Compte-rendu
des XVIIIes rencontres polyphoniques
du 12 au 16 septembre 2006
Mardi
12 septembre, Bastia
Une (trop) court concert d'A Filetta, très
inspiré : Le Lac, Rex, Kyrie, U Sipolcru, E
Baioncule, La folie du cardinal (Exorciso Te), Pater Noster
et Sumiglia, avant de laisser la place aux Pakistanais de Faiz Ali Faiz
: le chanteur accompagné de Karamat Ali Asad et Mahmoud Ali, voix et
harmonium, de Kashif Ali, voix, de l'excellent Rizwan Ali au tabla et de quatre
choristes : Kaleem Akhtar, Fayaz Hussain, Iqbal Raunq et Rehmat Ali. Une musique
de la transe, très prenante. Quatre longs morceaux et un rappel. La voix
de Faiz a une étendue exceptionnelle et rappelle celle de Nusrat Fateh
Ali Khan auquel il rend d’ailleurs hommage dans son dernier CD. Concert
très apprécié même si le lieu, moins intime que la
Cathédrale de Calvi, crée une distance avec les artistes.
Mercredi 13 septembre,
Calvi
Les prévisions
météo pour la fin de semaine sont assez pessimistes et tout le monde
craint que, comme l'an passé, le temps ne gâche le final. Le premier
concert de 18 h est ouvert par les iakoutes du trio Stepanida Borisova.
La République de Sakha (Iakoutie jusqu'en 1990) est située au Nord-Est
de la Sibérie orientale. Le peuple sakha est de langue turco-mongole et
sa culture ancestrale se nourrit du chamanisme. Stepanida Borisova, entourée
de Klavdia Khatylaeva et de German Khatylaev, présente une musique étrange,
évoquant les steppes sibériennes, les chevaux, les oiseaux. Dans
la culture sakha, la musique est définie comme un chaos permettant, par
ses sonorités et mouvements, que s'épanouisse l'âme humaine....

A
21h30, la grande chanteuse marocaine Aïcha Redouane avec son ensemble
Al-Adwar, composé de musiciens (luth, qânûn, percussions)
d’origines diverses : égyptiens, palestiniens, tunisiens, libanais…
présentait le maqâm, chant de tradition de la Nahda du Proche-Orient.
Un chant d’amour délicat sous le regard adorateur des musiciens du
groupe. On regrette que le concert ne dure qu'un peu plus d'une heure...
Puis
le moment tant attendu : Medea. Que dire de cette création incroyable ?
Il faut se laisser emporter par le souffle d’A Filetta. Par rapport
au disque tout récent, on note quelques changements, et c’est encore
plus beau ! Un grand moment de plaisir musical, de partage et de communion !
Beati en rappel. Une soirée d'exception.
Jeudi 14 septembre,
Calvi
Au concert de 18 h, un intervenant de grande qualité en la
personne de Vincent Zanetti, grand percussionniste, musicologue et directeur du
festival « Les notes d’équinoxe de Delémont »,
introduisait Faiz Ali Faiz. Est-ce son intervention lumineuse et passionnée,
est-ce la magie du lieu, toutes les personnes autour de moi ont davantage apprécié
ce concert que celui de Bastia. On était littéralement porté
par le chant de Faiz, accompagné à la perfection par l'harmonium
et les tablas au long de ces trois longues suites et du rappel.


A Filetta ouvre le
concert de 21h30 avec le Dies Irae, Figliolu d'ella et Ghmerto.
Julia Sarr et Patrice Larose proposaient une rencontre entre le
chant de tradition sénégalaise et le flamenco. Si l'on était
séduit par la grâce et le chant de Julia Sarr, je dois avouer que
je n'ai pas été entièrement convaincu par la synthèse
des styles. Pour moi, l'excellent guitariste qu’est Patrice Larose m'a semblé
jouer davantage à côté qu'avec Julia Sarr.

