Storia :
L'histoire de la Corse

Dernière mise à jour de la page : 14/01/2021

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Une nouvelle page, créée à l'occasion de l'exposition "Guarda fratellu !", qui présentera les affiches de ma collection ainsi que des articles et des ouvrages dignes d'intérêt sur l'histoire récente ou ancienne de la Corse.

Sommaire

Mégalithisme en Corse

01/12/2019 - Source : France Culture

Menhirs, alignements, dolmens, stèles, mais surtout statues-menhirs, la Corse possède une grande diversité de mégalithes.

Dolmen d’A Casa di l’Orca, site de Monte Revincu (Haute-Corse). C'est le dolmen le plus ancien et le plus complet de l’île.
Dolmen d’A Casa di l’Orca, site de Monte Revincu (Haute-Corse). C'est le dolmen le plus ancien et le plus complet de l’île. Crédits : © DRAC de Corse

Les statues-menhirs de Filitosa sont, sans conteste, les plus connues de Corse. Signalées dès 1840 par Mérimée, elles sont aujourd'hui l'objet de fouilles et de nouvelles recherches.

A gauche : statue-menhir de Nuvallella à Santa-Lucia-di-Mercoriu (Haute-Corse) / A droite : statue-menhir dite Filitosa IX. Une des plus belles représentations de la statuaire mégalithique insulaire.
A gauche : statue-menhir de Nuvallella à Santa-Lucia-di-Mercoriu (Haute-Corse) /
A droite : statue-menhir dite Filitosa IX. Une des plus belles représentations de la statuaire mégalithique insulaire.
Crédits : © DRAC de Corse

Ce phénomène mégalithique émerge sur cette île dès les premières occupations humaines, pour notamment se développer au cours du IIe millénaire avant notre ère. Ces statue-menhirs peuvent alors avoir sur leur face des représentation d’armes (épées etc.). Certains chercheurs voient dans ces statues-menhirs une spécificité insulaire au sein de l’art anthropomorphe de Méditerranée. Quels pourraient en être les liens avec le continent mais surtout avec la Sardaigne toute proche, qui développa une culture très originale ?

Stèle d’Aravina. Elle est actuellement exposée au musée de l’Alta Rocca (Levie, Corse-du-Sud).
Stèle d’Aravina. Elle est actuellement exposée au musée de l’Alta Rocca (Levie, Corse-du-Sud). Crédits : © DRAC de Corse
A g. : deux statues-menhirs de l’alignement I Stantari du plateau de Cauria à Sartène (propriété de la Collectivité de Corse)./ à d. : statue-menhir située sur la commune de Cambia (Haute-Corse).
A g. : deux statues-menhirs de l’alignement I Stantari du plateau de Cauria à Sartène (propriété de la Collectivité de Corse)./
à d. : statue-menhir située sur la commune de Cambia (Haute-Corse). Crédits : © DRAC de Corse
Complexe dolménique de Sittivà (Corse-du-Sud).
Complexe dolménique de Sittivà (Corse-du-Sud).• Crédits : © DRAC de

>>> Pour aller plus loin : vidéo sur les mégalithes en Corse du Sud

Le site de Paddaghju


La Corse romaine

Et la Corse devint Romaine

Marc'Andria Castellani

Storia Par

Du lundi au vendredi à 10h38, 13h24 et le samedi à 12h08

Samedi 5 décembre 2020

L'empire Romain en Corse 1/4

ptolémée
la Corse de Ptolémée

Depuis le mur d’Hadrien aux confins de l’Ecosse jusqu’à l’Afrique du nord, de la pointe de la Bretagne jusqu’au Danube, de l’Andalousie à la Mésopotamie en passant par l’Egypte s’étendait autrefois l’empire Romain.

Il est parti d’une petite cité il s’est étendu à l’ensemble de la péninsule italienne puis sur l’ensemble de la Méditerranée et au-delà en passant bien évidement par la Corse.

Qu’en a-t-il été en Corse cette île si proche de la ville ou toutes les routes conduisait ? Comment la Corse est-elle entrée dans la sphère latine, quel visage avait-elle quatre siècles avant Jésus Christ ?

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La Romanisation

Marc'Andria Castellani
Storia Par

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France Bleu RCFM
Samedi 12 décembre 2020

L'empire Romain en Corse 2/4

Hannibal et ses éléphant à l’assaut des Alpes
Hannibal et ses éléphants à l’assaut des Alpes

Rome a mis plus de 150 ans à imposer la Romanisation en Corse. De plus le 3e siècle AV JC est une époque troublée par l’un des conflits les plus violents de l’antiquité « Les guerres Puniques ».

Rome ne s’est pas faite en un jour...

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Corse et guerres Romaines

Marc'Andria Castellani
Storia Par

Du lundi au vendredi à 10h38, 13h24 et le samedi à 12h08

France Bleu RCFM

Samedi 19 décembre 2020

L'empire Romain en Corse 3/4

La Corse secouée par les troubles de la République Romaine
La Corse secouée par les troubles de la République Romaine

A partir du premier siècle av. JC l’heures des révoltes atrocement réprimées par les légions est révolue. En revanche l’actualité interne de Rome est loin d’être un long fleuve tranquille. Un territoire toujours plus grand cristallise désormais un pouvoir colossal dans une seule ville. Les luttes de pouvoirs sont âpres et les guerres civiles inévitables. Une agitation dont les vagues vont évidement arriver sur les proches rivages de Corses !

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La "Pax Romana"

Marc'Andria Castellani
Storia Par

Du lundi au vendredi à 10h38, 13h24 et le samedi à 12h08

France Bleu RCFM

Samedi 26 décembre 2020 à 12:10

L'empire Romain en Corse 4/4

Sénèque en Corse
Sénèque en Corse

Nous sommes au siècle de Sénèque, le premier siècle. En Corse la Paix Romaine se met en place, une période ou la Romanisation va céder la place à la Romanité. Période de développement, de mutations culturelles, linguistiques et religieuses...

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La Corse sur la Mappa Mundi

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La Corse pisane

Samedi 9 janvier 2021 à 12:10 sur France Bleu RCFM

Corsica trà Pisa è Ghjenuva, tempi di u "Ghjudice di Cinarca"

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Corsica trà Pisa è Ghjenuva

1077 - 1289 la Corse Pisane, une riche période de croissance économique ou le moyen age Toscan va rayonner sur la Corse. C'est également l'époque d'un dur affrontement entre Pise et Gênes pour la domination de la méditerranée. Un personnage majeur va émerger de ce clair obscur des puissances : U Ghjudice di Cinarca!

Christophe Colomb : Ligure ou Calvais ?

La maison natale de Christophe Colomb à Calvi

Ne dites pas aux Calvais que Christophe Colomb est né à Gênes, ils vous riraient au nez !

D’ailleurs, la maison du découvreur du Nouveau Monde est toujours visible - mais en mauvais état - près de la citadelle. Une plaque atteste, si besoin était, que le grand homme est bien né à Calvi, sur l'île de Beauté, autour de 1436.

Tradition orale

Cette conviction s’appuie sur la tradition orale, très vivante en Corse. Transmise de génération en génération, cette certitude de l’origine corse de l’explorateur est très présente : fils de pêcheur, il serait né Colombo, à l’époque où Calvi était sous domination génoise.

Les défenseurs de cette thèse expliquent que Colomb a donné à ses premières découvertes des noms de villages corses, comme Haïti, inspiré du village d’Aïti.

Ils expliquent, en outre, que si Colomb a toujours caché son origine corse - notamment aux puissants Espagnols qui finançaient ses expéditions - c’est parce que les habitants de Calvi avaient, en 1421, massacré une garnison aragonaise occupant la ville.

Pas d'acte de naissance crédible

En l’absence d’un acte de naissance crédible, les théories les plus diverses ont circulé sur le lieu de naissance de Christophe Colomb, dont les historiens s’accordent généralement sur l’idée qu’il serait bien né à Gènes en 1451.

A cet égard, la légende va bon train : pour les uns, il serait portugais, d’autres le voient catalan et certains assurent qu’il est juif...

Pour les Calvais, le doute n’existe pas : des panneaux ont été placés aux entrées de la ville et son effigie a été apposée aux pieds de la citadelle qui affirment haut et fort cette appartenance.

Selon un chercheur insulaire, Colomb serait bien originaire de l’île de Beauté, mais.... du Cap Corse.

Adresse : Maison natale de Christophe Colomb - Rue Del-Filo

Calvi : Pas touche aux origines de Christophe Colomb !

Par: Julien Balboni
Publié le: 11 mai 2010

Qu'est-ce qu'on apprend ? Le découvreur de l'Amérique aurait ses racines dans le Cap Corse et non pas en Balagne ! Et la cité de Colomb, alors ? C'est en lisant Corse-Matin, vendredi dernier, que les Calvais de souche, d'adoption ou les vacanciers, ont découvert la prise de position d'Albert Mattei.

Dans Les origines de Christophe Colomb (éditions Anima Corsa), l'historien cap-corsin développe et argumente la thèse suivante : « La famille de Christophe Colomb serait enracinée non pas en Balagne mais bel et bien à Cagnano », rapporte notre quotidien. Sentant probablement le vent de la polémique souffler à ses oreilles, Albert Mattei tempère : « Si, effectivement, la famille de Colomb est originaire du Cap, elle a forcément transité par Calvi, passage obligatoire de la course aux Indes, et y a consolidé des attaches. » Ouf, l'honneur est sauf.

Il n'empêche que la nouvelle a fait réagir. Parfois sourire aussi. Car à Calvi, si on est conscient des brumes qui entourent le passé du plus célèbre navigateur au monde, on préfère croire qu'il est bien né ici. à la citadelle, au restaurant L'Altu, à deux pas de la présumée « maison de Christophe Colomb », on entend régulièrement parler du grand explorateur. Plus encore depuis la publication de l'article. « Cent fois par jour », sourit Angélique, en exagérant un brin. « C'est vrai que beaucoup de touristes viennent pour voir cette fameuse maison. Quand ils tombent face à quelques pierres, ils sont souvent déçus. Mais il est clair que l'origine calvaise de Christophe Colomb est un peu notre fonds de commerce », enchaînent Dumè et Jean.

« Le garder pour nous »

Un peu plus haut, la gérante du salon de thé A Scola reste philosophe, et surtout mesurée : « Ici, on veut le garder pour nous. Après, qu'il soit effectivement né à Calvi, c'est un autre débat. »

Interrogé sur le sujet, le maire, Ange Santini, préfère d'abord partir dans un grand éclat de rire. Avant de préciser sa pensée : « Même si chacun peut légitimement s'exprimer sur le sujet, je crois que si Christophe Colomb est bien né en Corse, alors c'est à Calvi. En tout cas, c'est la thèse qui est défendue depuis des siècles », lance l'édile.

Le débat sera probablement éternel, tant les documents historiques manquent à l'appel. Pas d'acte de naissance (ils n'ont été rédigés qu'une cinquantaine d'années après la mort du navigateur). Encore moins de preuves irréfutables, malgré les travaux de plusieurs historiens locaux. Et aucun chercheur ne pourra probablement établir d'une manière certaine le lieu de naissance du grand homme. Mais ce débat a au moins le mérite de faire parler de Calvi. « Et puis tout ça mis à part, il y a tellement d'autres belles choses à voir par chez vous », résume une touriste quinquagénaire. Sur ce point, au moins, l'accord est unanime.

A télécharger : Christophe Colomb et la Corse

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30 janvier 1735, les Corses proclament leur indépendance

Il y a 280 ans, les Corses proclamaient leur indépendance, et tournaient le dos à la République de Gênes.

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(Le drapeau corse © Maxppp)

Il y a 280 ans, le 30 janvier 1735, les Corses proclament leur indépendance. Dans la foulée, l'île se dote d’une constitution écrite, considérée comme l'une des premières de l’histoire. L’assemblée corse, poussée par le peuple, a décidé de se débarrasser de l’emprise de la République de Gênes, un pouvoir alors établi depuis près de 5 siècles. La proclamation d’indépendance de la Corse va la plonger dans une longue guerre contre Gênes. Une guerre qui ne cessera que 33 ans plus tard, quand Gênes cède "provisoirement" ses droits sur la Corse à la France.

Une révolution corse qui aurait fait des petits. Ainsi, quelques années plus tard, en 1776, ce sont les treize colonies anglaises d’Amérique, qui déclareront à leur tour leur indépendance, et la création des Etats-Unis…

L'autre 14 juillet

Alors que partout en France, on célébre la Fête nationale, les nationalistes aiment à se rappeler que le 14 juillet est aussi une date importante de l'histoire de l'île : en 1755, Pascal Paoli est élu général en chef de la Nation corse, dont il proclame alors l'indépendance.

Par Grégoire Bézie Publié le 14/07/2018 à 11:14

Dans la rue, les touristes frisent le zéro pointé au test de culture générale insulaire. "Le 14 juillet 1755 ? Non, ça ne me dit rien du tout. Vous êtes sûr que vous ne confondez pas avec 1789 ?"

Il n'y a pourtant pas erreur : 34 ans avant la prise prise de la Bastille, un autre 14 juillet marqua à jamais l'Histoire de la Corse. Pascal Paoli, général et homme des Lumières, devient le chef de la Nation corse indépendante.

Un contexte de guerre​

En 1729, alors que le Royaume de Corse est exploité comme une colonie par la République de Gênes, éclate la guerre d’Indépendance. Malgré les concessions de Gênes dans ce qu'on appellera "la paix de Corte" en 1732, les insulaires proclament leur indépendance en janvier 1735 et mettent en place une monarchie constitutionnelle dirigée par l’aristocrate allemand Théodore Neuhoff, le premier et unique roi de Corse.

La France, qui a promis d'assister Gênes, écrase en effet les indépendantistes en 1740. Mais Gênes demande le départ des troupes françaises en 1752. L’activisme corse reprend alors de plus belle, notamment avec l'arrivée en avril 1755 de Pascal Paoli.

Le jeune homme âgé de 30 ans, né dans la commune de Morosaglia en Haute-Corse, est un ancien élève de l'École militaire de Naples, où il avait fui avec son père en 1739 après que ce dernier ait rejoint les forces rebelles corses. Démocrate, patriote et homme des Lumières, Pascal Paoli est appelé par les principaux chefs corses révoltés contre Gênes alors qu'ils cherchent un homme pour mener la lutte vers l'indépendance.

D'abord élu général en chef de la Nation corse le 20 avril 1755, l'apparition d'un autre candidat entraîne une seconde élection, qui se tient au Couvent Saint-Antoine de la Casabianca, dans la commune de Casabianca en Haute-Corse. L'élection de Pascal Paoli est confirmée le 14 juillet.

À l'origine de la première constitution démocratique au monde​

Le 15 juillet 1755, Pascal Paoli est proclamé général en chef de la nation corse et général du Royaume de Corse. Il dote rapidement le nouveau pays d’une constitution républicaine et démocratique, qui prévoit la séparation des pouvoirs et le vote des femmes. Elle est aujourd'hui souvent considérée comme la première constitution démocratique au monde.

C’est à cette occasion que fut également choisit l’hymne national Corse, le Dio vi Salvi Regina, qui jusqu’alors n’était qu’un chant religieux célébrant la Vierge Marie.

Il engage également un programme de développement dans de nombreux domaines : il dote la Corse d'une monnaie, désigne Corte comme capitale, y fonde la première université de l'île, réforme la justice et lance des plans économiques.

L'autorité de Paoli ne s'étend pas à toute l'île et Gênes, qui se maintient dans quelques places fortes, décide de confier la gestion de l’île à la France pour une période de dix ans. C’est le traité de Versailles de 1768. Dès l’année suivante, la royauté française engage une guerre contre les indépendantistes et les défait lors de la bataille de Ponte-Novo, le 9 mai 1769. En 1789, la Corse devient Française.

L'île continue pourtant de refuser de s'aligner sur le modèle français. Pascal Paoli est revenu gouverner l’île après la Révolution et décide de faire sécession avec Paris, chasse Napoléon Bonaparte et s’allie à l’Angleterre, après avoir enclenché l'épuration de ses opposants. Il s'accroche au pouvoir avec moins de démocratie qu'à ses débuts à la tête de l'île mais l'ancien général ne pourra tenir longtemps et dès 1796, la Corse est à nouveau française.

Le mythe de Pascal Paoli, babbu di a Patria ("père de la Patrie") reste particulièrement fort en Corse, mais également aux États-Unis où son combat politique avait eu beaucoup de résonance et où cinq communes portent encore son nom. Son corps a initialement reposé à l'abbaye de Westminster à Londres, où il est mort en 1807 après un exil définitif, jusqu'au transfert de ses cendres dans son village natal de Morosaglia en 1889.

La Corse aux origines de la France républicaine

OPINION. Patrie de grands hommes de l'histoire de France, la Corse fut également le laboratoire intellectuel de bien des idéaux de l'épopée révolutionnaire française – démocratie, liberté, souveraineté, pour ne citer qu'eux –, rappelle Jean-Valère Baldacchino, secrétaire national aux Affaires intérieures du parti République souveraine.

La Corse aux origines de la France républicaine

Des pans entiers de l’Histoire sont écartés des récits officiels, absents des manuels scolaires et des programmes universitaires, et dont on ne parle jamais ou que trop rarement. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce constat concerne également les fondements de la République française.

La France révolutionnaire de 1789 trouve principalement ses origines sur une petite île méditerranéenne que les Grecs, selon la légende, auraient nommée « Kallisté » – qui signifie « la plus belle » : la Corse. Toute une épopée…

« Souvent conquise, jamais soumise » (‟A spessu conquista mai sottumessa”), la Corse a connu de nombreux envahisseurs depuis l’Antiquité dont les Romains, les Vandales et les Byzantins. De la fin du 13e siècle au début du 18e siècle, elle est principalement sous domination génoise. L’île se rebelle à maintes reprises contre les occupants, en vain. Toutefois, au 18e siècle, l’autorité de la cité italienne est profondément mise à mal. Les chefs de la rébellion sont prêts à aller jusqu’au bout, jusqu’à l’indépendance.

1729 : la Corse est soumise et exploitée comme une colonie par la République de Gênes. Alors même que l'exaspération est forte à travers l’île où les conditions de vie sont déjà très difficiles, les Génois créent un nouvel impôt. L’insurrection éclate à Bustanicu, un village du Boziu, où des officiers venus collecter l'impôt maltraitent un vieillard qui ne peut pas payer. La population prend sa défense et se rebelle. La révolte s'étend aux alentours puis bien au-delà. L’île s’embrase. Le 25 mars 1730, la Gazette de Berne (qui publie le premier article connu sur les révoltes en Corse) rapporte : « Les sujets de l’île de Corse se sont soulevés et ont pris les armes contre cette République. Ils ont formé un corps d’armée de 10 000 hommes, se sont emparés de la capitale du pays, nommée Bastia, et ont obligé le gouverneur à se retirer au château ». Suite à ce soulèvement, les insurgés se structurent en gouvernement politique, se réunissent en assemblées (« consultes »), élisent des chefs et adoptent des textes à portée politique et à valeur juridique.

Les évènements insulaires font couler beaucoup d’encre. Gazetiers et écrivains n’auront de cesse de s’y intéresser. Nombre d’écrits sur la Corse au 18e siècle sont publiés. L’intérêt européen pour ce qui se passe sur l’île s’accroît fortement quand, en 1731, Gênes, ne pouvant maîtriser l’insurrection, fait appel à un homme puissant : Charles VI (Empereur germanique du Saint-Empire de 1711 à 1740).

Dès 1730, un corpus d’idées, élaboré par les clercs qui participent aux révoltes, émerge pour justifier la rébellion. La tyrannie et les abus de pouvoir sont décriés. L’Ancien Régime n’est cependant pas remis en cause : une société d’ordres est perçue comme garante de la stabilité sociale.

