonderful in this track is how Rob and Fred play the chorus, the harmonies and the arpeggios sound like the sea, it has this wavelike, rippling sound. I think what they do there is pretty amazing. And the lyrics are very close to me, because I have always dreamed of having a house by the sea, and I think of the fishes and the whales that are not there anymore and the lost ships and lost people. It's the first song we composed for this album. It is the foundation of it. It was very clear to me that it should be the title track.

RL: I was also very touched by the concept of the lyric. I've been working with an organisation in London called Play For Progress. It's a group of young women who have come together to work with refugees who have come mostly from the Middle East and North Africa. And some of them actually made that journey across the Mediterranean and they have told me first hand about it. So when Elina came to me with this idea I said, we really have to make something of this, because it is something so close to my heart as well. It's the bedrock of the whole project, as Elina says.

AAJ: Thank you both. We'll finish with your album choices.

ROB LUFT: SIX ALL-TIME FAVOURITE ALBUMS
As we've just released an album on ECM Records, that prompts me to include a couple of ECM albums. But I'm not going to mention the obvious ones, like The Köln Concert or Travels. I'm thinking of ECM albums that are maybe off the beaten track.

nvbn
Eivind Aarset
Dream Logic
ECM, 2012

This is effectively a duo album by the guitarist Eivind Aarset and the electronicist Jan Bang. It's an album I put on when I'm travelling, when I'm looking out of a train window, when I want to sleep at night. It's an album that really sounds like dreams, it's wonderful how it floats for forty-five, fifty minutes and teleports you to another place. The production is impeccable and the sound is so glistening.

bv
John Coltrane
My Favorite Things
Atlantic, 1961

This is the album that got me into jazz when I was thirteen or fourteen. It's basically a modal jazz exploration and they're vamping away on two chords for half of the title track and Coltrane plays about three solos on it and the last one he plays, when it goes from major to minor, McCoy Tyner is vamping away and Elvin Jones is producing these fiery West African polyrhythms, and Coltrane just soars over the top. I came across it in my stepfather's vinyl collection and it was enough to infect me with the jazz bug.

a
Arve Henriksen
Cartography
ECM, 2008

A wonderful solo trumpet album with effects. The way he manipulates the trumpet sound with computer loops and samples is breathtaking. I love all that is it acoustic, is it electronic, is it digital, is it analogue stuff, it's a big thing with me.

v
Billie Holiday
Lady In Satin
Columbia, 1958

Billie Holiday made this with the Ray Ellis Orchestra, which is totally unexpected because he was a sort of light music, light entertainment arranger. It was her last album and her voice is breaking and of course the notorious version of "I'm A Fool To Want You" is on it, which Elina and I do on Lost Ships. This is where our mutual love of that song comes from.

c
Paul Motian Trio
It Should've Happened A Long Time Ago
ECM, 1985

With Bill Frisell and Joe Lovano. Mid-1980s with Bill on guitar synth in full flow. Magical textures and weaving saxophone and guitar lines, with Paul's timeless cymbal sound that you can hear on a Bill Evans or Keith Jarrett record. This an album that I always come back to.


b
Grant Green
Idle Moments
Blue Note, 1965

What an album. Late night, turn the lights down, some nice Italian food and a glass of good red wine, and listen to Grant Green and some chilled out Joe Henderson just before he went into those virtuoso Inner Urge jazz odysseys. The way he plays with Grant's guitar is just timeless. If you want to get a blues lover or a rock 'n' roll guitarist into jazz, this is probably a good first album for them to hear.

ELINA DUNI: SIX ALL-TIME FAVOURITE ALBUMS

I'm going to start with the two albums that got me into jazz.

gg
Miles Davis
Kind Of Blue
Columbia, 1959

This was a slap in my face. I was seventeen and I already knew a bit of jazz, like Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Billie Holiday. But then I heard Kind Of Blue and I was in shock. It was the first time I had heard modal jazz. I heard this warmth, it was like the music was a blanket that you could put around you and close your eyes and everything would change around you. I was transported by the sound. It was life changing for me.

nbv
Charlie Haden and Carla Bley
The Ballad Of The Fallen
ECM, 1983

Again, I was about seventeen. There was a record store with secondhand CDs and I was just browsing and I saw a title that sounded very poetic and beautiful to me. I bought it just because I loved the title. I didn't know Charlie Haden or ECM. And this is where I discovered the song "Silence." The sound of the album is just amazing. At the time I used to smoke, and I spent so many hours at my window, smoking away and listening to this album. For me it was very emotional music.

cv
Anouar Brahem
Blue Maqams
ECM, 2017

I totally love Django Bates on this album. I think what he does is outstanding. I mean, they all play great, but he really reaches me. I mostly knew Django from humourous music before. I find this album timeless. I think it must have been Manfred Eicher's idea to put them altogether: Anouar, Django, Dave Holland, Jack DeJohnette. It's a genius idea. A great, great album.

hg
Bill Frisell
East/West
Elektra Nonesuch, 2005

The first album I heard by Bill Frisell. When I heard "I Heard It Through The Grapevine" I was blown away. I love this album. It's a live album with an amazing trio. Rob and I love this guy because he has something so universal and he appeals to people who are not musicians as much as to musicians, and for me that is genius. I don't know how he does it. He's deep and never does too much, he just goes to the essentials.

c
Sheila Jordan
Portrait Of Sheila
Blue Note, 1962

It was Sheila Jordan's first album and then for years she stayed without singing. Steve Swallow is on bass, Barry Galbraith on guitar and Denzil Best on drums. It's an amazing album. It was the first time I heard somebody singing jazz standards in such a way, she wasn't scatting but everything she did was so free, so flexible, so natural and authentic. I could really relate to that and I couldn't stop listening to it. For me, it's one of the greatest vocal albums ever done. It was so different, so fresh.

