Disques :
Ma sélection personnelle

Dernière mise à jour : 08/12/2021

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Je propose ici périodiquement une sélection de disques. Des disques corses, bien sûr, quand l'actualité le permet, mais aussi des disques de jazz, de musique classique ou de musiques du monde. Ce seront très souvent des parutions récentes, mais je ne m'interdis pas d'aller puiser dans ma discothèque pour proposer une rareté digne d'intérêt, une découverte récente ou ce que je considère comme un chef d'œuvre intemporel.


Décembre 2021

Ce mois-ci, je vais emprunter ma rubrique à France Musique, plus précisément à la rubrique "Maxxi Classique" de Max Dozolme. L'occasion d'évoquer deux excellents musiciens, Dave Brubeck et Paul Desmond.

Time Out : L'ivresse rythmique de Dave Brubeck et Paul Desmond

Dave Brubeck aurait eu 101 ans aujourd'hui ! L'occasion de redécouvrir son plus célèbre disque "Time Out" (1959) Un album qui, comme son nom l'indique, fait l'éloge des rythmes étranges.

L'ivresse rythmique de Dave Brubeck et Paul Desmond
Pochette de l'album Time Out (1959) du Dave Brubeck Quartet, © Columbia Records

Ecoutons Blue Rondo à la Turk, le titre inaugural de Time Out (1959). Oui ça va vite ! Oui la mélodie est pleine de demi-tons et donc très sinueuse, elle monte et elle descend, on ne sait pas trop ou elle va mais ce qui donne peut-être le plus le tournis, c’est le rythme ! On a l'impression que le dernier temps de la mesure est plus long que tous les autres, qu'il déborde de la mesure. Le blues de Dave Brubeck repose sur 9 croches réunies de manière contre-intuitive pour une oreille habituée à la musique classique ou à la pop au sens large. 

Le titre de Blue Rondo à la Turk, le morceau n'a pas été choisi au hasard car l'utilisation de rythmes irréguliers est un geste musical que l'on trouve beaucoup en Turquie ! Les Turcs ont même donné un nom à ces formules rythmiques : le rythme "aksak" que l'on peut traduire par "rythme boiteux". 

Ce rythme qui peut paraître étrange est en fait complètement incorporé par les Turcs, les Grecs, les Macédoniens, dans les Balkans ou en Bulgarie. C'est pourquoi, Béla Bartók, lui aussi, utilise la même cellule rythmique que celle du Blue Rondo a la Turk de Brubeck lorsqu'il compose la Danse sur un rythme bulgare n°5 extraite du recueil Mikrokosmos

Mais revenons-en à Brubeck et à son disque Time Out. Un disque qui, comme son nom l’indique abonde en titres aux rythmes irréguliers ! C’est le cas de Take Five, le titre le plus célèbre de l’album, composé par le saxophoniste Paul Desmond et qui repose sur une mesure à, Take Five, 5 temps ! Là encore on a l’impression qu’il y a un temps en trop, que la mélodie déborde de la mesure !   

A la manière de Stravinsky dans le domaine orchestral et classique, Paul Desmond et Dave Brubeck ont ouvert de nouvelles perspectives rythmiques en ce qui concerne le jazz.  D’ailleurs ces jazzmen intellos utilisent aussi une astuce que Stravinsky développe beaucoup dans le Sacre du Printemps (1913) : la juxtaposition de signatures rythmiques différentes. Il en est ainsi du titre Three to Get Ready, alternance de mesures à trois et à quatre temps, aussi irréconciliable que le jazz et la java comme l'a un jour chanté Claude Nougaro sur ce même air de Brubeck. 

Mai 2021

lamenta
Lamenta de Xanthoula Dakovanou

Nous avons découvert Xanthoula Dakovanou lors des Rencontres polyphoniques 2010 où elle s'est produite au sein du trio Tzane.
Chanteuse, compositrice et parolière originaire de la region d'Epire, au Nord-Ouest de la Grèce, elle chante les musiques traditionnelles de la Grèce, des Balkans et de la Méditerrannée et, en tant que compositrice, s'inspire de ces traditions pour créer des nouvelles compositions modales.

Elle a fait jusqu'à ce jour deux albums à Paris, avec le Trio Tzane (Gaïtani, Naïve 2010) puis en solo avec "La Dame et la Barque" et a participé à 13 albums d'autres créateurs en tant que chanteuse invitée.

 

Venons-en au projet Lamenta :
Sous la direction artistique musicale de Xanthoula, Lamenta est un projet qui s'inspire des musiques traditionnelles d'Epire, cheminant des formes musicales traditionnelles jusqu’au world jazz.

A l’origine du projet se trouvent les chorégraphes Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero (Siamese Cie) qui, ayant découvert au festival de Kerasovo les musiques de l'Epire, ont porté sur la scène ce voyage intérieur dans le spectacle du même nom.

Des montagnes de l’Épire au Péloponnèse, les « miroloï », chants de lamentation, célèbrent l’absent. Quand la communauté est quittée par l’un de ses membres – décès, exil, ou simplement mariage – elle chante et danse lors de longues nuits de résilience.

Conjointement, de nouvelles versions de ces lamentations grecques ont été enregistrées et forment l’épine dorsale émotionnelle de la pièce. D’abord restitués dans leur forme originale, les miroloï glissent par la suite vers des formes plus contemporaines, sous influence post-rock, qui la réactualise et la connecte au monde d’aujourd’hui.

Pour ce projet ont collaboré seize musiciens d’excellence : des musiciens de la scène traditionnelle grecque dont le fameux clarinettiste Nikos Filippidis accompagné de Kostas Filippidis (luth) et de Lefkothea Filippidi (chant), Avgerini Gatsi (chant), Dimitris Brendas (clarinette), Ourania Lampropoulou (santouri), Alexandros Rizopoulos (chant, percussions), Dimitris Katsoulis (violon), Stefanos Filos (violon) et Thanassis Tzinas (chant), mais aussi des musiciens grecs reconnus de la scène world et jazz comme Kleon Andoniou (chant, guitare électrique), Antonis Maratos (basse, contrebasse), Panos Katsikiotis “Tsiko” (batterie) et Solis Barkis (percussions), mais aussi le fameux jazzman français Magic Malik à la flûte et à voix et Xanthoula Dakovanou au chant.

Le résultat est unique : profond, lamentatif mais aussi extatique, c’est une connexion spirituelle entre la vie d'ici et l'au-delà.

Le disque, financé par "crowfunding", sera bientôt disponible dans les bacs.

 

Avril 2021

Daniele Di Bonaventura

Deux disques récents de l'ami Daniele : "Reminiscenze" en duo avec Giovanni Guidi et le tout nouveau "Canzoni da casa".

mirrors
summer

Pianiste lui-même, Daniele sait s'entourer d'excellents pianistes : après Giovanni Ceccarelli (Eu Te Amo, Mare Calmo) et Michele Di Toro (Vola Vola), c'est maintenant Giovanni Guidi qui partage ces Reminiscenze.

Né à Foligno en Ombrie en 1985, Giovanni Guidi commence à étudier le piano à l'âge de douze ans. Il attire l’attention d’Enrico Rava dont il intègrera plus tard le quintet. Il joue dans le quartet de Mauro Negri, Le Cosmic Music Orchestra de Gianluca Petrella et avec le trio de Fabrizio Sferra et monte son propre quartet et enregistre un premier disque « Indian Summer » pour Cam Jazz; un second suivra en 2008 « The house behind this one »
En juillet 2009, il sort son troisième album en tentet intitulé « The unknown rebel band » qui dans l’idée s’approche de ce qu’a pu être le Liberation Music Orchestra à ses débuts. Avec Louis Sclavis clarinette, Gianluca Petrella trombone et Gérald Cleaver à la batterie, il sort en 2016 "Ida Lupino" qui reçoit un accueil élogieux de la critique (Choc Jazzmag).
Après « City of Broken Dreams » (2013) et « This is the Day » (2015) parus en trio chez ECM, le 22 mars 2019, Giovanni Guidi sort « Avec le Temps ».

Des souvenirs partagés et épars (quatre Reminiscenze), une magnifique version d'Avec le temps de Léo Ferré, un très beau Rabo de Nube (un des morceaux de prédilection de Daniele), un thème d'Ennio Morricone (Deborah's theme de Il était une fois en Amérique), et des créations de Giovanni (Trilly, Where They'd lived, Ti stimo, Tomasz, en hommage à Tomasz Stanko, composent ce très beau disque.

Daniele et Giovanni privilégient les atmosphères au lyrisme marqué, très cantabile, sans jamais tomber dans une sentimentalité facile. Mais cela n'exclut pas l'invention, l'imprévisibilité et le dynamisme. Grâce à leur capacité à se remettre continuellement en question, les deux musiciens nous offrent une musique toujours inspirée et ouverte, avec des échos de tango, de blues, du minimalisme...

* * *

Daniele a enregistré chez lui, et en solo, ce Canzoni da casa. Ce qui frappe d'emblée, c'est la prise de son très directionnelle qui permet de capter toutes les subtilités du jeu de Daniele en distinguant bien ses deux mains.

Daniele explique : « J'ai enregistré ce travail d'un seul jet dans mon home studio par un chaud après-midi de mai pendant le confinement de 2020. Je n'avais pas pensé à en faire un disque mais en le réécoutant j'ai perçu une grande énergie émanant de ces morceaux que j'ai choisis pratiquement au hasard. Je voulais garder l'enregistrement du bandonéon avec la séparation marquée entre la main droite et la main gauche parce que je voulais faire ressentir à l'auditeur ce que je ressens quand je joue.
Je recommande donc d'utiliser des écouteurs pour pouvoir profiter pleinement de mon point d'écoute pendant que je joue.
»

On retrouve avec plaisir le standard My one and only love (je me souviens qu'il l'avait joué à l'Oratoire de Calvi lors du regretté Calvi Jazz Festival), Maria e il mare, Se va la murga déjà enregistré avec Paolo Fresu, Sanctus et Vola vola vola ; les autres morceaux sont Ebb Tide, El Ciego de John McLaughlin, Por Toda Minha Vida de Jobim, Prelude to the cyclical night de Piazzolla, El choclo, le tango de Angel G. Villoldo, et enfin Always and forever de Pat Metheny.

Deux disques indispensables !

13/04/2021

Et voici la critique du mensuel italien Musica Jazz :

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Ce lo dice subito, nelle brevi note di copertina. Daniele Di Bonaventura ha registrato questo disco in solitudine (non poteva essere altrimenti) in un pomeriggio del maggio dello scorso anno, quello afflitto dal primo lockdown. Qualcuno, in prima istanza (e senza averlo ascoltato) dirà: sarà un disco pregno di tristezza, di solitudine, di rammarico. Questo «la qualunque» di turno si sbaglia, perché se il bandoneon disegna involontariamente archetipi melanconici, qui c’è tanto romanticismo, c’è tanta speranza e una buona dose di sensualità.
Ebb Tide risuona di tutto questo nella sua placidità che un leggero riverbero, come uno zefiro, accentua. My One And Only Love profuma di Francia, di moderata allegria, con la melodia visibile e cantabile. Con El ciego (di Manzanero) l’asse geografico si sposta nell’America Latina, con il sinuoso periodare del fraseggio oculato e deciso di Di Bonaventura, che costruisce il ritmo e il volume, controlla le dinamiche e dà opportuna voce a un armonia senza tempo. Maria e il mare è impregnata di un lirismo sinfonico che mette in chiaro come il musicista marchigiano padroneggi ogni anfratto del complesso strumento. Por toda minha vita (di Vinicious de Moraes e Jobim) ci fa conoscere gli angoli segreti del Brasile, la melodia si rifrange sugli accordi armonici soffiando sulle variazioni di tonalità e umore. Cambio di passo con Se va la murga, sostenuta da un incedere deciso e allegro: mancano solo le parole per darle il maggior senso della ballabilità spagnola. Prelude To The Cyclical Night (di Astor Piazzolla) è un’altalena di umori, di sentimenti: l’incipit è dalle maglie larghe, poi Di Bonaventura sciorina tutto il suo sapere musicale, rinforzando il brano con spinte ritmico-armoniche e svolazzanti assolo sui registri alti. El choclo ha le sembianze di un grande classico, di quelli da tenere a mente sempre. Mentre Sanctus è un esempio di perfetta fusione di musicalità latina ed europea, con le note perfettamente scandite e il rigore del mantice a darle vigore. L’allegria di Vola vola lascia assaporare il gusto del Mediterraneo, con il suo ben noto incedere. La solipsistica cavalcata di Daniele Di Bonaventura si conclude con un’interpretazione magistrale e personale di Always And Forever di Pat Metheny. Un disco bello e affascinante fatto di brani non bolsi e troppo battuti, che nulla ha a che vedere con le dolenti note di una pandemia senza fine.
Alceste Ayroldi

Et voici ma traduction :

Il nous le dit tout de suite, dans les brèves notes de couverture : Daniele Di Bonaventura a enregistré cet album dans la solitude (il ne pouvait en être autrement) un après-midi de mai de l'année dernière, celle affectée par le premier confinement. Dans un premier temps (et sans l'avoir écouté), on dira: ce sera un disque plein de tristesse, de solitude, de regret. Ce « on » de service a tort, car si le bandonéon dessine involontairement des archétypes mélancoliques, il y a beaucoup de romantisme ici, il y a beaucoup d'espoir et une bonne dose de sensualité.
Ebb Tide résonne avec tout cela dans sa placidité qu'une légère réverbération, comme un zéphyr, accentue.
My One And Only Love
a un parfum de France, de joie modérée, avec sa mélodie visible et cantabile.
Avec El ciego (de Manzanero), l'axe géographique se déplace vers l'Amérique latine, avec la période sinueuse du phrasé prudent et décisif de Di Bonaventura, qui construit le rythme et le volume, contrôle la dynamique et donne une voix appropriée à une harmonie hors du temps.
Maria e il mare
est imprégné d'un lyrisme symphonique qui montre clairement comment le musicien des Marches maîtrise tous les coins et recoins de cet instrument complexe.
Por toda minha vita
(de Vinicious de Moraes et Jobim) nous fait découvrir les coins secrets du Brésil, la mélodie se réfracte sur les accords harmoniques, soufflant sur les variations de tonalité et d'ambiance.
Changement de rythme avec Se va la murga, soutenu par une démarche décisive et joyeuse: il ne manque que les mots pour lui donner le plus grand sens de la danse espagnole.
Prelude To The Cyclical Night (d'Astor Piazzolla) est un swing d'humeurs, de sentiments: l'incipit est ample, puis Di Bonaventura déploie toutes ses connaissances musicales, renforçant la pièce avec des poussées rythmiques harmoniques et un solo flottant sur des registres aigus.
El choclo
a l'apparence d'un grand classique, qu'il faut toujours garder à l'esprit. Tandis que Sanctus est un exemple de fusion parfaite de la musicalité latine et européenne, avec des notes parfaitement articulées et la rigueur du soufflet pour lui donner de la vigueur. La gaité de Vola vola vola fait apprécier le goût de la Méditerranée, avec son rythme bien connu.
Le parcours solipsiste de Daniele Di Bonaventura se termine par une interprétation magistrale et personnelle de Always And Forever de Pat Metheny.
Un album magnifique et fascinant composé de chansons qui ne sont pas battues et rebattues, et qui n'ont rien à voir avec les notes douloureuses d'une pandémie sans fin.
Alceste Ayroldi

Patrizia Gattaceca : EPUPEA-Digenis Akritas

epupea

Et voici l'adaptation par Patricia Gattaceca de l’épopée de Digénis Akritas dont nous avions pu apprécier quelques extraits lors des Rencontres polyphoniques de Calvi en 2017.

Cette épopée nous conte les exploits du héros Basile, fils d’un émir de Syrie et d’une noble byzantine. Digénis (celui qui est né de deux races) y affronte fauves, brigands, dragons, et enlève sa belle qui lui vouera un amour inconditionnel. Au terme d’une vie de luttes il devient l’Akrite, (L’homme de la frontière), gardien du monde des confins. Il meurt d'avoir bu trop froid, et son épouse meurt en même temps que lui.

Les textes sont interprétés en corse et en italien (Le lodi, mi-parlé mi chanté, Il desiderio, Le nozze, Che io muoia). L’accompagnement musical est assuré par Antoine Leonelli aux guitares et à la cetera. Le chant de Patrizia évoque parfois Giovanna Marini ; on passe de l'Orient à l'Occident en passant par l'Andalousie, et bien sûr par la Corse avec le beau lamentu. Un très beau disque qui n'a qu'un défaut : il est trop court !

Les morceaux :

Le Lodi
L’emiru
E prudezze di l'Akrita
Il desiderio
U lamentu di a mamma
L'amore
L'accunsentu
Le nozze
U giardinu
U castellu
A morte di L’Akrita
Che io muoia.

Thomas Dutronc : FRENCHY

Thomas ayant complété son album Frenchy avec sept morceaux supplémentaires, je complète à mon tour ma chronique.

