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Pierre Gambini est musicien, auteur compositeur interprète. Depuis plus de quinze ans il cherche à créer un univers contrasté et hybride entre tradition et modernité. Il propose une musique vivante, électro-pop, aux textes écrits en corse dont la force poétique et humaniste vise à dépeindre la société contemporaine. Une réflexion permanente qui fait vivre la Corse, sa langue et sa culture loin de l’image folklorique qui lui est souvent attachée. L’artiste a développé un style musical singulier. Ses compositions arpentent les chemins d’une musique rock alternative, tout en puisant dans ses racines. Son univers joue autant sur un registre émotionnel que vindicatif, c’est finalement un artiste engagé qui distille de sa voix et de son imaginaire, sa vision du monde. Il écrit ses textes dans une langue corse poétique,contemporaine, imagée.
Son exploration artistique commence, dans les années 1990, avec le groupe Isula qui affiche une volonté manifeste de proposer une scène alternative au répertoire plus traditionnel insulaire. Puis en 2000 il fonde I Cantelli, véritable groupe de « rock corse », avec lequel il enregistrera deux albums (Cantelli 2001, Cunniscenza di u corpu umanu 2005) avec des titres très remarqués comme Houdini, et Biancu scuru. Avec I Cantelli, Pierre Gambini bouleverse les codes musicaux insulaires en employant la langue corse dans un style pop rock.
À partir de 2007 Pierre Gambini continue seul son parcours. Quelques années de recherche et d’écriture donneront le très engagé et puissant album Albe Sistematiche coproduit par François-Eudes Chanfrault, créateur de musiques électroniques. Outre ses compositions personnelles on y retrouve également des chants séculaires dont il actualise les arrangements. Rythmes électroniques, pop, balades acoustiques, voix tendre et haute, font de cet album une véritable illustration du côté sombre et lumineux de la société dans laquelle évolue cet artiste. Une critique « d’un monde qui perd ses repères, ses émotions et repousse sans cesse la notion de tolérance » mais d’où résonne un message d’espoir, un désir de « se réveiller et d’avancer ». Une œuvre noire, agressive par moments, et lucide. En 2012, il est sélectionné avec cet album, pour le printemps de Bourges.
La capacité de Pierre Gambini à créer une musique envoûtante a également interpellé ces dernières années les réalisateurs de film, de série ou de documentaire. En 2006, il signe sa première bande originale en collaboration avec Bruno Coulais pour le film Sempre Vivu de Robin Renucci. Puis en 2011 et 2014, Pierre Leccia réalisateur de la série Mafiosa, diffusée sur Canal +, fait appel à lui pour la musique des saisons 4 et 5. Pendant plusieurs semaines la bande originale est classée numéro un des ventes sur iTunes et le générique vu plus de 500 000 fois sur internet. En 2012, le compositeur est également sollicité pour la musique d'une série de documentaires, Corse, beauté sauvage, réalisés par Jean Froment et diffusée sur Arte.
C’est également lors de ses concerts que Pierre Gambini peut transporter son public dans son univers. Dès qu’il en a l’occasion, il invite des artistes à l'accompagner sur scène (danseurs, instrumentistes, chanteurs, vidéastes). En 2015, il se produit lors d’une performance, appelée « soundsistemi », durant laquelle vidéos de paysages corses et musique de l’artiste sont diffusées de manière improvisée par le biais d’un monome.
Son prochain album « Burghesi » est attendu pour la fin de l’année 2015.

Des extraits ici : http://pierregambini.bandcamp.com/album/un-omu-ordinariu
Pour mieux cerner la démarche artistique de Pierre Gambini, un coup d'œil dans le rétroviseur peut s'avérer utile. Dès les années quatre-vingt-dix, le chanteur s'illustre au sein de 'Isula'. Une formation, regorgeant de jeunes talents, qui exprime une volonté manifeste de s'affranchir du riacquistu et surtout de proposer une alternative à la scène insulaire de l'époque. Après ces débuts tonitruants, l'auteur-compositeur fonde I Cantelli, histoire de passer le seuil du troisième millénaire en format rock in lingua nustrale. Une manière également de s'affirmer dans un style contemporain, insolent et décomplexé, avec des titres aussi essentiels que « Houdini », « Biancu scuru » ou « Libera me », pour ne citer que ceux-là.
