Mai 2013


Avril 2013

Les obsèques de Dumè Gallet
22/04/2013

Un militant, une voix de Canta s'en est allée
18/04/2013

Quandu a terra move », ce chant venu du cœur qui le caractérisait, ce chant qui le transcendait… avà ghje mossa è ti si hà pigliatu.
A nutizia hà spartu u so velu di tristezza eri sera, Dumè Gallet si n'hè andatu. Dopu una cusi longa maladia, dopu avè rinvivitu, cusi pocu… Dopu avè vistu parte à so moglia da a listessa maladiaccia. Ella dinù era rinvivita per cascà cusi prestu. Bruttu destinu.Dumè era statu è era sempre un puntellu maio di Canta u Populu Corsu, di u cantu è a musica di sta terra.
Agé de 56 ans, militant engagé de la première heure, il a toujours œuvré sans que son univers pétri d'humanisme en soit affligé, bien au contraire.
Il avait dû quitter la Corse pour la Nouvelle-Calédonie pendant quelque temps et cette « autre île » l'avait adopté comme lui-même s'en était pétri. D'ailleurs pour tous ceux qui le côtoyaient, il était le symbole même du frère dans toute sa dimension, « ô fratè » cette expression si galvaudée aujourd'hui avait toute sa dimension lorsqu'elle s'appliquait à Dumè. Musicien hors pair, à la fois violoneux et violoniste, sa voix profonde et son timbre si particulier donnaient toute sa dimension aux groupes qu'il côtoyait sur scène et dans les studios d'enregistrement. Ceux qui l'écoutaient disaient souvent « J'en ai la chair de poule ». C'est vrai qu'il était grand. Une présence affirmée, un charisme à fleur de peau, discret et communicatif. Sensible et ouvert. Rompu à toutes les bonnes causes, du cœur et de l'esprit.
« Chì disgrazia… corciu à ellu è à i so figlioli », me disait quelqu'un hier soir…
A prestu Dumè, in un paese duve ellu si canta sempre per quelli chì li piace tantu sta musica, stu cantu, sta libertà, sta vita chì avà ghje sfughjita.
Jacques Paoli pour Corse Matin
Dumè Gallet : il était une voix
Il était l'une des voix de "Canta". Dumè Gallet est décédé le 17 avril. Sa vie fut marquée par son engagement politique au sein du mouvement nationaliste.
Un hommage lui est consacré sur ViaStella à travers un magazine et un documentaire ce vendredi 19 avril à partir de 21h30.
L'un des membres fondateurs du groupe "Canta u Populu Corsu", présent dès le Riacquistu en 1973, est décédé ce mercredi 17 avril des suites d'une longue maladie, comme l'on dit pudiquement. Dumè Gallet ne fut pas seulement militant culturel, mais aussi acteur politique, représentant de la C.C.N dont il fut le porte parole dans les années 80, puis élu à l’Assemblée de Corse avec Pierre Poggioli et Yves Stella en 1984. Fondamentalement humaniste, il s'était engagé pour les droits de l’homme et le soutien des prisonniers politiques.
De son séjour de 10 ans en Nouvelle Calédonie, il livre un récit : "Lumière des îles, Itinéraire en terre kanak " Dumè Gallet a sans doute mieux que quiconque pénétré dans l'autre culture insulaire, celle des kanaks, Dumè Gallet était rentré en Corse à Riventosa. Il enseignait le violon traditionnel à l’université de Corte,
Parmi les très nombreux hommages, celui de A Filetta :
Si n'hè andatu Dumenicu, anima chjara è core tamantu. A Filetta pienghje l'omu, u cumpagnu, u miltante chi' ci avia apartu e porte di a so "Kanakia" cara.
"Mare, Mare, Mare
ristà mi ne n'ùn possu
ma lu mio core mossu
hà torna primure chjare"
Cun affettu, un abbraccione à i soii. Spartimu u so dulore.
A Filetta
Et celui de Ghjacumu Fusina :

Procès des soutiens de Colonna : Deux réquisitions sévères et deux relaxes
Le procès en appel des cinq personnes soupçonnées d'avoir aidé Yvan Colonna pendant sa cavale s’est ouvert ce jeudi après-midi à Paris en l’absence du principal intéressé qui, comme Corse Net Infos l’avait annoncé hier, a refusé d’y participer. Les prévenus campent, tous, sur la même ligne de défense. Lors d’une audience au pas de course, le ministère public a requis deux relaxes, trois peines allant de 2 à 5 ans de prison avec sursis et privations des droits civiques, civils et familiaux, ainsi qu’un an ferme contre Yvan Colonna pour détention d’armes. Les plaidoiries de la défense se poursuivront vendredi après-midi. Le jugement sera mis en délibéré et rendu d’ici à un mois.
André Colonna d'Istria, Marc Simeoni et Patrizia Gattaceca
Patrizia Gattaceca, Frédéric Paoli, Claude Serreri, André Colonna d'Istria et Marc Simeoni comparaissent, donc, pour la deuxième fois, au Tribunal de Paris, presqu’une décennie après les faits. Leur ligne de défense n’a pas bougé : les quatre premiers reconnaissent avoir hébergé le berger de Cargèse durant sa cavale de 1999 à 2003, le dernier nie toute implication. Yvan Colonna, poursuivi pour détention d’armes au moment de son arrestation, a refusé d’être extrait de sa cellule de la centrale d’Arles pour assister au procès. Il a, également, demandé, à ses défenseurs de ne pas prendre la parole. Il est vrai que, déjà condamné à perpétuité pour l’assassinat de Claude Erignac, le jeu n’en valait pas la chandelle. « Yvan Colonna a refusé d’assister à son procès. C’est son choix, il faut le respecter », a déclaré l’avocate générale qui a requis contre lui un an de prison ferme.
Les raisons d’un appel
Après un rapide examen des faits et des questions ciblées sur l’appartenance ou non des prévenus à un mouvement nationaliste, le réquisitoire, mené tambour battant, a repris, quasiment à l’identique, les réquisitions de peines prononcées en première instance.
L’avocate générale a expliqué que le Parquet avait interjeté appel, non pas sur le quantum des peines qui étaient toutes assorties de sursis comme il l’avait demandé, mais sur le fait que l’accusation de « relation avec une entreprise terroriste » n’avait pas été retenue. Dans ce cas, le Tribunal aurait du se déclarer incompétent et renvoyer l’affaire devant une juridiction compétente, à savoir celles d’Ajaccio et de Bastia. « L’appel du ministère public était inévitable. Le Tribunal ne nous a pas laissé le choix », a-t-elle déclaré.
Deux relaxes
Ensuite, l’avocate générale, qui s’est défendue de faire « le procès d’un peuple corse », a scindé les degrés de responsabilité et demandé la relaxe pour Frédéric Paoli et Claude Serreri. Elle a estimé que le premier, propriétaire de la bergerie où a été arrêté Yvan Colonna en juillet 2003, est « une victime » qui a agi « sous la contrainte », il n’est donc « pas pénalement punissable ». Pas plus que ne l’est le second, qui a reconnu avoir apporté, une fois, de la nourriture à son ex-beau-frère en cavale et avait déjà été relaxé en première instance.