C’est si bon ouvre l’album avec une version peu orthodoxe, où les voix contrastées de Diana Krall et Iggy Pop rejoignent celle de Thomas Dutronc.
Vient ensuite une version alanguie de La vie en rose.
Plus je t’embrasse constitue un des meilleurs moments de l’album, avec un superbe échange piano/guitare. Accompagnement très efficace d'Eric Legnini et Thomas Bramerie. Le swing habite de bout en bout ce titre de Ben Ryan repris en France par les Sœurs Étienne.
Le duo de Thomas Dutronc et Youn Sun Nah sur Playground love, avec Stéphane Belmondo à la trompette, est très réussi.
Petite fleur de Sidney Bechet est également une réussite, avec quelques mesures de bandonéon par Michel Portal.
Puis Stacey Kent chante Un Homme et une femme, soutenue par l’accordéon de Marc Berthoumieux.
La mer est sans grand intérêt, et je n'aime ni le piano électrique ni le tempo.
Get lucky est nettement mieux, avec une excellente guitare et un très bon piano.
Excellent encore Minor swing, un des meilleurs morceaux du disque.
All for you (Nuages) est très bon également.
La version du grand succès de Jacques Brel, Ne me quitte pas/If you go away, est peut-être un peu forcée mais fait apprécier la jolie voix de Haley Reinhart.
Autumn leaves (Les feuilles mortes) est sans grande surprise.
On passera rapidement sur My Way (Comme d’habitude), qui commence très bien avec le piano d'Eric Legnini mais dont la fin est noyée sous les cordes.
Le swing décontracté de La Belle Vie/The good life permet d’apprécier la voix chaleureuse de Jeff Goldblum et les talentueux Rocky Gresset et Eric Legnini.
Et nous arrivons aux morceaux supplémentaires !
Le duo avec Eddy Mitchell sur La dernière séance fonctionne très bien.
De même Le petit jardin avec son père Jacques est très réussi.
Un magnifique duo avec Clara Luciani sur Le premier bonheur du jour
Partir quand même avec Etienne Daho est un autre exemple du talent d'écriture de Françoise Hardy.
La belle chanson de Serge Gainsbourg Ces petits riens est chantée ici en duo avec Jane Birkin.
Il y avait des arbres de Charles Trenet est en duo avec Philippe Katerine
Et le disque s'achève avec un excellent Sésame, enregistré en public à La Cigale.

Un album qu'on écoute avec grand plaisir. Thomas s'est entouré d'excellents musiciens de jazz (Eric Legnini, Thomas Bramerie, Rocky Gresset). Les morceaux supplémentaires sont excellents.

Mars 2021

aprincipiu

J'attendais avec impatience de recevoir le nouveau disque de l'Alba, commandé dès sa sortie et auréolé de critiques très élogieuses dans la presse spécialisée française et européenne.
Ça y est, je l'ai en main. Une pochette originale et belle, création de Béatrice Brisset.
En plus du groupe habituel, on trouve Antone Chauvy à la guitare, Petrughuvanni Mattei et Nico Torracinta à la guitare et au saz, plus Benjamin Dolignon, que l'on a plaisir à retrouver, et Mokhtar Samba aux percussions.
Mes premières impressions :

Dès le premier morceau (Guarisce), on est frappé par le renouvellement du son du groupe. Guitares électriques et percussions ont rejoint l'harmonium indien de Sébastien et les flûtes de Ceccè pour créer un environnement évoquant un désert touareg.
Indiferenti est plus dépouillé, la voix de Ghjuvanfrancescu juste accompagnée par la basse, rejointe bientôt par les deux guitares puis par une belle intervention du violon de Laurent Barbolosi (curieusement non crédité sur la pochette).
Nouveau changement avec Sò diventatu : une pulsation rock se mêlant à des sonorités nord-africaines. Di punta à l'abbissu s'ouvre sur une pédale d'orgue, avec un chant magnifique (je crois reconnaître Ceccè mais je n'en suis pas sûr). On retrouve un chant plus traditionnel avec Schjari u to chjassu; Ancu sfarente a de nouveau des sonorités très nord-africaines; Felici suspesi est un morceau très doux, avec la mandoline de Mario Evangelista et André Tomasso au soprano; U Tornaviaghju est un morceau de facture très traditionnelle, évoquant Charles Rocchi. Sur la paghjella, Fanou Torracinta est crédité à la guitare ; il semble qu'il intervienne plutôt sur le morceau précédent.
J'avoue ne pas avoir reconnu le chanteur sur A to cullana. Petrughjuvanni Mattei ?
Vient enfin (déjà !) le dernier morceau, Stranieru da l'internu. Dédié à Régis Gizavo, c'est probablement le meilleur morceau du disque, avec le chanteur et guitariste zimbabwéen Louis Mhlanga. Guitares, harmonium et clarinette créent un beau support pour les voix.
A ne pas rater, en bonus, 30 secondes après la fin, une autre version d'Indiferenti.

Ce nouveau disque apparaît comme un nouveau départ pour le groupe né en 1992, qui vient de signer chez Buda Musique. De cette époque ne subsistent que Ceccè Guironnet et Sébastien Lafarge mais l'inspiration du début est toujours là : une grande ouverture aux musiques de toute la Méditerranée. À Principiu renouvelle l'esthétique du groupe avec des éléments mélodiques et rythmiques des musiques méditerranéennes (Grèce, Balkans, Afrique du Nord, Italie...) et aussi l'intégration de guitares électriques qui apportent une couleur plus contemporaine au son du groupe.

Les morceaux :
1. Guarisce
2. Indiferenti
3. Sò diventatu
4. Di punta à l'abbissu
5. Schjari u to chjassu
6. Ancu sfarente
7. Felici suspesi
8. U Tornaviaghju
9. Paghjella
10. A to cullana
11. Stranieru da l'internu

Décembre 2020

echos

Le top 10 des albums de jazz 2020

L'année a été riche en émotions jazz. Notre sélection des grands disques de l'année, signés Charles Lloyd, Keith Jarrett, Fred Hersch, Artemis, Carla Bley, Kandace Springs, Pat Metheny, Bill Frisell Trio, Thelonius Monk et Sonny Rollins.

echos

« 8 : Kindred Spirits (Live from Lobero) », Charles Lloyd (Blue Note Records) « Songs From Home  », Fred Hersch (Palmetto). « Life goes on  », Carla Bley (Andy Sheppard, Steve Swallow) (ECM Records). « From This Place  », Pat Metheny (Blue Note Records). « Rollins in Holland », Sonny Rollins(Resonance) (Montage 'Les Echos')

Par Henri Gibier
Publié le 30 déc. 2020

« 8 : Kindred Spirits (Live from Lobero) », Charles Lloyd

Un live réalisé par le saxophoniste et quelques vétérans à l'occasion de son 80e anniversaire. Outre les sublimes ballades, « Requiem  » ou « La Llorona  », Charles Lloyd nous offre un morceau de vingt minutes donnant la part belle à toute son groupe, et termine sur des « Ruminations  » où brille le piano de Gerald Clayton. Peut-être le disque de l'année.

Blue Note Records

« Budapest Concert  », Keith Jarrett

Ce magnifique double album, enregistré en 2016, constitue le chant du cygne de ce magicien de l'improvisation en solo, empêché désormais de jouer par un double AVC qui lui a paralysé le côté gauche. On y navigue de sonorités latinos à des réminiscences de Béla Bartok, pour terminer en beauté sur le standard « Answer Me  », d'une délicatesse incomparable.

ECM Records

« Song From Home  », Fred Hersch

Le disque solo de confinement est devenu le geste artistique de l'année 2020, tant dans la pop avec Paul McCartney que dans le jazz, notamment grâce au piano de Fred Hersch. Pour mesurer la subtilité de ce pianiste pas besoin d'aller bien loin : écoutez le premier titre « Wouldn't Il Be Loverly  », et vous serez conquis. Le dernier est une reprise à sa façon, et pour fêter en confinement son anniversaire, du « When I'm Sixty Four  » de McCartney.

Palmetto

« Song From Home  », Fred Hersch (Palmetto)

« Song From Home  », Fred Hersch (Palmetto) © Palmetto

« Artemis  », Artemis

Sept femmes très douées se sont regroupées sous le nom de la fille de Zeus pour réaliser cet album de jazz classique dans le meilleur sens du terme. Les amateurs de Beatles seront séduits par leur réinterprétation de « The Fool On The Hill  », qui lui confère une profondeur étonnante, mais ce sont tous les titres qu'il faut prendre le temps de savourer, comme si l'on traversait de jolis paysages installé dans une confortable berline.

Blue Note Records

« Life goes on  », Carla Bley (Andy Sheppard, Steve Swallow)

Quel plaisir de retrouver la fringante octogénaire après l'inquiétante opération du cerveau qu'elle a dû subir, annulant ses engagements parisiens. Là voici à la manoeuvre sur trois suites comme elle les affectionne, avec ses deux compères, le contrebassiste Steve Swallow, qui est également son mari, et le saxophoniste Andy Sheppard. Le climat s'est adouci par rapport à leurs jeunes années, mais les talents de compositrice de la pianiste sont à leurs sommets.

ECM Records

« Life goes on  », Carla Bley (Andy Sheppard, Steve Swallow) (ECM Records)

« Life goes on  », Carla Bley (Andy Sheppard, Steve Swallow) (ECM Records) © ECM Records

« The Women Who Raised Me  », Kandace Springs

Ce disque hommage de la belle et vibrante chanteuse et pianiste aux grandes voix féminines du jazz qui l'ont inspirée, de Carmen McRae à Nina Simone, sans oublier bien sûr Billie Holiday, est une nouvelle illustration de sa maîtrise. Frissons garantis sur ses « covers  » de « What Are Your Doing The Rest Of Your Life  » et de « Killing Me Softly With His Song  », mais il est difficile aussi de se remettre du « I Put A Spell On You  » sur lequel l'accompagne le déchirant saxophone de David Sanborn.

Blue Note Records

« From This Place  », Pat Metheny

Retour en grande forme du guitariste qui n'avait pas livré de nouvelle production depuis 2014. Les dix morceaux, tous originaux, ont été conçus pour orchestre, acquérant des sonorités de musiques de films hollywoodiens, coloration due à l'enregistrement dans le Hollywood Studio Symphony. La guitare de Pat Metheny, dans cet écrin, brille comme jamais, avant de nous transporter comme dans un rêve loin de cette année anxiogène avec l'aérien « Love May Take Awhile  ».

Nonesuch

« From This Place  », Pat Metheny (Blue Note Records)

« From This Place  », Pat Metheny (Blue Note Records)© Blue Note Records

« Valentine  », Bill Frisell Trio

Le jazz dans sa plus pure expression, c'est ce que nous offre ce trio, réuni autour du guitariste septuagénaire : encore un disque de vieux routier du genre qui sonne comme une oeuvre de jeune homme. C'est gai, relax, fluide, tout ce dont on a besoin au terme d'une année éprouvante. Le bassiste Thomas Morgon et le batteur Rudy Royston connaissent par coeur leur Frisell après presque deux années à tourner ensemble. Quant à lui, après une cinquantaine d'albums, il est parvenu à un style épuré d'une rare élégance. Un plaisir d'écoute garanti pour toutes les oreilles.

Blue Note Records

« Palo Alto  », Thelonius Monk

Un live inédit de ce géant ça ne se rate pas, surtout quand le pianiste est gagné par une sorte d'euphorie à l'idée de faire redécouvrir son répertoire habituel par un public de jeunes lycéens californiens. Une cinquantaine de minutes de pur génie menées tambour battant par le quartet de vieux compères, et un grand moment d'allégresse miraculeusement restitué à partir de l'enregistrement d'un gamin de 16 ans. Ceux qui ne connaîtraient pas encore de prince du be-bop peuvent commencer par ce disque pour s'initier à son jeu à nul autre pareil.

Impulse

« Rollins in Holland », Sonny Rollins

sDernière des légendes du jazz de l'époque Miles Davis, Sonny Rollins a eu 90 ans en septembre, et il y a désormais de chance de le revoir sur une scène. Mais sur ce triple album inédit c'est un jeune homme de 39 ans, en pleine possession de se moyens et dans la plénitude de sa créativité qui nous régale de ses longues improvisations. Du Gershwin, du Miles Davis, du Rodgers & Hart, mais surtout un original signé Rollins, « Sonnymoon for Two  ». La belle surprise de cette fin d'année.

Resonance

« Rollins in Holland », Sonny Rollins (Resonance)

« Rollins in Holland », Sonny Rollins (Resonance) © Resonance

Henri Gibier

Octobre 2020

Les Rencontres polyphoniques de Calvi sont l'occasion de découvrir de nouveaux artistes et leurs disques. Riche moisson cette année, comme vous allez le voir ci-dessous :

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summer

Alain Larribet/Pierre-Michel Grade : SOMA

Soma est un très bon disque, mais je dois avouer que je n'ai pas retrouvé la magie du concert de Calvi. Les morceaux où le duduk intervient sont magnifiques, les autres m'ont paru un peu artificiels.

Constantinople / Marco Beasley
LA PORTA D’ORIENTE - The manuscript of Ali Ufki


Marco Beasley, chant, récitant
Kiya Tabassian, setar & chant
Didem Basar, kanun
Tanya LaPerrière, violon baroque
Stefano Rocco, archiluth & guitare baroque
Fabio Accurso, luth
Patrick Graham, percussion
Elinor Frey, violoncelle baroque

Kiya Tabassian s’associe pour ce projet à Marco Beasley, l’une des voix les plus importantes de la musique de la Renaissance. Fidèle à ses habitudes, l’ensemble montréalais propose une rencontre entre l’Orient et d’autres mondes. Le sétar persan de Kiya dialogue avec le théorbe et la guitare baroque de Stefano Rocco, les luths de Fabio Accurso, le violon baroque de Tanya LaPerrière, la viole de gambe de Pierre-Yves Martel, le kanun de Didem Basar et les percussions de Patrick Graham.

Une large partie du répertoire de La porta d’Oriente est tirée du manuscrit Majmua écrit au début du XVIIe siècle par Ali Ufki, un musicien et orientaliste d’origine polonaise né sous le nom de Wolciech Bobowski. Ayant reçu une éducation ottomane, Ali Ufki est parvenu à incarner à la fois les deux ciultures, ottomane et europénne. On retrouve ainsi dans ce manuscrit des pièces de musique ottomanes et persanes, mais aussi de la musique européenne de l’époque allemande, italienne, ainsi que des chansons françaises. Au cœur du récit se trouve l'histoire de Tancrède et Clorinda décrite par Torquato Tasso dans Gerusalemme liberata et popularisée par Monteverdi .

mirrors
summer

Birds on a wire : RAMAGES

Pour leur second album, Rosemary Standley et Dom La Nena reprennent la même formule : comme son prédécesseur, Ramages est intégralement composé de reprises.
Le disque commence par une chanson de Jacques Brel datant de ses débuts, en 1955, "Sur la place" : un régal, avant l’amusant "La Gatta" de Gino Paoli.
Vient ensuite “Bergère”, reprise d’un titre breton, l'occasion d’honorer la mémoire de Yann Fañch Kemener, décédé l’an dernier.
Une reprise de Léonard Cohen, le menaçant et beau à pleurer Who By Fire, très épuré.
Vient ensuite la très belle relecture franco-portugaise du Amarelinha (la Marelle), chanson enfantine reprise d’un titre brésilien de R. Casoy de Queiroz chantée il y a 40 ans par Nazare Pereira.
Comme un clin d’œil au nom du groupe, c’est “le chant des oiseaux” (El Cant dels ocells) , reprise d’un traditionnel catalan.
"Càlice" signé Chico Buarque et Gilberto Gil, chanté par Dom La Nena; le refrain est repris par le duo .
"Which Side Are You On?" écrit par Florence Reece à l'âge de 12 ans alors que son père faisait la grève à la mine. Le violoncelle est magnifique, la mélodie envoutante et le refrain entêtant rendent hommage aux working class heroes!
Puis vient un "classique" vénézuelien, "Tonada de luna llena".
"Sinefiasmeni Kiriaki" («  Dimanche nuageux  ») de Vassilis Tsitsanis fait référence à l'invasion de la Grèce par les troupes fascistes.
"Les berceaux" nous offre une reprise osée et minimaliste de Gabriel Fauré, sur des paroles de Sully Prudhomme.
Vient ensuite un titre en italien ”Voglio una casa” de Lucilla Galeazzi, suivi d'une chanson russe, Antochka.
Shake Sugaree” de l’américaine Elisabeth Cotten nous fait apprécier son atmosphère bluesy et rappelle le parfum folk américain qui inspira tant Moriarty, avec la voix du père de Rosemary Standley. Vient ensuite un classique de Violeta Parra (Qué he sacado con quererte), et l'album s'achève avec «  Wish you were here  » de Pink Floyd transformé en berceuse.

L’incroyable diversité du disque peut a priori dérouter. Rosemary Standley et Dom La Nena n’ont pas choisi ces chansons par hasard. Elles sont allées les piocher dans leurs souvenirs d'enfance respectifs, en privilégiant celles qu'écoutaient leurs parents et qui les ont marquées. D'où de fortes ruptures de ton et de nombreuses surprises, les versions proposées ici étant souvent très éloignées des originaux. On peut parler de réappropriation de ces classiques. .

Les harmonies vocales sont parfaites, les timbres de voix de Rosemary et de Dominique se complétant parfaitement. L’accompagnement musical reste uniformément discret et de bon goût.

Enza Pagliara/Dario Muci/Roberto Licci et Emanuele Licci : SUDDISSIMO

À plus de soixante-dix ans de son entrée dans le monde de la musique, Matteo Salvatore reste encore une des figures les plus énigmatiques de la chanson italienne. Il a été redécouvert depuis peu par des artistes comme Teresa De Sio ou Vinicio Capossela. Ici, quatre des meilleurs représentants de la musique traditionnelle des Pouilles se sont réunis pour un projet particulier.