Des années de recherche
Puis vient le temps des errances en solitaire jalonnées de rencontres salvatrices et de créations qui pourraient être inscrites au patrimoine immatériel de l'île puisque n'ayant malheureusement pas connu de parution dans les bacs. Seule une session acoustique, régulièrement diffusée sur la chaîne Via Stella et disponible en audio sur le site Internet de Gambini, laisse une trace de ces perles rares.
Des années de recherches sonores et d'écriture pour le théâtre, la télévision ou encore le cinéma (« Sempre Vivu » de Robin Renucci en collaboration avec Bruno Coulais), ont donc été nécessaires avant d'assister à la naissance de 'Albe Sistematiche'. Premier enregistrement solo du chanteur à voir le jour en support physique. Avec ce nouvel opus, l'interprète entraîne la chanson corse vers des rivages jamais atteints jusqu'ici. Il réussit avant tout son crossover musical en transportant l'auditeur dans le monde des machines, boîtes à rythmes et synthétiseurs avec un humanisme frémissant.
L'exercice de style pouvait sembler périlleux, mais ce grand mélancolique a judicieusement confié ses compositions entre des mains expertes : « L'utilisation de l'électronique n'est pas une mince affaire pour exprimer des sentiments et faire passer des messages. Poser la langue corse sur des morceaux électro n'a pas été simple mais j'ai eu la chance de rencontrer François-Eudes Chanfrault qui est compositeur de musique de film. J'appréciais son travail et sa capacité à rendre la musique vivante avec des synthés. Il a donc pris la direction artistique et amené son savoir-faire pour les arrangements. Je pense qu'il a apporté énormément de nuance, de résonance à ce disque. Le résultat me convient car il est très contemporain sans pour autant céder aux sirènes d'un son nordique », explique l'interprète qui s'avoue également soulagé de l'aboutissement d'un tel projet après trois années de réflexion : « Cet album me permet de sortir d'une période un peu difficile. L'existence d'un artiste passe par des étapes ou il se cherche et ou il arbore parfois même des attitudes paradoxales. J'aime le paradoxe mais ma posture consiste à être l'intermédiaire de ce que je vois, ce que je vis, ce que je ressens. L'idée essentielle était de parler dans notre langue de nos propres valeurs qui sont de plus en plus malmenées. »
Une œuvre agressive et lucide
A l'écoute de cette « aube perpétuelle », la critique de la société de consommation, bien qu'en filigrane, est récurrente. Le Cortenais s'insurge contre « un monde qui perd ses repères, ses émotions et repousse sans cesse la notion de tolérance ». Une œuvre noire, agressive par moments, mais lucide.
Sur cet « Albe Sistematiche », le soleil se lève sur un air enjoué « un omu ordinariu », puis électrisant « 7 illusionni », avant de se baigner dans une ambiance plus folk « A léa » ou « altru mondu. » Au premier abord, l'environnement semble assez sombre mais la lueur d'espoir n'est jamais loin et la mélodie subtile avec Gambini pour qui « la musique est là pour représenter le côté obscur. En l'occurrence, j'éprouvais le désir de m'exprimer avec des machines en arrière-plan. »
Avec lui, « le bonheur d'être triste » comme l'écrivait Victor Hugo, se décline en « un sentiment perpétuel de vouloir se réveiller et avancer. Un désir d'éveil et de lumière. Un voyage interne, une introspection qui fait appel à la mélancolie. En fait, c'est l'albe sistematiche. »
Sur scène, même entouré de deux claviers (Thomas Gabriel et Olivier Karol) chipés à Mister pop, l'esprit rock l'emporte avec le guitar hero Gambini. Ce qui ne l'empêche pas d'assumer les influences des Belges de « Deus », des Berlinois de « Notwist » ou encore des Anglais de « Dépêche Mode », imposées par son nouveau complice et producteur François-Eudes Chanfrault. Mais quel que soit le style, cet inconditionnel de « The Cure » reste fidèle à lui-même et offre des prestations d'une sincérité désarmante comme par exemple sur « L'amanti » ou encore « Lavinia ». Sans jamais délaisser sa guitare, le chanteur pose sa voix avec tout autant d'assurance sur de l'électro pure que sur des ballades acoustiques teintées de nappes de synthés. La fréquentation de l'accordéoniste Nano, compagnon de route depuis plus de quatre ans, lui a, de toute évidence permit de se transcender vocalement. « Nano m'a poussé vers l'improvisation. À son contact, j'ai pu approfondir le travail sur la langue que j'avais commencé au sein de « Isula » à mes débuts. Nano et Chanfrault sont deux personnes très différentes avec lesquelles je partage énormément de centres d'intérêts et qui m'ont beaucoup apporté » insiste Gambini, qui a pris l'habitude d'entonner l'hymne disco « Heart of glass » de Blondie pendant ses concerts. Simple Clin d'œil de l'artiste à la vie nocturne ou velléité de quitter l'underground ?
