Cantu :
Le chant corse

Dernière mise à jour : 17/07/2022

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Cette page est consacrée au chant et à la musique corses, vus sous leurs différents aspects : origine, évolution, thématique, instruments, stages, etc.

Pour aller plus loin, on se reportera à la page sur les chanteurs et groupes corses. A Filetta bénéficie (comme d'habitude ici) d'un traitement privilégié puisque plusieurs pages spécifiques sont consacrées au groupe balanin (voir ci-dessous).

Enfin, on retrouvera les textes des chants corses sur trois pages : chants traditionnels et créations contemporaines, les créations d'A Filetta faisant l'objet d'une page spécifique.

A l'affiche

Plan de la page

Le chant corse : À l'iniziu c'era a voce
Les chants de la Corse par Margarethe Hlawa
La paghjella
La paghjella au patrimoine immatériel de l'UNESCO
Le chant corse : thématique
Le chant corse : renaissance
Le chant corse : perspectives
Un concert à Pigna
Le centre d'art polyphonique de la Corse
Chjami è rispondi
La monodie
Les confréries
Quelques enregistrements
- Berceuses et comptines
Chants de Noël
Cours de chant, stages...
La musique corse dans tous ses états
La musique corse, ce n'est pas que le chant...
Actualité


Le chant corse : à l'iniziu c'era a voce


polyphonies

Au commencement était le Verbe. Ces mots de la Génèse prennent tout leur sens dans l'Ile de Beauté où les premiers textes écrits en langue corse ne sont apparus que vers le XVIIIe siècle.

Société de tradition orale, la Corse a toujours manifesté une véritable passion pour toute forme d'expression orale. Cette passion trouve son plus bel aboutissement dans le chant qui, de tout temps, a rythmé la vie quotidienne.

Traditionnellement en Corse, le chant est polyphonique (même si le mot "pulifunia" est un néologisme). Il se transmet de père en fils. Ces chants évoquent les travaux et les jours, l'exil, les séparations, l'horreur de la guerre de 14-18 ou reprennent des textes littéraires, notamment La Divine Comédie de Dante.

Chaque moment, de la naissance à la mort, a son chant, profane ou sacré et le plus souvent interprété a cappella. Certains, comme le chjama è rispondi (littéralement : appel et réponse) mettent essentiellement en valeur les talents d'improvisation et l'esprit d'à-propos des chanteurs qui s'interpellent et se défient, rivalisant en traits d'esprit à l'humour parfois dévastateur. Il s'agit là de véritables joutes oratoires où le fond prime sur la forme musicale, proche de la mélopée du théâtre antique.

D'autres, comme la paghjella, forme la plus représentative du chant corse, font la part belle à la voix humaine, à l'émotion qu'elle véhicule, bien au-delà des mots. Les chants sacrés, messes des morts ou messes des vivants, occupent une place importante. La tradition s'en est maintenue dans certains villages comme Sermanu ou Rusiu.

Le chant profane distingue :
- le Lamentu : complainte du malheur, du départ, de l’exil, du bandit.
- le Madricale : forme polyphonique spécifique de la région de Tagliu Isulacciu
- les Terzetti : Chants composés de couplets de trois vers endécasyllabiques dont la rime est agencée en ABA, BCB, CDC ... Très prisés au Moyen-Âge, ils sont écrits en toscan littéraire et ont généralement une ligne mélodique harmonieuse.
- les Terzine : semblables aux terzetti.
Les fioritures et les mélismes ("riccucate"), jouant sur des intervalles variés et serrés, sont très libres.

La polyphonie sartenaise, qui tire ses origines des franciscains, se distingue de celle du nord de la Corse par ses structures vocales différentes, une moindre liberté d'improvisation et un peu moins d'ornementation. Elle a souvent un caractère plus choral.

Jean-Claude Acquaviva note : "La polyphonie est viscéralement attachée à l'île et reflète une culture, une façon d'être de la société corse".
Les musicologues ou les chercheurs n'ont pu définir avec précision les origines, le moment d'émergence et le parcours de ce chant, qui ignore toute virtuosité pure comme tous effets sans expressivité. La voix seule n'est pas un but en soi. Ce qui compte, c'est l'émotion et la communion. Les chanteurs se touchent en chantant et vibrent ensemble.

Les chants de la Corse

et leur signification à l’égard de l’identité retrouvée des Corses

Master dans le cadre du diplôme "Master of Arts"
Universität Mozarteum Salzburg - 2007

par Margarethe Hlawa - Traduction française : Gerda-Marie Kühn et Jean-Claude Casanova

Vous trouverez ci-après le mémoire présenté en 2007 par une jeune étudiante autrichienne, Margarethe Hlawa, dans le cadre du Master of Arts de l'Université Mozarteum de Salzburg.

1.   Introduction

1.1. La thématique
1.2. Questions et hypothèses 
1.3. État des recherches
1.4. Manière de procéder

2. Histoire et langue de la Corse

2.1. Tour d’horizon historique
2.2. Banditisme et vendetta
2.3. La langue de la Corse 
       2.3.1. Poètes corses
       2.3.2. Chjam’è rispondi
       2.3.3. Poésie en « terza rima » / terzine

3. Tour d'horizon de la musique vocale corse dans son contexte historique et analyse

3.1. Classification d’après Wolfgang Laade
3.2. Patrimoine de chants anciens
       3.2.1. Chants de femmes
       3.2.2. Chants d’hommes

4. Polyphonie vocale corse

4.1. Paghjella 

5. Rencontres de Chants polyphoniques de Calvi

6. Entretien avec Jean-Claude Acquaviva

7. Polyphonie vocale corse de 1960 à 2007

8. Conclusion

Bibliographie

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La paghjella

Chant polyphonique dont l'origine pourrait être pré-grégorienne, la paghjella, composée en forme de sizain octosyllabique, s'interprète toujours, en dépit de son éthymologie - de paghju : paire , à... trois voix, ou plutôt trois tessitures car les voix, notamment la basse, sont souvent doublées, et les chanteurs peuvent être quatre, cinq ou six.
Les trois voix entrent de manière quasi immuable. Vient d'abord a seconda qui donne le ton et projette le chant, suivie et soutenue par u bassu - la basse -, bientôt rejointe par le registre haute-contre de a terza - la tierce, qui improvise à partir des mélismes (e riccucate) de l'ornementation de la seconda. Et quand elle est bien chantée apparaît la "quintina", harmonique née de la résolution des fondamentales.
Deux exceptions notables à ce principe : , la polyphonie en "versu aschese" comme Sè tu passi où c'est la basse qui attaque le chant, et le versu de Tagliu, dans lequel a terza marque l'accord, constamment calée sur u bassu, laissant l'ornementation à a secunda. Cela donne les harmoniques tenues si caractéristiques.

L'image des chanteurs de paghjella disposés en demi-cercle, le bras passé parfois sur l'épaule du voisin, la main à l'oreille (soit pour écouter les autres chanteurs, soit pour mieux entendre son propre chant), est désormais connue du monde entier.

Je me suis permis d'emprunter à Benedettu Sarocchi ces deux textes sur la paghjella, trouvés sur le site paghjella.com :

La paghjella est une des formes du chant polyphonique traditionnel. C’est le chant de fête par excellence car on l’entonne durant toutes les manifestations festives (fêtes patronales, banquets, noces etc.) Ne pas confondre la paghjella avec d’autres formes de polyphonies qui s’en inspirent dans le style de chant comme les « Terzetti » ou « Terzine » (tercets hendécasyllabiques le plus souvent rédigés en toscan), les « madricali » (chants d’amour à métrique libre en toscan également) et surtout le chant religieux tiré de la liturgie romaine, la plupart du temps en latin parfois appelé « messa in paghjella » (messe en paghjella). Il s’agit d’une poésie profane composée d’un sixtain d’octosyllabes, certains pensent qu’il s’agit plutôt de 3 vers de seize pieds.

Exemple de paghjella :
Què sò voci muntagnole / Spurgulate di cannella
Beienu tutte le mani / L’acqua di la funtanella
A’ lu frescu di lu fovu / ‘Ntonanu la so paghjella.

Traduction :
Voici des voix montagnardes
claires de la gorge
Elles boivent tous les matins
l’eau de la source
Sous la fraîcheur du hêtre,
elles entonnent leur paghjella.

Les thèmes poétiques sont très variés. Il n’y a, à ma connaissance, aucun thème interdit. La paghjella peut être souvent d’un niveau poétique élevé comme parfois très bas, voire vulgaire, dans le cas bien entendu de paroles grivoises.
Il est intéressant de noter que le haut style poétique en toscan (in crusca), présent dans la poésie traditionnelle est quasiment absent dans la paghjella.
Ces poèmes que sont les paghjelle sont véhiculés par la tradition orale et transmis directement le plus souvent de chanteur à chanteur.

La paghjella sous forme de poésie improvisée est peu fréquente voire inexistante.
Il faut croire qu’un individu invente une paghjella et que celle-ci est véhiculée et parfois transformée par d’autres ; ce qui laisse à penser que l’on a affaire dans bien des cas à une « réappropriation populaire » de l’œuvre qui devient de ce fait création collective. En ce qui concerne la musique de la paghjella, il s’agit essentiellement d’un chant à trois voix : la siconda (ou seconda), voix principale mélodique qui démarre le chant et sur laquelle viennent se greffer les autres voix que sont la basse (u bassu), voix grave plus harmonique assez bourdonnante qui peut être doublée ou triplée (ce qui explique que l’on trouve souvent 4 ou 5 chanteurs entonnant une paghjella) et la terza (qui peut se traduire par « tierce » mais aussi par « troisième ») voix aiguë à la fois mélodique et harmonique qui vient compléter l’accord mais aussi enjoliver de mélismes (fioritures rapides appelées rivucate) certains passages du chant.
Ceci dit la paghjella ancestrale se chantait à trois.

