La revue transculturelle corse est en vente chaque semestre et présente en kiosques en Corse.
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www.revue-fora.org
27/01/2012
08/01/2012
30/12/2011
24/12/2011
Par Constant Sbraggia
Vannina Bernard-Leoni : « Ouvrir des espaces de liberté et d’expérimentation »
Le dispositif a été créé en avril 2008 pour accompagner l’autonomie des universités. Passée à l’autonomie au 1er janvier 2009, c’est tout naturellement que l’université de Corse a envisagé la création d’une fondation. Que doit-on en attendre ? Conversation avec Vannina Bernard-Leoni, sa directrice.
En termes simples, quelle est ou quelles sont les ambitions d’une telle fondation ?
Elle a une double ambition : libérer les synergies entre monde académique et monde socio-économique, et réaliser des projets innovants, qui contribuent au développement territorial.
Ce qui se fait à l’université de Corse – en matières de recherche, de formation, voire d’engagement sociétal – doit bénéficier à d’autres acteurs du développement territorial. Inversement, l’université doit s’enrichir d’expertises et d’actions menées ailleurs, dans le tissu socio-économique. Entreprises, collectivités, associations peuvent être plus que des interlocuteurs ponctuels. Au sein de la fondation universitaire, elles doivent pouvoir apporter points de vue, suggestions, compétences. Et devenir ainsi de véritables partenaires, avec lesquels construire des projets. La Fondation est là pour faire des choses que les services et composantes de l’université ne pourraient pas faire, soit par manque de transversalité, soit par manque de ressources ad hoc. La Fondation doit pouvoir passer par-dessus ces contraintes parce que c’est une petite cavalerie, autonome, souple, créée pour ouvrir des espaces de liberté et d’expérimentation.
Quel type de difficultés avez-vous rencontré en chemin ?
Je parlerais moins de difficultés que de petites arythmies… Pour construire puis rendre opérationnel et efficace pareil outil, il faut avancer en cadence sur les différents enjeux : on ne peut développer les projets qu’en développant la récolte financière, et en travaillant sur la visibilité de la structure, au sein de l’université et au-dehors. C’est un peu compliqué d’être sur plusieurs fronts simultanément…
Concrètement, comment cette synergie entre monde académique et monde socio-économique va-t-elle se traduire ? Où, quand et comment l’un et l’autre monde vont-ils trouver leur bénéfice ? Vous comprenez bien que pour le grand public cela puisse présenter une certaine opacité.
Cette synergie s’élabore déjà dans les modes de fonctionnement et de gouvernance. La Fondation est administrée par un conseil de gestion pluriel et équilibré. Outre les représentants de l’université de Corse, siègent un collège de personnalités qualifiées – en l’occurrence des universitaires extérieurs en lien avec notre établissement- et un collège de fondateurs, c’est-à-dire de financeurs - en l’occurrence des responsables d’entreprises.
Leur dénominateur commun, c’est le désir d’œuvrer à l’intérêt général le plus efficacement possible. Le bénéfice est donc avant tout collectif. Néanmoins, s’il faut distinguer par catégorie d’acteurs, disons que l’université trouve de nouvelles ressources - humaines, réticulaires et financières - tandis que les partenaires socio-économiques trouvent une connaissance privilégiée de l’université, et une capacité d’action en matière de formation et de recherche. Véritables mécènes de la recherche, du savoir et de l’élévation d‘une société, ils assument ainsi une responsabilité sociétale. Sans autre contrepartie aucune.
Parmi les neuf fondateurs on retrouve pas mal d’actionnaires de Femu quì. Cela peut s’expliquer par la faible densité du tissu économique local. Mais peut-être faut-il voir comme une convergence dans ces démarches ?
C’est une remarque très juste. Au-delà de l’étroitesse du tissu économique local, ce constat peut s’expliquer par le volontarisme et le sens des responsabilités qui s’expriment dans les deux structures. En plus de faire l’économie du territoire, les chefs d’entreprise qui s’engagent ainsi refusent de se départir de la dimension sociétale qui leur revient. En Corse, pour compenser la faiblesse numérique, ils doivent être encore plus moteur, construire des effets d’entrainement, organiser les élans. On les retrouve donc parfois dans plusieurs démarches.
Du reste, la Fondation de l’université et Femu quì ont un procédé globalement voisin : rassembler des fonds pour favoriser l’émergence de projets ambitieux et profitables au développement de l’île. Et nous partageons également des réflexions autour de la jeunesse, l’esprit d’entreprise et la créativité.
On a vu qu’il s’agissait donc de libérer des synergies entre monde académique et monde socio-économiques. Quels sont les premiers projets qui sont ou seront portés par la Fondation ?
Les projets de la Fondation doivent répondre à des critères d’innovation, d’attractivité internationale, ou de transfert des savoirs et compétences de l’université vers le territoire insulaire.
Lors du premier conseil de gestion, en juin, c’est sur l’accroissement de l’internationalisation que s’est fait le premier consensus. Deux projets complémentaires ont été votés pour une mise en œuvre en 2012 : la mise en place de cours en anglais (et pas de cours d’anglais) en recourant à des professeurs invités, et des bourses à la mobilité internationale pour effectuer des stages. Enrichissement des expériences, ouverture et employabilité accrue sont ici clairement en ligne de mire.
Nous avons également commencé à travailler à un parcours d’initiation à la culture d’entreprise et à la créativité. Le manque de culture entrepreneuriale est un frein évident au développement économique insulaire. Hypertrophie de la fonction publique, prédominance de l’économie administrée : l’environnement local, cortenais en particulier, ne permet guère aux étudiants de se forger une représentation large du marché de l’emploi et des possibles que représente l’entreprise. Il faut donc remédier à cette méconnaissance et lutter contre les mécanismes de reproduction sociale qui font que les chefs d’entreprise sont souvent eux-mêmes issus d’une tradition familiale entrepreneuriale.
Quel est votre rôle de Directrice ?
Facciu appena tuttu !Prospection financière, émergence et portage de projets, gestion et administration de la structure, communication, revitalisation de l’esprit de communauté universitaire… J’ai co-coordonné l’ouvrage Studià in Corsica, qui retrace le riche parcours d’anciens étudiants, toujours attentifs à leur université. C’est aussi ça mon rôle, refaire du lien.
Ça fait beaucoup, mais je suis bien entourée ! La présidente, Francine Demichel, qui a été directrice de l’enseignement supérieur, mobilise énergiquement son expérience au service de la Fondation ; le Vice-Président, Pierre Mattei, Directeur de la Corsica Ferries sensibilise ses pairs au mécénat scientifique… Et il en va de même de tous les membres du conseil de gestion, et du bureau en particulier, qui sont bien plus que des superviseurs.
En quelques mots, qui êtes-vous Vannina Bernard-Leoni ?
J’ai grandi ici, j’ai bourlingué ailleurs et je suis rentrée en Corse l’année dernière. J’ai une formation académique en lettres et en sciences sociales, mais assez vite quand j’ai commencé à travailler, au-delà de l’enseignement et de la recherche, j’ai eu envie de restitution large et de création collective. En 2007, J’ai fondé la revue Fora ! qui cherche à concilier ouverture au monde et attachement à la Corse, en même temps qu’elle cherche à combiner l’exigence d’analyses scientifiques et la lisibilité du plus grand nombre.
J’aime résoudre des contradictions, construire des objets hybrides, concilier, réconcilier. Avec la Fondation, je poursuis mon numéro d’équilibriste, et reste dans mon credo transculturel, en essayant de métisser les cultures académique et économique.
En me promenant sur le net, je suis tombé par hasard sur un forum de haute tenue, et plus précisément sur l'article : "Dictature financière et réponses citoyennes" signé Dominique Taddei.
Créé à l’automne 2009 par Marie-Noëlle Acquaviva, Toni Casalonga et Dominique Taddei, le Forum des Citoyens Actifs se propose d’offrir à tous les Balanins un espace citoyen de débats et de propositions.
Il propose, 5 fois par an, un buffet-débat sur un thème concernant la micro-région : démographie, emploi, cohérence de l’espace balanin, foncier, logement, agriculture, etc. ont déjà été abordés.
Mais ces rencontres ne suffisent pas, et le Forum est également un lieu de débat permanent sur Internet.
Le premier Bafa en langue corse la semaine prochaine
Par N.K.
L'initiative rejoint la politique de la direction langue corse à la collectivité territoriale, à savoir favoriser un usage à tous les niveaux de la société insulaire. « Pourquoi pas les animateurs »,a lancé Pierre Ghionga, conseiller territorial chargé du dossier linguistique, considérant l'importance de ces titulaires du Bafa, le brevet d'aptitude à des fonctions bien connues auprès du jeune public, dans les colonies de vacances et autres centres de loisirs. Voilà comment le projet Bafa lingua corsa a été confié à des structures habilitées à délivrer cette qualification.
Le CPIE A Rinascita s'est donc associé à la Falep de Haute-Corse et au Cema de Bastia. « Nous formons entre 50 et 60 personnes par an »,rappelle Fabien Arrighi, directeur de A Rinascita, une association rompue aux sessions d'un Bafa habilité par le ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative. « C'est une démarche qui complète bien celle des sites scolaires bilingues »,souligne Antoine Feracci, président de A Rinascita. « C'est un rouage important de la politique territoriale en la matière »,ajoute Pierre Ghionga.
A Casa di a Lingua un outil fédérateur
Être corsophone, à l'écrit comme à l'oral, telle est la condition prérequise pour suivre cette première session théorique de base. « Il ne s'agit pas d'apprendre la langue,précise Fabien Arrighi,mais de transposer son usage dans la fonction d'animateur ». 12 stagiaires âgés de 17 ans au moins seront sélectionnés pour retrouver, du 18 au 26 novembre prochains, dans les locaux de A Rinascita, l'encadrement de la formation, lequel sera renforcé par des intervenants possédant les compétences requises pour donner au brevet toute sa dimension linguistique. Le programme prévoit également deux journées d'immersion sur la commune de Moltifao.
Au-delà du lancement de ce projet, A Rinascita devrait prochainement franchir un autre cap en tant qu'association au service de la diffusion de la langue corse. Elle a, en effet, fait acte de candidature pour accueillir A Casa di a Lingua. « C'est un outil qui rejoint la politique de territorialisation,explique Pierre Ghionga. Nous nous efforçons d'installer sur chacun des neuf territoires, des structures référentes pour qu'elles jouent un rôle fédérateur dans le domaine de la langue corse. La première de ces Case di a Lingua va prochainement voir le jour en Balagne ».À Corte, ce même outil a donc toutes les chances de devenir un nouveau service du CPIE A Rinascita.
Pour en revenir à la prochaine session Bafa, les intéressés sont priés d'engager leur démarche d'inscription en se connectant au site suivant : http : www.jeunes.gouv.fr/bafa-bafd [1].
A casa balanina di a lingua décomplexe l'usage du corse
Par Barbara Ignacio-Luccioni bignacio@nicematin.fr
Les 11, 12 et 13 novembre, les associations Centre culturel Voce, U Svegliu Calvese et L'Aria organisent des journées d'ateliers, de rencontres et d'échanges pour pratiquer le corse tout en s'amusant. (Photo B. I.-L.)
L'histoire d'E Case di a lingua commence en 2007, lorsque l'assemblée de Corse propose leur création sur tout le territoire, dans le cadre du Plan de développement de la langue. À travers elles, l'objectif est de promouvoir la langue et la culture corse par des activités culturelles telles que chant, théâtre ou jeux. Le 19 janvier 2011, A Casa balanina di a lingua est portée sur les fonts baptismaux par différents acteurs culturels balanins au Spaziu de L'Île-Rousse. C'est la première de Corse.
Dix mois plus tard, les représentants du centre Voce, du Svegliu Calvese et de L'Aria ont mis sur pied une manifestation appelée Parolle offerte. Elle marquera la première action de terrain de A Casa balanina di a lingua les 11, 12 et 13 novembre.
Ouverts à tous corsophones ou non
Parolle offerte,se décline donc en trois journées. Et sur trois sites : vendredi à Pigna, samedi à Pioggiola et dimanche à Calvi. Durant celles-ci, ateliers, rencontres et échanges sur différents thèmes abordés in lingua nustrale permettront de pratiquer le Corse en s'amusant. « L'objectif est le multilinguisme, remarque Toni Casalonga, du centre culturel Voce. Toutes les langues sont donc les bienvenues. »Si les corsophones sont essentiels à ces rencontres, notamment pour enrichir le vocabulaire, pour les autres, pas de complexe à avoir. Les personnes pratiquant peu ou ne parlant pas le corse sont aussi invitées à participer. Car le but est de partager la richesse de la langue et de la culture insulaires. Non de promulguer une élite hermétique. Et les représentants sont tous d'accord : « Il faut faire tomber les blocages vis-à-vis de la langue. » Trop de personnes en Corse n'osent plus l'utiliser de peur de « mal parler », de faire des fautes, d'employer des termes inappropriés. « Pourquoi, vous ne fréquentez que des gens qui s'expriment dans un français irréprochable ? », souligne avec beaucoup de finesse Dominique Bianconi, du Svegliu Calvese. Bien vu. « Par le jeu, je suis certain que les gens parleront corse », remarque Serges Lipszyc, directeur de L'Aria.
Une démarche d'ouverture qui - les acteurs de terrain l'espèrent - sera suivie par de nombreuses autres manifestations. Pour aborder le corse autour de l'échange. Et de la rencontre.
Savoir +
A Casa balanina di a lingua est sur facebook sous l'appellation : Casa Balanina.
La manifestation a été organisée en partenariat avec la CTC.
Étaient présents, pour le Svegliu Calvese : Marie-Line Cardi et Dominique Bianconi ; pour L'Aria : Marie-Laure Poveda et Serge Lipszyc ; pour le centre culturel Voce : Elia Vallecalle et Toni Casalonga.
La Corse dévoile sa culture au salon du patrimoine à Paris
Le jour de l'inauguration du salon du patrimoine, le buffet du stand de la collectivité
a été particulièrement apprécié par tous les visiteurs. Affluence autour de Paul Giacobbi.
(Photos Gérard Baldocchi)
C'est pour cette raison et pour beaucoup d'autres aussi que depuis cinq ans maintenant, la collectivité territoriale de Corse a décidé de participer au Salon international du patrimoine culturel qui se déroule à Paris au Carrousel du Louvre.
La collectivité territoriale de Corse est installée dans un stand de 65 mètres carrés et y dévoile « La Corse à la croisée des chemins. »
Exposition, vidéo-projections, diffusion de chant sacrés permettent de sensibiliser le grand public comme les nombreux professionnels à la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel insulaire.
Des œuvres du photographe Georges Rousse sont présentées dans le cadre de ce salon sur le stand de la Corse, images qui appartiennent aux collections du centre méditerranéen de la photographie.
Paul Giacobbi, président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Corse, et Joseph-François Kremer-Marietti, directeur de la culture et du patrimoine à la CTC, étaient d'ailleurs présents le jour de l'inauguration de ce salon.
Preuve que la culture occupe une place importante au sein de l'institution. « En transférant à la CTC, la quasi-totalité de ses compétences et de son patrimoine protégé, l'État lui a confié une responsabilité majeure en matière de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel insulaire,a précisé Paul Giacobbi. D'autant que contrairement à ce que l'on a voulu nous faire croire, le patrimoine corse est très riche. Nous avons engagé une politique volontariste et ambitieuse dans ce domaine ».
Un service propre à la CTC
« C'est d'ailleurs pour cela que nous allons porter la rénovation du couvent Saint-François à Bastia, des casernes Montlaur à Bonifacio, Padoue à Corte, où encore du Fort Charley à Calvi. Nous réfléchissons également à la création de notre propre service d'archéologie préventive. Tous les ans, les fonds investis dans ce secteur sur les divers chantiers entrepris occupent une place importante du budget donc au lieu de payer un service de l'État, nous envisageons d'avoir nos propres archéologues. Nous ne sommes plus, pour notre patrimoine, dans l'attente mais dans l'action »,a poursuivi Paul Giacobbi lors de sa visite à Paris.
Une volonté bel et bien affichée par le président de l'exécutif qui va se confirmer dans les semaines à venir puisque la réhabilitation du couvent Saint-François de Bastia devrait débuter très prochainement. « Nous allons y consacrer 6 à 7 millions d'euros. Cela fait partie de notre souhait de rénover les grands bâtiments qui ont jalonné l'histoire de notre terre », a expliqué Paul Giacobbi. « À cela, se greffe le désir d'avoir un lieu de conservation dans lequel nos agents bénéficieraient des dernières technologies pour travailler. Enfin, les chapelles à fresques sont le troisième axe de réflexion autour du patrimoine corse. Elles sont présentes sur tout le territoire et pourraient constituer une porte d'entrée pour des gens avides de savoir et de culture. Des touristes que nous ne touchons pas aujourd'hui et qui trouveraient dans le circuit imaginé tout ce qu'ils recherchent. »
En matière de patrimoine et de développement harmonieux et intelligent, la Corse est véritablement à la croisée des chemins
23 octobre 2011
Carlu Rocchi
27 juillet 2011
Langue corse : la révolution culturelle est en marche
La langue corse utilisée dans tous les actes institutionnels et administratifs de la vie publique de l'île. Promue et enseignée de façon systématique depuis la maternelle jusqu'à l'Université. Il s'agit là d'une révolution culturelle qui n'est plus seulement portée et soutenue par les nationalistes. Cette semaine, l'assemblée de Corse s'empare à bras-le-corps du sujet, et nul doute que l'hémicycle territorial servira de caisse de résonance pour se faire entendre jusqu'à Paris, puisqu'une révision de la Constitution sera nécessaire à la mise en application d'un statut d'officialité. Les termes même de statut et d'officialité, qui donnaient des boutons d'urticaire il n'y a pas si longtemps à la classe politique traditionnelle, sont désormais prononcés sans aucun tabou. Que l'on soit favorable, hostile ou partagé, il n'y a plus de barrière intellectuelle à les évoquer.
L'ancienne majorité avait posé les premiers jalons de la promotion de la langue corse, personne ne pourra le contester. Celle qui a repris le flambeau donne un nouvel élan des plus audacieux. La volonté politique du pouvoir territorial actuel s'est déjà manifestée de manière concrète. Les personnels et les crédits ont doublé en l'espace de quelques mois à peine. Et la Corse s'apprête à rejoindre, comme membre à part entière, le NPLD (Network to Promore Linguistic Diversity), le réseau de promotion de la diversité linguistique.
« Ce qui sera entrepris ne le sera pas au détriment de la langue française. La langue corse doit être appréciée comme un facteur d'intégration, pas de rejet ou de repli » insiste Pierre Ghionga qui défendra le rapport.
Le statut sera posé comme principe, et un comité de rédaction devrait être constitué pour faire des propositions concrètes d'ici la fin 2012.
Rentrer dans un cadre juridique précis
En attendant, il s'agira de progresser dans la formation des enseignants, la diffusion, la promotion et l'observation sociolinguistique. Mais surtout de faire sortir la langue corse du domaine du symbolique et de l'affectif pour la faire entrer dans un cadre juridique précis et contraignant. Un objectif qui sera en même temps un parcours d'obstacles à la fois politiques, psychologiques et juridiques. L'article 75 de la Constitution française est trop laconique, se limitant à reconnaître les langues régionales comme appartenant au patrimoine national. Il faudra qu'elle aille beaucoup plus loin pour valider la démarche de l'assemblée de Corse. Du boulot supplémentaire pour la commission, qui n'en manque déjà pas, de Pierre Chaubon, chargée des adaptations législatives. Ce sera en même temps un énième test pour le gouvernement sur sa volonté politique de faire franchir à la Corse un nouveau palier sur l'échelle de l'autonomie, comme l'est la récente demande de transfert de compétences fiscales dans le domaine des successions. Parallèlement, François Alfonsi, député européen nationaliste, travaille actuellement à une proposition de résolution qui sera soumise à la Commission européenne sur la sauvegarde des langues minoritaires menées de disparition.
Mais si les décisions politiques, et à tous les échelons, sont primordiales, il faut encore que soit perceptible l'adhésion de la société civile insulaire. C'est-à-dire de la majorité silencieuse. Et le silence, même en langue corse, reste le silence...
Polémique sur l'élection au conseil éconolmique, social et culturel
Procès Colonna : L'intervention de Gilles Simeoni, pour le groupe Femu a Corsica, devant l'Assemblée de Corse
« M. le Président de l'Exécutif
M. le Président de l'Assemblée,
Mes Chers Collègues,
Je reviens, comme vous le savez de Paris, où, j'ai assisté avec quatre de mes confrères (le Bâtonnier Antoine Sollacaro, Pascal Garbarini, Philippe Dehapiot, Eric Dupond-Moretti),Yvan COLONNA qui comparaissait pour la troisième fois devant la Cour d'Assises spécialement composée de Paris.
Prima di tuttu, vogliu ringrazià di core, à nome d'Yvan è di a so famiglia, e decine di millaie di ghjente chi, in Corsica è in altrò, l'hanu sustinutu è incuraggitu.
Ringrazià dinù l'eletti, numarosi è da tutti i lati pulitichi, chi si sò manifestati o ch'emu incuntrati per fà li sapè ciò chè no pinsavamu di iss'affare.
Ringrazià particularmente l'eletti di Corsica Libera, chi so cullati à l'audienza di Pariggi.
Ringrazià in fine, è naturalmente, u gruppu Femu a Corsica, eletti è cullaboratori, pè u so impegnu tamantu ad ogni stonda, è u so sustegnu fraternu.
