Ambiente / Environnement

Dernière mise à jour : 02/08/2022

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02/08/2022

La canicule marine

canicule

Piana : la villa Mury devra être démolie

Par: Laetitia GIANNECHINI
Publié le: 20 mai 2022 dans: Corse Matin

'Une décision de justice à la hauteur des méfaits', se félicite l'association U Levante.
"Une décision de justice à la hauteur des méfaits", se félicite l'association U Levante.- U Levante

La Cour d'appel de Bastia lui donne quatre mois pour procéder à la démolition de sa villa à Arone, sous astreinte de 300 euros par jour. Ce faisant, elle confirme une décision prise en décembre 2018, qui ordonnait déjà une remise en état des lieux par démolition. "Une décision de justice à la hauteur des méfaits", se félicite l'association U Levante. De son côté l'avocat du propriétaire de la villa, Me Sébastien Lovichi n'a pas souhaité s'exprimer.

En 2016, le Dr Mury avait en effet profité d'une autorisation d'urbanisme portant sur une extension de 16m² pour reconstruire sur deux niveaux, le tout sur un espace remarquable, classé Znieff de type 1 et site Natura 2 000. Pour obtenir le certificat de conformité de la construction, le propriétaire a recours à un stratagème : il dissimule le rez-de-chaussée avec de la "terre de remblai". En février 2018, sur la demande d'U Levante, le tribunal correctionnel d'Ajaccio reconnaît Gil Mury coupable d'infraction au code de l'urbanisme et lui inflige une amende de 20 000 euros. Onze mois plus tard, la décision est confirmée par la cour d'appel de Bastia, qui ordonne donc la démolition sous 6 mois, assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard. En juin 2020, la Cour de cassation rejette le pourvoi formé par le Dr Mury, désormais contraint à remettre les lieux dans l'état préexistant. 

"Un signal fort"

Ce que le propriétaire assure avoir fait. "Il soutient que tous les travaux visés dans le permis de démolition ont été réalisés intégralement à la date du 6 novembre 2020", est-il relaté dans la décision de justice. En réalité, assure l'avocat de l'association U Levante, Me Martin Tomasi, "le propriétaire a essayé de créer l'illusion d'une remise en état. Le niveau inférieur est couvert par des remblais". Photos à l'appui, U Levante demande à la juridiction bastiaise la liquidation de l'astreinte, ce que conteste le propriétaire, qui produit même un constat d'huissier et une attestation de la DDTM. Celui-ci accuse l'association de procéder "par allégations, en produisant des photographies qui relèvent du photomontage". Sans convaincre la cour, qui évoque "des stratégies visant, avec une mauvaise foi certaine, à n'exécuter que partiellement la mesure prononcée".

"C'est un signal fort à destination de ceux qui construisent sans respecter les règles d'urbanisme et au mépris des décisions de justice", estime Me Tomasi. 

Villas Lefebvre à Rundinara : la démolition rejetée en appel

Par: Jeanne-F. Colonna
Publié le: 19 mai 2022 dans: Corse Matin

La baie de Rundinara « abrite » plusieurs affaires judiciaires en matière d'urbanisme.
La baie de Rundinara « abrite » plusieurs affaires judiciaires en matière d'urbanisme.- Corse-Matin

Il s'agit de l'affaire de la Rundinara, née avant celle des villas Ferracci. Le dossier des villas Lefebvre est celui d'un village de vacances de 54 logements construits dans la même zone remarquable de la Rundinara, à Bonifacio, sur la base d'un permis tacite.

Dès le début des années 2010, les associations de défense de l'environnement U Levante et ABCDE déposent plainte. Le feuilleton judiciaire dure depuis plus de dix ans. Lundi, la cour d'appel de Montpellier a refusé de prononcer la démolition de ces maisons mais a néanmoins condamné les gérants à verser 100 000 euros à chaque association pour dommages et intérêts. Alain Lefebvre étant décédé, l'action judiciaire n'existe plus.

« Nous savions que c'était compliqué pour la démolition puisque le permis a été obtenu, de manière tacite, mais il est régulier en droit », analyse Benoist Busson, avocat des parties civiles.

Pour autant, l'avocat constate que la cour d'appel a prononcé une peine financière, s'agissant des dommages et intérêts, identique à ce qu'il sollicitait. « Cela signifie que les magistrats ont bien compris que le préjudice est réel », poursuit-il.

Les avocats de la défense ont simplement répondu qu'ils ne feraient « aucun commentaire ».

Pour rappel, en 2008, la « SA Rondinara loisirs », « Milanini BTP », « Soffocor » et les porteurs de projet Alain Lefebvre, Serge Stromboni et Ange Luciani déposent le permis de construire auprès de la mairie de Bonifacio. N'étant pas instruit dans les temps, il est considéré comme accordé tacitement. En 2010, les travaux commencent. La même année, le PLU de Bonifacio était annulé et le site de Rondinara délimité en espace remarquable.

Les associations de défense de l'environnement U Levante et ABCDE déposent une première plainte, classée sans suite par le parquet d'Ajaccio.

Pas découragées pour autant, les associations traînent les constructeurs devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio en citation directe. La juridiction relaxe les prévenus et condamne les associations. Ces dernières font appel sur la procédure civile, perdent une nouvelle fois à Bastia et se tournent vers la Cour de Cassation. En 2017, la plus haute juridiction de France a rendu sa décision : l'affaire sera rejugée à Montpellier. Le procès s'est finalement tenu le 4 avril 2022.

La défense peut toujours faire un pourvoi en cassation, mais il s'agira, si elle entend aller jusque-là, de l'ultime recours dans cette affaire.

Août 2021

« Interdire totalement le mouillage à Scandola »

Par: Eric Cullieret Publié le: 23 août 2021 dans Corse Matin

Dans le sillage du Pass Partout, qui embarque ses passagers au cœur de Scandola, coup de projecteur sur une réserve naturelle aux équilibres fragiles. Entre préservation et accès au site pour favoriser sa découverte, l'idée d'un mouillage toujours plus réglementé fait son chemin

RESERVE DE SCANDOLA 20 août 21
RESERVE DE SCANDOLA 20 août 21

Départ imminent ce vendredi matin sur la marine de Porto à bord du Pass Partout pour une promenade de Capo Rosso à la réserve naturelle de Scandola. Largage des amarres et cap vers la marine de Ficaghjola pour les trente-neuf passagers guidés par le capitaine Philippe Tormen.

Vingt-deux ans que ce marin, originaire de Porto, exerce la profession de batelier. L'envie de rester au village et la passion de la mer l'ont guidé vers des études de mécanique marine pour, ensuite, ne plus quitter la barre de son bateau et surtout la réserve naturelle de Scandola qu'il apprécie par-dessus tout. « On ne peut pas se lasser d'un tel paysage. Il suffit de le regarder, on ne peut pas le décrire », s'enthousiasme le marin, membre du bureau de l'Association des bateliers de Scandola.

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Treize compagnies de bateliers sont installées sur la marine de Porto. - PAULE SANTONI

Quelques minutes plus tard, la petite embarcation arrive au niveau de la marine de Ficaghjola. Au micro, André, l'équipier du capitaine, partage ses connaissances du site aux passagers émerveillés par la beauté des lieux. « Ici vous pouvez admirer du quartz veineux ou encore du granite rose et du basalte. Ces roches datent de plusieurs millions d'années et se sont érodées au fil du temps », décrit le marin avant de rentrer sous les fameuses grottes de Capo Rosso et sa tour génoise. Moment magique pour le petit groupe de touristes qui ne tarde pas à dégainer appareils photos et téléphones portables pour immortaliser l'instant.

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Paysages pittoresques, roches volcaniques, eaux turquoise. « Un moment inoubliable » pour les passagers.

Un rôle de sensibilisation

« C'est absolument magnifique, on a rarement vu quelque chose d'aussi beau et d'aussi bien préservé », s'enthousiasment Véronique et Julien, qui figurent parmi les passagers du jour. Et la question de la préservation des lieux fait partie intégrante de cette balade de quatre heures au cœur de la réserve classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1975. En tant que batelier, signataire de la Charte pour une pratique écoresponsable de cette activité, Philippe Tormen joue un rôle de sensibilisation auprès de ses clients en leur indiquant ce qu'il est possible de faire ou non dans la réserve. « Tous les plaisanciers ne sont pas forcément au courant des règles à respecter. Nous sommes vraiment acteurs de la sensibilisation et du bien-être dans la réserve », précise le capitaine qui s'applique à respecter notamment les zones de quiétude des nids de balbuzard occupés durant les périodes de nidification. Une zone de 250 mètres doit ainsi ne pas être franchie pour ne pas nuire à ces espèces protégées. « Dans une charte de bonne conduite, nous avons indiqué en tant que membres de l'Association des bateliers de Scandola que nous ne jetons pas l'ancre dans la réserve et nous ne faisons pas baigner nos passagers. En outre, nous pensons que ce serait une mesure phare d'interdire le mouillage purement et simplement pour tout le monde. Cela protégerait beaucoup plus les fameux herbiers de posidonies qui sont mis à mal par la plaisance », indique le batelier, qui note tout de même une baisse importante de la fréquentation pour cette saison estivale et moins de présence sur l'eau. « Cela dépend des jours. Quelquefois, même si la mer n'est pas très belle, les bateaux sont pleins », note le marin André. En revanche, de la baie d'Elbo à Capo Rosso, point d'ancre au mouillage observée par l'équipage ce vendredi matin.

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Philippe Tormen exerce la profession de batelier depuis 22 ans. - Photos pAULE SANTONI

Une prévention accrue

Jacques Costa, président du Parc naturel régional de Corse, précise qu'une interdiction totale de mouillage serait une bonne chose mais ne pourrait qu'être imposée par les services de l'État. « En tant que gestionnaire, nous faisons appliquer les mesures du préfet maritime. En revanche, nous avons étendu nos moyens sur le terrain en doublant les effectifs. Aujourd'hui, nous avons quatre agents à Porto, avec la création d'une nouvelle agence, et quatre à Galeria. Nous sommes en bonne voie pour la mise en place de la réserve naturelle de Corse », souligne le président qui note tout de même une forte baisse de la fréquentation touristique sur la zone de Scandola. « Pour le mois de juillet, nous sommes en dessous de 2020 et au mois d'août c'est la même chose. »

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« Ces roches datent de plusieurs millions d'années et se sont érodées au fil du temps. »

Calanques de Piana, golfe de Girolata, réserve de Scandola. L'office de l'environnement multiplie également les moyens pour protéger l'étendue de la réserve. « Les nouvelles réglementations sont en phase de concertation avec les élus et l'ensemble des socioprofessionnels sur le terrain afin de délimiter les zones de protection renforcées et intégrales. En outre, depuis le printemps dernier, l'office a mis en place un bateau sur site avec deux techniciens pour renforcer les équipes sur les parties maritimes et terrestres. Nous avons ainsi un rôle d'observation et de comptage. Un travail de concertation s'est aussi établi avec les bateliers et les pêcheurs artisanaux en parallèle de notre mission scientifique sur les nids de balbuzards », explique Jean-Michel Culioli, chef du service « espaces protégés » au sein de l'office de l'environnement, qui milite pour une mise en œuvre de politiques fortes et une interdiction totale de mouillage.

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Une balade de quatre heures qui mène les passagers de Capo Rosso à la baie d'Elbo.- PAULE SANTONI

Une réglementation qui peut parfois aboutir à quelques frustrations pour les visiteurs de la réserve. À bord du Pass Partout, Delphine et Aurélien auraient ainsi aimé pouvoir se baigner dans les eaux turquoise de la réserve. « Nous sommes restés un peu sur notre faim. Nous voulions rester plus longtemps sur les lieux et plonger du bateau mais on nous a dit que ce n'était pas possible pour protéger la faune et la flore. Nous avons tout de même trouvé la balade fabuleuse », raconte le couple originaire de Lille.

Pas question ainsi de jeter l'ancre pour le capitaine du Pass Partout qui ponctue sa balade d'une petite pause de trente minutes à Girolata, avant de remettre le cap vers Porto pour un nouveau départ prévu en début d'après-midi.

Mars 2021

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La région ajaccienne, un refuge pour le milan royal en Europe

Par: Nicolas Wallon

Publié le: 08 mars 2021

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Le milan royal, u filanciu, est sur le point d'être répertorié comme espèce menacée.

Après le Reginu, en Balagne, où l'on trouve la plus forte densité de rapaces en Europe, la région d'Ajaccio représente une zone de forte implantation. Pourtant, u filanciu est sur le point d'être répertorié comme menacé sur la liste rouge de l'UICN des oiseaux nicheurs corses

Depuis toujours, il fait partie du paysage insulaire. Attaché à cette île et aux cœurs de ses habitants comme un symbole. Sa majestueuse silhouette, planant au-dessus de nos têtes, ne nous laisse jamais complètement indifférents. Mais le milan royal, u filanciu, est pourtant sur le point d'être répertorié comme menacé sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) des oiseaux nicheurs corses.

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L'île abrite l'une des plus grandes populations d'Europe.

Pour le programme européen LIFE Milvus, qui vise à sauvegarder l'espèce, la Corse est présentée comme un salut.

L'île abrite l'une des plus grandes populations d'Europe.

Fragile équilibre

Depuis 2019, le Conservatoire d'espaces naturels Corse (CEN) étudie ces rapaces sur deux secteurs sélectionnés pour leurs importants effectifs.

D'abord, la vallée du Reginu en Balagne où la densité de couples est la plus grande au monde avec 413 binômes recensés pour 100 km2. Puis la grande région ajaccienne où le milan royal est très bien implanté malgré une baisse de sa population due à la pression des activités humaines.

Autour d'Ajaccio, les agents du CEN, menés par le chargé de mission Julien Berges, ont pu observer et suivre l'évolution de plusieurs individus. Une dizaine de nids a été sélectionnée et étudiée en collaboration avec les organismes publics, les structures agricoles et les propriétaires de terrains privés. Sur les dix, huit couples ont pu se reproduire avec seize juvéniles à l'envol. Une satisfaction pour les agents même s'il convient de rester vigilant.

Le but de ces opérations, en dehors d'un éventuel recensement, est d'étoffer les connaissances et comprendre les pressions auxquelles font face ces rapaces.