En principe, l’harmonie de la paghjella est fixe et déterminée à l’avance alors que la mélodie et les mélismes de la siconda ainsi que les mélismes de la terza sont improvisés (ou du moins spécifiques à chaque chanteur) tout en restant bien entendu dans une certaine harmonie générale du morceau, un peu comme dans un phrasé de jazz.

Il va de soi que la paghjella existait avant le tempérament égal (système qui divise la gamme en 12 demi-tons pour des raisons au départ plus pratiques qu’esthétiques comme par exemple sur le clavier d’un piano) ; par conséquent la « vraie » paghjella, celle de nos anciens, utilisera souvent une gamme qui semble microtonale pour une oreille occidentale et qui fluctue plus ou moins entre majeur et mineur (avec souvent l’utilisation d’une tierce naturelle.)

Une paghjella « réussie » doit allier la singularité vocale des chanteurs et leur cohésion harmonique à mélanger leur voix à celle des autres ; autant dire que la paghjella parfaite est un idéal jamais atteint.
Il se dégage d’une paghjella « réussie » des harmoniques, des notes supplémentaires de celles produites par les chanteurs eux-mêmes et qui donne l’impression d’un plus grand nombre de participants au chant.
Pour des raisons de tessiture, la paghjella est plutôt un chant d’hommes ; comme le voceru (chant funèbre improvisé par les pleureuses) et la nanna (berceuse) sont plutôt des chants de femmes.
Dernier point , le chanteur de paghjella porte souvent la main à son oreille : c’est dans le but d’avoir un retour naturel qui lui permet de varier son propre volume d’écoute par rapport aux autres chanteurs et surtout de ne pas s’égosiller.
Benedettu Sarocchi

La paghjella, cette machine à remonter dans le temps .

"Je ne me souviens pas de la première fois que j’ai entendu la Paghjella, probablement enfant au village. Je me souviens en revanche de cette équipe de chantres qui, d’une certaine manière, ont perpétué sinon établi la renommée de ce chant polyphonique. J’ai eu la chance, moi qui, enfant, les considérais comme les détenteurs inaccessibles d’un savoir mystérieux réservé aux représentants d’une génération vénérable, de les côtoyer durant mon adolescence au point de me fondre avec eux à maintes occasions. Car la paghjella c’est avant tout cela : quelque chose qui efface les différences d’âge, qui gomme le fossé des générations, qui permet à des jeunes et des moins jeunes de festoyer ensemble trois jours et trois nuits sans s’ennuyer une seconde en partageant pour ainsi dire tout : la joie, la convivialité, l’humour même, l’ivresse parfois mais surtout le plaisir de l’harmonie des voix, la sensation de chanter une paghjella parfaite, de faire vibrer les harmoniques, ces notes générées par les autres notes chantées, que l’on entend mais que personne dans le cercle ne produit directement et que certains anciens attribuent volontiers à une participation posthume de chanteurs défunts.

Il faut se rendre dans un village où la paghjella n’a plus été chantée pendant des décennies pour découvrir, dès les premiers accords de voix lancés, un petit vieux essuyer discrètement une larme sur le coin de l’œil ou un enfant bouche bée écarquiller les yeux d’étonnement.
Car la paghjella c’est aussi cela : quelque chose qui vous projette à la fois dans le passé et dans le futur, quiconque l’a bien connue n’en ressort pas indemne et il en est souvent de même pour celui qui la découvre.

Le chanteur de paghjella durant ses premières années d’apprentissage est souvent frustré dans son art : il faut être trois pour chanter la paghjella et de plus les occasions sont rares ; par conséquent il connaît bien cette sensation étrange qui fait que, une fois qu’il a entendu les premiers accords de voix résonner au loin, son sang se met à chauffer, il sent son cœur battre très fort au niveau des tempes en même temps que ses entrailles semblent se liquéfier alors qu’un irrésistible réflexe pousse ses jambes en direction de ces notes familières tant attendues.
Parfois, il s’imposera malgré tout une attitude nonchalante dans son déplacement afin de ne pas éveiller les soupçons de son entourage ; sachant qu’il est « accro », il peut ne pas vouloir le montrer ; c’est peine perdue !
Le temps qu’il va passer avec ses acolytes et l’énergie qu’il mettra à le prolonger attestera d’une manière indéniable sa passion pour cette forme de chant.

Car la paghjella c’est parfois cela : un sport d’endurance en même temps qu’une drogue régénérante qui insuffle une sensation de toute puissance, d’efficacité d’action, de surpassement de soi et qui, selon mes propres observations, permet effectivement à l’individu de repousser ses limites jusqu’à l’extrême.

Les années de pratique venant, le chanteur de paghjella devient plus sûr de lui et pourtant, périodiquement, il va connaître le doute : au moment où il était persuadé d’avoir atteint le sommet de son art, ne voilà-t-il pas qu’il se rend compte qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre : une subtilité dans le mélisme (ma ùn a facciu micca à fà sta rivuccata !), une perfection dans la gamme (ma cumu ferà per cantà cusì à l’usu anticu ?), une précision dans le rythme (ma cumu serà chì u mo versu ùn chjocca micca cum’ellu ci vole ?).
Car la Paghjella c’est surtout cela : quelque chose que l’on pourrait définir d’une manière simpliste comme un cri animal mais qui est en fait un style de chant raffiné très complexe qui fait tendre ses interprètes vers une perfection qu’ils n’atteindront pour ainsi dire jamais tant les difficultés qu’ils surmontent laisseront immanquablement la place à de nouvelles complications.
Comme la paghjella ne nous a pas tout dit, elle nous empêchera encore longtemps de dormir."


Benedettu Sarocchi  sur http:www.paghjella.com

Des origines obscures

Certains musicologues plaident pour une origine religieuse de la paghjella, compte tenu de la christianisation précoce de la Corse et de la grande influence des franciscains; D'autres au contraire penchent pour une récupération chrétienne d'un substrat païen. Ce qui est certain, en tout cas, c'est la prépondérance, encore de nos jours, des Confréries dans la transmission du chant. Dès lors, "la paghjella a autant de raisons d'être lue comme une expression polyphonique authentiquement profane de la vie communautaire que comme une survivance d'une tradition liturgique transposée hors du champ sacré" (Ph. J. Catinchi).

Une rencontre un après midi au bar l'ideal à Bastia (Corsica) entre Olivier Ancey, Charly Orsucci et Stéphane Casalta . Un petit moment où les chanteurs entonnent des "paghjelle" (chant traditionnel Corse) . C'est l'occasion de boire un verre , d'échanger quelques mots et de partager un moment de convivialité.

La paghjella sacrée par l'Unesco !

Le dossier complet est en page Archive.

jeunes

Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale

Voir également le site "cantu in paghjella" : https://www.cantuinpaghjella.com/index.php

messa

Le chant corse chez Jean-Pierre Pernaud.

Symposium cantu in paghjella

symposium

symposium

Marie Ferranti y était !

Morceaux choisis Partie I

I. «Aimez vous les uns les autres »

Le 28 juin 2017, le premier Symposium de Cantu in paghjella s’est déroulé à l’Université de Corse dans l’amphithéâtre Ribellu. Cela ne s’invente pas.
Etre reçu au sein de l’Université a une forte valeur symbolique. En effet, l’Université est une des plus anciennes institutions culturelles occidentale. Elle a toujours été le lieu où l’excellence a été privilégiée.
Pour Cantu in paghjella, c’est une reconnaissance et un adoubement. Vous pénétrez dans un sanctuaire, où on dispense non seulement le savoir, mais où vous pouvez le discuter. C’est un endroit où la parole est libre et où vous avez de grandes chances de rencontrer des gens assez subtils pour soutenir une conversation, ce qui, de nos jours, n’est pas si fréquent, même si je préfère les bars pour ce faire : vieux réflexe de cancre dont il ne faut exagérer ni la portée ni le sens.

Plus sérieusement, de quoi s’agissait-il ? En 2009, le Cantu in paghjella a été inscrit sur la liste de sauvegarde d’urgence de l’UNESCO, grâce, essentiellement, au travail et à l’opiniâtreté conjugués de Dominique Salini et Valérie Paoli et à la participation d’un certain nombre de chanteurs.

Cela exige la mise en place d’un Conseil scientifique.
Celui-ci est aujourd’hui animé par Françoise Graziani, professeure d’Université et responsable de la chaire Paul Valéry à l’université de Corte. Il est composé de musicologues, d’ethno-musicologues, de professeurs et de personnalités, venues de tous les horizons. ( Voir à la suite du texte présentation des invités et liste des membres du Conseil scientifique)
Ils sont chargés du volet recherche de l’association Cantu in paghjella et aussi de rendre compte du résultat obtenu dans des communications sur ce chant dont personne ne percera jamais le mystère. Mais c’est tout l’intérêt du jeu. A quoi bon discuter des questions résolues ?
Pour ce qui me concerne, j’ai apporté modestement ma part en suivant les ateliers de Petru Guelfucci à Bastia et j’en ai rendu compte dans un livre, Les maîtres de chant, paru chez Gallimard, en 2014. Je continue aujourd’hui à défendre ce projet capital et je suis heureuse d’apporter régulièrement mon concours à l’association.