Dario Muci, Enza Pagliara, Roberto Licci et Emanuele Licci ne sont pas seulement des chanteurs et musiciens mais de véritables connaisseurs et chercheurs de la musique populaire des Pouilles, avec une discographie importante et des collaborations avec les meilleurs groupes du genre (Officina Zoè, Salentorkestra, Canzoniere Grecanico Salentino, Ghetonìa ). Ils nous proposent une lecture "salentienne" du répertoire de Salvatore en interprétant douze des chansons les plus belles et les plus touchantes, parmi lesquelles se détachent les chansons consacrées à l'exploitation des travailleurs. On retrouve donc une version de "Padrone mio" chantée à quatre voix, interprétée de manière chorale, comme une véritable chanson populaire, avec un arrangement discret, qui ne déforme pas la pièce, mais l'enrichit de nouveaux sons. L'exploitation des ouvriers est également racontée dans "Lu polverone", revisité avec un bel arrangement pour voix et tzourà (tambourin). Dans "Lu soprastante", une autre des chansons qui racontent la vie pauvre des désespérés, la guitare est rejointe par la contrebasse de Marco Bardoscia, que l'on trouve seule pour accompagner les voix de Roberto Licci et Dario Muci dans « Lu furastiere », une chanson d'une actualité déconcertante.

Il lamento dei mendicanti”,, chantée par la belle voix d'Enza Pagliara, avec la contrebasse qui donne un ton encore plus dramatique à la pièce, tandis que la tzourà et les percussions le colorent de sons méditerranéens, créant un arrangement vraiment beau et réussi. Dans "Sempre poveri" la voix de Dario Muci reprend le fausset typique de Salvatore, accompagné de guitare et de mandolines, tandis que pour "Ttuppe ttuppë allù purtone" un arrangement électronique, avec guitare électrique et sons électroniques lancinants, accompagne la voix d'Enza Pagliara dans ce chant évoquant la pauvreté et le viol.

Il y a aussi des chansons dans lesquelles se distingue la vision poétique surprenante de l'illettré Salvatore, comme "Mo ve 'la bella mia dalla muntagna", une version très traditionnelle aux quatre voix accompagnées uniquement de la guitare d'Emanuele Licci, “La notte è bella”, avec un splendide arrangement pour instruments à vent, entre jazz et marche de village, et « Lu bene mië », où contrebasse et percussions transforment le morceau en lui donnant un air vaguement jazzy. Il y a aussi le côté plus gai et comique de Salvatore, représenté ici par l'amusant « Proverbi de lu paise ».

Dans le disque il y a aussi quelques textes dits par Fabrizio Saccomanno. Il y a aussi un DVD dans lequel on retrouve l'enregistrement vidéo du seul concert en France de Matteo Salvatore, en 1999, ce qui constitue l'un des rares témoignages vidéo complets de ses concerts. Dans le livret, en plus des textes avec traduction (parfois un peu approximative), on trouve un texte de Rina Santoro qui retrace les événements qui l'ont amenée à organiser le concert en France proposé dans le DVD.

"Suddissimo" n'est donc pas seulement un hommage au chanteur d'Apricena, mais un véritable projet qui vise à diffuser sa musique et sa voix, une véritable immersion dans son univers, proposée avec l'expertise et la compétence des quatre musiciens chanteurs.

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Daniele Di Bonaventura/Connie Valentini : OBSESIÓN

Dans les treize morceaux présents, de l'intense Como un pajaro libre, au dernier, l'intime Rabo de nube, la splendide tradition des canciones latinas est revisitée avec élégance et intensité par la voix vibrante de Connie Valentini, qui s'entretient avec le bandoneòn (et le piano) de Daniele Di Bonaventura, les percussions d'Alfredo Laviano et l'alto de Domenico Mastro.
Le disque est excellent du début à la fin. Je retiendrai plus particulièrement, outre le morceau d'ouverture, Como un pajaro libre, Alfonsina y el mar, le magnifique Samba em preludio, Vuelvo al Sur, et Io so che ti amerò, de Vinicius De Moraes - Carlos Jobim, une magnifique chanson.

Daniele Di Bonaventura/Michele Di Toro : VOLA VOLA

Nous retrouvons l'ami Daniele sur un autre disque, en duo cette fois avec Michele di Toro au piano.

Deux des dix titres du CD sont des compositions originales de Michele Di Toro : Ninna Nanna et Corale (Michele Di Toro), tandis que Daniele signe Sogno Di Primavera. Les autres morceaux sont d'autres compositeurs tels que Joe Sample - Nils Landgren (One Day 'll Fly Away), Astor Piazzolla (Jeanne Y Paul), Keith Jarrett (Blossom), Carlos Gardel - (Sus Ojos Se Cerraron, Soledad), William Turner (Touch Her Soft Lips).
Le jeu de piano délicat de Michele Di Toro rappelle souvent Keith Jarrett ; quant au jeu de Daniele, il se bonifie d'année en année. Un dialogue imprégné d'empathie, de légèreté et de classe.

D'autres disques (de jazz) récents :

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Tigran Hamayan : THE CALL WITHIN

Le neuvième disque de Tigran Hamasyan arrive auréolé d'une critique très élogieuse. De Jazz Magazine à Télérama, les critiques sont unanimes :
« Impossible de résister à la galvanisante invitation de Levitation 21, le titre d’ouverture : en quelques vocalises murmurantes noyées dans la brume et trois galops menés à bride abattue par un piano et des baguettes au corps-à-corps, Tigran Hamasyan nous lance en orbite au-dessus de l’épique B.O. de ses tumultes intérieurs. (…) On y plonge sans réserve, l’étonnement intact. » (Anne Berthod dans Telerama)
« Un album qui montre que trouver sa sonorité n'est pas synonyme de tourner en rond. » (Yazid Kouloughli dans Jazz Magazine)

L'artiste lui-même précise : "Des secondes indiciblement longues de désir, de réalisation subliminale et surtout de joie remplissent le corps comme si une œuvre d'art, un poème ou une mélodie naissait dans ce monde sans raison apparente, mais seulement pour que l'humanité découvre ce qui est invisible : le mystère divin".

Une musique volcanique, imprégnée de rock, de metal et de folklore arménien, et dans laquelle des polyrythmies, mesures impaires et tempos haletants alternent avec des phases plus apaisées, poétiques, éthérées, comme une vague sonore et cinématique en perpétuelle mutation.

Plus d'informations sur la page consacrée à Tigran.

Pour moi c'est une vraie déception. Une basse et une batterie trop présentes, des changements de tempo incessants, le trio piano-basse-batterie plagiant le progressive rock, notamment dans « Lévitation 21 », « Our Film », ou « Ara Resurrected » avec des dernières minutes très pesantes. On est ici très loin du merveilleux Luys i Luso

John Scofield : SWALLOW TALES

Un hommage de John Scofield à son vieux compère Steve Swallow et à ses compositions tissées d'élégance autant que de mystère. Qu'il s'agisse d'Eiderdown, maintes fois enregistré par une foule de musiciens qui cherchent à en déjouer les arcanes, de Falling Grace, aux harmonies complexes. ou du plus confidentiel She Was Young,, le miracle est permanent. Sur In F, on assiste à un échange qui va du dialogue au trilogue, sans jamais laisser poindre ni redite, ni cliché. Magistral, de bout en bout.

Lire aussi la chronique de Citizen Jazz

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Ferruccio Spinetti/Giovanni Ceccarelli : MORE MORRICONE

Reprendre des musiques d’Ennio Morricone en jazz, en duo, peut sembler une gageure. Mais le défi est relevé avec beaucoup de brio et même une grande classe. Ferruccio Spinetti et Giovanni Ceccarelli ont évité les grands classiques du maître et fait un choix fin et judicieux dans l’immense répertoire de Morricone. Et ils ont su garder la quintessence des compositions. L’élégance du piano de Ceccarelli, allié à la basse ample et généreuse de Spinetti, sont parfois rejoints par une guitare ou un Rhodes, un bouzouki ou, en clin d’œil, une guimbarde, ainsi que sur quelques titres, par l'excellente chanteuse belge (une découverte pour moi), Chrystel Wautier.

Michel Benita : LOOKING AT SOUNDS

Le nouveau quartet de Michel Benita comprend Matthieu Michel au bugle et Philippe Garcia à la batterie et à l’électronique - ils faisaient tous deux partie du groupe précédent de Benita, Ethics. Le nouveau venu est Jozef Dumoulin sur Fender Rhodes.

Les compositions de l'album, composées majoritairement par Benita, sont très attractives et rassemblent des éléments à la fois jazz et folk. L'approche de Dumoulin est très différente des sons funky que nous avons tendance à associer au Fender Rhodes ; il se concentre davantage sur les lignes mélodiques et rythmiques, soutenant le bugle et s'intégrant au support rythmique de la basse et de la batterie.

L'ambiance tout au long de l'album est détendue et rafraîchissante, le niveau des interactions entre les quatre musiciens extrêmement élevé. On peut juste regretter une certaine monotonie.

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Terje Rypdal : CONSPIRACY

Le retour de Terje Rypdal ! En effet, "Conspiracy" est le premier album studio de Terje Rypdal depuis 20 ans, même s'il a continué à multiplier les expériences, principalement sur des albums Live. Terje Rypdal revient aussi, avec Conspiracy, aux sources d’inspiration de ses œuvres majeures des années 70 telles que Whenever I seem to be far away, Odyssey ou Waves.
Après une série de projets mettant en vedette de grands groupes, des symphonies, des ensembles vocaux et de l'électronique, le guitariste septuagénaire fait équipe avec trois jeunes compatriotes norvégiens - le claviériste Ståle Storløkken, le bassiste électrique Endre Hareide Hallre et le batteur Pål Thowsen - pour six titres dans la droite ligne de ses anciens disques.

Le style caractéristique de Rypdal, qui privilégie les atmosphères et les notes soutenues, émerge immédiatement dès le premier morceau, « As If the Ghost ... Was Me!? ». « What Was I Thinking » revient à une ambiance plus détendue, alors que le troisième titre « Conspiracy » est nettement plus rock. « By His Lonesome » est de nouveau plus introspectif et retenu, « Baby Beautiful » maintient cette atmosphère d'énergie contenue jusqu'au dernier morceau « Dawn », qui, évoque une aube sur un paysage balayé par le vent.

C'est exactement le genre d'album qu'un fan de longue date de Terje Rypdal attendait. Pas très novateur peut-être, mais chaque écoute révèlera de nouvelles subtilités. Il n'a qu'un défaut : il est vraiment court !

Thomas Dutronc : FRENCHY

Quatrième album de Thomas Dutronc et deuxième chez Blue Note après «  Live is Love  » (2018), «  Frenchy  », rassemble quatorze chansons françaises d’avant-hier, hier ou aujourd’hui.

Des invités prestigieux venus du monde de la pop, du rock, du funk ou du jazz rejoignent le guitariste chanteur pour interpréter avec lui quelques-uns de ces succès. Thomas Dutronc pose sa voix chaude sur les musiques qu’il écoutait quand il était enfant.

Lire la suite sous "Avril 2021", car Thomas a complété le disque avec de nouveaux morceaux.

Septembre 2020

Deux disques importants ce mois-ci :

La sortie de Duetti, le 41e album (double) d’Antoine CIOSI. 21 artistes chantent en duo 27 succès de l’artiste

Avec Lea Antona, Jérôme Ferrari, Jean-Luc Geronimi, Arnaud Giacomoni, Doria Ousset, Anghjula Potentini, Diana Saliceti, Jean-Vincent Servetto, Jean-Louis Simonpieri, Francè Zito, Andria Aitelli, Jean-Claude Acquaviva, I Muvrini, Christophe Mondoloni, Feli, Jean-Pierre Marcellesi, Maxime Merlandi, Jean-Charles Papi, Jean-Paul Poletti, Tao-by, Patrick Fiori.

Et sur RCFM :

27/09/2020

À 89 ans, le "monument" de la chanson corse Antoine Ciosi sort son 41e album. Le 13H de Jean-Pierre Pernaut

Lundi 28 septembre : sortie de l'album "Princesse des licornes".

princesse

Le CD "Princesse des licornes" est la musique originale d'un documentaire de Cathy Rocchi intitulé "Pour elle et pour les autres" produit par France 3 Corse Via Stella en 2017 et consacré aux cancers pédiatriques.
Les compositions sont dédiées à une petite princesse prénommée Lelia qui est partie rejoindre les étoiles le 28 juin 2013 à l'âge de 7 ans, emportée par une tumeur cérébrale.
Cette musique, écrite par Jean-Claude Acquaviva, raconte l'enfance, l'insouciance, le rêve, mais aussi la maladie, la douleur, le combat, l'impuissance face à l'inacceptable. Elle dit aussi l'espoir, le refus de la fatalité ; elle est une ode au souvenir et à la vie.
Elle est interprétée par deux jeunes filles, Mathilde et Celestina qui ont hélas eu, chacune à leur manière, à éprouver tout cela ! Mathilde a dû affronter et combattre un cancer en 2015, durant son année de CM1. Celestina, son amie, l'a entourée de son amour durant ce difficile et douloureux parcours.
Ensemble et en musique, elles nous disent de ne pas oublier, de nous battre, de continuer à rêver à un monde meilleur et de nous engager aux côtés des associations qui se révèlent plus que jamais essentielles !

Tous les revenus engendrés par la vente de cet album seront reversés aux associations Inseme - Se rendre sur le continent pour raison médicale et La Marie-Do

Partenaires de l'opération : Collectivité de Corse, France 3 Corse Via Stella, RCFM, Corse-Matin et tout le réseau de magasins où vous trouverez le CD.

Jean-Claude Acquaviva : « un cri d’espoir »

Le 3 octobre 2020

L’album « Princesse des licornes » dédié à Lélia, emportée par une tumeur cérébrale à l’âge de 7 ans, est la musique originale d’un documentaire de Cathy Rocchi intitulé « Pour elle et pour les autres », produit par France 3 Corse Via Stella en 2017 et consacré aux cancers pédiatriques.

Il est en vente partout en Corse au profit des Associations Inseme et La Marie-Do. Son compositeur et interprète, Jean-Claude ACQUAVIVA nous explique pourquoi ce projet lui tenait particulièrement à cœur.

jca

Tous les corses vous connaissent en tant que membre du groupe A Filetta, mais l’album que vous venez de sortir revêt cette fois-ci une dimension plus personnelle. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Il s’agit de la bande-son d’un documentaire réalisé par Cathy Rocchi, mon épouse, consacré aux cancers pédiatriques à travers le parcours douloureux d’une famille d’Ulmetu qui a du accompagner sa petite Lélia durant la maladie. Lélia s’en est allée à l’âge de 7 ans, emportée par un mal incurable...

Vous n’êtes pas le seul interprète de « Princesse des licornes ». Présentez-nous les jeunes filles qui vous accompagnent s’il vous plait.

Figurez vous que Mathilde Mercier, la meilleure amie de Celestina, ma fille, a du combattre elle aussi une tumeur cérébrale il y a cinq ans. Lorsque nous avons décidé d’enregistrer ces chants, il nous a semblé évident qu’elles en seraient, ensemble, les interprètes.

Vos 10 chansons nous font passer par la douleur et l’impuissance, mais aussi par l’insouciance de l’enfance et par l’espoir. Quel message souhaitez-vous que l’on retienne de cet hommage à Lelia ?

C’est d’abord un hommage à Lélia dont le courage et la combattivité ont forcé l’admiration de tous ; Une caresse à ses parents, à son frère Pablo que l’on sait inconsolables.

C’est ensuite un cri d’espoir ; celui de voir reculer le cancer pédiatrique lorsque nos sociétés auront enfin décidé d’accorder tous les moyens à cette lutte féroce contre la maladie. En outre, c’est rappeler que la vie est le plus précieux des biens et qu’il nous faut la magnifier ensemble, main dans la main.

Cet album est disponible dans tous les points de vente et vous avez souhaité que tous les bénéfices soient intégralement reversés aux associations La Marie Do et Inseme. Quelles sont les raisons de cet engagement ?

« Si l’on ne le fait pas pour ça alors, y a t-il des raisons d’espérer encore ? » ; Ce sont les premiers mots du dernier titre du cd. Tous les fonds recueillis doivent aller aux associations Inseme et La Marie Do qui accompagnent, soulagent et aident tous ceux que la maladie accable. Acheter un cd est une dépense modique, mais ce geste multiplié des milliers de fois peut représenter des entrées de fonds non négligeables pour que les associations puissent continuer à jouer ce rôle social indispensable surtout en ces temps de pandémie où l’évènementiel est mis à mal. Plus que jamais nos sociétés ont besoin de cohésion, de solidarité et de rêves communs : « refaire le monde en mieux, en lui ouvrant les yeux »...


L’album « Princesse des licornes » a été réalisé avec le soutien de la Collectivité de Corse, France 3 Corse Via Stella, RCFM et Corse-Matin.

Il est disponible dans tous les points de vente habituels et directement auprès des associations Inseme et La-Marie-Do.

Octobre 2019

Je sais, la périodicité de cette rubrique laisse vraiment à désirer !
Une bonne surprise dans le courrier trouvé à mon retour de Corse : le CD de Patrizia Poli Versuniversu. En tant que contributeur, j'ai pu en effet recevoir le CD 3 semaines avant sa sortie nationale officielle le 8 novembre.