"Il faut savoir qu'en dehors de l'urbanisation, la première cause de mortalité pour le milan royal en Corse est l'empoisonnement, explique Margaux Bourot, chargée de communication au sein du CEN de Corse, par exemple lorsque les gens déposent de la mort-aux-rats ou des pesticides pour tuer les rongeurs, cela se répercute sur les milans qui, par opportunisme, vont se nourrir de la dépouille et donc s'empoissonner à leur tour."

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L'un des rôles essentiels du CEN et de la mission européenne LIFE Milvus est la sensibilisation des acteurs locaux.

Sont aussi mises en cause les coupes d'arbres où l'oiseau peut avoir établi sa nidification. Un fragile équilibre doit être trouvé entre destruction des habitats et développement urbain.

La Corse en pilote

L'acquisition de ces connaissances permet à la Corse d'être au cœur du programme européen. En Espagne, en Allemagne et en Italie le milan royal est en déclin. De l'autre côté de la mer Tyrrhénienne, certaines populations ont intégralement disparu.

"Nous allons avoir un rôle clé de formation de nos homologues italiens, reprend la chargée de communication, Nous allons les accompagner pour restaurer les populations et trouver avec eux comment appliquer les mesures de conservation qui s'adapteront à leur territoire."

Un vaste programme de reconstitution des peuplements devrait s'opérer en Calabre sur la méthode de translocation de jeunes oiseaux prélevés en Basilicata, une région voisine. Les agents insulaires interviendront en tant qu'experts sur le repérage les nids, le prélèvement des oiseaux ainsi que sur le transfert.

La dernière partie du travail sera de former les équipes sur places.

De la responsabilité de tous

L'un des rôles essentiels du CEN et de la mission européenne LIFE Milvus est la sensibilisation des acteurs locaux.

Qu'ils soient des institutions, des collectivités locales, des communes mais aussi des propriétaires privés. Il est important de communiquer pour atténuer les menaces directes posées par les perturbations des sites sensibles pour les espèces.

Plusieurs actions sont prévues en ce sens en Corse pour l'année 2021 mais aussi en Italie où de nombreux rapaces sont notamment visés par des tirs.

"Nous allons mettre en place des campagnes avec les scolaires en proposant des sorties natures et des activités en classe", ajoute Margaux Bourot. Des panneaux d'explications à destination du public vont être installés en Balagne et en région ajaccienne.

Enfin, le CEN de Corse a lancé une enquête accessible à tous (voir ci-dessous) pour accroître les connaissances de chacun sur le milan royal en Corse et améliorer sa préservation.

Vous pouvez participer à l'enquête avec ce lien : https://bit.ly/3bTFlbZ

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Pour le programme européen LIFE Milvus, qui vise à sauvegarder l'espèce, la Corse est présentée comme un salut.

Décembre 2020

L’extension de la réserve naturelle de Scandola pour récupérer le label européen

par Nicole Mari (CorseNetInfos), le Jeudi 17 Décembre 2020

Créer une nouvelle Réserve naturelle sur la Façade maritime occidentale de la Corse pour étendre le périmètre de l’actuelle réserve de Scandola, c’est le projet de l’Office de l’Environnement de la Corse (OEHC) présenté, jeudi, par son président, François Sargentini, aux maires des communes concernées - Piana, Ota, Partinello, Osani et Galeria - et au président du Parc naturel Régional de la Corse (PNRC). L’enjeu : récupérer le prestigieux label européen d’espace protégé, perdu il y a deux semaines.

Le 4 décembre dernier, la réserve naturelle de Scandula a perdu officiellement son label européen d’espace protégé. Cette distinction prestigieuse est accordée par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe à des espaces naturels et semi-naturels ou des paysages ayant un intérêt européen exceptionnel pour la conservation de la diversité biologique, géologique ou paysagère et faisant l’objet d’une gestion exemplaire. La Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, qui décerne ce diplôme, a estimé que ses alertes sur la sur-fréquentation touristique de Scandula, la protection insuffisante des espèces naturelles et la nécessité d’agrandir la réserve, sont restées lettre morte. Depuis près d’une décennie, la Convention demande, en effet, l’extension de la réserve afin de mieux maîtriser le flux de touristes et mieux protéger les espèces qui seraient menacées par ce flux, en particulier par la navigation de plaisance. En avril, elle avait lancé la menace, histoire de faire réagir à bon escient les acteurs compétents, mais n’obtenant pas de réponse du Parc naturel régional de Corse et du ministère de la Transition écologique, le couperet est tombé. Face à l’enjeu, l’Office de l’environnement de la Corse (OEC), qui a repris la gestion du site fin 2019, a saisi le problème à bras-le-corps et travaillé sur un projet d’extension de la réserve. Son président, François Sargentini, l’a présenté, jeudi à Porto, aux six maires des communes concernées et au Président du PNRC.

De bonnes perspectives
En préambule, l’OEC annonce une bonne nouvelle. Le 2 décembre dernier, pour la 3ème fois consécutive après les évaluations réalisées en 2014 et 2017, l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a jugé que les perspectives relatives à l’état de conservation du site UNESCO « Golfu di Portu : Calanche di a Piana, Golfu di Ghjirulatu, Riserva di Scandula » sont « bonnes avec quelques préoccupations, Good with some concerns ». Pour rappel, ce site, qui s’étend sur 11 800 hectares dont 3600 ha en mer, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983. L’UICN, qui fait autorité pour juger de l’état du patrimoine naturel mondial et des mesures pour le préserver, évalue les valeurs et les menaces pesant sur les sites naturels les plus emblématiques de la planète, ainsi que la qualité des dispositifs de protection et de gestion mis en place, afin de déterminer les perspectives globales de conservation de ces lieux. Sur les 252 sites examinés en 2020, 63% présentent des perspectives de conservation « bonnes » (19 %), ou « bonnes avec quelques préoccupations », (44 %), comme c’est le cas pour le site corse. D’autres sites naturels emblématiques appartiennent à cette dernière catégorie, notamment les Parcs nationaux américains du Grand Canyon, de Yosemite et de Yellowstone, le Parc national du Kilimandjaro en Tanzanie, le Parc national du Mont Kenya, Shark bay en Australie, les Dolomites en Italie, les lagons de Nouvelle Calédonie... 30% des sites ont des perspectives fortement préoccupantes et 7% sont dans une situation critique. Pour la Corse, le résultat est globalement similaire à celui de l’évaluation de 2017. Il stipule que « les valeurs du site ont été globalement maintenues et que des perspectives positives apparaissent en termes de gestion et de concertation malgré des moyens actuellement limités. L’atténuation des menaces actuelles et potentielles et la réalisation d'un plan de gestion pour l'ensemble du bien demeurent des recommandations qui guident les actions de l’Uffiziu di l’Ambiente di a Corsica », commente l’OEC.

Un plan de gestion
Fort de ce contexte, l’OEC explique s’être engagé « à élaborer et à assurer, dans des délais raisonnables, la mise en œuvre du plan de gestion, à animer et à coordonner les différents acteurs afin d'atteindre les objectifs de préservation préalablement définis et à rendre compte du bon état de conservation du bien aux différentes autorités scientifiques, ainsi qu’aux instances de gouvernance de la Convention ».
Pour ce faire, l’Assemblée de Corse a validé, en juillet dernier, la mise en œuvre de la création d’une Réserve Naturelle de Corse sur la façade nord-occidentale de l’île.
Un pôle, composé de deux agents, lui a été spécialement dédié au sein du service « Espaces Protégés ». Deux techniciens sont en cours de recrutement pour une prise de poste avant la fin de l’hiver. Des moyens nautiques ont été envoyés sur zone. Des zones de quiétude seront installées, après concertation avec les professionnels intéressés, interdisant la navigation dans un périmètre de 250 mètres autour d’un grand nombre de nids de Balbuzard pêcheur.
La « Charte Natura 2000 de bonnes pratiques » a été instaurée en juin afin « de contribuer à la conservation des habitats et des espèces d’intérêt communautaire, mais aussi de favoriser un développement durable du territoire par la promotion de pratiques favorables à la préservation du patrimoine naturel ». Un ornithologue a, d’ailleurs, été recruté pour recenser les oiseaux nicheurs. Le suivi de la reproduction du Balbuzard pêcheur a été relancé. « Le site UNESCO abrite 16 couples reproducteurs, soit 46% de l’effectif de la Corse, dont 10 nids avec une ponte et 6 jeunes à l’envol. Globalement, la reproduction du balbuzard dans le périmètre du site serait meilleure qu’ailleurs en Corse avec moins de la moitié des effectifs nicheurs et 60% des jeunes à l’envol en 2020 », indique l’OEC.
Enfin, une étude de fréquentation terrestre et marine va être lancée et une stratégie de gestion des mouillages et de protection de l’herbier de posidonies sera mise en œuvre. « Toutes ces opérations en cours sur la façade maritime Nord-Occidentale de la Corse sont réalisées dans le cadre d’une coopération fructueuse avec le syndicat mixte du Parc Naturel Régional de Corse », précise l’OEC.
Les communes ont, aussi, donné leur accord. Une concertation devrait rapidement s’ouvrir avec les professionnels de la mer, bateliers et pêcheurs au sein d’un comité de pilotage (COPIL). L’enjeu est d’avancer rapidement et de créer la nouvelle réserve naturelle avant la fin de l’année prochaine.

La réserve naturelle de Scandola perd son label européen

Malgré le délai qui lui était accordé, la réserve de Scandola n’a pas réussi à se rattraper depuis la perte, en avril dernier, de son diplôme européen d’espace protégé. La décision vient d’être confirmée par la Convention de Berne.

Publié le 07/12/2020

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La réserve naturelle de Scandola a perdu son diplôme européen d'espace protégé,
notamment du fait de la fréquentation touristique sur le site. • © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

La menace planait depuis plusieurs mois. Le 20 avril dernier, on apprenait que la réserve de Scandola pourrait perdre son diplôme européen d'espace protégé. Les membres de la Convention de Berne, qui assure la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, dénonçaient la surfréquentation touristique, notamment liée à l’activité des bateliers, la protection insuffisante des espèces emblématiques comme le balbuzard ou encore le manque de communication sur l’état de la réserve.

Le 3 juin, Krzystof Zyman, secrétaire de la Convention de Berne, se voulait rassurant : la réserve était en mesure de se rattraper "d’ici la fin de l’année" à condition de produire "un rapport sur les progrès réalisés en vue de l’extension terrestre de la réserve et la création du parc marin, faisant également état des mesures mises en place afin de réguler et limiter le flux des bateliers, ceci afin d’en informer le groupe de spécialistes lors de sa prochaine annuelle."

Une nouvelle décision

Mais ce 4 décembre, les experts européens ont tranché : "Le Comité permanent a pris acte de la décision du Comité des Ministres de ne pas renouveler le Diplôme européen de la réserve naturelle de Scandola", note un compte-rendu de réunion.

Pour Charles-François Boudouresque, président du Conseil scientifique de la réserve de Scandola, cette décision était attendue : "elle est logique puisque ça fait dix ans que la Convention de Berne nous informe qu’elle demande l’agrandissement de la réserve, la maîtrise de la surfréquentation et la protection effective de certaines espèces emblématiques. Pour le moment ça n’a pas été fait, même si nos intentions sont de le faire."

Mais François Sargentini, président de l’Office de l’environnement de la Corse, estime qu’il y a erreur : "Les responsables de la Convention de Berne ont été trompés par les informations qui leur ont été données, qui ne correspondent pas à la réalité du travail qui est fait. Il a pu y avoir certes il y a quelques années des problèmes de communication, des décisions qui n’ont pas été prises dans les délais suffisants, ça je peux l’admettre. Mais de là à dire qu’aujourd’hui ce site majeur de Corse est en perdition, ça je ne le comprends pas et ça n’est pas la réalité."

De son côté, François Alfonsi, député européen , membre du groupe des "Verts" au Parlement européen et ancien maire d’Osani souligne le rôle de l’Etat dans la perte de ce label : "Toutes les atteintes qui sont dénoncées par le Conseil des experts se déroulent dans un périmètre bien précis qui est celui qui est réglementé par le décret ministériel", explique-t-il. Selon lui, ce décret daté de 1975 ne tient pas compte des "réalités nouvelles". Il y a 40 ans, il n’y avait pas de drones, il n’y avait pas de jet-skis..."

Scandola peut encore espérer retrouver son label, obtenu en 1985. Il faudra pour cela apporter à la Convention de Berne des "preuves suffisantes d’amélioration". La procédure prendra au moins un an. Pour la réserve, la perte est avant tout symbolique, elle résonne comme une mise en garde envers les gestionnaires de la réserve, pour leur signifier que les efforts réalisés ces dernières années sont insuffisants. Les financements et les règles du site restent inchangés. "Nos agents continueront de faire respecter la réglementation qui protège ce site emblématique", assurait François Sargentini en avril.

La réserve de Scandola demeure une réserve naturelle protégée, elle est toujours inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco

05/12/2020

Mitage illégal du littoral à Conca

Tribunal administratif de Bastia : “Le pétitionnaire ne saurait utilement se prévaloir de ce que le projet se situe en zone constructible de la carte communale de Conca, dès lors que l’exigence de continuité prescrite par l’article L. 121-8 du code de l’urbanisme est directement applicable aux autorisations d’occupation ou d’utilisation du sol.”

La commune de Conca, au sud de Sari Sulinzara possède une longue façade littorale où alternent une côte rocheuse et les belles plages de Favona et de Tarcu.

Le Conseil municipal, maire François Mosconi, a approuvé la carte communale en octobre 2007. Bien qu’approuvée en violation manifeste d’une disposition de la loi Littoral et du schéma d’aménagement de la Corse, tels qu’applicables au moment de leur adoption, cette carte communale a pourtant été validée par le préfet Leyrit.

Selon l’article L. 121-8 du Code de l’urbanisme, en 2008 comme en 2020, sur l’ensemble du territoire communal, l’extension de l’urbanisation doit se réaliser en continuité avec les agglomérations et les villages existants.

La loi Littoral et le Schéma d’aménagement de la Corse de l’époque (comme le PADDUC aujourd’hui), prescrivent à cet égard que l’urbanisation doit demeurer limitée, et, pour prévenir la dispersion, ils privilégient la densification des zones urbaines existantes et la structuration des « espaces péri-urbains ». Par ailleurs, ils prévoient que les extensions, lorsqu’elles sont nécessaires, s’opèrent dans la continuité des centres urbains existants.

En violation de ces principes, la carte communale de Conca délimite 8 zones constructibles (ZC) qui s’étendent très au-delà du périmètre du village, ouvrant à l’urbanisation une très grande partie de ses 6,5 km en bord de mer.