Nous nous sommes donc retrouvés assez tôt hier matin pour écouter, partager, échanger et pour certains, chanter.
Jean-Claude Acquaviva fut la première personne que je vis en arrivant sur le campus. Je l’appelai. L’orage éclata et il s’abrita sous un auvent pour m’attendre. J’étais enchantée de sa venue. Je trouvai sa présence de bon augure. Tout au long de la journée, nous échangerions des impressions, des questionnements.
François Aragni attendait Jean-Claude. Nous nous saluâmes.
Je vis Pierre Agostini, près de la tribune, et descendit jusqu’à lui pour lui donner les affiches que j’avais récupérées dans une station essence à Lupinu.
Jean-Paul Pancrazi à qui j’avais demandé s’il voulait me prêter une œuvre, avait choisi une œuvre nocturne : « Pour moi, avait-il dit, la paghjella, c’est la nuit. » (Voir photo)
Armand Luciani, mon fidèle allié depuis bientôt cinq ans, l’avait réalisée pour Castalibre. Son aide ne s’était pas bornée à cela. Il m’avait recommandé un jeune vidéaste excellent, Lionel Dumas-Perini, qui réaliserait le film de cette journée.
Il fallait communiquer, montrer ce que Cantu in paghjella représente, « ouvrir, comme je le dis à Petru, les portes et les fenêtres. » Rien de mieux pour cela que s’entourer d’artistes, de jeunes gens talentueux. Pour moi, je m’en suis toujours bien trouvée.

Beaucoup de chanteurs étaient en retard. Valérie Paoli s’en agaça. Pas moi. J’aime entrer doucement dans la journée, flâner un peu dans les travées, reconnaître tel visage, en découvrir tel autre. J’aime prendre mon temps et, quand je le fais, je n’ai jamais l’impression de le perdre. Il est vrai, comme m’a dit Valérie, le lendemain, lors d’une conversation téléphonique, que j’écris des romans, comprenez que la vraie réalité m’échappe.

J’entendis Petru Guelfucci avant de le voir.
« Allora, si passà bè ? me dit-il. (Alors, ça se passe bien ?)
-Benissimu ! ». (Très bien !)
Le Président de l’Université était arrivé. On pouvait commencer.

Le Président de l’association, Pierre Agostini, prit la parole le premier. Il remercia l’Université de son accueil et dit tout l’intérêt de placer plus haut que tout le désir de s’entendre.
« Ci vuole à tenessi caru. » (Il faut s’aimer, dit-il).
Pour certains, cela peut paraître naïf, mais ils se trompent : la religion catholique repose sur ce précepte et on a vu la fortune qu’elle a eu. Ce n’est donc pas faire preuve de naïveté, mais de profondeur.
Le Président de l’Université, Paul-Marie Romani, a pris la parole en second et a, de la sorte, dérogé au protocole. Cette déférence, dont il eût pu se dispenser, démontre, non seulement son élégance, mais tout l’intérêt qu’il porte, au nom de son institution, à Cantu in paghjella. Nous lui en savons gré.
En effet, l’intervention de Paul-Marie Romani ne relève pas de la pure forme protocolaire. Il consacre une nouvelle ère que beaucoup attendaient depuis longtemps. C’est un grand moment d’ouverture et de rassemblement. On a ainsi pu voir des personnes, qui avaient manifesté quelque agacement, réserve ou réticence envers l’association, la rejoindre et participer à cette assemblée. C’est heureux et ce n’est qu’un heureux commencement à un élargissement appelé à se développer.

Puis vint le tour de Valérie Paoli, Directrice de la DRAC, c’est-à-dire, pour ceux qui, comme moi, n’entendent rien aux sigles, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. L’Etat, en tant que membre de l’UNESCO, a la charge et l’obligation d’aider au dispositif de sauvegarde de cette part essentielle du patrimoine de la culture immatérielle corse.
Valérie Paoli l’avait déjà prouvé dans le passé, mais elle a redit son attachement au projet. L’Etat s’engagera sur le long terme. Elle s’y est donc engagée au nom du Ministère qu’elle représente. Qui s’en plaindrait ?
Jean-Marie Arrighi acheva cette brève présentation. On le sentait ému.
Un film témoignera bientôt de la richesse des échanges. Je dirai simplement les moments qui m’ont amusée, intéressée, les retrouvailles ou les rencontres. On ne se refait pas : j’écris des romans.

*

Pour moi, sans conteste, le plus beau moment de la matinée fut celui où on demanda aux chanteurs de faire ce qu’ils savent faire le mieux : chanter.
Ils refusèrent de descendre à la tribune. Ce n’était pas leur place naturelle. Ils la trouvèrent tout en haut de l’amphithéâtre, près du seuil, du dehors : à la lisière.
André Olivi, Antoine Cesari, Jean-Paul Poletti, Petru Guelfucci attaquèrent le chant. Ils formaient un cercle auquel il était difficile d’avoir accès. La jeune cameraman de Via stella se fraya un chemin jusqu’à eux. Ils ne la voyaient pas.
Mais le moment le plus fort, ce fut l’invitation lancée par Petru Guelfucci à Jean-Claude Acquaviva à venir le rejoindre dans le chant.
Qui ignore les finesses de ces invites et leur réponse, s’étonnera du refus d’abord opposé à Petru par Jean-Claude : ce n’était ni un caprice, ni un atermoiement : il ne voulait pas rompre le cercle premier, formé par les chanteurs cités plus haut. Petru insista. « Aiò, veni à canta ! » ( Allez ! Viens chanter !) Jean-Claude pouvait alors répondre favorablement : il se leva, s’approcha, se mêla aux autres. Petru attaqua Tanti suspiri.
On peut voir sur les images de la vidéo, réunis Petru Guelfucci, Jean Paul Poletti, Jean-Claude Acquaviva, André Olivi et le jeune Antoine Cesari. Ce n’est pas rien, mais, si l’on regarde bien, on peut voir aussi, la gravité et la bonté du regard de Jean-Claude, la discrétion et la retenue de Petru. On peut aussi entendre dans le chant l’émotion qui lui serre la gorge.

Si l’on regarde bien, on peut voir la main de Jean-Claude sur l’épaule de Petru et le geste d’amitié esquissé par Petru, à la fin du chant.
Entre ces deux grands artistes, le partage était consacré.
Le lendemain j’appelai Petru et lui livrai mes impressions. Il les confirma, me dit son désir de revoir Jean-Claude pour échanger avec lui. Le fil était renoué. J’en retire une grande joie.

Marie Ferranti

(à suivre)

Notice sur les intervenants

François BERLINGHI, Docteur en Ethnomusicologie de l'Université de Corse, professeur au Conservatoire Henri Tomasi (Bastia).
Jean-Jacques CASTÉRET, Directeur de l'Ethnopôle Institut Occitan Aquitaine. Chercheur associé au Laboratoire ITEM (Université de Pau). Membre du bureau du CIRIEF. Membre du Research Center of European Multipart Music. Membre de la SFE (Société Française d'Ethnomusicologie). Responsable du Séminaire annuel en Ethnomusicologie de la France (InOc Aquitaine/DPRPS du Ministère de la Culture).
Luc CHARLES-DOMINIQUE, Professeur en Ethnomusicologie à l'Université de Nice. Membre de l'Institut Universitaire de France. Président du CIRIEF (Centre International de Recherches en Ethnomusicologie de la France).
Marie FERRANTI, écrivain, auteur du récit Les Maîtres de chant (Gallimard, 2015)
Françoise GRAZIANI, Professeur en Littérature comparée à l'Université de Corse. Responsable de l'axe Passages de l'UMR CNRS LISA. Responsable de la Chaire Esprit Méditerranéen-Paul Valéry.
Catherine HERRGOTT, Docteur en Anthropologie de l'Université de Corse. Maître de conférences, chercheure associée au Laboratoire de Phonétique et Phonologie (UMR CNRS LPP) de l'Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Membre du CIRIEF (Centre International de Recherches en Ethnomusicologie de la France).
Marie-Barbara LE GONIDEC, Ingénieure d'Études au Ministère de la Culture. Co-responsable du programme de recherches SAHIEF - Sources, Archives et Histoire de l'Ethnomusicologie de la France (iiAC/LAHIC-EHESS Paris). Membre du CIRIEF (Centre International de Recherches en Ethnomusicologie de la France).
Antoine LÉONELLI, Chargé de programmation culturelle au Musée de la Corse (Corte). Concepteur et animateur de l'Estru Paisanu, programme de restitution in situ des archives sonores du Musée.
Ignazzio MACCHIARELLA, Professeur en Ethnomusicologie à l'Université de Cagliari. Vice-président du Research Center of European Multipart Music (Université de Vienne). Membre de l'ICTM (International Council for Traditional Music). Membre de la Société Française d'Ethnomusicologie. Membre de l'École Doctorale d'Ethnomusicologie de l'Université de Rome La Sapienza. Ancien consultant à l'UNESCO.

Chjama è rispondi

C'est à Toni Casalonga que j'emprunte ces quelques explications sur le chjama è rispondi.

Cette "joute oratoire" improvisée, chantée et rimée sur un thème choisi, était pratiquée par les bergers.

"(...) Constitué de strophes de trois vers « terzini » de 16 pieds, rimant en général soit A/A/A, soit A/A-B/B avec une rime interne entre les deux hémistiches du troisième vers, le chant du Chjama e rispondi est porté par une mélodie étagée sur une quinte descendante, sans accompagnement instrumental ni vocal, sauf en de très rares exceptions. Il a l’allure d’une conversation rimée, sans autres règles que celles de la bienséance et de la courtoisie. Il peut être laudateur ou critique, et se pratique à deux ou à plusieurs, tant dans des circonstances publiques –fêtes, foires, célébrations, manifestations- que privées.