Versuniversu se veut ouverture sur le monde. « U versu, à la fois verbe et poésie, c’est cette identité, qui ne serait rien sans le monde qui nous entoure, dont nous ne sommes pas le centre. »

« C’est la planète terre qui accueille notre culture. »

Cette vision, Patrizia l’a toujours exprimée et défendue. Par ses thèmes et ses rencontres, à travers ses collaborations, et dans les nombreux endroits où elle s’est produite, elle n’a eu de cesse d’ouvrir le plus possible ses yeux et ses oreilles, ses bras et son cœur. Sa voix. Car U versu est mouvement ; il donne la direction. Le sens.

Avec Versuniversu, pour la première fois, elle pose ses mots et ses thèmes universels - l’amour, la mort, le racisme, le monde en guerre, la marche des femmes en Israël, la paix...

1. Duve sò l'ale
Sur une musique de Pascal Arroyo, ce texte de Patrizia Poli s'interroge sur les "sans ailes", tous ceux qui ont perdu leurs ailes.

2. Un abbracciu appassiunatu
Paroles et musiques de Patrizia Poli pour évoquer l'émoi amoureux.

3. Riacquistu
Un texte poétique et dense de Ghjacumu Thiers sur les années du riaquistu.

4. Prigione
Chanson inspirée à Patrizia par le récit d'un ancien prisonnier politique corse d'un repas de Noël à la prison de Fleury Merogis. Les naufragés toujours vivants...

5. Oru rossu
Cette chanson raconte la descente d'un pêcheur de corail vers un autre monde aquatique. L'ivresse des profondeurs...

6. Les hommes
« Je fais peur aux hommes, j’y peux rien - Mais je plais aux hommes, je sais bien - Reste-t-il un homme, j’en sais rien - Il est loin cet homme, qu’il est loin.»
Portrait sans concession pour la gent masculine écrit par Bernard Lavilliers.

7. A mio isula
Sur un texte de Jerôme Camilly adapté par Patrizia, la Corse à travers son histoire mouvementée.

8. Spirala madre perla
Un texte d'Antoine Giacomoni sur la vie, spirale et nacre.

9. Donna surella
Chanson inspirée par la marche des femmes, chrétiennes, musulmanes ou athées en 2015. Elles étaient des milliers vêtues de blanc, à être parties du sud d'Israël jusqu'à Jérusalem pour réclamer la paix.

10. Faits divers/Nove d’oghje
La chanson de Bernard Lavilliers adaptée en corse.

11. Tango chì và
Le langoureux frisson des corps qui dansent.

12. Versuniversu
Un beau chant d'espoir.

13. à u puntu ghjustu
Un court texte de Ghjacumu Thiers mis en musique par Patrizia Poli

Alternant lentes mélopées, rythmiques plus enlevées aux sonorités latines et même quelques accents plus urbains, les titres de ce nouvel album évoquent les émois amoureux (Un Abbracciu Appassiunatu), les combats des Corses à travers l’histoire mouvementée de l’ïle (A mio isula), le langoureux frisson des corps qui dansent (Tango chi và), les naufragés égarés dans la tempête (Prigione) ou encore ces femmes défilant pour la paix (Donna Surella). Deux chansons de Bernard Lavilliers : Les hommes, écrit spécialement pour Patrizia, ainsi qu'une reprise de Faits divers. Ghjacumu Thiers a également participé à ce CD avec Riacquistu, un texte poétique et dense qui parle de l’identité et à u puntu ghjustu.
C'est le bassiste, claviériste et compositeur Pascal Arroyo qui a constitué la solide formation de musiciens qui accompagne Patrizia : Georges Baux (programmations, percussions); Frank Bessard (batterie, percussions); Bruno Bongarçon (guitares); Dominique Fillon (piano, claviers); Hubert Plessis (bandonéon); et enfin Robert Le Gall (arrangement et guitares sur Un abbracciu appassiunatu.
Un grand plaisir de retrouver Patrizia dont les disques se font rares...

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Autre disque du mois, Manushan d'Aïda Nosrat et Babak Amir Mobasher, deux artistes vus aux Rencontres de Calvi cette année, accompagnés par Pablo Cuelho (zarb, tombak), Denis Colin (clarinette basse), Antonio Licusati (contrebasse) et Habib Meftah Bousheri (percussion).
La musique d'Aida (violon et voix) et Babak (guitare) est une synthèse harmonieuse de nombreux genres musicaux : jazz manouche, flamenco, mélodies et poésie persanes. D'ailleurs le disque porte en sous-titre "Musique actuelle persane". Une approche inédite, des arrangements simples et dépouillés sur des créations du couple ou des chants traditionnels. A noter la façon dont Aida Nosrat utilise les modes musicaux ancestraux pour créer une sorte de scat!

Novembre 2018

Pas de grand choc musical depuis le mois d'avril. Mais ce mois-ci, je vous propose, outre le très attendu "Danse mémoire danse" déjà chroniqué ici, deux disques de jazz récents : « Sounds of Mirrors » de Dhafer Youssef et « Summer's gone » du trio de Giovanni Mirabassi.

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Summer's gone (CAM JAzz CAMJ7938)
Enregistré en novembre 2016 près d'Udine.

Giovanni Mirabassi (piano),
Gianluca Renzi (bass),
Lukmil Perez (drums)

01 Requiem for N.F.
Une intro très recueillie avant l'entrée de la batterie et de la basse. Le tempo s'accélère, une pluie de notes cristallines avant le retour au motif initial et une démonstration de batterie de Lukmil. Puis le calme revient...

02 A Dirty Job
Un thème simple, sur lequel Gianluca se met en valeur avant que Giovanni ne fasse swinguer son piano.

03 Le Voyage De Yui
Ça commence doucement avec les timbales puis tout s'accélère... Une étonnante intro de piano et une magnifique partie de basse.

04 Quasi Quasi
En hommage à Kenny Barron, un morceau plus lent, où l'on admire le jeu de balais de Lukmil. Belle intervention de Gianluca également

05 Ausencias
Sur une belle composition d'Astor Piazzolla, un jeu très lyrique de Giovanni.

06 La Mélodie Du Désastre
Un thème au rythme irrégulier magnifiquement soutenu par la batterie et la basse.

07 Impro 1
Une très jolie courte impro au piano solo.

08 Summer’s Gone
Le morceau titre, un chef d'œuvre dans la lignée d'Enrico Pieranunzi.

09 My Corean Heart
Un double hommage à la Corée et à Chick Corea. Le trio dans toute sa splendeur. Ecoutez par exemple la variété du jeu de Lukmil !

10 Impro 2
Une autre courte impro un peu jarrettienne.

11 Nana Nana Nana (777)
Ni une femme, ni une berceuse, il s'agit d'un avion ("Nana" signifie "7" en japonais !) Encore une belle partie de batterie à la fin du morceau.

12 Valentina
En piano solo, une douce mélodie ; petit à petit un rythme de valse s'installe...

Les 56 minutes de ce disque passent vite, trop vite... Des ballades lyriques comme Quasi Quasi au swing redoutable de La Mélodie du Désastre, l’album démontre s'il en était besoin que Giovanni Mirabassi est l’un des grands pianistes du jazz d'aujourd'hui et qu'il a trouvé, avec Gianluca Renzi et Lukmil Perez, deux partenaires hors pair.

Lire aussi la critique parue dans Jazz Magazine.

Sounds of Mirrors

Le vocaliste et oudiste tunisien Dhafer Youssef revient avec une nouvelle équipe pour ce nouvel album Sounds of Mirrors : ici il est entouré de l'excellent clarinettiste turc Hüsnü Selendirici, du célèbre Zakir Hussain aux tablas et du guitariste norvégien Eivind Aarset déjà présent sur Birds Requiem. Entre musique traditionnelle et jazz moderne, Dhafer Youssef poursuit sa trajectoire originale. Après avoir rencontré les musiciens new-yorkais, il revient vers l'Orient. Les tablas de Zakir Hussain, la clarinette de Hüsnü Selendirici et la guitare de Eivind Aarset font naïtre une atmosphère plus planante qu'auparavant en un dialogue qui rappelle celui de Madar entre Jan Garbarek, Anouar Brahem et Shaukat Hussain en 1994. On connaït d'ailleurs le goût de Dhafer pour l'esthétique ECM de cette époque. Moins d'envolées vocales/nasales, à part sur Humankind. C'est la clarinette qui tient (superbement) ce rôle ici.

Janvier/Mars 2018

Sarah Lancman : À contretemps

sarahLancman

1. Don't lose me (S. Lancman)
Un premier morceau sur un tempo rapide, avec un beau solo de Giovanni Mirabassi après le premier couplet.
2. Ça n'a plus d'importance (S. Lancman/G. Mirabassi)
Une mélodie un peu "à la Legrand" de Giovanni Mirabassi .
3. I Want Your Love (S. Lancman)
Un des points forts du disque, la présence de l'étonnant chanteur et trompettiste japonais Toku.
4. On s'est aimé (S. Lancman & F. Lalanne/G. Mirabassi)
Morceau composé à l'origine par Giovanni Mirabassi pour le film "Aucun regret" d'Emmanuel Mouret. Lors d'une émission de Jean-François Zygel, Giovanni joue ce morceau et Francis Lalanne improvise des paroles, reprises et complétées ici par Sarah.
5. Wrong or Right ? / Sarah's Blues (S. Lancman/G. Mirabassi)
Un blues signé Mirabassi, avec Toku au bugle.
6. Love Me Just Your Way (S. Lancman)
Une jolie introduction de piano pour un joli duo avec Toku.
7. Tout Bas (S. Lancman)
Sur un rythme latin, il fallait Lukmil Perez aux percussions...
8. À Contretemps
(S. Lancman)
Encore une magnifique introduction de Giovanni pour ce morceau méancolique.
9. Choro pour les amants éternels (S. Lancman/G. Mirabassi)
En dépit de son éthymologie portugaise ("pleur" ou "lamentation", le choro est au Brésil un style plutôt joyeux. En voici une preuve !
10. Conjugaison amoureuse
(S. Lancman)
Très jolie balade mélancolique de Sarah.
11. On s'est aimé
(S. Lancman - adapt. F. Asano, Toku, T. Ikeda & A. Murokawa/G. Mirabassi)
En bonus, la version japonaise du (4) - On s'est aimé, avec toujours un beau solo de Giovanni au milieu !

Quand les dernières notes se sont tues, on n'a qu'un envie : se repasser le CD !

Deux ans après son album Inspiring Love, Sarah Lancman revient avec son nouvel album A Contretemps. La chanteuse y déploie une voix chaude et légèrement voilée, au registre très ample, sur de magnifiques compositions, accompagnée par une vraie "dream team" : Giovanni Mirabassi, Gianluca Renzi, Gene Jackson et Lukmil Perez sur un morceau. Et un invité spécial, le chanteur et bugliste japonais Toku qui accompagne Sarah Lancman sur trois morceaux.
Un album très personnel, tout en nuances, avec des arrangements très subtils. On retrouve avec plaisir Giovanni Mirabassi en accompagnateur. Un toucher délicat, du contrepoint, de l'ornementation, sans aucun effet. Comme l'écrit André Manoukian, une association pareille ferait fondre les cœurs les plus endurcis…

Septembre/Octobre 2017

Dans cette sélection, quelques disques des invités des dernières Rencontres de Calvi.

Antonio Zambujo : Até pensei que fosse minha

Bâtir tout un programme sur des réinterprétations de Chico Buarque était un exercice risqué. Exercice pleinement réussi par Antonio Zambujo, remarquable de finesse et d’élégance, sachant prendre quand il le faut ses distances avec les versions originales. « Ce répertoire a été choisi en tenant compte des suggestions de Chico qui intervient sur un titre dans l’album », précise Antonio Zambujo. Entouré de Bernardo Couto (guitare portugaise), Ricardo Cruz (contrebasse), Joao Moreira (trompette), José Conde (clarinettes) et du subtil guitariste brésilien Marcello Gonçalves, le chanteur a évité les reprises trop attendues et a pioché essentiellement dans le répertoire amoureux de Buarque.

Compagnie Rassegna : Il sole non si muove

La compagnie Rassegna nous offre, avec sa dernière création « Il Sole non si muove », un doux voyage au XVIème siècle. Entre musique savante et populaire, Rassegna explore un répertoire allant de la Méditerranée à l’Angleterre. Cordes, percussions, voix et flûte kaval... et guitare électrique se marient pour nous faire découvrir des harmonies intemporelles. Quatre cordes et cinq voix pour une rencontre aussi festive que mélancolique, spirituelle et sensuelle, polyphonie ancrée dans l’inconscient collectif.

Les pièces écrites proviennent tantôt d’Italie, tantôt d’Angleterre, du Portugal, d’Arménie. Patrick Boucheron, auteur de la préface de l’album, décrit cette construction musicale comme « intranquille et voyageuse. Elle circule entre les espaces et les genres, se fraye un chemin entre les instruments et les voix. La Méditerranée y frôle la mer du Nord, on y entend de l’arabe des villes andalouses et de l’anglais de la cour élisabéthaine, des poèmes épiques et des chansons d’amour ».

Dario Muci : Rutulì – Barberia et chants du Salento.

Dario Muci est un spécialiste de la musique des salons de barbiers du Salento. Ce disque est le fruit de ses recherches. J'avoue avoir été un peu déçu par rapport à ses magnifiques prestations aux Rencontres en solo ou en duo avec Enza Pagliara. Ce disque est à réserver aux passionnés.

Andy Emler : Running Backwards

Un titre pessimiste évoquant la course à l’envers de l’humanité, pour une musique pleine d'énergie. Beaucoup d’improvisations effervescentes et de liberté dans ces cinquante minutes de musique. Une rythmique énergique (le batteur Eric Echampard et le contrebassiste Claude Tchamitchian), un guitariste très influencé par le rock progressif (Marc Ducret), et Andy Emler, un pianiste nourri aussi bien de Ravel, de rock que de jazz moderne et de musiques nouvelles. Tout cela donne un album très tonique.

Andy Emler : Pause

Andy Emler nous a montré à Calvi ce qu'un musicien inventif peut tirer d'un orgue d'église. "Pause" le montre dans ce même exercice, cette fois sur l'orgue Cavaillé-Coll de l'abbaye de Royaumont, et non pas en solo mais la plupart du temps en duo (orgue/trompette, orgue/saxophone ou orgue/clarinette).

Andy Emler utilise rarement le plein jeu et s’amuse avec ce que l’orgue permet. ! De très beaux échanges notamment avec un excellent Laurent Blondiau (Pulsations nocturnes), Laurent Dehors (Dehors dans les Nuages) ou Guillaume Orti (Ti Pièce en Or). Etonnant

Hifiklub : Infernu

Enfin, un disque proposé en avant-première à la Casa di l'artigiani de Pigna. J'ai été immédiatement séduit par cette musique enregistrée par un groupe que je ne connaissais pas. Pop indie. Hifiklub revendique les influences de Lou Reed, Keith Richards, Ray Davies, le Bonniwell Music Machine...
Les membres permanents de ce groupe basé à Toulon sont Pascal Abbatucci Julien (batterie, percussions), Jean-Loup Faurat (effets, guitare), Régis Laugier (basse acoustique et électrique, choeurs) et Nicolas Morcillo (guitare). Pour ce disque enregistré à l'auditorium de Pigna, le groupe rencontrait Jérôme Casalonga (voix), André Jaume (saxophones ténor et soprano, flute), Alain Johannes (choeurs, sunthétiseur) et Jean-Marc Montera (guitare électique, acoustique douze cordes, cetera). Des morceaux corses traditionnels, d'autres écrits par Jérôme Casalonga.

Chœur de Sartène : Viaghju in pulifunia

Et enfin, un DVD que le Chœur de Sartène a eu l'extrême gentillesse de me faire parvenir. Un voyage entre le Sartenais, Ajaccio, Bavella et Bonifacio, où l'on retrouve chants franciscains, compositions de Jean-Paul Poletti (Credu, Terra mea, Vexilla regis prodeunt) ainsi que L'anniversariu di Minetta et U lamentu di Ghjesù.

zambujo

rassegna
muci emler
muci infernu
sartene  


Juillet/Août 2017

J'ai chroniqué récemment le CD Live in Lumiu de l'Alba. Il existe aussi un DVD du même concert que je recommande aussi chaudement. C'est l'occasion de revoir le regretté Régis Gizavo et de mesurer combien sa contribution était précieuse.

*   *  * 

L'autre disque ("L'Amore innamorato") présenté ici est un coffret comprenant un disque consacré au compositeur vénitien Francesco Cavalli, ainsi qu'un DVD retraçant les 15 ans de l'Arpeggiata. L'ensemble est indispensable.

La cohérence de son, la plénitude interprétative servent admirablement la musique de Cavalli, roi de l’opéra vénitien au XVIIème siècle. Toutes les nuances émotionnelles (abandon, langueur, extase...) sont ici représentées par les deux excellentes chanteuses, Nuria Rial et Hana Blazikova aidées par un instrumentarium raffiné.