Les Corses résistent, ils ne lâchent rien. Début 1734, une consulte réunit les principaux chefs insulaires. Hyacinthe Paoli et Louis Giafferi sont élevés au rang de Chefs suprêmes et Commandants du Royaume. Le 30 janvier 1735, la première Constitution corse rédigée par l’avocat Sébastien Costa est publiée (Constitution du Royaume de Corse); au même moment la première indépendance de l’île est proclamée. Le texte propose entre autres d’élire des Primats du Royaume, dont les deux Chefs suprêmes et Commandants récemment mandatés, ainsi que les membres d’un Office de la Guerre, d’un Office de l’Abondance, d’un Office des Pères communs, d’un Office de la Monnaie, un Secrétaire d’État et Garde des Sceaux, un Capitaine général des Armées et un Lieutenant général pour chaque province. Toutefois, les clans rivaux, qui composent et divisent la société corse, ne parviennent pas à trouver un accord et finissent de nouveau par s’affronter.

Hyacinthe Paoli doute de plus en plus du succès de son projet de créer une Corse unie et forte. Les divisions internes perdurent. Début 1736, la famille Paoli accueille chez elle, à Morosaglia, le messager d’un certain Théodore Étienne de Neuhoff, un baron westphalien. Ce dernier s’adresse dans une lettre au chef corse, en ces termes : « Je ne veux qu’une chose : que vous me choisissiez pour Roi et me permettiez d’accorder la liberté de conscience à tous ceux qui voudront venir d’autres pays pour habiter en Corse afin d’en accroître la population ». Hyacinthe Paoli soutient la proposition : il y voit la possibilité d’unir les clans face aux Génois, autour d’une personne extérieure, neutre, au-dessus des partis, en capacité de fournir des armes et des munitions. Le 14 avril 1736, au couvent d’Alesani, Théodore de Neuhoff est élu Roi de Corse lors d’une consulte. Dès le lendemain, une convention est rédigée et signée : le Roi s’engage notamment à peupler l’île, à développer le commerce, les arts, la marine, les sciences, à frapper monnaie, à limiter le pouvoir du clergé, à créer une université. Une monarchie de type constitutionnel est instaurée : le Souverain est au service du peuple.

Plusieurs victoires militaires sont remportées face à Gênes. Toutefois, le règne est de courte durée – d’avril à novembre 1736. Le Roi peine à fédérer autour de lui, se retrouve isolé, manque de crédibilité et finit par être en difficulté financière. Il quitte l’île, à l’insu de tous. D’autres sont contraints à l’exil pour l’avoir soutenu, dont les membres de la famille Paoli. La République de Gênes va profiter de cette instabilité pour porter un coup décisif aux indépendantistes. Elle demande en novembre 1737 à la France d’intervenir pour mater les insurgés. Un traité est signé à cette fin. En février de l’année suivante les troupes françaises entrent en action et domptent la résistance. Mais, après leur retrait, la rébellion reprend.

Jean-Pierre Gaffory, médecin, patriote corse et ancien secrétaire du roi Théodore de Neuhoff, est nommé en 1745, par une consulte réunie à Orezza, Protecteur de la Nation corse. En 1751, il devient Général de la Nation. Les forces insulaires repoussent l’occupant dont les possessions sont réduites aux citadelles et aux ports principaux. Fin 1753, Gaffory est tué dans une embuscade – assassinat certainement commandité par les Génois.

Naples. Pendant ce temps, un certain Pascal Paoli, fils de Hyacinthe, suit avec intérêt les évènements insulaires. Il est en contact avec les indépendantistes. Les principaux chefs de la rébellion insistent pour qu’il prenne la tête de la révolte. Il est jeune, trentenaire, officier, il jouit du prestige de son père et aussi de celui de son frère, Clément, très actif dans la lutte contre Gênes. Après des années d’exil, en avril 1755, il revient sur sa terre natale. Il est élu Général en chef de la Nation corse le 20 avril. Mario Emmanuel Matra se présente également comme candidat pour accéder au généralat, provoquant un nouveau vote. L’élection de Paoli est confirmée le 14 juillet. « Nous avons pensé que le moyen le plus acceptable et le plus efficace (…) était l’élection d’un chef, un Général s’occupant de l’économie et de la politique du Royaume, possédant des moyens illimités sauf toutefois en ce qui concerne les affaires de l’État qui, elles, réclament l’accord des populations ou de leurs députés. Notre vote, à l'unanimité, s’est porté sur le Très Excellent monsieur Pasquale Paoli, l’homme qui a été jugé le plus digne par tant de vertus et de qualités. » Le 15 juillet, à une consulte suprême générale, Paoli est de nouveau proclamé Général en chef de la Nation corse.

Sans tarder, il fait adopter par les représentants du peuple réunis en consulte générale à Corté, le 18 novembre 1755, un texte unique en son genre (une première dans l’Histoire), qui va rayonner dans le monde entier : une Constitution écrite instaurant un régime républicain et démocratique. Son Préambule en rappelle les fondements : « La Diète Générale représentant le peuple de Corse, seul maître de lui-même, convoquée légitimement et selon les formes dans la cité de Corté par le Général les 16, 17 et 18 novembre 1755. Ayant reconquis sa liberté, voulant donner à son gouvernement une forme durable et permanente, en le transformant en une Constitution propre à assurer la félicité de la Nation, a décrété et décrète… » Ce texte est une synthèse de plusieurs systèmes de gouvernement élaborés depuis 1730. La plupart des institutions et des principes qui y sont évoqués existent déjà et fonctionnent peu ou prou, mais Paoli va plus loin. La Constitution instaure notamment la séparation des pouvoirs, avec d’un côté l’exécutif et de l’autre le législatif et le judiciaire ; une représentation du peuple, choisie par ce dernier, exerçant des responsabilités en son nom ; tout un dispositif de pouvoirs et de contre-pouvoirs, aussi bien dans les domaines politiques que financiers et judiciaires ; le suffrage universel : les hommes de vingt-cinq ans sont électeurs ; tous les individus ayant droit de vote peuvent élire au niveau des consultes communales les délégués de la Diète (ou Parlement) ; le vote des femmes quand elles sont en position de cheffe de famille (droit officialisé et généralisé, qui existe déjà dans plusieurs localités de l’île au 16esiècle, leur permettant ainsi de participer à l’élection du représentant du canton) ; la frappe d’une monnaie (effective en 1763, à Murato, puis à Corté, avec l’impression de la tête de Maure, symbole de l’île) ; la création d’une université (elle ouvre ses portes en 1765, à Corté). Un Conseil d’État est également institué… On peut noter qu’il n’est plus question d’une société d’ordres dans le texte. Les Corses adoptent un hymne, le Dio vi salvi Regina, un chant religieux célébrant la Vierge Marie ; Corté devient la capitale de la République ; la justice est réformée, des plans économiques sont menés ; une imprimerie nationale est créée en 1760…

Les idées de Paoli sur l’indépendance, la démocratie et la liberté rayonnent dans toute l’Europe, et même au-delà. Elles obtiennent le soutien d’éminents philosophes tels que Rousseau (1712-1778 ; Émile ou De l’éducation, Les Confessions), Voltaire (1694-1778 ; Zadig ou la Destinée, Candide ou l’Optimisme), Raynal (1713-1796 ; Tableau de l’Europe, Révolution de l’Amérique) ou Mably (1709-1785 ; De la législation, Principes de morale). Paoli est en contact épistolaire avec plusieurs d’entre eux, dont Rousseau. Ce dernier écrit, dans Du Contrat social(1762) : « Il est encore en Europe un peuple capable de législation : c’est l’île de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté mériteraient bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver. J’ai le pressentiment qu’un jour cette petite île étonnera l’Europe. ». James Boswell, philosophe écossais, se rend en Corse en 1765 et rencontre le chef insulaire une semaine durant. À son retour, il publie de nombreux écrits sur la situation de l’île. L’un de ses livres, Account of Corsica (Compte rendu sur la Corse), publié en 1768, connaît un grand succès. Il sera édité à plusieurs reprises et traduit en diverses langues, dont en italien et en allemand. Le « Père de la Patrie » devient célèbre à travers tout le continent. Le gouverneur représentant l’Empire ottoman à Tunis accorde sa reconnaissance diplomatique à la Corse. Les voyageurs européens font de la Corse une étape obligée de leur périple (il est alors à la mode, pour les plus fortunés, de voyager à travers le continent pour découvrir et apprendre…), et tous veulent rencontrer Paoli.

Philosophes, visiteurs, éditeurs, gazetiers européens et américains voient dans la Corse rebelle un modèle de nation libre, construite à partir du peuple, prenant en compte l’ensemble de la société. Il est à noter qu’aux États-Unis neuf villes portent encore aujourd’hui le nom de « Paoli city». La première apparaît en Pennsylvanie, en 1777, sur les lieux même d’une bataille où un régiment de révolutionnaires américains est massacré par les Anglais, à proximité d’une taverne dans laquelle est alors exposé le portrait de Pascal Paoli. « Il y a entre l’histoire corse et l’histoire américaine une vraie communauté intellectuelle. Pascal Paoli, Thomas Jefferson et beaucoup d’autres se connaissaient directement ou se lisaient, ou avaient entendu parler des uns et des autres et ils étaient dans la même mouvance, qui a quand même changé le monde », affirme Nicole Bacharan, politologue et historienne.

La guerre d’indépendance se poursuit durant tout le processus de construction de la République corse. Les forces paolistes se battent héroïquement, remportent des victoires. N’arrivant pas à défaire les insulaires, Gênes fait de nouveau appel au royaume de France. Un traité est signé en 1768 : le « Traité de Versailles ». Les forces françaises débarquent sur l’île dès l’année suivante. Les insurgés subissent une défaite qui leur est fatale, à Ponte-Novo, le 9 mai 1769. Paoli se réfugie alors chez son alliée, la Grande-Bretagne. La République corse disparaît.

*

L’étonnante aventure de la République corse prend fin en 1769... mais se poursuit d’une certaine manière ailleurs, en inspirant d’autres peuples et d’autres constitutions. En 1787, Les Américains s’emparent de la constitution de Paoli pour rédiger la leur (reprenant plusieurs passages). En France, dès 1789, les Révolutionnaires feront de même pour écrire la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août, dans laquelle on peut lire, notamment à l’article 16 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». La Constitution du 3 septembre 1791, qui instaure le premier régime libéral en France, via une monarchie constitutionnelle, et surtout la Constitution du 24 juin 1793, qui assoit la Première République, sont également le fruit d’une étude et d’une inspiration du texte de 1755 (mais aussi, ne l’omettons pas, d’autres textes tels que le Bill of Rights anglais de 1689, ou encore De l’esprit des lois de Montesquieu publié en 1748). On peut noter toutefois des différences dont une, majeure : les textes des révolutionnaires français n’accordent pas le droit de vote aux femmes, considérées comme des « citoyens passifs » – pour cela, il faudra attendre l’ordonnance du 21 avril 1944 (article 17 : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »)

Indéniablement, cette petite île méditerranéenne a eu une influence majeure dans l’Histoire, à commencer sur la France. Ne pas parler de la Constitution corse est tout simplement une erreur, un mensonge, une malhonnêteté intellectuelle. La volonté des gouvernements successifs d’étouffer les apports et les spécificités de cette terre, qui ne sont que richesses pour notre pays, ne peut que produire des tensions et des ressentiments. Pour marcher dans la même direction, il faut commencer par dire ce qui est, ni plus, ni moins. Bref, nos premières Constitutions et notre Première République ne sont pas nées ex nihilo, elles ont une genèse, et cette genèse se trouve principalement en Corse, laquelle partage avec la France d’aujourd’hui le même idéal politique : l’idéal républicain et démocratique.

Sources :

ANDREI Thomas, « En Corse, des femmes ont voté dès le XVIe siècle », slate.fr, 8 mars 2019.

AVON-SOLETTI Marie-Thérèse, La Corse de Pascal Paoli : essai sur la Constitution de la Corse, 2 vol., Marge, 1999.

BÉZIE Grégoire, « 1755, la Constitution corse accordait déjà le droit de vote aux femmes », francetvinfo.fr, 10 juin 2020.

BÉZIE Grégoire, « 1755 : en Corse l’autre 14 juillet », francetvinfo.fr, 10 juin 2020.

CORSE MATIN, « Il y a 231 ans, la Corse intégrait l’empire français », corsematin.com, 1erdécembre 2020.

FRANCE 3 RÉGIONS, « La Corse et les États-Unis rapprochés par… Pascal Paoli », francetvinfo.fr, 12 juin 2020.

FRANZINI Antoine, « Laboratoire de la nation libre », in « Les Corses : 2000 ans d’aventures et d’utopies », L’Histoire, n° 81, octobre-décembre 2018.

GRAZIANI Antoine-Marie, Pascal Paoli, Père de la patrie corse, Tallandier, 2002.

LANFRANCHI Maria, « 14 juillet 1755 : la Corse écrit son histoire de peuple libre », alta-frequenza.corsica, 14 juillet 2020.

OLIVESI Claude, « Ize ‟capitoli” de la Constitution d’Alesani du 15 avril 1736 », conférence, Adecec, Cervioni, 1997.

QUILICHINI Morgane, « Par trois fois, la Corse a frappé sa propre monnaie », corsematin.com, 29 juillet 2018.

VERGÉ-FRANCESCHI Michel, Paoli, un Corse des Lumières, Fayard, 2005.

Source : Jean-Valère Baldacchino dans Front Populaire, 4 janvier 2022

La Tête de Maure

Beaucoup de légendes sur l'origine de la Tête de Maure qui orne le drapeau corse. Toutefois, il suffit de se promener en Europe pour constater que la testa mora orne aussi le drapeau sarde ainsi que celui de plusieurs provinces espagnoles. Elle figure même dans les armoiries de la ville de Cabestany, en Catalogne française. Et pour cause : le symbole apparaît pour la première fois en 1281 sur un sceau du roi Pierre III d'Aragon. Logiquement, la tête de Maure se serait ainsi imposée comme emblème en Sardaigne et en Corse à la suite de la domination du roi d’Aragon. La tête de Maure du drapeau corse serait alors l’une des quatre têtes de chefs sarrasins tués au combat par le roi d’Aragon, et représentées sur son blason.

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La tête de Maure s'affiche dans un ouvrage du Moyen Âge

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Claes Heinen, roi d'armes des Ruyers Blason du roi Pierre IV d'Aragon et des royaumes qui lui sont rattachés
In Armorial de Gelre, entre 1370 et 1410, folio 62 - REPRODUCTION BRUXELLES, BIBLIOTHEQUE ROYALE DE BELGIQUE MS 15652-56

A testa mora était déjà l'emblème de la Corse au Moyen Âge et ce document l'atteste. Le dictionnaire nous apprend qu'un armorial est un ensemble d'armoiries établissant une correspondance entre une liste de noms de famille ou de communautés et une liste de blasons. Certains sont illustrés, d'autres se limitent à donner une description verbale codifiée, c'est ce que l'on appelle des blasonnements.

Les armoiries apparaissent vers 1130, mais il faut encore attendre un siècle pour voir apparaître les premiers recueils, les fameux armoriaux qui peuvent se présenter sur différents supports : rouleaux, cahiers ou registres, mais aussi fresques, sculptures, vitraux, etc. L'armorial de Gelre est peut-être le plus connu et le mieux conservé.

1755 blasons représentés

Il est l'oeuvre du héraut d'armes Claes Heinen, dit Gelre, à qui il doit son nom et les spécialistes le considèrent comme l'un des chefs-d'oeuvre de l'art héraldique (aussi appelée science du blason) du Moyen Âge finissant. L'ouvrage est composé de 121 folios séparés en six parties distinctes et ne recense pas moins de 1755 blasons de toute l'Europe, dont une majorité provient des pays flamands et rhénans.

Compilé à la fin du XIVe siècle, c'est dans ses pages que l'on peut trouver, dans la "marche" d'Aragon, la toute première représentation en couleurs connue à ce jour des armoiries de la Corse, placées sur une bannière indiquant le royaume et non sur un écu.

"Maure de sable"

Une testa mora sur un fond doré qui en héraldique devient : "D'or à la tête de Maure de sable, au tortil d'argent."

Le champ de l'écu - le fond - est d'or et progressivement dans l'Histoire deviendra argent. Et si l'on se penche un peu plus avant sur le décryptage de ce blason, on apprend que le terme "sable" désigne en héraldique la couleur noire. Quant au "tortil d'argent", il désigne bien évidemment le bandeau. Sur ce même folio, on peut également observer les armoiries de notre plus proche voisine, la Sardaigne. Les quatre têtes de Maure encerclant une croix rouge sur un fond blanc, et que nous connaissons tous bien, se décryptent ainsi en héraldique : "D'argent à la croix de gueules (la couleur rouge, ndlr) cantonnée de quatre têtes de Maures de sable."

D'après M. Popoff

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Source : Corse Matin

Affiches militantes

fratellu

FRC  chiama   fora

FRC-MPA (1972) - Chiama (1973) - Fora (1974)

isula morta  cour  tutti

Isula morta (1976) - Cour de sûreté de l'Etat (1976) - Tutti in Bastia (1976)

liberta  cuncolta  proces

Liberta per i patriotti (1978) - Cuncolta paolina (1979) - A Riscossa : Le procès d'un peuple (1979)

liberta  strappemu  ghjudicati

Liberta per i patriotti (1979) - Strappemu e catene (Ghjuvan Petru Graziani - 1979) - Corsi dumane saremu ghjudicati (Tony Casalonga,1979)

tue  CCN   giscard

Le pouvoir tue (1980) - CCN (1981) - Giscard fora (1981)

fratelli  flnc   stc

Pa'i nostri fratelli (1981) - FLNC (1982) - 1er mai STC (1984)

unita   libarta   borgu

Unita naziunalista (1984) - Sempri libarta (Balta-1984) - A vittoria di u borgu (Balta-1984)

coq   proces   processu

Le coq (Balta-1984) - Procès (Balta-1984) - Processu di Lyon (1985)

corsica

merda

patriotti  

Corsica (D. Tolla, 1985) - Merda (Ghjuvan Petru Graziani, 1985) - Liberta per i patriotti corsi (Ghjuvan petru graziani, 1985)
albertini   euskadi

1769-1976 (Petru Albertini, 1986) - Euskadi (2004)

car1   car2   car3

CAR

ghjurnate   natale   opinion

Ghjurnate corti - - Natale per i patriotti - Non au délit d'opinion (1981)

clandestins   vince vinceremu

- Salut clandestins (1982) - Vince per campa corsu - Vinceremu

Merci à Françoise Coulomb d'avoir mis sa documentation à ma disposition.

La Constitution de Pascal Paoli

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Gênes et Choiseul s'entendent sur le sort de la Corse : le traité de Versailles signé à l'insu de Paoli

Par Par Jean-Pierre Girolami--02 décembre 2019
Source : Corse Matin

choiseul

Le duc de Choiseul est à l'origine de l'ambigu traité de Versailles, prévoyant que la Corse sera occupée et administrée
« temporairement » par la France, tout en restant juridiquement une possession de la République de Gênes

1768 .- Les Génois évacuent la Corse et les couleurs françaises flottent sur les présides de Bastia à Bonifacio. Chauvelin nommé gouverneur de l’île. « Grand oublié du traité », le général Paoli espère un soutien de l’Angleterre

La guerre de course engagée avec la prise de Capraja par Paoli en 1767 ne faiblit pas, au contraire. Au début avril, le commandement génois de la citadelle fait tirer au canon sur un bâtiment paoliste en train d’inspecter tous les navires entrant ou sortant du port d’Ajaccio.