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Les voceri

Le voceru (ou vociaru) fait partie des chants funèbres corses. C'est un chant profane chanté par une femme (dite voceratrice).

Selon Petru Cirneu, ce chant viendrait des Romains.

Les Canti populari corsi de Salvatore Viale (1855) citent plusieurs voceri. Les plus célèbres sont u voceru di una ghjovana veduva, u voceru di Maria Felice di Calacuccia et u voceru d'una talavese.

Dans certains cas (mais ce n'est pas une généralité), quand il s'agit d'une mort violente, le voceru finit par un appel à la vendetta. Exemple : u Voceru di Maria Felice di Calacuccia :

D'una razza cusì grande
Lasci solu una surella
Senza cugini carnali
Povera, orfana, è zitella.
Ma per fà la to vindetta
Stà sicuru, basta anch'ella.

et dans Voceru per Caninu :

Cani cor' di la suredda
Vogliu fà la tò vindetta.

voceri

La monodie

cuzza Les confréries

On ne dira jamais assez l'importance des confréries dans la transmission du chant sacré.

confreries

stanto

Avril 2019

conf

01/06/2019

lira

Un concert à Pigna

« Le soleil du soir illumine le village de Pigna en Balagne, saillie dans le rocher sur la colline qui domine la mer. De l'arrière de l'auditorium sortent des sons qui évoquent le cri d'un oiseau de proie sur les montagnes. Essai de voix du groupe "A Filetta" avant son entrée en scène.

A Filetta (Jean-Claude Acquaviva, Jean Antonelli, Jose Filippi, Jean-Luc Geronimi, Paul Giansily, Jean Sicurani, Maxime VuilIamier et Valerie Salducci) a été fondé en 1978 et est un des rares groupes de chants polyphoniques corses qui peuvent vivre de leur musique. La plupart des groupes répètent et chantent pendant leur temps libre. Il y a plus de 100 groupes polyphoniques en Corse; c'est traditionnellement un domaine réservé aux hommes, toutefois quelques groupes de femmes ont été créés au cours des années récentes.

Le chant polyphonique n'est pas le seul style de musique corse traditionnelle, mais il est celui qui est de loin le plus répandu et qui a le plus de vigueur. "Polyphonie" signifie "plusieurs voix" : de trois à huit voix contribuent dans des tessitures différentes. La plupart des groupes de chants polyphoniques se composent de cinq ou six chanteurs et chantent „a capella " (sans accompagnement instrumental). L'histoire des polyphonies corses est complètement obscure. La technique de chant et les chansons ont été transmises dans la famille ou la communauté de village de génération à génération, sans jamais avoir été écrits. Comme pour les histoires et les légendes, il s'agit de tradition exclusivement orale. Elle représente probablement un mélange des traditions musicales de tout le de bassin méditerranéen occidental. Des ressemblances avec la musique espagnole et arabe sont indubitables. Généralement elle sont chantées en corse, mais quelques morceaux se basant sur des thèmes liturgiques ou légendaires ont des textes latins et sonnent parfois comme du chant grégorien.

Tandis que les chanteurs sont encore occupés à répéter et à se changer, la salle se remplit à partir du bas-côté . Ce n'est que lentement que les yeux s'habituent à l'amphithéatre peu éclairé et aux hautes parois foncées crépies, seulement percées de petits créneaux décoratifs ressemblant à des meurtrières. Un cercle de lumière éclaire faiblement le milieu de la scène tout en bas. Les quelques 100 sièges s'étagent en pente raide de la scène à l'entrée, située inhabituellement en haut de la salle de concert. Les spectateurs sont pour la plupart des corses, certains venus d'autres parties de l'île. Des familles avec des enfants et des bébés parfois de loin, et des personnes âgées du voisinage. Il sera vendu plus de billets que de places assises. Les marches servent de siège, et quelques visiteurs restent sur la balustrade à l'entrée.

Six hommes habillés de noir pénètrent sur la scène, le rayon de la poursuite devient plus fort, plongeant les chanteurs dans une lumière éblouissante et jetant le reste de la scène dans une obscurité impénétrable. Les hommes forment un arc de cercle étroit, le haut du corps souvent plié en avant, une main sur l'oreille pour étouffer la voix du voisin. Le leader du groupe se charge du rôle du "comédien", d'un acteur qui donne de la dynamique aux chants avec sa voix et les mouvements un peu violents de la partie supérieure du corps aux textes des chants et par la tension dans la voix. Les autres chanteurs contribuent fermement à la cohésion des timbres de l'ensemble, dans des tessitures allant de la basse au contre-ténor.
Parfois, ces voix ne donnent qu'un rythme ou un son continu, puis ils se détachent soudain du brouhaha et assument, en solo ou avec le "Comediante", des sections de texte et de mélodie. Par un balancement en avant et en arrière du haut du corps, les chanteurs orientent l'influence de leur voix dans le son global. Dans quelques chants les hommes se rapprochent très étroitement, ferment presque le demi-cercle et tiennent leur voisin par le dos avec leur bras libre. Même si tout n'est peut-être pas perçu par l'auditeur, les chants sont composés strictement, avec peu de place pour l’improvisation. Cela place le chant polyphonique corse, qui est en réalité une "musique du peuple" dans le sens original du mot, à parité avec la musique classique.

Un concert d'A Filetta ne dure qu'environ 45 minutes. Il est composé de quatre parties. Les trois premières se composent respectivement de trois chansons et durent environ 13-14 minutes chacune. La quatrième partie (la partie finale) est très courte et dure seulement environ 3-5 minutes. Entre les parties Jean-Claude Acquaviva présente le contenu des morceaux précédents et/ou suivants et dit quelque chose concernant son contexte. Il traduit généralement aussi les déclarations corses en français.
À peu d'exceptions près, les morceaux sont composés par A Filetta, la plupart par Jean-Claude Acquaviva qui écrit aussi bien les textes que la musique. Les chants d'un concert appartiennent à deux catégories différentes. D’un côté les chants religieux, qui concernent souvent un décès ou un deuil. Même si quelque Kyrie retentit après une chanson traditionnelle, la plupart des chants religieux sont des recompositions. Les chants profanes qui sont aussi qualifiés de "Paghjelle" sont la deuxième catégorie. Ils peuvent traiter de tous les thèmes du quotidien qui sont émotionnellement fortement occupés, et qui peuvent être transposés plus directement sur le chant que sur le mot parlé. La Paghjella est plus ouverte aux improvisations que le chant religieux, mais des groupes comme A Filetta prèsentent également les Paghjelle dans un arrangement très travaillé jusqu'à ce qu'il sonne comme naturel.

Celui qui voudrait s'en faire une idée peut visionner le film beau et sensible "A Filetta, Voix Corses" du réalisateur Don Kent, qui a longuement accompagné le groupe en 2000 et 2001. La musique polyphonique corse a connu une renaissance forte surtout depuis les années 1970. Cette renaissance était en rapport avec la situation politique corse et la rédécouverte de la culture corse. Cette musique a aussi eu (et a parfois encore) une dimension politique, puisque la partie profane des chansons (les Paghjella) peut être organisée librement sur le plan du texte, pouvant ainsi véhiculer des idées politiques. Des groupes comme A Filetta ont réussi toutefois à empêcher largement que la musique soit détournée à des fins politiques ou glisse dans le folklore.

"I had the impression of hearing a voice from the entrails of the earth. Song from the beginning of the world" (j'avais l'impression d'entendre une voix venu des entrailles de la terre. Le chant de l'origine du monde), écrivait justement Dorothy Carrington, après avoir entendu des chants polyphoniques à Noël dans une chapelle dans le Fiumorbo. Et nul ayant eu l'occasion d'écouter le concert d'un bon groupe polyphonique en Corse ne pourra empêcher un léger frisson de lui parcourir le dos. La musique est comme une force créatrice et agit parfois comme si elle planait sur la salle de concert, détachée des gorges humaines qui la produisent.

La Polyphonie décrit la Corse, son paysage et sa culture peut-être mieux que ne le ferait un texte.»

Source : "Reise Know-how Korsika“ de Wolfgang Kathe

Nonobstant la maladresse de ma traduction (je ne suis pas un germanophone émérite) et les quelques erreurs ou approximations qui l'émaillent, ce texte, communiqué par Ursula, m'a paru intéressant dans la mesure où il communique bien ce que peut ressentir un auditeur non initié découvrant la polyphonie corse.

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Corse, le chant du cœur

Les polyphonies corses sont le fruit de traditions immémoriales que l’île cultive farouchement, en rêvant de l’accord parfait.
Vendredi 24 juillet 2020
De National Geographic Traveler

erbalunga

À Erbalunga, authentique village de pêcheurs du cap Corse, la vie s’écoule au rythme d’un adagio.
Photographie de JUAN MANUEL CASTRO PRIETO/AGENCE VU/REDUX

Une belle voix chantée relève de l’alchimie : de l’air inspiré par le corps humain s’en exhale, comme par magie, sous la forme d’une musique. Je suis chanteuse, donc pas très objective, mais je ne crois pas que nous ayons jamais inventé un instrument capable de rivaliser avec la caisse de résonance dont nous sommes naturellement pourvus.

J’ai entendu parler de l’ensemble vocal A Filetta pour la première fois grâce à un spectateur qui avait assisté à l’un de mes concerts, en Allemagne, donné devant un public clairsemé. Pour faire oublier à la foule qu’elle n’en était pas une, ma partenaire Aby et moi avions amassé les auditeurs dans la cage d’escalier, et entonné l’Hallelujah de Leonard Cohen a cappella.