Fort de l’approbation de l’état, le maire a pu y délivrer de nombreux permis de construire, de Favone à Fautea, y compris entre la route Bastia/Bunifaziu et la mer, donc dans la bande des 100 mètres... et le mitage au bénéfice de villas s’est installé.

De 2007 à 2017, le nombre de résidences secondaires est passé de 803 à 979 (soit 176 résidences secondaires nouvelles) et leur pourcentage est, en 2017, de 63,9 % (source INSEE) tandis que la population permanente n’a augmenté que de 85 habitants, passant de 1015 à 1100 habitants.

(la suite sur le site d'U Levante)

03/12/2020

Mitage illégal du littoral à Pianottuli-Caldarellu

A Punta di Capineru, entre la baie de Figari et l’anse de Chevanu, vue d’avion, témoigne d’une urbanisation récente et d’un mitage important du littoral sud de la commune de Pianottuli-Caldarellu.

Lire la suite sur le site d'U Levante

16/11/2020

PLU de CALVI – Enquête publique oct-nov 2020.

L’assainissement des eaux usées et la ressource en eau potable et agricole seront-ils au rendez-vous en 2035 ?

Lire l'article sur le site d'U Levante.

Septembre 2020

La Cour d’Appel Administrative confirme l’illégalité du projet de lotissement à Sarraghja

La société PCPG (PC pour Paul Canarelli le patron du domaine de Murtoli et PG pour Pascal Grizot, l’homme d’affaires-golfeur) voulait construire le complexe immobilier baptisé “Les collines de Murtoli”, 12 villas avec piscines, au lieu-dit Sarraghja (Serraggia), avec vue sur le golf et la mer. Dans une zone non urbaine et sur des ESA (espaces stratégiques agricoles du Padduc).

Image Géoportail juin 2019

Le permis de construire délivré par le maire de Sartè en mars 2017, avec l’accord de la DDTM!, a été jugé illégal par le tribunal administratif de Bastia et annulé le 6 décembre 2018 : https://www.ulevante.fr/les-collines-de-murtoli-le-ta-annule-le-permis-de-construire/

N’acceptant pas de renoncer à ce projet qui n’était que la première tranche d’un projet en comportant six, la société civile de construction vente PCPG a fait appel du jugement du TA. Mais, pas de chance pour elle, la Cour d’Appel de Marseille a confirmé l’annulation du permis de construire que le maire de Sartè avait délivré et que l’ancienne Sous-Préfète V. Caron n’avait pas déféré au tribunal administratif. Le non-respect de la loi Littoral et du Padduc ont été confirmés.

Le lieu-dit Serraggia proche du Col de Roccapina

L’audience a eu lieu le 14/09/2020. Selon les juges, le projet litigieux ne peut être autorisé ni au titre du principe d’extension de l’urbanisation en continuité des agglomérations et villages existants, ni même au titre du principe du renforcement urbain. En l’espèce une telle autorisation aurait pour conséquence d’étendre l’habitat diffus. Le tribunal administratif de Bastia n’a donc pas commis d’erreur de droit, ni d’erreur de fait.

La réalisation d’une opération de promotion immobilière par zone, sur Sarraghja, aurait-elle du plomb dans l’aile?

Arrêt : https://www.ulevante.fr/wp-content/uploads/2020/09/Jugt-Serraggia-19MA00562.pdf

 

Juillet 2020

slate

Corse, l'île engloutie

Thomas Andrei — 23 juillet 2020

De plus en plus banales à Ajaccio, les inondations, catastrophes naturelles, seraient en partie dues à une catastrophe urbaine.
ajaccio
Une rue d'Ajaccio submergée après des pluies torrentielles, le 11 juin 2020. | Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Fin de matinée, le 11 juin 2020. Derrière la vitrine de sa marbrerie ajaccienne, Daniel Di Grazia observe des litres de pluie dégringoler d'un ciel gris clair. Sur le bitume, le niveau de l'eau monte. Il sait qu'il doit fuir.

Au volant de la Fiat Punto de sa mère, il démarre et progresse péniblement, les roues dans vingt centimètres de liquide marron. Alors qu'il quitte le parking, une vague de 70 centimètres de hauteur dévale l'avenue du Docteur Noël-Franchini et percute son véhicule. La voiture chancelle. Daniel a peur d'être emporté.

«Je n'avais jamais vu ça, raconte-t-ilvia Messenger, trois semaines plus tard. Heureusement, un 4x4 est arrivé et m'a poussé par derrière jusqu'à un autre parking. Tout est allé très vite. Je ne sais pas qui c'était. Il a fait demi-tour, il n'aurait pas pu passer non plus. Sans lui, je me retrouvais en pleine mer.»

Le commerçant reste bloqué pendant plus d'une heure, aux premières loges du film catastrophe qui se joue devant ses yeux atterrés. «C'était un véritable mur d'eau qui tombait.» Sur l'artère qui joint le quartier populaire des Salines à celui de Pietralba, les poubelles de tri dévalent un torrent boueux comme des gamins sur les toboggans de feu Acquagliss, le parc nautique jadis situé à vingt minutes de là.

Di Grazia sort son portable et filme. Sur ses vidéos, le son de l'eau, assourdissant, rappelle celui d'une cascade en pleine tempête. Vers 15 heures, trempé «comme s'il s'était baigné tout habillé», il rentre se changer, épuisé, avant de retourner au magasin.

à 17h30, l'eau s'est déjà retirée. Ne reste plus qu'à constater les dégâts, qu'il chiffre à 60.000 euros: «Une voiture a percuté les plaques de granite. Plusieurs ont été cassées. Plein d'éléments ont été emportés. Puis il y a la sableuse, le compresseur, la graveuse, le moteur de la scie...»

En pleine crise sanitaire et économique, Di Grazia est loin d'être la seule victime. Le local des Restos du cœur s'est retrouvé sous un mètre d'eau. «Tout est perdu, déplorait leur président au micro de France Bleu RCFM. Les denrées, les frigos, les congélos, les ordinateurs, tout est à jeter. Il va falloir se mobiliser pour continuer à nourrir toutes ces personnes qui ont besoin de nous.»

La pluie et le béton

Le problème, c'est qu'à Ajaccio, les inondations sont devenues fréquentes. La nuit, si Daniel Di Grazia se réveille et qu'il pleut, il lui est impossible de fermer l'œil. Il attend, dans son lit, que l'averse passe avant de se rendormir. En décembre 2019, après le passage de la tempête Fabien, l'aéroport Napoléon-Bonaparte est resté fermé durant quinze jours. L'état de catastrophe naturelle a été déclaré.

Si le marbrier n'a jamais souhaité déménager, c'est qu'il est à la tête d'un commerce familial, lancé par son grand-père en 1961. «à l'époque, il faisait surtout des cimetières, alors qu'aujourd'hui, c'est beaucoup de salles de bain. Mais mon grand-père a aussi fait toutes les moulures du casino d'Ajaccio», détaille-t-il.

Daniel a grandi dans le quartier. Dans son enfance, on n'y trouvait que quelques immeubles, aucune école. Le bus ne passait pas encore dans ce qui est aujourd'hui une longue rue commerçante, à 1,5 kilomètre du centre-ville. Pour lui, comme pour beaucoup d'Ajaccien·nes, la bétonisation de la zone est en partie responsable des inondations.

Calé sur le sujet, le quinquagénaire offre un historique des inondations subies par sa ville depuis les années 1970. «à chaque nouvelle construction, on constatait que le niveau de l'eau montait, assure-t-il. Au début, on trouvait 20 à 30 centimètres dans les garages, pas plus. Lors de la première grosse inondation, en 1975, une autre résidence était finie. L'eau montait à 1 mètre 20. Et vingt centimètres à l'extérieur.»

à 200 mètres, derrière la marbrerie, un immeuble abrite une branche du Crédit lyonnais. Quand Daniel était petit, c'est là qu'il jouait au foot avec ses copains –sauf en cas de fortes intempéries. «Parce que le terrain était comme un lac, se souvient-il. Il y avait vingt centimètres d'eau. Aujourd'hui, l'eau n'a plus cet endroit où se déposer.»

Des travaux ont pourtant été effectués à l'aube du nouveau millénaire, avec la création d'un bassin de rétention en amont. Di Grazia regrette qu'il n'ait pas été connecté au ruisseau qui coule dans la zone.

«Les bassins, c'est bien beau, mais quand ils sont pleins, l'eau rentre dans les buses et les buses deviennent obsolètes, développe-t-il.Il aurait fallu récupérer le ruisseau, le canaliser. Mais bon, je suis marbrier, pas ingénieur.»

Collines rasées et sols artificiels

Sébastien Celeri n'est pas ingénieur non plus. Il est en revanche président du conseil de l'ordre des architectes de Corse, et il dénonce régulièrement la part de responsabilité humaine dans ces catastrophes naturelles. En juin, alors qu'Ajaccio était encore sous l'eau, il se fendait d'un statut Facebook remettant en cause la politique d'urbanisme de la ville, largement partagé.

«La décennie 2010 a été celle de l'assassinat d'un territoire anciennement productif dont on éventre et décapite les collines avant d'en ensevelir les restes sous l'enrobé et le béton, écrivait-il. Toute réalité y est niée, notamment son patrimoine historique et paysager constitué de ses vallées et coteaux cultivés en terrasses, vignes, terres de pâturage, serres... permettant par la nature du site et la cohérence de ses aménagements de canaliser les risques d'inondabilité.»

Aujourd'hui, le site au-dessus de l'avenue Franchini n'est que bâtiments sans âme, hypermarchés et chaînes de malbouffe. Récemment, le premier Quick de Corse s'est mué en KFC. Le coin s'apparente à un non-lieu, un paradigme de nulle part, semblable aux zones industrielles répétées à l'infini en périphérie des villes continentales.

Le béton s'est répandu sur les abords de la cité impériale comme une goutte d'huile d'olive sur une table en chêne. «C'est le phénomène de l'expansion urbaine, une conception du développement par l'étalement et non par l'amélioration de ce qui existe déjà», expose Sébastien Celeri.

«Les inondations sont dues à des choix d'urbaniser des lieux dans des configurations qui ne le permettaient pas.»
Sébastien Celeri, président du conseil de l'ordre des architectes de Corse

L'architecte précise que certaines constructions partaient d'un bon sentiment. Maire de 2001 à 2014, le docteur Simon Renucci visait à travers ces projets immobiliers à rattraper le retard accumulé par la ville quant à son pourcentage de logements sociaux.

«On parle ici du PLU de 2013, indique Celeri. Il a été élaboré dans les années 2000. Ce n'était pas dans l'air du temps d'anticiper les problématiques que l'on rencontre aujourd'hui. Il a sa part de responsabilité, mais les inondations sont dues à des choix faits il y a quelques décennies d'urbaniser des lieux dans des configurations qui ne le permettaient pas.»

Le spécialiste accuse une expansion sans vision autre «que celle de la rentabilité des opérations pour leurs promoteurs» et sans égards pour la trame naturelle d'un territoire que l'on a pensé pouvoir altérer en toute impunité.

L'entrée nord d'Ajaccio suit une logique de vallons, encadrés de sommets, au creux desquels des cours d'eau convergent vers une zone plane, aujourd'hui urbanisée: les quartiers des Salines et des Cannes. Il fut un temps, ces lieux portaient les noms corses de salini et cannini, qui signifient «salines» et «cannisses». Un autre quartier, les Padule, autrefois e padule, suggérait une zone marécageuse.

En francisant ces noms, on a gommé leur bagage culturel mais également naturel. On a oublié que ces lieux sonnaient comme des zones potentiellement inondables, où l'on a construit«sans que ne soit accordé le moindre intérêt à la gestion des eaux».

Les bassins de rétention et exutoires répondaient à un problème existant, mais ils n'ont pas anticipé la croissance «exponentielle de l'étalement urbain dans les zones en amont, qui ont vu en sept ans éclore des milliers de logements dans des opérations toutes plus monumentales et décontextualisées les unes que les autres».

L'urbanisation est venue trancher dans le patrimoine naturel en plusieurs temps, notamment avec une rocade qui coupe les cours d'eau de manière perpendiculaire.

En 2014, Celeri se positionnait déjà contre un projet au Bodiccione, un quartier qui surplombe la bassin de rétention cité par Daniel Di Grazia. Pour construire des barres d'immeubles, on a rasé une colline, transformée en plateau.

«Nous alertions sur une artificialisation massive des sols, avec des grands parkings en enrobé, énonce Sébastien Celeri. Nous avions à l'époque écrit que cela allait avoir un impact sur l'inondabilité.»

Alors que les sols naturels absorbent l'eau, les sols soumis au processus d'artificialisation sont imperméables. Comme l'eau ne peut pas être drainée, elle poursuit son chemin et s'écoule à la recherche de terres où s'infiltrer.

«Les cours d'eau se rejoignent et le débit augmente, poursuit l'expert.Par un effet entonnoir, l'eau converge vers le bas, en l'occurrence vers les Salines et les Cannes, où les sols sont aussi artificiels.» Sur l'avenue Franchini, le résultat ressemble donc à ceci.


«On attend les morts»

En réaction aux inondations, Daniel Di Grazia a prévu de faire quelques travaux, comme ajouter une dalle en béton pour protéger ses biens. Depuis un moment, il songe à reculer ses opérations sur un terrain derrière la marbrerie.

«Mais bon, j'ai 59 ans, souffle-t-il.Mon fils est comédien, il n'y a personne derrière moi. Il ne me reste que cinq ou six ans. Je me disais que je continuerai comme ça. Mais je ne sais plus si c'est possible, à ce rythme-là. C'est pas une vie.» Le commerçant a plusieurs fois prévenu les autorités. Cette fois-ci, la mairie n'a pas daigné lui rendre visite.

Joint par e-mail, le directeur du cabinet du maire Laurent Marcangeli a reconnu que les infrastructures existantes ne sont plus suffisantes. Il a expliqué que de nouveaux bassins de rétention, inscrits au PLU de 2019, seront bientôt bâtis.

«Mais il faut aussi, d'urgence, redimensionner l'ouvrage sous l'avenue Noël-Franchini, admet-il. Il s'agit là d'une route territoriale. Laurent Marcangeli a très rapidement sollicité le président de la collectivité de Corse, Gilles Simeoni, pour que des travaux soient programmés dans les meilleurs délais.»