Au terme de ce troisième procès, vous le savez, Yvan COLONNA a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Cette condamnation est le terme provisoire et le point d'orgue de treize années d'une procédure pénale scandaleuse, qui nous concerne tous, indigne d'un Etat de droit et d'une démocratie, et dont voici, pour mémoire, quelques épisodes significatifs :
- 350 personnes interpellées en 10 mois, de février à décembre 1998 ; rapporté à la population française, ce chiffre reviendrait à placer en garde à vue arbitrairement plusieurs dizaines de milliers de personnes : si cela c'était passé dans l'hexagone, qui, dans la classe politique française, aurait accepté pareil scandale sans dire un mot ?
- je veux citer aussi et rappeler l'incarcération infondée, pendant de très longs mois, de quatre mois à dix huit mois, de quarante-deux personnes : certaines d'entre elles - je pense notamment à Roger Simoni et à Marcel Lorenzoni - sont mortes sans avoir été réhabilitées, d'autres sont ruinées familialement, économiquement, moralement. 13 ans après, ces innocents attendent toujours le non-lieu qui leur est dû : si cela c'était passé dans l'Hexagone, qui, dans la classe politique française, aurait accepté pareil scandale sans dire un mot ?
- je veux dire enfin devant cette assemblée les manipulations policières qui sont désormais connus de nous tous : le faux procès-verbal du Commissaire Frizon, les détournements de commission rogatoire du Commandant LEBBOS, les mensonges du même débouchant sur la condamnation en première instance d'Andriuzzi et Castela à 30 années de réclusion criminelle, la déposition d'un témoin accusant devant la Cour d'Assises MARION et BATTESTI (chef des RG dans l'île) d'avoir fait déposer des explosifs chez Matteu FILIDORI : si cela s'était passé dans l'Hexagone, qui, dans la classe politique française, aurait accepté pareil scandale sans dire un mot ?
Ce sont les mêmes hommes, les mêmes pratiques, les mêmes méthodes, qui ont conduit à la condamnation d'Yvan Colonna.
Certes, le scandale du procès d'appel de 2009 avait été tel qu'il fallait, au moins sur la forme, sauver les apparences.
L'objectif était clair : tenter de donner une apparence de normalité judiciaire à cette chronique honteuse d'une condamnation annoncée.
Je ne reviendrai pas devant vous dans le détail des débats devant la Cour d'assises spécialement composée.
Mais je veux vous dire une fois encore, solennellement, qu'Yvan Colonna est innocent, qu'il l'a affirmé depuis le premier jour et que nous l'avons démontré.
Je veux vous dire aussi, et peut être surtout, que, quoi qu'il en soit, l'accusation n'a, en aucun cas, rapporté la preuve de la culpabilité.
Dans n'importe quelle autre affaire, Colonna aurait été acquitté.
Des chroniqueurs, en Corse et ailleurs, ont eu le courage de l'écrire.
Des hommes politiques français ont eu le courage de le dire: comment ne pas citer André VALLINI, député, avocat, Président de la commission d'enquête sur l'affaire d'Outreau qui, la semaine dernière, une semaine avant le verdict, expliquait : « je n'ai aucune sympathie pour Colonna ou pour ses idées. Mais il doit être acquitté » ?
Dans n'importe quelle autre affaire, l'acquittement aurait été inéluctable.
L'affaire Colonna n'est pas une affaire normale : elle ne l'a jamais été.
Elle s'est construite sur la violation systématique de deux principes cardinaux de la démocratie judiciaire : la présomption d'innocence, et la séparation des pouvoirs.
Dans l'affaire COLONNA, l'ingérence du pouvoir exécutif dans le processus judiciaire, la pression du pouvoir politique et de l'appareil d'Etat sur l'institution judiciaire, ont été des constantes. Je ne citerai pas à nouveau :
- Chevènement en août 1999 dans le journal « Le Monde », stigmatisant l' « acte odieux d' Yvan Colonna » ;
- Je ne citerai pas Sarkozy, Ministre de l'Intérieur, annonçant fièrement l'arrestation d' « Yvan COLONNA, l'assassin du Préfet Erignac », et affirmant publiquement, à Santa Lucia di Tallà, en 2007, à la veille du premier procès, sa conviction de la culpabilité d'Yvan ;
- Je ne citerai pas Guéant, Secrétaire Général de l'Elysée, recevant nuitamment et clandestinement le témoin Marion quelques jours avant l'ouverture des débats ;
- Je ne citerai pas Mme Alliot-Marie, Garde des Sceaux en exercice qui, fait inouï et sans précédent, s'exprima par communiqué officiel dans les heures suivant l'arrêt de la Cour de Cassation, pour adresser ses premières pensées à la partie civile ;
Je dois le dire clairement et fortement, et je souhaite que cela soit bien entendu, dans cette Assemblée, à la Préfecture à Aiacciu, et à Paris : L'Etat français, dans l'affaire COLONNA, s'est comporté comme une République bananière :
- pendant sept semaines, nous avons vu défiler à la barre les plus hauts gradés de la hiérarchie policière. Ces fonctionnaires d'autorité ont menti sous serment. J'accuse publiquement Messieurs Marion, ancien numéro 1 de la DNAT, Frizon, ancien numéro 2 de la DNAT, Vaux, ancien chef de la PJ en Corse, et actuel n°2, derrière SQUARCINI, de la DCRI, j'accuse ces trois hommes d'être venus mentir sous serment sur des éléments décisifs de l'enquête.
- Je veux vous dire que lors de la reconstitution à Aiacciu, le Préfet STRZODA, fraichement débarqué en Corse, grand donneur de leçons sur l'Etat de Droit, n'a pas craint de s'inviter sur les lieux d'un transport de justice, entouré de gardes du corps en armes, pour saluer ostensiblement la partie civile et lui manifester son soutien ;
- Je veux enfin vous rappeler qu'au moment où le procès basculait définitivement en faveur de la Défense, nous avons vu le premier policier de France, LOTHION, mandaté tel un vulgaire coursier, pour remettre à la Cour une photocopie. Photocopie tellement scandaleuse que les juges, après avoir accepté sa production aux débats, éviteront soigneusement d'y faire référence afin de chercher à éviter la sanction de la Cour de Cassation et de la Cour Européenne des Droits de l'Homme ;
Ne cherchez pas trace de ces dérives, de ces procédés, de ces errements, dans l'arrêt condamnant Yvan COLONNA à la prison à vie.
Ne cherchez pas trace non plus des éléments à décharge, des témoignages et des éléments matériels qui l'innocentent.
Ils n'y figurent pas. Ils ont disparu. Ils n'existent pas. Ils n'ont pas le droit d'exister.
L'affaire Colonna n'est pas seulement un scandale judiciaire.
Elle est une infamie politique.
Elle est une pierre - et quelle pierre ! - dans le jardin de la démocratie.
Elle est une plaie purulente, qui va envenimer pour longtemps, et peut être de façon irréversible, les relations entre la Corse et l'Etat.
Qui, parmi les responsables de l'Etat, osera encore nous parler d'Etat de droit ?
Qui, parmi les responsables de l'Etat, osera encore nous parler de dialogue, de confiance, de respect ?
Monsieur le Président de l'exécutif, Monsieur le Président de l'Assemblée, Mesdames, Messieurs les membres du Conseil exécutif, mes chers collègues :
Mon propos, dans cette enceinte, n'est pas seulement celui d'un avocat indigné par les atteintes à l'Etat de droit et la violation des règles du procès équitable.
Mon propos est aussi et principalement celui d'un responsable politique, qui a fait le choix de l'action publique et de la démocratie, et qui vient d'être confronté, pendant des années, à une violence et une vengeance d'Etat assumées, organisées, préméditées, mal dirigées.
Je vous demande de réfléchir, en conscience, à la gravité de ce qui s'est passé, je vous demande de réfléchir, en conscience, aux conséquences de ce qui s'est passé.
Je pense, comme l'a fait M. Vallini, je suis même certain, qu'il est indispensable que, après cette réflexion qui vous appartient, dans les jours ou les semaines à venir, vous vous exprimiez publiquement non pas sur le fond du dossier, mais sur ce déni de justice et de démocratie.
Pour notre part, nous sommes amers, nous sommes écourés, nous sommes révoltés.
Mais plus encore, et plus que jamais, nous sommes déterminés.
Nous nous battrons en Corse, nous nous battrons à Paris, nous nous battrons à Bruxelles, nous nous battrons à Strasbourg, nous nous battrons partout.
Et nous ne doutons pas un seul instant - pas un seul instant - qu'il y aura, au bout du chemin, la liberté.
A Libertà. »
Femu A Corsica, Gilles Simeon
Colonna: «Je vous demande de me croire»
Par Stéphane Durand-Souffland
20/06/2011
Après huit semaines d'audience, le verdict du procès d'Yvan Colonna est attendu ce lundi.
Le verdict est attendu en toute fin d'après-midi au procès d'Yvan Colonna. Le 15 juin, le ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans à l'encontre du berger corse, que les deux avocats généraux tiennent pour coupable d'avoir participé au dynamitage de la gendarmerie de Pietrosella, le 6 septembre 1997, et d'avoir assassiné le préfet Claude Erignac, à Ajaccio, le 6 septembre 1998.
Il est 10h20. Invité par le président Hervé Stephan à prendre la parole avant que la cour ne se retire pour délibérer, l'accusé se lève. Il est plus pâle que d'habitude et sa main, qui martèle la rambarde du box, trahit une émotion inédite. Dans la salle, présent en ces lieux pour la première fois, son fils Jean-Baptiste, âgé de 22 ans, ne le quitte pas des yeux. Voici la déclaration intégrale d'Yvan Colonna.
«J'ai le temps, Monsieur le Président? Je ne sais plus comment commencer... J'ai répété les mots mille fois, et là... En 1999, ma vie a basculé. Je me suis retrouvé dans une situation très difficile. J'e vous ai expliqué pourquoi j'ai réagi comme je l'ai fait: ma prise de recul [quatre années de fuite, ndlr], ce n'est pas un choix politique, mais un non-choix. Maintenant, j'en suis à 8 ans de prison pour un crime que je n'ai pas commis.
«Je n'ai jamais tué personne»
Ces épreuves m'ont profondément changé. Ma mère, ça fait cinq ans que je ne l'ai pas vue. Au parloir, elle faisait que pleurer alors je lui ai dit de ne plus monter. Mon fils est dans la salle: il y a sept mois que je ne l'avais pas vu, mais je ne lui fais aucun reproche. Les épreuves m'ont aussi permis de rester debout.
C'est dur de trouver les mots...
Vous allez vous retirer pour délibérer, ça va durer longtemps. Vous avez ma vie entre les mains. Comme mes avocats, Simeoni et Dupond-Moretti, j'ai peur, comme je n'ai jamais eu peur de ma vie. Je suis innocent. J'ai des convictions que je n'ai jamais cachées, elles m'ont aidé à tenir, mais je n'ai jamais été un assassin. Ma vie d'avant la prison prouve que j'ai toujours eu un respect profond de la vie. Quand j'étais militant, deux Tunisiens ont été assassinés par le FLNC, sous prétexte qu'ils faisaient du trafic de drogue: j'avais condamné cet acte. Pour Robert Sozzi [militant nationaliste dont l'assassinat avait été revendiqué par le FLNC en 1993, ndlr], j'ai aussi condamné. Pour mon service militaire, j'ai fait le pompier pour sauver des gens. En Corse, j'étais maître-nageur, j'en ai sauvé aussi. Il y a une cohérence dans ma vie, elle ne se limite pas à ce que vous en ont dit les policiers et les juges qui voulaient faire de moi un coupable.
Je n'ai jamais tué personne. Je n'ai jamais imaginé de tuer quelqu'un. Je ne me suis jamais mis en situation de le faire. Je n'ai pas participé à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella ni à l'assassinat du préfet Erignac. Je vous demande de me croire -je ne vais pas vous supplier, ça ne se fait pas. Je suis innocent. Je suis fatigué, fatigué, fatigué, j'ai envie de rentrer chez moi et de me reposer».
La cour s'est retirée pour délibérer à 10h40, après que le président eut relu les 36 questions -dont seules les quatre dernières portent sur l'assassinat- auxquelles elle devra répondre dans son arrêt motivé par écrit à la demande de la défense.
La défense de Colonna plaide l'acquittement
Par Stéphane Durand-Souffland
16/06/2011 «Vous devez être courageux», a lancé Me Dupond-Moretti aux magistrats.
Plaider. Sauver par le verbe Yvan Colonna de la réclusion à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté, réclamée mercredi par l'avocate générale Annie Grenier, au terme d'un réquisitoire scandaleusement inaudible. Démonter la mécanique accusatoire huilée de son collègue Alexandre Plantevin, habile à soutenir que le berger corse était un membre influent du «groupe des anonymes», le gang radical qui a revendiqué l'assassinat du préfet Érignac perpétré le 6 février 1998. La défense à cinq voix a pris la parole, ce jeudi, et s'exprimera jusqu'à ce soir.
Décryptage bilingue
Me Pascal Garbarini, discret pendant les débats, mais fine mouche à chacune de ses interventions, ouvre le feu. Inscrit au barreau de Paris, il a l'accent d'Ajaccio et propose à la cour un décryptage bilingue de l'affaire. Maniant un français clairement sous-titré à l'intention des oreilles insulaires, il ose dire tout le mal qu'il pense des membres du commando, dépeints comme des « fossoyeurs de la vérité», des nationalistes de pacotille, des tueurs sans vision politique, des «balances» dénuées d'honneur. «Hormis leur parole, vous n'avez rien!», lance-t-il aux neuf juges, omettant bien entendu de rappeler les déclarations accablantes des compagnes. Mais M. Plantevin, la veille, avait également laissé sous le tapis la poussière qui aurait fait désordre dans son réquisitoire. Me Éric Dupond-Moretti va la secouer, lui, la poussière du dossier, avec l'espoir de faire tousser les magistrats professionnels qui composent la cour. Son accent ch'ti et le fait qu'il n'a jamais claironné qu'Yvan Colonna était l'«otage de la raison d'État» -le slogan du comité de soutien- lui confèrent une liberté d'action totale, et la seule question qui se pose à l'issue de sa prestation inspirée est la suivante: pourquoi ce pénaliste d'exception n'a-t-il pas plaidé en dernier? «J'ai peur de n'être qu'un alibi dans la chronique d'une condamnation annoncée», déclare-t-il, massif et blême.
Étrillant les avocats généraux à qui il reproche de n'avoir en rien démontré la culpabilité de M. Colonna -où sont preuves matérielles et témoins?-, la robe noire s'adresse aux neuf juges, leur demandant en substance : quelles turpitudes policières accepterez-vous de cautionner, vous, garants des libertés, pour condamner Yvan Colonna? «Vous devrez être courageux pour l'acquitter », ajoute-t-il alors qu'il ne plaide que depuis cinq minutes. Et de fustiger le système antiterroriste, stigmatisant la disparition de nombreuses pièces à décharge et accusant la juge Le Vert de «mentir» -«ça me révolte», gronde-t-il. Il en vient aux terribles gardes à vue de mai 1999, quand les membres du commando et leurs épouses accusent Yvan Colonna et, de la sorte, creusent les fondations sur lesquelles, depuis, les architectes de l'accusation bâtissent paresseusement la forteresse de leurs certitudes. «Quelle homogénéité dans ces déclarations? interroge Me Dupond-Moretti. Pierre Alessandri, contrairement à Martin Ottaviani dont il ne donne d'ailleurs pas le nom, ne parle pas des perruques qu'auraient coiffées les conjurés; Didier Maranelli explique, et il est le seul, que l'arme a été récupérée dans un appartement ajaccien et que des réunions préparatoires avaient eu lieu chez Yvan Colonna ; sa femme affirme qu'Yvan Colonna se trouvait à Cargèse le 7 février 1998 à 9 heures, si c'est vrai, il ne pouvait pas se trouver à Ajaccio chez Alain Ferrandi.»
Une faible lueur d'espoir
Moralité: les gardes à vue n'ont «aucune force probante » et les gardés à vue, nulle crédibilité: «Ils ont tué un innocent (le préfet) et ils seraient incapables d'accuser un autre innocent (M. Colonna)?», s'indigne l'avocat. De manière subtile, sous couvert d'une nouvelle volée de bois vert au ministère public, il entrouvre une porte qui permettrait à l'accusé d'échapper à la perpétuité du cachot sans pour autant retrouver mardi matin Cargèse, ses eaux paisibles et ses verts pâturages: «Imaginez qu'Yvan Colonna vous ai dit qu'il avait adhéré au groupe des anonymes puis qu'il n'avait plus voulu les suivre: vous en auriez fait l'argument principal de votre réquisitoire.» Certes, il a sollicité l'acquittement d'entrée de jeu, mais, réaliste, au vu de la proximité idéologique ancienne admise par MM. Alessandri et Colonna et du mystère qui perdure sur la réalité de leur parcours militant commun, il suggère mezzo voce qu'une condamnation pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ne serait pas forcément inique.
Avant de se rasseoir, Me Dupond-Moretti cite «un joli proverbe corse: il faut du vent dans les églises mais pas au point d'éteindre les bougies». À ses trois confrères qui plaident ce vendredi de ne pas souffler trop fort sur la flamme qu'il vient d'allumer: la lueur reste fragile.
Perpétuité et 22 ans de sûreté requis contre Colonna
Par Stéphane Durand-Souffland
15/06/2011 |
L'avocat général Plantevin s'est attaché à démonter la thèse de l'innocence.
Procédons par déduction : cette femme qui est debout depuis deux heures, parée d'hermine, vient de demander qu'Yvan Colonna soit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, pour sa participation à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella et à l'assassinat du préfet Érignac. Chacun a reconnu Annie Grenier, avocat général. Bien qu'on n'ait pour ainsi dire pas entendu un traître mot de son propos, laborieux et atone, on peut donc conclure qu'un réquisitoire a été prononcé. Face à Mme Grenier, l'accusé a semblé en saisir quelques phrases, plus que ses conseils. C'est toujours ça. Mais, dans un procès de cette importance, la société n'était-elle pas en droit d'attendre du ministère public autre chose qu'un réquisitoire clandestin ?
Elle en a eu un, fort heureusement, dans la matinée. Alexandre Plantevin, 36 ans, s'est hissé, lui, à la hauteur de l'événement : carré, clair, sans jamais sombrer dans la leçon de morale à deux sous ou dans la charge sans nuance, le magistrat offre aux assises de Paris un exposé de haute tenue. Cruel, il démontre comment, à ses yeux, les véritables ennemis de M. Colonna ne sont ni les policiers ni les juges antiterroristes, mais les Corses qui l'ont accusé, de manière circonstanciée et - Providence pour l'accusation ! -, durablement réitérée.
L'importance des mots
Démineur inspiré d'une procédure souillée d'errements, M. Plantevin reconnaît que certains enquêteurs ont fauté. Comme le commandant Lebbos : «Je regrette que sa hiérarchie n'ait pas été en mesure de l'écarter», glisse l'avocat général. Cette condamnation mesurée des turpitudes policières donne du prix à sa démonstration. Et celle-ci est très séduisante, bien que les preuves matérielles fassent défaut pour établir la présence de l'accusé à Pietrosella : «Je pense qu'il était chargé de faire le guet», avance M. Plantevin. Le magistrat, d'une rigueur remarquable, confronte les déclarations des gendarmes pris en otages et celles des membres du commando déjà condamnés pour verrouiller sa déduction : forcément critiquable, celle-ci exige cependant de la défense une riposte point par point.
L'avocat général ironise sur les arguments hétérogènes avancés par ses contradicteurs pour soutenir l'innocence de leur client et expliquer les mises en cause de ses amis, qu'il présente sous forme de cases à cocher : «A : pressions des enquêteurs lors des gardes à vue. B : nécessité [pour les conjurés] de sauver leurs proches. C : leur désir de protéger d'autres comparses non identifiés. D : leur ressentiment à l'encontre d'Yvan Colonna qui aurait été la "balance" du préfet Bonnet. E : leur ressentiment parce qu'il n'a pas voulu rejoindre leur groupe.»
Au bout de trois heures vite passées, M. Plantevin conclut. Il a fondé son propos sur l'importance des mots dans la société corse et cite Confucius : «Le silence est un ami qui ne vous trahit jamais.» Puis, un passage de la fameuse lettre que M. Colonna nie avoir écrit à son ex-grand ami Pierre Alessandri : «Je me serais fait tuer pour toi et tu m'as balancé.» Tout est dit dans ce fulgurant voyage de la Chine à Cargèse.
Le verdict - motivé - est attendu pour lundi.
Colonna : le témoin à charge ne veut plus rien dire
Par Stéphane Durand-Souffland
Le Figaro, 08/06/2011
L'ex-épouse d'Alain Ferrandi avait vu Colonna avec le commando le soir du meurtre. Mais mercredi, elle n'a plus voulu témoigner.
Un silence glaçant, un cri du cœur, une pirouette épistolaire: la 25 e journée d'audience du troisième procès d'Yvan Colonna a été chargée.
Le silence, d'abord. Celui de Jeanne Finidori, ex-épouse d'Alain Ferrandi. Placée en garde à vue en même temps que son mari, le 21 mai 1999, elle avait livré une déposition accablante pour Yvan Colonna, racontant - avec un luxe de ces détails «qui ne s'inventent pas» comme les prise l'accusation - l'avoir vu arriver chez elle avec MM. Ferrandi et Alessandri dix minutes après l'assassinat du préfet Érignac, le 6 février 1998. Longtemps après, elle s'était mollement rétractée. Aujourd'hui, Mme Finidori, venue de si mauvaise grâce qu'elle refuse d'abord de prêter serment, n'accuse ni n'exonère le box. À chaque question, elle répond: «Je n'ai rien à dire.»
L'avocat général Plantevin: «Avez-vous quelque chose à déclarer sur l'implication d'Yvan Colonna?»
Le témoin: «Je n'ai rien à dire.» À cet instant, le mutisme de Mme Finidori fait plus de bruit que les déclarations tarabiscotées de son ex-mari, et ce «bruit» sourd résonne comme un glas sur les bancs de la défense.