Le DVD est un enchantement, on y retrouve Marco Beasley, Lucilla Galeazzi, Philippe Jaroussky, Nuria Rial, Barbara Furtuna, Vincenzo Capezzutto...

lumiu unavia

Mars/Avril 2017

Deux disques corses en ce printemps 2017 : Live in Lumiu du groupe Alba, et Una Via d'I Messageri.

lumiu
unavia

Live in Lumiu nous fait entendre un concert récent de L'Alba, diffusé pour les fêtes de Noël sur Via Stella. On retiendra surtout que le groupe s'est étoffé avec Petru Ghjuvanni Mattei, Antò Chauvy et Sandra Silama sur certains morceaux, et Régis Gizavo et Lionel Giacomini également présents. S'il n'y a pas de nouveaux morceaux, le répertoire joué ici sonne très différemment, avec les échanges entre la clarinette de Ceccè et le sax soprano de Sandra, les notes délicates de l'accordéon de Régis, la guitare électrique du jeune Antò...
Un très beau concert et un très beau disque.

*   *  * 

Una via, c’est le nom du nouvel album du groupe I Messageri. Un opus auto-produit enregistré sur les hauteurs de Bastia, dans une maison entièrement aménagée pour l’occasion en studio d’enregistrement. Ce disque a été co-réalisé avec Rick Allison, auteur-compositeur-réalisateur de Montréal ; les textes, signés de Ghjuvanfrancescu Mattei, Marc Ventura, et Henri Olmeta ont été rédigés en collaboration avec Fabrice et Jean-Michel Andreani.

Cinq ans après Pè fà la campà, on retrouve avec plaisir les frères Andreani. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la proximité avec le son et les arrangements de Barbara Furtuna. Rien d'étonnant puisque Fabrice a intégré le projet du groupe d'Oletta.
Mais on note aussi une nouvelle couleur musicale, de nouveaux auteurs (Marc Ventura, Ghjuvanfrancescu Mattei de l'Alba et Henri Olmeta, de nouveaux musiciens (Nicolas Torracinta à la guitare, et Michè Dominici à la batterie).

Un très beau disque qui prône l'ouverture (Una Via), l'espérance (Lasciami sperà), la liberté (Un'antra storia) et parle d'amour (Hè ora digià), d'une façon à la fois ancrée dans la tradition et très moderne (le mélange de la cetera avec des arrangements modernes est très réussi).

Février 2017

Hasard du calendrier, voici deux disques de musiciens d'origine arménienne.

avakian
dalmatica

Alexis Avakian, fidèle du Calvi Jazz Festival, joue ici, outre du sax ténor, de la guitare et de la flûte. Pour ce nouveau CD intitulé Hi Dream, il a composé onze nouveaux thèmes, entouré de Fabrice Moreau à la batterie, Mauro Gargano à la contrebasse et Ludovic Allainmat au piano ainsi que de Artyom Minasyan au doudouk.
Certains titres de l'album témoignent avec sensibilité de l'héritage arménien (Boulevard des grands pins, Noubar, Lullaby, Adieu mon drôle) du saxophoniste tout en évitant de s'enfermer dans un "jazz ethnique". Il propose au contraire un jazz ouvert sur le monde mais aussi ancré dans le jazz moderne (Chalût Calvi, hommage à René Caumer, Per Gonzi, Glendale, Agnès, Minor Mood).

*   *  * 

Tigran Hamasyan, le jeune pianiste arménien que nous avions découvert aux côtés de Dhafer Youssef, s'associe avec trois musiciens norvégiens (le guitariste Elvind Aarset, le sampler Jan Bang et le trompettiste Arve Henriksen) pour délivrer sur ce double CD Atmospheres une musique à la fois totalement improvisée et mûrement réfléchie où l’imaginaire arménien entre en osmose avec celui des scandinaves. C'est tellement fluide et limpide qu’on a l’impression d’entendre un groupe permanent.

L'album est composé d'une improvisation "Traces" en dix parties et de quelques compositions du musicien arménien Komitas. La tradition arménienne se mêle à des musiques évoquant Jon Hassel et Nils Petter Molvaer. Sur "Traces III", Henriksen fait sonner sa trompette comme un duduk tandis que Tigran Hamasyan explore les modes orientaux.

Les deux CD de l’album sont assez différents. Le premier CD est plus contemplatif, plus sombre; le second CD est plus dynamique.

Certains se laisseront envoûter par cet album, que d'autres trouveront ennuyeux... Il mérite l'écoute en tout cas !

Décembre 2016

cisera

Mon disque du mois est "Ci serà sempre un cantu" de Voce Ventu.

1. Ti vecu la mio bandera (F. Poggi/F. Poggi)
Un titre qui évoque musicalement les groupes chiliens (Quilapayun, Inti Illimani) sur le thème de l'identité et de l'ouverture.
2. O tarra isula matre (U. Ancey/C. Savelli)
Sur une musique de Cédric Savelli, le texte d'Olivier Ancey est un hommage à l'île-mère.
3. È more l'omu (F. Poggi/F. Poggi)
Un texte très fort sur les homicides qui ont endeuillé la Corse.
4. Pesa ti avà (V. Jara - F. Poggi)
Reprise de la "Pregaria al labrador" de Victor Jara chanté par Saveriu Tavera.
5. Basta un suppulu d'amore (A. Fazi/A. Fazi)
Juste un peu d'amour, joliment chanté par Lea Antona.
6. L'aghjalesa (F. Poggi/F. Poggi)
L'hommage de Voce Ventu aux aînés des Chjami Aghjalesi.
7. Trà la leccia è l'olmi (F. Poggi/F. Poggi)
Une illustration des violences que subissent les femmes.
8. È vicinu à u mare
(P. Canon/L. Giacomini)
L'île jaillissant de l'écume, chantée par Lionel Giacomini. Pour moi, l'une des plus belles chansons du disque.
9. Una manera d'esse un omu
(F. Poggi/F. Poggi)
Bel hommage à Natale Luciani, "militant, poète, compositeur, auteur, homme libre".
10. Manifestu
(V. Jara - F. Poggi)
Autre reprise d'un chant de Victor Jara : "Manifesto".
11. Ci sarà sempri un cantu
(A. di Meglio/F. Poggi)
La Corse, refuge.
12. Lettera à Paoli (N. Bonaparte/F. Poggi)
La célèbre lettre de Napoléon Bonaparte à Pascal Paoli, écrite peu après la défaite de Ponte Novu.
13. O Generale
(A. Di Meglio/F. Poggi)

Cì serà sempre un cantu était très attendu. Les deux premiers albums (Rughju di vita et Di culori è di sonnii) datent de quelques années. Le groupe a connu quelques vicissitudes, des départs, de nouveaux membres, et on avait hâte d'entendre le Voce Ventu d'aujourd'hui.

Ce qui frappe d'abord, c'est la constance. On retrouve le groupe là où l'on l'avait laissé ; même sonorité d'ensemble, mêmes influences chiliennes très prégnantes. On retrouve aussi le beau vibrato de Federicu Poggi, un peu l'identité du groupe. Bien sûr, il y a de nouvelles voix : celle, pure et cristalline, de Lea Antona sur Basta un suppulu d'amore ; celle, très particulière, de Liunellu Giacomini (È vicinu à u mare). Et aussi celles de Saveriu Tavera, Dumenicu Casalonga, Ghjuvan'Filippu Martini, Michele Tomei et Ericcu Ressouche.

Un disque à la fois puissant et raffiné, un disque militant aussi jusqu'à la photo qui orne la pochette (une manifestation après les événements de Bastelica-Fesch).
Un bel hommage à Natale Luciani, Una manera d'esse un omu, un hommage aussi à I Chjami aghjalesi (L'aghjalesa), et pour finir deux titres sur la fascination que le jeune Bonaparte éprouvait pour Pasquale Paoli : Lettera à Paoli et O Generale, bande sonore du film "Les exilés".

Les textes sont signés d'Andria Fazi, Olivier Ancey, Pierre Canon ou Alain Di Meglio.

A noter le soin apporté aux orchestrations et aux arrangements.
Les musiciens : Michel Tomei, Bernard Ferrari et Joseph Mambrini, guitares ; Celia Picciocchi, violons ; Tony Fallone, orgue, piano ; Jean Castelli, guitare basse ; Pierrot Michelangeli, percussions.

Novembre 2016

Christina Pluhar : Orfeo Chaman

J'ai raté la diffusion télévisée début septembre de cet opéra de Christina Pluhar et je viens de découvrir le CD, accompagné d'un DVD.
Christina Pluhar s’est fait une spécialité de la fusion des styles et des cultures musicales. Après son incroyable "Music for a while", qui mêlait Purcell et le jazz, la musicienne autrichienne et son ensemble L'Arpeggiata reviennent sur disque avec une relecture baroque du mythe d'Orphée. Cette création sur un livret d’un poète colombien comporte des musiques de Christina Pluhar, compositions originales ou adaptées d’œuvres baroques ou de musiques traditionnelles sud-américaines, siciliennes, catalanes…
Au travers de cet opéra baroque en cinq actes, Christina Pluhar, Rolf et Heidi Abderhalden du MapaTeatro confèrent au mythe d'Orphée une nouvelle dimension. En y confrontant mythologies méditerranéennes et amérindiennes, ils dévoilent la part mystique et symbolique de ce drame poignant, Au cours de son voyage, Orphée apprendra le langage des animaux, parlera aux esprits gardiens des plantes et accomplira de la magie grâce à sa musique. A la fois voyage initiatique et quête spirituelle, c'est l’histoire intemporelle d’un amour impossible.

Je conseille de commencer par le DVD qui montre la représentation à Bogota en 2014. La mise en scène et l'interprétation sont à la fois originaux et sublimes. Un ensemble d’acrobates et de danseurs, partie intégrante du spectacle, donne à l’opéra une ampleur surprenante. Chanteurs habités, acrobates et danseurs au diapason, ce spectacle est un émerveillement dont on a du mal à s'extraire.

Dans le rôle-titre, l'étonnant chanteur-guitariste argentin aveugle Nahuel Pennisi. Les autres solistes sont Luciana Mancini (Euridice), Vincenzo Capezzuto (Nahual) et Emiliano Gonzalez Toro (Aristeo), tous excellents.

Dans cette sélection, voici également quelques disques des invités des dernières Rencontres de Calvi.

aman
dalmatica
glas
ialma

Françoise Atlan : Aman ! Sefarad...

Françoise Atlan et l’ensemble En Chordais nous montrent comment le patrimoine musical des diverses communautés juives de la Méditerranée orientale et des Balkans s’imbrique dans la trame de l’histoire et des chemins d’exil de ces communautés séfarades. Ce disque présente un répertoire spécifiquement inspiré de Salonique et d’Istanbul. On y retrouve les principaux genres du répertoire judéo-espagnol : romances (ballades médiévales), coplas (chants à caractère religieux hébraïques) et kantigas (chants de la vie quotidienne) ou piyyut (poèmes/chants liturgiques).

Dialogos : Dalmatica

Le disque que Katarina Livljanic et l'ensemble Dialogos ont dédié au patrimoine de l'ancienne tradition musicale croate s'intitule Dalmatica, du nom de l'ample tunique utilisée tant par l'église d'Orient que l'église d'Occident. Faisant symboliquement le lien entre les traditions liturgiques byzantine et romaine, cette belle réalisation musicale rassemble six chantres traditionnels de Croatie – l’ensemble Kantaduri –, et les quatre chanteuses de l’ensemble Dialogos de Katarina Livljanić, pour explorer les richesses du répertoire musical liturgique dalmate depuis le Moyen Âge. Une variété surprenante de styles musicaux, de couleurs de timbres et de nuances expressives. Les sonorités, toujours inhabituelles et pleines de surprises, font la part belle aux dissonances, osant parfois même la polymodalité. L'interprétation du Sanctus de Zadar est particulièrement hypnotique et l'invocation de Judas profondément dramatique.

The Glas Vocal Ensemble : Mold

Avec Mold, The Glas Vocal Ensemble (Katrina Petersen, Elisabeth Vik, Marte Schau, Tine Refsgaard, Else Schantz Juutilainen et Maria Kynne) s'est adressé à cinq compositeurs nordiques contemporains pour écrire de nouveaux arrangements de chants traditionnels nordiques. Un retour au chant nordique tout en conservant les qualités expressives du chant bulgare.

Ialma : Camiño – de Bruxelas a Santiago

Avec son 5ème album : Camiño, le groupe Ialma (Verónica Codesal, Magali Menendez, Marisol Palomo et Natalia Codesal) présente une expérience musicale particulière à travers la culture et les traditions galiciennes mixées à la diversité du monde contemporain au travers de la Bruxelles cosmopolite, où les racines se rencontrent, s’échangent, se mélangent, se partagent et, parfois, fusionnent.
Camiño est le choix affirmé de l’ouverture à l’autre ; le chant de femmes d’aujourd’hui

Juin 2016

Le disque du mois : D'Anima de Barbara Furtuna.

A l'instar de nombreux groupes corses de ce début du XXIe siècle, Barbara Furtuna puise son inspiration au plus profond de la tradition insulaire tout en créant une musique actuelle. C'est manifeste à l'écoute du nouvel opus du groupe intitulé D'Anima. Onze titres, dont quatre reprises de morceaux déjà enregistrés par le groupe, deux traditionnels et cinq inédits.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la prise de son. Une prise de son étonnante, avec des voix indépendantes et sans réverbération. Chaque voix est ainsi mise en valeur, avec tous les timbres.
L'autre particularité de ce disque réside dans les arrangements. En effet, hormis le morceau final, "Miseremini mei" chanté a capella, tous les morceaux ont des arrangements musicaux. Il faut rendre hommage à l'excellent travail de Christophe Voisin. L'orchestre agit comme un écrin qui met en valeur le chant sans jamais le trahir.

danima

01.    Quantu volte 
L'une des trois reprises du disque. L'orchestration fait ressortir l'aspect "hymne" de cette belle création.
02.     Lamentu di u castagnu
Version étonnament moderne du traditionnel d'Anton Battista Paoli composé au début du 20ème siècle. Le groupe a rajouté un couplet qui est un message d'espoir.
03.    Incantèsimu 
Reprise du morceau créé sur "Sì vita sì".
04.    Sì vita sì
Reprise du chant titre du précédent album.  
05.    Mare Nostrum 
Création évoquant la Méditerranée et les migrants qui se noient sur ses rives.
06.    Un ghjornu 
"Imaginons un autre lendemain, restons maîtres de notre destin". Sur cette création d'après le poète et maître de chapelle provençal Nicolas Saboly, la voix principale est celle d'André.
07.    D’anima 
Création en forme d'hommage à la terre de Corse.
08.    Maria 
Reprise du morceau écrit par Maxime à la demande de Christina Pluhar pour le Via crucis enregistré en 2010 avec l'Arpeggiata. Nous avons ainsi trois versions très différentes de ce morceau. Celle-ci est la plus paisible. A vous de choisir votre préférée !
09.    Goccia à goccia 
ébut de cette création évoque irrésistiblement Bruno Coulais. Mais ce "goutte à goutte", qui évoque le lent cheminement des idées nouvelles, est bien personnel.
10.    Ti dicerà 
Création qui évoque les émotions primaires qui font apprécier la vie, mais qui sont parasitées par ce qui nous met en situation d’échec. « Fà tace li to pienti. Vedi senza paura, ciò ch'ellu ferma à fà ».
11.    Miseremini mei 
Reprise de la polyphonie franciscaine à laquelle Ghjuvan Paulu Poletti a redonné vie. Cette plainte des âmes du Purgatoire est extraite du Miserere.

Un disque lumineux, dans lequel la gravité (Maria, Mare nostrum) n'exclut pas l'espérance (Ti dicerà, Quantu volte).
Les musiciens : Floriane Bonanni, 1er violon ; Cyril Baleton, Rachel Givelet et Ana Millet, violons ; Jérémy Pasquier et Hélène Desaint, altos ; Renaud Guieu, violoncelle ; Marie-Jeanne Serero, orchestration et direction d'orchestre ; Christophe Voisin, claviers, programmations ; Hervé Brault, guitares ; Robert Le Gall, cetera, mandole, mandoline ; Laurent Vernerey, basse ; Nicolas Montazaud, percussions. Et Fabrice Andreani assurait la direction vocale.

Avril 2016

Le trio Constantinople et Ablaye Cissoko sont de vieilles connaissances. Le griot sénégalais était l'invité des Rencontres de Calvi voici quelques années, et l'ensemble Constantinople, fondé à Montréal en 1998 par Kiya et Ziya Tabassian, n'a pas cessé d’explorer le patrimoine oral des cultures méditerranéennes et les musiques écrites du Moyen-Âge et de la Renaissance, collaborant en outre avec des artistes réputés comme Françoise Atlan, l’ensemble En Chordais, la chanteuse libanaise Ghada Shbeir et les corses de Barbara Furtuna.
Mais la rencontre de ces deux univers n'était pas évidente. La réussite de ce projet n'en est que plus éclatante.

jardins

Tissant un lien entre les traditions orales mandingue et perse médiévales, Ablaye Cissoko et l'ensemble Constantinople font se confronter leurs racines. Leur dialogue sensible entre kora, sétâr, tombak et viola dessine une possible parenté entre l'art des griots de l'empire mandingue et celui des bakhsis (chamanes guérisseurs) persans.

L’union des chants est un des points forts de cette rencontre musicale. Sur certains morceaux, c'est Cissoko qui mène la danse, alors que sur d’autres (Ahouye Vahshi), c’est Kiya Tabassian qui se laisse porter par la kora.

Un magnifique album.

