I Fratelli Vincenti

Dernière mise à jour : 06/01/2024

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Qui n'a jamais fredonné U vestitu di a sposa, Sott'a u tigliolu, Dimmi Perchè, ou bien encore Chi fà, Tragulinu, A vechja Maria et bien d'autres encore ? Auteurs, compositeurs, interprètes, sous leur pseudo des «Frères Vincenti», François et Dumenicu Agostini sont une légende de la chanson corse.

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Rencontre avec Dominique Vincenti

jeudi 5 juillet 2012, par Journal de la Corse

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Comment se déroulait le travail avec François, votre frère ?

Il écrivait les textes. Je composais les musiques. Sauf rares exceptions où il était auteur-compositeur. Même si ce que je proposais n’était pas fameux, il était d’accord ! Lui, de son côté ses paroles étaient toujours bien. L’idée de le critiquer ne m’effleurait pas. A part quand il me semblait trop hermétique. D’ailleurs des remarques il n’en acceptait que de moi…

Jamais de chamailleries comme il peut en survenir dans un duo d’artistes ?

Moi, ce qui inspirait mes musiques c’était la valeur de ses textes. Je ne composais qu’après avoir lu ce qu’il avait écrit.

Lequel de vous deux a eu le premier le virus de la chanson ?

Lui, c’était logique puisqu’il était mon aîné de sept ans. Très vite il a été fasciné par Tino Rossi, qu’il imitait, copiait en chantant ses chansons. A la fin je lui ai dit d’être plus personnel. D’être lui-même dans ses interprétations. Bref, d’être naturel !

La chanson, qu’est-ce que ça représentait pour les frères Vincenti ?

Avec François la chanson c’était presqu’une nécessité. On n’a pratiquement rien fait d’autres dans notre vie ! Moi, je n’ai pas dû rester correcteur dans une imprimerie plus de quinze jours. Ça a été un peu plus longtemps pour François à la Caisse des Dépôts et Consignations. Il était très difficile avec ses textes. Il a ainsi mis six mois à écrire « U traguglinu » et encore du temps et du temps pour trouver une fin qui le satisfasse. Il était très exigeant et soignait beaucoup les chutes.

Existe-il des sujets que vous n’avez pas pu aborder ?

Notre grand-père maternel, « traguglinu », nous a inspiré notre chanson éponyme. Mais du vécu de notre grand-père paternel, cordonnier-bottier, on ne pouvait parler, parce que garçon à tout faire chez des paysans son enfance et son adolescence avaient été trop galère, trop douloureuse…

Les thèmes de vos chansons venaient de votre environnement ?

On traitait de sujets qu’on connaissait : le vieil homme qui faisait danser les couples dans les bals ; l’habitant vivant solitaire dans son village abandonné ; l’affaire du partage entre héritiers ; les nécessiteux si proches de nous avec nos pèlerines et nos galoches qui nous faisait honte.

La première grande satisfaction de votre carrière ?

Un festival de la chanson corse à l’Olympia, en 1963. On a fait un tel tabac que les organisateurs ont dû inventer sur le champ pour nous un deuxième prix, pas du tout prévu ! Cette récompense nous a ouvert des portes de studios.

Votre plus grosse déception ?

Il y en a eu tellement ! La disparition subite de Jacques Larue, immense auteur de tubes en 1958, qui est mort brutalement alors qu’on devait le rappeler dans l’heure. Il avait dit être très intéressé par notre travail.

Les impératifs pour réussir une bonne interprétation ?

Croire à ce que l’on chante, ce qui ne signifie pas qu’on ait personnellement vécue l’histoire racontée. Savoir respecter la ponctuation ce qui est indispensable à la justesse du ressenti.

Quel enseignement avez-vous tiré de votre expérience du cabaret ?

Dans notre métier c’est la meilleure des écoles. C’est là qu’on apprend à saisir les attentes du public, à capter son attention, à s’exprimer au moment propice.

