Paesi è pievi

Sartè (Sartène)
Dernière mise à jour : 08/12/2015

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La branche maternelle de notre famille étant originaire de Sartène, je me devais de commencer cette rubrique par "la plus corse des villes corses", selon Mérimée.

Sartène (Sartè)

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La commune de Sartène, sous-préfecture, chef-lieu d'arrondissement et "Ville d'art et d'histoire" est la plus grande commune de Corse et l'une des plus vastes de France, puisqu'elle s'étend sur 20 000 hectares, entre Rizzanese et Ortolo.

De très nombreux vestiges attestent de l'occupation humaine préhistorique du Sartenais. En plusieurs endroits du territoire de la commune, on a découvert des menhirs et dolmens : au nord de la ville, les deux menhirs U Frate e a Sora proche du Rizzanese et du pont génois Spin'a cavallu ; au sud-est en direction de Tizzano, de nombreux menhirs dont l'alignement de Paddaghju ; au sud, sur le site de Cauria, le dolmen de Fontanaccia, l'alignement d'I Stantari et celui de Rinaghju.
Sartène, d'abord pieve pisane, fut fondée par les Génois en 1507, après l'élimination de Rinuccio della Rocca. Son nom proviendrait d'un lieu-dit local et aurait la même origine lointaine (peut-être étrusque) que "Sardaigne". Le premier noyau de peuplement fut le quartier bâti sur l'éperon rocheux d'u Pitraghju.

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Au temps de Sampieru, Sartène, dirigée par les "sgii", resta fidèle à Gênes. Les sampieristes s'en emparèrent en 1565. Redevenue génoise, elle résista aux rebelles des révolutions du XVIIIe siècle.

Dans les années 1550-1552, Gênes fit construire des remparts. A cette époque, l'entrée de la ville se faisait sous la loggia, ce qui a donné son nom à la place Porta. Ce sont les expéditions du Turc Dragut qui poussèrent les Génois à construire une cité fortifiée où pourraient se réunir tous les habitants des hameaux environnants. Malgré la victoire de Lépante (1571), les raids barbaresques connaissent une recrudescence. Le réseau des tours littorales chargées d'alerter les populations de l'intérieur est loin d'être achevé. Les fortifications de Sartène n'arrêtent pas les Barbaresques d'Hassan Veneziano qui en mai 1583, emmenèrent les deux tiers de la population (soit environ 400 personnes) en esclavage. La ville fut repeuplée par les paysans des villages environnants.

A partir de 1630, un nouveau bourg ("u Borgu") fut construit hors des murailles pour loger les journaliers qui travaillaient dans les grandes propriétés foncières. Giafferi conquit la ville en 1732 après avoir battu le corps expéditionnaire autrichien.
A l'époque de Pascal Paoli, les notables interdirent la région au généralissime (Consulte d'Istria - 1758), avant d'accepter finalement son autorité en 1763.

L'histoire de Sartène fut toujours agitée : luttes des paysans de la montagne contre les gros propriétaires terriens, luttes au XIXe siècle entre les habitants des quartiers du Borgu (taravais d'origine) et ceux de Sant'Anna (Sartenais de souche), vendetta entre les Roccasera et les familles Ortoli et Pietri...

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Sartè depuis St Damien

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Après la période sanglante et troublée du premier tiers du XIXe siècle, Sartène et sa région connnaîssent une série de transformations décisives : désenclavement routier et maritime, forte croissance agricole. Dans l'entre-deux-guerres, la population urbaine connaît un rapide renouvellement. Alors que l'exode rural prend de l'importance, de nombreuses familles paysannes s'établissent en ville, et une classe moyenne de petits commerçants, d'employés et d'enseignants se développe.

Les relations sociales dans l'île n'ont jamais présenté les inégalités constatées en Sicile ou même en Sardaigne, la nature montagneuse ne permettant guère les propriétés latifundiaires et les grandes fortunes agricoles. Pourtant, à Sartène, les rapports sociaux gardèrent longtemps un aspect très inégalitaire. On s'adressait aux « sgiò » la casquette à la main et le regard baissé. Ce qui explique sans doute la vigueur des affrontements politiques, avec la lutte des ouvriers agricoles contre les sgiò, et un fort ancrage à gauche de la ville. Sartène, au coeur de la terre des Seigneurs, fut le berceau de Pierre-Marie et Joseph Pietri, tous deux préfets de police sous le Second Empire, de Nicolas Pietri et de François Pietri, ministre de la Marine dans l'entre-deux guerres.