Le challenge de Mafiosa
Quoi qu'il en soit, « Albe Sistematiche » n'était donc qu'une première approche du monde de l'électro. Une mise en bouche avant Mafiosa 4, puisque Canal + a fait appel à ses services pour l'enregistrement de la prochaine bande son de sa série phare.
Une occasion inespérée de se hisser à l'échelle nationale comme l'explique le chanteur : « J'ai beaucoup de chance car je ne suis pas allé taper à leur porte. C'est Nicole Collet, la productrice de ce téléfilm qui a contacté la radio Frequenza Mora. Elle était à la recherche d'un environnement musical autre que celui de la polyphonie ou du traditionnel. Apparemment mon nouvel album lui a plu, et elle a donc décidé, en accord avec le réalisateur Pierre Leccia, de me confier cette mission. De mon côté, j'ai rappelé François-Eudes Chanfrault pour poursuivre le travail initié. C'est un vrai challenge de créer une atmosphère sonore qui colle à notre patrimoine. Par ailleurs, quelques titres de 'Albe Sistematiche' devraient aussi être diffusés pendant la série. » Ce contrat décroché avec « Mafiosa » offre de belles perspectives au Cortenais qui voit ainsi ses efforts récompensés : « C'est une opportunité de pouvoir toucher un public plus large que je n'aurais pas pu atteindre seul. C'est appréciable et évidemment flatteur », ajoute Gambini qui répond sans ambiguïté à ceux qui l'imaginent capable de succomber à la facilité d'une musique « grand public » voire conventionnelle pour un feuilleton programmé en prime-time : « Musicalement, je suis sensible à la sincérité, l'honnêteté. Je n'aime pas les morceaux consensuels qui sonnent creux. J'ai conscience que mes réalisations ne touchent pas tout le monde mais plutôt des auditeurs ciblés, et c'est tant mieux. Je ne cherche pas à plaire à tout prix. Les gens qui pensent encore que la musique n'est qu'un simple divertissement se trompent », conclut l'homme, qui affiche davantage de sérénité quant à son avenir et qui compte bien aller au bout de son exploration de l'univers électro pop. Assurément, Pierre Gambini est bien parti pour écrire quelques-unes des plus belles pages de la chanson corse actuelle.

Burghesi est un projet que je façonne depuis trois ans, c'est un album conceptuel. Sa structure narrative est clairement inspirée des albums cultes du rock progressif (Pink Floyd, the Who...).
L'album raconte une histoire à part entière. Même si vous pouvez écouter les titres séparément les uns des autres, ceux-ci font partie d'un tout, ils sont issus du même environnement, d'un nouveau "bourg" : internet.
J'ai composé cet album derrière mon ordinateur en naviguant sur les réseaux sociaux en captant et en mélangeant différentes histoires qui m'ont interpellées. Je me suis imposé d'être en retrait, de ne pas trop échanger avec les utilisateurs des réseaux et de me comporter en observateur, pour ne pas me laisser aller à des émotions inutiles comme la rancœur, la haine, la rage : des mauvais sentiments qui peuvent être susciter par Facebook, entre autre. Cette partie de la toile est particulièrement riche en émotion, elle devient un exutoire et très souvent un déversoir de haine, tout en donnant l'illusion à tout un chacun d'avoir un espace de liberté et de faire partie d'une démocratie. Paradoxalement, elle procure du plaisir aux utilisateurs. Globalement, notre incapacité à nous connecter à la part d'humanité que nous possédons tous, est récurrente, j'en ai fait le fil conducteur de l'album, même si les esthétiques musicales varient, l'émotion qui traverse chaque chanson puise dans les sentiments du désarroi et de la désillusion qui animent notre époque contemporaine.
Burghesi compile des sonorités issues d'instruments vintage des années 80 et d'instruments électroniques plus récents. La nécessité de faire sonner l'album d'une façon "années 80" tout en restant moderne vient contrebalancer l'émotion globale contemporaine du projet.
Sortie le 15 décembre 2016

Lien vers extrait vidéo
Sur la scène de l'Alb'Oru, à Bastia, Pierre Gambini, entouré de Jean Castelli à la basse, Nico Torracinta à la guitare, et Dimitri Pinet derrière la batterie, Pierre Gambini se livre aux derniers ajustements avant la représentation de A Legenda, prévue samedi 7 mars.