Elle a requis 2 à 3 ans avec sursis contre André Colonna d'Istria, le gérant du camping qui a servi de relais, saluant comme « courageux » son geste de reconnaître à la barre sa participation au réseau de soutien au militant nationaliste en cavale.
La volonté de sanctionner
Les réquisitions les plus lourdes ont été menées contre Patrizia Gattaceca et Marc Simeoni, dans une volonté manifeste de sanctionner fermement. L’avocate générale a réclamé, non seulement des peines de, respectivement, 3 et 5 ans avec sursis, qu’elle relie à l’accusation de « relation avec une entreprise terroriste », mais également de sévères privations de droits civiques, civils et familiaux qu’elle justifie en invoquant des raisons « d’ordre moral ».
Considérant que la chanteuse, qui a hébergé son ami dans sa maison de Penta-Acquatella, « croit en son innocence » et « revendique et assume son combat indépendantiste », elle a réclamé, contre elle, 3 ans avec sursis et 3 ans de privation de droits civiques, civils et familiaux.
Une atteinte professionnelle
Sans surprise, la représentante de l’accusation a réservé sa plus forte charge contre Marc Simeoni, l’accusant de « ne pas avoir le courage d’admettre ce qu’il a fait ». Qualifiant son attitude à l’audience « d’ironique », elle s’en prend à son statut de professeur d’université et d’expert près de la Cour d’appel de Bastia, qui lui donnait, selon elle, plus qu’aux autres prévenus, « l’obligation morale de ne pas héberger une personne recherchée » ! Elle a requis à son encontre 4 ou 5 ans de prison avec sursis, mais surtout la peine maximale, et rarement encourue, de 5 ans de privation de droits civiques, civils et familiaux. Le but clairement affiché est de l’atteindre, à la fois, professionnellement et moralement.
La défense, qui a déjà entamé ses plaidoiries, va concentrer son argumentation, vendredi après-midi, sur l’absence de preuve concernant le lien avec une entreprise terroriste.
N. M.
La position de la LDH de Corse
"Pour la Ligue des Droits de l’Homme, comme très certainement pour de nombreux citoyens, le procès actuel des personnes accusées d’avoir hébergé Yvan Colonna pendant sa cavale semble le legs d’une mauvaise époque. Il est la conséquence d’un appel du ministère public après un premier jugement qui avait écarté l’accusation invraisemblable d’entreprise terroriste. Avant le procès en première instance, la LDH avait lancé un manifeste de la désobéissance contre la justice d’exception co-signé par des personnalités et signé par des centaines de personnes. Aujourd’hui, elle réitère son soutien aux accusés, notamment Patrizia Gattaceca qui courageusement a revendiqué un geste d’hospitalité. Il ne faut pas oublier le contexte d’une époque marquée par des dérives répressives touchant des centaines de Corses et le mépris souverain de Nicolas Sarkozy pour la présomption d’innocence. Dès lors que ce contexte est rappelé, il n’y a pas d’anachronisme mais une fois de plus, l’évidente nécessité pour la justice de contribuer à l’apaisement ici et maintenant."
Parlemu Corsu se mobilise pour une société bilingue
Ce mardi, 2 avril, à Corte, à la Faculté de Sciences, sur le parking du campus Grimaldi, se tiendra, de 20 heures jusqu’au milieu de la nuit, une grande mobilisation pour une société bilingue, organisée par le Collectif Parlemu Corsu. Plus de 70 associations, venues de toute l’île, et de nombreux élus seront présents à cette fête de la langue qui réunira à la fois des groupes culturels traditionnels, des groupes de Hip Hop et un DJ du Bronx. Un programme éclectique et revendicatif, détaillé par Michel Leccia, président du Collectif, qui appelle tous les Corses au rassemblement.
(Photo Agnès Di Meglio)
- Quel est le but de cette manifestation du 2 avril ?
- C’est une action originale pour poser de façon concrète et militante notre revendication d’une société bilingue et des moyens pour y parvenir. Il faut avoir conscience que l’Etat n’est pas prêt, pour l’heure, à modifier la Constitution pour donner à la langue corse un statut de coofficialité. Nous disons à nos élus, qui se prononcent en faveur de ce statut, qu’ils doivent être en mesure de faire entendre leurs voix et d’engager, si nécessaire, un rapport de force avec l’Etat. Nous pouvions appeler à manifester, mais au lieu de choisir de faire un défilé traditionnel dans la rue, nous avons décidé d’envoyer une image beaucoup plus positive et dynamique avec la réalisation d’une fête revendicative.
- Comment cette fête sera-t-elle revendicative ?
- Grâce aux discours qu’elle va véhiculer, aux banderoles que nous allons étendre sous le chapiteau, à la pétition que nous ferons signer et qui sera la condition, avec un droit d’entrée de 5 €, pour accéder à la fête. D’autres langues minoritaires vont délivrer un message de solidarité et de soutien pour ce qui se passe en Corse et ce qui a été acquis, tout en exprimant leurs propres revendications. La solidarité profite à tout le monde, c’est pour cela que nous tenons à diffuser tous ces messages. Puis au cours de la soirée, sera prononcé un discours revendicatif qui va resituer les choses parce que les gens viennent, à la fois, pour faire la fête, mais aussi pour revendiquer une société bilingue.
- Pourquoi avoir choisi l’université comme lieu de la fête ? Est-ce symbolique ?
- Oui. Nous avons choisi l’université parce que c’est un lieu où il y a toujours eu des manifestations pour défendre la langue corse et un lieu qui représente la jeunesse. Nous voulons montrer que non seulement la population dans son ensemble se soucie de la langue corse, mais aussi la jeunesse qui est très active puisqu’elle crée des magasines, des sites et des blogs où la langue corse occupe une grande place. Nous allons les mettre à l’honneur et leur rendre hommage. Beaucoup d’associations présentes, mardi soir, sont, d’ailleurs, présidées par des jeunes.
- Quelles associations participent ?
- Un panel de 70 associations qui se manifesteront de façon originale comme, notamment l’Adecec de Cervione, les associations des foires de Bocognano et de Casinca, Scolca de Marignana, Alivetu du Cap Corse, A Capella de Patrimoniu… Nous avons réalisé un véritable maillage de l’ensemble du territoire insulaire avec le tissu associatif. Certaines associations ont la langue corse comme un de leurs objectifs. D’autres en sont plus éloignées, mais s’en soucient en tant que citoyen. Toutes, en tant qu’acteurs de la société civile, sont au contact de nombreuses personnes et ont du poids sur le terrain. Toutes sont prêtes à s’unir pour porter, d’une seule voix, le message de notre volonté d’obtenir une société bilingue et les mesures adéquates pour l’accompagner. Pour montrer qu’elles sont parties prenantes, elles arboreront, toutes, un drapeau avec leur logo et le nom de la commune ou de la microrégion qu’elles représentent. Histoire de bien montrer que du Cap à Bonifacio, à l’Est comme à l’Ouest de l’île, la Corse entière et l’ensemble de la société civile se mobilisent pour une cause commune : la défense de la langue corse.
