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E nove : l'actualité corse



Dernière mise à jour : 01/07/2008

26/5/2008
Reconnaissance des langues régionales : enfin !


Par le biais d'un amendement au projet de loi sur la réforme des institutions, l'Assemblée Nationale a voté à une très large majorité len faveur de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Quelle que soit l'issue du débat en cours sur la réforme de la Constitution, plus ne sera jamais comme avant

Les opposants à une telle reconnaissance y ont toujours vu un risque pour l'unité du pays, se réclamant - quelque peu abusivement - de l'’héritage de 1789, alors que cette vision date surtout de la IIIe République. 

Ci-après le communiqué de Sylvain Ettori, Président de la Maison de la Corse

Renseignements : contact@maisondelacorse.org - www.maisondelacorse.org


La Maison de la Corse se réjouit du vote à l'Assemblée Nationale aujourd’hui 22 mai, d’'un amendement au projet de loi sur la réforme des institutions visant à inscrire la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Il s'agit là d'une revendication déjà ancienne, portée par la Maison de la Corse, comme par d'autres associations militantes pour la langue corse. Le vote d'aujourd'hui manifeste que ces voix diverses mais concordantes ont été enfin entendues.

Une initiative validée à la quasi-unanimité par les parlementaires, qui annonce peut-être des évolutions législatives futures et surtout la ratification de la Charte Européenne des Langues Régionales. Nous n'avons pas à préjuger du résultat final du débat général sur l'ensemble de la réforme proposée, mais le vote massif d'aujourd'hui est le signe qu'en tout état de cause, la question des langues régionales a été prise en compte. La Maison de la Corse apprécie cette rupture des parlementaires avec l'’interprétation rigide et intransigeante des textes qui a prévalu jusqu’alors en la matière.

L'’Histoire et la place des langues régionales font partie des questions dont l'évocation dans le débat hexagonal suscite des réactions souvent épidermiques. Les détracteurs d’'une reconnaissance des langues régionales voient dans les revendications linguistiques un risque d’'affaiblissement de l’unité nationale. Les partisans de cette vision qui lie intimement, et de façon fort discutable, unité politique et homogénéité culturelle, se réclament souvent de l’'héritage Républicain de 1789. L'’analyse historique confirme que la légitimation par l’'héritage des Lumières d’une politique linguistique particulièrement rigide est spécieuse. La politique linguistique conduite dans les années qui ont suivi la Révolution n'’était pas seulement accommodante, elle tendait même à favoriser l’'expression de la diversité linguistique locale. Comment pouvait-il en être autrement ? Quand on sait que Pasquale Paoli fut élu à Orezza le 9 septembre 1790 Président du Directoire Départemental et Général de la Garde Nationale. On voit mal le père de la Constitution Corse brimer sa langue maternelle.

Sous la Troisième République, ont été conduites des politiques particulièrement sévères et injustifiées à l’'encontre des langues régionales, qui trouvent leur épilogue ce jour. On sait aujourd’hui que les identités sont superposables, et ce sans exclusive.


Une motion a d'’ailleurs été proposée à l’'Assemblée de Corse, pour enseigner dès le primaire la langue corse, le français et l’'anglais. Dans un contexte de mondialisation, la capacité des individus à pouvoir aisément et rapidement raisonner à des échelles différentes et à les mobiliser simultanément est un atout précieux. C'’est un facteur de stabilité et la garantie de repères dans un contexte de mutation accélérée des territoires. A ce titre, la revendication d’'une reconnaissance des langues régionales n’'est pas un combat d’'arrière-garde ou le fruit d’'une volonté passéiste mais s’'inscrit bien dans la modernité.

Les langues, fussent-elles régionales, participent à l’'identité et à la culture d’une région. Ce postulat constitue un motif déjà suffisant de sa protection et de sa reconnaissance. La révision constitutionnelle introduite en 1992 est venue implicitement consacrer cette conception pour le moins monolithique conduisant à refuser de reconnaître de façon satisfaisante la place des langues régionales. C’'est ainsi que depuis cette date, l’'article 2 de la Constitution précise que ‘’la langue de la République est le français’’. Cette modification dirigée contre l’'usage de l’'anglais dans le contexte de l’'époque n'’en est pas moins un verrou constitutionnel quant à une reconnaissance des langues régionales. Cette disposition pouvait sembler anodine jusqu’à ce que le Conseil Constitutionnel en fasse une lecture particulièrement rigide dans une décision de 1999 au sujet de la compatibilité de la Charte européenne des langues régionales signée par la France à Bucarest cette année-là avec la Constitution.


Une révision constitutionnelle était donc nécessaire préalablement à la ratification de la Charte. Depuis, le dossier des langues régionales est resté gelé jusqu’à ce que le gouvernement accepte la tenue d’un débat sans vote le 7 mai dernier à l’'Assemblée Nationale. Cette inflexion sensible intervient dans un contexte marqué par la publication le 3 mars 2008 d’'un rapport de l’'ONU à l’'issue de la mission en France d'’une experte indépendante, en septembre 2007.

Ce rapport relate largement les critiques évoquées plus haut quant à la politique linguistique de la France. Il insiste sur le déclin des langues régionales, faute de statut officiel, et déplore l’'absence de politique cohérente en ce sens ainsi que l’'insuffisance des efforts engagés en renvoyant à la Déclaration sur les droits des minorités de 1992. L'’experte recommande à la France de prendre ses dispositions en vue de ratifier la Charte Européenne. Elle appelle par ailleurs l’'Etat à ‘’favoriser l’'enseignement en langue régionale ou minoritaire, dans les premières années du primaire, pour les élèves qui le souhaitent.’’

Le contexte de l’'inflexion de la position gouvernementale constitue une opportunité de mettre fin à une exception française qui n’'est plus acceptable. La Maison de la Corse toujours plus présente au sein du ‘’réseau corse’’ (www.maisondelacorse.org), félicite tous ceux qui se sont engagés dans cette entreprise, tout en rappelant que quel que soit l'intérêt des proclamations de principe, il reste à trouver des applications concrètes. Nous savons qu'un texte de loi doit être élaboré en prolongement du débat du 7 mai à l'Assemblée et du 13 au Sénat. Le vote d'aujourd'hui vaut bénédiction constitutionnelle pour un tel texte. Il reste à le mettre en forme, par un travail sérieux de réflexion et de consultation des associations représentatives de la langue corse comme des autres langues concernées.