Plus tard, j’ai reçu un courriel d’un certain Christian : « Attendez d’avoir un moment où vous êtes très, très au calme, et regardez ça s’il vous plaît. » Suivait un lien vers une vidéo : le col ouvert sur une chaîne en or, un homme vêtu d’une chemise noire portait un diapason à son oreille, puis le glissait dans sa poche de poitrine. Le cheveu gris et ras, il bougeait avec une énergie paisible et animale.

Quand il ouvrit la bouche, ses yeux se fermèrent, comme s’ils étaient branchés sur le même circuit. Les sons qu’il émettait s’accordaient bien avec son physique : sa voix était celle d’un boxeur, usée par le temps ou par la souffrance – peut-être même les deux. La mélodie était mélancolique et pressante à la fois, comme un chant funèbre offert à quelqu’un qui ne serait pas tout à fait mort. On y entendait les trilles rapides et intenses du fado portugais, ou de l’appel à la prière d’un muezzin.

Après la première phrase, une demi-douzaine de voix masculines l’ont rejoint ; la caméra est passée sur leurs visages, cils noirs ourlant des yeux clos. Certains chantaient en harmonie, d’autres étiraient longuement les voyelles. Je ne comprenais pas un mot, je ne reconnaissais même pas la langue. Mais je savais que je n’avais jamais lu une telle passion sur le visage d’un chanteur interprétant une musique aux accents si mystiques. Ce n’était pas une prière d’église, mais une prière universelle. J’ai repassé la vidéo encore et encore.

J’ai appris qu’A Filetta était un ensemble vocal corse et que son leader s’appelait Jean-Claude Acquaviva.

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Jean-Claude Acquaviva, le leader du groupe polyphonique A Filetta - Photographie de Armand Luciani.

Je suis allée sur le site du groupe, espérant y trouver les dates d’une tournée aux États-Unis. Rien. J’ai de nouveau regardé l’été suivant, toujours rien. Cinq ans plus tard, vérifiant encore, j’ai vu que le chœur allait donner un concert à Ajaccio, à l’occasion de son 40e anniversaire. J’ai pris un billet d’avion.

Les cartes ne rendent pas compte de la vraie physionomie de l’île. Du ciel, elle ressemble à n’importe quelle autre : une tache verte qui se détache sur un fond bleu. Mais c’est avant tout une montagne. Ses falaises à pic s’élèvent de la Méditerranée, comme si elles venaient tout juste de surgir de la mer. La Corse ne se révèle vraiment que de profil.

Je suis arrivée à Ajaccio quelques jours avant le spectacle pour rencontrer Nico de Susini, un réalisateur originaire de la région – l’ami du cousin d’un ami. Il avait gracieusement accepté d’être mon guide.

Grand et svelte, les cheveux frisés et argentés, Nico a presque toujours une cigarette à la main, allumée ou non. « C’est un vieux pays. Ici, tout le monde fume », commente-t-il. Il m’initie à la culture locale autour d’une bière dans un petit bar : « Respect. C’est le premier mot que nos parents ont à la bouche, et le plus important. » Comme en Sicile, dit-il, les valeurs familiales traditionnelles prévalent. On apprend aux enfants à respecter leur père, leur mère, leur fratrie, les voisins et les anciens. « Quand on traverse la rue avec des personnes âgées, il est tout à fait naturel de porter leurs sacs. »

Il insiste sur le fait que les Corses ne sont ni des îliens ni des pêcheurs : « Tous autant que nous sommes, nous venons de la montagne. » Avec sa cigarette, il désigne les sommets au loin. Les habitants peuvent travailler sur la côte, mais ils ont toujours une famille au village, à l’intérieur des terres.

Historiquement, la montagne a aussi servi de bastion stratégique, depuis lequel on repoussait les invasions ; la situation géographique de l’île en rendait la conquête tentante. Bien qu’elle soit française depuis plus de deux siècles, la plupart de ses habitants s’estiment occupés – incompris et maltraités par le pouvoir central. L’allégeance des Corses va à leur drapeau, à leurs traditions et à leurs crêtes effilées.

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Étendue broussailleuse aux plantes odoriférantes qui couvre 20 % de l’île – des montagnes escarpées aux villes côtières, comme Tiuccia. Photographie de VINCENT MIGEAT/AGENCE VU/REDUX

Le propriétaire du bar apporte une assiette de charcuterie et de pain. Ici, on ne plaisante pas avec la nourriture, notamment quand il s’agit de fromage ou de viande. Plus tôt dans la journée, au restaurant Le Don Quichotte, je m’étais pâmée devant des rubans de pancetta (spécialité italienne à base de poitrine de porc salée, roulée et séchée) ; ils étaient coupés si fins que j’aurais pu lire le journal à travers. Le médaillon de chèvre chaud sur son toast était si savoureux et si moelleux que je me suis presque demandé si c’était du fromage. Le menu sur le tableau noir indiquait le nom de la bergère qui l’avait fourni, et j’ai passé quelques minutes à regarder sur Internet les photos de Johanna, un chevreau dans les bras.

Deux hommes entrent dans le bar, tous deux professeurs. L’un enseigne le corse, l’autre la philosophie ; ils se joignent à notre conversation. Nico leur explique rapidement que l’Américaine, écrivaine et musicienne, est là pour écouter A Filetta. Ils ont l’air surpris qu’une voyageuse venue de si loin connaisse la musique de leur île. Je suis gratifiée de hochements de tête approbateurs. Le professeur de langue me demande si je sais comment traduire a filetta. Je l’ignore. « La fougère », me dit-il. Une histoire est attachée à ce nom, mais il en a oublié les détails. J’opine du chef comme si je comprenais, en me promettant d’aller vérifier l’information après.

Les jours qui précèdent le concert, je joue les touristes. Je traverse la place Foch, où se tient le marché des producteurs de pays. On y vend des saucisses, des noix et des petits pots de fruits confits, qui luisent comme des pierres précieuses. La cuisine corse repose sur des combinaisons simples d’ingrédients locaux et frais : citrons du jardin, huile d’olive issue d’oliveraies de la région, et brocciu, un fromage à la pâte blanche et crémeuse, fabriqué avec du lait de chèvre ou de brebis.

Une touriste admire les peintures du xixe siècle de Saint-Spyridon, une église orthodoxe fondée par des Grecs ...
Une touriste admire les peintures du xixe siècle de Saint-Spyridon, une église orthodoxe fondée par des Grecs à Cargèse, sur la côte occidentale de l’île.Photographie de VINCENT MIGEAT/AGENCE VU/REDUX

Les jours qui précèdent le concert, je joue les touristes. Je traverse la place Foch, où se tient le marché des producteurs de pays. On y vend des saucisses, des noix et des petits pots de fruits confits, qui luisent comme des pierres précieuses. La cuisine corse repose sur des combinaisons simples d’ingrédients locaux et frais : citrons du jardin, huile d’olive issue d’oliveraies de la région, et brocciu, un fromage à la pâte blanche et crémeuse, fabriqué avec du lait de chèvre ou de brebis.

Mais si un aliment tient le premier rôle sur les tables corses, c’est bien la châtaigne. Qu’elle soit réduite en farine pour confectionner les canistrelli (des biscuits secs typiques de l’île), transformée en pâte à tartiner pour agrémenter le pain frais, distillée en liqueur ou cuite en une polenta savoureuse, elle est consommée avec délice par tous les habitants. Y compris, bien sûr, par les sangliers dont la viande est délicatement parfumée par leur fruit de prédilection.

J’achète deux pots de miel. « C’est fort », dit le vendeur en tapotant l’un des couvercles. Je le goûte et laisse échapper une exclamation de surprise. Cela ressemble si peu à du miel ! Au lieu de la rondeur sucrée habituelle, je découvre une note âpre et astringente de... sauce Marmite ? De démaquillant ? Avant même de décider si j’aime ou pas, je me ressers généreusement. En fin d’après-midi, je prends un bus pour la pointe de la Parata, afin d’admirer les rochers rouges de l’archipel des Sanguinaires, qui se trouve juste en face.

Le gravier crisse sous mes boots sur le sentier qui y monte. La vue depuis le sommet est une carte postale à 360 degrés : les nuages sont rôtis par le soleil et les îles tranchent sur le pastel de la mer et du ciel. La lumière rouge pâle ne semble pas toucher la roche, on la dirait suspendue dans l’atmosphère, comme si on avait vaporisé du rosé.

Je visite aussi la petite station balnéaire de Porticcio, située de l’autre côté du golfe d’Ajaccio, à vingt minutes en ferry. Un coutelier a accepté de me montrer son atelier. Simon Ceccaldi est un bel homme musclé dont le rire facile comble les vides dans une conversation. Debout dans sa boutique, il me raconte l’histoire du couteau corse, m’expliquant qu’au début il servait d’outil aux bergers. Son manche était taillé dans une corne prélevée sur l’un des animaux du troupeau, puis équipé d’une lame. Plus récemment, le couteau de vendetta, un poignard avec lequel se régleraient les conflits sur l’île, a enflammé l’imagination des visiteurs. Mais l’anecdote relève davantage du marketing que de la véracité historique.

Les couteaux sont exposés comme des bijoux. Certaines lames présentent une alternance de délicates rayures ondoyantes, noires et argentées. « L’acier damassé », m’explique Simon, est chauffé et replié en plusieurs centaines de couches ultra-serrées. Je regarde ses mains mimer le procédé ; une fine ligne blanche marque son pouce droit. En passant un doigt sur la cicatrice, il me confirme que c’est la conséquence d’un rare moment d’inattention.