- Quel est le programme de cette soirée ?
- C’est un mélange des genres. Nous voulons montrer que la langue corse a sa place dans tous les domaines de la société et même là où on ne l’attend pas. Aussi y-a-t-il, bien évidemment, des groupes traditionnels culturels qui se sont créés dans les années 70, entre 1973 et 1979, et qui existent encore aujourd’hui. Ils forment un plateau impressionnant : Canta u populu corsu, Chjama Aghjalesi, Tavagna, A Filetta, Diana di l’Alba et I Surgenti. Pour l’occasion, va se recréer I Due Patrizie, Patricia Gatacecca et Patricia Poli. La soirée débutera avec trois groupes de dance Hip hop et Robin Santelli, champion de France en 2010, puis les groupes culturels, et finira avec Big Ali, un DJ américain de Bronx, de renommée internationale, et ses danseurs.
- Quel est le rapport de Big Ali avec la langue corse ?
- La langue corse sera présente grâce à Jean-Charles Papi qui va installer un échange avec le public, le faire chanter en corse, l’interpeler et obtenir des réponses en corse. Il y aura des chansons dont les paroles seront traduites en corse et des chansons corses remixées. Symboliquement, nous espérons que Big Ali prononcera quelques mots en corse, une façon de dire qu’une personnalité extérieure soutient la démarche du Collectif Parlemu Corsu et qu’il n’y a pas de langue supérieure aux autres, mais que toutes les langues sont égales. Pour donner encore plus de couleurs et de dynamisme à la fête et pour bien porter notre message revendicatif, nous allons distribuer, au milieu du concert des groupes traditionnels, 2000 écharpes aux couleurs du Collectif Parlemu Corsu avec l’inscription : « Societa bislingua ». Ce sera, avec le discours prononcé, le moment fort de la soirée, vers 22h30.
- Des élus seront-ils présents ?
- Les invitations ont été lancées. On sait que les élus nationalistes seront présents, on espère que les élus des partis traditionnels, qui se sont prononcés pour la coofficialité, le seront aussi. C’est vraiment un rendez-vous à ne pas manquer puisqu’il fera la preuve que la population corse, dans son ensemble, se soucie de la langue corse et de son avenir.
- Combien de personnes attendez-vous ?
- Le chapiteau a une capacité d’accueil de 2500 personnes, nous avons imprimé 2000 écharpes, ce qui donne une idée du nombre de personnes que nous attendons. Nous avons prévu, d’ailleurs, toute une organisation de sécurité et de secours pour pouvoir gérer une telle foule.
Propos recueillis par Nicole MARI
Parlemu Corsu : Une démarche originale et complémentaire pour défendre la langue corse
Ce collectif, composé de particuliers issus de l’ensemble de la société insulaire et de nombreuses associations, œuvre, depuis six ans, pour la construction d’une société bilingue. Il agit concrètement en effectuant tout un panel d’actions diverses avec différents acteurs pour montrer que la langue corse peut occuper tous les domaines de la société. Des actions toutes simples pour faire parler la langue, comme, par exemple, les stondi qui sont des rencontres sur un thème précis, défini à l’avance, où seul le corse est parlé. Egalement des conférences-débats, des journées à thème avec des ateliers déclinés dans des secteurs variés : les entreprises, les professions comme pêcheur, boulanger, etc. Le Collectif travaille avec les musées, les Offices, le parc naturel, toutes sortes d’organismes... et propose des animations pour les enfants. Son objectif est de démontrer que les insulaires ont un réel engouement pour la langue corse et pour sa pratique de façon générale.
Une action revendicative
A côté de ces actions concrètes de promotion de la langue, Parlemu Corsu a engagé une action revendicative auprès des pouvoirs publics. Car la bonne volonté sur le terrain ne suffit pas face à l’ampleur de la tâche. Il revendique, donc, des mesures conséquentes pour aider et accompagner la volonté populaire. Ces revendications sont résumées en 16 points sur une pétition qui demande, non seulement la coofficialité avec un statut de la langue corse, mais aussi avec un contenu et des moyens. Le Collectif développe deux mesures phares. La première stipule l’immersion des enfants à l’école dans un bain total de la langue, au moins, au primaire pour un vrai apprentissage. Le but est qu’ils accèdent au secondaire dans un véritable bilinguisme. Ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. La seconde décline une formation obligatoire dans les entreprises, ainsi que d’autres idées pour créer un environnement plus favorable à l’apprentissage du corse. Ce programme, complet et ambitieux, demandant énormément de moyens humains et financiers et du temps, le Collectif, tout en insistant sur l’urgence à agir, veut faire prendre conscience de la nécessité d’accompagner ce plan avec des moyens conséquents.
N.M.
Source : Corsica Net Infos
Mars 2013
Quand un magazine corse censure sa propre enquête... en collant les pages
Deux pages d'enquête du dernier numéro de «Corsica Magazine» ont été collées au dernier moment par les responsables du magazine, de peur d'ennuis judiciaires. | L'Express.fr
Chez Corsica Magazine, plus c'est gros, plus ça passe. Alors que l'édition du mois de mars de ce mensuel était déjà sortie des rotatives, ses responsables ont décidé au dernier moment de supprimer une enquête «gênante» étalée sur deux pages...en les collant l'une à l'autre ! Seul hic, l'article était annoncé en Une et ce petit bricolage n'a pas dupé longtemps les lecteurs, comme le révèle l'Express ce jeudi.
L'article en question, consacré au détournement à grande échelle de subventions départementales destinées à la création de gîtes ruraux sur l'île, est annoncé en couverture et dans le sommaire sous le titre: «Les gîtes du clientélisme», et annoncé en pages 48-49. En feuilletant le magazine, on se rend toutefois vite compte que l'on passe directement de la page 47 à la page 50 , le verso de la première étant scellé au recto de la seconde...
La peur de la condamnation
Le directeur de la publication du magazine assume totalement cette opération de collage, d'un coût estimé à 4000 euros. Interrogé sur France 3 Corse, Frédéric Poletti reconnaît ainsi avoir fait sceller les pages incriminées, portant la photo de Paul Giacobbi, l'ex président du conseil général de Haute-Corse, avant de s'en expliquer plus longuement auprès de l'Express : «En cas de condamnation pour diffamation, poursuit-il, les frais sont très lourds pour une petite structure comme la nôtre, explique-t-il. J'aurais aimé que les choses se passent différemment mais nous n'avons pas eu le temps de discuter avec le rédacteur suffisamment en amont.»
Comment lire la fameuse enquête? il suffit de décoller les deux pages à la vapeur, un sport devenu «très prisé» en Corse ces derniers jours, s'amuse l'Express.