Sylvain Ettori


Communiqué U LEVANTE

A lire sur le site d'Amnistia.net... 

"Le préfet de Corse, Monsieur Christian Leyrit, organise une réunion avec les représentants des associations du Collectif pour la loi littoral. Le représentant de l'Etat sur l'île tient des propos étranges. Il demande aux responsables du collectif de chercher des solutions pour trouver des compromis... avec la loi

Normalement, un procédé pareil pourrait s'apparenter à une offre de collusion...
Nous avons demandé à un ancien préfet de Corse son sentiment. “
"Je suis un peu surpris. En quelques phrases, voilà ce que je pense: ‘La loi, quand elle est votée, doit être appliquée. Ce n'est pas une base de discussion ouverte à tous les arrangements. Négocier l'application de la loi en faisant comme si le législateur n'avait pas déjà arbitré les contradictions entre intérêt général et intérêt privé, c'est moins rechercher le compromis que prendre le risque de s'égarer dans la compromission’.”"

 http://www.amnistia.net/news/articles/corsdos/arrangement/arrangement_201.htm 

 Association U Levante

balistra 

Tracé du sentier littoral à Pianottuli-Caldareddu

Conférence de presse de l'association U Levante du 24 mai 2008

Le texte intégral ici : http://levante.fr/loi_littoral/loi-0805-conf.html

U Levante communique : 

APPEL pour le respect du patrimoine littoral de la Corse

Affirmer notre volonté de faire respecter la loi Littoral afin que les rivages de la Corse ne deviennent pas un mur de béton quel que soit le niveau de fortune ou les relations de ceux qui désirent construire.

http://levante.fr/loi_littoral/loi-0805-conf.htmlLa situation de la Corse s'est aggravée le 17 avril 2008. Que s'est-il passé ce jour-là ? La présidente du Tribunal Administratif de Bastia, nommée en Corse en octobre 2006, a rejeté les requêtes de l'association agréée de protection de l'environnement ABCDE. Cette dernière demandait qu'il soit mis fin aux débuts des travaux des villas de Messieurs Séguéla, Sulitzer et Delsol, sur la côte orientale de Bunifaziu, en application de la loi Littoral et de jugements déjà rendus au cours de ces dernières années.
Pour plus de détails  : http://cll-corse.org/

Les directions clandestines du FLNC dépassées par l'émergence de jeunes radicaux

Vingt-six attentats revendiqués et des menaces contre les "colons" : depuis le 5 mai, date anniversaire de la création du Front national de libération de la Corse (FLNC) en 1976, la Corse compte un nouveau groupe clandestin, logiquement baptisé FLNC 1976.

Une organisation de plus dans une île où, en l'espace de trente ans, près de 200 groupuscules aux noms souvent fantaisistes et aux motivations parfois floues ont rythmé l'actualité à coups de bombes. Ces "faux nez" des divers FLNC, tantôt issus de scissions, tantôt nés de querelles personnelles entre responsables locaux, étaient autrefois priés d'abandonner la cagoule ou s'intégraient aux structures existantes. Depuis cinq ans, l'errance du camp indépendantiste a privé de gouvernail les directions clandestines des deux FLNC, dépassées par de jeunes éléments radicaux.

La facilité de se procurer armes et explosifs et le "bouillon de culture" mêlant chansons militantes, fascination médiatique et imagerie révolutionnaire, continuent d'exercer un attrait certain sur une frange de la jeunesse corse confrontée aux difficultés sociales.

Alors que le FLNC uni "tenait la rue", la clandestinité corse échappe aujourd'hui à ses chefs. Conséquence : la multiplication des attentats "franchisés", commis par de petites équipes isolées, parfois sans réelle formation "militaire" ou politique, et ensuite labélisés dans des communiqués d'organisations existantes, augmente les risques de tuer ou de blesser. "Monter au charbon seul ou à deux, c'est là que le danger commence : pas d'équipe de repli, pas de groupe pour se préoccuper de la sécurité", commente maître Eric Barbolosi, avocat de quatre des jeunes gens interpellés le 21 avril. Les premières victimes de ce délitement des organisations clandestines se retrouvent dans leurs propres rangs. Depuis mars 2006, quatre "ribelli" ont trouvé la mort dans l'explosion de leur bombe.

Antoine Albertini
Article paru dans l'édition du Monde du 13.05.08

Une nouvelle mode : le bivouac sur les plages corses !

Une mode très prisée par les organisateurs de séjours en Corse : le bivouac sur les plages !! Très pratique, très économique mais formellement interdit !

De plus en plus d'organismes proposent des séjours en Corse avec dépaysement garanti : se promener en 4X4, en quad, en jet ski ou en kayak pour aller faire du camping sauvage, pardon, ils appellent cela un « bivouac » à la belle étoile bien souvent sur nos plus belles plages. De préférence celles qui sont protégées Natura 2000, Patrimoine Mondial de l'Unesco, Propriété du Conservatoire du Littoral. Cerise sur le gâteau, le dîner peut se faire autour d'un beau feu de camp : au diable là aussi l'interdiction préfectorale du fait des risques d'incendie ! Après tout, ce sont les vacances. Et ce sont les affaires !

L'association U Levante vient d'adresser une lettre sur ce sujet à la Préfecture de région, à la DIREN, à la DDE ainsi qu'au Conservatoire du Littoral.


Portrait : Patrizia Gattaceca, la fierté corse

LE MONDE du 25.02.08



A
ssignée à résidence. L'ordre judiciaire ne souffre pas d'exception. Patrizia Gattaceca, 50 ans, chanteuse depuis le début des années 1970, professeure certifiée de corse depuis 1991, année de la création du diplôme, poète et écrivaine de langue corse, n'a jamais quitté son île tout en multipliant les escapades : Mexique, Géorgie, Italie, Espagne, Pays basque, Belgique... Aujourd'hui, pour la première fois de son existence, cette femme qui a passé sa vie à exporter la langue et la culture de ses ancêtres est contrainte à l'immobilité.

La Corse comme prison, quel paradoxe. Patrizia Gattaceca, mise en examen le 10 novembre 2007 par le juge antiterroriste Gilbert Thiel pour "recel de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", a perdu sa liberté pour protéger celle d'un célèbre compatriote en fuite. Pendant l'été 2002 et une partie de l'hiver qui a suivi, elle a caché dans sa maison - "là-haut, au village" - Yvan Colonna, recherché par toutes les polices de France dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du préfet Claude Erignac.