Lettres apocryphes
Le cri du cœur d'un père, ensuite. Jean-Hugues Colonna, ancien député socialiste, rappelle que lors de sa première déposition, le 23 mai 1999, il avait affirmé que son fils Yvan se trouvait à Cargèse aux alentours de 20 heures le soir de l'assassinat du préfet. Certes, cela n'exclut pas qu'il ait été présent une heure plus tard à Ajaccio pour participer à l'attentat, mais cela rend cette possibilité peu plausible. Surtout, M. Colonna, persuadé de l'innocence de l'accusé, raconte comment il reçoit un coup d'«assommoir» quand, placé en garde à vue le 26 mai, il s'entend dire que la police détient «la preuve» de la culpabilité de son premier fils - mensonge qui doit l'encourager à modifier ses déclarations du 23. «Mon anéantissement a été total», explique, au bord des larmes, ce prof de gym devenu parlementaire, ce républicain radical qui, par définition, croit ce que lui dit la police. «J'ai fortement douté», ajoute-t-il pour justifier la lettre adressée le 28 mai 1999 à Mme Érignac, dans laquelle, avec son épouse, le père du suspect alors en cavale demande «pardon pour le mal que nous vous avons fait».
La pirouette, pour finir. La défense verse aux débats une lettre d'Yvan Colonna écrite par elle-même. Les avocats ont fabriqué ce faux, déplaçant mots et paragraphes, à partir de la missive versée vendredi dernier par le directeur de la police judiciaire et que la cour refuse d'écarter des débats. Dans cette version, ce n'est plus Yvan Colonna qui menace Pierre Alessandri mais l'inverse. Le tour de passe-passe est assez amusant, mais il se double d'une offensive procédurale: la défense va former un pourvoi en cassation contre l'arrêt de la cour maintenant la lettre initiale dans les débats, et même une question prioritaire de constitutionnalité car, selon la jurisprudence, ce type de pourvoi est irrecevable.
Sur le cruel silence de Mme Ferrandi, sur l'émotion secourable de son père, sur la multiplication de lettres apocryphes, Yvan Colonna n'avait, aujourd'hui, rien à dire.
Colonna: la défense en cassation
Par Stéphane Durand-Souffland
08/06/2011
La défense d'Yvan Colonna va saisir la Cour de cassation à la suite de la décision mercredi de la cour d'assises de Paris de ne pas écarter des débats la photocopie d'une lettre attribuée au berger de Cargèse, remise le 27 mai par le directeur central de la police judiciaire.
Les avocats d'Yvan Colonna, rejugé pour la troisième fois pour l'assassinat du préfet Erignac, ont annoncé qu'ils allaient saisir la Cour de cassation d'une requête en examen immédiat.
L'audience a été suspendue le temps que la cour d'assises rédige l'arrêt lu à l'audience par son président, Hervé Stéphan.
Les avocats d'Yvan Colonna avaient demandé à la cour d'écarter cette photocopie de la lettre, rédigée en corse, et attribuée à Yvan Colonna, adressée à l'un des membres du commando qui a assassiné le préfet de Corse, Claude Erignac, le 6 février 1998.
Provenance indéterminée du document
Dans sa décision, la cour d'assises a estimé que la provenance indéterminée du document ou son caractère prétendument frauduleux ne suffisaient pas à l'écarter des débats, la cour se réservant d'en apprécier sa valeur probante.
Dans ce courrier, traduit à la demande de la cour d'assises par un magistrat en poste à Bastia, l'auteur supposé être Yvan Colonna s'adressait en termes violents à Pierre Alessandri, promettant la "guerre" s'il ne le dédouanait pas.
Les avocats du berger de Cargèse ont remis à la cour une autre traduction de ce courrier, la teneur étant moins violente que la première.
Dans un premier temps, la défense d'Yvan Colonna avait expliqué que cette lettre pouvait être analysée comme un cri de désespoir de l'accusé avant de contester l'authenticité de ce courrier dont il n'a été produit qu'une photocopie par le directeur central de la police judiciaire, Christian Lothion. Ce dernier avait refusé, pour des raisons de sécurité, de donner le nom de l'informateur qui lui avait remis ce document.
Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro du 08/06/2011
Procès Colonna : à Ajaccio, les doutes subsistent
Par Jim Jarrassé
07/06/2011
La cour d'assises spéciale de Paris, qui rejuge Yvan Colonna pour l'assassinat du préfet Erignac en 1998, a tenu lundi soir une audience sur les lieux du crime. Peine perdue : les questions restent en suspens.
«Je n'ai rien à voir dans cette affaire, donc je ne participe pas».Yvan Colonna n'en dira pas plus. Le berger de Cargèse est resté muet lors de la mini-reconstitution opérée lundi, à Ajaccio, par la cour d'assises spéciale de Paris. Jugé pour la troisième fois pour l'assassinat du préfet Erignac, commis en 1998, Yvan Colonna, qui faisait son retour en Corse pour la première fois depuis son procès de 2007, conteste l'ensemble des faits qui lui sont reprochés. L'audience in situ, qui s'est tenue à huis clos et sous haute surveillance policière rue du Colonel Colonna d'Ornano, où Claude Erignac a été tué, n'a pas contribué à éclaircir la situation.
Au cœur des débats : la question de la taille du tireur, que les deux balisticiens présents sur les lieux n'ont pas pu trancher. L'un des avocats d'Yvan Colonna, Me Pascal Garbarini, a souligné que l'un des experts avait estimé que «le tireur devait nécessairement faire plus d'1,75 m, voire 1,80 m», alors que Colonna mesure 1,72 m. Une conclusion jugée vaine par l'accusation, qui rappelle que la rue Colonna est en pente et que des témoins ont dit que le préfet était plié en deux quand le tueur a fait feu sur lui, ce qui rend contestable toute conclusion technique. «On ne peut pas dire quelle était la taille du tireur», a résumé Me Benoit Chabert, l'avocat des parties civiles. «Ce transport conforte mes convictions sur la culpabilité d'Yvan Colonna» a-t-il ajouté, alors que la défense jugeait de son côté que l'audience lui était «très favorable»…
Statu quo
Même flou autour des allégations de Pierre Alessandri, le seul des six membres du commando condamnés en 2003 à avoir accepté de donner des détails sur le déroulement du crime. Condamné à perpétuité comme coauteur de l'assassinat, il assure depuis 2004 être celui qui a tué le préfet de trois balles dans la nuque. Comme d'autres membres du commando, il avait mis en cause Yvan Colonna, son ami d'enfance, lors de sa garde à vue en mai 1999, et ne s'était rétracté que des mois plus tard. Selon Me Chabert, Alessandri, présent lors de la reconstitution, «a donné une version impossible. Il a placé le préfet Erignac à pratiquement deux mètres de l'endroit où on a trouvé son corps». Pour Me Garbarini, Pierre Alessandri a donné une version «très contradictoire avec celle qu'il avait donnée en garde à vue», et «on s'aperçoit qu'on ne peut ni s'appuyer sur l'une, ni s'appuyer sur l'autre». «Il me parait assez difficile dans ces conditions qu'Yvan Colonna puisse être reconnu coupable dans cette affaire», a-t-il assuré.
Lundi, sur les lieux du crime, chacune des parties s'est donc vue confortée dans ses convictions. Quant au parquet général, il se contente d'attendre «sereinement, après ce transport, la reprise des débats mercredi», selon Solène Dubois, magistrate chargée de la communication. Vers 0h30, mardi, la cour et la majorité des participants sont repartis vers Paris à bord d'un avion militaire Transall.
Jim Jarrassé dans Le Figaro du 07/06/2011
Procès Colonna : questions sur une mini-reconstitution
Par Stéphane Durand-Souffland
06/06/2011 |
La cour d'assises de Paris doit passer la soirée de lundi à Ajaccio pour préciser les rôles et le placement des assassins du préfet Erignac.
Une « mini-reconstitution» de l'assassinat du préfet Érignac devait avoir lieu dans la nuit de lundi à Ajaccio, sous très haute surveillance policière. C'est la première fois qu'une telle opération est organisée par la justice, depuis l'arrestation d'Yvan Colonna, en juillet 2003. Les lieux ont changé depuis le crime du 6 février 1998 et seuls ont été convoqués le médecin légiste et deux balisticiens - les témoins ont été dispensés par la cour d'assises de Paris. L'accusé qui clame son innocence, et Pierre Alessandri, condamné à perpétuité en 2003 et qui, depuis, affirme être l'assassin, devaient être présents. Un simple transport sur les lieux (sans experts ni complices présumés) n'avait pas donné grand-chose en 2007 : à quelles questions la cour cherche-t-elle à répondre sur place aujourd'hui ?
Combien d'hommes constituaient-ils le commando ?
Selon l'accusation, trois individus étaient au contact du préfet lors du crime : Yvan Colonna, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi. La défense du premier n'a de cesse de plaider que son nom a été introduit dans les aveux des autres conjurés sous la pression des policiers et qu'il n'y avait que deux tueurs sur place. Or, M. Alessandri, pour la première fois publiquement, a déclaré le 26 mai qu'ils étaient bien trois : lui-même, M. Ferrandi et un complice qu'il a refusé de nommer à l'audience. Sera-t-il plus disert à Ajaccio ? S'il ne livre aucun nom, ce qui semble probable, son tardif dédouanement de M. Colonna restera sujet à caution.
Quelle était la taille du tireur ?
Cette problématique est apparue soudainement lors du premier procès Colonna, en 2007, sur une question balourde du ministère public au médecin légiste. Celui-ci a répondu que, d'après ses estimations, le tireur devait avoir sensiblement la même taille que la victime, soit 1,83 m - M. Colonna accuse 1,72 m sous la toise et M. Alessandri guère davantage. Sur place, le Dr Marcaggi et les deux balisticiens pourront peut-être affiner l'estimation. Ils disposent d'un point fixe : un impact de balle dans la façade d'un restaurant.
Mais la position exacte de la victime, courbée en deux car effrayée par plusieurs tirs l'ayant manquée selon un témoin hautement crédible, est impossible à fixer. De surcroît, la topographie des lieux - une courte portion de rue avec une déclivité marquée et une volée de marches - rend malaisés les calculs de trajectoires. Reste que cette opération, bien qu'aléatoire, est nécessaire : le fait qu'elle n'ait jamais été entreprise avant le troisième procès d'Yvan Colonna, quelles que soient les justifications avancées, est confondant.
La défense a-t-elle tout à gagner ?
Non. S'ils ne pouvaient pas renoncer à demander la reconstitution, les avocats d'Yvan Colonna se trouvent, à présent qu'ils l'ont obtenue, au pied du mur. Leur thèse des deux tueurs est anéantie par la dernière déclaration de Pierre Alessandri. Si ce dernier persiste à positionner trois hommes rue Colonel-Colonna-d'Ornano, la défense devra, comme dans la salle d'audience, s'efforcer d'en gommer un du tableau. Mais l'exercice sera plus difficile in situ.
Que va-t-il se passer mercredi et jeudi ?
L'audience reprend demain à 9 h 30. L'ex-épouse d'Alain Ferrandi viendra déposer - attendue le 20 mai, elle avait fait savoir qu'elle ne souhaitait pas se déplacer mais la cour a insisté : il s'agit d'un témoin capital, accablant pour Yvan Colonna qu'elle a décrit - en garde à vue et dans des conditions sujettes à controverse -, arrivant chez elle quelques minutes après le crime avec son mari et Pierre Alessandri. La cour doit aussi réentendre ce dernier, au sujet de l'incident de la lettre menaçante attribuée à Yvan Colonna (nos éditions du 1 er juin) : il devrait confirmer ne l'avoir jamais reçue. Ensuite, l'instruction à l'audience sera close par le président Stephan, qui fait montre d'un sang-froid à toute épreuve et auquel la défense a rendu hommage. Le verdict est attendu en milieu ou fin de semaine prochaine.
Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro du 06/06/2011
Procès Colonna : reconstitution lundi en Corse
Par Stéphane Durand-Souffland
01/06/2011 |
Ce transport de la cour d'assises constitue une victoire pour la défense, qui le demandait depuis 2007.
Une reconstitution de l'assassinat du préfet Érignac aura lieu lundi prochain à Ajaccio. Le médecin légiste qui avait procédé à l'autopsie de la victime, ainsi que deux experts balisticiens, seront présents à cet acte de procédure qui sera effectué à huis clos. Pierre Alessandri, condamné à la perpétuité en 2003 pour sa participation au crime, devrait apporter son concours - il a donné son accord de principe, contrairement au chef supposé du commando, Alain Ferrandi.
Les avocats d'Yvan Colonna réclamaient cette reconstitution depuis le premier procès de 2007: la décision de la cour constitue donc pour eux une victoire, qui clôt une séquence échevelée. Depuis vendredi, et la divulgation d'une photocopie présentée comme une lettre menaçante de M. Colonna à M. Alessandri, la défense est apparue fébrile et désordonnée, puis pugnace et ressoudée autour de Mes Dupond-Moretti et Dehapiot.
Témoin de la dernière heure
Elle a engrangé des éléments intéressants. Un spécialiste en téléphonie, certes poliment contredit par un confrère, met en doute le scénario retenu par l'accusation: selon M. Agnel, expert réputé qui a étudié, mandaté par la défense, les bornes activées par le portable du guetteur Didier Maranelli le soir de l'attentat, il est «impossible» que ce dernier soit arrivé sur place par l'itinéraire qu'il a présenté aux enquêteurs. Un ancien fonctionnaire des Renseignements généraux d'Ajaccio a, d'autre part, contredit le dogme âprement défendu par les hauts responsables policiers, selon lequel l'apparition du nom d'Yvan Colonna en mai 1999 comme tireur avait stupéfait les limiers de l'antiterrorisme. D'après M. Colombani, le berger de Cargèse était soupçonné d'avoir pressé la détente dès décembre 1998, il avait d'ailleurs été espionné pendant plusieurs mois, début 1999 - lui-même s'étant chargé d'écoutes téléphoniques apparemment favorables à l'accusé mais ne figurant pas au dossier.
Mercredi, la cour a entendu deux témoins attestant la présence d'Yvan Colonna dans son village, tard dans la nuit du 5 septembre 1997. Or, l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, prélude à l'assassinat du préfet, a été conduite le 6 entre minuit et 1 h du matin, horaire peu compatible avec une soirée à Cargèse…
Paul Donzella y tient un restaurant. En 2005, M. Colonna se souvient que, ce fameux 5 septembre 1997, il avait dégusté, avec son fils, une pizza dans l'établissement. Le tenancier confirme: il se remémore ce client parce que c'était «le seul nationaliste présent ce soir-là». À la barre, il maintient mordicus. Insolent comme un page, M. Donzella affirme avoir été rudoyé par le commandant Lebbos, policier controversé, qui aurait orienté la teneur de sa déposition. Comme le président s'étonne de ce qu'il ne s'en soit pas plaint plus tôt, il s'entend répondre: «Je vends des entrecôtes, je fais pas des procès-verbaux.»
Témoin de la dernière heure, Paul Donzella? Sans doute. Mais témoin embarrassant pour le ministère public, qui n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent pour prouver la présence de l'accusé à Pietrosella, hormis les déclarations - discordantes pour ces faits - des membres du commando. L'avocat général Plantevin entreprend de déstabiliser M. Donzella, pointant des appels entre sa ligne téléphonique et celle du domicile de Stéphane Colonna, frère d'Yvan, mais le pizzaïolo a le verbe plus vif que la mémoire et il met les rieurs de son côté. L'échange est pour lui.
Le verdict approche. Lors des deux précédents procès, le kilo de plomb des dénonciations fournies en garde à vue par les conjurés et leurs compagnes a pesé plus lourd que le kilo de plumes glané par la défense dans les coulisses glauques de la procédure. Reprise de l'audience publique mercredi prochain.
Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro du 01/06/2011
Pour la défense, la lettre attribuée à Colonna est un faux
Par Stéphane Durand-Souffland
31/05/2011 |
Le directeur central de la Police judiciaire qui avait remis à la Cour ces quatre pages manuscrites photocopiées a témoigné.
«Dans quelle galère vous êtes-vous fourré ?», rigole Me Philippe Dehapiot. À la barre, Christian Lothion, directeur central de la police judiciaire (DCPJ) et à ce titre l'un des trois plus hauts policiers français, doit se le demander, tant la défense d'Yvan Colonna lui fait passer un pénible moment à la barre des témoins.
Vendredi, vers 18 h 15, M. Lothion faisait porter à la cour d'assises quatre pages rédigées en langue corse, présentées comme une lettre d'Yvan Colonna à Pierre Alessandri. Sidération. Dans ce courrier daté du 19 décembre 2010, l'accusé semble ordonner à son ex-ami proche, condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Érignac, de le dédouaner de manière convaincante. Samedi, plusieurs avocats du berger de Cargèse attestent que ce dernier est l'auteur du diktat.
Hier, à 15 h 30, M. Lothion se présente au micro. En quelques mots, il explique que vendredi matin, vers 9 heures, «quelqu'un» qu'il refuse de nommer mais qu'il «connaît professionnellement» lui demande audience. Le DCPJ rencontre séance tenante cette personne «dans le secteur» de son bureau et réceptionne la photocopie. Le ministère public commet une erreur de débutant en ne posant aucune question au témoin pour déminer le terrain, endormir l'auditoire et rappeler, en préambule, les déclarations hâtives du week-end qui vont hérisser le banc d'en face.
C'est donc un grand flic dispos et non échaudé qui se trouve livré à la défense. Me Dehapiot ouvre le bal. Ironique et fin procédurier, il s'étonne qu'un fonctionnaire de ce rang accepte de jouer les «facteurs». «Rien ne m'interdit de recueillir moi-même des renseignements, cela fait partie de la passion du métier», justifie M. Lothion, sans savoir qu'il vient de livrer sa meilleure réplique. Me Dehapiot feint de vouloir lui arracher l'identité de sa «source» : il sait parfaitement qu'il ne l'obtiendra pas, mais met le témoin mal à l'aise en l'obligeant à esquiver sur le cheminement de la pièce et son authenticité.
Me Dupond-Moretti imagine ensuite la rencontre entre M. Lothion et son «indic», qu'il tutoie, admet l'intéressé : «Vous lui dites : au fait, Albert, comment tu l'as eue, la photocopie ?»
Le témoin : «J'ai essayé de le savoir, il n'a pas répondu.»
Me Dupond-Moretti, cruel : «Vous ressemblez à Pierre Alessandri interrogé par l'avocat général Plantevin (le condamné de 2003 avait refusé de répondre au ministère public). Et Albert, il l'a eu en main, l'original ?»
Le témoin : «Je ne sais pas… Moi, non.» Me Gilles Simeoni, à présent, propose un historique de son cru des coups tordus de la police en Corse et en déduit que la lettre est un faux qu'il convient d'écarter des débats. Me Antoine Sollacaro se lève et, instantanément, écume de rage. Tournant sur lui-même comme un lapin Duracell branché sur 10 000 volts, il hurle : «Nous exigeons que l'original soit versé ! Vous êtes le messager du faux, vous en subirez les conséquences ! Vous vous comportez comme un barbouze ! Donnez-nous le nom de votre informateur ! On ne peut pas en rester là, vous avez compris ?»
Le témoin, sans doute plus intrigué qu'effrayé par l'assaut : «Je ne suis pas sourd.»
Me Pascal Garbarini, laissant entendre que la «gorge profonde» pourrait avoir l'accent du maquis : «La personne que vous avez rencontrée parle corse ?»
Le témoin, un peu flottant : «Je pense… qu'il savait ce qu'il y avait dans la lettre. Moi, c'est sûr, je ne comprends pas.»
Retour de Me Dupond-Moretti : «Est-il certain que cette lettre est complète ?»
Le témoin : «Absolument pas.»
L'avocat : «Est-il exclu qu'on ait ajouté un paragraphe ?»
Le témoin, comme s'il déchirait lui-même la pièce qu'il a fournie : «Sur une photocopie, tout est possible.»
Me Garbarini(*), partie civile, ironise sur «l'extraordinaire rétropédalage» de ses confrères et cite avec gourmandise leurs propos tels que rapportés dans la presse sur ce qu'ils nomment aujourd'hui «torchon» : «Réaffirmation d'innocence» (Me Simeoni) ; «Cri du cœur d'un homme à bout» (Me Garbarini) ; «Une erreur» (Me Sollacaro). Puis, désignant Yvan Colonna : «Le tueur, c'est lui !»
Me Dupond-Moretti réplique et se fait à cet instant l'avocat de toute la défense, volant à la rescousse des exégèses du week-end. «Vous ne pourrez pas affirmer que cette lettre est authentique», conclut-il, lui qui n'a jamais parlé, dans les médias, de la photocopie dont il vient d'être fait litière.
Le plus parlant, finalement, ce sont les silences. Celui de l'accusation, comme celui de l'accusé, qui ont laissé carte blanche qui à la partie civile, qui à la défense. Comme si chacun avait à redouter quelque chose de l'irruption de quatre pages en langue corse surgies de nulle part et d'origine non contrôlée.
Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro du 31/05/2011
(*) Erreur d'impression, bien sûr.
Colonna : les silences et les aveux des épouses
Par Stéphane Durand-Souffland
Le Figaro, 20/05/2011 |
La compagne de Ferrandi n'est pas venue au procès. Celle d'un autre membre du commando dit tout.
L'un des témoins les plus attendus au procès d'Yvan Colonna se défile. Jeanne Finidori, ex-épouse d'Alain Ferrandi, avait livré, lors de sa garde à vue de mai 1999, une déposition accablante pour l'accusé.