Désormais les incidents se multiplient, des rixes éclatent jusque sur le port de Gênes entre Corses et Génois, « les Corses tirant vanité de ce que leurs bâtiments sont décorés du pavillon du Roy », selon le consul Régny.

Au plan diplomatique, les entrevues s’enchaînent à Versailles entre d’un côté Choiseul et la République de Gênes, et de l’autre entre Buttafoco et Choiseul, avec en ligne de mire, la souveraineté de la Corse. Malgré un effort de dialogue, les points de vue de Paoli et de Choiseul s’avèrent irréconciliables.

D’une part, un constat d’échec est dressé le 2 mai avec l’interruption des négociations entamées depuis six mois entre Matteu de Buttafoco, l’envoyé de Paoli, et le duc de Choiseul. D’autre part, le rapport de forces devient défavorable à Gênes: « La partie étant désormais perdue dans l’île, et dans l’affolement qui suivit la prise de Capraja par les Corses le 29 mai, le gouvernement de la République ligure confiait en juillet 1767 à Agostino Sorba, son ministre plénipotentiaire à Versailles, le mandat de négocier la cession de la Corse au royaume de France. » (1)

Au printemps, les événements se précipitent. Le 22 mai, Paoli qui réunit une consulta à Corte, ignore encore, en raison de la distance avec Paris, que le duc de Choiseul et l’ambassadeur génois Sorba ont signé une semaine plus tôt le traité de Versailles. Par ce document, Gênes cède l’île à la France, mais pourra la reprendre dans le cas où elle pourra rembourser les dettes occasionnées par l’intervention française.

Or, pour l’heure, ce qui préoccupe surtout la consulta que préside Paulu Luigi Vinciguerra, c’est l’échec des négociations entre Buttafoco et Choiseul. De plus, alors que le traité de Compiègne prévoit l’évacuation des troupes françaises à la date du 6 août, il se dit que de nouveaux bataillons vont débarquer en Corse.

« Devant cette menace imprécise, l’assemblée décidait pourtant de réorganiser ses milices, d’augmenter les effectifs de la troupe soldée, de lever un impôt extraordinaire, de créer une junte et de renforcer la garde du général. » (2)

Signé à l’insu de Paoli, le traité de Versailles suscite l’indignation en Corse.

« Paoli, général de la nation corse, est le grand oublié du traité de Versailles. Pour Gênes comme pour la France, il n’est – légalement – qu’un résistant rebelle, le chef des mécontents, et aucune puissance souveraine ne traite avec des rebelles. Ignorant par conséquent Paoli, deux bataillons français débarquent (19 mai) à Ajaccio. » (3)

Paoli attendait les Anglais qui n’interviennent pas

Conséquence immédiate du traité signé le 15 mai, Gênes évacue la Corse.

Dès le mois de juin, les couleurs de la France flottent sur les présides d’Ajaccio, de Bastia, et même de Bonifacio, bastion génois depuis le Moyen Âge.

Le marquis de Chauvelin est nommé gouverneur général de l’île, remplaçant ainsi Marbeuf. À Bastia, les cloches sonnent à toute volée, ce transfert de pouvoir suscitant la satisfaction comme la colère.

« Au bruit de la cession, Bonifacio, la ville la plus génoise de la Corse, fit entendre des regrets; mais Ajaccio alluma des feux de joie. De nouvelles troupes françaises arrivèrent; et les bâtiments qui les débarquaient, remportèrent à Gênes les fonctionnaires et les soldats de la République. Tout dans l’île fut fini pour elle. L’année d’après, la France notifia aux puissances que la Corse entière était passée sous ses lois. » (4)

Mais dans la Corse de Paoli, indépendante depuis 1755 en dehors des présides, ce nouveau traité a le goût amer de la trahison: « La formulation hypocrite du sous-titre du traité de Versailles » conservation de l’île de Corse à la république de Gênes, « permet à celle-ci de sauver la face et à Choiseul d’éviter les possibles complications diplomatiques qui auraient pu suivre une annexion pure et simple ». (5)

La cession de la Corse anime les échanges diplomatiques, bouleverse la donne internationale. Les Anglais marquent leur étonnement mais ne se montrent pas disposés à intervenir, se bornant à envoyer une escadre en Méditerranée et à pousser - en vainles puissances riveraines, Naples et la Toscane, à s’interposer.

« L’attitude anglaise stupéfiera Paoli, qui finira par avouer à plusieurs de ses proches qu’il n’y a rien à attendre de l’étranger et que les Corses ne pourront compter que sur leurs propres forces, comme le lui a écrit Boswell. » (6)

La déception est d’autant plus vive que Paoli, chef d’une nation opprimée, veut croire à un sursaut européen en faveur de la Corse comme il l’écrit le 5 juin à Vinciguerra: « Mais je crois que ce traité rencontrera de fortes oppositions. Déjà les Français font savoir que l’Angleterre soupçonneuse déploie ses armements. La souveraineté française en Corse, sous quelque couleur ou prétexte que ce soit, ne sera jamais tolérée. Le Roi de Sardaigne, grand allié des Anglais, le Grand Duc de Toscane, frère de l’Empereur, verraient alors leurs états exposés, et les Anglais, leurs routes commerciales coupées en Méditerranée. Si la Corse est unie dans cette conjoncture, elle aura de bonnes cartes en main. »

Trois mois après la signature du traité, les hostilités sont déclenchées en Corse. Marbeuf marche sur Saint-Florent le 30 juillet, s’emparant du col de Teghime et des villages avoisinants, faisant des prisonniers.

Le nouveau gouverneur Chauvelin publie dès la fin août un édit déclarant « rebelles » tous ceux qui n’obéiraient pas à un ordre du roi. La Corse étant à nouveau en état de siège, Paoli ne tarde pas à réagir: « Ménageant toutefois le roi de France, feignant l’incompréhension vis-à-vis de telles manœuvres, dénonçant encore derrière les armes françaises une cabale génoise, Paoli appelle en conséquence les insulaires à se tenir en armes, afin de ne pas être traités comme un peuple de conquête.» (7)

Cette conquête militaire poursuivant sa marche va se heurter aux troupes paolistes, victorieuses à la bataille de Borgu.


(1, 2, 7) Antoine Franzini. Un siècle de révolutions corses. Vendémiaire
(3) Michel Vergé-Franceschi. Histoire de Corse. Editions du Félin.
(4) Emile Vincens. Histoire de la République de Gênes. Firmin Didot frères.
(5, 6) Antoine-Marie Graziani. Pascal Paoli père de la patrie corse. Tallandier

Le Comte de Vaux et la Corse

Trouvé sur le blog d'Edmond Simeoni, cet excellent article sur la conquête militaire de la Corse.

Hervé Cheuzeville, notre compatriote de Soriu, a rétabli la vérité historique qu’il est bon de connaître pour rectifier les mensonges, les interprétations. Le Comte de Vaux a assis la conquête militaire française de Louis XV, en 1769 par une action répressive terrible. Que le temps n’a pas gommée ou diluée. Une contribution de qualité à la vérité historique que Hervé a rétablie , lors d’une conférence récente, appréciée, sur les terres du Comte de Vaux.

Le Comte de Vaux et la Corse

Des générations d’écoliers, de collégiens et de lycéens des IIIe, IVe et Ve Républiques ont appris que Louis XV, s’il avait perdu la Nouvelle France et les Indes, avait eu le mérite d’apporter la Lorraine et la Corse à la France. Dans nos manuels scolaires, seule une demi-phrase était généralement consacrée à l’acquisition de cette grande île méditerranéenne, la quatrième pour la superficie, la seconde pour l’altitude. On s’étendait généralement davantage sur la conquête de l’Algérie, qui commença 62 années plus tard. Je ne dirai rien des manuels scolaires d’aujourd’hui qui, eux, omettent probablement d’évoquer ces deux « acquisitions » ! Cependant, on ajoutait parfois qu’en 1768, Louis XV, grâce à la brillante diplomatie de son ministre le duc de Choiseul, avait « acheté » la Corse à la République de Gênes. De nos jours, les Français, du moins ceux qui s’intéressent à l’Histoire, sont toujours persuadés que la Corse fut achetée à Gênes, voire même, pour les plus ignorants, à l’ « Italie » alors que cette dernière, attendrait encore un siècle avant d’exister en tant que réalité étatique et politique.
Ces résumés succincts de l’entrée de la Corse dans la France de l’Ancien Régime sont très éloignés de la réalité historique. Je dirais même qu’ils sont mensongers. Oui, il y eut bel et bien un traité entre le Royaume de France et la République de Gênes. Ce traité fut signé à Versailles le 15 mai 1768 par le comte de Choiseul et Agostino Paolo Domenico Sorba, plénipotentiaire, au nom de la République. Mais il ne s’est jamais agi d’un traité de « vente ». Économiquement et militairement, la République de Gênes était déclinante, au XVIIIe siècle. Depuis 1729, elle devait faire face à un soulèvement en Corse.   La guerre qu’elle y menait, ruineuse, n’aboutissait pas à la « pacification » de l’île tant espérée. À plusieurs reprises, Gênes avait dû faire appel à l’aide militaire de puissances étrangères afin de tenter de rétablir sa souveraineté sur l’île. La France elle-même était déjà intervenue à quatre reprises. Le premier contingent français avait été envoyé en 1738, commandé par le général de Boissieu, renforcé l’année suivante avec l’arrivée du général de Maillebois, surnommé «magna boia » (le grand bourreau) par les Corses. La seconde intervention eut lieu en 1747 ; dirigée par le comte de Choiseul[[1]] et consolidée en 1748 par le général de Cursay. En 1756 arriva la troisième expédition militaire, sous le commandement du général de Castries qui fut remplacé entre 1757 et 1759 par le comte de Vaux. Enfin, la quatrième intervention eut lieu en 1764. Dirigée par le comte de Marbeuf, elle fut ensuite renforcée par le marquis de Chauvelin puis, à nouveau par le comte de Vaux. Toutes ces opérations, si elles ne permirent pas à Gênes de reprendre le contrôle plein et entier du territoire corse, lui assurèrent au moins de conserver la possession du siège de son administration, Bastia, qui était aussi la principale ville et le plus important port de l’île, ainsi que des « présides », places fortes du littoral telles que Calvi, Bonifacio, Algajola et Ajaccio.

C’est là que nous en arrivons au second mensonge historique. Si Gênes ne contrôlait plus la plus grande partie du territoire insulaire lors de la signature du traité de Versailles, c’est que, sur le terrain, un autre pouvoir était en place. Ce pouvoir était issu de l’insurrection qui avait débuté dès 1729 et qui prit à plus reprises une dimension étatique, à la suite de diverses « consultes » ou assemblées qui rassemblèrent des représentants élus par la population, qui légiférèrent et donnèrent à la Corse des constitutions et des institutions. C’est la consulte d’Orezza qui élut Luigi Giafferi, Hyacinthe Paoli et André Ceccaldi comme Généraux de la Nation et qui prépara le texte de la première constitution corse, promulguée à Corte le 30 janvier 1735. Les représentants du peuple corse décidèrent également que le 8 décembre de chaque année, jour de l’Immaculée Conception, serait désormais la fête de la Nation, en l’honneur de la Vierge Marie, sous la protection de laquelle le Royaume de Corse fut placé. Depuis, l’hymne national et religieux de la Corse est le Dio vi Salvi Regina.
En 1736, le baron Théodore de Neuhof fut même acclamé roi de Corse, devenant ainsi un souverain constitutionnel dont le règne ne dura guère. Il eut cependant le temps de légiférer et même de frapper monnaie.
Plusieurs Généraux de la Nation, élus, se succédèrent à la tête de l’île. L’un d’eux, Ghjuvan’ Petru Gaffori, élu en juin 1751 fut assassiné le 3 octobre 1753 à Corte ; ce meurtre avait probablement été commandité par le pouvoir génois. Pour lui succéder, un jeune officier servant dans l’armée du Royaume des Deux-Siciles fut élu, lors de la consulte réunie au couvent de la Casabianca, le 14 juillet 1755. Cet homme de trente ans était le fils de Hyacinthe Paoli, un dirigeant des débuts de l’insurrection corse, qui avait, entre autres, dirigé le gouvernement sous le roi Théodore Ier, et qui avait ensuite dû s’exiler à Naples avec le jeune Pascal. C’est Pascal Paoli qui dirigea la Corse jusqu’en 1769 et qui jeta les bases d’un État démocratique moderne, le premier de son temps[[2]], avec la constitution de 1755. Il fit frapper monnaie, fonda l’Université de Corse dans la capitale, Corte, créa un port à l’Ile-Rousse ainsi qu’une flotte marchande et un embryon de marine de guerre, afin de tenter de briser le blocus imposé par Gênes. En 1767, il parvint même à lancer une expédition contre la petite île de Capraia, située entre le Cap Corse et la Toscane et occupée par Gênes. Après un long siège, les troupes génoises de la forteresse de l’île se rendirent au contingent corse commandé par Achile Murati. Grâce à la prise de cette île, les autorités corses étaient désormais en mesure d’interdire la navigation génoise dans le canal de Corse.
C’est certainement cet évènement qui convainquit le gouvernement de la « Superbe » que la guerre, qui durait depuis près de quarante années, allait être perdue et qu’il valait donc mieux engager des négociations avec la France. Mieux valait en effet céder temporairement une souveraineté qui devenait de plus en plus théorique et récupérer la Corse une fois « pacifiée » par les troupes françaises que de poursuivre une guerre ruineuse qui risquait de s’achever par une défaite humiliante. La France craignait quant à elle que l’État corse ne fasse appel à une puissance rivale (l’Angleterre, par exemple !)
C’est ainsi que le traité de Versailles fut signé, le 15 mai 1768. Ce traité ne remettait nullement en cause la souveraineté génoise sur la Corse. Il s’agit seulement, pour les troupes françaises, d’intervenir dans l’île afin, je cite, d’ « ôter tout moyen aux Corses de nuire aux sujets et aux possessions de la République » (article 1). L’article 4 affirmait clairement que « le Roi s’engage à conserver sous son autorité et sa domination toutes les parties de la Corse qui seront occupées par ses troupes jusqu’à ce que la République en demande à la France la restitution et, en la demandant, soit en état de solder la dépense que l’expédition actuelle des troupes et les frais de leur entretien en Corse pourront occasionner ». 
En lisant les différents articles, on se rend rapidement compte que le traité de Versailles n’avait aucunement pour objet la cession définitive de la souveraineté sur l’île à la France : il s’agissait uniquement d’une cession de souveraineté temporaire, le temps de rétablir l’ordre militairement. Il est également clair qu’il ne s’agissait nullement d’une « vente », comme cela fut trop souvent répété. L’article 2 de l’annexe secrète du traité a sans doute contribué à créer cette légende : il prévoyait en effet que « le Roi pour dédommager la Sérénissime République de la perte qu’elle a faite de quelques arrérages de subsides qui lui étaient dus en vertu des conventions antérieures à celle de 1764, et pour lui donner une marque de son amitié sincère, fera payer à ladite République une somme de 200 000 livres tournois par an pendant le cours de dix années ».
Lors de la signature du traité de Versailles entre le Royaume de France et la République de Gênes, cette dernière n’a donc pas cédé la Corse à la France, et encore moins l’a-t-elle vendue ! De son côté, la France renforça sa présence militaire dans l’île. Pascal Paoli reçut avec indignation la nouvelle de la signature du traité, conclu sans que lui et son peuple n’eussent été consultés et alors qu’il entretenait une relation épistolaire avec Choiseul. Paoli n’aurait pas été hostile, en effet, à ce que la Corse soit « protégée » par une grande puissance, afin qu’elle puisse continuer à gérer ses propres affaires à l’abri de toute menace génoise. Il réunit une consulte dans la capitale, Corte, le 22 mai 1768, durant laquelle il déclara : « Jamais peuple n'a essuyé un outrage plus sanglant […] On ne sait pas trop qui l'on doit détester le plus de celui qui nous vend ou de celui qui nous achète […] Confondons les dans notre haine puisqu'ils nous traitent avec un égal mépris ».  
On notera que dans l’esprit de Paoli, et sans doute dans celui de nombre de Corses de l’époque, la Corse avait bel et bien été « vendue ». Le Général de la Nation ajouta : « La République n’a pas le droit de céder la Corse qu’elle ne possède pas. Et quand bien même elle l’eût possédé, elle n’a pas celui de le transmettre à qui que ce soit, sans le consentement de la nation. (…) S’il suffisait de vouloir la liberté, le monde entier serait libre ». Un proche conseiller de Pascal Paoli fit, lors de cette consulte, un discours remarqué, durant lequel il déclara : « Voici l’instant de vérité. Si nous ne conjurons pas la tempête qui s’annonce, c’en est fini de notre nom et de notre gloire. S’il est écrit que le plus grand monarque de la terre doit affronter le plus petit peuple du monde, nous avons sujet de nous enorgueillir car nous mourrons glorieusement, comme nous aurons vécu. Montrons à nos ennemis que leur entreprise n’est pas une partie de plaisir ». Ce fervent patriote se nommait Carlo Bonaparte.

Les hostilités entre forces françaises et corses ne tardèrent pas à s’engager. Les débuts de cette campagne de Corse furent humiliants pour les armées du Roi, puisque la milice corse remporta plusieurs succès, dont la fameuse victoire de Borgu, au sud de Bastia, le 5 octobre 1768 : un détachement français, assiégé dans cette localité stratégique, dut en effet se rendre aux forces corses.  Nul doute que la défaite française de Borgu eut un grand retentissement à Versailles. C’est elle qui convainquit Louis XV et Choiseul de rappeler le marquis de Chauvelin et d’envoyer en Corse une force beaucoup plus importante, force qui serait commandée par un bon connaisseur du terrain. C’est ainsi que l’on fit appel au comte de Vaux, vétéran des précédentes interventions militaires françaises en Corse.