Lorsque les policiers ont interpellé Patrizia, le 6 novembre 2007, et qu'ils l'ont transférée à Paris, au siège de la police antiterroriste - "sans jamais me menotter", apprécie-t-elle -, ils ont trois jours et trois nuits durant tenté d'en savoir plus. Sans barguigner, elle a reconnu les faits : "Oui, j'ai hébergé cet homme. Culturellement, il m'aurait été impossible d'agir autrement. C'est la loi de l'hospitalité", leur a-t-elle déclaré. Mais, au grand dam des enquêteurs, elle en est restée là.

Comment cet homme traqué, soupçonné d'assassinat - elle demeure convaincue de son innocence - est-il arrivé chez elle ? Qui l'a emmené ? Elle n'a rien dit et ne dira rien. Convoquée ce mardi 26 février à Paris chez le juge, elle va une nouvelle fois devoir expliquer les raisons de son silence. Le dialogue risque de tourner court...

En revanche, elle veut bien évoquer l'homme, Yvan Colonna, qu'elle est "heureuse d'avoir eu en sa compagnie". Durant son séjour, "même s'il était le plus souvent seul", ils ont parlé de tout. Mais jamais, assure-t-elle, de l'affaire Erignac. Elle n'a confié à personne ce qu'elle faisait. Pas même à son fils, âgé de 10 ans à l'époque, à qui elle avait indiqué qu'il s'agissait d'un homme qui avait "besoin d'aide".

Avant d'être berger à Cargèse, en Corse-du-Sud, Yvan Colonna avait été étudiant à Nice à la fin des années 1970, en même temps qu'elle. "A cette époque, on ne faisait que se croiser à la fac, avec les autres étudiants corses", se souvient-elle. Une fois rentrés en Corse, elle dans le Nord et lui dans le Sud, ils ne se sont guère rencontrés, sinon à l'occasion de quelques manifestations. Il a fallu les événements que l'on sait pour qu'ils fassent vraiment connaissent. Si c'était à refaire, elle le referait. "La solidarité et l'entraide sont aussi des devoirs chrétiens", se défend-elle.

Patrizia Gattaceca n'avait pas besoin de cette péripétie pour atteindre la célébrité ni pour susciter le mouvement de sympathie qui s'est déclenché en Corse au soir de son interpellation. "Sa garde à vue et ses démêlés avec la justice ont terriblement choqué l'opinion corse", relève Jean-Marc Raffaelli, journaliste à Corse-Matin. On avait touché à une idole. "J'ai reçu des messages de soutien du Canada, d'Israël et d'Allemagne", s'émerveille-t-elle. Au final, ses ennuis judiciaires ont "fait beaucoup plus pour l'image de Colonna que toutes les conférences de presse et les initiatives réunies de son comité de soutien", constate Jean-Marc Raffaelli.

Avant cette mésaventure qui en a fait une héroïne sur l'île, Patrizia Gattaceca était déjà une sorte d'icône. Voilà plus de quinze ans que les Corses sont fiers d'elle et du trio des Nouvelles Polyphonies formé avec Lydia et Patrizia Poli, au début des années 1990.

Nombreux sont ceux qui se souviennent du prix décroché par les trois filles, en 1992, aux Victoires de la musique. Tous les Corses ont gardé en mémoire la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'Albertville, la même année. L'âme corse chantée en direct devant des centaines de millions de téléspectateurs, c'était du jamais-vu. "C'est Philippe Decouflé qui avait eu l'idée. Il avait flashé sur notre album", se rappelle-t-elle.

Bien avant cette consécration, Patrizia Gattaceca était connue sur l'île comme une chanteuse engagée au service de la langue. "J'aime la Corse. C'est naturel. C'est elle qui nourrit mon art. C'est ma façon de participer à la lutte politique pour les droits de mon peuple", dit-elle. Fille d'Antoine, un conducteur de travaux natif de Penta-Acquatella en Castagniccia (Haute-Corse) et de Laurentine, une secrétaire de direction originaire de Bastia, Patrizia a grandi entre quatre frères aînés et un cinquième plus jeune, naviguant du village paternel au quartier de la Citadelle, à Bastia. "J'ai toujours baigné dans la culture corse. Mon père chantait souvent, et toujours en corse", raconte-t-elle.

Indépendantiste ? Autonomiste ? Elle qui n'a jamais eu à apprendre le corse - "C'était la langue qu'on parlait chez moi ; c'est aussi celle que je parle avec ma fille et mon fils" - se bat aux côtés des nationalistes. Mais elle déplore la violence : "Les attentats, ça ne sert à rien." Un statut d'autonomie lui conviendrait très bien. "Je ne comprends pas qu'on ne l'ait pas encore obtenu", dit-elle. L'indépendance ne lui fait pas peur, "mais on n'est pas prêts".

Aux élections municipales, elle figure pour la première fois sur une liste nationaliste, conduite à Bastia par Gilles Simeoni, l'un des avocats d'Yvan Colonna. Au-delà du calcul politique et des voix qu'il espère attirer, Gilles Simeoni l'a choisie parce qu'"elle incarne un nationalisme ouvert aux autres".

Sa prise de conscience en faveur de la défense de la langue et de la culture corses date de l'été 1975. Elle n'avait pas 18 ans, lorsque, du 21 au 22 août de cette année-là, des militants régionalistes membres de l'ARC (Action régionaliste corse), les pères du nationalisme corse, avaient occupé la cave viticole d'Aleria. Plus de mille gendarmes et CRS avaient été dépêchés du continent pour donner l'assaut contre le commando. Une fusillade avait éclaté, provoquant la mort de deux agents des forces de l'ordre. Les responsables du mouvement, dont l'emblématique Edmond Simeoni - père de Gilles -, avaient fini devant la cour de sûreté de l'Etat, équivalent de la cour d'assises spécialement composée pour les procès terroristes d'aujourd'hui. Celle-là même qui, dans un peu plus d'un an, décidera définitivement de la culpabilité ou de l'innocence d'Yvan Colonna. Patrizia Gattaceca connaît les risques qu'elle a pris.

