En 1948 l'ethnomusicologue Félix Quilici (1909-1980) découvre à Rusiu
l'existence d'une polyphonie sacrée à trois voix pratiquée lors de
différentes messes.
Il
découvre aussi la paghjella, qui était conservée au sein de quelques
familles, dont les Bernardini. Il sillonnera la Corse pour recueillir
les vestiges de ces chants immémoriaux, et poursuivra ce travail au
début des années 60 pour le CNRS.
Cette collecte sonore qu'il présentera aux Universités d'été de Corte
restitue les paghjelle, lamenti, voceri, sirinati et nanne qui
composent la vision insulaire du monde.
Des vérités assez mal accueillies à une époque où ces chants semblaient
trop rugueux, trop orientaux, trop "arabes". En 1949, un auditeur d'une
diffusion des chants collectés par Quilici se crut sur un poste de
radio AOF, alors qu'un Ajaccien raffiné se demandera avec effroi "ce
que vont penser de nous les continentaux..."
Ces préjugés sont tenaces, puisqu'à de récentes Rencontres de Calvi, un
spectateur demandait au groupe L'Alba si sa musique
n'était pas "un peu arabe", à quoi il lui fut répondu que la Corse
était en Méditerranée et avait subi des influences multiples...
Ces enregistrements peuvent désormais être consultés pour partie au
musée de Corte, le reste à la Bibliothèque Nationale de France.
Source : France Musique
A partir de 1949, un jeune Corse parcourt son île pour y capter les musiques et chants traditionnels. Félix Quilici mène en parallèle une vie de musicien d'orchestre en tant qu'altiste à l'Orchestre national de la Radiodiffusion française (aujourd'hui Orchestre National de France).
“Le chant traditionnel corse est comme le galet roulé par les flots : sans cesse façonnée et refaçonné”. Impossible de débuter cette chronique sur la Corse autre qu’avec un chant polyphonique, une tradition qui aurait pu s’éteindre ou être moins riche qu’elle l’est aujourd’hui, sans le travail d’un certain Félix Quilici.
Né à Bastia en 1909, le jeune corse se met au violon. A 12 ans, il part seul suivre des cours au conservatoire de Paris et en ressort avec un premier prix d’alto avant de rejoindre l’Orchestre national de la Radiodiffusion française, devenu Orchestre national de France.
Après la Seconde Guerre mondiale, le musée des arts et traditions populaires lance un grand recensement des poésies orales françaises. Problème avec la Corse : les poésies y sont toutes chantées. La mission sera donc confiée à un musicien qui parle corse et connaît bien cette île : Félix Quilici.
En parallèle de son activité de musicien d’orchestre, Felix Quilici devient donc ethnomusicologue. Lors d’une première mission en 49 il parcourt une partie de l’île et enregistre femmes, hommes et enfants.
En Corse, tout est prétexte à la musique : on chante pendant les labeurs quotidien, on chante après l’apéritif, on chante pour les morts ou pour bercer un enfant, on chante des sérénades, des rondes enfantines, on improvise, beaucoup, et on organise des joutes poétiques chantées évidemment, où certains improvisateurs et certaines improvisatrices excellaient…
Emmanuelle Franc, que l'on peut entendre sur France Musique, a réalisé un film consacré aux travaux de Félix Quilici. Dans ce documentaire, elle raconte ces fameuses joutes orales improvisées appelées Chjam’è rispondi où tout peut être dit, tant que c’est chanté.
Il faudra trois missions à Félix Quilici pour capter l’essence de la musique de tradition orale en Corse et constituer des archives exceptionnelles : les premières du genre sur cette île.
Ce chant a été capté en 1962 à Tagliu. C’est une paghjella, un chant à trois voix : la basse, bassu qui représente la force, la seconda, voix qui entonne le chant et la terza, voix la plus haute qui termine l’accord.
Aujourd’hui, quand on pense à la musique traditionnelle corse, on pense aux paghjelle, inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2009. Ces chants ne représentent pourtant qu’une infime partie de toute la richesse musicale de l’île, mais une partie inestimable.
Ce dernier extrait n’a pas été capté sur le terrain, mais c’est encore l’oeuvre de Félix Quilici. A la fin des années 40, il fonde une chorale consacrée aux chants traditionnels corses. Finalement il a toujours cherché à partager et diffuser plus qu’à étudier cette musique. D’ailleurs, il ne finira jamais sa thèse et écrira dans ses notes :
“Si je n’ai pas complètement réussi dans mon travail d’analyse c’est peut-être mieux ainsi, car à vouloir pénétrer trop avant dans la recherche des éléments qui constituent quelque chose d’inexprimable, on risque de détruire ce qui en fait le charme”.
Voir le documentaire d'Emmanuelle Franc sur Félix Quilici, l'homme à l'écoute.
Découvrir et/ou se procurer les enregistrements de Félix Quilici.
Un film de Emmanuelle Franc / Coproduction France 3 Corse et Mareterraniu, Documentaire, 52 minutes, Béta Numérique, 2005
Portrait de Félix Quilici
Altiste de l’orchestre National de Radio France, dont les campagnes de cueillette des chants traditionnels corses ont fait de lui un des principaux artisans de la conservation et du maintien de ce patrimoine musical.
A regarder sur Vimeo : https://vimeo.com/27808389