15 Mars 2013
La disparition de Frédéric Graziani

Le milieu du cinéma corse a appris avec stupeur la disparition d’une de ses plus sûres valeurs, le cinéaste et comédien Frédéric Graziani qui était un des piliers de la série Mafiosa dans laquelle il interprétait, avec un talent unanimement salué par la critique, le rôle de Manu, formant un tandem d’hommes de main avec son ami et complice Éric Fraticelli. Il avait réalisé trois courts métrages avant de tourner en 2003 son premier grand format Le cadeau d’Éléna avec Michel Duchaussoy et Andréa Ferreol, là encore très bien accueilli.
Dix ans plus tôt, il était à l’affiche du film La place d’un autre, une comédie dramatique de René Féret où il donnait la réplique à Samuel Le Bihan et Elsa Zylberstein. La réalité rejoignant parfois la fiction, il avait été appelé récemment à la barre du procès du cercle Wagram, affaire très médiatique dans laquelle il avait été mis hors de cause par la justice.
Originaire de Sisco dans le Cap Corse et épris de l’île de beauté, il était d’un caractère entier et généreux, connu et apprécié pour ses grandes qualités humaines. Frédéric Graziani, ravi bien trop jeune à l’affection de ses proches, laissera aussi un vide immense auprès de tous ceux qui l’ont côtoyé, tant sur le plan personnel que professionnel.
(Source : Corse Matin)
La Corse invisible
Si pour la Corse c'est toujours "Accusée, levez-vous!", pour une seule fois j'aurais envie de dire "J'accuse".
J'entends dire qu'il faut enfin que nous soutenions la justice, et surtout que si la justice n'est pas rendue dans l'île, cela serait de notre faute.
J'entends dire que ma violence serait génétique, endémique .
On nous répète depuis plus d'un siècle que nous serions violents par tradition, fascinés par les armes, complaisants avec le crime, et forcément dans la confidence des tueurs en tous genres.
C'est bien ainsi que l'île où tout le monde saurait tout, sauf les juges et la police, est devenue le paradis du crime parfait.
Dans ce paradis-là, les vrais criminels, cachés, bien à l'abri derrière ces contre-feux médiatiques et politiques, doivent se frotter les mains.
La Corse brûle de l'intérieur.
Ce sont les justes qui y dorment mal.
La Corse est opprimée par le crime.
La Corse est encore plus opprimée par l'impunité.
Puisqu'il paraît que seuls chez nous les chiffres parlent, écoutons-les:
85 meurtres non élucidés entre 2004 et 2011.
Imaginons à l'échelle de la France: cela ferait 17000 meurtres impunis en 8 ans.
Il y a en matière de grande criminalité, 18 fois plus d'impunité en Corse qu'en terre continentale.
N'est-il pas là, le scandale d'Etat jamais nommé ?
Dans pareil cas, en quel état seraient , ailleurs , les populations et leur vie quotidienne?
Est-il si facile, pour tant de familles et pour une société entière, de digérer cette "normose ", ce scandale judiciaire?
Comment vivre la douleur, supporter l'impunité, et encaisser en plus le reproche muet: "Il doit y être pour quelque chose", car en terre de Corse, une victime ne peut pas être innocente.
Ou plus cynique encore: "Lui au moins doit savoir pourquoi il est mort…"
Il est vrai qu'avec ces soupçons-là, on est moins forts pour réclamer justice.
Et pourtant, comment se fait-il que malgré cela, malgré ces faits qui feraient hurler de rage et de désespoir n'importe qui, la Corse ne soit pas à feu et à sang?
Comment expliquer que la délinquance n'envahisse pas les rues de nos villes?
Comment expliquer que la Corse est par ailleurs la région de France la moins touchée par la violence scolaire?
Apparemment, cette île a des vertus qui la protègent du pire.
99 % de la population bâtissent la paix au quotidien .Ce sont les familles qui réparent. C'est la solidarité et la dignité qui sauvent la cohésion sociale, malgré cette tyrannie.
Si la Corse a la capacité à maintenir un équilibre précaire, une paix douloureuse, si elle a le courage de ne pas céder à la colère et au desespoir qui déchireraient tout le tissu social, ces vertus-là ne comptent pour rien et restent invisibles.
Cette performance sociale et psychologique est loin d'être perçue à sa juste valeur.
Pire encore, cela se retourne contre la Corse à qui l'on renvoie sans cesse l'insupportable reproche culturo-génétique: "C'est la Corse, ce sont vos moeurs, c'est vous qui protégez le crime".
Cela me rappelle l'enfant battu à qui l'on répète, impassible : "Tout est de ta faute, tu l'as bien voulu."
Mieux encore, au lieu d'attaquer les vrais problèmes, au lieu de combattre la criminalité, on condamne un territoire.
De la sorte, meurtres et impunité, les deux réunis, sont le véritable moteur à explosion de la Corse.
Là est la loi impitoyable que l'on applique aux citoyens de chez nous.
Pour l'heure, l'Etat s'en sort avec la meilleure conscience du monde, et les criminels, introuvables et invisibles, doivent exulter devant ce cadeau régalien.
"On ne peut pas reprocher son inefficacité à la justice, tant que les Corses ne feront pas leur devoir de citoyen!" (1) dixit le nouveau procureur de la République à Ajaccio, en octobre dernier, avant même de prendre ses fonctions.
De toute évidence il n'a pas manqué de confier sa trouvaille à M. le Ministre de l'Intérieur.
En commençant par cette sentence, le procès est déja fait. Aucune chance que la vérité éclate un jour.
Exposés à ce harcèlement pernicieux - sur lequel sociologues et psychologues pourraient nous éclairer - il n'est pas étonnant que nombre de Corses cèdent à l'auto-culpabilisation.
"C'est de notre faute, nous ne sommes pas comme les autres." Rien de mieux pour te faire douter de toi-même et bétonner le mensonge.
Sommes-nous vraiment complices, coupables, lâches, génétiquement violents?
A force de dire à l'enfant battu que c'est lui le responsable, il finit toujours par croire qu'il n'est pas comme les autres.
C'est ainsi que nos vertus se retournent contre nous-mêmes.
Ailleurs dans le monde, les criminologues les plus sérieux reconnaissent que "l'on assiste aujourd'hui à un véritable effondrement criminel d'une partie de la planète. L' argent est blanchi là où le risque politique est faible.
La criminalité y progresse. Ce qui est important se joue en coulisses avec les phénomènes criminels, ou dans la salle avec les marchés. Un territoire criminalisé ne se reconnaît pas toujours à l'oeil nu.
Quand l'Etat se montre incapable d'empêcher ou d'élucider, il permet au monde du crime dans une logique de "survie du plus fort et du mieux adapté", de se doter d'une élite plus aguerrie, donc plus redoutable.
La Corse connaît cette double évolution depuis les années 1980. - Contrairement à une idée reçue, il est faux de considérer que cela "débarrasse". (2)
Les experts, auteurs de cet ouvrage-là, sont d'ailleurs tous deux citoyens français. Et en quête de vérité, comme nous.