 

Yves Bordenave

PARCOURS

1957
Naissance à Penta-Acquatella, en Haute-Corse.
1975
Occupation de la cave viticole d'Aleria.
1992
Victoires de la musique et cérémonie d'ouverture des JO d'Albertville.
2002
Cache Yvan Colonna dans sa maison.
2007
Mise en examen.
2008
Audition par le juge Thiel.

La Révolution corse : le CD est en vente, le film est pour la fin 2008 

Cliquez sur l'image.
L'adresse est la suivante :
http://revolutioncorse.free.fr/

revol

Info ADECEC :

SARTÈ, CITÀ D'ARTE È DI STORIA

U 10 di ghjennaghju di u 2007, una delegazione sartinese era ghjunta à u ministeru di a Cultura in Parigi, è a ministra Christine Albanel hà datu u labellu di Cità d’arte è di storia à Sartè è à 7 nove cità. Ghjè a seconda cità di Corsica dopu à Bastia chì l’hà ottenutu cù, in tuttu, 124 altre cità è regione.
Oramai, Sartè face parte di e cità è regioni chì trasmettenu a cunniscenza è u sapè fà. Hè a seconda cumuna di Francia a più stesa è si tene un patrimoniu archeologicu, custruitu è immateriale uriginale. A vuluntà pulitica hè di fà un sviluppu turisticu di u so territoriu à parte da un prugettu culturale di qualità.
U sustegnu di a Cullettività Territuriale di Corsica serà primurosu per a messa in opera di a cunvenzione cù u Statu. E « Villes et Pays d'art et d'histoire », impieganu un persunale capace, urganizeghjanu azzioni di sensibilizazione è creanu attelli pedagogichi.
In Sartè, un centru d'interpretazione di l'architettura è di u patrimoniu hè messu in piazza. Presenta l'evuluzione di a cità è accoglie dibattiti è cunferenze nant’à l'attualità di l'architettura, di l'urbanismu, di u patrimoniu è di u paisaghju.
 

La Corse vers le monde dans FORA !

Hommage à Pascal Paoli à Londres

In Londra, nantu à i passi di Paoli
Eramu cinquanta cinque Corsi in Londra, à rifà i passi di u generale Pasquale Paoli, per a cummemurazione di a so morte. Issu pelegrinagiu era urganizatu da Stella Castela, Silvia Casalta, Ghjuvan Petru Defendini, Pasquale Valentini.

Duie cent’ anni dopu à a sparizione di u Babbu di a Patria, più di cent’ anni dopu à u so ritornu in Corsica, u nostru populu ùn s’hè micca scurdatu di quellu chì fù u so Capu di Statu è u primu ind’u mondu à mette in ballu una Republica muderna, incù una custituzione è a spiccanza di i puderi.

Sè a Francia ùn ricunnosce l’impurtanza di a so opera (si ramenta omu chì u cunsigliu municipale di Parigi ùn hà vulsutu, qualchì mese fà, dà u so nome à una piazzetta), l’Inguiltera, ella, hà stallatu in lu so panteone, in l’abbazia di Westminster, u bustu di u nostru generale.

Ùn fù una cosa simplice, di fà sente in issu locu u nostru innu naziunale « Diu vi salvi Regina ». Ci hè vulsutu à neguzià incù l’autorità religiose inglese. Ma quesse, cuscente di a forza simbolica di issu viaghju, anu datu u so accunsentu.

Cusì, adduniti intornu à u bustu è à a lastra posta in memoria di Pasquale Paoli, l’avemu resu un umagiu cummuvente. Mentre chì dui zitellucci tenianu a bandera corsa, i cantadori di « Barbara Furtuna », Ceccè Buteau è Ghjuvan Antone Orticoni, fecenu risunà quelle armunie care in issi lochi tracarchi di storia… Tutti quelli chì anu participatu à issa ceremonia a teneranu in mente per u sempre.

Ghjuvan Guidu Talamoni

... et à Paris




Spectacle - La Corse à Paris

Un spectacle musical qui met l’île de Beauté à l’honneur

Emilie-Anne Jodier, le jeudi 13 décembre 2007

Dans cette ambiance de fête où les comédies musicales fleurissent comme le muguet au printemps, un spectacle corse apporte un peu d’exotisme. Mêlant théâtre, musique, chant mais aussi combats, La Révolution corse de Maga Ettori ne peut pas être cataloguée. Ni comédie musicale ni simple pièce de théâtre, ce spectacle qui se joue en arène, les comédiens entourés des spectateurs, revient sur 200 ans d’indépendance farouche. Mais pas seulement. Car la Corse, c’est une île, mais c’est aussi toute une culture, une histoire et tout un peuple qui attend de partager ses traditions et ses passions avec les continentaux.

C’est pour cette raison que la Maison de la Corse, à Paris, a tout mis en œuvre pour que ce spectacle voie le jour. Pendant trois soirées, les artistes vont faire résonner le Palais des Sports de Levallois de leurs chants et de leurs rires, puisque si la musique est partie prenante de l’aventure, il n’y a pas de raison que l’humour en soit absent. Les Parisiens auront donc le privilège d’être invités à partager ce moment qui ne met de côté ni la comédie ni les effets spéciaux car, après tout, il en faut pour tous les goûts.

Décalé

Il y a 200 ans de cela disparaissait Pascal Paoli, celui qui dota la Corse d’une Constitution en 1755 et qui accorda le droit de vote à tous les citoyens : hommes, femmes, juifs et musulmans. Une provocation pour l’époque ! Pour lui rendre hommage, le spectacle de Maga Ettori n’hésite pas à faire appel au décalage mais aussi aux grandes scènes travaillées, voire chorégraphiées, notamment lorsqu’il s’agit de faire revivre les combats en costumes d’époque. Le tout pour affirmer le droit à la différence.

Et que serait la Corse sans la musique ? Composés par Patrice Bernardini, les chants et chansons de La Révolution corse transporteront le public dans différents genres, de la célèbre polyphonie à la berceuse en passant par le chant de guerre et la musique sacrée. Un spectacle complet, pour toute la famille, qui se donne pour objectif de nous faire tomber amoureux de l’île de Beauté en deux heures.