Sans travaux rapides, Sébastien Celeri et Daniel Di Grazia craignent que la prochaine inondation ait des conséquences plus dramatiques encore. Le mail de la mairie ne réconforte en rien le marbrier.

«Je serais au cimetière que les travaux n'auront pas commencé, assène-t-il. On attend les morts. L'autre jour, les pompiers ont sorti une vingtaine de personnes des voitures. C'est vite fait. Sans ça, ils étaient emportés. C'était fini. Si quelqu'un avait été dans un garage, avec 1 mètre 50 d'eau, il aurait pu mourir. Mais ça va venir. Ne croyez pas. On attendra qu'il y ait des morts pour faire des travaux.»

 

avancees

Plus de 200 personnes mobilisées contre le projet de Ghjuncaghju


Source : CorseNetInfos (Jean-Paul-Lottier) le samedi 11 Juillet 2020

Plus de 200 personnes ont répondu ce samedi matin à l'appel au rassemblement de l'association "Tavignanu Vivu" en réponse à l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Marseille validant le 3 juillet dernier la décision en 1ère instance du Tribunal administratif de Bastia d'enfouir des déchets sur le site de Ghjuncaghju,

L'intervention de JF Bernardini
L'intervention de JF Bernardini

Dès 9h30 ce samedi matin il y avait foule au lieu-dit "Fajo" sur le RT50, à l'endroit précisément où doit être implanté le site du Centre d'Enfouissement de Ghjuncaghju autorisé en première instance par le Tribunal Administratif de Bastia et confirmé e'n appel le 3 juillet dernier par le Tribunal administratif de Marseille.
Au jour de cette décision, la porte-parole du Collectif "Tavignanu Vivu" Brigitte Filippi réagissait dans les colonnes de CNI, précisant que cette décision du TA de Marseille portait bien évidemment un coup rude mais que nul n'était abattu et que jusqu'au bout tous se battraient contre ce projet. Elle ajoutait que les instances allaient étudier ce rapport avant d'entamer des démarches, notamment en Conseil d'État mais aussi pour prévoir un rassemblement "in situ".

A l'abri de parasols, munis de bouteilles d'eau, ils étaient donc plus de 200 ce matin à dire nom à ce projet de Centre d'Enfouissement Technique.
Parmi eux, on reconnaissait notamment le chanteur Jean-François Bernardini à la tête de l'association Umani, Jean-Félix Acquaviva, Député de la Corse, Léo Battesti, plusieurs représentants d'associations environnementales....
Perchée sur une palette, Brigitte Filippi prenait la parole pour remercier toutes celles et tous ceux qui ne veulent pas de ce projet et qui ont répondu à l'appel du Collectif 'Tavignanu Vivu" pour témoigner de leur soutien et de leur solidarité

" Nous sommes là pour répondre aux services de l'État et aux instances qui décident de notre sort et que la population toute entière ne veut pas de ce projet de Centre d'Enfouissement mais aussi pour dire que t la marmite ne fait que bouillir de plus en plus et qu'il est grand temps que chacun en prenne conscience.
J'espère que ce rassemblement aura un effet positif sur notre futur combat juridique qui va être devant le Conseil d'État Nous avons de votre soutien. N'hésitez pas à vous faire entendre, à partager sur les réseaux sociaux afin que notre cause soit entendue partout et notamment dans les hautes sphères à Paris.
Nous n'hésiterons pas si besoin à nous déplacer dans la Capitale"


Jean-François Bernardini enchaînait : " On veut tuer notre deuxième fleuve de Corse, U Tavignanu. Quelqu'iun a que l'obligation de subir les conséquences nous donne le droit de se lever, nous donne le droit de savoir. N'est-ce pas là un devoir d'être là aujourd'hui?
Il n'y a rien de plus urgent d'être là ensemble aujourd'hui.
Les dites instances juridiques et républicaines qui doivent nous protéger ne semblent pas, ou pas encore réussir à empêcher le pire, au contraire, pour le moment elle lui ouvre le chemin. Après le TA de Bastia, la Cour d'Appel administrative de Marseille a tranché. Au mépris de la décision préfectorale de 2016, au mépris de la Collectivité de Corse, au mépris du vote de la Com Com de l'Oriente contre les intérêts citoyens et ceux de nos enfants. Dans une irresponsabilité écologique ahurissante, les tribunaux viennent d'autoriser la Société Oriente Environnement à ouvrir et exploiter deux exploitations de stockage de déchets dont surtout parmi elles 1 300 000 tonnes de terres amiantifères sur la commune de Ghjuncaghju
et en plus sur des terres agricoles". Et de poursuivre: "On veut tuer le deuxième fleuve de Corse U Tavignanu"

" Aujourd'hui c'est-le peuple qui fait appel, c'est peut-être aussi le Tribunal de nos enfants, de nos petits-enfants qui nous convoque tous. Et c'est aussi çà ce Tribunal là que nous serons jugés un jour.
Partout sur le planète on s'efforce de préserver l'eau, de préserver l'eau potable, les nappes phréatiques qui sont notre première source de vie. Partout sur la planète entière on s'inquiète des ressources en eau. En Corse le débit des fleuves a déjà diminué de 20 à 30%. Ce déclin ne va pas s'arrêter. Face à ces réalités alarmantes nous ne sommes pas prêts à assister passivement au spectacle révoltant, au spectacle scandaleux de tribunaux qui donnent leur aval pour injecter dans le deuxième fleuve de Corse, c'est à dire dans le cordon ombilical de notre terre, des milliers de tonnes de déchets et poisons pendant 30 ans. Les juges qui ont pris cette décision à Bastia et à Marseille, les avocats qui ont argumenté ce choix, Me Vinilo le défenseur de ce projet sont-ils conscients du poids d'un tel jugement. Sont-ils conscients de leur responsabilité face au générations d'aujourd'hui et de demain, face à cette catastrophe écologique programmée".


Le député Jean-Félix Acquaviva s'engage à interpeller la nouvelle ministre de l'Ecologie sur ce projet

Léo Battesti fustigeait à son tour ceux qui cautionnent ce projet de Centre d'Enfouissement des déchets: "Le pire ce sont tous les dénis , ce sont tous les silences, tous ces gens qui regardent ailleurs, qui ne sont pas là aujourd'hui alors que ce devrait eux les premiers à se battre pour défendre les intérêts de notre jeunesse"
Jean-Félix Acquaviva député de la Corse se réjouissait çà son tour de voir le peuple présent, le peuple debout pour défendre cette cause.
Avec le changement de gouvernance au Syvadec, "Je pense et je souhaite que ce sera l'occasion radicale sur la gestion des déchets, sur l'économie circulaire et à fortiori sur le Centre de Ghjuncaghju pour que l'on puisse avoir un acteur franc, clair, aux côtés de ceux qui se mobilisent pour un nouveau modèle de société et contre ce projet" .
Et de conclure en faisant allusion au récent remaniement ministériel :" dès le discours de politique général du Premier ministre qui aura lieu mercredi prochain devant l'Assemblée Nationale, en tant que député ce sera de demander une rencontre et de pouvoir discuter avec Barbara Pompili, la nouvelle ministre de l'Ecologie sur son engagement par rapport au fait d'être opposé au Centre de Ghjuncaghju. Je m'y engage".
Plusieurs intervenants se succédaient à la tribune improvisée et les échanges se poursuivaient.

Le communiqué du Collectif "Tavignanu Vivu"

"L’autorisation d’exploiter le CET a été confirmée par la Cour d’Appel de Marseille le 3 juillet 2020 malgré l’entrée de la CDC et d’U Levante dans la procédure.
Pour rappel, le projet de CET de Giuncaggiu a été refusé en novembre 2016 par le Préfet Alain Thirion qui estimait notamment que le dossier d’Oriente Environnement ne permettait pas de lever les doutes sur les risques présentés par les caractéristiques géologiques du site d’implantation du projet. Il a été également par la Ministre de l'Ecologie de l’époque. Par ailleurs, de nombreux avis très défavorables avaient été émis (https://www.tavignanuvivu.com/soutiens-avis)

A la stupeur générale, le Tribunal Administratif de Bastia a annulé ce refus le 3 octobre 2019.
Le collectif a fait appel de cette décision devant la Chambre Administrative d’appel de Marseille, rejoint dans cette démarche par la CDC et U Levante

Malgré l’abondance et la pertinence des arguments techniques exposés par les différents avocats, la CAA de Marseille a rendu un avis favorable au projet le 3/07/2020. Ayant pu constater que de nombreux éléments avancés par les différents experts n’avaient pas été pris en considération lors de cette procédure, le collectif a décidé de continuer devant le Conseil d’État.
Quel rôle joue l’État dans cette affaire ?
En refusant de faire appel, le Ministère de la transition écologique, a trahi la juste décision du Préfet Thirion et n'a pas assuré la continuité de l'État. Il a également trahi la population et les engagements qui avaient été pris par le Préfet Gavory lors de nos entretiens.
L’État nous ment, après nous avoir annoncé par courrier toute la transparence qu’il apporterait à ce dossier, nous avons constaté qu’un courrier du Ministère de la transition écologique a été envoyé à la CAA de Marseille le 25/05/2020 sans que l’on puisse en connaitre la teneur
En se désengageant de la procédure, l’État se désintéresse de notre sort et laisse un collectif de citoyens et des associations assurer seuls la défense de la protection sanitaire de la population et affronter les acteurs (qui ne manquent pas de moyens financiers et qui en veulent toujours plus) du bâtiment, des transports et des déchets.
Prétextant une pseudo crise des déchets, qui en réalité n’est qu’une bataille de compétences et de défiance politique entre l’État, la CDC, le Syvadec et les Intercommunalités, l’État fuit ses responsabilités et devient un partenaire déguisé de ce projet ahurissant.
Dans ce projet, il est prévu l’enfouissement de 102 000 t de terres amiantifères pendant 13 ans, ce qui va représenter la circulation de très nombreux camions sur l’axe très accidentogène Bastia Giuncaggiu via Aléria avec les risques liés à la dangerosité de l’amiante.
Des sites envisagés pour enfouir l’amiante situés à 45km de Bastia avaient été jugés trop éloignés des lieux de production, or, ce projet est à 95km donc de fait deux fois plus loin.
Dans le plan de gestion de déchets, la Corse a été découpée en 5 territoires qui devraient gérer leurs déchets. Il est donc inconcevable que la plaine orientale continue à accepter sans mot dire les déchets de presque toute la Corse.
Nous demandons à l’assemblée de corse de voter une motion qui mettrait en demeure ces 5 territoires de traiter leurs propres déchets.
La solution pour les déchets existe. La mise en application du plan n’est pas une utopie. L’exemple de Calvi-Balagne en est la preuve. La collecte séparée des biodéchets et la création d’unités de compostage feraient vite progresser le tri de 30% .
Tout le monde sait pourquoi le tri n’avance pas !!!! Nos déchets ménagers sont une manne financière pour certains et c’est le citoyen qui paye la note

Mais il ne s’agit là que du dernier épisode d’une télénovela qui n’a que trop duré pour les Corses. Dans le dossier de justice de Giuncaggiu, les services de l’État ont souvent brillé par leur grande “ABSENCE”.
Après maintes demandes, les préfets de Corse, Josiane Chevalier et Franck Robine ainsi que le Ministère de la transition écologique ne nous ont jamais reçus et nous ont renvoyés vers le préfet de Haute Corse, “renvoyant chacun aux compétences qui sont les siennes” et nous disant qu’il faut considérer ce dossier que dans le cadre global de la crise des déchets.
Même si ce projet est une folie, il le leur faut !!!!.
Ce terrain a été choisi par les porteurs de projets non pas pour son adaptation au projet mais bien plus parce que c’est un terrain de famille. La Justice soutient que cet endroit est propice, alors que les services de l’État eux-mêmes le désignent pour moitié dans une « zone d’interdictions règlementaires » et pour moitié dans une « zone à enjeux environnementaux forts connus » sur des cartes établies spécialement par la Dreal pour le choix d’implantation de sites de centres d’enfouissement !!!!!!
NON, Messieurs les décideurs, le ralentissement dans la gestion des déchets en Corse n’est pas un laisser passer au tout enfouissement, et surtout n’importe où !!!!"
Pour le collectif, la prochaine étape est de saisir le Conseil d’État. Nous avons déjà entamé des démarches auprès de l’Europe, elles sont en bonne voie et soutenues par des députés européens. Mais ces procédures ne débuteront que lorsque tous les recours au niveau national seront épuisés.
Les soutiens au collectif sont de plus en plus nombreux car la protection de l’environnement est un enjeu majeur pour notre avenir et celui des générations futures.
Cette prise de conscience se traduit aussi au niveau national comme le montre la décision du 31/01/2020 du Conseil Constitutionnel :
« La protection de l’environnement, patrimoine commun des êtres humains, constitue un objectif de valeur constitutionnelle ».

L’exceptionnelle forêt du Fangu

« Est-ce si grave si le maquis part en fumée chaque été dans les incendies en Corse ? »

C'est la question que j'ai naïvement posée un jour à Christophe Panaïotis du Conservatoire Botanique National de Corse. Pour toute réponse, il m'a fait découvrir un coin unique en Corse, la réserve de l'Homme et de la Biosphère du Fangu classée en 1979 notamment pour le fort degré de naturalité que représentent ses forêts de chêne vert (Quercus ilex L.) à l’échelle de la Méditerranée.

Ici niche une forêt de chênes verts unique en Méditerranée. Le maquis a poussé jusqu'à devenir une forêt mature. Il s’est enrichi de jeunes chênes verts, notamment grâce au geai des chênes qui plante les glands pour les cacher et permet à la chênaie de s’étendre. Aujourd’hui, ces derniers ont jusqu’à 200-250 ans pour les plus vieux et mesurent parfois plus de 30 mètres de hauteur. Dans le haut du Fangu, la forêt entre dans les phases de maturité, sénescence et ouverture. Elle a sa propre dynamique de régénération interne : les plus vieux chênes meurent et provoquent des ouvertures dans le peuplement. Ces trouées modifient notamment la lumière qui arrive en sous-bois et permettent à la régénération de croître, aux ronces et aux lianes de se développer et à certaines espèces du maquis de se réimplanter. Les taux de bois mort dans la phase d’ouverture sont considérés comme très élevés par le WWF. Le bois mort se décompose très vite : une vingtaine d’années suffit. Sans intervention de l’homme (et sans feu), le cycle de renouvellement de la forêt de chêne vert dure 250 ans en passant par un stade à maquis.