Eh bien, disons la verité.
Contrairement à ce que nous répète la rengaine bien connue, nulle part, jamais, la criminalité n'est génétique ou endémique.
Mais elle peut devenir "épidémique", là où l'injustice règne, là où l'Etat de droit est absent, impuissant.
C'est dans ce contexte que la Corse souffre, se débat, et traîne sa double peine.
Comment peut-on continuer à condamner tout un peuple, et un peuple qui souffre autant?
A-t-on jamais demandé aux Italiens, aux Mexicains, aux Norvégiens, aux Américains s'ils étaient violents par nature ou par tradition?
Entre la tyrannie de la criminalité, le cynisme de l'impunité, et la sentence d'une culpabilité collective (omertà, vendetta ...) la Corse est piegée, sans issue , entre enclume et marteau.
Que peut le citoyen lambda face à des crimes exécutés avec une précision et un sang-froid à toute épreuve, par des professionnels portant casques et cagoules, agissant et disparaissant en 20 secondes, sans laisser une trace ?
L'Etat exige-t-il que la justice en Corse soit rendue par des bénévoles et des amateurs?
Tandis que l'on ne se gêne pas de demander l'impossible à la population, des syndicats de police et des juges dénoncent les dysfonctionnements locaux : "guerre des polices, rétention d'informations entre les services, inefficacité des investigations, disparition des pôles financiers..." (3)
L'omertà n'est pas toujours là où on la soupçonne.
Tout citoyen, chaque être humain, a le droit et le devoir d'imaginer, de vouloir autre chose.
L'urgence impose d'attaquer le véritable ennemi, de démasquer la criminalité, de relever les énormes défis, de se dresser contre le mépris de la loi.
Puisqu'il paraît que la spéculation et l'avidité sévissent en Corse, puisque la "malédiction de la beauté" serait à l'origine de tant de convoitises mortifères dans l'île, le procureur d'Ajaccio devrait commencer par décerner la médaille du courage au "Collectif loi littoral", aux Associations Environnementales qui, dans la non-violence, avec des moyens nobles pour une cause juste, font le dernier rempart, là où l'Etat ne fait pas son devoir.
J'accuse l'ignorance, les sentences autosatisfaites, la manière insidieuse de s'acquitter de toute responsabilité en terre de Corse.
J'accuse le béton dans les têtes, le mur de mensonges et de clichés qui nous séparent de la vérité.
J'accuse la pensée unique, sclérosée, volontairement aveugle , qui ne voit qu'un problème de génome, de privilèges, de tradition et de culture, là où la criminalité triomphe de tout, et même de la démocratie.
J'accuse le masque de la compétence politique, que l'on ose afficher, devant l'échec écrasant.
J'accuse aussi notre manque de conscience et de force face à une réalité dont nous sommes co-responsables.
Devant une criminalité qui se sert de ce contexte pour mieux s'implanter encore, invisible, tissant chaque jour un peu mieux la toile de ses intérêts, les habitants de Corse préféreraient un peu plus d'humilité, le simple courage de dire, à la manière d'un juge Falcone: "Nous avons échoué, mais nous sommes à vos côtés pour enfin combattre le vrai ennemi."
"La criminalité progresse là où le risque politique est faible", nous disent les experts.
La justice commence là où l'Etat cesse de se dédouaner, de se cacher derrière des contre-feux et des faux diagnostics .
La vérité avance là où les citoyens ouvrent les yeux et marchent ensemble.
Cette Corse-là existe.
Seule l'intelligence saura la rendre visible.
Jean-François Bernardini
11 janvier 2013
(1) Libération 18-10-2012
(2) "Géostratégie du crime" – J-F. Gayraud et F. Thual (Editions Odile Jacob)
(3) Corse-Matin 31-10-12
JF Bernardini est artiste au sein d' I Muvrini, il préside l'Association pour une Fondation de Corse –UMANI, et est membre de la Fondation "non-violence XXI".
Depuis 2010 la Fondation de Corse a initié à la non-violence plus de 1340 personnes (adultes et juniors), dont des directeurs d'école. Par leur engagement et cette soif-là , les Corses confirment une espérance , une confiance dans la bonne direction .
Disparition à 84 ans du journaliste et historien Paul Silvani
07/03/2013
Son nom s’inscrivait depuis tant de décennies en bas des articles ou sur la première page des livres qu’on le pensait éternel.Paul Silvani nous a quittés à 84 ans. Il incarnait le journalisme insulaire
Il est des noms qui incarnent une seule époque. Paul Silvani les a traversées. Des années soixante jusqu'à ce début de XXIe siècle. Du Provençal-Corse dont il a été le directeur jusqu'à son dernier ouvrage Visites présidentielles et problème corse, paru il y a quelques jours à peine aux éditions Albiana.
Pendant ces décennies, Paul ne s'est pas contenté de vivre. Journaliste avant tout, il observait, l'œil bienveillant mais critique. Et si l'historien s'était, petit à petit, substitué au chroniqueur de l'actualité, c'était toujours avec le même esprit, la même distance, la même connaissance fine des subtilités de la politique.
Bienveillance et solidarité
Ce qui revient de cet homme au sourire immuable, à l'humeur égale, c'est une constante bienveillance. Avec les jeunes journalistes qu'il a formés et à qui il avait coutume de dire : « Ce métier c'est un apostolat. Le bon journaliste c'est celui qui ne se prend pas pour un journaliste… » Avec les confrères des autres médias qu'il abordait toujours avec une extrême courtoisie et très souvent avec un mot gentil.
Lorsqu'il dirigeait la rédaction du Provençal, il était un chef exigeant mais qui« défendait ses troupes » et ne s'offusquait pas que tous le saluent d'un « Bonjour Paulucciu »le matin. Ceux qui l'ont côtoyé au quotidien lors des conférences de rédaction et des bouclages se souviennent qu'il répétait : « Il y a une règle dans ce métier. Il est trop exposé pour faire l'économie d'être soudés en interne ».
La passion du verbe
L'amour des mots l'avait conduit à écrire. Mais comme tous ceux qui sont profondément ancrés dans la culture corse, Paul Silvani aimait aussi le verbe parlé. Souriant, affable, mais tenace, il aimait défendre ses idées (particulièrement dans cette matière politique qu'il connaissait si bien). « Certaines conférences de rédactions étaient plus longues que prévues… », se rappellent les journalistes ajacciens. Certaines conférences de presse aussi d'ailleurs. Car Paul n'hésitait pas à débattre avec les organisateurs lorsqu'il estimait que leurs affirmations, n'étaient pas conformes à la réalité. Certains préfets de Corse s'en souviennent encore…
La chance d'exister ailleurs
En 1989, lors de la fusion entre Le Provençal et le Méridional, il passe de directeur à directeur adjoint. Jean-René Laplayne vient d'arriver à Ajaccio avec l'objectif de « booster » l'édition insulaire de La Provence qui s'appelle désormais La Corse.