La Révolution corse, d’après l’œuvre de Maga Barbarossa, mise en scène de Maga Ettori, musique de Patrice Bernardini, les 13, 14 et 15 décembre au Palais des Sports (Marcel-Cerdan), 141, rue Danton, 92300 Levallois. Tarifs : de 25 à 45 euros. Renseignements sur le site www.revolutioncorse.com

Edition France Soir du jeudi 13 décembre 2007 n°19669 page 20


Arrestation de Patrizia Gattaceca

Patrizia Gattaceca a été arrêtée jeudi matin 8 novembre à son domicile dans les environs de Bastia. Elle a été transférée à Paris vendredi soir pour y être entendue par la justice sur ses liens avec Yvan Colonna. Elle devrait être présentée dans la journée de samedi au juge d'instruction Gilbert Thiel et pourrait être mise en examen pour "recel de malfaiteurs". Elle aurait reconnu en garde à vue avoir hébergé Yvan Colonna à deux reprises... Un comité de soutien est en cours de constitution. A suivre.

DERNIERE MINUTE (samedi 10 novembre - 19h20)
PATRICIA LIBEREE
La chanteuse corse a été remise en liberté sous contrôle judiciaire.

16 novembre 2007. Communiqué de Patrizia Gattaceca :

Interpellée mercredi 7 novembre, mise en garde à vue pendant soixante douze heures et transférée à Paris, vu les conditions de l'enquête à mon sujet, j'avais toutes les raisons de craindre une détention prolongée.
Je me trouve donc aujourd'hui sous le coup d'une mise en examen sous contrôle judiciaire, assignée à résidence en Corse. Je suis convaincue que je ne dois la décision de ma misé en liberté qu'à l'extraordinaire ampleur et à la promptitude de la solidarité que vous m'avez accordée sans réserve, vous tous de Corsé et d'ailleurs, parents, familiers, culturels, responsables politiques, personnalités, associations, syndicats ou simples particuliers.

Le retour dans ma famille, parmi les miens, au milieu de la communauté qui m'apporte un appui si profond me sera d'un grand secours, car j'ai besoin de force aujourd'hui, dans les démarches engagées pour la libération de mon fils. Je mesure aussi combien cette solidarité active démontre la permanence et la solidité de la relation aux autres que conserve, dans notre culture, l'identité individuelle au quotidien et dans les circonstances exceptionnelles telles que celles-ci.

Du fond du coeur et de notre culture, un merci que je vous adresse, sur un brin de Filetta.

Patrizia

Le procès d'Yvan Colonna

Communiqué du Comité Régional de la Ligue des Droits de l'Homme :

« Répondant à une sollicitation de la ligue des droits de l’homme et de sa délégation de Corse, la Fidh (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme) a décidé d’organiser une mission d’observation pendant le procès d´Yvan Colonna qui se tiendra à Paris, à partir du 12 novembre devant la Cour spéciale d’Assises.
Cette mission n’a pas vocation à se prononcer sur la culpabilité ou la non culpabilité d’Yvan Colonna, accusé de l’assassinat du préfet Erignac. Elle a pour objectif d’observer le déroulement de ce procès au regard des principes fondamentaux de la présomption d´innocence et du procès équitable notamment des droits de la défense.
Elle sera composée de Maître Doris Leuenberger, avocate au barreau de Genève, présidente de la ligue suisse des droits de l´homme qui a effectué d’autres missions pour la FIDH en Tunisie et au Sahara occidental, et qui sera assistée d’autres avocats et juristes membres de cette ligue, ainsi que de Maître Michaël Berg, avocat allemand, délégué auprès de la FIDH par la ligue allemande des droits de l’Homme.
Le comité de Corse de la LDH rappelle que la FIDH avait mandaté une mission identique lors du procès en appel de Jean Castela et Vincent Andriuzzi, tous deux poursuivis et acquittés dans cette affaire alors qu´ils en étaient présentés comme les instigateurs.
Pour LDH Corse, ces missions d’observation s’inspirent du rapport de la FIDH « France/justice antiterroriste ; la porte ouverte à l’arbitraire » de janvier 1999.

Ajaccio, le 28 octobre 2007

Pour un procès équitable

La Ligue des droits de l’Homme et sa délégation régionale de Corse « déplorent l’amalgame entre l’exigence d’un procès équitable pour Yvan Colonna et une quelconque appréciation sur les responsabilités éventuelles de ce dernier dans les faits qui lui sont reprochés.
Pas plus que dans de nombreuses affaires judiciaires dans lesquelles elle est intervenue, la LDH n’entend porter, à ce stade, un jugement sur la culpabilité ou la non culpabilité d’Yvan Colonna.
En revanche, la LDH s’est inquiétée, à plusieurs reprises, des conditions dans lesquelles l’instruction de ce procès a eu lieu et des déclarations d’hommes politiques considérant Yvan Colonna comme coupable. Ses inquiétudes ont été renforcées par la décision des juges qui ont acquitté deux des personnes poursuivies dans cette affaire alors qu’elles en étaient présentées comme les instigateurs.
La LDH reste attachée à ce que tout accusé bénéficie de la présomption d’innocence et d’un procès qui soit pleinement équitable. »
Paris, le 18 octobre 2007

La France, pays des Droits de l'Homme ?

On peut sérieusement en douter au vu de deux affaires récentes :

Les conditions de détention révoltantes de Dominique Pasqualaggi, tout d'abord :

Deux rapports médicaux critiquent le maintien en prison du nationaliste corse qui s'était défenestré.
Malgré deux rapports médicaux accablants, un détenu nationaliste corse gravement handicapé est maintenu en détention à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne). Dominique Pasqualaggi, 34 ans, s'était défenestré, le 14 juin, alors qu'il était en garde à vue à la sous-direction de l'antiterrorisme, à Paris.
"La détention n'est possible actuellement qu'en milieu hospitalier spécialisé en rééducation, a estimé, le 26 juillet, l'expertise médicale dont Le Monde a eu connaissance. Cette prise en charge n'est pas réalisée à l'hôpital de Fresnes." Souffrant de multiples fractures, plongé dans le coma, M. Pasqualaggi avait été admis au service des urgences de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière avant d'y subir plusieurs interventions chirurgicales lourdes.
Un premier rapport médical avait conclu le 5 juillet à son nécessaire "maintien en service de réanimation", évoquant un "pronostic vital encore engagé". Quinze jours plus tard, le blessé était pourtant transféré à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes (Le Monde du 26 juillet). Le 19 juillet, il recevait une nouvelle visite médicale dont les conclusions, sans appel, étaient transmises au juge d'instruction Gilbert Thiel.
Contactée par Le Monde, l'administration pénitentiaire a expliqué "ne pouvoir s'exprimer sur l'état de santé des prévenus". Selon son conseil, Me Pascal Garbarini, l'état de santé de M. Pasqualaggi a connu, depuis son transfert à Fresnes, une "nette dégradation" marquée par l'apparition d'oedèmes et d'escarres, d'une tendinite au genou gauche et d'un pied bot dû à une malposition. "Il est incontinent et doit attendre plusieurs heures dans ses propres excréments avant qu'on ne le change", ajoute l'avocat. Selon un proche, le détenu s'est plaint d'être "lavé au jet d'eau, dans une salle spéciale". (
LE MONDE du 19.09.07)


Finalement, la Cour d'appel de Paris, contre l'avis du parquet, a décidé le 25 septembre la remise en liberté pour raisons médicales de Dominique Pasqualaggi.