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Elections municipales à Sartène

Aux vieilles allégeances claniques se superposent dans les années 20 des engagements idéologiques nettement affirmés. Une première section de la SFIO est créée en 1926. Le Parti communiste se renforce dans les années trente. Le débat politique est très rude pendant le Front Populaire, avec des grèves d'ouvriers agricoles dans l'Ortolo.

C'est ainsi que Sartène, vieux bastion de traditions nobiliaires, deviendra une "ville rouge" dans un arrondissement rural marqué à droite, et qu'à la Libération, c'est un socialiste, mon grand-oncle Jacques Bianchini, qui en fut le député. La mairie fut jusqu'à ces dernières années, qui virent M. Gori battre Dominique Bucchini, un fief de la gauche, socialiste puis communiste.

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Bâtie à 300 m d'altitude, Sartène domine la vallée du Rizzanese de ses hautes maisons de granit gris. A partir du vieux quartier de Manighedda, la ville s'est agrandie vers Sant'Anna, le Borgu et Pacialedda.

On entre à Sartène par le pont de la Scalella, au pied de la vieille ville, construite sur d'énormes blocs rocheux (u Pitraghju). Au XVIe siècle les Génois construisent des murailles autour de la vieille ville. Il en subsiste l'échauguette ainsi que le Palais des Gouverneurs, l'actuelle mairie. A la base de cet édifice les Génois aménagèrent une entrée voûtée, sans doute dotée d'un pont-levis, qui commandait l'accès à la citadelle. Au-dessus de cette voûte figure le blason de la ville (une tour crénelée, cernée de deux mouflons et surmontée de la tête de maure, le tout en argent). Le centre de la ville est la Place de la Libération (plus couramment désignée par son ancien nom de Place Porta). Ombragée de palmiers et d'ormes, c'est le lieu de rencontre des Sartenais. L'église Ste-Marie renferme quelques trésors : une statue en marbre de la Vierge et l'Enfant datant du XVIe siècle, une Annonciation du XVIIe siècle et une Mater Dolorosa encadrant le maître-autel en marbre polychrome du XVIIe siècle. La croix et les chaînes exposées sont celles portées par le pénitent du Catenacciu le soir du Vendredi Saint.
En passant sous la voûte de l'hôtel de ville, on pénètre dans le quartier de Manichedda, par la place du Maggiu, avec en face la rue des Frères Bartoli, et à gauche la rue Caramama. La place "Maggiore" était au Moyen-Âge la place principale de Sartène. En descendant, on accède à l'échauguette ("a Vardiola") du XVIe siècle, vestige des murailles qui enserraient la ville.

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Piazza Porta

Face à la place Porta, le cours Bonaparte traverse le quartier de Pacialedda (sur la gauche, on remarque la très belle maison de la famille de Rocca Serra, avant d'arriver à l'énorme rocher dit "U Cantone di Francia", d'où partent la route de Granace (à droite) et celle de Tallano et Aullène, qui rejoint le Rizzanese après le hameau de a Castagna.

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A Manighedda

La rue principale - Cours Général de Gaulle, anciennement Sant'Anna avant la Place Porta, Cours Soeur Amélie au-delà - aboutit à un rond-point où s'embranchent, à gauche la route de Foce, à droite, le cours St Damien (rue Jean Nicoli), belle promenade ombragée ménageant une belle vue sur Sartène avant d'atteindre le couvent St Côme et St Damien qui surplombe la vallée. Au-delà, peu avant Bocca Albitrina, le cimetière s'étage à flanc de colline. C'est pour moi un lieu émouvant, car mon grand oncle Jacques Antoine Bianchini (1901-1988), son épouse et sa fille, y reposent, ainsi que mes arrière grand-parents Jean Bianchini "detto Biondo" (1877-1929) et Marie-Louise Tafanelli (1874-1930) .
La petite route de Mola offre également de belles vues sur la ville et le golfe de Valinco.
Sur le boulevard Jacques Nicolai menant au Lycée et à Foce se trouve le récent Musée de Préhistoire et d'Archéologie Corse.