Il aurait pu en concevoir de l'aigreur. Il ne l'a, en tous les cas, jamais fait sentir.
Mais il avait cette chance « d'exister ailleurs ». Correspondant du Monde pour la Corse et déjà historien reconnu, il continue à se consacrer au journalisme. Mais le métier d'écrivain prendra petit à petit le pas.
Pour devenir prépondérant dix ans plus tard, à la fusion entre Corse-MatinetLa Corse.Il continuera néanmoins à tenir une chronique historique hebdomadaire dans La Corse votre Hebdo, le supplément du vendredi du quotidien.
Amoureux de la vie
Epicurien, amateur de bonne chère, de bons vins (qu'il était capable de décrire avec des accents purement lyriques), charmeur avec les femmes, ancré dans le terroir corse, Paul Silvani aimait avant tout la vie.
Il aimait également avec passion son village de Bocognano en particulier, mais la Corse en général. Et était capable d'en parler durant des heures avec cette pointe d'accent dans le français littéraire de ceux dont ce n'est pas la langue maternelle…
Plus de vingt-cinq ouvrages
Il laisse derrière lui une somme d'ouvrages historiques. Qui lui ont valu le prix du Livre Corse, le prix du Mémorial, le prix littéraire national de la Résistance.
Le dernier en date est sorti il y a quelques jours aux éditions Albiana.
En Afrique, on dit que lorsqu'un ancien meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît.
L'expression vaut pour un homme qui avait voué sa vie à la défense de l'Histoire et de la mémoire.
Mais pour ceux qui l'ont côtoyé c'est juste un grand vide qui restera. Un vide qu'on pourrait résumer en deux mots : « Au-revoir, Paulucciu… »
Février 2013
Le décès de Maria Leandri
Janvier 2013
La 3ème édition de Musicanti

Le décès de Pierre Ciabrini

Pierre Ciabrini est décédé dans la nuit. Agé de 49 ans, journaliste à Corse-Matin, il était chef des agences de Porto-Vecchio, sa ville et de Sartène.
Il avait ainsi en charge l'extrême-sud de l'île pour Corse-Matin. Il était aussi pour les lecteurs du quotidien et les visiteurs de son site, la plume de "A Dilla Franca", rubrique dominicale en langue corse, sa langue natale.
Une rubrique qu'il a tenue jusqu'au bout de ses forces. En hommage à Pierre Ciabrini, elle reste consultable sur corsematin.com. Elle montre l'attachement de ce journaliste à sa terre corse.


15/01/2013
Estru Paisanu: partage et valorisation de la musique traditionnelle
Damien Delgrossi, président du Centre de musique traditionnelle (à gauche)
et Antoine-Marie Leonelli, médiateur de musiques traditionnelles
au
musée de la Corse, présentent la quatrième édition d'Estru Paisanu.
Photo : Michel Luccioni
Restituer toutes les archives du patrimoine sonore insulaire au public, tel est l’objectif du projet porté par le musée de la Corse et le Centre de musique traditionnelle. Rendez-vous à partir du 19 janvier...
Ni du folklore et encore moins une vision passéiste de ce qui se faisait avant. Mais tout simplement une volonté : faire partager au plus grand nombre ce qu'est ou était la musique traditionnelle corse. Le musée de la Corse, à Corte, abrite des collections d'objets ethnographiques et iconographiques de la Corse. Il comprend aussi une phonothèque qui a pour missions la conservation des fonds sonores « historiques » et l'enrichissement de la collection par des campagnes de collectages. C'est à partir de cette richesse incroyable qu'est né le projet d'Estratu Paisanu-Territoires sonores.
Des musiques accessibles à tous
Car la diffusion de ces fonds auprès des publics est assurée par le service de la médiation musique traditionnelle du musée qui a pour vocation la vulgarisation, et le développement de la musique traditionnelle, tout en valorisant les fonds sonores archivés favorisant ainsi l'accessibilité de ces ressources à tous. « Le projet Estru paisanu est bien porté par le musée de la Corse en partenariat avec le Centre de musique traditionnelle (CMT). Il a pour but de partager le patrimoine sonore insulaire », explique Antoine-Marie Leonelli, médiateur de musiques traditionnelles du musée, et qui se déplace pour quadriller les différentes pievi et restituer dans les villages les voix enregistrées qui ont été capturées par des collecteurs. « Ces archives sonores sont notamment valorisées au cours de séances d'écoute lors de sa mise à disposition auprès de tous les publics », ajoute Damien Delgrossi, directeur du CMT. Lui aussi, s'appuie sur diverses associations pour organiser chaque année, maintenant depuis quatre ans Estru paisanu.« Cette année, nous avons mis en place six séances d'écoute, d'environ une heure chacune, du nord au sud de l'île. Mais au-delà, c'est également l'occasion d'organiser un dialogue avec les habitants des microrégions qui apportent leur témoignage »,notent les deux jeunes hommes.
L'attente de la population, des spécialistes ou tout simplement des curieux et des amoureux de la musique corse est grande.
Et Estru paisanu - Territoires sonores réussit son pari : valoriser et restituer in situ le patrimoine sonore collecté. « Avec le concours d'associations présentes dans les microrégions concernées, il s'agit de partager les chants, improvisations ou morceaux instrumentaux, faisant partie de la mémoire collective insulaire, le temps d'une séance d'écoute et plus encore », précise Damien Delgrossi.
Antoine-Marie Leonelli rappelle que certaines archives sonores remontent à... 1917. « Elles sont extrêmement rares. La plupart datent de 1948. Au total, le musée possède environ 2 000 heures de documents sonores ».
Début d'Estru paisanu, ce samedi 19 janvier à Aleria, à 16 heures. Une belle occasion d'honorer la tradition orale musicale. Tous les habitants de la microrégion y sont conviés : les jeunes et les moins jeunes. « C'est ouvert à tous et le rendez-vous est gratuit. Bien évidemment une séance d'écoute réussie, c'est quand le partage entre les anciens et ceux qui découvrent ces documents, s'établit. Alors tout ce patrimoine musical insulaire semble, au-delà du temps passé, l'expression d'une vie au sein d'une région ».

Mission voix en Corse

Décès de Marie-Jo Allegrini à Calvi
Marie-Jo Allegrini s'est éteinte. Pour lui rendre hommage, je reproduis ici ces paroles de Jean-François Vega qui racontait sur la page de l'Alba la genèse du groupe :
"Marie Jo, qui
souffre d'une grave myopathie depuis sa naissance, est pour moi un
exemple de force et de courage, son combat contre la maladie me touche
profondément. La musique l'aide beaucoup, elle ne peut vivre sans,
c'est ce qui nous relie. Je pense à elle régulièrement, elle a marqué
ma vie jusqu'à présent, elle me rend combatif. Elle était le centre, le
coeur de l'Alba et pour moi elle l'est encore car elle m'a transmis
cette passion infinie de la musique."