 Qui était donc l’homme providentiel choisi par Choiseul pour venger l’humiliation de Borgu ? Né en 1705, et donc alors âgé de 64 ans, Noël de Jourda, comte de Vaux, était le descendant d’une branche cadette et peu fortunée de la famille des Jourda, originaire du Gévaudan et qui s’était établie dans le Velay. Issue de la noblesse de robe, le nom de « de Vaux » ne fut ajouté au patronyme de Jourda qu’après l’acquisition des terres situées dans le hameau de Vaux, du village de Saint-Julien-du-Pinet, près de Retournac, dans le Velay[[3]]. Noël Jourda de Vaux avait commencé sa carrière militaire en 1724 comme lieutenant du régiment d’Auvergne. Affecté en Corse une première fois en 1738, comme capitaine, il y fit preuve de bravoure lorsqu’il résista victorieusement aux attaquants corses très supérieurs en nombre, au couvent de Ghisoni, en 1739. Il fut d’ailleurs sérieusement blessé durant cet engagement. Ce fait d’arme lui avait d’ailleurs valu d’être nommé gouverneur militaire de Corte et chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Le comte de Vaux rédigea ensuite une intéressante relation de cette première campagne de Corse. En 1741, il fit preuve de valeur lors de la défense de Prague, puis à la bataille de Fontenoy et au siège de Bruxelles. C’est d’ailleurs sans doute ce qui lui valut sa promotion au grade de brigadier. Il effectua un second séjour en Corse de 1757 à 1759, durant lequel il commanda les troupes françaises envoyées dans l’île après la signature du traité de Compiègne. Il s’y montra à la fois ferme et prudent et, en 1759, il y gagna son grade de lieutenant-général. Il s’illustra ensuite durant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), en particulier lors de la bataille de Bergen en 1759 et lors de la défense de Göttingen en 1761. 
C’était donc un bon connaisseur de la Corse et un général expérimenté qui fut nommé, en février 1769, commandant-en-chef du corps expéditionnaire français en Corse. Il débarqua au port de Saint-Florent le 7 avril 1769. Ce port, situé au fond du golfe du même nom, a une grande importance stratégique. Il est bien abrité, contrairement à Bastia, qui se trouve à 20 kilomètres à l’est, de l’autre côté de la montagne. Le comte de Vaux avait bien préparé son expédition, et il amenait avec lui des renforts considérables, 22 000 soldats, portant ainsi l’effectif des troupes françaises désormais présentes dans l’île à 30 000 hommes. Chiffre énorme si on le rapporte à la population totale de la Corse qui, à l’époque, devait à peine atteindre deux cent mille âmes, et au nombre de soldats que comptait l’armée de Paoli, qui ne dépassait pas quelques milliers de miliciens qui, pour la plupart, n’étaient pas des soldats de métier. Et surtout, le nouveau commandant-en-chef apportait du matériel de guerre, en particulier une importante artillerie, qui allait jouer un rôle déterminant face à la milice corse qui en était quasiment dépourvue ! Pascal Paoli pouvait malgré tout compter sur quelques dizaines de mercenaires, en particulier des Prussiens qui, eux, étaient des soldats aguerris. Le déséquilibre entre les forces en présence était donc considérable : une milice populaire, composée essentiellement de paysans volontaires, devait résister aux assauts de l’armée la plus puissante du monde.
À peine arrivé, le comte de Vaux fit diffuser une proclamation dont la teneur ne laissait planer aucun doute sur ses intentions. En voici le contenu, transcrit d’après l’original :                                                
Ce 17 avril 1769
                                                            De par le Roy
Nous, Charles Comte de Vaux, Lieutenant-Général des armées du Roi, Grand-Croix de l’Ordre de St Louis, Commandant-en-chef des troupes de S.M. dans l’isle de Corse.
S.M. ayant assez fait connaître aux peuples de l’isle de Corse par la déclaration du 5 août 1768 quelles étaient ses intentions concernant la pacification de cette isle, Elle a jugé devoir leur faire expliquer de même quelles étaient les lois de la guerre à laquelle ils se sont exposés par la témérité qu’ils ont eu de résister à Ses troupes et en conséquence, Elle a ordonné ce qui suit.
Art. 1er
Les villages sans retranchements dont les habitants commettront des hostilités contre les troupes du Roi sans être soutenus extérieurement par un corps de gens armés seront brûlés et les biens des habitants dévastés. Ceux qui dans les dits habitants qui tomberont entre les mains de S.M. seront envoyés prisonniers en France quand même ils se seraient rendus par composition, S.M. défendant de leur accorder des conditions contraires.
Art. 2
Lorsque les villages seront retranchés ou défendus intérieurement par des gens armés ils seront reçus à capituler et la capitulation sera observée parce qu’il y aura lieu de présumer qu’il n’aura pas été libre aux dits habitants de venir à l’obéissance et qu’ils auront été forcés de s’y refuser.
Art. 3
Les habitants des villages qui seront pris les armes à la main seront réputés brigands et comme tels envoyés aux galères.
Art. 4
Ceux des villages qui ne seront pas encore venus à l’obéissance s’ils sont pris seuls ou en petit nombre sans être porteurs d’un ordre par écrit de leur commandant et éloignés du corps des autres habitants armés seront également réputés brigands et envoyés aux galères.
Art. 5
Les villages qui se soumettront à l’approche des troupes du Roy seront reçus favorablement et participeront aux grâces que S.M. est disposée d’accorder à ceux qui les mériteront par une soumission volontaire.
Le comte de Vaux eut rapidement la conviction que le contrôle du seul littoral ne suffirait pas. Pour venir à bout de la résistance corse, il lui faudrait conquérir l’intérieur avec Corte comme objectif principal car c’était « la métropole de la rébellion et le point central de l’isle »[[4]] , comme l’a fort bien écrit Dumouriez, un officier qui servait sous ses ordres comme aide maréchal général des logis. Ce Dumouriez devait, plus de vingt ans après, jouer le rôle que l’on sait durant la Révolution française. Afin de préparer cette conquête de l’intérieur, de Vaux remania le dispositif de Marbeuf et établit des bases logistiques pour soutenir les opérations à venir. La région du Nebbiu joua un rôle essentiel dans ce dispositif : cette région constitue l’arrière-pays du port de Saint-Florent et les montagnes qui en forment la limite sud dominent la vallée du Golu, véritable axe de pénétration de l’intérieur de la Corse donnant accès à Corte, siège du gouvernement de Pascal Paoli et des principales institutions de l’État corse. Le massif de Tenda, quant à lui, domine le Nebbiu à l’ouest. Le col de Tenda donne accès à la vallée de l’Ostriconi et à la Balagne. Le chef de la Corse indépendante était sans doute conscient du danger, puisqu’il avait fait de Muratu son quartier-général. Cette localité du Nebbiu commande l’accès nord du col de Bigornu, col qui domine, côté sud, la vallée du Golu. Sans doute ne protégea-t-il pas suffisamment le village de Soriu, à l’ouest du Nebbiu, car un détachement français s’en empara et put ensuite gagner la vallée de l’Ostriconi par le col de Tenda. En même temps, un autre détachement parti du gros village d’Oletta, à l’est du Nebbiu, attaqua Muratu par surprise et faillit y capturer le chef de la nation corse, qui eut tout juste le temps de s’enfuir avec ses hommes vers le col de Bigornu, poursuivi par les Français. Un troisième détachement français pénétra dans la vallée du Golu depuis Borgu, à l’est. Ces trois détachements convergèrent vers l’objectif stratégique que de Vaux leur avait assigné, à savoir le pont génois qui enjambe le Golu dans le hameau qui porte son nom : Ponte Novu. Ce pont était sous la garde de mercenaires prussiens au service de l’État corse. Pascal Paoli leur donna comme consigne de défendre le pont coûte que coûte et d’empêcher son franchissement. Malheureusement, ces consignes du général corse furent mal interprétées car les Prussiens ouvrirent le feu sur les Corses en retraite, le 8 mai, alors qu’ils descendaient du col de Bigornu, poursuivis par les Français.    Cependant, les Corses opposèrent une farouche défense de ce point hautement stratégique. C’est ainsi que Voltaire décrivit cette bataille, qui devait sceller le destin de la Corse :  " L'arme principale des Corses était leur courage. Ce courage fut si grand que dans un de ces combats, vers une rivière nommée Golo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de recharger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire ; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez les peuples libres".  
Les témoins de cette bataille rapportèrent que le Golu était rouge de sang. Cette bataille fut celle du désespoir, car il était sans doute illusoire de vouloir contenir une armée aguerrie, tellement supérieure en nombre et en matériel, de surcroît munie d’artillerie. Malgré tout leur courage, les Corses furent vaincus par l’armée du comte de Vaux, en ce 9 mai 1769. L’erreur de Pascal Paoli avait sans doute été de vouloir s’opposer frontalement à la plus puissante armée du monde. Peut-être eut-il été préférable de se retirer dans les montagnes et, de ce terrain que les soldats corses connaissaient parfaitement, d’harceler les forces françaises. Après la prise du pont, la route de Corte était désormais ouverte malgré une résistance sporadique opposée par les Corses.  Le 22 mai, le comte de Vaux et son armée purent faire leur entrée dans la capitale de la Corse indépendante. Conformément aux usages de l’époque, la petite ville fut soumise au pillage. Le comte de Vaux s’appropria la bibliothèque de Pascal Paoli, qu’il fit envoyer dans son château du Velay. La défaite de Ponte Novu, d’un point de vue militaire, n’était sans doute pas irrémédiable. Mais, sentant le vent tourner, les notables corses commencèrent à se rallier au vainqueur. C’est pourquoi Pascal Paoli, qui était parvenu à gagner Porto Vecchio, dans le sud-est de l’île, préféra, le 13 juin, s’embarquer, avec ses principaux compagnons, à bord d’un navire anglais qui l’amena à Livourne, en Toscane[[5]]. Les grandes familles corses qui se ralliaient à la France tentèrent de faire reconnaître par Versailles des titres de noblesse parfois douteux. Carlo Bonaparte qui, une fois ses quartiers de noblesse reconnus, fit précéder son patronyme d’une particule, devait écrire : « J’ai été bon patriote et Paoliste dans l’âme tant qu’a duré le gouvernement national ; mais ce gouvernement n’est plus. Notre indépendance perdue nous ne pouvons espérer mieux que de vivre à l’ombre des lys. Nous serons fiers d’appartenir à la première nation du monde ». C’est d’ailleurs son ralliement puis la reconnaissance de ses titres qui lui permirent en 1777 de se faire élire député de la noblesse corse et d’être reçu par Louis XVI à Versailles. Il put ensuite obtenir une bourse pour que son second fils, le petit Napoléon, né trois mois seulement après la bataille de Ponte Novo, puisse aller étudier en France, à l’École royale militaire de Brienne-le-Château, en 1779, alors qu’il n’avait pas encore 10 ans.
Le 22 juin 1769, le comte de Vaux put écrire au duc de Choiseul : « Toute la Corse est soumise au Roy ». Cependant, malgré cette évaluation rassurante de la situation, la résistance face à l’occupant se poursuivit dans toute l’île. Le 16 juillet, un détachement français fut attaqué dans la région de Porto Vecchio. Le 26 du même mois, un régiment originaire du Languedoc tomba dans une embuscade dans la région du Niolu. En février 1770, le régiment de la Marche fut violemment attaqué près de Zuani. En mars, ce fut le tour de la garnison d’Appietto, près d’Ajaccio. Ce même mois, le « Courrier de Monaco » pouvait écrire : « On apprend par lettre de cette isle que les bandits sont une hydre qui renaît tous les jours ». Malgré cette pacification qui était loin d’être achevée, le 1er août 1769, le Roi Louis XV nomma le comte de Vaux gouverneur général de la Corse. Il devenait ainsi le premier gouverneur français de l’île. Il a laissé le souvenir d’un officier dur et sévère qui n’hésita jamais à réprimer, à emprisonner, à déporter vers le bagne de Toulon, à envoyer aux galères, voire même à faire prendre. Des ordonnances furent émises interdisant aux Corses la fabrication, le commerce et le port d’armes, sous peine de mort. Pour lutter contre la résistance, la répression était très sévère. Tous les hommes et toutes les femmes pris les armes à la main étaient envoyés au bagne de Toulon et ce, dès 1769. C’est par dizaines qu’ils furent débarqués dans la rade, avant d’être enfermés dans des cellules surpeuplées, sordides et puantes, au fort La Malgue. Fin octobre 1769, le nombre de prisonniers corses était de 232 ; trois mois plus tard, il atteignait 450. Ces Corses tentaient de survivre à l’enfer du bagne, dans des conditions épouvantables. Certains d’entre eux furent envoyés à Saint-Domingue, où les conditions de vie et les maladies firent qu’ils n’y survécurent pas longtemps. Lors de l’embarquement à Toulon, il était précisé qu’il ne fallait faire monter à bord qu’un ou deux Corses par navire « afin qu’ils puissent être aisément contenus pendant la traversée ».  On rapporta que le comte de Vaux sut cependant faire preuve d’une certaine magnanimité à au moins une occasion. L’affaire d’Oletta est demeurée dans toutes les mémoires, en Corse. À la fin de l’année 1768 (donc avant l’arrivée en Corse du comte de Vaux), des hommes furent arrêtés dans le gros villages d’Oletta, accusés d’avoir conspiré pour livrer la place aux forces paolistes. Transférés à Bastia, ils furent torturés avant d’être jugés lors d’un procès expéditif. Des instructions étaient arrivées de Versailles pour que leur chef d’accusation soit le crime de lèse-majesté, passible de la peine de mort. C’est ainsi que ces hommes furent roués en public. Leurs corps devaient rester exposés en plein air, afin de servir d’exemple. Interdiction était faite à quiconque, sous peine de mort, de récupérer les cadavres pour leur donner une sépulture. Une jeune fille d’Oletta nommée Maria Gentile, fiancée de l’un des suppliciés, eut le courage de défier l’interdiction. Elle enleva le corps de son fiancé afin de le faire enterrer. Arrêtée pour ce forfait, elle aurait dû être pendue. Le comte de Vaux, arrivé à Oletta après avoir débarqué à Saint-Florent, fut mis au courant. Sans doute impressionné par le courage de cette Antigone corse, il la gracia et la fit libérer.
En 1770, de Vaux fut remplacé par Marbeuf au poste de gouverneur général de la Corse et il rentra en France où il connut une « traversée du désert », sans doute due à la vindicte de Marbeuf et à celles des soutiens dont ce dernier disposait à Versailles. Une sorte de rivalité avait longtemps opposé les deux hommes et Marbeuf n’avait pas accueilli l’arrivée de de Vaux en Corse avec enthousiasme. Sans doute estimait-il que le poste de commandant-en-chef de l’expédition, puis celui de gouverneur général auraient dû lui revenir. De Vaux finit par reprendre du service sous Louis XVI. Ce dernier lui accorda même la dignité de Maréchal de France, en 1783. Le comte de Vaux mourut le 12 septembre 1788, âgé de 83 ans, alors qu’il venait d’être nommé gouverneur militaire de Grenoble, où il avait été chargé de réprimer les prémices de ce qui allait bientôt se transformer en révolution. En Corse, l’oppression s’accrut avec Marbeuf, qui favorisait les notables ralliés, tels que les Bonaparte, tout en réprimant toute velléité d’opposition. Avec ses généraux Sionville et Narbonne, il a laissé un souvenir épouvantable dans la mémoire collective des Corses, en particulier avec la répression du soulèvement populaire de 1774, durant lequel des villages entiers furent brûlés, en particulier dans la région du Niolu. En mai 1774, 400 habitants de cette région située dans le cœur de la Corse prirent les armes. Le comte de Narbonne réprima cette insurrection dans le sang. Il fit arrêter une soixantaine de personnes. Au cours d’un simulacre de procès, 11 d’entre elles, choisies au hasard parmi les prisonniers, furent condamnées à mort par pendaison, au couvent St François de Calacuccia. Au nombre des suppliciés se trouvait Marcu Andria Albertini, âgé de 17 ans. Les autres prisonniers furent envoyés au bagne de Toulon, d’où ils ne sont jamais revenus. Le comte de Narbonne fit piller et brûler les maisons des rebelles et égorger leurs troupeaux.
Non, décidément, le rattachement de la Corse à la France ne fut pas une simple transaction entre deux puissances européennes comme on a trop longtemps voulu nous le faire croire. Ce fut une guerre de conquête, menée de main de maître par le comte de Vaux, suivie d’une longue période de résistance et de répression. Ni la Révolution française ni le règne de l’enfant d’Ajaccio, Napoléon Ier, n’apportèrent à la Corse la paix, la justice et la liberté auxquels son peuple aspirait depuis si longtemps. Mais cela est une autre histoire !
Est-il besoin de préciser qu’en Corse, contrairement à Montbrison ou à de nombreuses villes du continent, aucune rue, aucun monument, aucun édifice ne rappelle le souvenir du comte de Vaux, qui fut le premier gouverneur français de l’île ?
Hervé Cheuzeville, 17 novembre 2017.

Sources et bibliographie :

[[1]]url:applewebdata://202D0044-FC20-4483-AFAD-D5D5A87BFB35#_ftnref1 Il ne devait devenir duc qu’en 1758.
[[2]]url:applewebdata://202D0044-FC20-4483-AFAD-D5D5A87BFB35#_ftnref2 Si l’on excepte la République de Saint-Marin, qui dispose d’une constitution démocratique depuis 1600.
[[3]]url:applewebdata://202D0044-FC20-4483-AFAD-D5D5A87BFB35#_ftnref3 Le Velay se trouve dans l’actuel département de la Haute-Loire.
[[4]]url:applewebdata://202D0044-FC20-4483-AFAD-D5D5A87BFB35#_ftnref4 Mémoire de Dumouriez.   
[[5]]url:applewebdata://202D0044-FC20-4483-AFAD-D5D5A87BFB35#_ftnref5 Il devait ensuite traverser l’Europe pour gagner l’Angleterre, où il demeura exilé jusqu’en 1790. 

Les déportés d'Isulacciu

isulacciu

U 6 di Ghjugnu di u 1808, in Isulacciu, u Ghjinirali Morand faci tumbà o dipurtà 192 omi, u più ghjovanu avia 15 anni.

La Corse sous le Second Empire

second

Les Juifs en Corse

ebrei

La storia degli ebrei in Corsica riguarda una minoranza etnoreligiosa presente nella regione francese fin dall'800, l'anno d'inizio di una grande migrazione degli ebrei.

Nei secoli gli ebrei sono arrivati dall'Egitto, ma anche da città italiane come Napoli, Padova, Genova, Milano e Torino. Si stima che oltre il 25% della popolazione corsa abbia origini ebraiche.
Si rinvengono tutt'oggi diversi segni dell'antica presenza ebraica sul'isola: ad esempio l'origine del toponimo del villaggio di Cazalabriva significa letteralmente "casa dell'ebreo", mentre ancora oggi in alcune regioni della Corsica rimane la tradizione molto antica di dare ai neonati nomi di origine ebraica come Mouse (Mosè).
Prima migrazione mizrahì:
Agli inizi dell'anno 800 numerosi ebrei mizrahì provenienti dall'Egitto si stabilirono nei dintorni di Porto Vecchio (in particolare a Levie), nella Corsica del Sud, e poi si sparsero in tutta la regione, integrandosi con la popolazione locale (in alcuni villaggi di montagna le chiese cristiane hanno tracce di iscrizioni ebraiche insieme a quelle latine). La maggior parte di loro parlava e scriveva principalmente in lingua ebraica.
Migrazione dall'Italia meridionale:
Tra gli anni 1500 e 1530, un gruppo di un migliaio di ebrei provenienti da Napoli e da altre zone dell'Italia meridionale è scappato alle persecuzioni e si è trasferito nelle montagne centrali della Corsica.
Migrazioni degli aschenaziti:
Aschenaziti da Padova:
Molti ebrei aschenaziti di Padova, obbligati a vivere all'interno del ghetto istituito nel 1516, emigrarono in Corsica tra il 1590 e il 1684, anno in cui si verificarono numerose violenze antisemite a seguito di voci infondate su presunti atti di crudeltà commessi dagli ebrei contro gli ungheresi durante l'assedio di Buda condotto dalla Repubblica di Venezia in appoggio all'esercito imperiale: solo l'intervento di un frate francescano chiamato Padre Marco, che scrisse una lettera per denunciare questa mistificazione, la comunità ebraica di Padova sfuggì al massacro annunciato, ma gran parte di essa decise di emigrare in altri luoghi più tranquilli, tra cui in Corsica. I corsi li chiamarono Padovani, che letteralmente significa venuti da Padova: il cognome Padovani è oggi un cognome molto diffuso in Corsica.
Aschenaziti dal resto dell'Italia settentrionale:
Il fenomeno di persecuzione continuò nell'Italia settentrionale e l'immigrazione ebraica più conosciuta si sviluppò tra gli anni 1750 e 1769, quando alla fine della dominazione genovese durata quattrocento anni, giunse in Corsica un numero compreso tra 5.000 e 10.000 ebrei, provenienti principalmente da Milano, Torino e Genova, così come quelli da Padova.
La prima repubblica francese accolse gli ebrei arrivati in Corsica riconoscendo loro gli stessi diritti degli altri cittadini, potendo anche praticare liberamente la propria religione (cosa che all'epoca non avveniva in molti paesi). Il clima di tolleranza favorì un gran numero di matrimoni misti, che portarono all'assimilazione quasi totale degli ebrei con i cristiani.
XX secolo:
Allo scoppio della prima guerra mondiale, paesi come la Siria e la Palestina divennero un problema tra le potenze occidentali, poiché gli ottomani si allearono con i tedeschi contro i francesi, gli inglesi e i loro alleati arabi.
Nell'estate del 1915, 740 ebrei marocchini e algerini (colonia francese) furono evacuati dagli americani incaricati da sionisti ebrei e filantropi americani, dopo che i turchi li avevano deportati nei porti di Beirut e Jaffa per essere espulsi. Le navi americane girarono per il Mediterraneo alla ricerca di un luogo dove sbarcare: Egitto e Cipro rifiutarono questi profughi, mentre Chania a Creta li accettò, creando per sei mesi un enorme campo profughi. L'accoglienza non fu facile, perché gli ebrei vestivano grandi abiti orientali fino ai piedi: il delegato dell'Alleanza di Salonica chiese a tutti di vestirsi in stile occidentale, con abito e cappello, concedendo persino ricompense ai sarti per farlo! Nel settembre 1915 le autorità greche decisero però di ritirare il permesso di soggiorno dei cittadini francesi protetti a Creta: l'alleanza israelita universale decise allora di ricollocare in Corsica i profughi ebrei siriani, che con l'aiuto della marina militare francese giunsero ad Ajaccio. Nonostante l'estrema povertà dell'isola francese, la popolazione accolse con entusiasmo i "rifugiati siriani", cucendo per loro anche i vestiti. Nel febbraio 1916 una cinquantina di famiglie (circa 180 persone) furono trasferite a Bastia. Al termine del conflitto, nel 1920 parte della comunità ritornò ad Eretz (Israele), ma a causa della miseria alcuni tornano in Corsica.
Durante la seconda guerra mondiale, mentre la Corsica era occupata dall'esercito italiano, gli abitanti dell'isola si mobilitarono per nascondere gli ebrei nei villaggi di montagna. Pierre-Joseph Jean Jacques Ravail, alto funzionario francese sub prefetto di Sartène, riuscì a salvare decine di ebrei, mettendo a rischio la propria vita.