Elle relatait avoir vu arriver à son domicile, le 6 février 1998, quelques minutes après l'assassinat du préfet Érignac, son mari, Pierre Alessandri et Yvan Colonna. Le trio tire les rideaux avant de s'isoler et de parler à voix basse. Puis, Alain Ferrandi allume la radio, où la nouvelle du crime tourne en boucle. S'approchant de son épouse, il lui demande : «Ça va ?» Elle lui répond, comprenant ce dans quoi son mari a trempé : «Non.» M. Ferrandi, en garde à vue, a reconnu sa participation sans donner les noms de ses complices. Mais il répond aux policiers que sa femme dit la vérité. Il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, tout comme Pierre Alessandri.
Au fil des procès consacrés à l'attentat d'Ajaccio, la mémoire de Mme Filidori décline. Cette femme, dont la vie a été brisée par les agissements d'Alain Ferrandi, n'en peut plus de venir affronter la cour d'assises, les questions de la partie civile et du ministère public, qui la somment de confirmer ses dires, et la supplique muette de la défense qui rêve de l'entendre se rétracter de manière convaincante. Elle a donc, pour la première fois, décidé de ne pas se présenter à la barre, et en a averti la cour par un fax daté du 20 mai : «Depuis de très nombreuses années et par la force des choses, mon fils et moi-même subissons et assumons de notre mieux les choix personnels de mon ex-mari, Alain Ferrandi, qui a pris, lors de son procès (en 2003, NDLR), sa part de responsabilité dans ce drame qu'a été l'assassinat de M. Érignac (…). Aujourd'hui, il nous semble légitime à tous deux de prétendre à un peu de discrétion et de tranquillité.» Mais il est peu probable que la cour accepte de se passer de Mme Finidori. Si elle persiste dans son refus, le président peut la faire conduire de force au palais de justice de Paris.
Corinne Cau, en revanche, est présente. L'ex-épouse de Marin Ottaviani, condamné à vingt ans de réclusion en 2003, livre même une anecdote inédite : selon elle, le chauffeur du commando se serait mis à table en garde à vue après l'avoir fait venir auprès de lui. Ce qui ne figure sur aucun procès-verbal. «Un policier est venu me chercher et m'a dit que Martin était prêt à tout avouer, mais qu'il demandait sa femme.»
Un incident
Au moment où Mme Cau relate que, «calme et détendu», il la regarde «droit dans les yeux» en lui disant : «Corinne, c'est moi», survient un incident. Me Dupond-Moretti fait remarquer qu'un témoin, cité pour le 31 mai, est assis dans la salle, ce qui est proscrit par le Code de procédure pénale. Il s'agit d'un journaliste du Monde, Jacques Follorou, raccompagné à la sortie par le service d'ordre et, si l'on en croit son large sourire, nullement ému d'offrir par sa bourde un moyen de cassation potentiel…
L'audience s'achève avec Éric Tessier. Ce commandant de police de 53 ans a été muté avec d'autres, en février 1998, à la division nationale antiterroriste (DNAT) pour en étoffer les effectifs. Il affirme que le nom d'Yvan Colonna faisait partie des «objectifs» initiaux des arrestations de mai 1999, car son nom semblait sur toutes les lèvres à la DNAT - ce que nient farouchement les responsables du service. Or, lorsque la liste des personnes interpellées est finalisée, le berger de Cargèse n'y figure pas. Le fonctionnaire s'en étonne, dit-il, auprès de son supérieur direct, qui l'envoie aux pelotes.
Le dossier regorge d'incongruités comme celle-ci (voir nos éditions d'hier). Jusqu'à présent, elles n'ont pas suffi pour qu'Yvan Colonna soit innocenté, tant pèsent les déclarations - et les sous-entendus - des membres du commando et de leurs compagnes. Mme Finidori note dans sa lettre que son ex-mari a pris «sa part de responsabilité», comme si d'autres ne l'avaient pas fait. Dans cette affaire, faute de preuves matérielles, la tentation est grande de faire de certains témoins des oracles.
Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro du 20/05/2011
Prix du livre jeunesse
20/05/2011
Au procès Colonna, les notes disparues du préfet Bonnet
Par Stéphane Durand-Souffland
18/05/2011
Le successeur de Claude Érignac avait remis des notes au procureur. Elles ne figurent pas au dossier. Les explications du juge Bruguière sont très attendues.
Ce maintien un peu roide, cette voix plus haut perchée qu'on ne l'attendait, ce débit aisé, cette propension - difficilement tenue en laisse - à l'autocélébration, cette gestuelle d'orateur professionnel qui rajuste mécaniquement le micro du pouce et de l'index pendant que, de la tête, il regarde alternativement à gauche et à droite avec la régularité d'un essuie-glace bien huilé, pas de doute, l'ancien préfet Bernard Bonnet est en grande forme.
Invité à livrer son témoignage au troisième procès d'Yvan Colonna, le successeur de Claude Érignac, assassiné le 6 février 1998, parvient presque à faire oublier son implication dans la pantalonnade des paillotes incendiées, un an plus tard. Son propos est plus clair que lors de ses précédentes prestations. Que dit-il ? Que le 18 novembre 1998, puis le 11 décembre suivant, il est venu à Paris rencontrer le procureur de la République de l'époque, Jean-Pierre Dintilhac. Il lui a remis des notes selon lesquelles Alain Ferrandi était le chef du commando de tueurs, révélant qu'une tentative avortée - au sujet de laquelle il n'y aura jamais d'enquête approfondie - avait eu lieu quelques semaines avant l'assassinat. Parmi les complices potentiels de M. Ferrandi, le préfet Bonnet citait un Colonna, mais pas Yvan : son frère Stéphane. Le haut fonctionnaire tient ces «tuyaux» d'un informateur, connu sous le pseudonyme de «Corte».
«Je ne connais que des bouts de vérité, admet le témoin. Il est vrai que je n'ai jamais cité le nom d'Yvan Colonna. Mais des convergences rendent crédible sa possible implication. Il avait le profil, pas plus, pas moins.» Sans pouvoir le prouver, le témoin estime que le berger, accusé d'être le tireur de la rue Colonel-d'Ornano, faisait partie du FLNC du secteur Cargèse-Sagone, vivier criminel dans lequel aurait puisé Alain Ferrandi pour constituer le «groupe des anonymes» interpellé en mai 1999, tandis que M. Colonna prend le maquis pour quatre ans.
La déposition de M. Bonnet ressemble à un panier bien garni qui offre à boire à l'accusation et à manger à la défense. Elle arrange l'accusation, car présente l'accusé comme un suspect non négligeable dès la fin de l'année 1998, alors que l'exploitation de la «piste agricole» fait figure de «trop long égarement». Le fait que plusieurs autres révélations de «Corte» sur l'entourage d'Alain Ferrandi aient été validées par la justice donne également du prix à ses dires sur Yvan Colonna.
Mais «Corte» a aussi désigné deux hommes qui seront acquittés en 2006 : les Bastiais Andriuzzi et Castela. Et c'est au tour de la défense de faire son miel des notes Bonnet remises au procureur le 16 novembre 1998. La date importe, car il existe au dossier un procès-verbal de la police antiterroriste daté d'août 1998 et faisant état d'un fait survenu le 6 octobre suivant. Comme les limiers de la DNAT ne passent pas forcément pour des extralucides - ils sont encore sous le charme du «mirage» de la piste agricole, persifle le témoin -, on ne peut que s'étonner. Mais il y a plus intrigant : «Corte» se trompe en chuchotant à l'oreille du préfet Bonnet. Il ne dénonce pas «Castela», mais un «Castola». Or, dans le fameux PV d'août, ce patronyme apparaît également à la place de Castela…
Pour la défense, aucun doute : la DNAT a voulu chiper, en novembre, les conclusions de M. Bonnet, pour en tirer, seule, le profit, et sortir enfin de l'ornière agricole. Un autre fait plaide en faveur de cette thèse : les notes du préfet n'apparaissent nulle part dans le dossier. Le procureur Dintilhac affirme, sous serment, qu'il les a transmises au juge Bruguière. Lequel a toujours protesté du contraire, ce qui fait quelque peu désordre. Le magistrat, surnommé l'«Amiral», est attendu à la barre le 27 mai : il peut d'ores et déjà préparer son ciré, le temps s'annonce à l'orage.
Colonna : quand un policier manie l'art de l'esquive
Par Stéphane Durand-Souffland
17/05/2011 |
Roger Marion a affronté le tir nouri des avocats sans remettre en cause les enquêtes de ses services.
Si Roger Marion enseignait les mathématiques, il pourrait se vanter d'avoir une approche révolutionnaire de sa science et proposerait des équations insolites. Par exemple: chargé de résoudre l'assassinat du préfet de Corse, vous êtes persuadé que les commanditaires se trouvent dans le «milieu agricole subversif», vous arrêtez finalement un professeur agrégé de géographie et un de ses collègues certifié en maths qui seront acquittés, expliquez en quoi votre raisonnement est imparable.
Témoin à la cour d'assises devant laquelle comparaît Yvan Colonna, Roger Marion, 64 ans, fut, à partir du 6 février 1998, le principal responsable de la traque des tueurs d'Ajaccio, en tant que chef de la Division nationale antiterroriste. Il dépose à cette barre pour la cinquième fois, et cette routine confère à celui que ses hommes surnommaient «Eagle 4» (pour «y gueule fort») une sorte de détachement suprême. Il a toujours cette gestuelle pittoresque, faite de prestes génuflexions, de balancements d'arrière en avant, de mouvements de mains virevoltants, mais il contient parfaitement son tempérament éruptif pendant les cinq heures qu'il passe au micro.
Le préfet Marion estime qu'il a bien fait de suivre immédiatement après le crime la «piste agricole» puisque c'est à travers elle que ses troupes arriveront aux six individus définitivement condamnés, dont certains désigneront Yvan Colonna comme étant le tireur. Ces aveux «ont été recueillis dans le respect de la déontologie policière», affirme le témoin. Peu lui importe que des dizaines de personnes aient été interpellées à tort et restent, à ce jour, mises en examen dans le volet agricole - une manière de jachère judiciaire.
Des souvenirs qui fâchent
M. Marion ne manque pas d'arguments pour rappeler comment la DNAT est remontée à MM. Alessandri, Maranelli et Ferrandi, trahis par leurs téléphones portables. Selon lui, quand il apprend que ses amis sont placés en garde à vue, le 21 mai 1999, Yvan Colonna, certes, ne s'enfuit pas immédiatement dans le maquis (l'intéressé préfère l'expression «prendre du recul»), mais «il prend ses dispositions», retirant une forte somme à la banque. Plus que les autres années, M. Marion cite le successeur de Claude Erignac, Bernard Bonnet, dont il fait en quelque sorte son préfet-sombrero. Pourtant, il prétend n'avoir consulté qu'en janvier 1999 ses fameuses notes, fruit d'une enquête parallèle confiée à la gendarmerie et envoyées à Paris fin novembre 1998.
La défense part à l'assaut. Mais le rusé policier est un as de l'esquive. En tant que patron de l'enquête, il est censé tout savoir. Mais là, comme un lieutenant stagiaire, il répond qu'il ne peut utilement témoigner que sur les actes qu'il a lui-même accomplis. Surtout, il se coupe sur certains points embarrassants. Les Renseignements généraux avaient-il placé une balise sous la voiture d'Yvan Colonna fin 1998 pour surveiller ses déplacements - ce qui signifierait que les soupçons sur le berger de Cargèse existaient avant mai 1999? Le témoin refuse de répondre, ou répond qu'il ne sait pas, ou répond à côté. Autre point flou: Yvan Colonna a-t-il été placé sur écoutes par les mêmes RG? Le témoin biaise, réfute, admet, perd la mémoire... Face à lui, les cinq conseils de l'accusé attaquent. Me Dupond-Moretti tournicote, énumérant les souvenirs qui fâchent sans faire donner l'artillerie lourde, Me Dehapiot oppose son cartésianisme à la logique baroque de M. Marion, Me Garbarini ne pose qu'une question - mais une bonne -, Me Simeoni s'enfièvre, Me Antoine Sollacaro s'emporte («vous êtes un manipulateur et un pitre»). M. Marion oscille, plie les genoux, rajuste machinalement son veston, mais ne rompt pas.
Il est tout de même troublant que des responsables policiers de ce rang soient, quand cela les arrange, aussi fuyants devant une cour d'assises, dans un tel dossier qui exigerait des dépositions irréprochables. Leur façon à eux de «prendre du recul»?
Deux incidents mettent le procès Colonna sous tension
Par Stéphane Durand-Souffland
13/05/2011 |
Vif échange entre Me Dupond-Moretti, défenseur du berger corse, et Me Baudelot, conseil de Mme Érignac.
La deuxième semaine du procès d'Yvan Colonna s'achève dans un climat de vive tension. Alors que Me Dupond-Moretti, conseil de l'accusé, vient de questionner longuement un témoin de choix, ancien chef du SRPJ d'Ajaccio, Me Yves Baudelot, conseil de la famille du préfet assassiné, s'adresse à la cour : «Mme Érignac trouve cela indigne, insupportable. Le procès des policiers et des juges n'est pas celui que vous avez à juger». C'est la première fois, depuis 2007, que Dominique Érignac intervient de la sorte à l'audience. Me Dupond-Moretti réplique : «Mme Érignac a des droits, mais pas tous les droits. J'ai de la compassion pour ce qu'elle vit, mais si la contestation des méthodes d'enquête est interdite au nom de la compassion, je quitte le procès».
Au tour de l'avocate générale, Annie Grenier, régulièrement asticotée pour son rôle présumé au sein du cabinet Pasqua à l'Intérieur (1993-1995), où des tractations avaient lieu avec des nationalistes corses «durs» : «En tant que conseiller technique, je suivais l'élaboration des textes de loi, c'est tout. Je n'ai jamais servi le café à François Santoni (ex-chef du FLNC-Canal historique, qui le prétend dans un livre, ndlr), ni participé à des réunions intimes avec des chefs nationalistes». Son collègue, Alexandre Plantevin, jaillit pour la conforter et charge Me Dupond-Moretti, faisant montre d'un tempérament singulièrement fougueux. Le président Stephan, d'un calme olympien, suspend l'audience pour apaiser les esprits, mais un incident éclate alors entre Mes Garbarini (défense) et Courcelle-Labrousse (partie civile), deux avocats d'ordinaire extrêmement courtois qu'il convient à cet instant de séparer, par prudence.
À l'origine de cette surchauffe passagère : le témoignage de Demetrius Dragacci. Aujourd'hui retraité, l'ex-directeur du SRPJ d'Ajaccio, qui sera évincé par son rival de la division antiterroriste, ressemble à Anthony Quinn bronzé. Il n'a pas démérité, loin de là : c'est lui qui a, notamment, l'idée lumineuse, au soir du 6 février 1998, de faire saisir la liste de tous les appels téléphoniques passés en ville, ce qui conduira à l'interpellation du commando. Mais Me Dupond-Moretti l'oblige à faire visiter à la cour les coulisses peu reluisantes de l'enquête : rivalités policières de caniveau, création d'un «dossier-poubelle» - l'expression est du témoin -, sous la forme d'une procédure-bis destinée à ratisser plus large sans être gêné par la défense qui n'y a pas accès, coups tordus en tout genre aux forts relents d'égout judiciaire… M. Dragacci jouit d'un talent particulier : une fois qu'il a décliné son état civil, que tout le monde saisit parfaitement, il ne répond clairement à aucune question mais parle sans discontinuer, ce qui énerve à la fois ceux qui pensent que le sujet importe (la défense) et ceux qui le trouvent hors de propos (le camp d'en face). D'où les éclats de voix de fin d'après-midi.
En début de soirée vendredi, la défense dépose officiellement une demande de reconstitution. Encore un sujet qui fâche. Reprise des débats lundi.
Même motif, même punition. A l’aube de ce troisième procès d’Yvan Colonna, il flotte comme un air de déjà-vu. Celui d’un procès un peu «joué d’avance », avec un accusé désigné en 1999 comme le tireur du commando Erignac et présenté comme coupable depuis lors, y compris par le président de la République lorsqu’il n’était encore que ministre de l’Intérieur.
Comme les deux fois précédentes, la grande salle d’assises du palais de justice de Paris reste immuable, avec ses boiseries anciennes et ses fresques murales. Immuable également le « cérémonial » de l’arrivée des parties civiles et des proches de l’accusé dans les couloirs et la salle des pas perdus. Et récurrent le retard pris dès le premier jour d’audience sur le calendrier élaboré. Avec une tâche compliquée pour le président Hervé Stéphan : celle de courir après le temps.
Dans ces conditions, il restait une solution à la défense d’Yvan Colonna : imprimer son propre rythme. Ce qu’elle a fait avant même l’ouverture des débats proprement dits par la voix de Me Philippe Dehapiot. Dès la fin de l’appel des témoins, le défenseur déposait des conclusions sur quatre questions.
Les deux premières concernaient la nature même de la cour d’assises spécialement composée qui prend ses décisions à la majorité simple (alors que les cours d’assises classiques fondent leur verdict de culpabilité sur la majorité des deux tiers). Et sur le fait que cette juridiction, bien que formée uniquement de magistrats, n’est pas tenue de motiver ses décisions en droit. « Est-ce que votre cour va se satisfaire de vieilles dispositions ? », a demandé l’avocat en se fondant sur une décision du Conseil constitutionnel du 1er avril 2011.
La troisième question résulte de l’annulation du procès en appel par la Cour de cassation le 30 juin dernier. La défense d’Yvan Colonna demande que le procès-verbal de l’audience ne soit pas versé au débat afin de repartir totalement à zéro.
La quatrième, enfin, était attendue depuis les décisions prises le 15 avril dernier par la Cour de cassation qui a annulé quatre procédures au motif que l’avocat n’était pas présent lors des gardes à vue. Estimant que l’actualité a connu, ces derniers mois , « une révolution juridique », Me Dehapiot demande à la cour d’en tirer les conséquences.
Immédiatement, Me Yves Baudelot qui a rejoint les conseils de la famille Erignac s’étonnait de ces conclusions tardives et demandait un délai pour y répondre de manière argumentée. Me Benoît Chabert, pour l’Etat y souscrivait également. Tout comme l’avocat général Annie Grenier. Tous ont demandé une suspension jusqu’à ce matin.
La lettre de la loi et les principes
La parole étant à nouveau à la défense, c’est Me Eric Dupont Moretti qui a sonné la première charge. S’étonnant que l’on s’étonne : « Ces décisions du Conseil constitutionnel et de la Cour de cassation nous les connaissons tous. Et en tant qu’avocats nous nous en sommes tous félicités... ».
Entrant immédiatement dans le dossier, il a rappelé la garde à vue cauchemardesque de Stella Castela, Il a rappelé que, dans cette affaire un homme avait eu le tympan crevé lors de sa garde à vue. En concédant que dans ce dossier « s’il n’y a plus les gardes à vue, il ne reste plus rien ».
Il était relayé par Me Gilles Simeoni qui insistait : « Nous ne sommes pas dans l’abstraction juridique. C’est l’application directe des principes qui sont la pierre d’angle de notre démocratie.»
En conclusion de cette première charge de la défense, Me Antoine Sollacaro ironisait : « Comment les professionnels du droit que nous sommes tous pouvaient-ils ignorer que nous poserions ces questions ? Demander un délai c’est tout de même un sacré manque de préparation...»
Après cette première passe d’arme, le président a suspendu l’audience jusqu’à 18 heures. A la reprise des débats, c’est Me Yves Baudelot qui a argumenté point par point pour l’ensemble des parties civiles. Il n’a pas totalement exclu le principe d’un verdict motivé, en précisant que la chambre criminelle de la Cour de cassation allait statuer d’ici à la fin de la semaine sur ce point. Il a concédé que les procès-verbaux du procès annulés en appel pouvaient être ôtés du dossier.
Concernant les gardes à vue sans avocat, il a rappelé que, dans cette affaire, elles remontent à 1999 et que la Cour de cassation avait motivé sa décision à partir de celles prises par la Cour européenne des droits de l’homme en 2008 et 2009.
« Je me réjouis que l’avocat puisse désormais être présent en garde à vue. Mais je ne suis pas d’accord pour dire que toutes les gardes à vue antérieures devraient être annulées... » Un point de vue plus restrictif encore était abordé par l’avocate générale Annie Grenier. Qui, dans un plaidoyer pour la justice antiterroriste, a clamé : « Il faut être un peu cohérent et ne pas dynamiter notre procédure ! », avant de considérer que cette juridiction offre « toutes les garanties requises », à la défense.
Froidement, Me Philippe Dehapiot a répondu que s’il considérait comme « respectable » la position des parties civiles, il n’avait « pas trouvé un élément pertinent », dans celle du parquet.
La cour rendra sa décision sur l’ensemble de ces questions ce matin à l’ouverture des débats. Mais le ton est donné. Et le président qui a systématiquement fait en sorte de mener sereinement l’audience risque d’avoir une tâche bien difficile dans les semaines à venir.
Isabelle Luccioni (Corse Matin, mardi 3 mai 2011
Fora! : En attendant l’avenir
La revue Fora ! est en mutation. Elle avait annoncé sa disparition. Elle est toujours là. Et même si, entre banlieues, Arabes méprisés, blessures du paysage, elle ne donne pas de la Corse une image toujours souriante, la publication est plus fraîche et joyeuse que jamais. Longue vie à elle.
Comment va Fora ? Pour une fois, le point d’interrogation remplaçait celui d’exclamation. Comment va Fora ? demandais-je à son animatrice-directrice de la publication-rédactrice en chef, Vanina Bernard-Leoni.