La décision de reconduite à la frontière d'Hicham Aallou ensuite :

Né au Maroc en 1983, Hicham Aallou a rejoint en 1997 à Calenzana son père Mohamed, ancien combattant de l'armée française. Scolarisé au collège de Calvi en 1998/1999, Hicham a suivi une formation professionnelle et travaille comme ouvrier boulanger. En 2005, il épouse Najima, résidente à Calvi dont le père a la nationalité française et entreprend toutes les démarches pour régulariser sa situation. Il a été interpellé à la sortie de son travail et a fait l'objet le 11 septembre d'une reconduite à la frontière, malgré les requêtes introduites par de nombreuses association dont Ava Basta et la LDH et bien qu'il vive en Corse depuis 10 ans...

Lu dans Le Monde du 01/09/2007 :

Le kaddish perdu des juifs de Corse

Dans la petite salle de la synagogue, derrière les façades de la rue du Castagno qui dévale vers le vieux port de Bastia, des mains ridées étreignent les franges du tallith, le châle traditionnel de prière juif.
Ce samedi d'août, trois vieux messieurs psalmodient dans un hébreu un peu hésitant la prière du shabbat, les yeux clos, le regard tourné vers un passé où les rires des enfants de réfugiés juifs d'Alep ou de Tibériade encombraient les ruelles du vieux quartier génois de la ville.

Un passé où la minuscule synagogue Beith Mer, installée en 1934 dans un ancien appartement, ne pouvait pas accueillir toutes les familles venues prier pour Yom Kippour ou Rosh Ha-Shanah. Un passé où le vieux Nahmani avait convié le petit peuple bastiais, bonnetiers juifs et tenanciers de cantines, pisciaghje ("poissonnières") et pêcheurs, prêtres de l'église Saint-Jean toute proche, catholiques et juifs mêlés, à célébrer sur la place du Marché la naissance de son onzième enfant. Un fils, enfin, après dix filles !

C'était dans l'autre siècle... Celui qui avait vu 744 hommes, femmes et enfants débarquer dans le port d'Ajaccio un matin de décembre 1915, expulsés d'une Palestine encore sous le joug ottoman et que se disputaient Britanniques et Français d'un côté, Turcs et Allemands de l'autre. Muletiers, cordonniers, agriculteurs, ils avaient dû tout quitter pour une patrie incertaine autant qu'inconnue, emportant avec eux la somme de 3 livres turques par famille et quelques objets rituels.

Souvenirs de ces temps enfuis, les noms s'effacent peu à peu des devantures des commerces de la rue Napoléon, dans le centre ancien de Bastia, où une grande partie de la communauté a essaimé peu après son arrivée à Ajaccio. Des dizaines d'échoppes autrefois tenues par les Ebrei – les "Hébreux", en Corse –, il n'en reste que trois pour perpétuer la présence de la communauté. Côté impair, les deux chausseurs Cohen. En face, Chez Aben Frères, articles et vêtements de travail.

Partis, les familles Yebgui, les Chetrit et les Eknine. Montés en Israël, les filles Eskenazy, les sœurs Abbo et les Toledano, dont l'un des patriarches deviendra ministre du culte du premier gouvernement de David Ben Gourion. Entre Ajaccio, Saint-Florent, L'Ile-Rousse ou Bastia, il ne reste plus qu'une vingtaine de familles. Depuis la mort du rabbin Mayer Toledano en 1970, bien peu de fidèles à la prière du shabbat.

Quand un deuil frappe une famille, il est difficile de réunir les dix hommes dont la présence est indispensable pour dire le kaddish, la prière des morts. Le plus souvent, un rabbin est dépêché du continent. Il n'oublie jamais d'apporter des produits casher : le dernier rayon de la dernière épicerie à proposer de la nourriture autorisée a fermé, il y a quinze ans, faute de clients. "C'est pourquoi le consistoire nous autorise à dire le kiddouche, la bénédiction du vin, avec de la bière. Nous ne trouvons plus de vin casher", s'excuse Claude Benassouli. Arrivé en Corse en 1991, cet ancien conservateur des hypothèques anime une fois par semaine une classe d'hébreu, langue qu'il a apprise, à 28 ans, à Paris, quand il était un jeune rapatrié d'Algérie. Ses élèves ? Neuf dames patronnesses des bonnes œuvres du couvent Saint-Antoine et un moine franciscain...

Un ancien de la communauté soupire : "Pour voir les juifs de Corse, il suffit de monter au carré israélite du cimetière."

Berri "Shalom" Spitezki et Salomon Weiss, eux, ont préféré rencontrer les vivants. Au mois de juillet, ces deux jeunes loubavitchs new-yorkais, d'origine belge, sont venus. Depuis quarante ans, chaque été, les jeunes hommes non mariés de ce mouvement ultra-orthodoxe accomplissent des visites aux foyers juifs en déshérence. Leurs pas les portent d'Ukraine en Afrique du Sud, en Roumanie... Cette année, Salomon a décidé de suivre son ami Shalom sur les traces de sa propre famille. "C'est ici que ma grand-mère a trouvé refuge pendant la seconde guerre mondiale, sur les conseils d'amis du continent. Elle a pu échapper aux rafles", explique-t-il à la terrasse d'un café, place Saint-Nicolas, à Bastia.

A l'heure de l'apéritif, entre deux tables où des Bastiaises rivalisent d'élégance et des vacanciers en short décortiquent les guides de tourisme, Shalom et Salomon, kippa sur la tête et barbe fournie malgré leurs 21 ans, s'étonnent encore de l'accueil qu'ils ont reçu au long de leur périple. "Ailleurs en Europe, on ne vient pas vers nous, on nous regarde plutôt curieusement. Ici, en deux jours, nous avons été accueillis dans tous les cafés. Les gens nous abordent spontanément, viennent nous parler... C'est très étonnant."