Pour
clore la soirée venaient les Mahotella Queens, trio féminin
d’Afrique du Sud, desservies par une sono épouvantable et un piano
désaccordé. Ce concert fut pour moi la seule déception de
ces Rencontres.
Vendredi 15 septembre, Calvi
La Radio Suisse
Romande avait commandé une création à l’ensemble de
chant persan Leyli, composé de cinq jeunes femmes, trois iraniennes
et deux ousbèkes. Présenté par Vincent Zanetti, ce concert
donnait un aperçu du chant des femmes du harem dans le mode Mâhur
au cours d'une longue suite de trois quarts d'heure. Après une présentation
animée par Vincent Zanetti avec le professeur Jean During, musicien et
directeur de recherches au CNRS, l'Ensemble offrait un dernier morceau.

Le
soir, après le traditionnel accueil par A Filetta, qui nous offre
Rex, Pater Noster et un Lamentu di Ghjesù admirable
d'émotion, Cant'in celli faisait revivre la création donnée
aux Rencontres de violoncelles de Moïta : quatre chanteurs se sont succédés,
Jean-Luc Geronimi d'A Filetta, Michel Paoli de Tavagna, Anthony
Geronimi, que l’on allait revoir avec Voce Ventu, et Petru-Santu
Guelfucci de Voce di Corsica, accompagnés par les sept violoncellistes
(Florent et Frédéric Audibert, Anne-Lise Herrera, Frédéric
Lagarde, Guillermo Lefever, Paul-Antoine de Rocca-Serra et Ambre Tamagna), menés
par Jean-Michel Giannelli.
Enfin le groupe marseillais Rassegna présente
une tentative réussie de synthèse des musiques et des chants méditerranéens
: Italie du Sud, Corse, Andalousie, Maghreb, Balkans. Magnifique. De la dizaine
de chants, on retiendra notamment un superbe Ave Maris stella et un dynamique
El Vito.
Samedi 16 septembre, Calvi

On
espère encore jusqu'à 17 h un miracle de la météo.
En attendant, Jean-Luc et Marie Kobayashi répètent sur l'estrade
installée sur la Place d'Armes, et l'Oratoire résonne des notes
des violoncelles de Cant'in celli (sans les chanteurs, ils interprètent
entre autres Ghmerto, une Moresca, L'Anniversariu di Minetta,
un Tango, un morceau de Casals...), qui laissent la place aux iraniennes
et ouzbekes de l'ensemble Leyli dans un programme plus varié que
la veille : musique de cour, chants rythmés, chansons de réjouissance
pour finir par la danse. Avant le concert de Voce Ventu, la mauvaise nouvelle
tombe : les concerts auront lieu à la Cathédrale et à l'Oratoire,
les groupes se succédant dans les deux lieux. Très beau concert
de Voce Ventu, inspiré notamment par le groupe chilien Quilapayun
dont ils interprètent Mi Patria. L'Ale di l'accunsentu, A
Serva, Sittanta, la Prigaria à u Populu Corsu, un émouvant
La Hija de Juan Simon, sur un poème traditionnel chilien, et une
version étonnante de Ciuciarella se succèdent, pour finir
avec Rughju di Vita dédié au commandant Massoud.
Pour
le final, A Filetta présente quatre chants, Alillo, deux
extraits de Marco Polo et Le Lac, puis les violoncelles de Cant'in
Celli jouent Ghmerto. L'Ensemble Leyli leur succède pour
trois morceaux, puis Jean-Luc Geronimi pour une monodie. Rassegna
présente quatre morceaux, suivi par Stepanida Borisova rejointe
par Marie Kobayashi pour un étonnant chant de sorcière. Marie
chante encore deux chants japonais et un extrait de Marco Polo, puis Anthony
Geronimi chante à son tour une monodie. Enfin Voce Ventu est
de retour pour A Carta Nera, Juan Simon, un instrumental et A
Serva, les violoncelles pour L'Anniversariu di Minetta. Il revenait
aux Mahotella Queens de conclure la soirée, avant quelques mots
d'Orlando Forioso et un vibrant Beati d'A Filetta. Un très
beau final, laissant néanmoins un regret de ne pas avoir vu celui qui était
prévu « Le devisement du monde : et la division devient partage
» avec les larges extraits de Marco Polo et tous les groupes rassemblés.
Une belle programmation très cohérente. Un grand merci à
tous les bénévoles du Svegliu Calvese !

Corse-Matin
du 15 septembre 2006