Source : Corsica italiana

Les Corses mobilisés contre la Prusse

La guerre de 14-18

joffre

La Corse, ses morts et la guerre de 1914-1918

Combien de Corses ont-ils versé leur sang pour défendre la France entre 1914 et 1918 ? Les estimations et les discours mémoriels qu’elles sous-tendent sont tributaires des contextes et des projets de ceux qui les avancent. L’enjeu reste brûlant : longtemps largement surévalué pour prouver l’attachement des Corses à la France, notamment face à l’Italie, le nombre des morts a ensuite servi d’arguments aux nationalistes. À l’orée de cette année du centenaire, Didier Rey propose un bilan de la question et des polémiques.

Depuis au moins un quart de siècle, un certain nombre de choses se disent et s’écrivent sur la participation de la Corse et des Corses à la Grande Guerre? [1]. L’approche du centenaire de son déclenchement donne déjà lieu à quelques écrits et réactive parfois certaines polémiques. Il est surtout question de traitement inique de la Corse de la part de l’État, de pertes exorbitantes par rapport à la population, de querelles de chiffres : « 30 000 [morts] pour l’historien Roger Caratini [...], 12 000 pour René Sédillot, [...], près de 40 000 pour l’ouvrage collectif Autonomia, entre 15 000 et 20 000 pour Thierry Desjardins. Le nombre le plus bas est avancé par Charles Tuffelli (9 769)? [2] » Or, les travaux de toutes sortes concernant la Corse, à l’image de ceux de nombre de régions périphériques à fort particularisme, eurent à subir les assauts successifs ou conjugués d’idéologies diverses, notamment nationalistes, tant régionales, nationales qu’étrangères. Cette situation a fortement contribué à la construction de mythes, oblitérant des pans entiers de l’histoire insulaire, encombrant des ouvrages au caractère scientifique pourtant avéré, pour ne rien dire des manuels scolaires. Pour autant, les mécanismes qui engendrèrent ces mythes n’appartiennent pas tous au passé, ainsi qu’en témoigne, entre autres, la polémique mathématique sur le nombre réel de victimes de la Première Guerre mondiale en Corse. Nous n’entendons pas réfléchir, ici, sur les raisons qui rendent ce décompte macabre assez difficile à obtenir ; en revanche, nous aborderons la structuration du discours autour de cette querelle de chiffres. Après avoir analysé les raisons de sa construction, nous en verrons les transformations au cours de l’entre-deux-guerres avant de nous intéresser, pour finir, à ses évolutions actuelles.

Par le sang versé

Pour comprendre les raisons qui donnèrent naissance à ce discours, il convient de se pencher sur les mécanismes du processus d’intégration de la Corse à l’ensemble national organisé autour de deux môles principaux. Le premier s’appuyait largement sur le mythe colonial. En effet, à compter de la fin du 19e siècle, après cent ans d’incertitudes (1769-1871), la Corse ne trouva réellement sa place dans la République qu’en adhérant profondément et en participant très activement à la construction de « la plus grande France[3] » ; on connaît la phrase du maréchal Lyautey pour qui « sans les Corses, il n’y aurait pas eu d’Empire colonial français ». En outre, avant même que l’idéologie coloniale n’ait fait sentir ses effets délétères, un second mythe « identitaire » de la Corse française s’était fait jour : celui du « droit du sang ». Il offrait l’énorme avantage de pouvoir être aisément compatible et complémentaire du premier. À grand renfort de références, parfois pseudo-historiques (œuvre notamment d’intellectuels autant que de publicistes insulaires) se construisit alors l’image du peuple-soldat doublée de « cette idée de la colonisation comme “fabrique” d’hommes véritables et comme espace de régénération virile[4]» sur lesquels la France pourrait toujours compter à l’heure du danger. Cette « militarisation » et cette virilisation coloniale participèrent activement à dresser le portrait type du Corse « naturellement » porté à l’aventure et au métier des armes, comme l’avaient été ses « glorieux ancêtres » de Sampiero Corso[5]à Bonaparte, à mettre en exergue et à survaloriser d’une manière bien particulière « l’impôt du sang » en exaltant outre mesure le sacrifice des fils de Cyrnos sur les différents champs de bataille de France et d’ailleurs. Avant que d’être le titre d’un ouvrage célèbre de la nostalgie et de la virilité coloniales Par le sang versé?[6]constitua donc une forme d’idéal pour tout un peuple, où peu s’en fallait.

Il est d’ailleurs significatif qu’avant de concerner la Grande Guerre, ce mythe sacrificiel ait pris racine au cours de « l’année terrible » (1870-1871). La chute du Second Empire déclencha, au niveau national, une réaction anti-Corse ou se mêlèrent anti-bonapartisme et corsophobie, sans toutefois que les deux se confondissent totalement. Ces manifestations de rejets prirent la forme d’une violente campagne de presse où s’illustrèrent des journaux républicains modérés, à l’image du Temps, dans lequel Francisque Sarcey publiait régulièrement son « Feuilleton » ; consacrant quelques pages à l’œuvre de Mérimée, et plus spécialement à Colomba et à Carmen, il n’hésita pas à écrire : « Il est à noter que de ces deux caractères, l’un est corse, l’autre bohémien, tous deux par conséquent en dehors de notre civilisation[7]. » Les plus virulents furent néanmoins les périodiques radicaux, à l’instar du Cri du peuple qui, sous la plume d’Henri Bellenger, dans un article intitulé « Cédons la Corse à la Prusse », se montrait particulièrement violent : « Le Corse [...] est naturellement mouchard... et assassin. Il cumule ! [...] Ces gens ont pourri la France. Partout, sur leur passage, ils ont, comme la larve immonde, gâté, sali de leur bave ce qu’ils n’ont pu ronger?[8]. » Ces campagnes de presse se doublèrent du désir d’exclure la Corse de la communauté nationale, soit en la donnant à la Prusse en échange de l’Alsace-Lorraine, soit en la cédant à l’Italie, soit en l’abandonnant purement et simplement à son sort.

Face à cette situation périlleuse, les réactions des élites insulaires demeurèrent très majoritairement empreintes d’un loyalisme au premier abord surprenant. En fait, le Second Empire avait contribué profondément à leur intégration au système politique français, déjà entamé par les régimes précédents ; nonobstant l’entreprise systématique de destruction des instruments de l’italianité de l’île menée par l’administration. Les élites pouvaient rejeter momentanément la République, elles n’envisagèrent aucunement de rompre avec la France. Plus globalement, le net renforcement des liens économiques et humains avec le reste du pays facilitèrent la mise en place d’un processus intégrationniste au niveau des catégories populaires. Une partie non négligeable de ces dernières avaient bénéficié des « faveurs » impériales par le biais d’une politique de recrutement de fonctionnaires et de militaires particulièrement efficace, sans compter l’engagement déjà conséquent dans les troupes coloniales, voire la Légion étrangère[9]. L’État central devenant ainsi un important pourvoyeur d’emplois, sa remise en cause n’en était que plus délicate, même dans les circonstances de l’instauration d’un nouveau régime. Il ne fallait donc pas s’attendre, de ce côté-là non plus, à un quelconque mouvement contestataire, d’autant que les notables tenaient fermement en mains leurs clientèles. Enfin, malgré Waterloo et Sedan, on ne saurait négliger la fierté ressentie par les Corses d’appartenir à la « Grande Nation », de détenir, en quelque sorte, une parcelle de ce prestige. En réplique aux menaces brandies par la presse et une partie du personnel politique républicain, la survalorisation de « l’impôt du sang » apparaissait comme la réponse adéquate ; de ce point de vue, l’ouvrage de Nonce Rocca, La Part des Corses dans la défense nationale[10], demeurait exemplaire. Dès ce moment-là, donc, l’exagération du nombre d’insulaires morts au combat anticipait clairement sur ce qui advient après 1918?[11].

Le même mécanisme se reproduisit après la Première Guerre mondiale de manière encore plus paroxysmique. Dans une situation économique et culturelle catastrophique, avec une société structurée par le système clientélo-claniste, le premier avant-guerre avait été propice à l’émergence de mouvements contestataires qui, sans remettre en question l’appartenance au cadre français, n’en dénonçaient pas moins les méfaits de la gestion claniste des affaires publiques ainsi que « l’ingratitude » de la patrie. Le congrès de Corte (avril 1911), réuni à l’initiative des milieux économiques et qui s’ouvrit par un vibrant Corsica fara da Sè ! (la Corse se fera elle-même), ainsi que l’apparition d’un mouvement autonomiste symbolisé, entre autres, par la publication éphémère du journal A Cispra (Le fusil) en demeuraient les éléments les plus notables. La presse nationale commençait d’ailleurs à évoquer une possible « Question corse » et le journaliste Albert Quantin, venu réaliser une grande enquête sur place, concluait à la possible autonomie, voire à l’indépendance de l’île[12]. La victoire de 1918 vit la Corse submergée par une vague de patriotisme confinant au chauvinisme ; elle accrut encore, si besoin était, le sentiment d’identification à la nation française. La fidélité inconditionnelle à la patrie était désormais l’horizon indépassable de la vie politique insulaire ; les « errements » d’avant-guerre étaient oubliés. Dès lors, le nombre de soldats tombés pour la République se devait d’être rigoureusement recensé car il symbolisait le patriotisme sourcilleux des insulaires, et davantage : « La célébration rituelle du sang corse abondamment répandu pour la France sert à exprimer le sentiment d’avoir “payé le prix” pour être enfin admis comme Français à part entière?[13]. » Nonobstant la « dette » présumée contractée par la nation à l’égard de la Corse. Le maire d’Ajaccio l’avait d’ailleurs rappelé devant la Commission parlementaire en déplacement dans l’île, en mai 1926 : « héros corses tombés sur les champs de bataille, à l’ombre du drapeau tricolore, pour cette France que vous avez faite plus glorieuse et plus grande?[14] » ; ce à quoi le ministre Anatole de Monzie répondit qu’« il était juste que le gouvernement fût présent pour rappeler la dette de tous les cœurs de France?[15] ». Les manuels scolaires eux-mêmes le répétaient à l’envi :

« [La République] a tracé le programme de l’œuvre à accomplir pour faire de la Corse un département prospère. La Grande Guerre de 1914 l’a retardée, mais elle sera reprise, car les Corses l’ont méritée par leur conduite héroïque sur les champs de bataille [...]. Il faut avoir confiance dans la France, grande et glorieuse[16]. »

Néanmoins, dans un premier temps, l’exagération ne fut pas de mise, la réalité de l’hécatombe se suffisant à elle-même. La plupart des chiffres avancés au cours des années 1920 ne variaient pratiquement pas et, en aucun cas, ne signifiaient pas une surévaluation. Ainsi, en 1924, le très officiel Livre d’or des Corses[17], préfacé par le général Mangin, donnait une estimation d’environ 10 000 morts, malgré quelques incohérences manifestes de calcul ; la même année, le Bulletin religieux du diocèse d’Ajaccio, en date du 15 mars 1924, évoquait les paroles de l’évêque, Mgr Simeone, rendant hommage aux « 10 500 soldats de la Corse tombés au champ d’honneur[18] ». Les inaugurations de monuments aux morts donnèrent lieu à de nombreux discours proposant des bilans chiffrés ne présentant, eux aussi, que quelques différences marginales. Certes, à Ajaccio, le 9 mai 1926, certains orateurs[19]bafouillèrent quelque peu, évoquant tour à tour « 12 000 Corses valeureux [...] tombés sur le champ de bataille[20]», « 10 000 ont été tués[21] » et, pour finir, 10 380 morts « nul département n’a le plus souffert[22] ». Pour autant, les estimations restaient bien proches de celles du Livre d’or. Près d’une décennie plus tard, le 6 janvier 1935, lors de la cérémonie similaire qui se déroula à Bastia, le général Weygand parla, pour sa part, de 50 000 Corses mobilisés et de 10 000 victimes. Il n’est pas inintéressant de noter, en passant, que ces inaugurations associèrent parfois en un même hommage les morts de la guerre franco-prussienne et ceux de la « guerre du droit ». Le nombre de 12 000 morts fut, finalement, le plus communément admis ; au mitan des années 1930, Albert Surier le retint dans son ouvrage Notre Corse?[23]. Pourtant, depuis quelque temps déjà, circulaient les évaluations les plus fantaisistes.

L’inflation mortuaire

Les désillusions tant politiques qu’économiques de l’après-guerre ramenèrent bientôt sur le devant de la scène les préoccupations et les discours qui, dès avant 1914, avaient mis en exergue les carences réelles autant que supposées de la politique des pouvoirs publics dans l’île, au point que d’aucuns dénonçaient avec force l’état calamiteux de la Corse en tous les domaines. Portés par les partis politiques républicains autant que conservateurs, ce discours ne pouvait en aucun cas être considéré comme remettant en cause, d’une manière ou d’une autre, la présence française ; il s’agissait, en fait, d’une marque de désamour dont on espérait que l’expression amènerait le gouvernement à changer d’attitude envers la Corse. Dans cette perspective, mettre en avant « l’impôt du sang » était une façon de rappeler, une fois encore, à la France la « dette » présumée contractée par celle-ci envers la population de son île méditerranéenne. En mai 1926, n’avait-on pas reporté l’inauguration du monument aux morts de la ville d’Ajaccio afin qu’elle correspondît avec la venue de la Commission parlementaire chargée d’étudier les besoins de l’île et de prévoir une sorte de plan de développement ? Le journal La Jeune Corse avait d’ailleurs parfaitement synthétisé les enjeux en un article où transparaissaient des hiérarchies significatives :

« Comment, en effet, ne pas s’intéresser au développement de cette Île de Beauté, qui est aussi la terre vénérée de l’héroïsme et du sacrifice ? [...] La Mère-Patrie doit beaucoup à cette portion isolée du territoire national. Elle y a trouvé des soldats, des chefs, des hommes d’État éminents, des savants, des industriels ; elle y a surtout rencontré d’humbles serviteurs qui sont allés essaimer dans les colonies lointaines [...][24]. »

Mais la véritable inflation tint à la réactivation de l’irrédentisme italien sur l’île par le régime fasciste à compter du milieu des années 1920. Augmenter sensiblement le nombre de pertes en 1914-1918 revenait ainsi à affirmer, avec plus de force encore, le patriotisme des Corses, tout en rejetant fermement les prétentions mussoliniennes. Les choses s’emballèrent et l’on évoqua des chiffres extrêmes. Le paroxysme fut atteint, en octobre 1933, lors de l’inauguration de la Borne de la Terre sacrée, sur la plage de Vignola, non loin d’Ajaccio : la plaque apposée sur le monument évoquait le sacrifice de 48 000 morts. Ce nombre fut repris par le représentant du préfet, le dotant, en quelque sorte, d’une légitimité supplémentaire, ainsi que par le journaliste du Petit Bastiais glorifiant « les 48 000 enfants de ce peuple soldat qui ont versé jusqu’à la dernière goutte de leur sang sur les champs de bataille où se jouait le sort de la France [...]. Ce sacrifice monstrueux place le département de la Corse à l’accablante place d’honneur de nos provinces ». Le 4 décembre 1938, lors du fameux serment de Bastia, Joseph Antonini, président du Comité d’action et de défense de la Corse française créé au lendemain de l’incident de la Chambre des faisceaux, reprenait un chiffre approchant : « Au pas de l’oie, les Corses préfèrent le pas cadencé [...] car il fut celui des 40 000 Corses qui, aujourd’hui, frémissent d’indignation dans les tombes?[25]. » Les irrédentistes ne furent d’ailleurs pas les seuls visés, les autonomistes figurèrent également dans le collimateur des thuriféraires maximalistes ; il s’agissait, par le sang des morts, de discréditer l’action des vivants, du moins de certains d’entre eux.

Les autonomistes adhérèrent également à ce mouvement inflationniste mais en l’adaptant à leur vision du monde. Il justifiait parfaitement leur argumentaire d’une « Île oubliée » par la France, cette dernière seulement préoccupée de trouver en Corse de la « chair à canon » et des administrateurs pour ses colonies, retournant ainsi contre leurs promoteurs le discours sur le peuple-soldat et les bâtisseurs d’empire. Rien d’étonnant alors à ce que Hyacinthe Yvia-Croce, journaliste à A Muvra (Le mouflon) et membre du Parti autonomiste corse de Petru Rocca, évoquât les « 40 000 martyrs immolés au nom d’un mythe » et dénonçât la « Tragique Duperie » que constituait, pour lui, la Grande Guerre[26]. Quelques années auparavant, A Muvra avait d’ailleurs publié un poème en langue italienne dédié à la veuve de Joseph-Marie Tomasini, Héros corse fusillé par les Français[27]. En ce milieu des années 1930, cette attitude contribua un peu plus à l’isolement des autonomistes, perceptible depuis le début de la décennie. Leurs difficultés internes, le harcèlement des autorités françaises à leur égard tout autant que leur inclinaison idéologique pour les « hommes forts », les entraînèrent à se compromettre totalement avec les irrédentistes fascistes, ce qui renforça leur isolement devenu quasi total, et, en retour, les rendit toujours plus dépendants de leurs encombrants alliés, sans grand profit pour ces derniers. Le 30 décembre 1938, dans son journal personnel, le comte Ciano ne constatait-il pas dépité : « Le Parti de Petru Rocca ne compte pas plus de dix personnes?[28]. »

Outre-tyrrhénienne, justement, la propagande irrédentiste vit néanmoins tout le parti qu’elle pourrait tirer de cette réévaluation des pertes militaires, pourtant censée lui porter préjudice. Sans aller jusqu’à citer les données les plus extrêmes, probablement conscients de leur aspect irréaliste, la presse tout autant que les auteurs italiens dénoncèrent néanmoins à leur tour le caractère inique de la politique française envers l’« Île perdue », selon le même processus que les autonomistes. L’ouvrage de Francesco Guerri, paru en 1941, à un moment où le rêve annexionniste pouvait devenir réalité, synthétisa le point de vue fasciste :

« La perte de 30 000 hommes, tombés lors de la Grande Guerre [...]. Ni le respect pour les morts de la Grande Guerre, ni le sens de la gratitude ou de l’humanité ou de la générosité n’ont jamais déterminé un geste de repentir de la part des dominateurs [...] et les conditions morales et économiques de l’Île se sont faites toujours plus tristes ces dernières années[29]. »

L’après-Seconde Guerre mondiale ayant renvoyé le fascisme et ses prétentions dans les oubliettes de l’histoire, tout en mettant un terme que l’on pouvait croire définitif à l’autonomisme, la querelle des chiffres s’apaisa, n’ayant plus de raison d’être. Certes, dans les années 1950, qui furent également celles des guerres de décolonisation (dont les conséquences sur l’évolution de la situation de la Corse furent importantes[30], les estimations les plus extrêmes demeurèrent de mise. Dans son ouvrage paru en 1957, Dom Jean-Baptiste Gaï notait à propos des morts au champ d’honneur, sans toutefois se prononcer réellement : « On a écrit qu’ils furent 40 000 en 14-18[31]. » Des ouvrages rédigés par des non-spécialistes et destinés au grand public, parus au cours des années 1970 et 1980, continuèrent de diffuser la vulgate inflationniste dans le corps social, proposant encore des estimations élevées, bien qu’en diminution ; si, en 1976, le journaliste Paul Silvani avançait le nombre de 28 000 victimes[32], en 1984, Ghjiseppu Leoni se prononçait pour une estimation légèrement supérieure de 30 000 morts?[33].