Dans quelles circonstances avez-vous décidé d’écrire des textes en corse ?

On est resté cinquante ans à Paris. On a commencé à écrire en français. Mais là-bas les Corses ne sont pas trop aimés ! Certes on a gardé de bons souvenirs de la ville… pas des Parisiens. La langue corse on l’a choisi quand Cannetti, personnage important des variétés françaises, a voulu nous faire faire du yéyé !

Propos recueillis par M.A-P

13/07/2012

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18 novembre 2014 : Dominique Vincenti au Nutiziale de Telepaese : http://www.telepaese.tv/Nutiziale/

06/01/2024

Dominique Agostini, cadet des Frères Vincenti, est mort cette nuit à Palasca

Par Jean-François Pacelli jfpacelli@corsematin.com

Publié le 04/01/24

François Agostini, à gauche, et son frère Dominique, composaient le duo I Fratelli Vincenti.
François Agostini, à gauche, et son frère Dominique, composaient le duo I Fratelli Vincenti. Gilbert Guizol

Santa Reparata di Balagna - Santa Riparata di Balagna

Légende du chant corse avec son frère François, disparu lui aussi, Dominique Vincenti, de son vrai nom Agostini, s'en est allé. Il laisse un héritage colossal. 

Dans le hameau d'Alzia, sur les hauteurs de Santa-Reparata-di-Balagna, la casa antica di paese a fermé ses volets pour l'éternité. La Balagne a perdu hier l'un de ces plus illustres représentants. Avec lui, c'est tout le monde de la culture et de la chanson corse qui est en deuil. Dominique Agostini, cadet du célèbre duo I Fratelli Vincenti, s'est éteint hier à l'âge de 90 ans. Il était né le 14 novembre 1933 dans le 14e arrondissement de Paris. Il rejoint à l'altru mondu son frère François, de 7 ans son aîné, disparu au printemps 2011.

C'est sa plus jeune fille, Anne-Marie Agostini-Orticoni, qui a annoncé la nouvelle par un message publié en langue corse sur les réseaux sociaux. Un message commenté et partagé à de nombreuses reprises, signe de l'attachement des insulaires à cette figure emblématique du chant corse moderne. "Depuis quelques années, papa avait des problèmes de mémoire, précise sa fille Anne-Marie, jointe par téléphone. Il vivait avec nous à L'Osari, dans la plaine de Palasca. C'est entouré des siens qu'il s'est éteint paisiblement dans la nuit de mercredi à jeudi. Il était heureux et, même dans sa maladie, il aimait la fête, les grandes tablées, le partage, recevoir des gens à la maison. Il se souvenait tout particulièrement du visage de son frère, et de leurs guitares. Jusqu'au décès de François, les deux frères ne se sont jamais quittés. Il y avait entre eux une sorte de gémellité. Ils laissent derrière eux les chansons de tout un peuple. Aux nouvelles générations de les faire vivre."

200 chansons

Passionnés par la musique, la langue corse et leur village de Santa-Reparata di Balagna, c'est d'abord depuis la capitale, et ce 14e arrondissement qu'ils habitaient, que les frères François et Dominique Agostini se font fait connaître. Très vite, ils ont pris le nom de scène I Fratelli Vincenti, en hommage à leur père prénommé Vincent.

François a écrit ses premiers textes en français, tandis que Dominique accordait sa guitare sur des rythmes gitans et manouches. Compagnons de routes depuis ces années-là, le chanteur Antoine Ciosi se souvient de leur rencontre. "J'étais militaire à Paris, en 1954, lorsqu'un ami de Santa-Reparata m'a amené chez eux, à Malakoff, mais je ne les connaissais pas. Ils ont joué, on a chanté, on est vite devenus des amis. Mais je les ai surtout côtoyés plus tard, lorsqu'ils avaient leur cabaret à Algajola.
J'habitais juste à côté, à la marine de Davia, alors j'y allais souvent. C'était des hommes plaisants, respectueux, dotés de nombreuses qualités humaines et d'un immense talent. Leurs chansons resteront gravées dans la mémoire collective pour toujours, car elles traversent le temps sans vieillir et nous transportent toujours autant. Le chant corse, ils ont été les premiers à y croire, lorsqu'il disparaissait dans les années 1950. Félix Quilici avait allumé la mèche, et ils lui ont emboîté le pas jusqu'à aujourd'hui. Il y avait 20 000 personnes au dernier concert corse, à la Défense Arena, en octobre dernier."