Janvier 2016

Je reviens comme promis sur le CD de Diana Saliceti que je viens de trouver dans ma boîte à lettres.
Première remarque : une belle pochette, avec photos et textes en corse et en français. C'est quand même plus sympa qu'un fichier mp3, non ? Ensuite, par rapport au concert de septembre à Pigna, l'environnement instrumental s'est enrichi, avec Stéphane Albertini et Nicolas Torracinta aux guitares et mandoline, Martial Paoli au piano, Nano Méthivier à l'accordéon, Jean-Marie Gianelli à la basse et Miché Dominici à la batterie et aux percussions plus quelques invités. On l'écoute, ce cd ?

forse

1. U mo paese
Une magnifique chanson d'amour pour commencer : "u mo paese, sì tù".
2. Tesoru meu
Une douce ballade, la déclaration d'amour d'une tante pour sa nièce venant de naître.
3. Citadella
Un morceau aux sonorités un peu rock, sur le thème de l'amour déçu.
4. Sola
Un souvenir d'amour, un parfum trop vite évaporé... Jolie ballade qui finit comme une comptine.
5. In i to ochji
A Lesiuccia, à l'amie qui montre le chemin
6. Caldamoni
La canicule, une maison vide... Diana est rejointe par Paul Miniconi et Antoine Saliceti.
7. È po più
Une rupture. Puis le cœur chante de nouveau...
8. Tarranu
Un des deux morceaux du cd qui ne sont pas des compositions de Diana ; une promenade en Castagniccia.
9. Aiò
En duo avec Petru Santu Guelfucci.
10. Lamentu di Nicoli
Le poignant Lamentu écrit par Ghjacumu Fusina à la mémoire du grand résistant Jean Nicoli, magnifiquement interprété.
11. Paddy
Un bel hommage au peuple irlandais, avec Petru Santu Guelfucci.
12. Forse
Le souvenir du père trop tôt disparu.
13. Libaru
Un morceau très rock pour chanter la fin d'un amour...
14. Gloria
Un petit village caché dans la verdure (Salgetu ?). Ecoutez jusqu'au bout, il y a une belle surprise, je n'en dis pas plus !

En conclusion, un très beau disque. Un univers très personnel, de belles compositions, des arrangemments subtils, et cette voix magnifique de Diana, grave et souple, sachant se faire douce ou violente, toujours juste.

Décembre 2015

En cette fin d'année, les femmes sont à l'honneur. Quatre femmes très différentes pour trois disques dont le point commun est l'excellence.

Gianna et Laura Caronni signent leur troisième album, Navega Mundos. Dédié à la mémoire de leur mère et au grand musicien argentin Juan Carlos Cáceres, disparu en avril dernier, Navega Mundos est sans doute le disque le plus intense livré jusqu’à présent par les jumelles Caronni. Nous avions pu en entendre la primeur lors des Rencontres de Calvi 2015, et leur musique est toujours aussi belle, à la fois mélancolique et gaie En un mot très personnelle sans pour autant renier ses filiations. Une reprise sombre et passionnelle des Doors (Spanish Caravan), une exploration de leurs racines juives (Turchinsky canzonetta), une merveilleuse variation autour de Rilke (La Mélodie des choses), des réminiscences de Cent ans de solitude (Macombo)...

Avec Tenderly, Stacey Kent nous offre comme à son habitude un excellent disque. De la tendresse, de la douceur, un phrasé subtil. Seul petit bémol : peut-être justement est-ce un peu trop lisse ? Et la guitare (excellente au demeurant) de Roberto Menescal peut lasser à la longue. Mais le sax de Jim Tomlinson est getzien en diable, et la voix de Stacey Kent est parfaite.

navega
stacey

Je l'avoue : je n'ai pas encore les disques que je présente maintenant. Mais j''ai récemment vu les deux artistes en concert sur le même répertoire.
Je peux donc conseiller en toute connaissance de cause Forse, le premier album de Diana Saliceti. Nous y reviendrons plus en détail d'ici quelques jours (ayant contribué à sa production par le financement participatif, je devrais le recevoir très bientôt).

Mon quatrième choix est le disque de Tigran Hamasyan, Luys i Luso. La chaîne "Mezzo" a diffusé récemment le concert donné cette année à Coutances, sur le même répertoire, par le pianiste arménien. « Luys i Luso » (Lumière de la Lumière) a été enregistré à Erevan en octobre 2014 et paraît en cette année qui commémore les cent ans du génocide arménien de 1915. Tigran Hamasyan s’engage ici dans une exploration de la musique religieuse arménienne. Il a sélectionné des hymnes et sharakans (chants liturgiques de l’Arménie) ainsi que des chants écrits entre le Vème et le XIXème siècle.
Une musique inclassable, assurément très éloignée du jazz, même si les improvisations et le phrasé de Tigran s'inscrivent dans cette lignée. Un dialogue passionnant entre le choeur et le piano, sans que jamais l'un n'accompagne l'autre. Un album surprenant, transcendant les genres, parfois intense et vigoureux, parfois mélancolique et grave.

forse
luys

Novembre 2015 :

Tous deux natifs de la région des Marches, Daniele di Bonaventura et Giovanni Ceccarelli se sont rencontrés... à Paris ! De cette rencontre est né ce joli disque, Mare calmo enregistré en novembre 2013 dans les conditions d'un concert. Et en plus du CD, la pochette contient aussi un DVD avec une interview passionnante des deux musiciens et quatre morceaux en concert.
A l'origine du projet, le souhait partagé d'un duo inédit bandonéon/piano. Rappelons que Daniele est pianiste de formation. Les deux musiciens ont d'autres points communs : ils sont aussi d'excellents compositeurs et aiment particulièrement les petites formations qui permettent d'exprimer les nuances les plus subtiles et d'utiliser l'espace et les silences. Le dialogue joue de toutes leurs possibilités expressives en un équilbre subtil entre écriture et improvisation. Au-delà d'un duo, c'est parfois presque une polyphonie à quatre voix que nous offrent les deux musiciens tant leurs mains sont indépendantes.
Un très beau disque donc, aux climats variés, du contemplatif (Mare Calmo, In Trasparenza) au dansant (Namibia, Tarentella ), et toujours passionnant.
Mes morceaux préférés : Mare Calmo, composé par Giovanni et présenté en deux versions, l'une en duo, l'autre en bandonéon solo ; la composition de Daniele Tarentella d'Autunno, que ceux qui connaissent "Danse mémoire danse" reconnaîtront aisément ; et aussi La Regina delle Api, également composé par Daniele.

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part


Second disque de ma sélection : Tabula Rasa d'Arvo Pärt dans sa version ECM de 1977. Ce n'est pas un disque récent, mais je le considère comme l'un des joyaux de ma discothèque. Une musique qui est loin d'être gaie, mais une musique pure, simple, émouvante et apaisante.
Le CD commence par Fratres, dans une version pour violon et piano. Ici ce sont Gidon Kremer et Keith Jarrett, tous deux excellents. Ce morceau est composé dans le style tintinnabuli créé par Arvo Pärt, Signifiant littéralement clochettes, il peut se décrire en une diaphonie où deux voix se joignent pour former quelque chose d'indissociable. A la première écoute, Fratres peut sembler répétitif et ennuyeux. Puis petit à petit on est envoûté et imprégné par cette musique. Fratres est structuré en neuf itérations mélodiques successives précédées d'un motif percussif sur un bourdon. La voix principale joue un accord parfait mineur. Le motif mélodique (une phrase à trois mesures et son inversion, donc six mesures en tout) ne change pas. Il est réitéré à neuf reprises en transposant modalement d'une tierce mineure à chaque itération par rapport à la précédente. Le motif rythmique d'ouverture est entendu entre chacune des neuf itérations mélodiques. La répétition de ce motif et la permanence du bourdon jouent un rôle essentiel.

Puis vient Cantus in memory of Benjamin Britten. Le morceau débute par la cloche seule, qui joue inlassablement le même motif : trois notes suivies de trois mesures de silence. La mélodie débute par un la aigu, puis descend la gamme ; une note s'ajoute à chaque fois au fragment précédent : la, la-sol, la-sol-fa, la-sol-fa-mi...
Le morceau se termine par un accord mineur, chaque pupitre se stabilisant progressivement. Le Cantus est construit comme un canon à cinq entrées, chaque entrée voyant ses valeurs doubler et jouée une octave en dessous de la précédente.

Le troisième morceau du Cd est une version différente de Fratres : pour 12 violoncelles. Personnellement, j'ai une nette préférence pour la version dépouillée pour piano et violon.

Enfin, Tabula rasa. Œuvre majeure dans le répertoire d'Arvo Pärt, Tabula Rasa est une pièce pour deux violons, piano préparé et orchestre à cordes. Divisée en trois parties indépendantes, l'oeuvre commence par le mouvement Ludus dont le thème principal répété à l'infini s'enroule sur lui-même par vagues successives de plus en plus complexes. Le deuxième mouvement Silentium consiste en une introduction menaçante des violons suivie d'une montée à l'atmosphère chargée, appuyée par une note de piano à chaque relance. Ce passage d'une grande beauté formelle prépare un troisième mouvement anxiogène marqué par les contrastes entre les interventions de l'orchestre et les phases de silence.
Après cette découverte de l'univers musical d'Arvo Pärt, je suis sûr que vous voudrez écouter ses autres œuvres !

Le mois prochain : Diana Saliceti, Stacey Kent, Las Hermanas Caronni... et d'autres encore !

Octobre 2015 :

L’album « Corsu – Mezu Mezu » étant en tête des ventes depuis plusieurs semaines, je me devais de le chroniquer ici. Réunis à l'initiative de Patrick Fiori, trente artistes, continentaux et corses mêlés pour seize duos franco-corses, avec quelques contraintes : aucun des artistes corses ne devait reprendre une chanson de son propre répertoire. On a ainsi Amareni, d'I Muvrini, qu’Enrico Macias reprend avec Jean Menconi, l’emblématique Corsica, de Petru Guelfucci, que Fiori interprète avec Patrick Bruel, ou encore Furtunatu par Petru Guelfucci et Francis Cabrel… A Filetta chante le Sintineddi de Canta u Populu Corsu avec Grand Corps Malade ! Et il y a aussi Antoine Ciosi en narrateur. On pourra chipoter sur telle interprétation, tel arrangement, mais globalement le projet est réussi.

– Patrick Fiori & Patrick Bruel : « Corsica »
– Petru Santu Guelfucci & Maxime Le Forestier : « Versu tè »
– Christophe Mondoloni & Benabar : « Le Prisonnier »
– Jean-Charles Papi & Chico & les Gypsies : « Moru biancu è blù »
– Laurent Bruschini & Jenifer : « Ricordu »
– Petru Guelfucci & Francis Cabrel : « Furtunatu »
– A Filetta & Grand corps malade : « Sintineddi »
– Chjami Aghjalesi & Patrick Fiori : « Ci hè dinù »
– Francine Massiani et Louis Bertignac : « Solenzara »
– Jean-Pierre Marcellesi & Claire Keim : « Ti tengu cara »
– Jean Menconi & Enrico Macias : « Amareni »
– Maï Pesce & Maurane : « A l’altru mondu »
– Surghjenti & Michel Fugain : « Sinfunia nustrale »
– Antoine Ciosi & Patrick Fiori : « Ô Corse, île d’amour »
– Arapà & Anne Etchegoyen : « Quand je reviens ici »
– Isulatine & Le choeur de la corse & Ziteddi in Cantu : « Diu vi salvi Regina

Deuxième CD de la sélection : "Vers des Docks et des Quais", le disque d'une des découvertes des dernières Rencontres de Calvi : le groupe marseillais Radio Babel.

Dans ce premier album, les cinq musiciens ont mis à l’honneur les textes de Louis Brauquier, poète marseillais, marin au long cours, mais ils se sont aussi inspirés des poètes de la rue rendant hommage à la diversité du port marseillais. Par les timbres variés des voix et le groove du beat-box, les cinq hommes de Babel créent une variété de rythmes, de sons et d’ambiances, et nous mènent d’un pays à l’autre, d’une langue à l'autre : espagnol, arabe, occitan, swahili, bambara, français.

Radio Babel Marseille chante le monde depuis la Joliette, le regard toujours tourné vers l’ailleurs.

mezu
docks

Autres disques dignes d'intérêt : Eterne stelle de Francine Massiani (desservi à mon avis par les arrangements), L'intimu culore d'Anna Rocchi, Luys i Luso de Tigran Hamasyan et Mare Calmo de Daniele di Bonaventura.

Août 2015 :

Bien entendu, c'est "Castelli", le nouveau CD d'A Filetta, qui est à l'honneur de cette rubrique ce mois-ci. Mes commentaires sur la page consacrée à la discographie du groupe.

Je continue l'exploration de ma discothèque jazz en vous proposant ce mois-ci « A Love Supreme » de John Coltrane.
Il y a cinquante ans, en février 1965, sortait un des albums les plus importants de l'histoire du jazz. Une composition de 33 minutes divisée en quatre mouvements (Acknoledgement, Resolution, Pursuance et Psalm), enregistrée en une seule séance le 9 décembre 1964 et qui ne sera rejouée qu'une seulle fois en concert, en juillet 1965 à Antibes.
Le quartet mythique de Coltrane (avec McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie et Jimmy Garrison à la contrebasse), alors en pleine maturité, était sur le chemin d'une inéluctable séparation.

Ce disque marque le tournant spirituel de Coltrane. A cette époque il composera diverses pièces influencées par la religion : " The Father and the Son and the Holy Ghost", "Dear Lord", "Meditations", "Om"... Au verso de la pochette de « Meditations » il est écrit : « Je crois dans toutes les religions »... D'origine chrétienne, Coltrane s'intéresse aussi au bouddhisme et à l'islam.
Les quatre sections de A Love Supreme suggèrent un pélerinage en quatre étapes. Tout d’abord le pèlerin reconnaît le divin (Acknowledgement), puis, résolu à l’accomplir (Resolution), il poursuit sa quête (Pursuance), pour finalement la célébrer par son chant (Psalm).
Acknowledgement joue le rôle d’un prélude. Il débute par un coup de gong (allusion au bouddhisme ?) suivi d'une très courte intro au saxophone. Puis Garrison avec quatre notes à la contrebasse introduit le motif : chaque son cadence le titre "A Love Supreme". Ce riff est suivi par le piano de Tyner. À la fin du titre Coltrane reprendra l'air comme un leitmotiv et alignera ces mesures trente-sept fois de suite en alternant graves et aigus, puis dix-neuf fois en chantant "A Love Supreme". Le morceau se termine avec un solo de basse qui se prolonge sur le début de Resolution.
La tension augmente progressivement dans le deuxième morceau, Resolution, le mouvement le plus "classique" des quatre, avec un solo de Mc Coy Tyner qui deviendra un modèle pour de nombreux pianistes.
La tension augmente encore dans Pursuance, partie la plus rapide, avec en ouverture un solo de batterie d'Elvin Jones.
La quatrième partie, Psalm, enchaînée avec la troisième, débute par un long solo de contrebasse de Jimmy Garrison, puis c'est une narration musicale du poème écrit par Coltrane et qui figure dans les liner notes. C'est une véritable récitation au saxophone des mots du poème, dans une technique d’intonation proche de celle des preachers noirs américains. Coltrane l'avait indiqué dans les liner notes : "La dernière partie constitue la narration musicale du thème "A Love Supreme" qui est écrit dans le contexte". Mais curieusement cette indication est restée ignorée des commentateurs jusqu'à ce que Lewis Porter le révèle. Le chant est divisé en plusieurs tons de récitation qui montent progressivement. Il est remarquable que le jeu de saxophone exprime la signification des mots du poème : sérénité sur "beautiful", ferveur sur "He always will be". Chaque paragraphe correspond à une forme "en arche" - une phrase ascendante, une récitation recto tono, une phrase descendante. Coltrane poursuit son solo jusqu’au Amen final. À la fin de Psalm intervient un deuxième saxophoniste (alto ?): ce serait Coltrane luii-même en re-recording. De même Garrison avec un archet sur la contrebasse et Jones à la batterie se rajoutent en overdub sur l'enregistrement initial créant ainsi un septet virtuel.

Coltrane savait-il qu'il n'avait plus que trois ans à vivre ? On ressent en tout cas dans ce disque une urgence, une intensité incroyables, proches de la transe, mais aussi une grande sérénité. Les trois autres musiciens sont au même niveau. Le quartet est ici à son sommet.
Le motif de quatre notes restera gravé dans la mémoire des mélomanes, de même que le titre répété comme un mantra : «A Love Supreme. A Love Supreme. A Love Supreme...»

castelli
a love supreme

Avril 2015 :

La périodicité de cette rubrique laisse un peu à désirer, mais pour me faire pardonner je vous propose SIX disques ce mois-ci !

Tout d'abord, les deux disques de jazz qui ne quittent plus ma platine : "In maggiore" de Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura et "No Way Out" de Giovanni Mirabassi. Nos amis italiens sont en forme !

Une rencontre magique : In Maggiore est fascinant depuis l'intrigant Da Capo Cadenza jusqu'au morceau final In maggiore, en passant par un merveilleux O que sera devenant sur la fin El pueblo unido jamas sera vencido nous rappelant nos jeunes années, un extrait de La Bohème, et bien d'autres choses. Pas assez à notre goût, évidemment (voir le détail sur la page dédiée à Paolo)

On connaissait bien le trio de Giovanni Mirabassi, vu souvent en concert au Sunside, et la perspective d'un quatrième musicien faisant irruption dans ce beau triangle nous inquiétait un peu... Mais loin d'être un intrus, le vibraphoniste Stefon Harris crée dans ce No Way Out un équilibre nouveau, évoquant parfois le quartet de Bobby Hutcherson avec Herbie Hancock, Bob Cranshaw et Joe Chambers. L'entente entre le pianiste et le vibraphoniste est miraculeuse, et Gianluca Renzi et Lukmil Perez assurent un accompagnement parfait. Ajoutons que la prise de son est excellente, et l'on a un disque qui fera date !
D'autres critiques sur la page Jazz.