plan

"Cità altera, cità maiò, arritta è fiera, cità di i sgiò
Fatta par sparta, fatta par dà, campà sempri in cumunità
A li to peda, lu Rizzanesi, fiumu sacratu di i Sartinesi,
Si scola lindu in la piana, da u Tallanesu sin'à Prupià
Stendi u so sguardu, sin'à a muntagna, quassù li forchi, duva và l'altagna
Zonza, Bavedda è Surbuddà sò li paesi ch'edda vedi in dà.
"

"SARTÈ", Antonu Marielli

Sartène, naissance et métamorphose d'une ville

Par: Véronique Emmanuelli
Publié le: 07 septembre 2021
Dans: Corse Matin (Culture - Loisirs / Histoire / Patrimoine)

La place Porta.
La place Porta.
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Selon Antoine Marie Graziani, professeur des Universités, université de Corse, l'histoire commence du côté de la piève de Sartène et des onze villages qui la composent. Et, les rebondissements seront nombreux. Une saga inédite, captivante, au rythme des Sartenais d'autrefois

Entre l'histoire de la Corse en général et celle de ses villes en particulier, le rapport est étroit mais souvent relégué au second plan. « Dans les livres des historiens, jusqu'à une époque récente, l'histoire des cités insulaires ne prenait que quelques lignes  », observe Antoine Marie Graziani, professeur des universités, université de Corse.

Et, selon lui, cette représentation tronquée, simplifiée à l'extrême et sans nuance, constituait un point sensible de la connaissance. Car, à travers les siècles, les trajectoires urbaines dressent des décors, positionnent des acteurs, fixent des enjeux et interrogent à bien des égards. Et pour, compléter le tableau, « les cités insulaires dominaient nettement l'espace qui les environnait  », estime-t-il. Ces considérations ont pris tout leur sens à travers des ouvrages tels que « Naissance d'une cité, Porto-Vecchio », « La citadelle d'Ajaccio », « l'Ajaccio des Bonaparte ».

Sartène, vue générale. - doc AP
Sartène, vue générale. doc AP

Désormais, elles ont mené l'historien plus au sud dans la Rocca. Le format est celui de « Naissance d'une cité, Sartène. Maîtriser son territoire ». Et, c'est la « pieve de Sartène » avec ses onze villages qui ouvre une première phase.

Le système mis en place ne résiste pas aux razzias incessantes des Turcs. En 1549, survient l'attaque turque de trop contre Casa Corbulaccia. Elle servira de tremplin à la création de la ville. C'est le gouverneur Paolo Gieronimo Fieschi qui prend le problème à bras-le-corps. Sa démarche est conforme aux aspirations d'une population sur la défensive.

Croissance démographique

Dans la foulée, l'architecte et constructeur Simone Carlone qui est d'ores et déjà intervenu à Porto-Vecchio et à Bonifacio est chargé « d'élever des fortifications et d'organiser les lieux  ». Le cahier des charges est à la fois bref et tributaire des vicissitudes de la période. Le « Poggio de lo Solaro  » cristallise les regards.

Bientôt, tout un petit monde de bâtisseurs s'affaire autour de ses maisons. C'est ce village qu'on a décidé de ceindre de murs pour qu'il accueille « tous les habitants éparpillés en différents points de la pieve  » mais aussi le cas échéant des Corses originaires de pieves voisines.

 

Le col de Roccapina.
Le col de Roccapina.
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On pense mobilité, croissance démographique, développement tout en demandant aux locaux de mettre la main à la pâte afin de réduire les frais générés par le chantier. Et puis, il faut accélérer la cadence afin de se soustraire à l'emprise des Turcs qui enchaînent les rapts. C'est ainsi que Sartène avec ses forts et ses courtines voit le jour « un an avant les guerres de Corse », en 1552. Très vite la nouvelle cité prend de l'ampleur Dans les années 1570, a l'heure de la paix retrouvée, « Sartène grossit considérablement pour atteindre 500 habitants », souligne Antoine-Marie Graziani.

La belle dynamique est interrompue par le « sac de Sartène  », aussi « une attaque, qui fera date dans les mémoires ». Les Turcs se sont engouffrés dans une brèche du dispositif défensif, à San Damiano Le bilan est lourd ; 36 morts, 420 prisonniers. Les documents de l'époque font état de 15 rescapés à peine.