Elle va bien, me répondit la jeune femme, mais la revue va s’arrêter. Nous avons exploré diverses facettes de l’identité de la Corse, en la rapprochant d’autres univers avec lesquels l’île a des ressemblances, des dissemblances. Nous avons examiné les liens de la Corse avec d’autres îles, des pays latins, l’Italie, l’Afrique du Nord, des minorités… Voilà. Nous voulions le faire. Nous l’avons fait. Ce fut un beau geste, un bel acte culturel, une aventure passionnante. Le résultat a été à la hauteur de nos espérances. Maintenant, pour l’avenir, nous voulons éviter la routine. Il faut que ça s’arrête. Sans doute commencerons-nous autre chose. Probablement sous une autre forme, avec un autre nom…
Réponse compréhensible, exemplaire, qui forçait le respect, mais qui ne gommait pas une désagréable mélancolie. On avait fini par s’y habituer, à cette petite revue paraissant tous les six mois. On avait fini par l’aimer, sa maquette originale, ses textes provocateurs, ses images décalées, son regard tendre et acide sur la réalité insulaire et sur le monde. Et puis cette promesse éditoriale, qui avait la force d’une devise – « pour vous dépayser sans vous déraciner » –, on la trouvait exactement adaptée aux attentes de la vie intellectuelle insulaire, et on trouvait que l’équipe de rédaction s’y soumettait toujours avec une grande souplesse. Bref, sinon une histoire d’amour, du moins une rencontre était née. Et patatras ! Tout se cassait la figure. Adieu veau, cochon, couvée ! La jeune revue repliait son élégance, son air de ne pas y toucher, ses angles et ses remarques inattendus, et elle nous abandonnait à notre conformisme. Qu’allions-nous devenir ?
Nous attendions. Nous espérions.
Et puis l’hiver est arrivé, puis le printemps s’est annoncé, et avec ces saisons une nouvelle livraison de Fora ! – qui avait retrouvé son point d’exclamation. Un numéro, assure le comité de rédaction, qui est « à mi-chemin ». A certains égards, il est bien le n° 8 de l’ancienne revue. Corse et banlieue, deux périphéries, sont mises en parallèle, scrutées, interrogées. Et les coups d’œil, sérieux, iconoclastes, amusants, ressemblent à ceux qu’on appréciait. Mais le numéro ne se limite pas à cela. D’autres thèmes, d’autres regards, d’autres rapprochements ont fait leur irruption dans cette livraison.
Le comité de rédaction présente ainsi le nouveau bébé :
Sans qu’on la débaptise, Fora ! – « dehors », vous vous rappelez ? – s’autorise à « sortir » de son pré carré, « sortir » de ses gonds, s’échapper. Certes, la pensée transculturelle nous menait – du moins était-ce le projet – à l’analyse du fait insulaire contemporain, mais nous avons décidé de parfois nous passer de truchement pour regarder en face les transformations de notre société. Fora ne désigne plus seulement l’ailleurs-miroir, détour ou même échappatoire. Fora veut mieux montrer l’ici, ses à-côtés, des bas-côtés. Ses bords de routes, ses marges, sa banalité. Péri-urbanité. Rurbanité. Suburbia. Architecture commerciale. Transit. Chantier. Gris ciment. Infinie mobilité. Déterritorialisation. Fora ! voudrait penser ce c’est qu’habiter en Corse aujourd’hui. Et reterritorialiser.
Et pour illustrer ce projet, une collection de contributions qui montrent la société corse d’aujourd’hui. On pense à ce qu’avait écrit Jérôme Ferrari dans ses romans « corses », aux livres de Marc Biancarelli. On est assez loin de Colomba, de Mérimée, de Tino Rossi, assez loin d’une image complaisante et poussiéreuse d’une Corse mythifiée. La Corse qu’invitent à découvrir Fabien Abraini, Marceddu Jureczek, François Farellacci, Max Ristori, Fabien Danesi – pour citer quelques-uns des contributeurs de ce numéro – est assez loin du paradis pour touristes que vantent les brochures sur papier glacé. C’est une terre en chantier, imparfaite, avec ses blessures, ses misères – sa misère fondamentale, qui est consumériste et moderne, qui ne rechigne pas plus à polluer les paysages qu’à indignement exploiter les Arabes, les pauvres, les autres –, terre de laideur autant qu’île de beauté. Sur le plan moral comme dans la géographie. Parce que la vie est ainsi, le siècle est ainsi, et que la Corse est vivante, dans son temps, dans son monde, et n’a pas encore trouvé les voies et moyens d’échapper à cette fatalité.
Elle est stimulante, cette petite revue. Son ton est agréable, comme son format, sa curiosité, sa vivacité. Pour la suite – pour un numéro neuf tout neuf, souhaite-t-elle –, elle lance des appels à projets, à idées, à suggestions. Dépêchons-nous. Avec Fora !, l’avenir est déjà là.
Revue Fora ! La Corse vers le monde, n° 8, Hiver-printemps 2011, 7,50 €
Robert Colonna d’Istria dans Corsica n°139 - avril 2011
Nano à l'Aghja
La culture n'est pas un luxe !
Corse Matin, 22/03/2011
Petite présentation TV du nouveau n° de Fora !
Eurovision
L'adieu à Francescu Vincenti
FEVRIER 2011
Et de 8 ? Non, 7½ !... Le numéro "Décentrement" de Fora! est arrivé
Alors, pourquoi un n°7½ et pas un simple n°8 ? La réponse est ici.
Et avant de vous plonger dans ce nouveau numéro, vous pouvez évidemment faire un petit tour du propriétaire en consultant le sommaire.
Le premier film sur l'affaire Erignac diffusé sur Arte
Le premier film de fiction sur l'affaire Erignac est diffusé le 25 février à 20 h 40 sur Arte. Réalisé par le cinéaste corse Antoine Santana, ce drame a pour titre Main basse sur une île. Il a été tourné au printemps dernier à Ajaccio et dans les villages de Coti-Chiavari et Bastelica, en Corse-du-Sud.
Réalisé par Antoine Santana, il est interpréta par François Berléand mais également Alexandre Steiger, Héléna Soubeyrand, Jean-Michel Portal et plusieurs comédiens corses comme Didier Ferrari, Lionel Tavera et Jean-Emmanuel Pagni.
Antoine Santana n'est pas un inconnu des cinéphiles. Après avoir été longtemps l'assistant de Benoît Jacquot, il a mis en scène deux longs-métrages : Un moment de bonheur qui représenta la France en 2002 à la Mostra de Venise et La ravisseuse, un récit historique dont l'héroïne était l'actrice Isild Le Besco.
Entre manipulations et trahisons
Pour son troisième opus, Antoine Santana a donc décidé de s'appuyer sur un contexte corse très réaliste afin de relater à sa manière la terrible affaire Erignac, du nom du préfet de Corse assassiné à Ajaccio le 6 février 1998. « Mon film est adapté du livre de Jean-Paul Brighelli intitulé Viande froide et publié aux éditions Ramsay en 2003, nous a confié Antoine Santana. J'ai tout mis en oeuvre pour que mon scénario ne soit pas une simple chronique judiciaire. Les faits se déroulent en Corse mais auraient pu se produire n'importe où. En France comme ailleurs, on peut trouver en effet ce type de manipulations et de trahisons au nom de l'État, du prétendu débat politique ou tout simplement des réalités financières en jeu ». Et le cinéaste d'ajouter : « Dans mon film, l'objectif du pouvoir politique consiste à créer les conditions de l'assassinat de l'un de ses représentants puis de chercher à humilier et soumettre toute une population pour lui faire expier ce crime ».
Déstabiliser le pouvoir en place
Dans Main basse sur une île, François Berléand joue le rôle d'un commissaire de police à la retraite qui raconte à son biographe comment il fut contacté par un homme politique afin de monter une opération devant déstabiliser le pouvoir en place en Corse. Le but étant de mettre sur pied un faux attentat contre le préfet de Région. Le problème est que ce commissaire sera doublé par un agent des services spéciaux et que le faux attentat deviendra malheureusement un véritable meurtre. Financé par ADR Productions et la chaîne franco-allemande Arte, ce film dont la bande musicale est signée Olivier Daviaud dure 90 minutes. Avant sa diffusion télévisée, il a été présenté à trois reprises en avant-première dans l'île, à Porto-Vecchio, Ajaccio et Bastia il y a quelques semaines. Le succès fut toujours au rendez-vous.
Antoine Santana qui, au début de ce mois de février présidait le Jury du Festival italien de Bastia, est sur le point de tourner une nouvelle fiction. Il s'agit d'une adaptation du livre d'Andrée Chedid L'enfant multiple. Les prises de vue auront lieu en juin prochain à Paris et au Liban. L'un des rôles principaux devrait être tenu par Éric Cantona qui délaisse de plus en plus les terrains de beach-foot pour les plateaux de cinéma.
(Source : Corse Matin du 25 février 2011)
Centre d'art polyphonique : à quand l'ouverture ?
In Corsu+
Xinarca à Westminster
Fora di strada
Eurovision
JANVIER 2011
Pour une Casa balanina di a lingua
I Culori d'Umani à Paris
Le n°33 de Terra Corsa est arrivé chez tous les bons marchands de journaux.
Bonne lecture !
DECEMBRE 2010
23 décembre
Quand l'anthropologue décrypte le territoire en lisant Corse-Matin
(Corse Matin du dimanche 26 décembre 2010)
Le dernier ouvrage de Philippe Pesteil met en lumière des travaux liant les écrits de Corse-Matin à l'expression la plus représentative dès lors qu'il est question du territoire.
JEANNOT FILIPPI
C'est d'abord un livre de chercheur qui parle au chercheur, mais aussi un travail original sur le territoire corse tel qu'il est vécu, pensé et exprimé. Pour ce faire, l'anthropologue Philippe Pesteil, maître de conférences à l'Université de Corse, a privilégié un élément de base : l'emploi de la métaphore « au coeur de » dans les articles de Corse-Matin, sur les parutions de 1996 et 2006.
À l'arrivée, une évidence, « l'expression d'un espace largement investi par l'émotion ».
Quand on lit votre livre, on se rend compte que vous l'avez vraiment écrit en chercheur ?
Savoir à qui on s'adresse, c'est toujours la grande question. Il faut dire que c'est un livre que j'ai achevé il y a déjà un an et demi. J'ai décidé ensuite de le relire, c'est là que j'ai pris conscience que la personne qui allait l'acheter allait me trouver un peu trop technique, ardu. C'est vrai que c'est d'abord l'écriture d'un anthropologue, qui plus est celui qui croise anthropologie et sociologie pour aller au fond des choses.
Comment vous êtes-vous lancé dans une démarche aussi originale ?
À la base, il y a une volonté de travailler sur l'identité, pour savoir comment elle s'enracinait dans le discours et dans le territoire. Je n'ai pas pour autant tenu à travailler sur un matériau militant, mais plutôt sur ce que tout le monde avait en main et qui, en ce sens, pouvait créer du lien social. J'ai pensé à votre journal.
La métaphore « au coeur de » vous a donc semblé la plus à même de révéler la vraie tendance ?
Pour ce faire, j'ai exclu tout ce qui est... au coeur du temps, pour conserver la dimension du centre. Mais j'ai d'abord voulu savoir pourquoi et comment Corse-Matin utilisait « au coeur de », jusqu'à observer dans un premier temps que l'expression était privilégiée dans les titres et les légendes photo. Je me suis dit qu'il devait y avoir quelque chose derrière tout ça et en fait, il s'agit de l'élément clé d'un triptyque émotion-identité-territoire.
Comment avez-vous travaillé, précisément ?
J'ai relevé, sur les parutions de 1996 et 2006, un corpus de 80 éléments, dont une cinquantaine en 2006. J'ai distingué quelques catégories, notamment celle du village dans laquelle on retrouve souvent « au coeur de ». On est vraiment dans l'émotion, mais j'observe aussi que le journaliste parle souvent de la ville comme du village, en écrivant, par exemple, « au coeur d'un quartier ». Il n'y a rien de surprenant, les Corses ne constituent-ils pas un peuple de villageois qui vit en ville. J'ai trouvé, en fait, très intéressant de lire un article après avoir repéré « au coeur de » dans un titre et dans une légende, pour constater à quel point l'émotion prenait une dimension considérable dans l'évocation du territoire.
Doit-on considérer, dès lors, que Corse-Matin est porteur de quelque chose en terme d'identité ?
Mon hypothèse, c'est oui. Je vais même jusqu'à voir votre journal comme une personne morale représentative de ce que le lecteur peut lire. Il est critiquable, critiqué, mais tout le monde le lit. Aujourd'hui, ne pas lire « Corse-Matin » dans cette île, c'est se mettre dans une situation de marginalité. D'abord parce qu'on ne va pas savoir qui féliciter après une distinction, ni à qui présenter des condoléances. Mais au-delà, on se rend compte à la lumière de ces travaux, que le journal parle de choses fondamentales.
« L'émotion identitaire en Corse, un territoire au coeur », Philippe Pesteil, édition L'Harmattan, collection SocioAnthropologie, 24 euros.
24 décembre
23 décembre
22 décembre
21 décembre
1er décembre
NOVEMBRE 2010
21 novembre
Concours de la chanson en langue minoritaire
Stéphane Casalta représentera la Corse samedi soir a Lorient (FRANCE) lors de la finale du concours de la chanson en langue minoritaire.
Le vote du public est important Vous pouvez écouter le spectacle et voter!!
La langue corse s'installe dans l'ancien tribunal à Corte
D'aucuns, en ville, s'interrogeaient quant au devenir de l'ancien tribunal d'instance dissous il y a bientôt un an.
La collectivité territoriale de Corse est en train de racheter les locaux pour y installer son nouvel outil au service du développement et de la promotion de la langue corse.
JEANNOT FILIPPI
La présence de Pierre Ghionga au sein du conseil exécutif territorial n'y est sans doute pas étrangère, encore moins ses responsabilités à la tête du service langue corse de la collectivité territoriale. Quoi qu'il en soit, ce service se développe et installe un nouvel outil à Corte : l'ancien tribunal d'instance, chassé depuis bientôt un an par le vent de la réforme, se prépare à devenir l'antre du développement et de la promotion de la langue corse.
« La langue corse, c'est ma passion, et je me suis attelé très volontiers à cette mission qui m'a été confiée. En arrivant, j'ai trouvé un très bon plan voté au profit de la langue, lequel malheureusement, n'était pas vraiment mis en application ».
Ce plan qui prend en compte un volet éducatif, en collaboration avec le rectorat, et un volet sociétal, pour favoriser l'usage de la langue à tous les niveaux de la société, va donc disposer de son antenne cortenaise. « Pour travailler au développement de la langue, confirme Pierre Ghionga. Quatre personnels y seront affectés : deux cadres A, un cadre B et un personnel chargé du secrétariat ».
Un conseil scientifique dans l'ancienne salle d'audience
Pour installer l'outil, il fallait donc des locaux, et la CTC est entrée en négociation avec les services du ministère de la Justice, toujours propriétaire des 350 m2. Pierre Ghionga espère que la vente pourra se conclure d'ici la fin de l'année, pour un montant de 399 000 euros. Telle est l'offre de l'institution territoriale après estimation.
« Nous pourrons utiliser les locaux en l'état, considère le conseiller exécutif. Seuls quelques travaux de mise aux normes seront nécessaires ». L'ancienne salle d'audience ne ferait pas l'objet d'un aménagement particulier. « Nous la garderons pour en faire la salle de réunion du conseil scientifique de la langue corse. J'espère même que certaines réunions décentralisées de la collectivité territoriale s'y tiendront. Mon rêve : une session de l'assemblée de Corse, ose Pierre Ghionga, mais j'ignore si on peut y faire siéger confortablement 51 conseillers ».
Une chose semble certaine, en tout cas, le vieux tribunal va continuer à exister... autrement. « Au-delà de l'importance du service qui va s'y installer, l'occupation de ces locaux par la collectivité revêt aussi une dimension symbolique. Honnêtement, ça m'aurait fait mal au coeur de les savoir vendus pour les transformer en logements », conclut Pierre Ghionga.
Corse Matin du 15 novembre 2010 - Noël Kruslin
Mobilisation à Calvi
12 novembre
Un programme immobilier est l'objet de vives critiques. Un collectif contre la spéculation vient de se créer à Calvi.
Faut-il faire payer les riches pour pouvoir loger les autres ? C’est la question que pose Alex Bertocchini de radio Alta Frequenza :
"
Rappelons que mercredi s’est créé à Calvi un collectif contre la spéculation en réponse au projet de construction de résidence de luxe dans la Pinède de Calvi par la société SEMEXVAL qui est en charge également de la construction de logements sociaux toujours sur cette commune. Rappelons également qu’Ange Santini le maire de Calvi avait donné sur ce point une conférence de presse il y a plusieurs semaines pour expliquer la démarche qui, à son sens recouvre une certaine viabilité économique. Apparemment beaucoup en Corse n’ont pas le même sens des réalités et sûrement pas sur la question du foncier."
Une pétition lancée par le collectif circule actuellement sur le net :
NON A LA PRIVATISATION DE LA PINEDE ET DE NOS ESPACES NATURELS
COLLECTIFS !
NON AU CHANTAGE DES PROMOTEURS ET DE LEURS ALLIES !
OUI AU DROIT AU LOGEMENT !
La filiale corse de la société SEMEXVAL, à grand renfort d’encarts publicitaires, fait depuis de longs mois la promotion d’une juteuse opération immobilière « Les rivages de Calvi », exclusivement destinée à une riche clientèle de touristes étrangers, seuls à même de s’offrir des villégiatures entre 5 et 8000 euros le mètre carré.
Située au lieu dit Oasis, rond point du Casino dans un site inscrit, patrimoine naturel et propriété collective de l’ensemble des Calvais, ce projet purement spéculatif ne sert que des intérêts particuliers et contribue à accélérer la destruction programmée de la pinède.
Nombreux sont ceux qui se dressent contre cet énième projet à caractère spéculatif qui profite à une minorité prédatrice.
Face à la montée de cette opposition, les promoteurs et la majorité municipale accusent les défenseurs de la terre corse de tous les maux. Un chantage aussi inacceptable que scandaleux consiste à mettre en balance la réalisation de cette opération spéculative avec un plan de construction de logements à caractère social. En d’autres termes, soit les promoteurs ont les mains libres, soit les Calvais peuvent dire adieu à leur logement !
Nous appelons toutes celles et ceux qui refusent la mise en coupe réglée de leur ville et la généralisation de telles pratiques à signer la pétition sur www.la-cave.org
Les instruments de musique
Une conférence sur les instruments de musique. Article en page "Cantu".
Les cinq avocats d'Yvan Colonna
Je reproduis ici le texte magistral publié par Roland Laurette le mercredi 3 novembre 2010 sur Facebook :
J'ai regardé l'émission de Sylvie Fradin sur Planète-justice ce mardi 2 novembre. C'était un documentaire d'une grande sincérité sur les cinq avocats d'Yvan Colonna. Ils parlent de leur travail d'avocats, de leurs émotions, de leurs indignations. Ils expriment leur certitude de voir l'innocence d'Yvan reconnue un jour. En filigrane, ils disent leur colère devant le cynisme de l'appareil judiciaire antiterroriste mobilisé pour conduire jusqu'au bout cette affaire dans laquelle un innocent est sacrifié sur l'autel de la "raison" d'Etat. J'aurais personnellement aimé que cela fût dit avec clarté. Je ne crois pas du tout que des affirmations sur le caractère équitable du premier procès ( le Président Coujard était plus subtil que le Président Wacogne, c'est tout) ou spéculant sur la sérénité de la justice à l'occasion du procès en appel aient aidé en quoi que ce soit.
Mais c'est le sixième avocat interrogé en fin d'émission, Me Lemaire, dont je voudrais surtout relever les propos.
Me Lemaire est l'avocat de la famille Erignac. Il se permet sur la déontologie de ses cinq confrères des jugements infamants. Les avocats d'Yvan sont assez grands pour se défendre s'ils le jugent utile mais je trouve l'attitude de leur contempteur d'une rare inélégance. Est-ce si surprenant ?...
Venons-en plutôt aux arguments développés.
Les CINQ avocats d'Yvan Colonna : Me Lemaire glisse perfidement qu'on n'a pas besoin de cinq défenseurs quand on est innocent. C'est un argument de pure démagogie qui escamote deux choses : en première instance, les avocats des parties civiles étaient au nombre de SEPT ; cinq défenseurs ne sont pas de trop contre la ligue de la police et des juges d'instruction antiterroristes, des tribunaux d'exception et de l'appareil d'Etat.
Me Lemaire n'a pas manqué de nous resservir le couplet du malheur de la veuve du Préfet Erignac. J'ai toujours été abasourdi par cet argument. Est-ce parce que quelqu'un a subi un terrible et incontestable préjudice qu'il lui faut, pour trouver la paix, le sacrifice d'un innocent ? En condamnant cet innocent au prix d'un déni de justice manifeste, veut-on s'assurer qu'il y aura dans l'autre plateau de la balance une charge de malheur aussi lourde ? Curieuse conception de la justice rendue au nom du peule ! Elle a semblé gêner tous les journalistes qui apparaissent dans l'émission.
La reconstitution.
Me Lemaire n'en voit pas l'intérêt puisque trois semaines après l'assassinat une reconstitution a été organisée avec les témoins. Il ne voit pas (ou feint de ne pas voir) que depuis dix ans bien des faits nouveaux sont apparus dont l'arrestation du commando. Et dont surtout le coup de théâtre du procès en appel au cours duquel Me Simeoni a démontré que la REALITE des enregistrements téléphoniques contredit la mécanique du scénario officiel. Que faut-il de plus à Me Lemaire ? Il nous dit que les membres du commando ont refusé de participer et que sans eux on ne peut rien reconstituer. Rappelons lui que cela ne représente jamais que deux personnes (A.Ferrandi et P.Alessandri), qu'on peut toujours (cela se fait sans arrêt) remplacer les protagonistes défaillants par des acteurs qui jouent leur rôle,et qu'au cours du procès en appel, P. Alessandri est revenu sur son refus. Mais surtout, la reconstitution aurait le grand mérite de montrer que l'attentat avait forcément mobilisé plus de deux (ou trois si on inclut Y.C.) personnes et que donc l'enquête menée a été inepte. Mais c'est justement cela qu'il ne fallait pas mettre en lumière. D'où toutes les manoeuvres pour éviter un acte de justice habituel et nécessaire en pareil cas. On pourrait ajouter, accessoirement, que la reconstitution sur le lieu exact où le préfet est assassiné ( il est en train de monter sur un trottoir dont la dénivellation exige deux marches) rend encore plus impérieuse l'élucidation sur la taille du tueur qui était nécessairement en contrebas.