J'avais contacté Marie-Jo pour une interview, elle avait accepté immédiatement mais nous n'avons malheureusement jamais eu l'occasion de concrétiser cet entretien...
Maria Lanfranchi - Alta Frequenza) - La culture Corse a perdu l’une de ses militantes, Marie Jo Allegrini, est décédée à Calvi, sa ville d’origine. Cette balanine convaincue, avait su surmonter son handicap en se consacrant aux autres, et à la musique. Chanteuse, elle avait créé le groupe L’Alba, et on la retrouvait sur scène aux côtés d’A Filetta, de Felì, et même de Lara Fabian. Marie Jo Allegrini, s’était également engagée comme conseillère municipale de sa ville chérie, de 2001 à 2008, afin de défendre l’intérêt commun. Calvi, où elle s’est éteinte à l’âge de 48 ans, et où elle sera inhumée aujourd’hui à 15H00 (jeudi), en l’église Sainte-Marie-Majeure.

Calvi : L’hommage à Marie-Jo Allegrini
Charles Monti | Jeudi 3 Janvier 2013
Marie-jo Allegrini s’est éteinte le premier jour de cette année 2013, entourée de l’affection de sa maman Gracieuse et de ses proches. Elle avait 48 ans. Ses obsèques se sont déroulées ce jeudi à 14h30 en l’église Sainte-Marie Majeure de Calvi, en présence d’une foule immense venue l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.
Depuis, c’est un immense voile de tristesse qui s’est abattu sur Calvi, en Balagne, aux quatres coins de la Corse mais aussi sur le continent.
« Mijo » était pour beaucoup une icône. Toute sa vie , face à la maladie, elle a fait preuve de beaucoup de courage, gardant toujours espoir qu’un jour la médecine arriverait à vaincre le mal.
Tous ceux qui ont eu le bonheur de vivre à ses côtés, de la côtoyer ou simplement de la rencontrer ont été en admiration face à sa soif de vivre, sa volonté de transmettre son énergie et son dynamisme.
« Mijo » forçait respect et admiration.
Elle s’intéressait à tout, elle était une fervente supportrice du SC Bastia, de la fameuse épopée européenne à aujourd’hui. En 1981 lorsque « son Sporting » a gagné la coupe de France, c’est avec un immense bonheur qu’elle a vu Dame coupe lui rendre visite à son domicile.
Pour bien des générations, « Mijo » a été la confidente, l’amie, toujours à l’écoute, prête à rendre des services.
« Mijo » avait aussi un sacré talent de chanteuse. Chacun se souvient de ses duos avec Feli, avec Francine Massiani et bien d’autres. Sa présence sur des scènes était pour tous des moments privilégiés
Ambassadrice du Téléthon, elle a toujours répondu présent pour porter la bonne parole et donner l’espoir, n’hésitant pas malgré son handicap à se rendre à Paris, dans les studios de France2 pour chanter, représenter la Corse et soutenir l’opération du Téléthon avec force et détermination.
A chaque sollicitation d’un média elle répondait toujours favorablement. La rencontrer, discuter avec elle du quotidien, de sa vie, de ses projets était toujours un moment enrichissant et une belle leçon de la vie.
Très coquette, ne manquant pas d’humour, elle se pliait aux séances photos avec beaucoup de grâce et d’élégance.
Affectée ces dernières années par le décès de son père, le regretté « Cécé », « Marie-jo » effectuait de moins en moins de sorties.
L’hommage qui lui a été rendu jeudi est à la hauteur de tout ce qu’elle a pu donner dans sa vie.
« Mijo » on l’aimait et on l’aimera toujours. A tout jamais elle restera gravée dans nos cœurs.
En cette bien triste circonstance, CNI présente à sa mère Gracieuse et à tous ses proches ses sincères condoléances.
Jean-Guy Talamoni.: "L'usage privé des armes n'a jamais été glorifié en Corse"
03/01/2013

« Littérature et construction politique : l’exemple du Primu Riacquistu corse (1896/1945) ». C’est l’intitulé de la thèse soutenue par Jean-Guy Talamoni. L’auteur révèle ici ses plus passionnantes découvertes
Les recherches universitaires de l'élu nationaliste portent sur la démarche de renaissance linguistique, littéraire et politique qui s'est développée du tournant du siècle écoulé à la Seconde Guerre mondiale. Elles mettent au jour les mécanismes culturels et idéologiques à l'œuvre au sein de la société corse afin d'apporter un éclairage nouveau à l'action politique à venir. Pas mal d'idées reçues sont battues en brèche.
Par quels chemins intellectuels le juriste que vous êtes a dû passer pour entreprendre un travail littéraire de cette envergure ?
Si le droit est indispensable à l'organisation de la société, la vérité humaine et la sensibilité sont dans la littérature. Par ailleurs, les œuvres littéraires constituent des sujets de méditation utiles à l'action politique car elles recèlent l'esprit d'un peuple, ses singularités, les représentations qu'il élabore, en un mot son imaginaire. Outre le plaisir de la lecture et de l'écriture, j'ai conçu ce travail comme une étude de « recherche appliquée ». En effet, il s'agissait de dévoiler les mécanismes à l'œuvre au sein de la société corse - celle-ci étant appréhendée dans ce qu'elle a de constant - en vue d'agir sur ces mécanismes. J'ai estimé qu'une telle démarche serait de nature à améliorer la qualité de ma propre contribution au débat public, en tant qu'élu. Je crois que l'action politique ne devrait jamais être déconnectée du monde de la pensée.
« Militants culturels et politiques »
Pour vous, le Riacquistu ne date donc pas des années 1970 mais de bien avant…
Effectivement. On qualifie en général la première renaissance corse, au tournant du siècle, de Mantenimentu (Maintien), et celle des années 1970 de Riacquistu (Réappropriation). Or la biographie des auteurs de la première moitié du XXe siècle, et surtout leurs œuvres, montrent qu'ils n'étaient pas de simples « mainteneurs » comme les félibres provençaux, mais des militants culturels et politiques. Leur référence était la période paolienne. Ce qu'il s'agissait de se « réapproprier », c'était la dignité d'une nation. En 1914, la revue A Cispra l'exprime à travers une formule devenue célèbre : « A Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese : hè una Nazione vinta chì hà da rinasce ! »
Qu'avez-vous appris de l'enquête menée auprès des familles des auteurs ?
Notamment que tous ces écrivains considéraient la langue et la littérature comme une arme ou un instrument pour défendre l'identité corse, ce qui confirme le caractère hautement politique de la démarche. Ou encore qu'une forte majorité d'entre eux étaient favorables à l'autonomie de l'île, depuis Petru Rocca jusqu'à des écrivains comme Lucciardi, pourtant connus pour leur loyalisme pro français. Sans compter ceux qui prônaient, déjà, l'indépendance…
Comment s'est fait le basculement entre l'italien et le corse ?
À cet égard, le rôle de Santu Casanova a été décisif. En 1896 il crée A Tramuntana, journal en langue corse. Dès 1901, il indique dans ses colonnes qu'il refusera désormais les textes en toscan. Il s'agit là d'un geste fondateur. Casanova opère une rupture avec l'idée selon laquelle le corse serait une variété de l'italien.