Jean Froment et Christophe Panaïotis

L'exceptionnelle forêt du Fangu from Les Projections de la Cabane on Vimeo.

Piana – Villa Mury : démolition confirmée par la Cour de cassation

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de M. Mury. L’arrêt de la CA Bastia ayant ordonné la démolition devient définitif.

mury

M. Gil Mury avait formé un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la Cour d’appel de Bastia, chambre correctionnelle, en date du 19 décembre 2018, qui l’avait condamné à 20 000 euros d’amende pour avoir construit une bâtisse sans autorisation et avait ordonné la remise en état des lieux sous astreinte, en réparation du préjudice subi par U Levante, partie civile, du fait de l’atteinte causée par le prévenu aux intérêts collectifs qu’elle défend.

La Cour de cassation valide le raisonnement de la cour d’appel de Bastia.

Elle reconnaît d’abord que les infractions poursuivies sont constituées, le prévenu ayant réalisé « une construction entièrement nouvelle, prohibée par le plan d’occupation des sols, dans un site remarquable ».

Surtout, elle approuve la Cour d’appel d’avoir ordonné la démolition de la bâtisse et la remise en état des lieux, et confirme ainsi, de façon très nette, qu’en présence d’une infraction aux règles d’urbanisme les associations agréées de défense de l’environnement peuvent valablement demander, en tant que partie civile, la remise en état des lieux en réparation de l’atteinte portée aux intérêts qu’elles défendent.

plan
Localisation de la villa Mury à Piana, en espace remarquable
(ZNIEFF de type 1, site Natura 2000) et à moins de 100 m de la mer)

Pour la Cour, la remise en état des lieux constitue, en l’espèce, une mesure adaptée à la réparation du dommage environnemental né des infractions et à la gravité de l’atteinte portée à un site remarquable par une construction illicite.

Alors qu’on assiste, en Corse, à une augmentation préoccupante du nombre des constructions sans permis, cette décision est importante, la démolition sous astreinte étant une mesure dissuasive et qui permet de réparer efficacement les atteintes portées aux sites naturels.

Murtoli : U Levante remporte une bataille face à l'État

Le tracé du sentier du littoral à proximité du luxueux domaine de Murtoli faisait débat. L'État avait ordonné sa modification, soulevant l'ire d'U Levante. Le tribunal administratif de Bastia a donné raison à l'association, et annulé l'arrêté préfectoral.

Publié le 23/06/2020

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La crique de Murtoli, à l'écart du monde, du bruit... et des randonneurs. © PHOTOPQR/NICE MATIN

En 2017 et 2018, la préfecture de Corse avait pris plusieurs arrêtés, qui modifiaient la servitude de passage des piétons le long du littoral, à Sartène. A un endroit situé entre l'Ortolo et la pointe de Murtoli.

cadastre
Les deux tracés proposés, par la DDTM et U Levante. © Google Earth, annoté par U Levante

Un endroit perdu en pleine nature.
Ou presque.
C'est là que se trouve le domaine de Murtoli, lieu de villégiature favori de la Jet Set et des vacanciers (très) aisés.

Un paradis (un peu trop) à l'écart du monde

Pour l'association U Levante, qui n'en est pas à son premier combat contre Paul Canarelli, l'homme d'affaires à la tête de l'endroit, il n'y avait guère de doutes :
Le but était d'éviter que les promeneurs ou les randonneurs viennent troubler la quiétude des clients de Murtoli.

murtoli
Murtoli, en Corse du Sud © STEPHAN AGOSTINI / AFP

"Pour protéger l'intimité des locataires des demeures hôtelières nommées Alivu, Albitru et Eddera, [Le tracé proposé par la DDTM] passait en arrière de plus de 200 mètres du rivage de la mer" estiment les militants pour la préservation de la nature.

Un sentier littoral qui doit être dans la bande des 3 mètres et qui est proposé à plus de 200 mètres. Il fallait oser ! - U Levante

Dès 2018, U Levante avait donc déposé une requête.
C'est hier, le 23 juin, que le tribunal administratif de Bastia a rendu sa décision.
Il donne droit à la requête de l'association, et annule les arrêtés préfectoraux.

Décision du tribunal administratif de Bastia du 23 juin -> lien vers le fichier pdf

Le sentier ne représentait pas un danger pour l'environnement

Selon le tribunal, il apparaît que le tracé retenu, "qui est situé à plus de 200 mètres, ne saurait être regardé comme ayant été choisi dans la stricte mesure nécessaire au respect des objectifs ainsi fixés par la loi."

En clair, les contraintes liées à la protection de l'environnement et à la configuration des lieux, qui auraient pu donner lieu à un éloignement de la mer, ne s'appliquent en rien dans le dossier de Murtoli.

Et les randonneurs devraient donc pouvoir, bientôt, accéder de nouveau à la crique de Murtoli et à ses environs...

Scandola

elbo
Elbo en hiver

Je vais en parler au nom de ceux dont on n’a plus voulu, de ceux qui y ont travaillé pendant des dizaines d’années, qui y ont travaillé parce que leurs pères y avaient travaillé avant eux, de ceux qui s’installaient dans la marine d’Elbu, au mois d’avril, qui y retrouvaient des bergers du Niolu, qui apprenaient par le passage fortuit des douaniers la naissance de leur premier enfant, qui perdaient rapidement leurs dents sans raison, juste parce qu’ils avaient eu des carences alimentaires en produits frais, ou qui développaient un cancer de la peau, parce qu’on avait oublié de leur parler de leur « capital soleil ».

Je veux faire entendre la voix de ceux qui ont emporté avec eux la localisation du puits de l’Elbu, qui ont emporté un vocabulaire qui mourra avec moi et avec quelques autres qui en détiennent encore le souvenir : più nimu n’andarà à garganà, più nimu ùn priparerà e baderne o e vistinare...

Je veux parler de ceux qui étaient capables de montrer où s’était caché le sous-marin Casabianca, ou qui pouvaient évoquer avec un frisson malicieux la grotte où les contrebandiers cachaient les cigarettes.

Je veux parler de ceux qui entretenaient des relations solidaires avec les bergers/chasseurs, qui arpentaient un maquis dense et menaçant, et des relations âpres avec les mareyeurs qui venaient de Calvi ou d’Ajaccio pour s’approvisionner en langoustes.

Je veux parler au nom de ces pêcheurs qui s’installaient pour quelques mois, dans des habitats spartiates et rudimentaires à Girolata ou à Elbo.

Il y a un magnifique roman d’un auteur sarde, Sergio Atzeni, qui s’intitule : « Passavamo sulla terra leggeri » : eh bien ! je veux vous parler au nom de ceux-là, bergers ou pêcheurs, qui « passaient légers sur la terre », parce que la terre ne devait pas souffrir de leur poids, pour se montrer généreuse à leur égard.

Je veux vous parler au nom d’eux qui dialoguaient avec la Nature. Oh ! Bien sûr, Il est arrivé que le dialogue soit violent, qu’il faille quitter les lieux avant d’être pris dans l’étau de la tempête, qu’il faille se réfugier dans le creux d’une falaise en attendant que la colère de cieux s’apaise. Le dialogue était particulièrement violent chaque fois qu’un pêcheur sortait le fusil contre un phoque-moine, coupable de déchiqueter les filets pour s’emparer du poisson.

Mais, ne sortez pas les mouchoirs ! Ce n’est pas « Pêcheurs d’Islande » que je vous raconte...Ce n’est pas non plus « Oceano nox ». Je n’en ai pas le talent et ce n’est pas le propos.

La rudesse de la vie n’empêchait pas la joie : la joie de la pêche abondante, comme la joie de la rencontre avec toute personne que son travail ou ses loisirs avaient jetée sur cette côte.

Quant à moi, parce que je suis la fille de l’un de ces hommes, j’ai eu le privilège de me baigner dans des pourpres qui se diluaient en orange, dans des noirs qui viraient au turquoise ou au vert, dans des limpides, des transparents, des translucides, dans des chatoiements ou des miroitements, qui faisaient du bien à la peau et à l’âme.

C’est cette Scandola que je veux faire vivre car, contrairement à tout ce qui se dit depuis quelques temps, ce ne sont pas les touristes qui ont inventé Scandola.

Ce n’est pas non plus, un communicant de génie, ou un promoteur de l’évènementiel, qui aurait décidé de créer ça, comme une espèce d’installation titanesque d’art contemporain, pour attirer toujours plus de visiteurs.

Non, Scandola c’est le choc d’un volcan qui, un jour, a craché sa fureur au ciel, et que la mer a figée ! Le résultat serait qualifié par les italiens de « mozzafiato » (coupe-souffle), car effectivement, l’incroyable beauté du lieu, sa majesté, son immuabilité devrait provoquer le silence que l’on a devant le Sacré.

Il n’en est rien, bien sûr ! Et une visite de Scandola offre désormais le spectacle de rongeurs affamés, qui dépècent la bête : ce n’est que ronflements de moteurs, braillements de guides, cris d’extase du visiteur, bras levés, pour prendre la photo ou le selfie qu’il enverra au monde entier : car l’émotion ne vaut que si elle est exhibée.

Aujourd’hui, la perte du Diplôme européen des espaces protégés, par décision du Conseil de l’Europe publiée dans un rapport le 30 mars 2020, est juste le signe de notre incurie, et de notre mépris pour les avertissements qui nous avaient été communiqués. Et ce ne sont pas les réactions lénifiantes du maire d’Osani, ou du président du Parc Régional Naturel de Corse qui sont de nature à nous rassurer.

Si nous étions sensés, si nous étions le peuple soucieux de son patrimoine et du sort de ses enfants que l’on veut bien nous dire, aurions-nous besoin que l’on nous désigne les lieux à admirer et à protéger ?

Non, bien sûr ! Mais, nous sommes ces individus qui traînent désormais leur obésité de « tratechji » sur une terre qui n’en peut plus. Et nos appétits s’exercent de la mer à la montagne, nous l’avons vu lors des épisodes des estives de la Gravona !

Nous ne mangeons pas tous, il est vrai ! Mais, trop souvent, nous détournons pudiquement les yeux devant cette gloutonnerie.

Il nous reste une chance... minime... Celle du répit que nous accorde ce satané virus !

Le choix de la mono-activité économique que nous avons fait par défaut, va nous laisser exsangues, et il y aura beaucoup de choses à sauver, à réparer : ça, c’est l‘urgence !

Mais il faut aussi mettre à profit le temps qui nous est donné pour tenter de nous projeter, et réfléchir aux valeurs que nous voulons conserver et à celles que nous voulons inventer.

Et Scandola sera le symbole de notre engagement... ou d’une indifférence mortelle !

Dominique Bianconi – 2 mai 2020

Scandula au soleil couchant

 

20 avril 2020

La réserve naturelle de Scandola perd son diplôme européen d'espace protégé

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Illustration, Réserve de Scandola. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Le conseil de l’Europe a indiqué ne pas renouveler le diplôme d’espace protégé de la réserve naturelle de Scandola. Une distinction obtenue en 1985. La faute à une surfréquentation touristique qui n'aurait pas été correctement prise en charge. Par Axelle Bouschon Publié le 20/04/2020 à 10:21

Trente-cinq ans après son obtention par le Conseil de l'Europe en 1985, la réserve de Scandola perd, cette année, son diplôme européen d'espace protégé.

En cause, une surfréquentation touristique du site - pouvant affecter sa biodiversité - qui n'a, selon les experts, pas été prise en charge avec les moyens et l'investissement adéquat.

Un rapport de l'institution européenne, publié le 30 mars dernier, détaille ainsi qu'en 2018, une expertise menée à la réserve naturelle Scandola avait conduit à la suspension du renouvellement de son label d'espace protégé, "en l'attente de son extension, et de la création d'un parc marin au plus tard au 31 janvier 2020".Une décision détaillée dans un courrier communiqué à la Convention Berne de France - qui vise à assurer la conservation de la flore et de la faune sauvages d’Europe et de leurs habitats, et à protéger les espèces migratrices menacées d’extinction - en mai 2019, resté sans réponse.

Manque de "progrès" et de communication

Une nouvelle visite d'expert en juillet 2019, poursuit le rapport, a conclu "qu'aucun progrès n'avait été réalisé, et que la situation, notamment l'augmentation de la pression touristique, empirait".

D'où la décision, prise à l'unanimité, de ne pas renouveler "le diplôme de la réserve naturelle de Scandola, face au manque considérable de progrès et aux tentatives minimales de communication avec le Secrétariat". Et ce, malgré "plusieurs avertissements issus par le groupe au cours des dernières années". La zone restera cependant surveillée, conclut le rapport.

Qu'est-ce-que le diplôme européen d'espace protégé ?

Créé en 1965, le diplôme européen vise à déterminer les "piliers de la sauvegarde de la nature et du paysage" en Europe.

Il est accordé par le comité des ministres du Conseil de l'Europe à des espaces naturels et semi-naturels ou à des paysages "ayant un intérêt européen exceptionnel pour la conservation de la diversité biologique, géologique ou paysagère, et faisant l’objet d’une gestion exemplaire", détaille un rapport émanant de l'institution.

"Le diplôme est attribué à des espaces protégés en raison de qualités remarquables du point de vue scientifque, culturel ou esthétique, à condition toutefois que ces espaces bénéficient d’un régime de protection adéquat".

Une décision prise "après une évaluation soigneuse du site concerné". Attribué dans un premier temps pour une durée de cinq ans, il peut par la suite être renouvellé, pour des périodes de dix ans.

SCANDOLA : La secousse médiatique du Conseil de l’Europe.

par Bernardu Cesari

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Depuis quelques jours en Corse, notamment sur les réseaux sociaux, enfle la rumeur de la perte du Diplôme Européen des Espaces Protégés, attribué en 1985 à la réserve de Scandola. En prenant un peu de distance vis à vis de cette pression instantanée, les informations précises se trouvent facilement sur Internet, sur les sites du Conseil de l’Europe et de l’Unesco.

Dans les faits, le diplôme de Scandola n’est pas encore perdu, mais il peut l’être dès la fin de cette année 2020. Il concerne uniquement le périmètre de la réserve naturelle protégée de Scandola, géré par le Parc Naturel Régional de la Corse et l’Office de l’Environnement de la Corse. Il n’impacte pas le site beaucoup plus étendu de l’espace « Patrimoine Mondial de l’UNESCO, golfe de Porto, calanche de Piana, golfe de Girolata, réserve de Scandola ».