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Deux disques que je ne me suis pas encore procurés mais dont on me dit le plus grand bien : Sirventes du trio Manu Théron / Youssef Hbeisch / Grégory Dargent, et Wasla de Tarek Abdallah.

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Enfin deux autres disques méditerranéens, en attendant les nouveaux disques d'I Surghjenti et d'I Muvrini : Canti Corsi de Battista Acquaviva tout d'abord, réédition d'un disque enregistré en 2012. Battista y chante entre autres le Dio vi Salvi Regina et U Lamentu à Ghjesù, accompagnée par Ceccè et Maì Pesce et de Jean-Marc Bertrand. Elle retrouve son père Nando pour un duo sur Tota pulchra. Et d'autres titres comme Culomba, Sott´à lu ponte, O Ciucciarella...
Enfin, Meridiani #1 - Abbacà si de l'ensemble Adjam. Un voyage sonore du quartier Usküdar d’Istanbul jusqu’aux montagnes de l’Atlas, en passant par les rivages du Valincu et la Gaddhura..

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Décembre 2014 :

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alba

C'est bientôt Noël, et justement Bonsai Music sort un CD du Paolo Fresu Quintet consacré aux chants de Noël : "Jazzy Christmas".

1. White Christmas
La fameuse composition d'Irving Berlin.

2. I’ll Be Home For Christmas
Un mélancolique chant de Noël américain composé en 1943 par Buck Ram, Kim Gannon et Walter Kent, enregistré la même année par Bing Crosby.

3. In Sa Notte Profundha
Un chant de Noël sarde destiné aux enfants écrit par Agostino Sanna et Babbai Pedru Casu de Berchidda.

4. Joy To The World
Composé en 1719 par Isaac Watts. La mélodie est basée sur celle du Messie de Haendel.

5. Have Yourself A Merry Little Christmas
Chanson popularisée par Judy Garland puis par Frank Sinatra.

6. The Christmas Song
Une composition de Mel Tormé et Bob Wells. Le morceau est également connu sous le nom de Chestnuts Roasting on an Open Fire.

7. Notte De Chelu
Un autre chant écrit à quatre mains par Agostino Sanna et Pietro Casu.

8. Till Bethlehem
Un traditionnel norvégien nostalgique et peu connu.

9. O Little Town Of Bethlehem
Traditionnel chant de Noël composé par Phillips Brooks et Lewis Redner.

10. Naschid’Est In Sa Capanna
Probablement l'une des compositions les plus réussies d'Agostino Sanna et Pietro Casu.

11. Adeste Fideles
Un morceau en trio : bandonéon, trompette avec sourdine et sax soprano.

Autre idée de cadeau : le CD tout récent du groupe Alba, "A Parulluccia". Enregistré à Piedigriggio, ce nouveau disque accueille quelques invités, tels que Jean-Paul Colombani, Régis Gizavo, Lionel Giacomoni, Victoria Ruiz y Lopez...

1. Orizonte Rossu
L'accordéon introduit le morceau, bientôt rejoint par la basse d'Èric. Un joli morceau mélancolique.
2. Sempre Caru
Déjà depuis quelque temps au répertoire du groupe, Sempre Caru, chanté par Ghjuvanfrancescu, bénéficie ici de l'accordéon de Régis Gizavo et de la guitare de Jean-Paul Colombani.
3. A Parulluccia
Je vous laisse deviner le petit mot...
4. Tandu Quì
Paroles de Ghjuvanfedericcu Terrazzoni, musique de Lionel Giacomini. Je suppose que c'est lui qui chante ce joli morceau.
5. Paghjella
Le groupe commence et clôt ses concerts par une paghjella; sur le disque elle est au milieu !
6. Dolce Senu
L'introduction de ce morceau rappelle un peu Sempre Caru ; les paroles sont un peu plus érotiques !
7. Sappia Fratellu
Très beau chant sur le thème du deuil et de l'amitié.
8. Spunnati Scaluni
Morceau composé par Enza Pagliara, invitée sur ce morceau.
9. Lampidusa
Composition de Lefteris Kambourakis, paroles corses du groupe Alba. Très beau morceau aux sonorités des Balkans.
10. Sti buchji di notti
Paroles d'Alanu Di Meglio

Septembre 2014 :

Ce mois-ci mes disques du mois sont les CD rapportés dans mes valises. Tout d'abord deux disques achetés chez les quelques disquaires de Corse ayant survécu : le 2e CD de Spartimu , intitulé "Mens divinior", et "Pè Fà la Campà" de I Messageri.

Mens divinior présente 15 polyphonies. Les cinq premières (Introitu, Paghjella, Kyrie, O salutaris hostia et Agnus Dei) sont le reflet de l'activité du groupe au sein du Conservatoire de Corse Henri Tomasi, et ont en quelque sorte une vocation "pédagogique". Vu la qualité de l'interprétation (notamment un Agnus Dei magnifique), on se dit que le chant corse a un bel avenir ! On trouve aussi sur le disque des exemples de « versi » moins pratiqué́s comme ceux du Nebbiu (Stabat mater, Suda sangue, Alleluia), de Tagliu (Sanctus) ou de Sartè (Dies irae), un chant sarde bien connu (Brunetta) et enfin trois chants géorgiens et un chant chilien.

J'avais entendu dire le plus grand bien de "Pè Fà la Campà" sorti en 2011, mais je n'avais pas encore pu me le procurer. C'est maintenant chose faite, et je confirme tout le bien qu'il faut penser de ce disque. Composé de 14 titres, cet album qui succède à "A mio lettera" montre la maturité musicale acquise par Fabrice et Jean-Michel Andreani, tant au niveau des textes que des arrangements musicaux. Hormis une adaptation du "Répondez-moi" de Francis Cabrel, toutes les compositions sont de Fabrice et les textes de Marc Ventura pour la plupart, excepté le magnifique È s'ell'ùn c'era lindumane dû à la plume d'Henri Olmeta et S'è vo sentite adapté de Francis Cabrel. Un savant mélange de musique traditionnelle et moderne avec l'utilisation d'instruments à cordes et de percussions accompagnant des interventions de cetera. pour un disque remarquable.

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Et voici deux CD de participants aux Rencontres de Calvi : "Chants d'amour et d'ivresse" d'Abed Azrié, et "Bona Crianza" d'Enza Pagliara. L'album Chants d'amour et d'ivresse se compose de deux CD, captations de deux concerts donnés à Radio France, l'un en 2000, l'autre en 2002. On retrouve le répertoire donné à Calvi, avec Omar Khayyam, Qays, Ibn Arabi, Al-Hallaj, Rabiah Al-Adawiyyah, l'Evangile de Jean et l'épopée de Gilgamesh.

Bona crianza est le troisième disque d'Enza. Entre nouvelles interprétaions de chants traditionnels et compositions inspirées des styles traditionnels du Salento, l'album mêle avec bonheur pizziche et ballades populaires, sur un instrumentarium original : accordéon, mandole, trompette, tuba, violoncelle et percussion. Le tout sublimé par le chant expressif, plein de passion et d'intimité d'Enza.

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Un oubli réparé :

J'avais omis de signaler ici ces deux magnifiques disques découverts pendant l'été : les deux volumes «Orient Occident», proposés par Jordi Savall et l'ensemble Hesperion XXI.

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Le premier volume, « Orient - Occident », paru en 2006, marque un tournant dans la discographie de Jordi Savall puisque pour la première fois le maître catalan décidait d'explorer un répertoire extra-européen dans un projet de musique pour la paix. En compagnie de l'oudiste Driss El Maloumi et du percussionniste Pedro Estevan, il unit Orient et Occident de 1200 à 1700, faisant ressurgir ces musiques instrumentales venues d'Espagne, d'Italie, d'Algérie ou d'Afghanistan. Il illustre ainsi la façon dont sont étroitement liées la culture et la musique de la Méditerranée, en dépit de la division de ses peuples et de ses religions. Cette œuvre musicale est un véritable message de paix, d’espoir et d’humanisme.

Le premier CD était motivé par le conflit en Afghanistan ; le second « Orient - Occident II : hommage à la Syrie » l'est par un autre conflit, celui de la Syrie. Fresque musicale d'un lumineux raffinement, cet enregistrement réunit l'Ensemble Hyperion XXI et de très nombreux musiciens traditionnels syriens (dont la magnifique chanteuse Waed Bouhassoun), libanais, marocains (l'oudiste Driss El-Maloumi), joueurs de flûtes, de ney, de santur et de multiples percussions. Jordi Savall nous propose un nouveau voyage sonore à travers les chants, les danses et la poésie du vaste continent moyen-oriental, et particulièrement de la Syrie.
Mais - et il convient de féliciter l’éditeur Alia Vox - ce disque, comme le précédent, est aussi un livre richement illustré, qui permet de mieux comprendre la richesse de la civilisation syrienne. Des millénaires d’histoire et de culture qui se sont développés le long des rives de l’Euphrate, vaste territoire au carrefour des civilisations hellénistiques, romaines, byzantines et arabes, enjeu de multiples conflits. Et ainsi de mieux comprendre la tragédie qui se joue aujourd’hui.

L’écrivain Amin Maalouf l’affirme : « Pour redonner à notre humanité déboussolée quelques signes d’espoir, il faut aller bien au-delà d’un dialogue des cultures et des croyances, vers un dialogue des âmes. Telle est, en ce début de XXIe siècle, la mission irremplaçable de l’art. » et aussi : « la diversité n'est pas forcément un prélude à l'adversité ; nos cultures ne sont pas entourées de cloisons étanches ; notre monde n'est pas condamné à des déchirements sans fin ; il peut encore être sauvé... N'est-ce pas là, d'ailleurs, depuis le commencement de l'aventure humaine, la raison première de l'art ? »

Pour Jordi Savall, « la musique est l’un des moyens d’expression et de communication les plus universels ». Elle passe les frontières mieux que toute autre forme d'art, transcende les mots et les images. Ces deux disques sont un appel à l’écoute et à la compréhension.

Mai 2014 :

Deux disques de jazz ce mois-ci : les dernières productions du quintet de Paolo Fresu et de Stacey Kent.

Le quintet de Paolo Fresu fête ses trente ans sans avoir pris une ride, c'est ce qu'on se dit à l'écoute de ce nouvel album. 13 compositions originales, comme le superbe Chiaro de Paolo qui ouvre le disque, des climats très variés, rappelant tantôt le hard bop des années 60 (Chiaro, justement), le second quintet de Miles, les rythmes africains, et même le rock (Go Go B), sans oublier l'opéra (When I Am Laid in Earth d'après Purcell). Un magnifique album.

Stacey Kent
avait déjà exploré le répertoire brésilien. Sur The Lyric (2005) publié par son mari Jim Tomlinson, elle chante, en anglais, Corcovado, qui figurait sur l'album Getz-Gilberto. Puis sur Breakfast on the Morning Tram, Samba Saravah, dans la version de Pierre Barouh. Et sur Raconte-moi (2010), elle interprète Les Eaux de mars, adaptation par Georges Moustaki du célèbre Aguas de Março d'Antonio Carlos Jobim. Sur ce nouveau disque, elle revisite d'autres standards de Jobim (This Happy Madness, How intensitive, One note samba...). Et elle ose même chanter en portugais (langue qu'elle maîtrise aussi bien que le français) O Barquinho, O Bebado, Mais Uma Vez et A Tarde. Un disque exquis, tout en subtilité et en sensualité. Stacey chante avec une extrême justesse, se jouant des pièges de la "légèreté" du répertoire. Aérienne mais aussi profonde, douce sans tomber dans la guimauve... Quand charme et intelligence se rejoignent...

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Decembre 2013 :


Beaucoup de parutions en cette fin d'année et le choix est difficile. Ma sélection comprend un disque corse et trois disques de jazz.

Le disque très attendu d'U Fiatu Muntese tout d'abord. Caminu est magnifique, depuis l'hommage à Nelson Mandela qui ouvre le disque à A l'ultimi ponti, en passant par des joyaux tels que U Lamentu d'Antuninu ou Cristu. Espérons ne pas attendre encore 9 ans pour le prochain disque !

Trios
de Carla Bley, ensuite. On sait la vénération que je porte à la pianiste et compositrice américaine. Ce Trios, composé de morceaux déjà connus dans d'autres contextes, est comme l'épure du travail de Carla en grand orchestre. Un disque tout en finesse, en délicatesse même, qui commence par Útviklingssang, ce thème si prenant, harmonisé subtilement à partir de l'arrangement de la version de 1981. Andy Sheppard y est magnifique, jouant sur les harmoniques. On retrouve Vashkar, Les Trois Lagons, Wildlife et enfin The Girl who cried champagne.

Je n'en dis pas plus sur Birds Requiem de Dhafer Youssef, abondamment présenté en page Invités, c'est encore un disque admirable du chanteur et oudiste tunisien.

Et enfin Concerts, la réédition intégrale des concerts donnés en 1981 à Münich et Bregenz par Keith Jarrett alors au sommet de son art du solo. Après Bremen/Lausanne, The Köln Concert et les Sun Bear Concerts, Keith Jarrett portait ici à un point culminant son esthétique si particulière, en une musique extraordinaire de complexité et d'ouverture. Réunissant deux concerts improvisés, ce coffret de trois disques peut-être considéré comme le sommet de la première période de musique solo de Jarrett :
« Les concerts de Bregenz/Munich sont à ce jours les plus brillantes prestations live en solo que Jarrett nous ait livré sur disque ; son niveau d'inspiration est proprement extraordinaire et la musique couvre un éventail de style et d'émotion plus large que jamais. Il prend, tout du long, des risques fabuleux, repoussant toujours plus loin les limites expressives de son instrument » (Ian Carr).

A retenir également : In Bastia d'Antoine Ciosi, Allora va bè d'I Mantini, In Cuncertu d'A Cumpagnia, I Vascelli de Stéphane Casalta, 25 anni cù i mei de Felì.

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Eté 2013

Tout d'abord, " Puzzle", qui nous fait attendre avec impatience le nouveau répertoire issu de la rencontre entre A Filetta et Fadia Tomb-El-Hage. Ce premier aperçu est une splendeur, nous l'avons déjà évoqué lors de la sortie du disque. "Sì Vita Sì", ensuite, le nouvel opus de Barbara Furtuna, a beaucoup de qualités. Un nouveau positionnement plus "chanson", moins traditionnel, et toujours des voix sublimes. " Paci" de Svegliu d'Isula est également un très bon disque.

Côté jazz maintenant, ECM frappe fort, avec un nouveau Keith Jarrett, "Somewhere", à mon avis le meilleur du trio de ces dernières années ; Marc Johnson et Eliane Elias nous offrent un très beau "Swept Away", où l'on retrouve également Joe Lovano, magnifique, de même que Joey Baron dont l'entente est parfaite avec le bassiste. Marc Johnson termine en solo sur Shenandoah, souvenir du Midwest de son enfance. Enfin, Steve Swallow publie un excellent "Into the Woodwork". Le bassiste américain a enregistré cet album avec Carla Bley, cette fois à l'orgue et non au piano, avec le saxophoniste Chris Cheek et le guitariste Steve Cardenas qui ont souvent croisé sa route dans d'autres groupes mais aussi avec un nouveau venu dans l'univers de Swallow, le batteur Jorge Rossy. Avec cette petite formation, le bassiste et compositeur a pu disposer d'une grande variété sonore pour enrichir les 12 nouveaux thèmes qu'il a écrits pour l'album.

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Mars/Avril 2013 :

Un seul disque proposé pour cette fois, Mediterraneo de Christina Pluhar et l'Arpeggiata. Après l'Amérique Latine, le bassin méditerranéen. Une belle réussite servie encore une fois par des voix fabuleuses : la célèbre chanteuse de fado Mìsia, la soprano catalane Nuria Rial, l'étonnant chanteur napolitain Vincenzo Capezzuto et sa voix androgyne, Raquel Andueza, Katerina Papadopoulou... Point de départ de ce programme : les chants greci-salentini, tarentelles chantées en grec issues du Salento (le talon de la botte italienne). Ce fascinant mélange gréco-italien a conduit Christina Pluhar à parcourir tout l'espace méditerranéen, du Portugal à la Turquie, aux abords des côtes espagnoles, catalanes, grecques et italiennes.

Les instruments de la tradition méditerranéenne (qanun, saz, lyra et lavta grecques, guitare portugaise) rencontrent ici les cordes baroques de l'Arpeggiata.

Le superbe livre-disque contient également un DVD bonus de 5 titres d'une durée de 25 minutes (en édition limitée).

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Février 2013 :

Deux sorties récentes et deux disques à redécouvrir :

Desertico du Paolo Fresu Devil Quartet tout d'abord. Un album électrique mais lyrique. Un surprenant Satisfaction ouvre le disque, où l'on trouve aussi un beau Blame It On My Youth. Tout au long du disque on apprécie l'extrême sophistication du jeu de Paolo et la parfaite complémentarité du quartet au sein duquel la guitare de Bebo Ferra suscitera peut-être des débats. Au total un beau disque, une musique à la fois énergique et élégante. Mon morceau préféré; le Medley final Ninna Nanna per Andrea/Inno Alla Vita.