Le mausolée rose de la puissante famille Piccioni s’élève à l’ombre des pins dans les montagnes ...
Le mausolée rose de la puissante famille Piccioni s’élève à l’ombre des pins dans les montagnes du nord.
Photographie de PAOLO VERZONE/AGENCEVU/REDUX

Nous entrons dans l’atelier à l’arrière de la boutique, longeons des bandes de ponceuses, des modèles de lames et une machine qui découpe l’acier avec un jet d’eau. Sur des étagères, des blocs d’ébène, de chêne, de buis et de noyer attendent de devenir des manches. Nous suivons le bruit du métal qui résonne jusqu’à la forge, où la silhouette d’un homme éclairé par le feu bat le fer d’un futur couteau.

Le soir du concert, dans l’obscurité, je monte la pente jusqu’à la salle indiquée sur mon billet : l’Aghja. J’ai hâte de voir quel genre de public sera là : des personnes âgées dont la jeunesse a été bercée par le groupe ? Des familles jeunes ? Des hipsters ?

J’aperçois enfin la grande enseigne de l’Aghja. Mon cœur s’arrête. Aucune lumière aux fenêtres et le parking est vide. Une affiche des chanteurs du groupe A Filetta, élégamment vêtus d’une tenue de concert noire, a été recouverte d’une banderole de papier, avec des termes en français que je ne comprends pas. Je vérifie l’heure : plus que trente minutes avant le concert. Et ce panneau, je parie, annonce un changement de salle. Ça fait sept ans que j’attends de voir ce groupe, j’ai traversé la moitié de la terre pour y parvenir, et devant l’idée de le rater, je suis prise de panique. De l’autre côté de la rue, j’avise un homme et trois femmes marchant à vive allure. Dans un français approximatif je crie : « Bonjour ! Parlez-vous anglais ? » L’homme se retourne. Tandis que je me rue vers lui, je me dis que jamais je ne répondrais à un étranger dans mon état.

Heureusement, l’homme est plus généreux que moi envers les inconnus excités. Il s’appelle Mathieu Bertrand-Venturini. Une minute plus tard, je suis assise à l’arrière d’une petite voiture rouge qui nous emmène tous voir A Filetta. A-t-on déplacé le concert dans une salle plus grande ? Était-ce tout simplement mal indiqué sur le billet ? Je n’ai pas le fin mot de l’histoire, mais le soulagement éteint ma curiosité, tandis que nous roulons, comme tous les Corses, à tombeau ouvert.

Nous trouvons nos sièges à tâtons dans la salle, une boîte noire dotée d’une scène surélevée de quelques dizaines de centimètres et de chaises pliantes alignées en rangs serrés. De la poussière flotte dans la lumière du projecteur. Jean-Claude Acquaviva entre en scène et salue la foule, qui l’ovationne.

De nombreux visiteurs arrivent par Bastia.
De nombreux visiteurs arrivent par Bastia.- Photographie de CARLOTTA CARDANA

Au début, les basses résonnent dans un registre si grave qu’il semble impossible qu’un tel son puisse être émis par un homme de taille normale. Jean-Claude Acquaviva chante la mélodie avec son timbre de boxeur, accompagné par des ténors dont les harmonies sont si limpides et si douces qu’elles en deviennent presque douloureuses à entendre. Chaque chanteur porte une main à l’oreille pour mieux distinguer sa propre voix dans le flot musical ; ils reprennent leur souffle à tour de rôle, si bien que les notes se prolongent sans interruption. J’ai du mal à imaginer que ces chants aient pu être écrits – comme il est difficile de réaliser que le bol ou la porte ont eu un inventeur. Ils semblent si élémentaires, comme s’ils appartenaient davantage au monde de la nature qu’à celui de l’art.

Entre les morceaux, Jean-Claude Acquaviva parle de liberté et d’événements politiques récents. L’ensemble est né dans les années 1970, d’un mouvement de résistance sociale et politique ; Mathieu se penche vers moi pour traduire. Mais, même sans son aide, les mélodies sont compréhensibles : elles parlent d’amour, de perte et d’une nostalgie inextinguible. Lui et moi avons une prédilection pour les chants a cappella. L’entendant renifler à côté de moi, je ne prends pas la peine d’essuyer mes joues. Je laisse le chant dissoudre le plafond et transformer le cube noir en cathédrale. Jean-Claude et ses compagnons se tiennent par les avant-bras pour élever leurs voix ensemble ; elles s’envolent et filent comme des oiseaux, puis plongent en decrescendo, qui achève le chant à la manière d’un couperet.

Je quitte la Corse comme tout le monde – visiteur, habitant ou envahisseur repoussé. Avec l’intention de revenir. De retour chez moi, une recherche me confirme qu’A Filetta doit son nom à une fougère corse. Ses racines poussent à horizontale, ce qui la rend quasi inamovible.

Je comprends à quel point il sied à la voix humaine d’interpréter ces chants corses, hymnes d’une identité culturelle robuste et rebelle. C’est le seul instrument inséparable de son instrumentiste, ancré si fermement dans le corps qu’il ne peut être arraché sans combat.

À la pointe sud de l’île de Beauté, les imposantes falaises calcaires de Bonifacio surplombent l’étroite plage ...
À la pointe sud de l’île de Beauté, les imposantes falaises calcaires de Bonifacio surplombent l’étroite plage de Sutta Rocca.
Photographie de NORBERT EISELE-HEIN/VISUM/REDUX

Article publié dans le numéro 19 du magazine National Geographic Traveler

Le chant corse : thématique

Que les chants soient traditionnels ou de création récente, on retrouve en grande partie les mêmes thèmes.

Les thèmes principaux sont les suivants :

- ceux liés au monde du travail, essentiellement agro-pastoral,
A Tribbiera, A Muntagnera... - à la guerre et à ses drames :
U Colombu, S'è tu passi, E Sette galere, A Violetta, L'Impiccati, Sottu à lu ponte...
- à l'exil, à la séparation, à l'emprisonnement :
Barbara Furtuna, U fattore, Lettera à Mamma, Terzetti di Sermanu, et les différents lamenti des bandits
- à la mort et au souvenir:
Paghjella di Tagliu, Sumiglia, L'ombra murtulaghju, L'Anniversariu di Minetta
- à l'amour :
Eramu in campu, Serinatu, A me Brunetta
- à l'enfance, avec notamment des berceuses qui ont très souvent une tonalité dramatique : O ciucciarella, Sottu à lu ponte...
- à l'attachement à la terre corse : Lamentu di Cursichella, Sò l'omu, Sumiglia, A l'acula di Cintu, Santa R'ghjina...

Cependant, de même que l'image de la femme corse vêtue de noir renvoie à une tradition récente, le costume étant souvent très coloré, notre vision d'aujourd'hui est quelque peu déformée. De nombreux chants sont tombés en désuétude et il n'en reste pratiquement plus de trace. De ce fait, la vision contemporaine d'un chant forcément austère ne rend pas compte de la diversité du chant corse jusqu'au XIXe siècle, qui connaissait a pistera (chant de battage des châtaignes), les currenti (chants de cour), les canti à spassu airs de divertissement), les scherzi (satires), les brindisi (toasts), les filastrocche (comptines), les chjam'è rispondi, sans parler des chants d'élections (canti d'elezioni)...

Les femmes aussi chantaient à toutes les occasions de la vie : nanne, voceri, lamenti, et même des chjam'è rispondi. Ces dernières années des groupes tels que les Nouvelles Polyphonies Corses, Soledonna, Donnisulana, Anghjula Dea, Isulatine et Donni di l'esiliu ont investi la paghjella et subverti les usages habituels.
 
Sur le voceru, lire l'article que Corsica consacre au récit de Ferdinand Gregorovius (1821-1891) sur son voyage en Corse effectué pendant l'été 1852 et publié en 1854 sous le titre "Corsica". http://info.club-corsica.com/iden_125_001.pdf

Le chant corse : renaissance

Paradoxalement, le chant polyphonique corse a été découvert au moment où il allait disparaître sous l'effet de la saignée démographique de la guerre de 1914-18, de l'abandon progressif des modes de vie ancestraux, du mépris de ces traditions "paysannes"...
Xavier Tomasi, lorsqu'il publie Les Chants de Cyrnos en 1932, passe entièrement sous silence la polyphonie.

En 1948 l'ethnomusicologue Félix Quilici (1909-1980) découvre à Rusiu l'existence d'une polyphonie sacrée à trois voix pratiquée lors de différentes messes.
Il découvre aussi la paghjella, qui était conservée au sein de quelques familles, dont les Bernardini. Il sillonnera la Corse pour recueillir les vestiges de ces chants immémoriaux, et poursuivra ce travail au début des années 60 pour le CNRS.
Cette collecte sonore qu'il présentera aux Universités d'été de Corte restitue les paghjelle, lamenti, voceri, sirinati et nanne qui composent la vision insulaire du monde.

En savoir plus sur Félix Quilici →

Des vérités assez mal accueillies à une époque où ces chants semblaient trop rugueux, trop orientaux, trop "arabes". En 1949, un auditeur d'une diffusion des chants collectés par Quilici se crut sur un poste de radio AOF, alors qu'un Ajaccien raffiné se demandera avec effroi "ce que vont penser de nous les continentaux..."
Ces préjugés sont tenaces, puisqu'à de récentes Rencontres de Calvi, un spectateur demandait au groupe L'Alba si sa musique n'était pas "un peu arabe", à quoi il lui fut répondu que la Corse était en Méditerranée et avait subi des influences multiples...

Ces enregistrements peuvent désormais être consultés pour partie au musée de Corte, le reste à la Bibliothèque Nationale de France.