Néanmoins, depuis le début des années 1960, des recherches menées par des historiens battaient en brèche l’argumentaire maximaliste (en 1969, René Sédillot mentionnait 10 000 à 12 000 victimes[34]), et tendaient à considérer la fourchette de 10 000 à 20 000 morts comme la plus réaliste, se rapprochant ainsi des estimations avancées dès les années 1920. Si l’ouvrage dirigé par Paul Arrighi ignorait volontairement la question[35], celui de Pierre Antonetti[36] ou le quatrième tome du Mémorial des Corses[37], se prononçaient en faveur d’une révision minimaliste. Parmi les estimations les plus basses figuraient celles de Francis Pomponi qui évoquait « plus de 10 000 morts[38] », alors que Pascal Marchetti penchait pour un nombre plus conséquent de 20 000 victimes?[39].

En 1982, un ouvrage coédité par le Service éducatif des archives et le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de Corse, destiné aux élèves des lycées et collèges, proposait une estimation médiane : « 15 000 pour laisser une marge raisonnable d’erreur[40] ». Fruit d’une époque et de certains a priori idéologiques[41], il tentait de synthétiser les apports récents de l’historiographie, sans pour autant réussir à se départir de certaines représentations et approximations :

« Certains pensent que la Corse, après s’être sacrifiée dans une guerre absurde, est abandonnée par les pouvoirs publics. Idées et propositions régionalistes foisonnent et s’attaquent au jacobinisme centralisateur. Petru Rocca, fondateur du “Partitu Corsu d’Azione” [Parti corse d’action] note comment la terrible épreuve de 1914-1918 a contribué à relancer le mouvement autonomiste en le radicalisant. Il se déclare “convaincu d’avoir fait une guerre au profit d’une cause qui ne le concerne, lui, Corse, que de très loin”. Mais les prétentions italiennes ne trouvent un accueil favorable qu’auprès d’une poignée d’irrédentistes corses : entraînés par les anciens combattants, la majorité des insulaires proclament leur attachement pour la France[42]. »

Dans le même temps, cependant, bien que peu suspect de quelconques tendances régionalistes et encore moins autonomistes, il entérinait la permanence du mythe des soldats sacrifiés par le commandement : « Les Corses, qui sont surtout des paysans en 1914, appartiennent aux régiments de fantassins (souvent en première ligne)[43]. » Ce mythe était bientôt récupéré, lui aussi, dans un sens que ses promoteurs n’auraient pu soupçonner.

Entre nationalisme français et nationalisme corse

Il fallut attendre le milieu des années 1980 pour voir se réactiver une querelle des chiffres qui perdure. Le développement et l’enracinement d’un mouvement autonomiste et indépendantiste, ce dernier y compris armé et clandestin, redonna force et vigueur à un certain discours sur lequel les travaux historiques avaient peu de prise. On assista dès lors à un combat à front renversé.

D’une part, des opposants au nationalisme s’ingéniaient à minimiser le nombre de victimes afin d’infirmer les déclarations de leurs adversaires politiques ; leurs estimations se situaient en dessous des 10 000 morts, à l’instar de celles de Charles Tuffeli et d’Olivier Maestrati, ce dernier fournissant la plus basse avec 8 007 morts[44][44]Olivier Maestrati, op. cit., p. 224 ; très proche par... . Ce faisant, ils prenaient le contre-pied de leurs prédécesseurs d’avant 1945. La situation pouvait apparaître périlleuse, car il convenait de proclamer haut et fort le patriotisme des Corses tout en minimisant les pertes qui, jusqu’alors, constituaient la « preuve » par excellence de ce patriotisme. La parade consista à présenter désormais la faiblesse relative du nombre de victimes comme symbolique du souci de la France d’épargner le sang de ses fils et non de les envoyer au massacre comme l’affirmaient les nationalistes :

« Les chiffres prouvent que, hormis quelques centaines d’individus âgés de plus de quarante-cinq ans qui ont été au front et nonobstant quelques-uns d’entre eux qui y sont morts, on ne peut en aucun cas en déduire un processus généralisé. Le mythe de la mobilisation massive des “vieux” Corses au front ne tient pas[45][45]Ibid. . »

Pour autant, la Corse demeurait généralement présentée comme l’un des départements qui, proportionnellement, avait payé un lourd, voire le plus lourd tribut au conflit. L’accent était également mis sur les prodiges de valeur attribués aux militaires insulaires.

De l’autre, des nationalistes insistaient sur « le massacre d’un peuple par l’État colonial », pour reprendre une expression courante du discours nationaliste. Dans un premier temps, leur discours n’innova guère. À l’été 1979, lors de leur procès devant la cour de Sûreté de l’État, les militants du Front de libération nationale corse (FLNC, créé le 5 mai 1976), dans une « Déclaration historique », se contentèrent de reprendre l’argumentaire inflationniste d’avant-guerre en le parant des oripeaux du tiers-mondisme :

« Les régiments corses seront décimés : 40 000 morts ! Tel est le lourd tribut payé par le peuple corse pour défendre les intérêts de l’impérialisme français [...]. Les généraux français avaient l’ordre de leur gouvernement de mettre les Corses, les Marocains et les Sénégalais en première ligne[46]. » Voire en l’exagérant : « La guerre éclate ; énorme boucherie des Corses [...]. 15 % de la population[47]. »

De leur côté, les autonomistes, après avoir un temps cautionné la fable des 40 000 victimes, s’en tinrent à des chiffres plus modestes, proches de ceux qui circulaient depuis le début de la décennie 1970 dans leur version haute néanmoins. Ainsi, en 1991, le programme électoral de l’Union du peuple corse (UPC) évoquait des nombres compris dans une fourchette de 20 000 à 35 000 morts[48].

Un glissement s’opéra progressivement et enfanta une autre vulgate. L’influence nationaliste se révéla manifeste sur trois questions principales. La première concerna le nombre des victimes et les raisons de l’hécatombe. Pour justifier cette dernière, on continua d’accréditer l’idée de soldats corses systématiquement envoyés en première ligne. La seconde porta sur les conditions de la mobilisation : en 1991, dans sa profession de foi électorale, un parti nationaliste insistait sur les inégalités de la mobilisation qui, en Corse, entre août et septembre 1914, avait concerné des personnes non mobilisables dans le reste du pays[49]. Les nationalistes contribuaient à exhumer un épisode particulièrement douloureux de la Grande Guerre[50], ce que nièrent un temps, et maladroitement, leurs adversaires politiques. La troisième, enfin, propagea l’idée selon laquelle, parmi les Corses fusillés « pour l’exemple », certains l’auraient été de manière injuste [51] : ne parlant que le corse, ils ne purent comprendre les ordres qui leur étaient donnés. Certes existait-il au moins un cas avéré où la méconnaissance du français joua un rôle tragique, celui du soldat Joseph Gabrielli, étudié par Nicolas Offenstadt [52]. . Ne pouvant se défendre lors de son procès, il fut fusillé en juin 1915. Son cas fut transformé en une généralité, sans pour autant que des chiffres fussent avancés, et pour cause : le tout consacrait l’image de la « mort programmée du peuple corse? [53] ». La puissance de ce discours, le fait qu’il put se répandre facilement dans le corps social (sans que les idées nationalistes fussent partagées pour autant) tenait, pour l’essentiel, à ce qu’il reprenait la quintessence des mythes propagés depuis des décennies et qui avaient forgé l’image que les Corses se faisaient d’eux-mêmes. Il était simplement adapté au nationalisme corse, à l’instar des qualités du peuple-soldat transférées sur le militant clandestin, selon un processus très proche, finalement, de celui de leurs adversaires.

Les Corses ne furent pas les seuls à être abusés par ces différentes vulgates forgées depuis près d’un siècle et dont certains éléments demeuraient plus puissants que d’autres[54]. La permanence et la prégnance des stéréotypes concernant les insulaires facilitent cette imprégnation[55]. C’est le cas pour l’idée profondément enracinée du « droit du sang » qui a récemment été exprimée de deux manières différentes et complémentaires : en novembre 2012, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls débuta sa visite en Corse par un hommage aux résistants tombés au cours de la Seconde Guerre mondiale ; en janvier 2013, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac déclara : « J’ai passé les fêtes de fin d’année en Corse, qui à l’époque ne formait qu’un seul département, et qui est le département qui a payé en pourcentage le plus lourd tribut à la guerre 14-18? [56]. » Concernant la reprise de la vulgate plus strictement nationaliste, elle était une réalité de la part de certains militants se réclamant de l’extrême gauche.

Quant au nombre réel de soldats corses morts au combat, les estimations les plus sérieuses demeuraient contrastées, bien qu’un consensus semble désormais s’établir autour de 10 000 morts. Les « minimalistes » estimaient que la fourchette de 10 000 à 12 000 apparaissait comme la plus acceptable ; c’était le cas de Roger Caratini : « Après la saignée de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle la Corse a perdu 4,2 % de sa population (soit environ 12 000 hommes et non pas 35 000 comme on le dit parfois), c’est-à-dire une proportion notablement plus grande que la proportion nationale (3,5 %)[57]. » Les « maximalistes », pour leur part, demeuraient plus prudents et donnaient des chiffres variant de 10 000 à 16 000 victimes, à l’instar de Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere[58]ou de Charlie Gallibert[59]. Le nombre de 16 000 fut celui retenu par Patrick Cabanel dans L’Encyclopédie de la Grande Guerre dirigée par Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker? [60]. Les ouvrages destinés au public scolaire refléteraient également ces hésitations. Ainsi, les dossiers publiés pour le quatre-vingtième anniversaire de l’Armistice, par les deux services éducatifs des archives, avançaient, pour l’un, 12 000 à 15 000 morts et, pour l’autre, 16 000 victimes? [61]. Pour conclure sur ce point, même les estimations hautes confirment que, territoire essentiellement rural, la Corse a, en réalité, payé un tribut sensiblement comparable à celui des autres régions ou départements français de même type? [62], comme la Lozère, le Limousin et la Bretagne? [63]. À l’inverse, les régions plus industrialisées, dont une partie des ouvriers avait été mobilisée sur place, connurent des pertes moins importantes.

Notes

  • [1]
    Citons pour mémoire : Sampiero Gistucci, Les Bleues : un officier corse à la guerre 1914-1918, Ajaccio, La Marge édition, 1989 ; Antoine-Toussaint Antona, Ceux du 173e : les Corses au combat, 1914-1918, Ajaccio, La Marge édition, 1998 ; Olivier Maestrati, La Corse et ses poilus, Paris, Olivier Maestrati, 2006 ; Sylvain Gregori, « Une captivité insulaire : prisonniers de guerre et internés civils en Corse, 1914-1918 », Cahiers de la Méditerranée, numéro spécial « La Grande Guerre en Méditerranée », 81, 2010, p. 165-189 ; Jean-Paul Pellegrinetti et Georges Ravis-Giordani, Du deuil à la mémoire : les monuments aux morts de la Corse (guerre 1914-1918), Ajaccio, Albiana, 2011 ; Jean-Paul Pellegrinetti, « Identité et Grande Guerre : les Corses dans la Première Guerre mondiale », in François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez (dir.), 1914-1918, identités troublées : les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Privat, 2011, p. 129-140 ; Jean-Raphaël Cervoni et André Cesari, La Corse et la Grande Guerre, Bastia, Anima Corsa, 2 t., 2011 et 2013.
  • [2]
    Jean-Raphaël et Marie-Flore Cervoni, Petit Dictionnaire de la Grande Guerre, Bastia, Anima Corsa, 2005, p. 122. Les chiffres des pertes militaires mentionnés dans cet article ne concernent que les Corses mobilisés dans l’île.
  • [3]
    Sur cette question on pourra consulter Anne Meistersheim et Marie-Eugénie Poli-Mordiconi (dir.), Corse colonies, Ajaccio, Albania/Musée de la Corse, 2002 ; Francis Arzalier, Les Corses et la question coloniale, Ajaccio, Albiana, 2009 ; Marie Peretti-Ndiaye « Passé colonial et phénomènes contemporains d’identification et d’altérisation : le prisme corse », L’Homme et la Société, 175, 2010, p. 81-98 ; Vanina Profizi, « De l’île à l’Empire. Colonisation et construction de l’identité nationale : les Corses, la nation et l’Empire colonial français, xixe-xxe siècle », thèse de doctorat en histoire sous la direction d’Elikia M’Bokolo, Paris, EHESS, 2011. On ne manquera pas de noter les traces de cette mémoire coloniale revisitée dans l’œuvre de l’écrivain Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012.
  • [4]
    Cristelle Taraud, « La virilité en situation coloniale », in Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (dir.), Histoire de la virilité, t. II : Le triomphe de la virilité : le xixe siècle, Paris, Éd. du Seuil, 2011, p. 332.
  • [5]
    Sur ce processus, où la falsification historique avait toute sa part, on pourra lire Didier Rey, « Sampiero Corso : de l’icône de la Corse française au héros nationaliste corse (1855-2009) », in Christian Amalvi (dir.), Usages savants et partisans des biographies de l’Antiquité au xxie siècle, 134e Congrès du CTHS, Bordeaux, 2009, Paris, Éd. du CTHS, 2011.
  • [6]
    Paul Bonnecarrère, Par le sang versé : la Légion étrangère en Indochine, Paris, Fayard, 1968.
  • [7]
    Le Temps, 13 novembre 1870.
  • [8]
    Henri Bellenger, « Cédons la Corse à la Prusse, Le Cri du peuple, 2, 23 février 1871.
  • [9]
    Francis Arzalier, op. cit., p. 60. Pour la Légion étrangère, il s’agissait d’engagements contractés avant 1870, confirmant l’incertitude de la situation de la Corse évoquée précédemment.
  • [10]
    Nonce Rocca, La Part des Corses dans la défense nationale (1870-1871), Paris, F. Salmon, 1871.
  • [11]
    Le conservateur des archives départementales de la Corse-du-Sud a récemment établi le nombre de victimes à un peu moins de huit cents morts, blessés et disparus, bien éloigné des trois mille voire des cinq mille hommes cités jusque-là (Alain Venturini, « Soldats et gardes mobiles corses dans la guerre de 1870 », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, « Aspects de la Corse sous le Second Empire, actes du colloque de Bastia, 26 novembre 2010 », 736-737, 3e et 4e trim. 2011, p. 59-97.
  • [12]
    Albert Quantin, La Corse : la nature, les hommes, le présent, l’avenir, Paris, Perrin, 1914.
  • [13]
    Pascal Marchetti, Une mémoire pour la Corse, Paris, Flammarion, 1980, p. 219.
  • [14]
    La Jeune Corse, 13 mai 1926.
  • [15]
    La Jeune Corse, 17-18 mai 1926.
  • [16]
    Ambroise Ambrosi-Rostino, Histoire des Corses depuis leurs origines jusqu’au xxe siècle : cours élémentaire et moyen, Bastia, Librairie Piaggi, 1924, p. 144-146.
  • [17]
    Livre d’or des Corses tombés au champ d’honneur, promus dans la Légion d’honneur ou cités à l’ordre de l’Armée pendant la guerre de 1914-1918, s. l., Comité du Livre d’or, 1924.
  • [18]
    Pascal Marchetti, op. cit., p. 218. Son successeur, Mgr Rodier, lui-même ancien combattant et ardent patriote, fit entreprendre le recensement complet des victimes par paroisses ; Le Livre d’or des paroisses parut en 1938 et avança le chiffre de 7 221 victimes. Il passa quasiment inaperçu dans un contexte où les revendications italiennes exacerbaient le patriotisme des Corses ; ce bilan minimaliste était tout simplement illisible.
  • [19]
    Il s’agissait de Pierre Zevaco, président du Comité du monument aux morts, du commandant Leandri, grand officier de la Légion d’honneur, grand invalide de guerre et du docteur Antonini, président du Comité fédéral des victimes de la guerre et des anciens combattants de la Corse (Le Petit Bastiais, 10 et 11 mai 1926).
  • [20]
    La Jeune Corse, 13 mai 1926.
  • [21]
    La Jeune Corse, 14 mai 1926.
  • [22]
    La Jeune Corse, 17-18 mai 1926.
  • [23]
    Albert Surier, Notre Corse : études et souvenirs, préf. de Lorenzi de Bradi, Paris, Éd. Chiron, 1934, p. 30.
  • [24]
    La Jeune Corse, 8 mai 1926.
  • [25]
    Cité par Jean-François Mazzoni, « Le serment de Bastia », dans Francis Pomponi (dir.), Le Mémorial des Corses, t. IV : L’île éprouvée, 1914-1945, Ajaccio, Le Mémorial des Corses, 1982, p. 244-249, p. 245.
  • [26]
    Hyacinthe Yvia-Croce, Vingt Années de corsisme, 1920-1939 : chronique corse de l’entre-deux-guerres, Ajaccio, Edizioni Cirnu è Mediterraneu, 1979, p. 29.
  • [27]
    Eroe Corso fucilatto dai i francesi, in A Muvra, 35, 22 septembre 1921.
  • [28]
    « Il Partito di Petru Rocca non conta più di dieci persone. » (Galeazzo Ciano, Diario, 1937-1943, Renzo de Felice (dir.), Milan, Biblioteca Universale Rizzoli, 2000, p. 228)
  • [29]
    « La perdita di 30 000 uomini, caduti nella Grande Guerra [...]. Nè il rispetto ai Caduti della Grande Guerra, nè il senso della gratitudine o della umanità o della generosità hanno determinato mai un gesto di resipiscenza nei dominatori [...] e le condizioni morali ed economiche dell’Isola si son fatte in questi ultimi anni sempre più triste. » (Francesco Guerri, Gli anni e le opere dell’irredentismo corso, Livourne, Edizioni di Corsica antica e moderna, 1941, p. 18)
  • [30]
    On pourra notamment se reporter à Francis Arzalier, op. cit.
  • [31]
    Dom Jean-Baptiste Gaï, La Tragique histoire des Corses, Paris, SPERAR, 1957, 1967, p. 333.
  • [32]
    Paul Silvani, Corse des années ardentes, 1939-1976, Paris, Éd. Albatros, 1976, p. 31.
  • [33]
    Ghjiseppu Leoni, Corsica : storia nustrale, Ajaccio, Edizioni Cirnu è Mediterraneu, 1984, p. 153.
  • [34]
    René Sédillot, La Grande Aventure des Corses, Paris, Fayard, 1969, p. 301-302.
  • [35]
    Paul Arrighi (dir.), Histoire de la Corse, Toulouse, Privat, 1971.
  • [36]
    Pierre Antonetti, Histoire de la Corse, Paris, Robert Laffont, 1973, p. 461.
  • [37]
    Jean-François Mazzoni, « La paix », in Francis Pomponi (dir.), op. cit., 1982, p. 61-69, p. 63.
  • [38]
    Francis Pomponi, Histoire de la Corse, Paris, Hachette, 1979, p. 407.
  • [39]
    Pascal Marchetti, op. cit., p. 218.
  • [40]
    La Corse et les Corses pendant la Première Guerre mondiale, Ajaccio, Service éducatif des archives de la Corse-du-Sud/CRDP, 1982, non paginé.
  • [41]
    Paru quelques semaines avant l’élection de la première Assemblée de Corse, prévue par le Statut particulier accordé par le gouvernement d’Union de la gauche, et alors que l’on s’attendait, à raison, à un bon score des autonomistes, ce fascicule semblait sonner comme un rappel à ne pas se laisser charmer par les sirènes « séparatistes ».
  • [42]
    La Corse et les Corses, op. cit.
  • [43]
    Ibid.
  • [44]
    Olivier Maestrati, op. cit., p. 224 ; très proche par conséquent de celle de Mgr Rodier en 1938.
  • [45]
    Ibid.
  • [46]
    Le Procès d’un peuple, Bastia, A Riscossa, 1980, p. 51.
  • [47]
    Ibid., p. 21.
  • [48]
    Unione di u Populu Corsu, Autonomia, ghjugnu 1991, Bastia, supplément du journal Arritti, 1991, p. 9.
  • [49]
    Accolta Naziunali Corse, Pruposti pulitichi, Ajaccio, Edizioni Cirnu è Mediterraneu, 1991. À la seizième page, le texte corse évoquait « les Corses mobilisés jusqu’à deux générations par famille » (« i Corsi mubilizati sin’à duie generazione à famiglia »). En revanche, la version française mentionnait simplement de « lourd tribut » (p. 144).
  • [50]
    Voir, entre autres, Yves Pourcher, « Première Guerre mondiale et la Corse », in Antoine-Laurent Serpentini (dir.), Dictionnaire historique de la Corse, Ajaccio, Albiana, 2006, p. 806-807.
  • [51]
    Sur la question des fusillés, on se reportera à Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1918), Paris, Odile Jacob, 2002.
  • [52]
    Ibid., p. 163-164.
  • [53]
  • [54]
    Le site Internet de la préfecture de région lui-même reprend à son compte le mythe de la surmortalité des soldats insulaires : « entre 22 et 28 % des classes mobilisables contre 16,3 % en moyenne nationale » (http://www.corse.pref.gouv.fr/d-une-guerre-a-l-autre-1914-1945-a92.html, 14 octobre 2013).
  • [55]
    Qu’il nous suffise d’évoquer ici pêle-mêle : le culte des armes et de la violence, une société mafieuse, une fraude politique endémique, une population assistée et profitant des largesses de l’État, la propension au fonctionnariat, un peuple étranger, etc. Tous ces stéréotypes ont été fortement réactivés depuis l’assassinat du préfet Claude Érignac en 1998.
  • [56]
    Propos de Jérôme Cahuzac, rapportés le 24 janvier 2013 dans la rubrique « Désintox » du site Internet du journal Libération : « Jérôme Cahuzac corse le bilan de la Grande Guerre » (http://www.liberation.fr/politiques/2013/01/15/jerome-cahuzac-corse-le-bilan-de-la-grande-guerre_874273, 14 octobre 2013).
  • [57]
    Roger Caratini, Histoire du peuple corse, Paris, Éd. Criterion, 1995, p. 326. Aux antipodes figurait le chiffre de 30 000 tués avancé par Michel Vergé-Franceschi, Histoire de Corse, t. II : Du xviie siècle à nos jours, Paris, Éd. du Félin, 1996, p. 483.
  • [58]
    Ceux-ci affirmaient toujours que la Corse avait été le département le plus touché (Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere, La Corse et la République, Paris, Éd. du Seuil, 2004, p. 226).
  • [59]
    Charlie Galibert, Sarrola 14-18 : un village corse dans la Première Guerre mondiale, Ajaccio, Albiana, 2008, p. 401.
  • [60]
    Patrick Cabanel, « Cohésion, remous et désintégration des communautés nationales », in Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (dir.), L’Encyclopédie de la Grande Guerre, Paris, Bayard, 2004, p. 535-549, p. 537.
  • [61]
    La Corse et les Corses en 1918, Ajaccio, Archives départementales de la Corse-du-Sud/Service éducatif des archives/Musée A Bandera, 1998, non paginé ; 1914-1918 : Corsi in guerra, Corsi mezu à a guerra/ Corses en guerre, Corses dans la guerre, Bastia, Archives départementales de la Haute-Corse, 1999, p. 29 (catalogue de l’exposition).
  • [62]
    « Le prix payé à la mort par les provinces les plus rurales » s’expliquait par le fait que nombre de mobilisés servirent « dans l’infanterie, la plus touchée des armes » (Patrick Cabanel, op. cit.).
  • [63]
    Le nombre de Bretons morts au cours de la Première Guerre mondiale est aussi l’objet d’une polémique. Certains avancent celui de 240 000 morts.
Mis en ligne sur Cairn.info le 16/01/2014
https://doi.org/10.3917/ving.121.0049