Quels enseignements majeurs tirez-vous des œuvres de cette période ?
Comme nous venons de le voir, c'est à cette époque que s'opère « l'individuation » de la langue corse. Elle devient également la norme centrale d'un nouveau champ littéraire, sur lequel d'âpres luttes politiques se mèneront bientôt, notamment entre les corsistes d'A Muvra et les pro français de L'Annu Corsu. Mais ce que l'étude des œuvres montre surtout, c'est une grande permanence à travers le temps des thèmes, des motifs, des figures, donc de notre imaginaire national, et ce par-delà les siècles et les changements de langues, italien, français, corse.
Qu'entendez-vous précisément par « imaginaire national » ?
Simplement les représentations que se fait, notamment d'elle-même et des autres, une entité culturelle et politique suffisamment forte et singulière pour être qualifiée de nation. Or, c'est justement l'un des enjeux de ma thèse de démontrer cette force et cette singularité.
Quelles conclusions tirez-vous de cette permanence de l'imaginaire corse ?
D'un point de vue pratique, j'apporte ma contribution au débat, toujours actuel, autour de la question « Qu'est-ce que la littérature corse ? ». Certains réservent ce label à la littérature de langue corse. Cette position ne me convient pas parce qu'elle conduirait à exclure les textes du XVIIIe et du XIXe siècles en langue italienne ou les textes d'aujourd'hui en français. Doit-on écarter Salvini, Salvatore Viale ou Marie Ferranti ? Je ne le pense pas. L'autre position est celle de Hyacinthe Yvia-Croce qui, dans sa belle anthologie des années vingt, faisait une place à tous les auteurs d'origine corse, même ceux qui n'ont pas connu notre île. Aujourd'hui, cette position est très contestée : avoir un ascendant corse n'apparaît pas comme un critère pertinent. En ce qui me concerne, je propose de considérer que font partie de la littérature corse les textes qui mobilisent des éléments de l'imaginaire corse.
S'agit-il vraiment d'un critère objectif ?
Oui, si l'on se fonde sur une analyse concrète des textes, ce que j'ai fait pour une collection de pièces - nécessairement réduite - dans le cadre de ma thèse. La démarche pourrait être étendue à un corpus beaucoup plus large. L'idée est de repérer, sous les variables linguistiques, l'invariant que constitue la littérature corse.
Dans votre perspective, le prix Goncourt de Jérôme Ferrari, c'est de la littérature corse ?
Personnellement, je n'ai pas le moindre doute à ce sujet, même si on ne peut le réduire à cela. Il en est de même pour le précédent roman de l'auteur, Où j'ai laissé mon âme : la guerre d'Algérie tient aujourd'hui une place non négligeable dans notre imaginaire.
Quelles sont les idées reçues, sur la violence, la justice, les bandits d'honneur, la culture des armes ?
Lorsque l'on rompt avec la pensée simplifiante et que l'on se penche sur ce que les textes disent réellement, on se rend compte que certains critères de « corsité » relèvent largement du cliché. Deux exemples significatifs, la vendetta et les armes. S'agissant de la vengeance privée, on se rend compte qu'à la différence de ce que l'on peut trouver par exemple dans la littérature albanaise, le vengeur n'est pas glorifié. Il est considéré comme victime d'un malheur (disgrazia). De plus, systématiquement, les textes justifient la vendetta en faisant état d'une injustice commise par les institutions judiciaires. On pense ici au fameux lamentu de Jean-Camille Nicolai évoquant le « jury perfide » qui, ne lui rendant pas justice, l'a contraint à recourir à la vengeance. Dans tous les textes étudiés, la vendetta apparaît comme un choix par défaut et non comme un marqueur de « corsité ».
« Briser les clichés serait utile »
Et s'agissant des armes ?
Dans les textes littéraires analysés, les armes et les qualités guerrières ne sont valorisées que lorsqu'elles ont un usage public, à savoir la guerre pour défendre le pays, qu'il s'agisse de la Corse ou de la France. En revanche, l'usage des armes dans les conflits privés est stigmatisé par les textes, au XVIIIe comme au XXe siècle. Ici encore, la comparaison avec le cas albanais est édifiante.
Comment toute cette période littéraire peut éclairer la situation politique corse d'aujourd'hui ?
Pour les politiques, une connaissance approfondie de la société dont ils ont la charge est indispensable. Cette connaissance peut venir de l'histoire, mais également de la littérature. Lorsque, au siècle dernier, Miguel de Unamuno s'est penché sur des textes littéraires pour y chercher « L'essence de l'Espagne », ses perspectives étaient clairement politiques.
Comment les Corses peuvent-ils en tirer profit ?
Déjà, quelques décennies après la publication de Colomba, Émile Bergerat observait que nombre de Corses se conformaient, dans leurs attitudes, aux clichés véhiculés par la nouvelle de Mérimée ! Aujourd'hui encore, le poids de la littérature, et surtout du cinéma, sur les représentations qu'une société se fait d'elle-même, est considérable. Il est donc utile de briser les clichés, de rompre avec la pensée simplifiante et de refuser l'image déformée que l'on nous présente de nous-mêmes. Nous avons déjà suffisamment de problèmes réels à affronter sans y ajouter les fantasmes nourris à l'extérieur de l'île.
Quel livre recommanderiez-vous le plus chaudement à Manuel Valls ?
La Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, publiée par Don Gregorio Salvini en 1758. Il y apprendrait que les Corses élaboraient et appliquaient des principes républicains, à une époque où les Français tremblaient sous le joug d'un roi de droit divin. Cela le conduirait peut-être à davantage de modestie et à cesser de nous donner des leçons. Il y apprendrait également que les Corses, avec de faibles moyens, ont su mettre un terme à quatre siècles de domination génoise. La conquête française de l'île date de moins de 250 ans…
Dans quelle mesure votre engagement politique de nationaliste a influencé votre travail ?
Dans les objectifs poursuivis. Il s'agissait notamment d'affranchir nos représentations de l'ethnotype fabriqué par la littérature romantique française et par les œuvres cinématographiques d'aujourd'hui : l'image du Corse vivant une relation fusionnelle avec son arme, irréconciliable avec l'état de droit, etc. J'ai cherché à montrer que les critères de « corsité » étaient bien plus complexes à appréhender. En tout état de cause, même après avoir écarté l'ethnotype et avoir identifié ce qui relève authentiquement de la tradition corse, demeurent des choix à opérer. La question est : que voulons-nous conserver de cette tradition ? Car c'est bien aux générations actuelles de décider de ce que doit devenir la Corse et de construire un véritable projet de société. Comme l'écrit le poète René Char : « Notre héritage n'est précédé d'aucun testament ». Il appartient donc aux Corses d'aujourd'hui d'écrire, ensemble, ce testament.
Par Jean-Marc Raffaelli (jmraffaelli@corsematin.com)