Mais venons-en à l'affirmation majeure de Me Lemaire interrogé sur l'éventualité de l'innocence d'Yvan Colonna : il n'a pas le moindre doute parce que les preuves contre lui sont accablantes. On ne cesse de nous ressasser, depuis des années, ces fameuses "preuves accablantes". Il semble que l'adjectif se suffise à lui-même puisque les journalistes accablés eux aussi par le poids de l'argument évitent de demander quelles elles sont. Mais justement, il faut le demander ce que sont ces fameuses preuves. Car elles sont inexistantes. Tellement inexistantes que Roger Marion, patron à l'époque de la DNAT ou l'avocat général Jean-Claude Kross ne savent, en dernier recours, que tabler sur leur "intime conviction". Tellement inexistantes que les enquêteurs ont, pour renforcer leur dossier, caviardé des procès-verbaux favorables à l'accusé ou même eu recours à des contre-vérités flagrantes. Si Yvan Colonna est coupable et si les preuves en sont si "accablantes", pourquoi trafiquer le dossier ? Un lambeau de phrase de Me Lemaire suggère que ces preuves accablantes résident dans les accusations de quelques uns des membres du commando et de certaines de leurs épouses. Seulement ces accusations ont toutes été retirées. Au cours du dernier procès, Pierre Alessandri a expliqué de façon crédible pourquoi elles avaient été proférées. Et surtout, ces accusations étaient tellement contradictoires qu'elle tombaient d'elles-mêmes.
Le dossier Colonna est donc tellement vide, qu'il n'aurait jamais dû venir devant une quelconque juridiction. Mais, en France, sans aucune preuve d'aucune sorte, on peut, au nom de la raison d'Etat et de la lutte antiterroriste, condamner quelqu'un à la peine la plus lourde du code pénal. Avant Badinter, Y.Colonna aurait été condamné à la peine de mort. Sans aucun doute.
On ne mesure pas bien combien le prétexte de la lutte - légitime - contre le terrorisme est un moyen d'étrangler peu à peu les libertés individuelles et, en fin de compte, la démocratie. C'est pourquoi l'action des cinq avocats d'Yvan Colonna dépasse de très loin la défense d'un homme. Ce sont nos droits fondamentaux qui sont en cause. Si Yvan Colonna était définitivement condamné ce serait une maille de plus des conquêtes de la République qui aurait filé.
Roland Laurette (03/11/2010)
La Corse déclarée "Terre sans expulsion"
Le RESF Corsica (Réseau éducation sans frontière) se félicite que l’assemblée de Corse ait adopté, vendredi soir une motion en faveur des élèves sans papiers et leur famille. Le RESF Corsica (Réseau éducation sans frontière) se félicite que l’assemblée de Corse ait adopté, vendredi soir une motion en faveur des élèves sans papiers et leur famille.
Dans ce texte, porté au vote par le président Dominique Bucchini, et adopté par l’ensemble des groupes (UMP excepté) l’assemblée : « – Déclare la Corse « terre sans expulsion », – se déclare solidaire dans les démarches de reconnaissance de la place des immigrés, y compris les sans-papiers, dans la société insulaire, – s’oppose aux expulsions de jeunes majeur(e) s et de familles dont les enfants sont scolarisés, en les plaçant sous sa protection afin d’obtenir la régularisation et leur permettre la poursuite de leurs études, – s’engage à exprimer sa solidarité au sein des établissements scolaires en vue d’obtenir leur régularisation, le cas échéant, et affirme que ses représentants prolongeront cette démarche dans les conseils d’administration où ils siègent, – assure que les élèves menacés d’expulsion et/ou leurs parents obtiendront son parrainage pour les accompagner dans leurs démarches de régularisation ».
La Corse devient après l’Aquitaine et l’Ile de France et avant la région Centre, prochainement), la troisième région à s’inscrire dans une vaste démarche menée par le Réseau Education Sans Frontière, « pour faire adopter, dans toutes les régions ce nouvel outil offensif de défense des sans papiers ».
(03/11/2010)
« Assassinats : l'Île des fous »
par Pierre Corsi (Journal de la Corse)
Chez nous, sur fond de silence, de peur, d'impuissance et d'indifférence, assassiner son prochain est redevenu un mode usuel de régulation des conflits.
Depuis les années 1980, au moins 200 habitants de l'île ont été les victimes d'assassinats perpétrés par des groupes armés. Les uns l'ont été dans le cadre d'affrontements sans merci ayant opposé des factions nationalistes. Les autres ont été les victimes de différends mettant aux prises des bandes a priori liées au grand banditisme. Certains ont fait les frais de représailles ou de méprises collatérales, ou tout simplement de l'envie d'éliminer un prochain jugé gênant. Le dernier en date de tous ces assassinats a été celui d'Antoine Nivaggioni. Dans quelle catégorie classer ce nouveau crime ? Il revient aux enquêteurs et à la justice de le préciser et d'étayer par des preuves irréfutables leurs conclusions.
Paris reste de marbre
Confronté à cette situation qui fait souvent assimiler la Corse au Sud de l'Italie, l'homme de la rue constate et se tait, même s'il ressent du dégoût, de l'angoisse ou de la peur. En revanche, le café du commerce et certains médias locaux s'en donnent à cour joie. Ils claironnent des mobiles de meurtres passés, présents ou futurs. Ils prédisent que tel ou tel crime ne sera pas le dernier. Ils lâchent même les noms de cibles potentielles ou de commanditaires présumés. Quant à l'autorité publique, elle compte les coups ou gesticule comme le fait la JIRS de Marseille (Juridiction interrégionale spécialisée), mais apparaît incapable de faire cesser le massacre. Il semble même qu'elle soit touchée par le fatalisme. En effet, commentant les circonstances de l'assassinat d'Antoine Nivaggioni, un représentant de l'Etat a déclaré : « Il s'agit d'un schéma classique du mode opératoire pour les règlements de comptes ». Il convient d'ajouter que les 30 ans insulaires de plomb et de sang n'émeuvent guère le reste de la France et le pouvoir central. L'opinion publique continentale a d'autres chats à fouetter. De plus, elle considère que se venger et s'entretuer sont des traits de l'identité corse. Les grands médias nationaux s'en tiennent la plupart du temps à relayer les informations distillées par certains avocats, magistrats ou policiers. Il advient aussi que faisant fi de toute déontologie, des journalistes se laissent aller à évoquer des « sources sûres » qui ne sont en réalité que des émetteurs de « poussettes ». Quant à l'Etat, il est aux abonnés absents. A l'Elysée, Place Beauvau ou Place Vendôme, le sang qui coule dans les rues d'Ajaccio ou de Bastia n'est pas considéré comme un problème à traiter prioritairement. Le seul homicide qui ait provoqué une véritable réaction a été celui du préfet Claude Erignac. Que l'on meure de mort violente en Corse, laisse Paris de marbre.
Mode usuel de règlement des conflits
Il faut également souligner que chez nous, sur fond de silence, de peur, d'impuissance et d'indifférence, assassiner son prochain est redevenu un mode usuel de régulation des conflits. Certains y verront la continuité d'une tradition multiséculaire marquée par le « crime d'honneur » et la vendetta. Ils n'ont pas totalement tort. Même si l'on ne tue plus pour sauvegarder la réputation de sa famille et si la vendetta relève du passé, l'inconscient collectif insulaire reste hanté par ces sinistres pratiques ; et le passage à l'acte homicide, quelle qu'en soit la motivation, est sans doute facilité par ces «fonds d'écran traditionnels » qui habitent chacun d'entre nous.
Mais il est d'autres explications qui ne doivent rien à la tradition et n'ont aucune dimension honorable (si tant est qu'ôter la vie à son prochain puisse être honorable). D'abord, la montée en puissance du crime organisé favorise la multiplication des assassinats. Ensuite, il est évident qu'un Etat qui se lave les mains laisse le champ libre aux « outlaws » (Hors la loi) et au pouvoir des armes.
La Corse a d’ailleurs déjà connu un épisode de ce type. Au début du siècle dernier, un Etat démissionnaire avait permis le règne de très sanguinaires «rois du maquis ». Il est également indiscutable que, chez nous, la difficulté de réussir par le mérite et le travail, les besoins inassouvis de vie facile et de paraître social déterminés par la société de consommation, les inégalités sociales de plus en plus criantes, ainsi que l'absence de développement économique et la petitesse du réservoir de richesses, constituent un contexte favorable à l'acte homicide relevant du crime organisé ou de l'appât du gain. En effet, une fois opéré le choix de « faire carrière » dans le grand banditisme, il s'avère fréquemment nécessaire de tuer pour s'emparer de la meilleure part d'un gâteau somme toute minuscule.
Une société malade
Chacune et chacun d'entre nous a tout à craindre de la situation actuelle et des évolutions qu'elle laisse présager. 200 homicides en 30 ans, au sein d'une micro société comme la nôtre, cela laisse des blessures à vif. Le vivre ensemble ne peut qu'en être affecté. L'Ile de Beauté pourrait bien devenir l'île des fous. Il est plus que temps que les uns et les autres, et en premier lieu la classe politique, nous nous interrogions et cherchions tous ensemble des solutions. La porte de sortie n'est ni dans le déni, ni dans la condamnation de circonstance, ni dans l'énoncé incantatoire de principes moralistes. Elle s'annonce longue à trouver et suppose d'être disposé à administrer des remèdes de cheval à un corps social très malade.
Vannina Bernard-Leoni nommée directrice de la Fondation de l'Université de Corse -Pascal Paoli
Née à Bastia en 1979, Vannina a quitté l'île après le bac, en quête d'ailleurs toujours renouvelés.
Pour "opérer une synthèse entre corsitude et désir du monde", elle a créé la revue transculturelle Fora! - La Corse vers le monde - en 2007.
Après plusieurs années d'enseignement à Paris et ailleurs, Vannina rentre en Corse et intègre l'Università di Corsica pour y porter le projet de Fondation universitaire.
Son objectif est de collecter de nouvelles ressources pour financer des projets et programmes d'action dans les domaines suivants:
- innovation et prospective
- attractivité internationale et promotion de l'identité universitaire
- transfert des savoirs et compétences vers le territoire insulaire.
On retrouvera également Vannina sur Via Stella pour MCSP avec Marina Raibaldi.
La paillote incendiée Chez Francis : le cinéma remet le couvert
Par jean-marc raffaelli
Face à un événement d’actualité qui défraie la chronique de façon aussi spectaculaire qu’inédite, on dit communément que la réalité dépasse la fiction. C’est précisément ce qu’on s’est dit lorsque, abasourdis, nous avons appris le 5 mai 1999, qu’un préfet de la République était mis en examen puis envoyé en prison pour avoir commandité, auprès des gendarmes, l’incendie d’une paillote illégalement construite sur le littoral du golfe du Valinco.
Et bien, cette fois, la fiction rejoint la réalité, puisque cette affaire d’état (ce sont les mots employés devant la représentation nationale par le Premier ministre de l’époque Lionel Jospin) va être portée prochainement à l’écran par France Télévisions. Le tournage est même imminent et se déroulera, à cheval sur septembre-octobre, trois jours à Ajaccio pour se poursuivre dans les Alpes-Maritimes, du côté d’Antibes, Cannes et Nice. Ceux qui, comme nous et tous les Corses, ont vécu au jour le jour les rebondissements vaudevillesques de cette grosse farce politico-préfectorale, ont hâte de voir ça !
Christophe Malavoy en tête de générique
Les premières scènes seront tournées d’ici une petite dizaine de jours à Ajaccio, en extérieur, mais aussi en intérieur dans les jardins de l’hôtel de région et au cœur de l’hémicycle de l’assemblée de Corse. Sollicitée par la production, la collectivité territoriale a donné son autorisation, mais elle n’interviendra pas sur un plan financier. L’essentiel du tournage aura lieu sur la Côte d’Azur, un territoire marin jalonné de mille et une paillotes...
C’est un comédien talentueux qui a été pressenti pour interpréter le rôle principal, celui de Bernard Bonnet. Christophe Malavoy, reconverti avec succès dans la réalisation et la littérature, s’est fait plutôt rare à l’écran ces dernières années, mais il s’est particulièrement distingué dans des rôles de composition pour le petit écran, comme celui, assez récent, de Guillaume Seznec. Au niveau du jeu, c’est un acteur qui fait des étincelles... avec ou sans briquet. Plusieurs comédiens insulaires seront également au générique pour des apparitions secondaires voire pour de la figuration. En revanche, Éric Fraticelli tiendra un rôle plus important, celui de Gérard Pardini, le directeur de cabinet du préfet.
Le film aura pour titre Mission sacrée. Il faut dire que ranimer la flamme d’une affaire qui a connu un retentissement médiatique phénoménal, c’est une sacrée mission.
La cour d'appel de Paris a rejeté la demande de remise en liberté d'Yvan Colonna,
Il restera donc en détention dans l'attente de son troisième procès, qui doit se tenir en principe du 2 mai au 1er juillet 2011 à Paris, selon des dates encore provisoires.
Ses avocats, qui proposaient qu'il sorte de prison en liberté surveillée, avec assignation à résidence et bracelet électronique, ont déploré le rejet de la demande de libération mais annoncé qu'ils allaient demander un complément d'information, et notamment une reconstitution à Ajaccio, avant le troisième procès.
Me Pascal Garbarini estime que la justice est sous pression du pouvoir politique. L'avocat a déclaré qu'il entendait saisir le président de la cour d'assises, qui n'est pas encore désigné, d'une demande de complément d'information. Le président peut légalement y procéder avant l'audience en saisissant un service de police.
"Il est certain que le troisième procès Colonna ne débutera pas avec comme socle le dossier d'instruction tel qu'il a été présenté aux deux juridictions précédentes", a dit Me Garbarini.
Sera demandée une reconstitution sur les lieux avec Yvan Colonna et les cinq hommes déjà condamnés définitivement pour leur participation au crime, a précisé l'avocat.
Me Garbarini souhaite aussi une expertise balistique et un examen comparatif entre ses conclusions et les constatations médico-légales sur le corps du préfet.
JUIN 2010
Le n° 7 de Fora! !!!
Centre d'art polyphonique
Langue
Colloque
Forum mondial à Ajaccio
MAI 2010
Réquisitions dans le procès des
soutiens présumés à Yvan Colonna
Les réquisitions concernant les soutiens présumés à Yvan Colonna
sont tombées en fin d’après-midi hier (jeudi). Le procureur, Alexandre
Plantevin, a ainsi requis une peine de 4 ans de prison avec sursis et 5
ans de privation de droits civiques à l’encontre de Patrizia Gattaceca.
Même demande formulée à l’encontre d’André Colonna d'Istria. Il a en
outre requis une peine plus forte - 5 ans avec sursis et privation des
droits civiques - contre Marc Simeoni. Enfin, dix-huit mois de prison
avec sursis ont aussi été réclamés contre Frédéric Paoli et 8 mois avec
sursis à l'encontre de Claude Serreri. Deux ans ferme ont par ailleurs
été requis contre Yvan Colonna, pour avoir détenu des armes lors de son
arrestation.
Pause musicale pour Patrizia Gattaceca avant
son audition devant le tribunal
Photo : Régis Durand De Girard
C'est à l'initiative de son ami, le musicien Henry Padovani,
co-fondateur du groupe Police, que la chanteuse a pu se produire, hier
soir, au Réservoir à Paris.
La chanteuse Patrizia Gattaceca s'est offert hier soir, une petite
pause musicale, avant la reprise du procès devant la 16e chambre du
tribunal correctionnel de Paris. Avec quatre autres personnes, elle
comparaît en effet depuis mercredi dernier, pour « recel de malfaiteur
» et « association de malfaiteurs ».
Quelques heures avant de monter sur la scène du Réservoir, une
petite salle du 11e arrondissement, Patrizia Gattaceca ne cachait pas
son émotion. « C'est un moment très important pour moi, car il ne
m'était pas permis de quitter l'île pour jouer sur le Continent ».
Depuis sa mise en examen en 2007, dans ce dossier, elle est en effet
assignée à résidence en Corse.
Alors cette belle initiative, elle la doit à son ami Henry Padovani,
co-fondateur du groupe Police. Le guitariste qui s'est produit la
semaine dernière lors du Festival de Cannes où un documentaire lui
était consacré, a participé au nouvel opus de la chanteuse, Meziornu. «
Nous avons travaillé ensemble et il joue sur deux morceaux de l'album.
J'ai été très heureuse qu'il me propose d'organiser ce concert. C'est
pour moi l'occasion de retrouver la scène parisienne et mon public.
Cela me fait chaud au coeur. J'aime beaucoup le Réservoir, c'est une
salle décorée dans l'esprit rock et baroque. Elle n'est pas très grande
mais l'ambiance y est très conviviale ». L'artiste a préparé son set
avec Patrick Mattei et Jean-Bernard Rongiconi, ainsi qu'un ingénieur du
son du Réservoir.
Parmi les quelque 300 spectateurs qui ont assisté au concert d'hier
soir, se trouvaient de nombreux amis de Patrizia Gattaceca qui vivent à
Paris mais aussi des insulaires ayant fait le déplacement spécialement
pour l'occasion.
« Un véritable choc des cultures »
Une pause musicale donc avant la reprise du procès et des débats
menés par la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de
Paris, Jacqueline Audax. Une première semaine d'audiences qui laisse la
chanteuse âgée de 52 ans pour le moins troublée : « On a l'impression
d'être confronté à un véritable choc des cultures. Il n'est pas facile
d'exprimer une idée, puisque les magistrats sont uniquement focalisés
sur les détails du dossier. Quand on est nationaliste, on est
automatiquement assimilés à des terroristes et je trouve cela choquant
».
L'audition de Patrizia Gattaceca interviendra mercredi. Une échéance
qu'elle dit ne pas appréhender plus que cela : « C'est vrai, c'est une
épreuve difficile et il faut la surmonter. J'ai l'intention de rester
sur mes positions, celles que j'ai toujours défendues depuis le début.
Je ne me fais pas d'illusion cependant, je sais bien qu'on me
questionnera davantage sur des détails que sur ma philosophie et les
raisons qui m'ont amenée à agir comme je l'ai fait ».
Sandra Carlotti pour Corse Matin, 24 mai 2010
Carnaval
à Sartè
La montagne corse en deuil
AVRIL 2010
Patrizia
Gattaceca devant le tribunal
Source : Corse Matin du 17/04/2010
Rétrospective Toni Casalonga
Langue
Festivals d'été
MARS 2010
Quelques nouveautés relevées dans Corse Matin au mois de mars 2010 :
- Antoine Ciosi inaugure l'Espace Diamant
- le Festival Musica Sacra in Corsica avec Orfeo Isulanu
- la cetera à Patrimoniu
- Anna Rocchi au centre d'art polyphonique
- le séminaire sur la diversité linguistique au Parlement européen.
Fora
! Vie et mort d’un objet culturel : suite
L'équipe de Fora ! regrette les adieux sympathiques mais prématurés (à
lire ci-dessous) que lui adresse le magazine Corsica. Un changement de
formule n'est pas un seppuku. Mais déjà, rendez-vous en juillet pour le
prochain numéro "Corse et Italie" !
Fora ! Vie et mort d’un
objet culturel (?)
Le
dernier numéro de la revue Fora ! s’intitule très opportunément «
Négritude, corsitude : et après ? ». Cette interrogation, censée
s’appliquer au thème traité, pourrait bien être, en réalité, une
question posée à ceux qui animent la revue elle-même. Y a-t-il une vie
après Fora ! ? Tout cela parce qu’après trois ans de labeur passionné,
six numéros réalisés, un dernier en préparation, les animateurs ont
décidé de raccrocher. « Non par paresse, explique Vannina
Bernard-Leoni, infatigable rédactrice en chef, ni par défaut de
lectorat, mais par la volonté de passer à autre chose. » Retour sur une
aventure.
À
l’origine, il y avait l’envie de jeunes gens que les hasards de leurs
études littéraires avaient éloignés de l’île. Ils voulaient faire
quelque chose pour la terre de leurs ancêtres, mais, par-dessus tout,
désiraient se prouver à eux-mêmes que, par leurs travaux, leurs
connaissances, leurs centres d’intérêt, ils appartenaient bien à cette
informelle famille, qu’ils idéalisaient : les vrais Corses de Corse. Il
est probablement réducteur d’ainsi résumer leur projet. Mais cette
formulation contient une part des mobiles de leur belle entreprise.
L’autre raison de leur action, plus apparente, moins contestable,
également plus difficile à exprimer, est résumée par le titre de la
revue qui a vu le jour en 2006 : Fora ! Le projet de Frédéric
Laly-Baraglioli et Vannina Bernard-Leoni était de détourner, pour un
projet culturel, pour mettre ensemble et non pour exclure, cette
formule qui, à la période contemporaine, fleurit sur les bords des
routes pour exprimer, crûment, schématiquement, ce dont certains
insulaires ne veulent pas. Fora !, dans l’esprit de ses promoteurs,
doit être à la fois au service de l’identité culturelle corse, mais se
propose de lutter contre certaines tendances réductrices de cette
identité. Et pour cela, il était nécessaire d’aller voir ailleurs –
fora – ce qui se passe. Attachement à la Corse, ouverture à ce qui
l’entoure : cela aurait pu être la devise de la revue sous-titrée, La
Corse vers le monde.