La Corse, région la plus meurtrie par la Première Guerre mondiale...vraiment ?

Combien de morts venus de Corse pendant la Grande Guerre ? 10 000 ? 30 000 ? 40 000 ? Les hommes tués il y a cent ans suscitent aujourd’hui encore des questions politiques.

Publié le 11/11/2016

La Guerre des chiffres
Longtemps, le nombre de Corses morts pour la France pendant le Second Conflit mondial a été instrumentalisé. Jacobins et nationalistes avançaient des chiffres autour de 30 000 ou 40 000 soldats tués. Aux premiers, le mythe des insulaires sacrifiés permettait de démontrer l’attachement des Corses à la patrie. Pour les seconds, c’était au contraire la preuve que la France avait volontairement envoyé la population de l’île à la mort.

Dans une surenchère morbide, autonomistes bretons et corses allaient jusqu’à se disputer le podium des régions les plus meurtries.

Marge d'erreur
Cela prouve peut-être une chose : pourtant loin du front, la Corse a lourdement souffert du conflit.

Le temps aidant, le débat est moins passionné. On estime le nombre de corses morts pour la France autour de 10 à 12 000 sur les 52 800 environ qui avaient été mobilisés et les 2 000 à 3 000 engagés volontaires.

Si la marge d’erreur est aussi élevée concernant les hommes tués au front, c’est que le site Mémoire des hommes, qui les recense, compte parfois des doublons, des vides ou des erreurs. Les fiches d'officiers, les soldats fusillés ou morts de maladie n'y sont pas comptabilisés. Aujourd’hui, il est plus facile de savoir où sont nés les hommes morts à la guerre que l’endroit où ils vivaient quand elle a éclaté.

Les plaques de commémoration aussi, sèment le doute : un homme peut être cité deux fois, dans son village de naissance et dans son village de résidence.
Source : Monuments aux morts corses

La mémoire en débat
Aujourd’hui encore, le récit des 30 000 morts perdure. Une vidéo Youtube de Corsica Nustrale le reprend. Plus récemment encore, en janvier 2013, l'ancien ministre Jérôme Cahuzac affirmait : «J’ai passé les fêtes de fin d’année en Corse, qui à l’époque ne formait qu’un seul département, et qui est le département qui a payé en pourcentage le plus lourd tribut à la guerre de 14-18.»

Certains médias, comme Le Monde, Libération ou Slate avaient tenté d’établir des pourcentages - avec les incertitudes citées plus haut concernant le site Mémoire des hommes.

Nous reprenons ici la carte du site Slate.fr, qui précise également pourquoi il ne cite pas les colonies et les départements d’outremer.

Le pourcentage de Corses morts au combat lors du Premier conflit mondial se situe plutôt autour de 3,6% - c'est le nombre de tués rapporté à la population insulaire totale de l'époque. Le chiffre est un peu au-dessus de la moyenne nationale. En gris foncé sur la carte, les départements les plus touchés sont en fait la Lozère, la Mayenne et la Vendée.

Une fois les armes posées, la bataille des chiffres continue.

Il y a 75 ans la Corse se libérait

Premier territoire métropolitain français libéré, dès octobre 1943, la Corse a commémoré ce dimanche le 75è anniversaire de l'insurrection et des combats qui permirent à la Résistance insulaire appuyée par les Forces françaises libres (FFL) de se dégager du joug fasciste et nazi.

Episode peu connu de la Seconde Guerre mondiale, c'est en effet neuf mois avant l'opération Overlord, le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, que la Corse mit fin à l'occupation italienne et allemande. Mystérieusement jamais mentionné depuis lors dans les manuels scolaires, cet épisode, qui fit quelque 2.000 morts, dont 172 patriotes corses et 87 militaires français de l'Armée d'Afrique, a commencé enfin à y apparaître, sous l'impulsion du député de Haute-Corse, Sauveur Gandolfi-Scheit.

Libération de la Corse : l’histoire méconnue

Au lendemain de l’armistice du 8 septembre 1943, alors que les premiers hommes du Bataillon de choc débarquent du sous-marin Casabianca faisant d’Ajaccio la première ville française libérée, Bastia est prise sous le feu croisé des troupes italie

 

Situation inédite qui plonge les belligérants dans l’incertitude, et la population dans l’inquiétude.

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Photos : collection J.P.Girolami, Mémorial des Corse, USSCorsica/Dominique Taddei

Quelle sera l’attitude des Italiens vis-à-vis des Alliés ? Qui est l’ennemi désormais ? Après l’attaque de Bastia par les Allemands, le général Magli ne pouvant rester neutre, assure le général Henry Martin de son soutien dans la lutte contre l’Allemagne nazie, devenue l’ennemi commun.

Entre le 9 et le 13 septembre 1943, les combats font rage à Bastia, sur terre comme sur mer.

Contre toute attente, les troupes italiennes ont le dessus avec des pertes minimes.

Durant cette brève période, le peloton des bersaglieri de Cardo était en première ligne. Un document inédit en France sur les opérations des unités italiennes en Corse en septembre octobre 1943, est révélé dans le cadre d’un congrès international d’histoire militaire.

Le lieutenant Nazzareno Pancotti, y raconte dans le détail « sa » guerre faite de « peur et de sueur », regrettant notamment que ces combats n’aient pas fait l’objet d’une publication du fait de « l’absence de journalistes et de photographes... » Se faisant alors un devoir d’y suppléer, il permet 75 ans après, de combler cette lacune.

Le récit d’un officier italien désorienté mais combatif

Confusion générale après un revirement inattendu

Devenus ennemis du soir au lendemain après l’armistice signé entre Badoglio et les Alliés, Italiens et Allemands se livrent aussitôt à une guerre sans merci pour le contrôle du port de Bastia. À la tête d’un peloton de « bersaglieri, » le lieutenant Nazzareno Pancotti a vécu les premières heures dramatiques de la Libération de la Corse

Le 8 septembre 1943, « il tenente » Pancotti se trouve en détachement à Borgo, où son peloton est cantonné dans l’école élémentaire située juste à l’entrée du village, ayant en charge un secteur comprenant Borgo, Lucciana, Vignale, Scolca et la zone de l’aéroport de Bastia. De son belvédère, il a l’oeil sur un vaste territoire allant du Cap Corse à la Casinca.

À midi, on signale seulement la présence de quelques unités allemandes devant l’aéroport.

La veille vers 22 heures, des fusées ont été aperçues indiquant un possible parachutage d’armes à la périphérie de Vignale.

À 15 heures, le lieutenant Pancotti apprend que ses hommes en poste près de l’aéroport sont en fête, ils viennent d’apprendre par la radio la nouvelle de l’armistice entre Badoglio et les Alliés.

La confirmation arrive une heure plus tard par un message officiel disant : « L’Italie a signé l’armistice. Toutes les dispositions sont annulées, y compris le couvre-feu. Se défendre en cas d’attaque. Rapatrier les pelotons au sein des compagnies le plus tôt possible. »

bersaglieri
Les Bersaglieri à moto

Réunissant ses hommes, Pancotti leur recommande de rester unis, chacun devant rejoindre avec armes, véhicules et munitions le détachement de Cardo, au-dessus de Bastia.

Dans la soirée, la nouvelle de l’armistice se répandant, des manifestations de joie éclatent à Borgo, mais Pancotti dit ne craindre « aucun mouvement d’hostilité de la part de la population ». Sa préoccupation première, ce sont les Allemands qui stationnent à moins de trois kilomètres.

Après minuit, il entend des détonations dans le lointain vers Bastia, sans doute une canonnade.

9 septembre, 8 h. Décidant de créer un avant-poste sur la nationale avec l’intention de bloquer l’accès à l’aéroport, Pancotti entre sur la piste où il n’y a plus qu’un avion léger.

Le pilote en instance de décollage, lui apprend que des combats ont éclaté à Bastia où les Allemands ont attaqué les Italiens. Puis il apprend que les Italiens ont repris le port. La situation est extrêmement confuse. Le « chef des partisans » (pas de nom cité, ndlr) fait une requête auprès de l’officier italien, demandant des armes, des munitions et du carburant.

« Je leur ai répondu que je ne disposais que du strict nécessaire. Je leur ai laissé cependant deux fûts d’essence de mon escorte, que je ne pouvais emmener avec moi. »

Les balles sifflent autour des motos lancées plein gaz

9 septembre, 20 h. Le détachement des bersaglieri quitte Borgo salué par les applaudissements de la population. Bien que ne disposant d’aucune information précise sur la situation nouvelle créée dans l’île, Pancotti sent que le danger pourrait venir du sud, mais qu’il peut tirer parti de la confusion générale.

Sur la route nationale 193, le convoi des bersaglieri roule pleins phares à vitesse soutenue.

A la hauteur de Casatorra, des Allemands braquent un fusil mitrailleur dans leur direction. Les bersaglieri passent outre. Un peu plus loin, la même scène se répète, avec des soldats plus nombreux. Pancotti donne ordre à Greco, son estafette, de ne pas s’arrêter, même si on lui tire dessus.

« Quand nous sommes arrivés à hauteur des Allemands, un soldat couché a tourné son arme vers nous, mais à notre passage, il n’avait pas encore réussi à se poster. Il nous suivit avec, dans le regard, une indécision qui m’avait rassuré. À ce moment, j’ai eu la conviction de m’en être sorti. Puis ils ouvrirent le feu. Leurs balles ont sifflé près de nous, sans pour autant nous impressionner. »

bersaglieri

À 22 h 30, le convoi des bersaglieri atteint le siège de la compagnie à Cardo sans coup férir : « L’ordre avait été exécuté, la mission accomplie sans effusion de sang ! Ma satisfaction fut extrême, la joie de mes bersaglieri indescriptible, et notre chance immense.»

Pancotti apprend alors par son commandant de compagnie, ce qu’il s’est réellement passé à Bastia les heures précédentes. La vive réaction des Italiens contre l’emprise allemande sur le port de Bastia a contribué à pousser le haut commandement italien « à prendre une décision ferme. »

Pancotti s’attend à être mobilisé sans délai pour attaquer des objectifs dans des missions d’exploration, d’avant-garde, d’anti guérilla, ou de prise de contact avec l’ennemi.

10 septembre. À la faveur d’un calme relatif, le lieutenant Pancotti prend le temps d’envoyer une carte postale militaire à sa mère, tout en sachant que cet intermède sera de courte durée.

Une colonne logistique a été attaquée à L’Île-Rousse et des combats sont engagés du côté de Miomo dans le Cap Corse. Un détachement allemand a pris pour cible la 225e Divisione costiera et désarmé la garnison.

italiens
Les italiens à la Citadelle

Puis, a obligé les soldats italiens à décharger leur matériel et à le charger sur les véhicules allemands.

Les chauffeurs ont été tués et remplacés par des Allemands. Le convoi a pris la route du sud.

Mission pour les bersaglieri : reprendre aux Allemands ce qui a été volé à l’armée italienne.

Pancotti se met en route aussitôt vers L’Île-Rousse avec sa brigade motorisée renforcée d’une section de mitrailleurs. Désormais c’est à lui d’aller au feu.

Connaissant les lieux, il arrive avant les Allemands à un point déterminé sur la route nationale, d’où il repère une colonne de sept chars légers italiens précédés d’un véhicule allemand près duquel se tient un officier.

« Je fis ouvrir le feu par le fusil mitrailleur le plus avancé. Ce fut le signal. Les autres entrèrent aussitôt en action. »

La réaction ennemie est sporadique, les Allemands abandonnent leur butin et prennent la fuite. Pancotti compte sept cadavres ennemis à terre, mais ne déplore aucune perte dans son camp, seulement de « la peur et de la sueur ».

De plus, il a libéré les hommes de la Divisione Costiera qui avaient été faits prisonniers. L’action qui avait débuté vers 21 h 30 a trouvé une conclusion rapide sans qu’il soit utile de faire intervenir le gros de la compagnie.

avions
La flotte allemande et les Stukas bombardent Bastia, le 11 septembre au petit matin
Panique dans le secteur de Cardo Le cimetière dévasté par une explosion

11 septembre, à l’aube. Pancotti et les bersaglieri sont de retour à Bastia où la canonnade a repris notamment depuis la mer. La bataille prend un tour aigu dans l’après-midi avec l’intervention de la Luftwaffe dont les redoutables Stukas fondent en piqué, lâchent leurs bombes et s’éloignent rapidement sans être inquiétés par la DCA italienne.

Pancotti raconte : « Notre position, quoique assez protégée, était très exposée. L’artillerie postée au-dessus de nous sur la zone haute de Cardo, justifiait notre pressentiment : les impacts des Stukas se rapprochaient de nous. »

Toutes les batteries étaient en action contre l’attaque aérienne qui a duré deux heures. Aussitôt après, c’est au tour des batteries allemandes de 88 récemment installées à Bastia d’ouvrir le feu. Une relative accalmie interviendra au milieu de la nuit.

12 septembre. Les unités de bersaglieri ont ordre de prendre position pour défendre Bastia. Le sous-lieutenant Semini doit se poster au sud du cimetière.

Pancotti se tiendra avec ses hommes à la périphérie de Cardo, pour suivre les événements :

« Dans les premières heures de l’après-midi, la pression allemande s’intensifie avec un feu nourri de mitrailleuses. Toute la zone de Cardo est prise sous un tir impressionnant auquel se mêlent des coups de canon venus aussi de la mer. Les premières maisons autour de Cardo sont touchées. Pleurs des femmes et des enfants, suppliques désespérées des civils de tous âges demandant de l’aide, soldats italiens aux abois cherchant une issue. »

Grâce à une paire de jumelles prise à l’ennemi, Pancotti peut avoir une vision précise de la batterie allemande installée à 400 mètres à vol d’oiseau.

allemands

Au signal donné, les fusils mitrailleurs et la mitrailleuse alignés en oblique ouvrent le feu. Les Allemands répliquent immédiatement et violemment.