Ce même souci de sauvegarde a été le fer de lance du mouvement dit du riacquistu autour de Canta u Populu corsu. avec notamment Minicale, Alain Bitton-Andreotti, Alain Nicoli, Natale Luciani et Ghjuvan-Paulu Poletti, et aussi Ghjermana de Zerbi et Mighele Rafaelli. Il faut citer également Ghjuliu Bernardini, père des Muvrini Alain et Jean-François. Ces chanteurs prennent alors le contre-pied de la chanson sirupeuse des roucoulades et mandolines dominante à l'époque.
Dans les années 80 E Voce di U Cumune, avec Nando Acquaviva, ont mené des travaux de recherche systématique sur des sujets précis.

Il faut citer aussi le travail accompli par Iviu Pasquali de San Damianu, créateur en 1986 de la première école de chant polyphonique traditionnel à Fulelli. On y apprenait le chant "in paghjella"  : paghjelle, terzetti, madricali, curentine, messe. Plus de soixante enfants ont appris à chanter avec MADRICALE. Plus tard le groupe issu de cette école a enregistré deux CD (en 1992 et 1995) et donné des centaines de concerts en Corse, sur le continent, au Pays basque et en Sardaigne. Ces jeunes tous issus de Castagniccia étaient portés par l'amour du chant, mais aussi et surtout par une fraternité qui a fait de MADRICALE un groupe unique.

Le chant corse : perspectives

C'est quasiment un miracle qu'a vécu le chant corse. Aujourd'hui, des groupes aussi divers que I Muvrini, A Filetta, Les Nouvelles Polyphonies Corses,etc., sont connus dans le monde entier. Et à partir d'un répertoire traditionnel, tous ces groupes ont connu des évolutions très contrastées, de la variété, de la création polyphonique, de la polyphonie traditionnelle, de la world music... Après la salutaire et nécessaire phase de sauvegarde, le chant polyphonique corse doit naviguer entre deux écueils : n'être qu'un conservatoire du passé, ou à l'inverse se banaliser dans une world music sans âme.

Certains prônent le retour à la tradition, mais quelle tradition ? Il faut bien voir que les chants qui ont pu être sauvés ne représentent probablement qu'une faible part de la diversité du chant corse. Il faut éviter une certaine volonté "académique", visant à codifier le chant, à faire des versions connues aujourd'hui des versions définitives indépassables. Et également de vouloir nier tout apport exogène en voulant constituer un modèle pur de toute influence extérieure.

A cet égard la démarche d'A Filetta nous semble exemplaire dans la mesure où, tout en étant solidement enraciné dans la tradition, le groupe ne se fixe absolument aucune barrière, si ce n'est celle de la qualité, et n'hésite pas à créer musiques de films, polyphonies contemporaines, choeurs pour le théâtre, tel le choeur antique du Médée de Sénèque, opéras, en s'approchant de très près de la musique classique contemporaine.

Médée est en quelque sorte une pierre angulaire dans la vie d'A Filetta, sortant de la tradition, tout en y restant amarrée. Jean-Claude Acquaviva voit la polyphonie corse non comme un chant endogène mais comme un langage qui s'est modelé au fil des siècles, intégrant des influences discrètes mais bien réelles. Ce qui justifie l'intégration de nouveaux apports.

13/10/2018 :
Dossier publié dans "Settimana", le supplément hebdomadaire de Corse Matin

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Le centre d'art polyphonique de la Corse

En Corse, la multiplicité des initiatives en matière d’enseignement (écoles de musique et de chant associatives et municipales, groupes polyphoniques, ateliers en milieu scolaire), la naissance et le développement de nombreuses « chorales traditionnelles » explorant des répertoires sacrés et profanes, la notoriété de M. Jean-Paul Poletti, qui a fait de « Granitu Maggiore » puis du Chœur d’Hommes de Sartène des ensembles vocaux connus et distingués en Corse et hors de Corse, ont conduit les pouvoirs publics (Collectivité Territoriale de Corse et État dans le cadre du Contrat de Plan, Commune de Sartène) à reconnaître la nécessité, afin de structurer et de valoriser ces expériences, de favoriser la création d’un centre d’art polyphonique.
La Collectivité Territoriale de Corse a ainsi décidé de réhabiliter l’ancienne caserne « Monteynard», mise à disposition par la commune de Sartène, pour y installer ce centre.
A la suite de l’association « Granitu Maggiore » s’est créée, en 2000, une association « Centre d’art polyphonique de Corse » assurant la préfiguration du futur centre. Les bilans présentés par les responsables de l’association montrent que de nombreuses actions peuvent être mises en place au niveau régional afin de soutenir la pratique du chant choral dans une démarche d’ouverture et de qualité.

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La paghjella au collège

paghjella


vivre
Source : Corse Matin du 17 janvier 2010

Quelques enregistrements

Quelques enregistrements remarquables, captations historiques ou anthologies contemporaines.

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Chants de Noël

incanti

Cours de chant, stages de polyphonie

Janvier 2022

cap-diana

Avril 2021

Stage de Chants Polyphoniques Corses sacrés et profanes

Nous vous donnons rendez-vous pour notre prochain Stage de Polyphonies Corses animé par Sylvia Micaelli, Joanne d'Amico et Didier Cuenca, membres du Trio FIAMMA, du 23 au 28 août 2021 à La Maison St Hyacinthe 20200 Miomo à Proximité de Bastia.

Pour plus de renseignement contactez-nous 📞 06 15 43 11 11
@mail : sylvia.micaelli@orange.fr
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DU 23 AU 28 AOÛT

Il est animé par : Sylvia MICAELLI Didier CUENCA et Joanne D’AMICO.

La musique corse dans tous ses états

L'émission "Corsica ... ou la musique corse dans tous ses états" repose sur la découverte du patrimoine musical corse (cantu nustrale) : des chants sacrés au pop-rock ; des paghjelle à la monodie ; des groupes aux solistes ; des pièces instrumentales .... Musiques jamais diffusées sur le Continent. La première a eu lieu dimanche 28 septembre 2008 sur les antennes de Canal Bleu 94.3, radio associative d'Objat, en Corrèze (www.radiograndbrive.com). Depuis elle diffuse un peu partout en France.... Ces émissions sont abritées par l'association Corsica Aldilà.

Retrouvez les émissions ici : http://corsica-52.podomatic.com

La musique corse, ce n'est pas que le chant...

Si la Corse est l’île où la voix est reine – où elle anime l’intensité polyphonique de la paghjella, l’invention poétique du chjama è rispondi ainsi que les berceuses, complaintes et lamentations funèbres – il y existe aussi un répertoire instrumental riche et varié, exprimé par le souffle des flûtes de berger pìfana (corne de chèvre) et pirula (roseau), la puissance de la cialamedda (au son de cornemuse), les notes cristallines de la cetera (cistre) mais aussi l’adoption du violon, de la guitare, de la mandoline et de l’accordéon.

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L'edition musicale en Corse

Les 40 ans du studio Ricordu

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Actualité

17/07/2022

terra04/02/2022

Il y a 30 ans : l'heure de gloire olympique de la polyphonie corse

Par: Noël Kruslin
Publié le: 04 février 2022 à 11:15
Dans: Culture - Loisirs

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De gauche à droite Patrizia Gattaceca, Patrizia Poli, Jean-Paul Poletti, Guy Canarelli et Jean-Claude Tramoni, dans le stade olympique d'Albertville pendant une répétition. (pour la Une) - Doc CM
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La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Albertville en 1992.- AFP - JUNJI KUROKAWA

Il y a 30 ans, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver d'Albertville, le titre Giramondu ouvrait à la polyphonie corse une porte planétaire. Un instant unique devant 35 000 spectateurs et en mondiovision. Les cinq artistes qui chantèrent ce soir-là n'ont rien oublié

"Le rêve et la magie vont finalement se rencontrer.'' Et Jean-Claude Killy planta le décor, dans le stade éphémère d'Albertville investi par 35 000 personnes, de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver. C'était le 8 février 1992, le triple médaillé d'or de ski alpin, 24 ans plus tôt à Grenoble, copréside, avec Michel Barnier, le comité d'organisation de ces Jeux qui mettent à l'honneur la Savoie et la France. Quelques instants auparavant, le président Mitterrand est entré dans le stade en tenant par la main une petite fille vêtue du costume traditionnel savoyard. Michel Platini y est ensuite arrivé en tant que dernier porteur de la flamme. Le protocole est toujours trop long, les délégations d'athlètes attendent pour le traditionnel défilé, comme les nombreux artistes qui vont prendre part au somptueux spectacle.

Patrizia Poli a vécu, à Paris, le rendez-vous décisif avec Philippe Découflé, le chorégraphe chargé de concevoir la cérémonie d'ouverture.   - Gérard Baldocchi
Patrizia Poli a vécu, à Paris, le rendez-vous décisif avec Philippe Découflé, le chorégraphe chargé de concevoir la cérémonie d'ouverture. - Gérard Baldocchi

Une heure plus tard, en coulisses, Patrizia Poli est saisie d'une véritable peur au ventre quand un régisseur s'avance et glisse aux cinq membres de l'ensemble vocal corse : "C'est à vous."

"Mais ça ne dure que quelques secondes, confie la chanteuse. On est un peu impressionné par le contexte. 35 000 personnes, la retransmission télévisée en mondiovision. Pour moi, c'était une première. Mais quand ça commence, on se met à chanter, en ayant conscience que le monde entier découvre, en direct, la polyphonie corse. On savait tous à quel point c'était important." Et le titre Giramondu retentit dans la nuit olympique suivi par deux milliards de téléspectateurs.