Chacun des six numéros de la revue semestrielle a exploré, de manière
légère, étonnante, amusante, sérieuse, toujours inattendue et
renouvelée, toujours joliment illustrée et mise en page, une des
facettes de l’identité insulaire. Le premier numéro, centré sur le
Japon, s’est penché sur l’insularité et la perception que les
insulaires peuvent en avoir : quand ce parallèle avait-il été examiné ?
Le numéro suivant, de manière plus prévisible, s’est attaché à examiner
quelques-uns des liens qui unissent la Corse et le Maghreb, qui
appartiennent tous deux au monde méditerranéen. La latinité de la Corse
a été abordée, dans le troisième numéro, en rapprochant – ce qui
n’avait sans doute jamais été imaginé - l’île et le Mexique. L’idée en
était venue à Vannina Bernard-Leoni, qui avait passé un an dans ce pays
– comme elle avait, précédemment, résidé au Japon.
Le numéro 4 a abordé une question récurrente de l’identité insulaire :
le fait de savoir s’il existe, et sous quelle forme, une diaspora
corse. La comparaison avec le monde juif s’est imposée. Avec les deux
numéros suivants, la revue a connu un changement de perspective. En
abordant le thème de l’américanisation de la société – « Corse &
USA : exemple ou repoussoir » -, le cinquième livraison de Fora ! a
posé un regard sur l’hybridation culturelle, l’acculturation ; il
s’agissait moins, dans cette perspective, de comparer que de mesurer
l’imbrication, dans la culture corse, d’éléments de la culture
américaine.
C’est une logique de cet ordre qui est à l’origine du dernier numéro
paru, placé sous le signe d’une mise en parallèle de la corsitude et de
la négritude. Comment fait-on pour penser les différences ? Qu’est-ce
qu’être une minorité culturelle ? Quelle place occupe le ressentiment
dans l’expression d’une minorité ? Problèmes passionnants. En juillet
prochain, paraîtra le numéro 7, que Vannina Bernard-Leoni qualifie de «
numéro de clôture ». Il sera consacré à l’italianité de la Corse.
Après cela, nos entreprenants jeunes gens veulent passer à autre chose.
« Nous voulons éviter le ronronnement, expliquent-ils. Fora !, c’était
un surgissement, une envie de faire et de dire. Nous ne voulons pas
tomber dans l’anecdotique. » Alors ? « Sans doute allons-nous réfléchir
à une nouvelle revue. Le titre devrait changer, la présentation aussi…
Rien n’est définitivement arrêté. Fora ! a suscité un nombre incroyable
de bonnes volontés. Beaucoup de gens veulent continuer. Nous verrons. »
Rendez-vous donc, en juillet, pour un adieu. Et rendez-vous, d’ici là,
sur Via Stella, avec Vannina Bernard-Leoni, qui, chaque semaine, comme
une vraie Corse de Corse, est chargée sur cette chaîne d’une chronique
culturelle. Bonne chance. À bientôt.
Robert Colonna d’Istria
Copyright Corsica
FEVRIER 2010
Canta
sur France 2
"Lettres
et regards"
Solidarité pour Haïti
Le 13 mars
Un Collectif d'Associations de Balagne pour Solidarité Haïti
16 heures au Marché Couvert:
- Contes
- La Fracada
- Caffè Paisanu
- Apéritif musical avec l'Alba
21 heures Concerts à l'Hôtel La Balagne:
- U Timpanu
- Natural Trio
- Calvi Soul Band
- Wonderfull Hippies
Boissons et pâtisseries vendues au profit de la P.A.F.H.A. (Plate Forme
d'Associations Franco-Haïtiennes)
Zamballarana chante
pour Haïti
Chjami è rispondi
Fora! et Stantari au Spaziu
Les
revues Fora ! et Stantari vous invitent au Spaziu à L'Ile-Rousse le 12
février
Vannina Bernard-Leoni et Cécile
Breton, rédactrices en chef des revues Fora ! et Stantari sont
heureuses de vous convier à fêter la parution de leurs nouveaux numéros
Vendredi 12 février 2010, à 17h30
au Spaziu (place de l'Hôtel de ville, L'Ile-Rousse)
Equipes de rédaction et contributeurs communs seront au rendez-vous
pour vous présenter les nouveaux numéros et vous inviter à débattre des
enjeux de la vulgarisation scientifique en Corse, qu'il s'agisse de
sciences sociales ou de sciences naturelles.
Avec : Marie-Jean Vinciguerra (inspecteur général honoraire de
l'Éducation nationale)
Élisabeth Pereira (maître de conférences à l'université de Corse)
Sylvain Gregori (musée de Bastia et association Sintinelle)
La rencontre se poursuivra par un spuntinu et par la projection d'un
documentaire de Marie-Jeanne Tomasi L'ami anglais, une réflexion sur la
corsitude à partir de la rencontre entre James Boswell et Pascal Paoli.
Plus de renseignements sur www.revue-fora.org et www.stantari.net
Evénément organisé en partenariat avec la Cinémathèque de Corse
JANVIER 2010
Un cinéma ultra-moderne
à Ile-Rousse
Le numéro 6 de la revue Fora ! est arrivé
dans les kiosques.
Numéro
6
(Hiver-printemps 2010)
Négritude,
Corsitude : Et après ?
Un dialogue entre Corsitude et Négritude
Une réflexion sur la "différence" dans l'espace républicain
Avec Pap Ndiaye, Jacques Fusina, Sylvain Gregory, Francis Arzalier, Gary
Coulibaly,
Mata Gabin, Thierry Lentz, Raphaël Confiant...
La revue transculturelle corse est en vente chaque
semestre et présente en kiosques en Corse.
Pour acheter Fora ! par correspondance, trouver la liste des points de vente sur le
continent, ou vous abonner : www.revue-fora.org
Une encyclopédie
numérique et collective dédiée à la Corse
Photo : Louis Vignaroli pour Corse Matin
Une partie de l'équipe
rédactionnelle du magazine A Nazione, conceptrice de cette encyclopédie
numérique de la Corse.
De gauche à droite : Jean-Guy Talamoni, Antoine
Martinetti, Pierre Vachet-Natali, Antoine Filippi, Marie-Thé Poli,
Pierre-Antoine Tomasi et Sébastien Quenot.
Après trois mois de recherches (dans ses archives) de contacts (des
personnalités susceptibles d'apporter leur contribution à ce projet) de
numérisation (des documents déjà en sa possession) et de travaux de
construction d'un portail (qui soit à la fois pratique et attractif
d'un point de vue esthétique) l'équipe rédactionnelle du magazine A
Nazione a mis cette semaine en ligne une encyclopédie entièrement
dédiée à la Corse.
Un projet ambitieux concrétisé en un temps record, tant il est vrai que
les concepteurs de ce nouvel outil numérique étaient, sous l'effet d'un
bel enthousiasme, impatients de le mettre au service des Corses... et
de tous ceux désireux de parfaire leurs connaissances sur cette île au
riche patrimoine. Désormais, cette plateforme d'articles qui sera
alimentée sous une forme participative, les y aidera grandement.
Plus de 200 textes déjà disponibles
Le principe est simple : toutes les personnes désireuses d'enrichir cet
ouvrage à travers leurs propres compétences sur un sujet précis
(historique, archéologique, culturel, sportif ou autres) sont invitées
à transmettre le fruit de leur travail au comité de sélection. Si
celui-ci juge le document comme étant effectivement de nature à
enrichir cet ouvrage collectif, il sera dès lors mis à son tour en
ligne sous une forme trilingue : corse, français et anglais. Un
principe qui n'est pas sans rappeler bien entendu celui de
l'encyclopédie universelle Wikipédia... à certaines nuances près, comme
l'explique Sébastien Quenot : « La différence fondamentale est que tous
les articles introduits dans cette base de données entièrement
consacrée à la Corse sont signés. L'anonymat n'est pas de mise. Ce qui
permet aussi une recherche par auteur, en plus de celle par thèmes ou
encore celle lancée à partir d'un mot-clé... »
Le concept d'une « coopérative du
savoir »
L'avantage d'une telle encyclopédie est évidemment de pouvoir être sans
cesse actualisée et enrichie. À travers d'autres articles mais aussi
des compléments que tout un chacun peut proposer d'apporter à chaque
sujet abordé. Invitant bien sûr les rédacteurs potentiels à faire
montre de la plus grande rigueur quant aux informations fournies (et à
citer leurs sources quand ils le peuvent) les créateurs de cette
encyclopédie s'attellent par ailleurs à concrétiser un certain nombre
de partenariats avec différentes revues scientifiques en vue de la
numérisation d'articles publiés dans leurs colonnes. L'idée étant, on
l'a bien compris, de créer une véritable « coopérative du savoir » qui
offre une connaissance toujours meilleure de la Corse. Laquelle passe
aussi par des documents sonores ou visuels dont cette encyclopédie
sera, dans un avenir proche, en mesure d'être également enrichie. Pour
que l'accès au savoir se fasse par toutes les voies possibles
J.-P. C.
Source : Corse Matin du 23 janvier 2010
Rencontres poétiques
Source : Corse Matin du 20 janvier 2010
Cultura
Viva
Source : Corse Matin du 20 janvier 2010
Une tragique disparition
Source : Corse Matin du 18 janvier 2010
"Estru
paisanu"
Source : Corse Matin du 15 janvier 2010
La
culture à Corti
Source : Corse Matin du 15 janvier 2010
L'hospitalité
en procès...
Natale...
La procédure de
Cassation d'Yvan Colonna
Communiqué du Comité de Soutien à Yvan
COLONNA :
Vendredi 2 octobre 2009
La procédure de Cassation ne vise pas à réexaminer les faits. Elle
n'est pas un troisième procès.
La Cour de Cassation se contente de vérifier si la Loi et le Droit ont
été correctement appliqués, uniquement d'un point de vue de la forme et
de la procédure.
Dans le Cas d'Yvan, de l'avis unanime des professionnels qui ont eu à
examiner la procédure ou à suivre le procès, de nombreux moyens de
cassation devraient être retenus, et le seraient de façon
quasi-certaine, dans le cas d'une procédure normale.
Le mémoire déposé par Me Patrice SPINOSI, Avocat au Conseil (ce sont
des avocats spécifiques qui ont le monopole de la plaidoirie et de la
représentation devant la Cour de Cassation), développe 12 moyens de
cassation, autour de 6 thèmes principaux :
1 - Le premier est relatif aux incidents VINOLAS et LEBBOS.
L'incident VINOLAS est, selon le recours, constitutif d'une atteinte au
principe d'impartialité du Président de la Cour d'Assises, doublé d'une
rupture de l'égalité des armes et enfin d'une atteinte aux droits de la
défense.
Le grief d'impartialité sera étayé par l'incident relatif au témoin
LEBBOS, comme le fait que le Président ait attendu le départ de la
défense pour verser aux débats les écoutes constitutives d'éléments à
décharge, dont l'existence a été révélée à l'audience d'appel, alors
que l'existence de ces écoutes avait été cachée à la défense pendant
toute la durée de la procédure antérieure, soit pendant 10 ans !
2 - Le deuxième champ de critiques est tiré des atteintes aux droits de
la défense.
Seront ainsi mis en cause :
1) Le refus de la Cour d'acter l'interruption, par la partie civile et
l'accusation, de l'audition du témoin MANNARINI ,
2) Le refus de se souvenir, la Cour se bornant, pour répondre aux
différents donnés acte, à relever qu'elle n'est pas mémorative,
limitant ainsi le droit de l'accusé à formuler des moyens de cassation
et, partant, de son droit d'accés à un tribunal garanti par l'article 6
de la Convention Européenne des Droits de l'Homme ,
3) Le refus de la Cour d'annuler la procédure, suite aux conclusions
qui avaient été déposées, qui caractérise un excès de pouvoir négatif
de la juridiction,
4) Le refus de la Cour de faire droit à la demande de reconstitution,
interdisant ainsi à l'accusé d'obtenir les moyens nécessaires à la
démonstration de son innocence.
3 - Le troisième bloc de critiques est plus classique. Il est relatif à
la méconnaissance du principe de l'oralité des débats.
Qu'il s'agisse :
1) de l'audition interrompue du témoin MANNARINI,
2) de la communication lors de l'audience de l'avocat de la partie
civile avec l'un des témoins (incident dont la presse ne s'est pas fait
l'écho, mais dont la défense s'était faite donner acte pendant les
débats),
3) du fait qu'un des témoins, en l'espèce un policier de la DNATn ait
avoué avoir relu la procédure antérieurement à son audition, ce qui est
interdit par la Loi,
4) du fait qu'un des témoins ait, antérieurement à la déposition
d'autres témoins acquis aux débats, fait référence au témoignage de ces
derniers que la Cour n'avait pas encore entendus
5) du fait que, contre l'avis de la défense, il ait été projeté les
diapositives du transport à Ajaccio intervenu en première instance.
4 - Le quatrième bloc sera relatif au fait que, suite à la récusation
de ses avocats et son départ de la Cour d'Assises, Yvan COLONNA a été
jugé en son absence et sans défense.
5 - Le cinquième bloc met en cause plus généralement la procédure
d'exception des Cours d'Assises spéciales, en vue d'une saisine de la
Cour Européenne des Droits de l'Homme.
1) On peut ainsi faire valoir la jurisprudence TAXQUET c. BELGIQUE
(hélas mis en cause devant la Grande Chambre) qui a condamné cet état
du fait de l'absence de motivation des décisions d'assises. Cette
absence de motivation est d'autant moins compréhensible dans le cas qui
nous occupe que l'ensemble de la Cour est constitué de magistrats
professionnels.
2) On peut reprocher la rupture d'égalité devant la loi (article 14 de
la CEDH) qui naît de ce que, en cas de crime terroriste, une majorité
simple est suffisante pour caractériser la culpabilité de l'accusé
s'acquiert quand, en droit commun, cette majorité doit être qualifiée
(10 voix ai moins). Pourquoi le poseur de bombe a-t-il droit à une
moindre garantie que l'assassin d'enfant ?
3) De la même manière, on peut s'interroger sur les justifications d'un
jury uniquement constitué de magistrats dans un cas, et d'un jury
populaire dans l'autre, et invoquer, là encore, caractériser une
rupture d'égalité devant la Loi.
6 - Le sixième bloc de moyens est tiré des multiples violations de la
présomption d'innocence dont a été victime Yvan COLONNA tout au long de
la procédure.
On sait que, depuis le procès "Clearstream", les hommes politiques et
observateurs qui se souviennent enfin qu'il là d'un principe
fondamental dans toute démocratie, sont beaucoup plus nombreux et
n'hésitent pas à manifester leur indignation...
Si la Justice est la même pour tous, Yvan COLONNA n'a donc pas
d'inquiétude à se faire !
Vendredi 24 et samedi 25 juillet 2009 Corsica Diaspora et Amis de la
Corse organise à Corte sa 5ème Université Citoyenne : ‘’La Corse au
cœur de l’Euro-Méditerranée’’.
Corsica Diaspora a pour mission de soutenir le développement des
initiatives et des projets dans l’île et à l’extérieur en créant ou
sollicitant les réseaux de la diaspora et des amis de la Corse.
L’’’Université Citoyenne de Corsica Diaspora’’, ‘’la Journée Mondiale
de la Corse’’ et ‘’la Biennale des Cultures Euro-méditerranéennes’’,
sont autant d’évènements passerelles qui permettent à nos compatriotes,
nos amis, ici et ailleurs de se retrouver autour de projets qu’ils
portent, de réalisations concrètes communes, dans l’île et dans le
monde. Le matériau de base, solide, est le lien affectif inaltérable
qui enjambe les siècles, solidarise les générations et rattache les
Corses de manière indissoluble à leur terre.
Depuis 2004, Corsica Diaspora organise tous les ans, fin juillet, à
l’Université Pasquale Paoli, à Corte, cette rencontre importante. Le
choix de la date ne doit rien au hasard ; en effet, nous connaissons
tous et attendons le retour estival massif des Corses et amis de la
Corse qui vivent à l’extérieur de l’île. La période est propice aux
retrouvailles familiales, au renouvellement de ce bain affectif rituel,
rempli d’émotion partagée, qui est un bien précieux pour celles et ceux
qui, par obligation mais aussi parfois volontairement, ont leurs
activités professionnelles ailleurs.
Tables rondes et débats accueillerons des invités prestigieux et des
experts dans les domaines de l’Environnement et du développement
durable, de la Société de la connaissance, de la Culture et des
échanges en Méditerranée, des nouvelles technologies (et leur
utilisation dans le réseau), et des médias. Cette manifestation apporte
des éclairages sur des thématiques importantes pour l’île que
l’association développera dans le cadre de la Biennale des Cultures
Euro-méditerranéennes, que Corsica Diaspora co-organise à Marseille
(11, 12, 13 décembre 2009 – Parc Chanot).
Une enquête du "Monde" :
Fièvre immobilière et risques affairistes en Corse
LE MONDE | 15.07.09
BASTIA CORRESPONDANT
En lettres bâtons, l'argumentaire commercial incite le futur acquéreur
à saisir les "possibilités de défiscalisation" et profiter sans plus
tarder de "T4 de standing" avec "vue sur parc arboré". Depuis quelques
mois, les imposants panneaux publicitaires aux couleurs criardes, qui
jalonnent les itinéraires touristiques corses, de Bastia à Calvi en
passant par Porto-Vecchio, donnent aux voies de communication
insulaires des allures de routes pavées d'or. Maisons individuelles,
appartements, pavillons de lotissements aux noms champêtres ou pompeux,
ont parfois trouvé preneurs avant même l'achèvement des travaux.
Certains de ces lots seront revendus par des propriétaires qui n'en
auront pas même poussé la porte. Avec une confortable plus-value à la
clé.
Difficile de connaître avec précision la surface totale de ces projets
immobiliers champignons.
Une certitude est toutefois inscrite dans les chiffres du ministère de
l'industrie : pour la seule année 2008, les délivrances de permis de
construire ont explosé : + 49,3 %. Longtemps préservée du béton, la
Corse se hérisse de flèches de grues et avance au son des claquements
métalliques des mâchoires de pelleteuses. Même les côtes paisibles du
Cap Corse, semées de minuscules villages de pêcheurs aux terrains
jusqu'ici peu convoités, sont gagnées par le tsunami immobilier et la
hausse du prix du mètre carré. D'après les chiffres parvenus aux deux
fédérations départementales du BTP, près de 50 % des résidences
édifiées dans la région de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) ont été
acquises par des "non résidents", notamment d'origine italienne.
Lancés au cours des quatre dernières années, ces programmes auraient
surtout bénéficié des différents dispositifs gouvernementaux destinés à
faciliter l'accession à la propriété (prêts à taux zéro, etc.). Reste
que ce brutal développement ne manque pas d'aiguiser l'appétit
d'acteurs moins institutionnels. Bon an mal an, une ou deux affaires de
racket viennent troubler la réalisation des profits d'un secteur qui
contribue à hauteur de 7 % au PIB local. Les affaires "sorties" par les
services de police ou de gendarmerie grâce aux rares témoignages de
victimes ne constituent que la partie émergée de l'iceberg.
ENGINS DE CHANTIER INCENDIÉS
Pour s'en convaincre, il suffit de se pencher sur les statistiques des
services des deux préfectures de Corse pour constater combien la nature
des cibles de plasticages a changé. Palais de justice et gendarmeries,
symboles de "l'Etat français colonial" honni des indépendantistes
armés, constituent aujourd'hui la portion congrue. Ils ont été détrônés
par les entreprises de BTP et, fait nouveau, par les chantiers en cours.
Le 6 juin, à Alata (Corse-du-Sud), une résidence en construction est
soufflée par une charge explosive ; deux jours auparavant, c'est à
Lucciana, une grosse commune du sud de Bastia, qu'un immeuble en
construction était endommagé ; dix jours plus tôt, une maison en cours
d'achèvement à deux pas de la plage de Palombaggia, près de
Porto-Vecchio, avait été rasée.
Sur octobre et novembre 2008, quatorze engins de chantier appartenant à
plusieurs sociétés du BTP ont été incendiés à travers la Corse. En deux
ans, 57 attentats et tentatives ont visé des sociétés du secteur à
travers le territoire de l'île, jusqu'à de petits villages comme
Casalabriva (Corse-du-Sud), où la voiture d'un entrepreneur avait été
soufflée par une bombe en novembre. "Soyons honnêtes, tempère Jean-Marc
Cermolacce, entrepreneur et patron du Medef dans l'île, la situation
est beaucoup moins tendue qu'il y a dix ans. Il y aura toujours des
tensions commerciales exacerbées, mais nous ne sommes plus face aux
tentatives de prédation organisées des années passées."
Les services de sécurité ne partagent pas cet optimisme. Signe des
temps, les atteintes aux entreprises du BTP étaient auparavant
intégrées dans la statistique globale sur les attentats : "Elles sont
différenciées depuis 2006, explique un officier de gendarmerie. Oui, il
y a bien un phénomène, c'est certain. Restent à définir les mobiles...
et à persuader les victimes de coopérer." Dans un climat plombé par une
quarantaine d'assassinats en trois ans, dont treize pour les six
premiers mois de 2009, cette "coopération" reste toute théorique.
Si la fièvre immobilière est loin de suffire à expliquer la série de
règlements de compte qui a lieu dans l'île, les services d'enquête
regardent en direction des équipes de voyous locaux, visiblement
engagées, comme de véritables entreprises, dans une concurrence
effrénée pour profiter des retombées de la manne immobilière et
touristique. Paul-Marie Romani, professeur d'économie à l'université de
Corse, s'inquiète "non de l'abondance des projets mais des gens qui
sont derrière. D'anciens projets ressortent des cartons, de grands
groupes financiers reviennent, et on se retrouve dans la même situation
qu'avant Aleria". Aleria est ce bourg de la côte orientale où Edmond
Simeoni, alors jeune médecin bastiais, avait donné le coup d'envoi de
la revendication nationaliste en occupant une cave viticole, fusil de
chasse au poing. A l'époque, les premiers autonomistes dénonçaient les
liens entre spéculation immobilière et affairisme. C'était en août 1975.