Il s'agit dorénavant de reconstruire tout ce qui a été détruit, tout en ajoutant quelques tours le long du littoral, comme à Campomoro. On appelle à un sursaut après l'effondrement mais, on ne peut ignorer la misère ambiante d'une ville en ruine. À la fin du XVIe siècle, « la situation de Sartène est de fait dramatique  ». Elle s'améliore à mesure que le temps passe. La chronique des jours meilleurs fait appel à une population en augmentation constante.

Épidémie de variole et Révolution

Aux nouveaux venus de Serra di Scopamène, Levie, Mela, Fozzano ou Santa Lucia s'ajoutent bientôt « sept feux de Génois », « souvent des officiers de second rang restés à la fin de leur mission ». Le XVIIe siècle sera aussi celui de la construction du palais public et de l'agrandissement de l'église à proximité. Le tout sur fond de banditisme. On se tue, on se venge, on s'évade de la prison. Si bien que « pour tenir les populations », les officiers génois « feront appel aux capitaines des villages jadis nommés pour combattre les Turcs ». La signature de traité de paix est une autre solution très prisée.

Au XVIIe encore, les frères mineurs de l'Observance trouvent à Sartène leur Terre Promise. Ils y feront construire un couvent. Plus tard, la monarchie française fera de celui-ci la caserne Monteynard. Au fil des siècles, la bâtisse connaîtra diverses évolutions jusqu'à devenir une école primaire supérieure entre 1922 et 1925 puis aujourd'hui le centre d'art polyphonique.

Entre les murs de la ville on retrouvera aussi, tour à tour, les troupes impériales en 1731, l'éphémère roi de Corse, Théodore. C'est d'ailleurs là qu'il rédigera son dernier édit avant de s'en aller vivre d'autres aventures ailleurs. Puis viendra le temps de la consulta de Sartène en 1763.

Antoine Marie Graziani, professeur des universités, s'est d'ores et déjà arrêté à Porto-Vecchio et à Ajaccio.   - Pierre-Antoine FOURNIL

>Antoine Marie Graziani, professeur des universités, s'est d'ores et déjà arrêté à Porto-Vecchio et à Ajaccio.
Pierre-Antoine FOURNIL

Quelques années plus tard entre 1765 et 1766, c'est une épidémie de variole qui constitue une étape marquante. Elle sera fatale pour 36 enfants de la ville et 327 enfants de la Rocca, jusqu'à ce qu'un médecin d'origine grecque, venu d'Ajaccio, Giovanni Stefanopoli décide de traiter ses petits patients grâce à l'inoculation. La méthode sauvera des dizaines de vies.

L'identité de Sartène se forgera aussi à la faveur de la Révolution et de l'Empire. « La vie locale est alors dominée par les Républicains parce qu'ils ont le soutien de l'armée. Entre 1799 et 1800 se succèdent 4 maires du parti populaire ; le maître forgeron Giovan Domenico Sartène, son gendre Paolo Francesco Nebbia, Guiseppe Maria Mancini qui a succédé à Anton Silvestro Ortoli ». « L'affaire du siège de Sartène  » en 1800, bouleverse un temps le cours des choses. Dans son prolongement des « clans émergent ».

La lutte pour le pouvoir est féroce et les solidarités familiales fonctionnent à plein. Quatre grands groupes familiaux sont identifiés ; les Pietri présents dès l'origine, les Susini, issus des Susini de Levie puis les Ortoli -dont Raffé, le premier de la lignée est cité des 1502-, les Rocca Serra, des descendants de Giovan Paolo de Serra di Scopamène.

D'autres familles ont pris leurs marques dans la cité ; entre autres, les Bradi, les Orsini, les Nebbia, les Rosolani, les Chiappe, les Marabotti, les Buttafoco, le Bartoli, les Casella. Il y a ceux qui sont arrivés âpres, comme les Durazzo, les Casanova d'Aracciani, les Perucca, les Mancini.

Au fil des pages, il sera aussi question du territoire sartenais et de ses limites. Antoine Marie Graziani passe en revue les quartiers et les différents hameaux d'Arridavu à Peru Longu en passant par Saparale, Forelli et autres. Un ouvrage qui brasse large avec des illustrations d'époque à l'appui.

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