Au-dessus d'eux, plusieurs écrans verticaux offrent la vision éclatée d'une ville qui évoque à la fois les cités antiques et les mégalopoles futuristes. C'est le décor de A Legenda, le spectacle créé par Pierre Gambini et qui sera présenté pour la première fois au public ce week-end, avant de partir sur les routes insulaires au cours des prochains mois.

Pas de nouvel album pour soutenir ce spectacle. L'ancien membre d'I Cantelli, qui s'est mille fois réinventé au cours des vingt-cinq dernières années, et dont la reconnaissance a définitivement franchi les rives de la Corse avec la musique qu'il a composée pour Mafiosa et pour Plaine Orientale, a voulu faire d'A Legenda un "conte musical fantastique", entre Terry Gilliam et Orwell, que ses fans, et les autres, découvriront sur scène.
Nous l'avons rencontré, entre deux répétitions, afin d'en savoir plus.
Entretien
Comment est né A Legenda ?
Pierre Gambini : C'est un projet que je porte en moi depuis des décennies, et que je jouais déjà au bar avec des amis, avant même I Cantelli. J'avais déjà une idée précise de l'histoire, et des personnages, et puis quelques chansons... Et puis le temps a passé, avant que je m'en empare de nouveau, pour que tout cela aboutisse enfin à quelque chose.
Quel a été le déclic ?
Peut-être l'intelligence artificielle, qui m'a permis de concrétiser, d'une certaine manière, l'univers que j'avais en tête depuis longtemps, et de lui donner vie en images, sur les écrans qui seront sur scène. C'était désormais à portée de budget, de satisfaire l'ambition folle que ce projet avait nourri en moi !
Sans trop en dévoiler, pouvez-vous nous en dire plus sur l'histoire ?
Le principal personnage est Tipi Lotincor, qui nous raconte son histoire. Il vie à Cillavita, une ville où la violence et la guerre ont disparu. Mais c'est loin d'être un monde utopique. Au sein d'une société totalement inhibée, où les émotions sont annihilées, le quotidien est anxiogène et étouffant, au gré d'une routine presqu'absurde. Tipi va rencontrer une personne qui va lui faire ressentir des émotions qu'il ne connaissait pas, et cela va tout remettre en cause.
D'après ce qu'on a entendu, A Legenda couvre un spectre musical très large...
Le personnage se livre, comme il le ferait dans un conte traditionnel, et cela me permet d'illustrer son histoire avec une musique très cinématique. Je peux explorer des genres très différents, du rock à l'électro ou au trip hop, en passant par la ballade folk, en fonction des émotions des personnages et de ce qu'ils sont en train de vivre.
Et ce récit se fait en langue corse.
C'était une évidence ? La langue corse est présente dans mes créations depuis l'origine. Et dans A legenda, elle est un des éléments qui donnent une couleur si particulière au projet. Ces chansons, en français, n'existeraient pas de cette manière-là, et c'est pareil en anglais. Elle a une importance majeure dans mon travail, en terme de sonorité, de poésie... Mais elle n'a pas valeur revendicatrice ou politique, je me suis débarrassé de toute forme de dogme depuis longtemps, en la matière. C'est avant tout un territoire de création pur, qui me permet de raconter une histoire universelle.
Comment va vivre A legenda, ensuite ?
Je ne pense pas qu'il y aura un disque. Le monde de la musique a été bouleversé, au cours des dernières années... Sur les plateformes, la vie d'une œuvre est liée à la capacité de l'artiste à être un bon marketeur, et puis cela demande une énergie folle, et de l'argent. Ca ne m'intéresse pas tant que cela. Pour ma part, j'essaie de développer ma production de manière plus originale. Après les dates prévues cette année, j'ai pour idée de jouer A legenda sur scène au moins une fois tous les ans, jusqu'à la fin de ma vie ! Pour que cela devienne un rendez-vous, un petit événement de plus dans le paysage culturel insulaire, qui nous donnera l'opportunité de nous retrouver pour boire des coups et partager notre passion pour la fiction.
A legenda en 2026 :
7 mars : L'alb'Oru, Bastia
19 mars : Centre culturel universitaire de Corte
28 mars : Calvi, salle Calvi-Balagne
17 avril : Porto-Vecchio, salle rouge
24 avril : Ajaccio, l'Empire
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