François le poète, Dominique le musicien et interprète. En 1979, le duo quitte définitivement la capitale et s'installe au village. Les années 1980 et 1990 seront celles du cabaret Les trois guitares, à Algajola. Chants corses et musiques du monde s'y sont côtoyés tous les soirs, ou presque, durant deux décennies.

"C'était des Brassens, des Léo Ferré"

Le maire de Santa-Reparata, Marcel Torracinta ne cache pas l'admiration qu'il avait pour ses voisins d'Alzia. "Lorsqu'on jouait de la guitare dans les rues du village, adolescents, François et Domi s'arrêtaient parfois pour nous écouter et nous montrer des accords, se souvient-il. Quelques années plus tard, Dominique m'a téléphoné pour me proposer de jouer avec eux, au cabaret. C'était un peu comme si Brassens me proposait l'Olympia. J'étais instituteur à l'époque et j'ai travaillé sept ou huit saisons avec eux, de juin à septembre, en tant que guitariste. Ce fut l'école du beau, de l'intelligence musicale. J'ai très rarement vu un guitariste jouer avec la finesse de Dominique Agostini, même à l'international. C'était remarquable. Ils ont tracé un sillon qui a inspiré des générations de Balanins et de Corses. Ils n'ont finalement jamais eu le rayonnement qu'ils méritaient vraiment, même si les amateurs de musique et de langue corse les reconnaissent comme des Brassens ou des Ferré. Les Frères Vincenti étaient des icônes, des sources d'inspiration, autant dans la musique que dans la manière d'être. Aujourd'hui, Santa Reparata est en deuil."

Au-dessus du cabaret des Fratelli Vincenti, aujourd'hui détruit, se trouvait la menuiserie d'Adrien Massiani. Sa fille Francine les a beaucoup côtoyés, jusqu'à faire sa première scène aux côtés de Dominique, en avant-première d'I Muvrini, sur la place de Lisula. "Le matin, lorsque mon père ouvrait la menuiserie, les Frères Vincenti fermaient le cabaret, s'amuse la chanteuse et animatrice télé. Ils étaient très amis avec mon père et m'ont beaucoup inspirée dans la voie que j'ai empruntée par la suite. Tous ceux qui les ont connus et accompagnés en sont sortis grandis. Ce qui me frappe encore aujourd'hui, c'est leur humilité à toute épreuve. Moi aussi, j'ai beaucoup chanté leurs textes, inspiré du village de Santa Reparata. Le tragulinu, c'était leur grand-père, Dormi nant'à carrega, c'était pour leur grand-mère. La Morte di a sumera, U vestitu di a sposa, ce sont des histoires vraies, encore connues au village. Ils laissent un héritage énorme de plus de 200 chansons."

En 2020, après l'explosion à Beyrouth au Liban, leur titre A L'altru Mondu a été repris par Pascale Ojeil et Charles Eid en hommage aux victimes.

Des textes comme Chi fà ou Dimmi perchè ont été mis à l'honneur sur les albums de Corsu Mezu Mezu. Antoine Ciosi leur doit aussi une large partie de son répertoire. Les Fratelli Vincenti sont partis, leur œuvre est immortelle.

Conformément à ses dernières volontés, Dominique Agostini sera incinéré au crématorium l'Ondina de Bastia ce mardi 9 janvier à 14 heures. Entre-temps, la famille reçoit les condoléances à son domicile de L'Osari, à Palasca. Pour sa part, François Agostini repose au cimetière de Santa-Reparata.

 

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