Depuis 1966, le Conseil de l’Europe a attribué ce diplôme européen des espaces protégés à 75 sites naturels remarquables. Il est d’abord valable 5 ans, puis est renouvelé par période de 10 ans, à chaque fois après une expertise indépendante.

La réserve naturelle de Scandola a obtenu ce diplôme en 1985, il a été renouvelé en 1990, 2000 et 2010. Dans le cadre du renouvellement prévu en 2020, l’expert indépendant, Olivier Biber, a réalisé son étude en juillet 2018. Son rapport a été présenté en décembre 2019 au comité de gestion du Conseil de l’Europe. Dans ce document très clair, Monsieur Biber rédige sa conclusion sous la forme d’une condition en 3 volets, à appliquer dès le début 2020, et à en présenter les résultats à la fin de l’année :

Il s’agit d’un message fort, et qui plus est public. Mais il n’est pas surprenant, et ce pour plusieurs raisons. Lors de chaque renouvellement du diplôme, les différents rapports relevaient toujours les mêmes points problématiques sur la protection de la réserve :

Pour confirmer cela, le rapport d’activité de la réserve pour l’année 2018, envoyé par le PNRC, montre, très honnêtement d’ailleurs, les dégâts quasi irrémédiables subis par la faune et la flore de la réserve. Certains sont imputables au changement climatique (la montée des eaux), d’autres à des maladies (la disparition des nacres), mais aussi à cette sur-fréquentation maritime (le nombre des poussins balbuzard est en forte baisse, il a été constaté un effondrement de 60% de la biomasse des poissons, il y est relevé la mort de trottoirs de Lithophyllum). Ce rapport montre, également, l’extrême difficulté de la tâche du personnel de la réserve. Avec des moyens et des effectifs réduits, ils ont dû subir des pressions physiques et des menaces inacceptables de la part de certains professionnels. Tout cela est intolérable pour l’expert, et probablement pour le Conseil de l’Europe.

Or ce diplôme porte bien son nom, il faut le passer et le repasser régulièrement. Il faut montrer, continuellement, que l’on respecte ses critères et objectifs. Manifestement, l’état actuel de l’écosystème de la réserve pose la question de l’utilité même de cette dernière. L’incapacité des autorités compétentes à contrôler le flux des bateaux de toutes tailles dans la réserve, aussi près du bord, à des vitesses souvent excessives, a conduit l’expert mandaté à poser cet ultimatum. Il savait que cela ferait du bruit. C’est d’ailleurs, explicitement, un des moyens de pression qu’utilise le Conseil de l’Europe pour faire respecter ses critères de protection. Un seul site a été sanctionné de la sorte en 60 ans : Le Parc des Pyrénées. On y avait laissé construire de façon anarchique. 2 autres sites ont vu leur renouvellement suspendu en attendant la réalisation des préconisations demandées. On ne badine pas avec les principes, au Conseil de l’Europe, c’est clair, professionnel. C’est la garantie de la valeur de leur diplôme.

La réponse des gestionnaires de la réserve, le PNRC et l’OEC se trouve dans ce communiqué du 21 avril. Ils indiquent avoir pris en 2019 des décisions en cours d’application : augmentation du budget 2020, réunion du nouveau conseil scientifique, orientations urgentes de protection des balbuzards appliquées par les bateliers. Les gestionnaires demandent du temps pour continuer leur travail de remise à plat et de concertation avec tous les acteurs. Il n’est pas certain que le Conseil de l’Europe en accorde beaucoup plus.

Pour obtenir à nouveau ce diplôme, il est nécessaire d’accélérer une prise de décisions qui fera forcément des mécontents, notamment chez les loueurs de bateaux, les bateliers et les plaisanciers. Mais protéger la biodiversité, la richesse environnementale et la beauté de Scandola passera, forcément, par un encadrement ferme de certaines professions et par l’établissement de quota de visiteurs dans certains endroits, voir des zones interdites. Ce sera un prix modique à payer pour léguer un lieu toujours aussi magique aux générations futures.

Source : StampaPaese, 22/04/2020

Crise des déchets en Corse : 21.000 tonnes d’ordures expédiées sur le continent

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Les opérations de déstockage des balles de déchets ont débuté ce mardi 15 avril à Ajaccio. / © Lionel Luciani

Les opérations de déstockage des balles de déchets entreposées sur différents sites de Corse ont débuté ce mardi 15 avril à la décharge de Saint-Antoine à Ajaccio. En tout, 21.000 tonnes d’ordures vont être expédiées sur le continent pour y être traitées.

Par Audrey Altimare - 15/04/2020

La crise des déchets ne se jouera pas en 2020. 21.000 tonnes d’ordures, rassemblées en balles, vont être expédiées de Corse vers trois centres de traitements du continent (Nice, Fos-Sur-Mer et Vedène) après que les préfets de Corse et Provence Alpes Côte d’Azur et les présidents de régions ont trouvé un accord.

Les opérations de déstockage ont débuté, ce mardi 15 avril, en milieu de matinée à la décharge de Saint-Antoine, à Ajaccio, où 10.000 balles de déchets sont entreposées.

« C'est une solution provisoire, le problème demeure entier»

Le chantier devrait durer six semaines selon Laurent Marcangeli, maire d'Ajaccio et président de la communauté d'agglomération du pays ajaccien. . « C’est un travail qui est assez fastidieux puisque ce sont des gros plateaux qui transportent 25 balles, ce qui représente environ une tonne. C’est un travail particulier. On a dû reconditionner un certain nombre de balles également car elles étaient abîmées et pour pouvoir permettre aux dockers de travailler dans les meilleures conditions. Mais c’est une solution provisoire, car quoi qu’il advienne, le problème demeure entier. Si on ne trouve pas de solution, nous allons buter sur les mêmes problématiques, à savoir le fait que nous n’avons pas assez d’exutoires locaux pour pouvoir traiter la problématique des déchets », explique-t-il.Ces opérations sont également organisées à Bastia et Porto-Vecchio. Les balles vont être évacuées, dès ce mardi, par bateau via Marseille avec d’entre acheminée vers un des sites de valorisation énergétique. « Le montant du transport est de 3,3 millions d’euros en conformité avec les estimations et le coût du traitement s’élève à 2,8 millions d’euros, ce qui est supérieur de près de 700 000 € au coût du traitement en Corse », indique le Syvadec dans un communiqué.

Baisse d’activité liée au Coronavirus

Un projet rendu possible grâce à la crise sanitaire du Coronavirus. Avec le confinement, les trois sites d’accueil subissent une baisse d’activité et sont en demande de matière.

Une information que Laurent Marcangeli a transmise à Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, via un courrier la semaine dernière. Dans ce dernier, l’édile indiquait déjà avoir obtenu un accord de principe de la part de Christian Estrosi, maire de Nice et président de la métropole Nice Côte d’Azur.En Corse la mise en balles des déchets et leur stockage sur plusieurs sites de l’île a débuté en novembre dernier suite à la fermeture du centre d’enfouissement de Prunelli, pour cause de saturation annuelle, et au blocage du site de Viggianello. Blocage qui a duré quatre mois.

8 janvier 2020

En coopérant avec la nature, la Corse a réussi à diviser par 6 les incendies malgré la crise climatique

Les années 80, en Corse, c'est 118 408 hectares brûlés, sur 870 000. Les années 2010, c'est dans les 20 000. 6 fois moins. Malgré le changement climatique, qui nous frappe aussi, faut pas croire. La chance ? Non, un gros travail.

7 janvier 2020 - Laurie Debove

La Corse est particulièrement exposée aux risques d’incendies. Grâce à un important travail de recherche et à la formation de comités feux de forêt, l’Ile de Beauté a réussi à diminuer par six le nombre d’incendies entre les années 1980 et 2010. Un exemple réussi de prévention et gestion des risques, mais aussi de coopération avec la nature.

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur les monstres de flammes qui dévorent l’Australie, la question se pose de la résilience d’un territoire et la façon de minimiser les risques en période de crise climatique. Si la taille gigantesque des feux de forêt en Australie est sans commune mesure avec ce que la France a déjà vécu, le cas de la Corse est un exemple très intéressant pour la résilience des territoires face à la montée en puissance des évènements climatiques.

« J’ai grandi dans la zone de Corse la plus frappée par les incendies, la Balagne. Les années 80, en Corse, c’est 118 408 hectares brûlés, sur 870 000. Les années 2010, c’est dans les 20 000. 6 fois moins. Malgré le changement climatique, qui nous frappe aussi, faut pas croire. La chance ? Non, un gros travail. Pas toujours parfait, loin de là, mais un travail à plein de niveaux : prévention, surveillance, intervention, et un programme de recherche à l’Université. » témoigne ainsi Fabien Abraini sur son compte Twitter, doctorant en littératures comparées et anthropologie à l’Université de Corse

Ainsi, la création de comités feux de forêt a permis d’avoir aujourd’hui une centaine de bénévoles sur l’ensemble du département de Haute-Corse. Ces comités ont pour mission de sensibiliser la population aux comportements à risque, de trop nombreux incendies étant encore causés par négligence ou malveillance humaine, et effectuent un travail de surveillance tout au long de l’année. Ils apportent leur aide aux sapeurs-pompiers et peuvent intervenir sur le départ de petits feux (généralement <100m2).

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Crédit photo : Anthony Bressy

Les autorités corses ont également mis en place des zones dites de « pare-feux » à grande échelle, notamment dans les endroits à faible activité agricole avec de larges portions de maquis. En montagne, des pistes de défense contre l’incendie ont été aménagées avec des réservoirs pour faciliter l’intervention des pompiers et garde-forestiers. Ces mesures de prévention sont complétées par des brûlages dirigés qui consistent à détruire par le feu des herbes, broussailles, litières, rémanents de coupe, branchages, bois morts, sujets d’essence forestière ou autres représentant un facteur à risque pour la propagation des incendies.

« Il faut évidement lutter contre les causes du réchauffement climatique mais aussi remettre en cause les croyances qui irriguent la pensée occidentale : l’idéologie qui voudrait soumettre la nature, la dominer, mais également le préservationnisme – c’est-à-dire l’idée selon laquelle les équilibres naturels et la présence humaine sont incompatibles, que la nature fait bien les choses, qu’il faut s’en retirer, la protéger en la sanctuarisant et en la mettant sous cloche. Au contraire, je pense qu’il faut prôner une sorte de coopération et de partenariat, développer un modèle de soin de la forêt où cette dernière ne serait pas uniquement vue sous l’angle de l’extractivisme. Concrètement, cela veut dire revenir à des pratiques menées par des peuples indigènes mais aussi par les paysans traditionnels. Monter la garde, débroussailler, habiter le territoire, faire des feux de surface pendant la saison des pluies. Devenir l’auxiliaire de la nature. Faire avec elle plutôt que contre. S’opposer à la nature, c’est la détruire mais c’est aussi détruire nos chances de vie sur la Terre. » explique Joëlle Zask, auteure de « Quand la forêt brûle », explique pour Reporterre

Actuellement, deux nouveaux programmes de recherche stratégiques sont en cours de validation par l’Université de Corse et le CNRS, dont l’un s’inscrit dans un projet européen de coopération autour des feux de forêt visant à étudier les vulnérabilités des habitations devant les incendies pour mieux organiser leur protection.

En période de crise climatique et écologique, ce travail de connaissance et coopération avec la nature devient donc primordial pour le maintien de l’équilibre de nos écosystèmes.

Source : La relève et la peste

17 juillet 2019

Le Parc marin à la recherche d'un ancrage

Par Antoine Giannini--16 juillet 2019 à 15:23

Créé en juillet 2016, le parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate vient de voter à une large majorité son plan de gestion valable pendant 15 ans. Un outil écologique en manque de moyens, mais ambitieux sur le plan environnemental

balbuzard

C'est un événement très important grâce à la dynamique tout à fait originale issue de l'articulation entre la collectivité territoriale, les services de l'État, les scientifiques, les professionnels de la mer."

Ségolène Royal, à l'époque ministre de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer, se félicite, lors de l'inauguration du parc marin en décembre 2016. Le moment est médiatique et symbolique. Plus de deux ans plus tard, le 8 juillet dernier, dans la salle des fêtes de San Martino, l'ambiance n'est plus la même. Elle est devenue bien plus studieuse.

Après quatre heures de débat, le plan de gestion de l'outil est adopté à une large majorité. Sur les 48 membres appelés à siéger, 46 ont fait le déplacement et 42 ont approuvé la politique du parc pour les 15 ans à venir.

Si tous les acteurs s'accordent à mettre en avant l'utilité de l'outil, des divergences existent déjà au sujet de la façon de mettre en application diverses mesures. "Cela fait partie du jeu démocratique", sourit Maddy Cancemi, la directrice déléguée du parc marin, membre de l'Office de l'environnement corse.

"De bonnes intentions mais les moyens ne suivent pas"

Il faut dire que les sujets à traiter sont aussi variés et larges que la superficie du territoire couvert par le plus grand parc naturel marin de métropole, partie prenante de l'Agence française pour la biodiversité : du nord de Bastia jusqu'à la commune de Belgudè en Balagne à l'ouest, et de la réserve naturelle des îles du Cap Corse en passant par une zone économique exclusive, jusqu'aux eaux limitrophes italiennes. Au milieu de ce territoire cohabitent pêche artisanale, activités de loisirs, trafic maritime et tourisme. Le tout sous le contrôle d'une dizaine d'agents affiliés au parc marin.

Des moyens humains jugés insuffisants pour couvrir l'intégralité de la superficie : "Le plan de gestion est correct, mais il ne pourra être appliqué qu'avec l'apport de personnel mais aussi de moyens matériels, analyse Antony Hottier, maire de Barrettali, absent du conseil de gestion, mais investi depuis l'origine dans la création de la structure. Il faudra aussi, au minimum, un autre bateau, sinon tout cela restera un voeu pieu. Comme toujours, il y a de bonnes intentions, mais les moyens ne suivent pas. Si cela n'est pas rapidement mis en place, le parc va partir en déliquescence..."

Parmi les inquiétudes mises en avant par l'élu figurent plusieurs points cruciaux. Le contrôle de la pêche amateur et professionnelle, le comportement en mer "qui devient de plus en plus irresponsable et dangereux", l'importance du braconnage et le travail de sensibilisation des populations : "Cela fait partie des intentions du plan, mais si on n'a pas les moyens c'est comme si rien n'était fait. Je regrette aussi l'absence d'aires marines protégées. Tout le monde en a peur mais elles sont indispensables. Je suis quand même en phase avec ce plan auquel il faut laisser du temps."