Mon second choix est Live in Europe 1969 du "Lost Band", le quintet éphémère de Miles Davis avec Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland et Jack DeJohnette ! Trois CD avec deux concerts enregistrés les 25 et 26 juillet 1969 au Festival Mondial du Jazz d'Antibes, un concert enregistré le 5 novembre au Newport Jazz Festival In Europe de Stockholm, et un DVD filmé le 7 novembre 1969 à la Berliner Jazztage de Berlin. On n'est pas en présence ici d'un chef d'œuvre, mais plutôt d'une musique en train de se faire. Ce qui est passionnant justement, c'est de découvrir la genèse de Bitches Brew. On suit ces cinq artistes géniaux constamment à l'écoute les uns des autres, à la recherche de cette nouvelle dimension que recherchait tant Miles. A un tel niveau, il y a quelques scories mais de nombreuses pépites.

« It's again, and again, and again... » - première et dernière phrase d'Escalator Over The Hill, troisième disque de ma sélection. Un opéra - une chronotransduction, selon l'auteur - composé par Carla Bley sur un livret du poète Paul Haines, qui allait demander trois années de travail (1968-1971), aboutissement d'un processus de création musicale unique en son genre. Centré sur la rencontre entre l'Orient et l'Occident, Escalator... est un patchwork monumental, un télescopage inédit entre l'univers du free jazz new-yorkais, magnifiquement incarné par l'Argentin Gato Barbieri (fabuleux dans Hotel ouverture, le premier morceau de l'album) et par Don Cherry (extraordinaire dans Rawalpindi blues, à l'autre extrémité du disque), entre la pop-music créative de l'époque (Beatles, Cream, Hendrix, Soft Machine ou Zappa), la comédie musicale, tout cela très influence par Kurt Weill.
Dans ce délire musical organisé, Carla Bley orchestre le carambolage du rock, de la musique indienne classique, de l'opéra, de la country... Et tout cela est éminemment cohérent. Cette oeuvre est un monument de créativité.
A elle seule, la liste des musiciens dit toute la diversité des genres musicaux que Carla Bley a réunis : à côté des musiciens de jazz Roswell Rudd, Gato Barbieri (à son meilleur), Charlie Haden, Don Cherry, Enrico Rava, Jimmy Knepper, Jimmy Lyons, Paul Motian, Howard Johnson, Sheila Jordan, Bob Stewart, Jeanne Lee, John McLaughlin, il y a Don Preston (qui a tenu les claviers au sein des « Mothers Of Invention » de Frank Zappa), le bassiste et chanteur du groupe de rock Cream Jack Bruce, l'égérie de Warhol Viva, la chanteuse de country Linda Ronstadt, etc. etc. Carla Bley, dans ses arrangements subtils, a réussi à lier ces moments les plus variés, à les mettre en contraste et parfois aussi à les synthétiser.

J'ai réécouté récemment ce coffret dans son intégralité : c'est une splendeur. Les oreilles délicates seront peut-être effarouchées, pendant l'ouverture, par les sonorités acides de la clarinette de Perry Robinson et par les hurlements du ténor de Gato Barbieri, mais le jeu en vaut la chandelle. Des arrangements subtils, des dialogues féconds entre John Mc Laughlin et Jack Bruce, et entre ces deux musiciens et Don Cherry dans le magnifique Rawalpindi Blues... Une musique à la fois "free" et très construite qui vous poursuit longtemps.

Le quatrième disque de ma sélection sera Night on the City de Paolo Fresu. Dans la multitude de disques publiés depuis vingt ans par notre ami de Sardaigne, cet album publié en 1994 est peut-être mon préféré. Est-ce parce que c'est celui qui m'a fait découvrir Paolo ? Possible. En tout cas, je l'apprécie toujours énormément, notamment pour la complicité télépathique qui régnait déjà entre les membres du quintette.

paolo
miles
eoth
night

Juillet 2012

Deux CD très différents ce mois-ci :

La B.O. de Mafiosa 4 composée par Pierre Gambini, tout d'abord. Des compositions très "rock alternatif" qui puisent dans les racines corses du compositeur. A écouter aussi, son album "Albe sistematiche", dont on retrouve d'ailleurs plusieurs titres dans cette bande originale.

Pas exactement une nouveauté, puisque ces enregistrements sommeillaient depuis plus de trente ans dans les archives d'ECM, que ce Sleeper du quartet européen de Keith Jarrett. Ce double CD vient compléter les enregistrements live du quartet : "Nude Ants", qui souffre d'une prise de son éloignée des standards habituels d'ECM, et surtout "Personal Mountains", qui donnait déjà à entendre des extraits du concert de Tokyo du 16 avril 1979. Un seul titre inédit, So Tender, mais pas de doublon ; si les autres morceaux figurent déjà sur Personal Mountains (Personal Mountains justement, Innocence, Prism et Oasis) et sur Nude Ants (Chant of the Soil, Innocence, Oasis, New Dance), ce sont bien de nouvelles versions qui nous sont offertes ici. Le quartet de Belonging au sommet de son art.

mafiosa
sleeper

Mai-Juin 2012

Musiques du monde, avec le somptueux coffret dessiné par Christian Lacroix : un CD et un DVD des meilleurs moments des Suds à Arles ; et du jazz, avec Fabienne Marcangeli, qui chante en anglais, mais également en brésilien et en corse !

suds
lovebird

Avril 2012

Je dois dire que je reste un peu sur ma faim ces dernières semaines. Les deux disques que je sélectionne ne sont pas des chefs d'oeuvre impérissables mais méritent le détour.

Los Pajaros Perdidos, tout d'abord, dernier opus de l'Arpeggiata, est assez inégal mais contient une merveille : Alfonsina y el mar chanté par Lucilla Galeazzi.
Ma deuxième sélection sera Trio Libero, regroupant Andy Sheppard, Michel Benita et Sebastian Rochford, qui nous offrent des dialogues instrumentaux créatifs, lyriques et pleins de fraîcheur. Un peu ardu peut-être, mais mérite amplement le détour.
J'espère que le printemps nous amènera beaucoup de galettes corses !

pajaros
libero

Janvier 2012

Encore une belle rencontre à l'actif de Paolo Fresu. cette fois, c'est avec le pianiste cubain Omar Sosa.

Alma (âme) nous fait entendre Paolo Fresu et Omar Sosa ainsi que, sur quatre morceaux, l'arrangeur et violoncelliste brésilien Jacques Morelenbaum, qui a travaillé avec Antonio Carlos Jobim, Gilberto Gil et Cesaria Evora.

Une première écoute laisse entrevoir des passages de toute beauté. Servi par le jeu raffiné du pianiste, le bugle de Paolo s'envole...Paolo et Omar mêlent très efficacement les instruments acoustiques avec l'électronique, créant un son à la fois intime et ouvert, terrien et aérien. Toutes les compositions sont de Paolo ou Omar, à l'exception notable d'une relecture pleine d'imagination de Under African Skies de Paul Simon.

C'est un disque de 1964 que je vous propose : Crescent de John Coltrane. Un disque-charnière, un peu éclipsé dans la discographie de Trane par celui qui l'a précédé (Ballads) et surtout par le suivant (A Love Supreme). De merveilleuses compositions : Crescent, Wise One, Lonnie's Lament , qui sont certainement parmi les thèmes les plus forts et les plus personnels jamais écrits par Coltrane.

Le climat général de l'album est grave, méditatif, sombre, crépusculaire même par moments. Peut-être l'utilisation exclusive du ténor accentue t-elle cette impression. Une tension sourde, comme une prière intérieure qui éclatera dans A Love Supreme. Seul Bessie's Blues, un blues en 12 mesures, diffère du reste de l'album à cet égard.
Ici les trois autres musiciens sont très mis en valeur : McCoy Tyner, impérial tout au long du disque, Jimmy Garrison (un solo sur "Lonnie's Lament") et enfin Elvin Jones sur "The Drum Thing".
L'album est particulièrement épuré et constamment à la recherche de la note ultime. La suite sera bien plus radicale...

alma
crescent

Novembre-décembre 2011

En cette fin d'année, une sélection de disques pour les fêtes, des récents et des redécouvertes...

Deux disques corses : Antoine Ciosi : Una Mamma (Livre-CD) et Vitalba, sans oublier le dernier opus de Felì (que je n'ai pas encore écouté).

ciosi
vitalba

Quatre disques de jazz ensuite :
Miles Davis
: The Bootleg series Vol 1
, des concerts, captés en 1967 en Europe, du second grand quintet de Miles avec Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams.

Adelante!
de Giovanni Mirabassi : En 2000, avec « Avanti ! », Giovanni Mirabassi revisitait hymnes de liberté et chants partisans, avec « El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido » en ouverture. Cet album allait révéler ce pianiste natif de Pérouse, installé à Paris depuis 1992. Il nous revient avec Adelante! enregistré à Cuba, sur le même répertoire de chansons et mélodies révolutionnaires. De l'Internationale à Léo Ferré, en passant par Violeta Parra et Astor Piazzolla, il rappelle que la musique n'est pas seulement un engagement esthétique.

Officium Novum
: L'association de Jan Garbarek avec le Hilliard Ensemble dans laquelle le saxophone du Norvégien joue le rôle d'une cinquième voix totalement libre aux côtés des quatre voix de l'ensemble "classique" britannique, nous offre avec cet Officium Novum une musique ni ancienne ni moderne mais nouvelle et d'une incroyable puissance émotionnelle.

Une merveille enfin: The Lost Sessions de Stan Getz avec Kenny Barron, George Mraz et Victor Lewis. Le dernier enregistrement du maître, déjà atteint par la maladie qui l'emportera trois ans plus tard, mais un des plus lyriques, probablement son chef-d'œuvre : une maîtrise totale de l'instrument, un bonheur évident, la plénitude absolue, Indispensable en ces temps difficiles !

miles
adelante
offnouv
getz


Octobre 2011

Johanne Cassar : Henri Tomasi - Mélodies corses - Cyrnos
Attallà. : Lettara Muta

tomasi
attalla

Ce mois-ci, un disque autour d'un répertoire peu connu, celui d'Henri Tomasi (1901-1971). Né à Marseille, Henri Tomasi a toujours été tourné vers la Corse dont sa famille était originaire. On entendra ici un poème symphonique, Cyrnos, dans la version pour deux pianos dont c'est le premier enregistrement, ainsi que des harmonisations de chants corses traditionnels : Six mélodies populaires corses (1930) et Chants corses (1932). Loin de toute démarche folklorique, Tomasi rattache ici la chanson traditionnelle à l'esprit musical des années trente. La réussite de ce disque doit beaucoup à l'interprétation fraîche et passionnée de Johanne Cassar (soprano) et de Laurent Wagschal (piano).
Le second disque est celui d'un jeune groupe originaire du Sud de l'île, Attallà, du nom de l'ancienne pieve d'Alta Rocca. Un très beau disque avec une surprise à la fin, je ne vous en dis pas plus..

Septembre 2011

Tigran Hamassyan : A Fable
Stéphane Casalta. : Fantasia

tigran
fantasia

Ce mois-ci encore, un disque de jazz : le premier album du jeune pianiste Tigran Hamasyan. Je l'avais découvert sur le disque de Dhafer Youssef ainsi que sur la retransmission du concert donné à Coutances, où il avait pratiquement volé la vedette à Dhafer Youssef ! Il fait montre dans cet album solo d'une imagination sans limites, à la croisée du jazz, du classique et des musiques traditionnelles arméniennes.

Un disque corse ensuite (hé oui, ils se font assez rares en ce moment) : Fantasia de Stéphane Casalta. Une tentative méritoire de marier voix corse et accompagnement instrumental soigné.

Juin 2011

Brad Mehldau : Live in Marciac
Trio Joubran. : AsFâr

mehldau
joubran

 

Ce mois ci, un disque de jazz : Brad Mehldau à Marciac en 2006 dans une sélection de compositions originales et de standards, ainsi que quelques incursions dans l'univers de la pop, avec une version décapante de « Martha My Dear » des Beatles et un des thèmes préférés du pianiste, « Exit Music (for a Film) » emprunté à Radiohead. Ce disque (et le DVD qui l'accompagne) montre les multiples facettes du jeu de Brad Mehldau : compositions détournées, triturées, standards magnifiés, ballades jouées avec une extrême sensibilité. Ecoutez particulièrement sa version de My Favorite Things.
Un disque de musiques du monde ensuite : AsFâr du Trio Joubran. Une invitation au voyage jouée par ces trois frères palestiniens rejoints par Dhafer Youssef. Musicalité, poésie et virtuosité. Il faut les découvrir sans tarder !

Mai 2011 :

A Filetta : Requiem
Anna Rocchi, Xinarca ... : Comptines & Berceuses Corses

requiem
comptines

Deux disques très différents : le dernier chef d'oeuvre d'A Filetta, le bouleversant Requiem, et le disque accompagnant le livre "Comptines & berceuses corses" récemment publié par les Editions Didier Jeunesse. Loin d'être un disque "d'accompagnement", ces enregistrements sont d'une grande qualité. On y retrouve au fil des 27 plages Anna Rocchi, Xinarca, Jean-Louis Achard, Antoine Leonelli, Bernard Ferrari, Paul-Félix Nasica et d'autres, accompagnés par Jason Meyer, Antoine Tatich-Pinelli et Jean-Christophe Hoarau. Une très belle réalisation.

Avril 2011 :

Diana Krall : When I Look in Your Eyes
Laïka : Nebula
Ce mois-ci, deux disques de jazz, deux disques de chanteuses. Mais ces deux CD sont très différents tout en étant l'un comme l'autre excellents; l'un (Diana Krall) est plus facilement accessible, mais on en redécouvre toutes les subtilités à chaque écoute; l'autre (Laïka) est peut-être moins séduisant à la première écoute, et il faut y revenir plusieurs fois pour en mesurer toute la profondeur. Diana Krall est désormais une star. Ce disque sorti en 1999 est mon préféré, avec notamment Let's Face The Music And Dance, I've Got You Under my Skin et When I Look in Your Eyes. Laïka commence à se faire un (pré)nom dans le public et les critiques. Ecoutez "Nebula" !
Pour en savoir plus sur ces deux chanteuses, rendez-vous sur la page Jazz

krall
nebula

Mars 2011

Hum... Comment dire ? Pendant ce mois de mars passé très vite, j'ai écouté et réécouté en boucle les deux disques ci-dessous. Vous pouvez les découvrir, l'un sur la page Discographie A Filetta avec les articles de presse sur la page consacrée à Paolo Fresu, l'autre sur la page consacrée à Carla Bley.
Je suis particulièrement emballé par deux morceaux du CD de Carla Bley : "Four" et surtout "Five Banana". L'écriture et les arrangements de Carla Bley, les interventions lumineuses des deux solistes Paolo Fresu et Andy Sheppard, l'accompagnement tout en finesse de Carla, Steve Swallow et Billy Drummond, tout cela donne une musique jubilatoire.
Mais, promis, je conseillerai deux disques différents en avril !

Février 2011 :
Ça tombe bien, il a fêté son 50e anniversaire le 10 février : Paolo Fresu sur deux disques. Tout d'abord , cela va de soi, "Mistico Mediterraneo" avec A Filetta et Daniele di Bonaventura, et aussi "The Lost Chords find Paolo Fresu" avec Carla Bley . Deux CD à écouter et réécouter.

mistico
lost

Janvier 2011

- Francine Massiani : Donna Fata
- Erik Truffaz : Benares

francine
benares

Mois de décembre

- Giovanni Mirabassi Trio : Live at the Blue Note, Tokyo
- Voce Ventu : Di culori è di sonnii

mirabassi
vove ventu

Mois de novembre

- Daniele di Bonaventura : Sine Nomine
- Paolo Fresu Quintet : Song lines / Night & Blue

daniele
attrachju

Mois d'octobre

- Trio Tzane : Galtani
- Jan Garbarek / Hilliard Ensemble : Officium Novum

tzane
attrachju

Mois de septembre

- Diana di l'Alba : Da musicà la vita
- Danyel Waro : Aou Amwin

diana
attrachju

Mois de juillet

Quatre disques récents d'artistes corses pour l'été :

- Svegliu d'Isula : Da u Dì à l'Esse
- L'Attrachju : Di Radiche spannate
- Voce Ventu/Mieko Miyazaki : Tessi Tessi
- I Muvrini : Gioia

svegliu
attrachju
vove ventu
gioia

Mois d'avril :
- Dhafer Youssef : Abu Nawas Rhapsody
- L'Arpeggiata/Philippe Jaroulsky/Nuria Rial/Barbara Furtuna : Via Crucis

youssef
via crucis

Mois de mars :
Nostalgie de 1968, quand tu nous tiens...
- Jimi Hendrix : Live at Monterey Pop Festival
- Jefferson Airplane : Crown of Creation

Et aussi :

- L'Alba : Radiche suprane
- A Filetta : Le concert à l'Oratoire dans le DVD Trent'anni pocu...

Mois de janvier :

Deux classiques tout d'abord, qu'on ne se lasse jamais de réécouter :

- Miles Davis : Kind of Blue
- John Coltrane : A Love supreme 

Et aussi :

- Antoine Ciosi : A voce piena
- Patrizia Gattaceca : Meziornu


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