L'idée qu'ils se font des juifs de Corse ? "Une communauté qui vieillit mais qui reste très attachante. Bien sûr, ils ne sont que quatre ou cinq à la synagogue. Mais tous les samedis, elle est ouverte dès 8 heures du matin. C'est ça qui est important pour nous", explique Salomon. Leurs pérégrinations insulaires ont mené les deux compères de Saint-Florent à Ajaccio, en quête des enfants perdus d'Israël, ces jeunes Corses d'origine juive qui ont reçu, pour tout héritage, un nom ou un prénom porté par leurs ancêtres venus d'Haïfa ou d'Alep.

C'est la fierté et le tourment des juifs de Corse : avoir su s'intégrer à cette île que l'on dit rétive à l'étranger. Une île profondément catholique, aussi. Avoir su s'intégrer jusqu'à s'y être perdus, happés par la puissante attraction d'une culture méditerranéenne et cosmopolite, à mille lieues des clichés rebattus, une culture dont les racines se sont sans cesse recomposées au gré des apports extérieurs. Juifs. Corses. Français. Tout cela à la fois. "Mon identité ? Elle ne se partage pas", tranche Jacques Ninio, 82 ans.

Dans le petit appartement qu'il occupe avec son épouse, la fille du rabbin Toledano, le doyen de la communauté incarne ce paradoxe. Il reste l'un des piliers de l'office du shabbat, s'efforce de manger casher, organise les festivités de Kippour. Mais, sitôt la conversation engagée, voici sa propre histoire qui resurgit, celle du fils de réfugiés devenu traculinu – colporteur – dans les villages de l'île, enfant d'un pays où les anciens pensent en corse avant de parler français.

En 2001, Jacques Ninio a écrit au préfet, inquiet. "Les anciens de la communauté sont assez pessimistes quant à la continuité d'une présence juive en Corse." Et, pourtant, impossible de boucler les valises, de partir rejoindre la famille sur le continent ou en Israël. "On est restés après la retraite, seuls. On aurait pu partir. Mais non, ça n'aurait pas marché", soupire Rachel, sa femme. "Et puis, partir pour où ? demande un alerte quinqua de la communauté. Quel est l'endroit au monde où des juifs ont été mieux accueillis qu'ici ? Même au XVIIIe siècle, quand la moitié de l'Europe n'avait toujours pas accordé le moindre statut aux juifs, et que l'autre les pourchassait, la Corse était une terre d'accueil pour nous."

Dans l'île, tout le monde connaît l'histoire des "juifs de Paoli". En 1764, alors que Pasquale Paoli, héros de l'indépendance, préside aux destinées de l'éphémère république corse, des israélites italiens sont incités à s'établir dans l'île. Trois ans plus tard, à ses partisans qui l'interrogent sur le statut à accorder à ces nouveaux venus, Pasquale Paoli répond sans hésitation : "Chaque homme établi sur la terre franche de notre patrie a le droit de choisir ses magistrats et ses représentants." "La liberté, ajoute-t-il, n'a ni confesseur ni inquisiteur."

"L'attitude de Paoli répond autant à sa pensée profondément égalitaire qu'à son utilitarisme, explique le professeur Antoine-Marie Graziani, biographe de Pasquale Paoli et membre de l'Institut universitaire de France. Il a vu les juifs faire prospérer Livourne et Naples, il sait qu'ils peuvent apporter à la Corse ce que les insulaires ne savent pas faire : du commerce. Les protéger est pour lui une évidence, autant philosophique que politique." Quand éclate la seconde guerre mondiale, 80 000 soldats italiens et 15 000 Allemands débarquent sur les côtes corses en 1942. Comme ailleurs, des lettres dénoncent. Mais en Corse, en dépit de l'internement de 80 juifs à Asco, un village situé au pied du Monte Cinto, aucun ne partira vers les camps de la mort.

L'île sera même aux avant-postes de la création de l'Etat d'Israël. En 1948, un haut fonctionnaire de la police et trois truands s'invitent dans le bureau du préfet de Corse. Ils sont chargés par Jules Moch, ministre de l'intérieur, d'organiser clandestinement le premier acheminement d'armes par voie aérienne à destination de l'Etat hébreu. Au préfet, qui voit l'initiative d'un mauvais œil, l'étrange quatuor présente un dossier. Le haut fonctionnaire blêmit. La promesse de quitter l'île dans une caisse en bois achève de le convaincre. Son nom ? Maurice Papon. Transportées par des marins corses depuis Marseille, les armes seront finalement chargées dans des avions envoyés vers le tout nouvel Etat d'Israël.

Les yeux dans le vague, Rachel Ninio sourit. "Oui, c'est une belle histoire. Mais nous, ce que nous attendons aujourd'hui, c'est un miracle." 

Antoine Albertini

Littoral Corse : danger !

18/10/2007 : Le diaporama de la conférence de presse est ENFIN disponible en ligne et … lisible !!! le reste du site ne l’est pas (autre que via Internet Explorer) mais l’affichage du diaporama vous donne un aperçu de la qualité du nouveau site que l'équipe d'U Levante est en train de concocter :

Le texte complet (diapositives et commentaires) de la conférence de presse que le collectif pour l’application de la loi littoral a donné à Ajaccio le 1er septembre dernier.

http://perso.orange.fr/levante/loi_littoral/loi_confPresse010709_accueil.htm 

Bonne et édifiante lecture !...

Samedi 1er septembre 2007, le collectif pour l’application de la loi littoral en Corse a tenu conférence de presse. Vous en trouverez ci-dessous le communiqué.

Celui-ci figure bien sûr sur le site internet d'U Levante : http://perso.orange.fr/levante

PADDUC : Espaces remarquables déclassés = constructibilité en vue de gros projets immobiliers ?