Du temps de parole et de décision, c'est ce que voudrait obtenir l'association de pêcheurs et de plaisanciers, "Mariadelorma", qui regroupe près de 500 membres sur le Cap Corse : "Nous voudrions être beaucoup plus impliqués dans les prises de décision, explique Michel Lemeunier, le président de la structure, membre du conseil de gestion. Nous sommes tenus à l'écart par l'administration. Nous avons voté pour le plan de gestion mais il y a un manque de démocratie réelle."

"Dans le domaine environnemental il ne faut jamais reculer"

Malgré ces critiques, Michel Lemeunier trouve "que les choses avancent bien. Globalement c'est positif. Mais il faut que tout le monde soit vigilant. Il y a surtout un gros travail de pédagogie à réaliser pour les années à venir."

En particulier sur les aires marines protégées voulues par l'association U Levante : "Il faut voir ce que l'on met dedans. Mais ce n'est pas dans la vocation du parc. Il peut juste donner des avis. D'autres organismes sont là pour réglementer. Notamment les pouvoirs publics."

Concilier intérêts économiques et préservation de l'environnement : la question revient sans cesse sur la table dès qu'il s'agit de nature. à l'heure où les tensions se créent dans la réserve de Scandola ou encore le parcours du GR 20, la situation du parc marin est évidemment scrutée de près.

Laurence Piazza, maire de Meria, fait partie de ces observateurs attentifs : "J'attends une gestion rigoureuse pour retrouver une faune intéressante au niveau de la pêche. Beaucoup d'espèces sont en danger. Le travail commence maintenant."

Interrogée au sujet du temps de mise en place du parc marin, dans nos colonnes en mai dernier, Ségolène Royal avait bien résumé la situation : "Le parc marin du Cap Corse existe, le plus dur a été fait. Les élus se mobilisent. Mais dans le domaine environnemental, il ne faut jamais reculer. En revanche, il ne faut pas utiliser le temps de la nature pour justifier la lenteur des décisions. Plus les transitions sont rapides, plus elles sont efficaces."

Preuve s'il en est que les années à venir seront décisives...

Pierrot, pêcheur à Centuri, fait partie de ces professionnels qui s'inquiètent d'une possible implantation d'aires marines protégées dans le parc marin.

Pierrot, pêcheur à Centuri, fait partie de ces professionnels qui s'inquiètent d'une possible implantation d'aires marines protégées dans le parc marin.

U Levante veut des aires marines

Il est le seul membre du conseil du parc marin à s'être opposé au plan de gestion lors du vote. Christian Novella, représentant de l'association U Levante, a bien conscience que sa voix ne pèse pas grand-chose face aux 42 autres membres.

Mais qu'importe, l'habitant du Cap Corse sait que l'association environnementale a une portée médiatique dans l'île.

Preuve à l'appui par une publication sur son site internet lue par des milliers de lecteurs, pour expliquer les raisons de cette opposition : "Dès 2014, lors des premières réunions de concertation pour la création de ce parc, nous demandions déjà, avec l'aide de France Nature Environnement (FNE), la création d'Aires Marines Protégées (AMP) intégrales, comme les réserves naturelles, qui nous paraissaient indispensables à la préservation des écosystèmes marins, précise Christian Novella. Nous n'avons pas été entendus... au motif que ce type de dispositif relevait d'une décision à prendre et à inscrire dans le futur plan de gestion du parc."

Lors de la présentation du plan de gestion, le membre du conseil indique avoir demandé un amendement des textes : "Au lieu de 'réflexion sur l'éventuelle mise en place de zones de protections fortes', nous demandions à ce que soit inscrit 'mise en place progressive de zones de protections fortes, intégrales ciblées laboratoires'. Ce n'était pas la mer à boire."

Dans cet échec des discussions, le résident du Cap Corse voit "une volonté délibérée de ne jamais installer la moindre zone de protection intégrale permettant de garantir la préservation des écosystèmes marins."

Les pêcheurs professionnels se montrent vigilants

Si U Levante juge le plan de gestion "vertueux", l'association remet en cause, en revanche, les analyses faites par les techniciens du parc marin : "Un parc, à la différence d'une réserve naturelle comme Scandola, n'a pas de conseil scientifique indépendant. Il peut seulement s'appuyer sur des personnalités locales qualifiées. Il est certain qu'un conseil scientifique aurait appuyé notre démarche en faveur des aires marines protégées."

Une position de nature à renforcer la vigilance des pêcheurs professionnels dont les quatre collèges se sont abstenus lors du vote : "Ces gens-là n'ont pas la légitimité des scientifiques, explique Jacques Mari, représentant du syndicat des patrons pêcheurs. Avec notre vote, nous ne disons pas que nous sommes contre le parc marin mais que nous restons vigilants. Nous sommes impliqués à 100 % dans ce parc et nous voulons faire vivre nos familles. L'équipe dirigeante peut changer et nous ne pouvons pas donner un chèque en blanc sur 15 ans. Avant de penser à durcir une protection comme le veut U Levante, il faut d'abord faire un état des lieux."

Le conseil de gestion du parc est composé de 48 membres. élus locaux, représentants du monde économique, pêcheurs professionnels, usagers, associations environnementales et services de l'État se réunissent quatre fois par an.

Le conseil de gestion du parc est composé de 48 membres. élus locaux, représentants du monde économique, pêcheurs professionnels, usagers, associations environnementales et services de l'État se réunissent quatre fois par an.


QUESTION à MADDY CANCEMI
"Il faut laisser le temps au territoire d'accepter le parc marin"

Directrice déléguée du parc marin, membre de l'équipe technique de l'Agence française pour la biodiversité, associée à l'Office de l'environnement de Corse, Maddy Cancemi sait combien sa tâche est importante.

En place pour quatre ans, elle se félicite de l'adoption du plan de gestion, mais réclame des moyens humains supplémentaires pour mener bien à son travail. Entretien avec une responsable déterminée à défendre l'outil environnemental.

U Levante a voté contre le plan de gestion face au refus "d'intégrer provisoirement les aires marines protégées" dans le parc marin. Quelle est votre position ?

Lors de la concertation qui a duré un an sur différentes thématiques, nous avons fait des études spécifiques dans des sites qui nous semblaient les plus adaptés pour proposer des protections fortes.

Le conseil de gestion était d'accord. Il va y avoir une progression.

Ce n'est pas comme une réserve naturelle qui voit le jour avec un décret et toute la réglementation qui va avec. Il faut laisser le temps au territoire d'accepter le parc marin. Les gens doivent comprendre l'utilité de l'outil. Et ensuite nous pourrons adopter des mesures de protection. Mais il y a déjà énormément de réglementations à faire respecter avant les aires marines.

Les pêcheurs professionnels se sont également abstenus pour ne "pas donner un chèque en blanc sur 15 ans à la direction"...

En général, lorsque l'on crée des espaces protégés, les pêcheurs professionnels ont peur qu'on leur prenne un bout de leur territoire.

Nous n'avons pas envie pour l'instant d'aller dans ce genre de réglementation.

Les pêcheurs s'appuient sur les cantonnements. Certes ces zones ne sont pas si surveillées que ça, mais elles ont le mérite d'exister.

Nous leur avons proposé d'étudier tous ces sujets lors d'une commission halieutique en octobre prochain. Rien n'est arrêté pour l'instant.

Plusieurs acteurs évoquent un manque de moyens pour faire appliquer les différentes mesures sur le terrain. Partagez-vous ce constat ?

Oui, nous sommes surtout en demande de moyens humains. Nous avons la possibilité de trouver des financements européens.

Mais il manque les hommes.

Nous sommes onze mais ça ne suffit pas.

Gilles Simeoni fait un gros travail de lobbying auprès du ministre.

C'est bien de créer un parc, mais il faut mettre des moyens. Tout cela va être progressif.

Il y a aura deux bateaux, au total, l'année prochaine. Mais il faut former des capitaines.

Le siège du parc marin n'est pas encore en place. Est-ce pour des raisons politiques ?

Ce sujet, éminemment politique, a été initié. Les maires des communes veulent tous avoir le siège du parc sur leur territoire. C'est un peu compliqué de trancher.

On a voulu adopter d'abord le plan de gestion. Ce dossier va être repris en septembre.

Mais pour l'instant, il n'y a pas tellement de locaux à disposition qui nous conviennent dans les communes du Cap Corse.

Concertation à Scandola

concertation

21 mai 2019

Une île de déchets plastiques dérive au large de la Corse

Par Patrick Rossi, Pierre-Louis Sardi, France Bleu RCFM, France Bleu

Une île de déchets plastiques dérive entre la Corse et l'île d'Elbe. Elle est composée de milliers de tonnes de déchets portés par les courants.

Et oui, c'est bien vrai. La Méditerranée compte une nouvelle île. Elle n'est pas le fruit d'un long voyage mené par des explorateurs. Non, hélas non. Elle est juste le résultat de l'incivisme de gens. Des tonnes et des tonnes de déchets plastiques dérivent donc en Méditerranée. Portés par les courants, ils forment une île longue de plusieurs kilomètres entre Elbe et la Corse.

Une forte concentration due aux courants

Le phénomène n'est malheureusement pas nouveau, explique François Galgani, responsable de l'Ifremer à Bastia au micro de France Bleu RCFM : "C'est une situation qui est chronique, c'est-à-dire que la disposition des courants fait que régulièrement on a de très très fortes concentrations dans cette zone-là. Les courants en Méditerranée nord-occidentale sont organisés de telle manière que l'eau remonte le long de la côte italienne et lorsqu'elle arrive sur le socle de l'île d'Elbe, de l'archipel toscan, en fait elle ne peut pas passer et elle va s'engouffrer dans le canal de Corse et c'est la raison pour laquelle on a de plus fortes densités. Le risque c'est que, quand on a des conditions météo défavorables, par exemple le vent de nord-est en été, on a des arrivées massives sur le littoral corse".

"C'est de l'ordre de quelques dizaines de kilomètres", précise François Galgani. Mais à la différence "des îles de plastiques dans le Pacifique ou dans l'Atlantique" qui sont "des courants permanents" provoquant "toujours aux mêmes endroits des accumulations", en Méditerranée, "ce sont des zones d'accumulations temporaires, de l'ordre de quelques jours ou de quelques semaines, au maximum de deux trois mois, mais jamais permanentes", explique-t-il.

"En mer, les déchets qui flottent ne sont pas recyclables" - François Galgani

"Pour nettoyer, il faut qu'il y ait une certaine valeur à ce que l'on va récupérer", ajoute François Galgani. "Si vous allez chercher des filets de pêche sur les fonds, ce sont des objets qui coûtent très très cher, qu'on peut réparer, qu'on peut réutiliser et donc recycler. On peut nettoyer également sur les plages parce qu'on donne une valeur patrimoniale au site donc c'est plus de touristes qui viennent. Par contre en mer, le problème c'est que les déchets qui flottent ne sont pas recyclables. Il sont très dégradés, ce sont des matériaux très hétérogènes, il y a différents types de plastiques et donc ça coûte très très très très cher de recycler donc ça ne se fera pas", explicite le scientifique.

"Il y a des endroits où on a une véritable soupe de plastiques", commente à son tour Océane Couturier, membre de l'association Mer et Vivre. "Le problème au final c'est que ce plastique va s'accumuler dans les tissus des poissons, va diffuser ses produits toxiques, et nous derrière on va manger ces poissons", s'inquiète-t-elle.

21 avril 2019

La tension (re)monte à Scandola

Rédigé par Charles Monti le Dimanche 21 Avril 2019

scandola

La pression monte à Scandola. Après bien des péripéties au cours desquelles les personnels de la réserve naturelle n'ont guère été ménagés, les alertes de l'Unesco et les alertes environnementales nombreuses lancées par 9 associations corses sur les conséquences de la surfréquentation touristique, un nouvel acte est venu récemment faire monter la pression : les menaces de mort proférés, par courrier, aux agents du parc naturel régional de Corse.

Plusieurs événements ont contribué à cette montée progressive en tension.

Le matin du 28 décembre, les habitants de Galeria ont découvert un tag d'insultes adressé à Jean-Marie Dominici, conservateur de la réserve naturelle de Scandola.

Avant cela 9 associations de défense de l'environnement de Corse ont saisi le ministre de la Transition écologique pour la mise en œuvre de mesures d'urgence, dès l'été 2019, avec l’instauration d’une zone d’interdiction totale de toute présence humaine dans la réserve à moins de 350 m des falaises.

Et à la fin de l'année dernière L’Unesco mettait en garde la Corse : si les conditions ne sont pas réunies pour mieux préserver les balbuzards pêcheurs du tourisme, la réserve de Scandola pourrait perdre son titre de « patrimoine mondial de l’Unesco ».
Une équipe de d’ornithologues chercheurs a en effet noté une diminution du succès reproducteur de cette espèce de rapace qui niche sur le haut des falaises de Scandola et ils pointent du doigt le tourisme.

De quoi alerter les gestionnaires de cet espace mais plus encore ceux qui l'exploitent.
"Attention, le silence ou le (dessin d'un cercueil) : le contenu du courrier adressé - révélé ce dimanche matin par nos confrères de France 3 Corse-Via Stella - par aux agents de la réserve naturelle est on ne peut plus clair.
Alertés aussi les responsables politiques corses qui à l'image de Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif, et Jean-Guy Talamoni, ont apporté un soutien sans réserve aux agents.

Le 10 Avril dernier François Sargentini, président de l’Office de l’Environnement de la Corse et Jacques Costa président du Parc Naturel Régional de la Corse avaient invité les acteurs concernés par ce périmètre - les maires, les pêcheurs, les sociétés de promenade en mer - à participer à une réunion de concertation relative à la gestion du site qui va de Portu à Scandola.
Le principe de la création d'un conseil scientifique, et d'un comité consultatif dont les objectifs sont de limiter la pression et de trouver un équilibre entre tous, a été acté depuis au niveau de l'Exécutif régional.
Mais la lettre reçue quelques jours après à Galeria, prouve que l'unanimité n'est toujours pas de mise du côté de Scandola.

14 avril 2019

scandola

1er avril 2019

Les condamnations pour construction illégale se multiplient en Corse

demolition

En moins d'un an, les décisions de justice favorables aux démolitions se sont multipliées et quatre ont été éxécutées. L'arrêté de la cour de cassation concernant les villas Ferracci à Bonifacio le 19 mars dernier, confirme et amplifie ce changement dans l'application du droit de l'urbanisme.