v
Sidsel Endresen and Bugge Wesseltoft
Out Here. In There.
Jazzland, 2002

They did three albums together, each of which I love, but this is my favourite. I started listening to them fourteen or fifteen years ago and it would make me feel like I was a teenager again. I would wake up to the music and I would go to sleep with it and for two or three years this music was the soundtrack to my life. They would sing a pop song and a jazz standard and funk jazz, everything was possible, flexible, open, one song could be one minute, another could be six minutes, there is electronic stuff and acoustic stuff and everything fits. For me it was very, very inspiring. Also Sidsel Endresen inspires me by the way she works with her sound and how she places her voice. And Bugge is an amazing musician. I have had the luck to play with him and when you play with him it is like you have known him forever. I think this is one of the greatest duos ever.

Sarah Lancman

sarah
© Hubert Caldagues

Mademoiselle chante le jazz et elle ne fait pas semblant. A l’heure où le swing a déserté les gosiers et où les projets ultra formatés flattent les oreilles, Sarah Lancman fait figure au mieux d’oiseau rare, au pire de samouraï.

Comme ses illustres aînées, les Merrill, Vaughan, Horn ou Simone, elle sait jongler avec les timbres et explorer tout le registre des émotions. Sa voix caméléon monte à la gorge, jouant tantôt d’un petit voile qui électrise, tantôt d’une candeur adolescente qui attendrit. Comme elles, elle chante l’amour, les histoires qui commencent et qui finissent mais surtout l’amour de créer ensemble et de se donner toute entière à la musique et à ceux qui la reçoivent.

Sarah Lancman; : Lire la suite →

Virginie Teychené

Chanteuse de Jazz française, Virginie Teychené a reçu le Grand Prix du Jury et le Prix du Public lors du concours des Révélations du festival de Jazz de Juan les Pins en 2008.

Fin 2007, elle enregistre et sort son premier disque, « Portraits» ; il est acclamé par une critique unanime, en France et en Europe (4 étoiles jazzman). Le même enthousiasme se vérifie pour son deuxième album, « I feel so good » (2010), également 4 étoiles dans « Jazzman ». Gérard Maurin (contrebasse) et Stéphane Bernard (piano), sont rejoints par Jean-Pierre Arnaud (batterie) et François Chassagnite (trompette). Ses interprétations personnelles de standards ou de compositions originales, son aisance dans les Vocalese et le scat, lui permettent d’être considérée aujourd’hui comme une véritable artiste de jazz, très souvent comparée à une instrumentiste.

Virginie Teychené : Lire la suite →

Toku

Toku est un chanteur et trompettiste japonais né le 20 février 1973 à Niigata.

En plus d'être l'un des rares vocalistes et buglistes de jazz professionnels au Japon, il est connu pour son action de promotion du jazz au Japon, notamment en collaborant avec d'autres artistes J-pop.

Toku a commencé à jouer du cornet, puis s’est mis à la trompette et au bugle. Au lycée, il a fait partie d’un groupe qui jouait principalement des reprises de chansons rock et pop. C’est lors d’un festival sur son campus qu’un batteur de jazz l’a entendu jouer une version de If Were a Bell de Miles Davis, et l’a invité à une jam session.

Toku déménage ensuite au Etats-Unis pour apprendre l’anglais, et fait partie d’un groupe de jazz avec son colocataire pianiste. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, il commence à chanter au club Body & Soul. Remarqué par un DJ de Tokyo, Rob Crocker, alors qu'il chantait "If I Were a Bell" de Miles Davis, il est engagé par Sony Music Records.

Son premier album paraît en 2000, “Everything She Said”, produit par Rob Crocker. Il joue au Blue Note à Tokyo, puis au New Millenium Hall de l’Université de Séoul (Corée du Sud). En 2001, il sort son deuxième album “Bewitching”. En 2002, sa renommée grandit grâce à son interprétation de You are so Beautiful pour une publicité télévisée Hitachi, et son premier single Do-Ré-Mi pour une campagne publicitaire Odyssey de Honda. En 2001, il part en tournée avec Cyndi Lauper au Japon et joue sur son album.

Discographie :

Everything She Said (2000)
Bewitching (2001)
Winds of Change (2002)
Chemistry of Love (2002)
Do-Re-Mi (Single, 2002)
Toku (2003)
A Brand-New Beginning (2006)
Love Again (2008)
Toku sings and plays Stevie Wonder - a jazz tribute from Atlanta (2011)
Dream A Dream (2013)
Dear Mr.Sinatra (2015)
Shake (2017)
Toku in Paris (2019)

Site : toku-jazz.com

L'insolent succès d'ECM

LE MONDE | 07.11.09 | 18h12  •  Mis à jour le 07.11.09 | 18h12
Mannheim (Allemagne) Envoyé spécial

C'est une marque insolente, un défi en ces temps de marché du disque déprimé. Surtout quand on a le jazz et la musique classique pour terrain de jeu. La compagnie phonographique allemande ECM (pour Edition of Contemporary Music), 40 ans, publie avec régularité, depuis plusieurs années, entre quarante et cinquante disques par an, avec un catalogue prestigieux mais plutôt pointu. Parmi les sorties récentes de mi-octobre à début novembre, on trouve ainsi un coffret de trois CD du pianiste Keith Jarrett, en solo et en public, les nouveaux enregistrements studio du guitariste John Abercrombie, du joueur d'oud Anouar Brahem ou du pianiste Christain Wallumrod avec instruments baroques et batterie.

E.C.M. : Lire la suite →


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