Un chant que Patrizia Poli a écrit et composé avec son amie d'enfance Patrizia Gattaceca, à ses côtés ce soir-là, sur scène. Trois hommes partagent l'aventure. Fondateur de Canta u populu corsu, Jean-Paul Poletti est le plus connu. Jean-Claude Tramoni l'est beaucoup moins. Le parcours du Chœur d'hommes de Sartène, dont il va devenir un pilier, en est à ses balbutiements. "Il fallait une basse, se souvient-il, on a fait appel à moi." Une proximité avec Jean-Paul Poletti a facilité les choses, comme pour Guy Canarelli, membre du groupe I Surghjenti depuis 1984. "J'avais fait L'Olympia avec Jean-Paul", rappelle-t-il, tout en évoquant le souvenir de cette mémorable cérémonie. "C'était grandiose."

Patrizia Gattaceca :
Patrizia Gattaceca : "On était des vagabonds de la polyphonie, et cette polyphonie a tourné le monde avec nous." Angèle Chavazas

Bien avant la féerie qui inaugure les Jeux, tout commence l'année précédente. Patrizia Poli et Patrizia Gattaceca travaillent sur un projet qui va casser les codes du chant corse. Deux femmes pour l'album intitulé Nouvelles polyphonies corses. La paghjella, d'abord une affaire d'hommes autour d'un chant venu du fond des âges, va vivre sa révolution, même si bien d'autres artistes seront associés à un projet qui, en 1992, sera également couronné par une Victoire de la musique. "C'était une création, explique Patrizia Gattaceca, mais avec des codes hérités de la tradition. Ce n'était pas le cantu in paghjella, mais le monde entier allait quand même entendre notre polyphonie." Tandis que les deux artistes travaillent, elles sont à des lieues d'imaginer ce qui les attend. Au même moment, Philippe Découflé vit comme un choc le défi que Jean-Claude Killy lui permet de relever : concevoir de A à Z le spectacle de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'Albertville. Le danseur chorégraphe, à peine trentenaire, a carte blanche. Le président du comité d'organisation ne pose qu'une seule condition : que les sept sports des Jeux soient représentés dans le spectacle. Découflé réfléchit, se met au travail. Ses yeux et ses oreilles sont partout, il a un coup de cœur pour l'album Nouvelles polyphonies corses qui vient de sortir. Un simple rendez-vous va faire basculer l'île et sa culture dans l'universalité du mouvement olympique.

"Même les danseuses connaissaient notre chant par cœur"

Le 8 février 1992, Jean-Paul Poletti est déjà un artiste emblématique du chant corse. Mais cette soirée demeure pour lui un immense baldocchi - gérard
Le 8 février 1992, Jean-Paul Poletti est déjà un artiste emblématique du chant corse. Mais cette soirée demeure pour lui "un immense souvenir". Gérard Baldocchi

Patrizia Poli est seule à Paris ce jour-là. Céline Couturier, sa cheffe de produit chez Universal la prévient. "On va voir Découflé." Le rendez-vous est très informel, il a lieu dans un hangar où des danseuses préparent déjà, sur des tournettes, le spectacle d'Albertville. "J'ai fait connaissance avec quelqu'un de passionné, humble et même un peu timide. Il m'a dit : 'Quand est-ce qu'on peut vous entendre ?' "Je lui ai répondu que j'étais toute seule, mais que je pouvais chanter tout de suite. Il était OK, et j'ai chanté Giramondu, dans ce hangar. Les danseuses m'ont accompagnée." Cette audition aussi spontanée que rapide n'était pas prévue. "On devait seulement se voir pour en parler." Mais Philippe Découflé sait ce qu'il veut. "On le fait", lance-t-il à Patrizia, encore émue à l'évocation de cet instant. "On venait de vivre le moment magique qui a tout déclenché."

1er février 1992, les cinq artistes mettent le cap sur le chef-lieu de la Savoie pour une bonne semaine de répétition. "Dans le froid, on était vraiment bien couverts", se souvient Patrizia Gattaceca. "Il y avait énormément de monde pour répéter, ajoute Patrizia Poli. Tous ceux qui devaient se produire pendant le spectacle. Nous, on répétait souvent tard dans la nuit, jusqu'à 2 heures du matin parfois." "Albertville, ce fut surtout la préparation, ce temps passé à travailler pendant une semaine, observe Guy Canarelli. Car le soir de la cérémonie, une fois sur scène, tout est allé très vite."

Jean-Claude Tramoni a conservé le numéro de Kyrn qui mettait à l'honneur la présence de la Corse aux Jeux olympiques d'Albertville. - A.-F. I.
Jean-Claude Tramoni a conservé le numéro de Kyrn qui mettait à l'honneur la présence de la Corse aux Jeux olympiques d'Albertville. - A.-F. I.

Dans le stade désert qui doit s'illuminer ce 8 février, les artistes corses croisent beaucoup de monde. Patrizia Gattaceca garde en mémoire une anecdote qui en dit long sur ce que peut être la communion artistique. "Un jour, on a entendu chanter Giramondu dans les gradins. On s'étonnait que des Corses aient fait le déplacement jusqu'à venir assister aux répétitions. En fait, c'était les danseuses que l'on devait accompagner. Elles avaient tellement répété sur notre chant qu'elles le connaissaient pas cœur."

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Guy Canarelli chantait déjà depuis huit ans avec le groupe I Surghjenti quand il participa à la mémorable aventure d'Albertville. - F. Menassé/WildCorsica

Les cinq artistes savent par avance, ce 8 février 1992, qu'ils ont rendez-vous avec l'universalité, que la force d'une culture, d'un texte dont le seul titre est évocateur, ne peut laisser la Corse en marge de tout ce que les valeurs olympiques cherchent à véhiculer. "Nous faisions partie d'un spectacle grandiose, il nous fallait être dans la bonne tonalité, explique Jean-Paul Poletti qui revoit encore les images. Je m'attendais à une cérémonie extraordinaire, mais ces instants ont dépassé tout ce que je pouvais imaginer. Au-delà de la dimension esthétique, je retiens l'impact des JO. Quand je pense que quelques années auparavant, on nous interdisait la scène pour chanter notre polyphonie ! Et là, on ouvrait une porte extraordinaire sur le monde. Je ne remercierai jamais assez Patrizia Poli et Patrizia Gattaceca, qui furent les chevilles ouvrières de ce projet, de m'avoir permis de vivre ce moment qui reste un immense souvenir."

Dans le stade et devant les écrans de télévision, le public aura surtout tendu l'oreille pendant quatre minutes pour écouter ceux qui furent les seuls à chanter en direct, car le réalisateur n'aura offert qu'une image très furtive des cinq artistes sur scène. Jean-Paul Poletti s'en réjouit encore. "On était habillés comme des pingouins", s'esclaffe-t-il en évoquant les vêtements imposés par le chorégraphe en harmonie avec la thématique liée à l'histoire des sports d'hiver.

L'important était ailleurs, la magie de Giramondu avait opéré. "Nous étions des vagabonds de la polyphonie, conclut Patrizia Gattaceca, et cette polyphonie a, ce soir-là, parcouru le monde avec nous."

Novembre 2019

Sortie de "Cant'in Celli"

cantincelli

Les Commentaires (critiques) du « Cant’in Celli »
Par Michel Egea journaliste.

« Chants corses et violoncelles : la chair et la sensualité des "Cant’in Celli"

C’est un petit joyau musical que Lyrinx mettra en vente dès le 4 octobre prochain. « Cant’in Celli » consacre magnifiquement l’union des violoncelles de Moita et des voix corses. Moita, village de l’île de beauté où fut découvert, et restauré, un violoncelle « historique » appartenant à une famille du lieu. Il n’en fallait pas plus pour créer, en ces lieux éloignés des routes touristiques, un « festival » autour des violoncelles rejoints par les voix corses.
« Cant’in Celli » offre à ses auditeurs, quelques-unes des plus belles pièces données à l’occasion de la manifestation.
L’enregistrement, réalisé il y a deux ans sous les voûtes de l’église de Campi, est signé par René Gambini, le fondateur de la maison d’édition marseillaise Lyrinx. Autant dire que la qualité du son est exceptionnelle, René Gambini évitant ici tout déséquilibre soit en tombant dans l’emphase d’un chant, souvent polyphonique, trop présent ou dans l’excès de cordes.
Illustration parfaite du propos, les deux derniers couplets de « l’hymne » insulaire « Dio vi salvi regina » unissent les voix de l’excellente « Cunfraterna di a Serra » et les cordes des violoncelles de Moita en une osmose vibrante de spiritualité et d’émotion. Et les onze autres plages proposées sont de la même veine avec toute la tendresse de l’union pour ce doux bijou qu’est le « Dolci Ghjuvori », la douleur pour l’hommage « A Sergiu », le son des cordes qui coule, vivifiant, sur les voix des interprètes pour un traditionnel « Terzetti rusinchi »... Violoncelle qui, parfois solitaire, nous entraîne vers une perception superbe de sonorités qui semblent émaner d’une viole de gambe. L’esprit Marin Marais n’est pas loin. Tout au long de cet enregistrement les pièges de la réverbération sont évités et le son, d’une grande netteté, possède chair et sensualité. Des qualités qui peuvent provoquer l’addiction. Mais quel bonheur d’écouter ce « Cant’in celli » en boucle. »
M.E.

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Invitation au voyage: La Corse en chantant

Dans le centre de la Corse, l’écho de chants âpres et rugueux résonne depuis des générations. Ces polyphonies, chantées a capella par les hommes, comme la paghjella, racontent la vie dans les villages. Une vie de labeur pour les bergers et les cultivateurs de ces montagnes où s’est forgée l’identité corse. Un temps menacées, ces mélopées connaissent un second souffle porté par un sursaut identitaire.

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