Par Céline Serrano - 26/03/2019 - Source : Via Stella

Désormais en Corse, construire sans permis ou avec permis illégal peut très mal finir, et ça commence à se voir. Les recours en justice des associations de protection de l'environnement ont donné lieu ces derniers temps à de nombreuses condamnations.

Le 11 juillet 2018 la démolition de la maison Martinolle et la remise en l'état du site remarquable intervenait au terme d'une procédure judiciaire qui avait démarré 20 ans auparavant.

En janvier 2019 c'est l'incroyable feuilleton du Marabeach à Calvi, ouvert en 2002, qui se concluait avec l'intervention des pelleteuses.

Avec deux autres affaires de moindre envergure, c'est au total quatre démolitions qui ont eu lieu en moins d'un an en Corse. Du jamais vu.

Et depuis septembre, de Cagnano à Solaro en passant par Ajaccio, 5 jugements de remise en l'état ont été rendus en deuxième instance.

La décision de la cour de cassation du 19 mars dernier pour les villas Ferracci à Bonifacio délivre un autre message : une amende d'un million d'euros ne dédouane pas d'un permis illégal (en 2017, Pierre Ferracci, le propriétaire, avait été condamné à une amende d’un million d’euros). Le principe de réparation intégrale des espaces naturels est supérieur. La plus haute juridiction a annulé l’arrêt de la cour d’appel de Bastia daté du 5 juillet 2017, lui reprochant notamment de ne pas avoir ordonné la remise en état de la zone où ont été construites les deux villas. Une zone classée remarquable.
Le dossier a été renvoyé devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, l’association U Levante peut donc redemander la démolition des bâtiments. Le jugement est prévu dans trois ans.

Prochaine dossier, à Bonifacio celle des Terrasses de Rondinara, 54 logements construits en zone inconstructible depuis 2010. La décision qui refusait la démolition a été cassée par la cour du quai de l'horloge en mars 2017. Il y aura donc, comme pour la villa Ferracci, un nouveau jugement.

Explications avec Florence Antomarchi et Franck Rombaldi

 

28 mars 2019

mouflon

Projet de PLU de Calvi

Le projet de PLU de Calvi (https://villedecalvi.fr/plan-local-durbanisme/) vient de « bénéficier » d’articles dans la presse et d’échanges sur les réseaux sociaux.

Lors de la réunion de la CTPENAF (Commission territoriale pour la protection des espaces naturels, agricoles et forestiers), le 14 mars 2019, U Levante a présenté son analyse de ce projet (cf. pièce jointe).

La veille de la réunion, cette analyse avait été envoyée à l’ensemble des membres de la CTPENAF (qui est co-présidée par la Préfète de Corse et le Président du Conseil exécutif ou leurs représentants) et elle a été argumentée en séance par notre représentant.

Pour résumer, U Levante estime que la stratégie communale n’affiche pas l’ambition de remédier au déséquilibre résidences principales (RP) / résidences secondaires (RS) : 44 % de RP en 2014.... 46 % prévus à horizon 2035 !!

Ce déséquilibre discrédite à l’avance toute ouverture à l’urbanisation consommant des espaces stratégiques agricoles : nous l’estimons, au minimum, à une quinzaine d’hectares.

PLU CALVI -ctpenaf mars 2019-v9mars : Télécharger

NB : en pièce jointe également l’avis de la MRAe, Mission régionale d’autorité environnementale : Télécharger

23 mars 2019

Urbanisation démesurée en Corse : l’île désenchantée

1 – Padduc non appliqué – Des résidences secondaires en pourcentage croissant.

Dans son rapport daté du 26/06/18, l’INSEE constate : « Depuis 2010, la Corse gagne 5 020 logements supplémentaires par an, soit une augmentation annuelle moyenne de 2,2 %. La région enregistre la plus forte croissance du parc de logements de France métropolitaine, devant l’Occitanie et les Pays de Loire » Soit 25 000 logements en cinq ans (5 000 X 5 = 25 000 de 2011 à 2016 (cinq ans). – Des résidences secondaires en pourcentage croissant. Dans son rapport daté du 26/06/18, l’INSEE constate : « Depuis 2010, la Corse gagne 5 020 logements supplémentaires par an, soit une augmentation annuelle moyenne de 2,2 %. La région enregistre la plus forte croissance du parc de logements de France métropolitaine, devant l’Occitanie et les Pays de Loire » Soit 25 000 logements en cinq ans (5 000 X 5 = 25 000 de 2011 à 2016 (cinq ans).

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20 mars 2019

Villas Ferracci : L'arrêt de la Cour d'appel de Bastia cassé, U Levante obtient gain de cause


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 19 Mars 2019 à 19:09

Nouveau rebondissement dans le feuilleton judiciaire des Villas Ferracci. La Cour de cassation a cassé, mardi, l’arrêt rendu par la Cour d’appel de Bastia en 2017 et a ordonné la remise en état des lieux où sont implantées les villas de l’homme d’affaires, Pierre Ferracci. C’est une victoire pour l’association de défense de l’environnement U Levante. L’affaire est renvoyée devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence où elle sera rejugée dans 3 ans.

« Villas Ferracci : arrêt cassé, c’est gagné ! ». Sur son site Web, l’association de défense de l’environnement, U Levante, crie victoire. La Cour de cassation vient de casser l’arrêt de la Cour d’appel de Bastia en date du 5 juillet 2017 qui avait laissé un goût amer aux associations de défense de l’environnement. Ladite Cour d’appel avait confirmé en seconde instance la condamnation de la SCI Tour de Sponsaglia de Pierre Ferracci, chef d’entreprise et président du Paris Football Club, à une amende d’un million d’euros pour infraction au code de l’urbanisme, mais elle n’avait pas demandé, comme le souhaitaient ABCDE et U Levante, la destruction des deux villas de 670 m2 construites illégalement sur le golfe de la Rondinara, classé espace naturel remarquable et situé sur la commune de Bonifacio. Une décision jugée, à l’époque, « inacceptable » pour les deux associations qui estiment que « seule la démolition des bâtiments fait office de réparation ». U Levante avait saisi la Cour de Cassation, lui demandant de « dire la Loi ».

Réparation intégrale
La Cour de cassation lui a donné raison et vient, donc, de casser l’arrêt de la Cour d’appel au motif que celui-ci n’a pas ordonné la remise en état des lieux. « Ni l’adhésion des autorités publiques à la remise en état lorsqu’elle doit être ordonnée au titre de l’action civile, ni la sanction pénale prononcée au titre de l’action publique, n’étaient légalement de nature à limiter le droit des parties civiles à la réparation intégrale, sans perte ni profit, de leur préjudice ... Le préjudice résultant d’une infraction doit être réparé dans son intégralité, sans perte, ni profit pour la victime ; qu’une telle réparation, quelle qu’en soit la modalité, est une obligation et non une faculté pour le juge ... L’article 1382 du code civil dispose que tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ; le principe est celui de la réparation intégrale du dommage ; qu’en l’espèce, les associations demandent le retour à l’état naturel du site... » stipule, notamment, l’arrêt de la Haute juridiction.

La fin d’un déni de justice
« C’est une grande victoire. C’est la fin d’un déni de justice et c’est surtout la victoire des espaces remarquables et de la protection de la nature ce qui est le but d’U Levante depuis 30 ans », se réjouit Michèle Salotti, porte-parole d’U Levante. La Cour de Cassation a renvoyé les parties devant la Cour d’appel d’Aix en Provence pour un nouveau procès qui se tiendra dans trois ans. Dans cette affaire emblématique, l’association « attend dorénavant des juges de la Cour d’Appel d’Aix qu’ils mettent fin à ce déni de justice. La Justice ne peut pas demander la démolition des villas Martinolle, la maison Poli, la paillote Maraninchi, la villa Mury... et ne pas demander la même sanction pour les villas Ferracci ».

N.M. pour CorseNetInfos

Corse: 9 associations demandent à Rugy de protéger la réserve de Scandola

AFP, publié le mercredi 20 mars 2019 à 10h44

Neuf associations corses ont écrit au ministre de la Transition écologique, François de Rugy, pour demander "des mesures d'urgence dès l'été 2019", dont une "zone d'interdiction" d'accès, pour sauver la réserve de Scandola (Corse-du-Sud), menacée par la surfréquentation touristique.

Classée au patrimoine mondiale de l'Unesco, "cette réserve est gravement impactée par la surfréquentation touristique, et nous sollicitons votre intervention pour l'instauration d'une zone d'exclusion, incluant la réserve intégrale actuelle, de toute navigation et activités nautiques de 300 mètres afin de sauvegarder ce joyau du patrimoine environnemental de la Corse", écrivent dans cette lettre datée du 11 mars les associations de défense de l'environnement ABCDE, ADN Passpartou, Aria Linda, A Sentinella, Le Garde, Global Earth Keeper, U Levante, Zeru Frazu et La Ligue contre le cancer.

"Située dans le Sanctuaire des Pélagos, la partie marine de la Réserve est désertée par les poissons et autres animaux marins, en raison du fort dérangement et de la pollution sonore", peut-on lire dans la lettre.

"Le constat est sans appel: la biodiversité s'effondre dans la réserve", écrivait mardi soir sur son site internet l'association U Levante en rendant publique la lettre assortie d'une pétition baptisée "Sauvons Scandola" et signée par plus de 27.000 personnes au 1er mars.

"Malgré tous les niveaux de protection régionaux, nationaux, européens et mondiaux, la réserve de Scandola est le pire endroit de la côte Corse pour la vie sauvage", regrettait l'association qui avait adressé en février une lettre ouverte au président du conseil exécutif de l'île, Gilles Simeoni, pour appeler à la limitation d'accès à la réserve.

U Levante se fondait sur un rapport d'experts du Conseil de l'Europe qui recommande une limitation d'accès au site, pour le renouvellement, prévu en 2020, du diplôme européen des espaces protégés de la réserve décerné par l'instance.

Etablie en 1975, la réserve de Scandola, forte de 920 hectares terrestres et d'une zone marine de 1.000 hectares, est titulaire de nombreux labels de protection : Réserve naturelle, Aire marine protégée, Conservatoire du littoral, Znieff, Natura 2000, Patrimoine mondial de l'Unesco, Diplôme européen des espaces protégés.

Un rapport du CNRS de décembre 2018 jugeait que "la population de balbuzard pêcheur, un rapace protégé et menacé en mer Méditerranée, s'effondre dans la réserve naturelle nationale de Scandola" à cause du tourisme. Cette étude soulignait "l'importance de modifier la manière dont est géré le tourisme dans cette aire marine protégée".

17 février 2019

« Il y a urgence à modifier certaines activités marines » selon U Levante

12 janvier 2019

Corse : une paillote de Calvi démontée après 20 ans d’existence controversée

revellata

La pointe de la Revellata, à la sortie de Calvi (Balagne, Corse), est très prisée des touristes chaque été. LP/A.R.
L’établissement de la pointe de la Revellata, construit sur une zone protégée, était la cible des écologistes de l’île depuis des années.

Quinze ans de procédure et la fin d’une époque. Après plus de 20 ans d’existence, l’emblématique paillote calvaise Mar a Beach (Haute-Corse) est en train d’être détruite sous les yeux humides de Franck Maraninchi, son copropriétaire bien connu des habitants de la petite ville portuaire de Balagne. Mais cette fois, tous les recours ont été épuisés pour tenter de sauver cette institution de la pointe de la Revellata, dans une petite crique foulée par des milliers de touristes à chaque saison.

L’été 2018 était ainsi la dernière fois que ses toiles et ses canisses protégeaient du puissant soleil de juillet les festivaliers de l’événement musical Calvi on the Rocks. En effet, ce vendredi, les cuisines de l’établissement « ont été démontées ainsi qu’une partie de la terrasse et la démolition du gros œuvre doit intervenir la semaine prochaine », a précisé une source proche de cet épineux dossier. Un coup dur pour les clients et soutiens locaux de Franck Maraninchi et sa copropriétaire mais à l’inverse une grande victoire pour une association de défense de l’environnement très active sur l’île, U Levante, à l’origine des actions en justice.

Construite sur une zone protégée

Selon ce collectif et nombre d’écologistes présents dans la région, la construction illégale sur le domaine maritime, qui plus est à quelques centaines de mètres de la base scientifique dédiée à la recherche marine en Méditerranée Stareso, a fait beaucoup de mal à l’écosystème.

En 2000, une première mise en demeure avait été envoyée par la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) après l’aménagement au bulldozer d’une zone humide. Des procès-verbaux suivront en 2002 pour « occupation sans autorisation du domaine public maritime et construction sans permis », rappelle l’association U Levante. En 2003, le tribunal administratif de Bastia avait jugé illégale l’occupation du domaine public maritime par ce restaurant, construit sur un terrain appartenant au Conservatoire du littoral, dans une zone Natura 2 000 (protégée pour préserver la biodiversité en Europe), et sur un espace remarquable inconstructible.

Le tribunal avait alors déjà ordonné la démolition de la paillote et la remise en état des lieux. Mais depuis, Franck Maraninchi, qui revendique l’occupation d’un terrain familial, avait intenté toutes les voies de recours possibles. Six jugements successifs l’ont toujours condamné à remettre en état les lieux occupés illégalement, sans effet jusqu’à présent.

« Je jette l’éponge »

Des associations de commerçants de Calvi et de L’Ile Rousse voisine s’étaient mobilisées pour réclamer le maintien de la paillote. Le conseil municipal de Calvi avait également défendu « une activité économique employant jusqu’à 20 salariés, ouverte à l’année ». Mais le 15 mai dernier, le tribunal de grande instance de Bastia a bel et bien ordonné l’expulsion des copropriétaires, leur donnant un délai d’un mois sous peine d’une amende de « 1 000 euros par jour de retard ».

Faute de pouvoir payer une telle somme (plus de 180 000 euros en décembre selon ses calculs), Franck Maraninchi a dû se résoudre à abandonner la bataille. « Je suis fatigué de ce combat que je mène depuis des années pour tenter de garder mon terrain et de travailler sur ma terre. Oui, aujourd’hui, même si ce n’est pas de gaieté de cœur, je vous annonce que je jette l’éponge », avait-il confirmé avant Noël au site insulaire Corse Net infos. Et la figure calvaise d’ajouter : « Ce sont vingt et une années de ma vie qui s’écroulent et j’avoue que je suis anéanti et triste. »

Source : https://www.leparisien.fr

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