Pendant ce temps, Pancotti qui rampait avec ses hommes, va pour sortir à découvert quand deux fortes explosions retentissent, provoquant de hautes colonnes de fumée. Alors la réaction allemande s’affaiblit, puis cesse d’un coup.

Pancotti se lance avec ses hommes à l’assaut d’un demi-cercle constitué de pierres et de sacs de sable. Les Allemands surpris, sont mis hors de combat avec des bombes à main.

L’action aura duré deux heures et demie. Pancotti a fait 50 prisonniers « complètement désorientés, » et ne déplore que quelques blessés légers, les morts étant du côté ennemi.

Mais une autre unité allemande déclenche le feu à la mitrailleuse, tandis que l’artillerie italienne intensifie son tir. Alors que le jour tombe, une forte explosion, suivie d’autres, obscurcit toute la vallée.

Les tirs cessent. « La poudrière située dans le secteur du cimetière venait de sauter. » Pancotti arrive près du cimetière au prix de mille difficultés, la route labourée par les obus rendait quasi impossible toute circulation.

De l’aveu même de Pancotti ce fut la nuit la plus dure, où l’émotion est indicible et la situation irréelle. Il raconte : « À la hauteur du cimetière, réduit à un amas de décombres, je laissais ma moto pour commencer à ratisser la zone. Nous passons à travers les tombes fracassées, les cercueils brisés et les cadavres dispersés un peu partout avec des restes humains gisant tout autour. Je fus frappé par la tête d’une jeune femme, inhumée depuis peu, avec ses cheveux qui semblaient peignés, illuminés par la pleine lune qui brillait dans le ciel étoilé, rendant cette vision encore plus sombre. Ce silence lugubre fut interrompu par quelques tirs, déchiré par les hurlements et les lamentations, ceux des blessés côtoyant les morts. »

Des soldats italiens arrivent pour compter les morts et secourir les blessés.

« Les blessés allemands refusaient notre aide, démontrant envers nous une haine méprisante. »

Pour les bersaglieri, le bilan est lourd. Le 3e peloton du sous-lieutenant Simini a été complètement anéanti, ayant pris de plein fouet l’explosion de la poudrière alors qu’il s’approchait du cimetière.

Les Allemands aux portes de Bastia Les Italiens se replient par Teghime

13 septembre. Le jour est déjà avancé quand le commandant de compagnie Ambrosi de Magistris donne l’ordre de retour au campement. Du côté de l’aéroport vient l’écho de la bataille, des détachements de tous types se dirigent vers le sud.

Pancotti y prête peu d’attention. Recru de fatigue, il est tout prêt de s’endormir sur sa moto. Presque arrivé, il est arrêté par l’estafette du commandant Ambrosi en discussion avec le général Stivala sur le bord de la route.

Le haut commandement veut avoir des informations précises sur la ligne défensive établie, connaître les détachements engagés au sud, et savoir à quel niveau sont arrivées les troupes allemandes.

Pancotti se voit chargé de cette nouvelle mission de renseignement.

Reparti dans la direction de Borgo, il trouve une situation inextricable avec des véhicules à l’arrêt et des troupes en désordre. L’affaire prend un tour plus dramatique à la hauteur d’un passage à niveau :

« Des soldats s’enfuyant, terrorisés, sur la route, des mitrailleuses sans leurs servants, des corps gisant à terre. Des groupes de fantassins se repliaient en désordre sous la protection de l’artillerie. Son entrée en action avait contenu la pression ennemie. Les Allemands tiraient à la mitrailleuse par brèves rafales notamment sur la route. Ils n’avaient pas dépassé le km 5, et ils étaient à l’arrêt. »

Pancotti estime à ce moment que sa mission n’est pas d’attaquer, mais de protéger le décrochage de l’infanterie.

Grâce au tir nourri de trois pièces d’artillerie de campagne, deux chars allemands sont touchés et les bersaglieri achèvent leur destruction.

Avec le peu d’hommes dont il dispose, Pancotti, qui a troqué son mousqueton contre une mitraillette allemande, favorise le repli des unités, puis se replie également, non sans voir épuisé ses munitions dont les bombes à main.

Ne restent que les morts et les blessés prisonniers des Allemands.

Alors que les Panzergenadiers venus de Sardaigne s’approchent de Bastia, le bilan est lourd pour les unités italiennes. Pancotti, tel un rescapé de l’enfer, se laisse aller à embrasser le premier bersagliere qu’il rencontre : « Ce moment fut pour moi le plus dur de la bataille : voir ces hommes encore unis malgré le climat de peur, de défaite et de désespoir que nous avions autour de nous, me faisait sentir plus grand et plus douloureux le vide des ‘‘absents’’. »

L’écho des combats et de l’avancée allemande sème la panique à Bastia.

« Tous ces gens, tant civils que militaires, qui avaient vu sortir de la Citadelle le peloton des bersaglieri au complet, et qui en avaient conçu tant d’espérance, les voyaient revenir quelques heures après, marqués par les combats. Les rescapés leur disaient : ‘‘Les Allemands ont été stoppés, rassurez-vous’’. »

Devant le commandant Ambrosi, Pancotti fait le bilan : 5 tués, 3 blessés prisonniers, 4 disparus, 4 motos perdues dans les combats et 2 hors d’usage.

Désormais, les Italiens qui tenaient Bastia depuis le 11 novembre 1942, sentent bien que la chute de la ville est imminente au vu des nouvelles préoccupantes.

De nombreux soldats remontent vers Cardo.

La retraite a commencé. Mais le commandant Ambrosi de Magistris, lui, ne fuit pas, il ordonne de contenir les troupes en débandade qui encombrent la route de Cardo avec leurs véhicules chargés de bagages.

Puis, organisant la compagnie en formation d’arrière- garde, donne le signal du départ. Une initiative personnelle, selon Pancotti, car il n’y avait alors plus de commandement.

Au soir du 13 septembre, Nazzareno Pancotti et les bersaglieri quittent la ville sous les balles de mitrailleuses.

À minuit, ils franchissent le col de Teghime, à bord de véhicules saisis à l’ennemi lors de précédents combats, juste avant que les Allemands ne ferment cette unique voie de salut.

Dénonçant la ‘‘traîtrise’’ de l’attaque allemande, Magli fait front commun avec Giraud

Le général Giovanni Magli commandant le VIIe Corps d’armée en Corse.

Après l’armistice signé le 8 septembre entre Badoglio et les Américains, qui est l’ennemi ? Question embarrassante pour les états-majors italiens ainsi que pour leurs troupes qui attendent, désorientées, des ordres précis.

Au même moment à Bastia, les patriotes corses investissent la sous-préfecture, s’emparent de l’hôtel de ville et du siège de Bastia Journal.

L’opération se fait « avec la complicité des Italiens, et ce malgré la présence de l’armée allemande qui se bat pour conquérir le port et les hauteurs de la ville afin de protéger l’embarquement de ses hommes qui remontent du sud de l’île à destination de l’Italie. » (Guy Meria. Résistance et clandestinité en Corse)

Le 12 septembre, en début d’après-midi, alors que les combats continuent autour de Bastia entre Italiens et Allemands, une camionnette arborant le drapeau blanc se présente à Corte au quartier général de Giovanni Magli, chef du VIIe Corps d’armée.

Un officier allemand en descend, porteur d’un message personnel émanant du Feldmarschall Kesselring et du général Senger Und Etterlin, commandant en chef des troupes allemandes en Corse.

Le texte d’un style diplomatique, est assorti de menaces. Magli répond amicalement mais fermement, dénonçant la traîtrise de l’attaque allemande à Bastia, accusant Senger Und Etterlin de lui avoir menti, concluant « qu’à la force répondra la force. »

La 90e Panzerdivision venue de Sardaigne, dotée d’une puissance de feu supérieure avec les redoutables chars Tigre, entre dans Bastia le 13 septembre renforçant la Stürmbrigade SS Reichsführer.

La ville tombe, les Italiens refluent, se repliant dans la montagne, notamment sur une ligne col de Sorba-Vezzani où, dès le 25 septembre, ils opèrent leur jonction avec les forces françaises de Giraud qui progressent depuis Ajaccio. Cette décision franco-italienne de faire front commun contre les Allemands a été prise le 17 septembre à la faveur d’une rencontre à Corte entre les généraux Magli et Martin.

Dans une première phase, des combats sont menés par les Italiens appuyés par les patriotes corses afin d’empêcher les déplacements de troupes allemandes.

Puis, le 18 septembre, les opérations prennent un caractère défensif, dans l’attente de l’arrivée des unités françaises qui vont permettre avec le soutien des résistants, une offensive combinée franco-italienne en vue de reprendre Bastia et de libérer ainsi la Corse.

Fait inédit dans les annales de la guerre, les occupants de la Corse contribueront eux-mêmes à sa libération, engendrant une situation propice aux malentendus.

Ainsi, certains observateurs présentent la fuite des troupes allemandes le 4 octobre comme une victoire italienne, la première depuis la bataille de Piave.

Or, ce sont les Tabors du capitaine Then et les Goumiers qui entrent les premiers dans Bastia libérée, les bersaglieri motorisés venant ensuite.

Au col de Teghime, le PC des Goumiers lors de la prise de Bastia avec le soutien de l’artillerie italienne.

Les Alliés avaient pour mission d’infliger le plus de pertes possible aux Allemands en train d’opérer une retraite qu’Hitler lui-même avait ordonnée. Les compagnies Friuli et Cremona seront ensuite transférées en Sardaigne, mais privées de leurs armes lourdes. Malgré la victoire, la défiance est de mise.

Car autour du général de Gaulle, on fait valoir une analyse différente : « Malgré la décision du maréchal Badoglio de se rallier à la cause des Alliés (décision illustrée par la participation des Italiens à la libération de la Corse - Alger n’y accepte aucun partage d’autorité : au nom du CFLN – Comité français de libération nationale) le préfet Luizet l’a clairement signifié au général Magli. L’Italie, trop récemment détachée du régime fasciste et de ses liens avec les Nazis, n’est pas considérée comme une alliée entièrement fiable avec laquelle un partage de pouvoirs est envisageable. Ni le CFLN ni le Commandement militaire français ne lui accordent un véritable statut d’allié. La population corse ne l’aurait d’ailleurs pas accepté. » (Encyclopædia Corsicæ. La Seconde Guerre mondiale).

Le port de Bastia, enjeu stratégique crucial

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, les Allemands s’emparent du port de Bastia. À l’aube, les Italiens le reprennent. Voici le récit du commandant Ambrosi de Magistris chef de Compagnie des bersaglieri de Cardo

L’attaque perpétrée le 9 septembre par les Allemands contre les installations portuaires, suivie de l’occupation des navires amarrés dans le port et dans la rade, obéit à une tactique du coup de main, facilitée par une désorientation des troupes italiennes, consécutive à la signature de l’armistice.

Ce jour-là, la défense fixe du port de Bastia fut quasi inexistante et limitée à des actions épisodiques vite neutralisées par les Allemands.

Ceux-ci venaient ouvertement de déclarer la guerre aux Italiens, faisant beaucoup de prisonniers, certains ayant déjà été embarqués.

Le général Stivala, commandant la place, mobilise aussitôt la 1re Compagnie des bersaglieri motociclisti et un bataillon de chars légers.

À ce moment précis, aucun Allemand n’est encore arrivé du sud, cela signifiant que l’occupation du port de Bastia est avant tout le fait de quelques unités allemandes ‘‘locales’’.

Les tirs ayant cessé, il règne sur le port un silence seulement troublé par le crépitement des véhicules en flammes et par la confusion provoquée par l’embarquement des prisonniers italiens.

Alertés, les bersaglieri quittent Cardo dans la nuit, précédés d’un peloton de mitrailleurs aux ordres du lieutenant Bona. Aux premières lueurs de l’aube du 9 septembre, les unités se déploient devant le port en position de combat.

Deux mitrailleuses sont mises en batterie. Bona donne le signal d’attaquer aux deux pelotons de bersaglieri motorisés. Sous la couverture de l’artillerie, ils se lancent à l’attaque, s’infiltrant partout, prenant les bateaux à l’abordage, débusquant les Allemands, libérant tous les prisonniers, marins et soldats, reprenant ainsi possession de tout le port, à savoir de tous les engins et matériels que les Allemands avaient amassés sur le quai.

Cette action conduite « comme dans les manuels », a ébahi les Allemands euxmêmes, qui se sont rendus après une faible riposte, levant les bras sans créer de difficulté.

L’effet moral de cette victoire eut un retentissement chez tous les soldats italiens quelle que soit leur arme.

liberation

Epilogue

Dans la nuit du 3 au 4 octobre, les derniers Allemands quittent Bastia sous un déluge de fer et de feu. Les troupes du général Magli entreront dans la ville... juste après les unités de la France libre.

Elles ne sont pas autorisées en effet, à défiler dans Bastia comme vainqueurs aux côtés des Français, et en concevront une certaine amertume.

Leur participation aux combats de la libération de la Corse fut pourtant effective, comme en atteste le bilan officiel : 635 morts dont 35 officiers.

Hitler avait même demandé à ce que les officiers italiens, qu’il considérait comme des francs-tireurs, soient fusillés. Un tel ordre ne fut jamais exécuté.

Mais dans l’allégresse générale de la Corse enfin libérée, était-il pensable de faire participer au défilé de la victoire, ceux qui un mois auparavant, faisaient partie des forces d’occupation, menant pour certains une dure répression contre les résistants ? Selon le général Jean Delmas, « septembre 1943 est l’acte de naissance de la nouvelle armée italienne qui vit en Corse les premiers combats des Italiens contre les Allemands. »

‘‘Bon Dieu, mais pourquoi nous bombardent-ils ?’’

Âgé de 15 ans à l’époque, Tony Calloni n’hésite pas à suivre l’exemple de son père, participant à des opérations de résistance par le renseignement et le sabotage, ou en récupérant des armes abandonnées par l’ennemi. Il se souvient avec précision des heures sombres qui ont précédé la libération de la Corse. Et le bombardement de Bastia par l’US Air Force

2 octobre. Réquisitionné dans la maison familiale de Cardo par un capitaine SS pour servir de bouclier humain

tonycaillon
Tony Calloni a vécu la libération de Bastia. Il servait de guide aux Goumiers le 4 octobre quand les forteresses volantes américaines bombardèrent Bastia faisant des centaines de victimes.

« C’est le milieu de la matinée. Un motocycliste SS me conduit jusqu’au fort Luigi sans qu’il soit nécessaire que je lui donne la moindre indication. Cela me surprend, car je ne vois pas l’intérêt de ma présence. Le fort est bourré d’Allemands s’activant autour des camions qu’ils remplissent de matériels divers avec l’aide des prisonniers italiens.

Après une attente assez courte, nous repartons et je pense que c’est le retour vers la maison. En réalité, nous prenons la route du col de Teghime et nous rejoignons les troupes allemandes installées en haut du col.

En face, les Goumiers attaquent les positions allemandes, ça tire de tous les côtés, de toutes les armes. Fumigènes, balles traçantes, miaulement des balles, détonations, et le silence des hommes. C’était un monde irréel où la peur n’avait pas sa place.

J’avais réalisé depuis un moment que mon motard était une estafette, et que j’étais son bouclier humain. Nous ferons deux fois l’aller retour fort Luigi-Teghime.

Mais la seconde, nous n’irons pas plus loin que Suerta. Les ‘‘Goums’’ avaient enfoncé les Allemands. Bravo et merci aux francs-tireurs qui m’ont vu et qui n’ont pas tiré. Je retrouve Cardo au milieu de l’après-midi. Aux questions qui fusent, je réponds : ‘‘RAS’’. »

Dans la soirée du 3 octobre, le bruit des panzers s’estompe et disparaît.

avion

4 octobre. Couché dans un caniveau pour échapper aux bombes

« Nous sommes heureux, une joie immense nous envahit. Mais nous ne savons plus l’exprimer. Est-ce possible que cela soit terminé ? Mais si les Allemands fuient, c’est que les nôtres arrivent.

Nos regards se portent vers les crêtes. Nous passons la nuit à attendre.

Demain sera tricolore et nous ne voulons pas louper cela.

Le 4 octobre à 6 heures, les soldats français sont là, ils sont sortis de la nuit, ce sont des Goumiers. On les embrasse, on leur offre à boire, ils veulent du café. Mais ils sont pressés. Ils veulent atteindre Bastia au plus vite, par le plus court. Et moi qui connais les plus petits sentiers qui mènent en ville, je me propose d’être leur guide. À 8 h, nous entrons en ville par le palais de justice.

À 9 h, nous sommes sur le port. Il fait un temps superbe. Soleil et ciel bleu sont de la fête. Mais à 10 h, c’est l’apocalypse...

Des escadrilles de bombardiers survolent la ville et lâchent leurs bombes.

bastia

Les premières explosent sur la jetée nord, puis atteignent les quais de rive, puis la gare, la vallée du Fango et même le village de Cardo. Couché dans un caniveau tout près de l’ancienne mairie, je vois les bombardiers défiler lentement au-dessus de la ville. Je vois des petits points noirs sortir des soutes de ces avions qui nous survolent dans un bruit d’enfer. De ces avions dont les ailes sont marquées d’une étoile blanche à cinq branches, l’étoile américaine.

Je ne comprends plus rien. Ces avions sont bien les nôtres. Bon Dieu, mais pourquoi nous bombardent-ils ? Je suis effondré. Autour de moi des camions sont en flammes, des maisons s’écroulent. L’air vibre, le sol vibre comme lors d’un séisme. Il y a dans l’air une épaisse poussière, de lourdes volutes de fumée noire. Il y a des blessés partout qui appellent et qui crient. Des corps que j’imagine sans vie, gisent sur l’avenue.

Parmi ces images définitivement gravées dans ma mémoire, celle d’une jeune femme en chemisier blanc, qui fuit la zone du port. Elle remonte vers moi en courant. Alors que cela pète de partout, que les caisses de munitions à bord des camions explosent, que l’hôtel bordant l’avenue est éventré. Cette femme est seule debout à courir dans une panique extrême, exactement dans l’axe du bombardement. On lui crie de se coucher. Entend-elle dans ce fracas d’explosions ? Rien ne semble arrêter sa course vers son destin.

À présent, elle est à dix mètres de moi et je lui fais signe de se coucher. Mais dans sa panique, elle ne me voit pas, elle n’entend pas. Tout à coup, elle stoppe net, titube et c’est alors que je vois son sang rougir son chemisier, et puis ses mains qu’elle serre sur sa poitrine. Dernière image et dernier flash qui me terrifient. La jeune femme tombe dans une sorte de glissade lente sur le côté, puis bascule en arrière. Sa poitrine est une immense tache rouge. Et derrière elle, s’élèvent comme dans un jeu d’eau gigantesque des geysers éclatant de lumière. Immenses gouttelettes d’eau pulvérisées en gouttelettes blanches que le soleil irise et que poussent vers le ciel les bombes qui explosent dans le port.

C’est fascinant. Je n’ai jamais su le nom de la jeune femme. Elle était jeune, elle était belle. Elle hante ma mémoire. Là où est morte cette femme se dresse aujourd’hui un grand bassin animé été comme hiver par des jets d’eau qui projettent très haut dans l’air des geysers que le soleil méditerranéen éclabousse de lumière. »

“Tout à coup, la femme stoppe net, titube et c’est alors que je vois son sang rougir son chemisier, et puis ses mains qu’elle serre sur sa poitrine”

Source : Corse Matin "Grand Format" - 28 septembre 2018

Dominique Luchini, dit "Ribeddu"

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Il y a cent ans, A Muvra

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Un site incontournable : http://educorsica.fr/storia_di_a_corsica/ et aussi :

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