L’étude de cartes des espaces remarquables et des délimitations des espaces proches du rivage, cartes inédites au 1/50 000, éditées dès décembre 2005 dans le cadre de l’élaboration du PADDUC, réalisées par le cabinet Tetra, et leur comparaison avec les documents d’urbanisme communaux en cours d’élaboration, démontre que :

- la limite des Espaces Proches du Rivage (ou EPR) est modifiée et qu’elle se trouve maintenant très rapprochée du rivage
- de nombreux Espaces Remarquables (ou ER) des atlas littoraux disparaissent : le PADDUC viserait-il à « désanctuariser » la Corse ?
- les espaces remarquables "déclassés" des atlas sont constructibles dans les plans d'urbanisme communaux (ou PLU) ... pour de gros projets immobiliers. Il y a concordance entre les ER du PADDUC et ceux des PLU des communes ER déclassés = constructibilité en vue de gros projets immobiliers ?
1 - Limite des EPR modifiée et très rapprochée du rivage Parallèlement à modification du tracé, l’exécutif propose une modification législative qui consisterait à écarter l’application de la loi Littoral au-delà des EPR, au profit de la loi Montagne, dont les dispositions sont moins contraignantes. Cette proposition ne change pas le droit existant (il faudrait une loi pour cela), mais elle est significative de la volonté de nos dirigeants de marginaliser la loi Littoral.

2 - Très nombreux déclassements d’E.R. des atlas Si la CTC a finalement obtenu le pouvoir de recenser les espaces répondant à la définition de la loi (L.146-6 et R.146-1), elle n'a absolument aucun pouvoir d'appréciation, et doit fonder ses décisions sur des éléments scientifiques (comme l'a fait l'Etat avec l'Atlas du Littoral).
La CTC ne s'est pas contentée d'identifier les espaces naturels qui répondent aux critères légaux. Elle dit avoir "arbitré" les "points de vue des communes relatifs à l'identification des ER " (p. 132).
En d'autres termes, les doléances des maires (et donc de celles des plus puissants de leurs administrés) ont été préférées à un sérieux travail scientifique de recensement.

Ceux qui voteront le PADDUC se prononceront donc :
pour la constructibilité des terres agricoles littorales,
pour une perte de protection de paysages,
pour une perte de nature et de sa biodiversité,
pour des intérêts particuliers, « héritant des » plus beaux sites, et non pour l’intérêt général
pour une marginalisation de la loi Littoral et pour son application uniquement dans une bande littorale très étroite.

La position du Collectif

Nous ne voulons pas de cette forme de PARTICULARISME visant à tempérer les lois et les règlements existants, surtout en matière d'espaces fonciers. Nous demandons :
- le maintien des terres agricoles,
- le maintien de la cartographie des E.R.,
- le maintien de la limite des E.P.R. définis dans les atlas,

- leur application dans les P. L. U. en projet et dans le PADDUC.

Le Collectif appelle à un « sursaut civique » …

Associations présentes aujourd’hui, 01 09 2007 :

ABCDE, ADEZ, Figari Piaghj’è Monti, GARDE, L’Erbaghu, U Levante, SurfRiderCorsica, U Polpu, U Pinzalone, San Benedetto vallée verte, Femu Qui, IDEES et Via Campagnola

La compil AFC dans les bacs le 1er août

Une Fondation de Corse, pour quoi faire ?

“Umani – Fondation de Corse» a pour ambition d’être un outil au service du progrès de l’Homme, de sa citoyenneté, de sa responsabilité.

Elle a vocation à agir dans la pérennité au sein de la société.
Son champ d’action se veut le plus large possible.

Elle s’appliquera ainsi à susciter, initier ou accompagner des initiatives touchant aux domaines fondamentaux tels que l’Education, la Culture, la Santé, l’Environnement, la Jeunesse, le Patrimoine, les Arts, les Solidarités …

Elle pourra de même, lorsque cela semble de nature à servir sa mission, affecter les biens iimmobiliers qu’elle recueille par donation ou legs à un usage particulier en relation avec un projet d’intérêt général.

Pour cela, La Fondation procèdera notamment par programmes d’action ou par dotations diverses, mécanismes conformes à l’esprit d’indépendance et d’équité qui l’anime.

En toutes circonstances, ses actions seront conduites dans le respect le plus strict des principes d’éthique et de citoyenneté sans faire commerce ou profit de quelque nature.

Pour plus de renseignements : http://www.afc-umani.fr/

Le feuilleton de l'Antenne médicale de Calvi ou "Le chantier de la honte"

J'ai retrouvé un article de... 2000 sur l'antenne médicale de Calvi. Sept ans après, on n'a pas beaucoup avancé...

En attendant la présentation - toujours prochaine mais sans cesse différée - du projet d'implantation de la future unité médicale de 45 lits en Balagne, l'antenne de Calvi - dispensaire de campagne serait une définition plus appropriée - vient de se faire épingler dans le numéro Spécial Corse du magazine Sciences et Avenir qui, au palmarès des urgences, la qualifie de structure « du tiers-monde ». Alors qu'une population de 18 491 habitants, multipliée par dix pendant la haute saison en dépend, on en est encore à rechercher une solution au problème des bilans sanguins. Ainsi, le laboratoire Valtat - en raison d'un arriéré de 11 mois - ayant cessé de collaborer avec l'AMU en 1998; depuis les prélèvements sanguins sont acheminés sur l'hôpital de Bastia par la micheline, avec des délais parfois lourds de conséquence... Inimaginable ! à la veille du nouveau millénaire. Pourtant, il convient de considérer comme « un progrès », le tout récent accord conclu entre l'hôpital de Balagne et le laboratoire privé Valtat qui, désormais, prend en charge la réalisation des examens biologiques de l'AMU nécessaires dans la journée.

Corse Matin du vendredi 10 Novembre 2000

Interrompu à l'été 2005 pour malfaçons et défaillance de l'entreprise après 80 % du gros œuvre, le chantier de l'Antenne médicale d'urgence de Calvi (4,5 millions ; hôpital de Bastia, maître d'ouvrage) reprendra en janvier selon le ministre de la Santé. Dans un courrier à Ange Santini, président de l'Exécutif de la collectivité territoriale de Corse, Xavier Bertrand assure que la structure sera livrée comme prévu avant fin 2007. Et sans démolition, d'après l'agence régionale d'hospitalisation.

Le Moniteur du 10/11/2006

Lire aussi sur ce sujet le blog de "La Horde sauvage"

Manifestations culturelles 2007

La littérature corse des origines à nos jours

Notre trajet entre Calvi et Sartène nous a permis d'assister à la première des conférences du cycle sur la littérature corse organisées par la Ville d'Ajaccio et de rencontrer Jacques Fusina. Nous y reviendrons dans les pages "littérature"