Antoine Albertini
Article paru dans l'édition du 16.07.09
Polémique au Festival
de Cannes
Extrait de l'article de Corse Matin daté du 18 mai 2009
Lorsqu'à la sortie d'un film vous entendez des spectateurs déclarer
haut et fort
« Les Corses ne sont vraiment que des brutes sanguinaires », avouez
qu'un certain malaise peut vous saisir imparablement.
C'est ce qui s'est produit ce dernier week-end après la projection du
film de Jacques Audiard, Un prophète, qui, excusez du peu, représente
la France dans la compétition officielle du Festival de Cannes.
Ce long-métrage qui, durant 2 h 30, vous plonge dans un terrible
univers carcéral où des nationalistes corses comparés à des voyous sans
foi ni loi font régner la terreur, a suscité une vive polémique sur la
Croisette.
René Viale, le président du Festival du cinéma italien de Bastia, s'est
déclaré « très choqué par ce film qui, une fois encore, donne une
déplorable image de la Corse et des Corses ».
« Même s'il s'agit d'une fiction, je trouve intolérable ce côté
réducteur qui fait passer les insulaires pour des assassins avides de
sang et de pouvoir, racistes et désormais esclavagistes. Comme le
festival de Cannes a une portée internationale, que va-t-on penser de
nous dans le monde entier ? Il faut arrêter de sacrifier la Corse sur
l'autel du septième art. La série télévisée de Canal +, Mafiosa, avait
déjà déchaîné les passions par des scènes violentes et totalement
gratuites. Là, c'est encore pire, car dans le film de Jacques Audiard
l'hémoglobine coule à flots à cause des Corses, bien sûr ».
Un prophète a été tourné cet hiver à Gennevilliers dans un décor de
prison superbement reconstitué. Sa distribution officielle est prévue
pour le 26 août.
L'histoire raconte le parcours initiatique d'un jeune maghrébin qui,
suite à son incarcération, tombe sous la coupe d'un groupe de
prisonniers corses dont il devient l'esclave. Un vieux truand insulaire
du nom de César Lucciani lui donne alors l'ordre de tuer une « balance
» puis d'assurer des missions de plus en plus violentes, à l'intérieur
et à l'extérieur de la prison lorsqu'il sort en permission. Mais, très
rusé, le jeune Malik utilisera toute son intelligence pour développer
discrètement son propre réseau afin de se venger.
Certaines séquences sont véritablement insoutenables. Et le clan des
voyous corses est toujours là quand la violence atteint son paroxysme.
Plusieurs acteurs corses
Jacques Audiard qui, rappelons-le, est le fils du célèbre scénariste
Michel Audiard, et le réalisateur du film aux six Césars De battre mon
coeur s'est arrêté, a souhaité jouer « la carte identitaire ». C'est
pour cela qu'il a donc choisi de mettre en exergue des Corses dans son
film. Mais, selon nous, sa décision ne tient pas car il aurait pu alors
y intégrer des gitans ou des basques. Selon René Viale, « s'il a décidé
que les Corses seraient les brutes de service de son film, c'est parce
que la Corse est aujourd'hui à la mode et que tous les faits-divers qui
défrayent la chronique judiciaire insulaire sont très vendeurs ».
Ce qu'il faut également remarquer est que dans ce film, l'avocat
insulaire du vieux truand joué par Niels Arestrup, est bien entendu
malhonnête : on n'en est plus à un excès près !
Il faut noter aussi que plusieurs comédiens insulaires tiennent un rôle
dans Un prophète. On retrouve notamment Jean-Emmanuel Pagni,
Jean-Philippe Ricci, Pierre Leccia qui a écrit le scénario de Mafiosa,
et Frédéric Graziani qui a réalisé il y a quelques années à Bastia Le
cadeau d'Elena. Ils sont tous remarquables dans la peau de leurs
personnages respectifs. De fait, beaucoup de festivaliers se sont
étonnés de ne pas les voir lors de la traditionnelle conférence de
presse cannoise.
Ambiguïté malsaine
Président de la cinémathèque de Corse, Dominique Landron, estime pour
sa part que « ce film est réussi d'un point de vue purement
cinématographique ». Selon lui, « depuis Le Trou de Jacques Becker, on
n'avait pas fait mieux sur l'univers carcéral ». Il pense également
qu'il « faut prendre Un prophète pour ce qu'il est, à savoir une oeuvre
fictionnelle et pas un documentaire.
« Il ne faut pas retirer à un créateur son pouvoir de création,
précise-t-il. Toutefois, je regrette amèrement deux choses.
« La première est une erreur historique, en l'occurrence faire croire
au public que le rapprochement des prisonniers politiques corses a été
accepté par Nicolas Sarkozy et que, de ce fait, les détenus peuvent
désormais regagner la prison de Borgo et quitter les prisons
continentales en chantant le Dio vi salvi Regina, comme c'est le cas
dans le film.
« Le second point qui m'a vraiment interpellé est que le réalisateur a
créé un véritable amalgame entre les nationalistes et les voyous. »
Dans son film, qui est souvent parlé corse avec des sous-titres
français, Jacques Audiard laisse en effet planer une ambiguïté malsaine.
Jean-Baptiste Croce
Bientôt un lieu de
culture pour Calvi !
Sylvain Ettori sur Ci
Simu !
Source : Ci Simu avril/mai 2009
Le pesant silence du
Parti socialiste sur le procès Colonna
Le journal réunionnais Témoignages
publiait le lundi 6 avril 2009 un article sous ce titre.
Le procès en appel d’Yvan Colonna, accusé d’être l’assassin du préfet
Erignac, s’est déroulé devant un tribunal d’exception, une Cour
d’assises composée uniquement de magistrats professionnels nommés par
le pouvoir.
Bien qu’il n’intègre en son sein aucun jury populaire, ce tribunal très
spécial héritier direct de la cour de sûreté de l’Etat (abolie,
rappelons-le, par un ministre socialiste), est censé, paradoxalement,
rendre la justice au nom du peuple français.
Il a condamné en appel Yvan Colonna, citoyen français, à la réclusion à
perpétuité assortie d’une peine de sureté de 22 ans, la peine la plus
lourde de notre code pénal et "réservée" d’ordinaire aux tueurs en
série.
Cette sentence a été rendue sur la seule foi des accusations des
membres du commando ayant avoué avoir assassiné le préfet, puisqu’il
n’existe aucune preuve matérielle contre Colonna et que les dépositions
des témoins directs du crime l’innocentent.
Ce tribunal d’exception, qui n’a donc pas été capable de prouver les
responsabilités exactes de Colonna dans cette affaire lui a toutefois
attribué le rôle du tireur, et a condamné cet homme à la peine maximale
sur la base de son "intime conviction".
Pour bon nombre d’observateurs français et étrangers bon connaisseurs
du dossier (dont la Fédération internationale des Droits de l’Homme),
ce procès a été mené uniquement à charge contre l’accusé, le doute qui
doit bénéficier à tout citoyen de notre pays n’ayant à aucun instant
été pris en compte par cette cour de magistrats pour rendre sa sentence.
Le procès en appel, tout comme l’instruction, a été entaché de graves
atteintes au droit ainsi qu’au au déroulement serein de la justice. (…)
Sans parler de l’étrange refus d’une reconstitution, (pourtant réclamée
pour la troisième fois par l’accusé lui-même), du refus de
confrontation de ce dernier avec ses accusateurs, de l’absence
d’expertise balistique, etc. Toutes démarches pourtant très habituelles
dans un procès d’assises « ordinaire ».
Que l’on croie ou non à l’innocence du berger de Cargèse, force est de
constater pour les observateurs impartiaux que, dans ce procès,
l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui
proclame que : « Toute personne accusée d’un acte délictueux est
présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires
à sa défense lui auront été assurées. » a été largement bafoué.
Comment la justice française peut-elle affirmer, au nom du peuple
français, quelque chose qu’elle a été incapable d’établir ? Comment
l’avocat général, dans son réquisitoire, a-t-il pu affirmer de l’accusé
qu’il était « le tireur, l’exécuteur et le bourreau » ?
Les Verts relèvent « les nombreuses carences dans le dossier
d’instruction venant corroborer les remarques déjà émises par la FIDH
concernant les manques graves au respect des droits de la défense, et
réaffirment qu’en démocratie la raison d’Etat ne doit en aucun cas se
substituer à la Justice sous peine d’entraîner son discrédit ». (…)
Hormis une piteuse déclaration de François Hollande (1) (qui n’engage,
espérons-le, que lui - même), le silence du parti socialiste sur ce
procès est assourdissant.
Pas un commentaire. Pas un mot.
Ce Parti prétend pourtant qu’il « plonge ses racines dans la tradition
de l’humanisme et dans la philosophie des Lumières ». Et qu’il « fait
siennes les valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, proclamées
par la Révolution Française. »
Il faut donc supposer qu’aujourd’hui le Parti socialiste, pourtant si
épris de justice sociale, s’est affranchi aujourd’hui de l’esprit des
Lumières, s’accommode fort bien des tribunaux d’exception - nommés par
le pouvoir - au pays des droits de l’homme, qu’il admet ce nouveau
fonctionnement des institutions françaises, qu’il n’a rien à redire sur
la remise en question de l’idée somme toute assez partagée selon
laquelle, dans une démocratie, la justice ne pourrait enfermer
quelqu’un à vie que si elle a la certitude - honnêtement acquise - du
geste accompli ou de la faute commise.
Enfin, depuis quand, en France, un accusé doit-il apporter la preuve de
son innocence, ainsi que l’a exigé l’accusation tout au long de ce
procès ?
Yvan Colonna, désigné autrefois par Sarkozy comme « l’assassin du
préfet Erignac » au mépris (déjà) de toute présomption d’innocence (2),
n’intéresse donc pas le parti qui fait sienne les valeurs de la
Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et de la Justice. (…)
Lorsque les tribunaux d’exception avancent, ce sont les droits les plus
élémentaires du citoyen qui reculent.
Patric Nottret
(1) L’ancien numéro un du PS, François Hollande, a jugé « moralement
inacceptable et politiquement intenable » une comparaison entre
l’affaire Dreyfus et le procès d’Yvan Colonna, comme l’ont fait les
défenseurs du berger corse. « Cette comparaison me choque. Dreyfus a
été condamné par une parodie de justice, un déni de justice », il a été
victime d’un « complot contre la vérité ».
(2) Pour mémoire, le public ignore souvent qu’auparavant, deux autres
hommes avaient été désignés comme étant les commanditaires du meurtre
d’Erignac : Jean Castela et Vincent Andriuzzi, deux enseignants,
avaient été condamnés par une même cour spéciale à trente ans de
réclusion criminelle pour avoir été reconnus (principalement par le
commissaire Marion et le juge Bruguière, principaux accusateurs de
Colonna), comme étant les "cerveaux" ayant commandité l’assassinat du
Préfet Erignac, et pour attentats.
A la veille de leur procès en appel, la Ligue des droits de l´homme
s´interrogeait déjà sur « les possibles conséquences d´un certain
nombre de dérives dans la justice qui hypothéquaient le droit à un
procès équitable et qui, par voie de conséquence, pouvaient faire
craindre une erreur judiciaire ».
Après avoir été maintenus en détention provisoire durant 7 ans, Jean
Castela et Vincent Andriuzzi ont été lavés de ces accusations et
relaxés après leur procès en appel.
Dernier procès
d'assises pour Wacogne
Didier Wacogne, le président très controversé de la cour d’assises
spéciales de Paris qui a jugé en appel Yvan Colonna, ne présidera plus
à l’avenir de session d’assises. En effet, il a été convoqué par le
premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie qui
lui a notifié sa décision en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.
Yvan
Colonna se pourvoit en cassation
Les avocats d'Yvan Colonna ont déposé lundi 30 mars un pourvoi en
cassation contre la condamnation vendredi par la cour d'assises d'appel
de Paris du berger de Cargèse à la réclusion criminelle à perpétuité,
assortie d'une mesure de sûreté de 22 ans.
Ce pourvoi, déposé en milieu d'après-midi, vise notamment le manque de
partialité et l'absence de loyauté du président de la cour d'assises
d'appel, Didier Wacogne, a précisé Me Garbarini.
Le silence et la
démission des journalistes
Sur le blog de Jean-Michel Aphatie :
"Samedi, Libération a titré ainsi son papier, publié page 6: « Yvan
Colonna: le procès tangue, pas le verdict. » Cette mise en
contradiction du procès et du verdict synthétise formidablement le
problème. Ce titre dit bien que le verdict est indépendant du procès.
Ce qui, dans une démocratie, n’est pas acceptable.
Curieusement, ce constat, partagé, est demeuré sans suites. Nulle part
dans la presse, un éditorial n’a posé la question, soulevé le problème.
Certains papiers, mais de manière très inégale, ont souligné la
partialité du président, donc l’orientation du cours de la justice.
Mais pas un commentaire sur ce sujet, dans la presse, donc encore moins
d’indignation. Le procès a été suivi de manière factuelle, et faut-il
le préciser, de manière très inégale, mais pas une plume ne s’est
consacrée à l’observation des principes."
On pourrait en dire autant de la plupart des partis de gauche, prompts
à dénoncer les manquements aux Droits de l'Homme en dehors de
l'Hexagone. Seuls à ce jour les Verts et le NPA ont réagi...
Une commission
d'enquête parlementaire ?
Jean-Guy Talamoni a déposé à l'Assemblée de Corse une motion demandant
la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur "l'affaire
Colonna et les activités des juridictions spéciales dites
"antiterroristes".
"De graves atteintes aux droits de la défense" justifient cette
demande, a précisé Jean-Guy Talamoni.
"Malgré les doutes que l'on peut nourrir sur la capacité des
institutions politico-judiciaires françaises à se remettre en cause,
surtout lorsqu'il s'agit du problème politique corse, il n'est sans
doute pas inintéressant de voir une telle commission enquêter sur les
dérives des juridictions dites "antiterroristes", a-t-il ajouté.
Manifestation à Ajaccio
C’est la réponse de la rue au verdict de la cour d’assises. Hier
après-midi, à Ajaccio (Corse-du-Sud), plusieurs milliers de
manifestants ont défilé pour dénoncer la condamnation d’Yvan Colonna.
Peu importe le chiffre exact, entre 4 000 selon la police et plus de 10
000 pour les organisateurs, cette manifestation a rempli son objectif :
montrer qu’une partie de la population corse soutient le berger
condamné, et pas seulement la mouvance nationaliste.
Le défilé s’est déroulé dans le calme et sous la pluie avec, au premier
rang du cortège, les proches de Colonna, son père et sa sœur notamment,
mais aussi des leaders politiques locaux comme Jean-Guy Talamoni et
Jean-Christophe Angelini. Edmond Simeoni a déclaré : "C'est une honte
dans un pays démocratique comme la France et notre combat prend
aujourd'hui une valeur symbolique", a-t-il dit. "Nous devons tous nous
dresser contre ce déni de justice. Ce n'est pas une affaire entre les
Corses et les Français. C'est une affaire de justice, de démocratie et
de droits de l'Homme qui nous concerne tous".
Procès Colonna : "Un
fiasco"
Par Marie-Lys LUBRANO
Le JDD.fr
Reconnu coupable de l'assassinat du préfet Erignac, Yvan Colonna a été
condamné, vendredi soir, à la réclusion criminelle à perpétuité
assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans. Une peine plus lourde
qu'en première instance, puisque c'est la peine maximale.
Pour le JDD.fr, Maître Gilles Simeoni, avocat de Colonna, réagit au
verdict et revient sur ce procès particulièrement agité.
A la fin du procès en première
instance, vous disiez que votre client,
qui avait échappé à la peine de sûreté, avait été condamné "au bénéfice
du doute". Est-ce encore le cas?
Là non, on n'est plus dans le bénéfice du doute. Avec ce procès en
appel, on était dans un train lancé sur les rails de la condamnation à
tout prix. Dans des conditions normales, il n'y aurait pas eu d'autres
issues que l'acquittement. Malheureusement ce que nous avions pressenti
est arrivé. La cour nous a démontré de façon délibérée, systématique et
même provocante, qu'elle n'était pas là pour arbitrer entre la thèse de
l'accusation et celle de la défense. Elle a refusé ne serait-ce que
d'envisager l'hypothèse de l'innocence d'Yvan Colonna. Sa seule
fonction et son seul objectif étaient d'arriver - au forceps si
nécessaire - à une condamnation, y compris au mépris de la vérité.
C'est ce qu'il s'est passé.
En première instance, vous disiez dans
votre plaidoirie que le procès s'était bien passé. Cela n'a pas été le
cas en appel?
On disait du procès en première instance qu'il avait présenté les
apparences de l'équité. Mais nous avions déjà bien compris, notamment
au travers de la reconstitution "croupion" qui avait été ordonnée -
c'est à dire un simple transport sur place - que la cour d'assises,
même en première instance, ne voulait pas aller au bout de la vérité.
Nous avions décidé d'exercer une défense classique parce que nous
n'avions rien à craindre du débat judiciaire, dès lors qu'il se tenait
dans des conditions normales. En appel, nous sommes encore venus jouer
le jeu judiciaire. Mais on nous a bien fait comprendre qu'il n'y avait
pas de place pour le débat et pour l'équité. Cette condamnation
intervient dans des conditions particulièrement scandaleuses.
Le "diktat" de Sarkozy
Yvan Colonna a écopé d'une peine plus lourde qu'en première instance,
comment l'interprétez vous ?
La cour d'assises a voulu se venger de lui. Les juges n'ont pas accepté
qu'il résiste à l'injustice. Et cette condamnation n'est autre que la
traduction juridique du diktat énoncé contre lui, à l'époque de son
arrestation, par le ministre de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy, ndlr), en
violation totale de la présomption d'innocence.
Ne regrettez-vous pas, maintenant, de
ne pas avoir plaidé?
Nous ne regrettons pas parce que nos plaidoiries n'auraient eu aucune
incidence. La cour avait démontré qu'elle ne voulait pas aller vers la
vérité, alors nous n'avons pas eu d'autre choix que de quitter le
procès.
Qu'auriez-vous pu dire de plus si vous
aviez plaidé?
Il y avait tout à dire... Mais de toute façon, si nous avions été
devant une cour d'assises fonctionnant normalement, il n'y aurait même
pas eu besoin de plaidoirie de la défense.
Vous allez vous pourvoir en cassation.
Mais l'absence de l'accusé
pendant les débats n'étant pas du fait de la cour, quels vices de
procédures allez-vous invoquer?
Nous avons plusieurs autres moyens. D'abord la rupture de l'égalité des
armes entre la défense et l'accusation: le témoignage de Didier Vinolas
était connu de l'accusation mais pas de nous. Ensuite, il y a des
écoutes téléphoniques effectuées pendant l'enquête qui nous ont été
cachées et la reconstitution précise des faits qui nous a été refusée.
Enfin, il y a les témoins qu'on a bombardés de questions avant même
qu'ils ne fassent leurs dépositions...
Toute cette affaire, y compris sur le terrain juridique, est un
véritable fiasco.
A lire, une très intéressante étude de Daniel Arnaud :
Le Procès Colonna, les médias et la démocratie
C'est ici : http://generation69.blogs.nouvelobs.com/index-2.html
Condamnation d'Yvan
Colonna
Yvan Colonna a été condamné en appel à la réclusion criminelle à
perpétuité avec une période de sûreté incompressible de 22 ans pour
l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998.
Lors d'une déclaration publique à Bastia, Edmond Simeoni a qualifié le
verdict de "terrible parce qu'il aggrave la peine du premier procès,
marquant ainsi la volonté délibérée, provocatrice, d'emmurer Yvan
Colonna vivant".
Une manifestation est prévue à Ajaccio samedi à 15h00.
Edmond Simeoni a souligné "l'intention des nationalistes de manifester
dans le calme et la dignité, non pas pour protester seulement contre un
jugement inique, mais pour montrer aussi qu'il s'agit d'un problème
concernant le peuple français au nom duquel la justice est rendue".
"A chaque fois que les justices d'exception avancent, la démocratie
recule. Le combat continue! Nous irons en cassation, puis
éventuellement devant la juridiction européenne des droits de l'Homme".
Les avocats de la défense ont d'ores et déjà annoncé leur intention de
se pourvoir en cassation.
Communiqué du comité de soutien à Yvan Colonna :
Madame, Monsieur, cari amichi,
Malgré la démonstration du caractère exclusivement à
charge de l´instruction et des pressions scandaleuses éxercées par le
pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire.
Malgré l´absence totale de preuves ou d´indices matériels,
et des dépositions de témoins oculaires de la scène du crime, qui
innocentent Yvan Colonna, malgré les témoignages non démentis,
établissant l´impossibilité matérielle qu´Yvan ait participé aux faits
qui lui sont reprochés.
Malgré la mise à jour de pratiques policières dignes d´un
État totalitaire (faux procès verbaux, pressions sur les témoins,
détournement de procédures, disparition d´éléments de preuves
favorables à l´accusé).
Malgré le fait que le doute doive profiter à l´accusé
alors qu´il a été présent tout au long d´un procès émaillé de zones
d´ombres et d´incertitudes.
Malgré le fait que la conviction intime du juge ne doive
s´appliquer qu´en cas d´acquittement,
YVAN COLONNA A ETE CONDAMNE A LA RECLUSION CRIMINELLE A PERPETUITE
par une justice solidaire du pouvoir politique au titre de la raison
d´État et animée d´un esprit de vengeance.
En fait, les audiences «équitables» dans leur forme ont dissimulé le
poids de la raison d´État.
Appel a aussitôt été formé contre cette décision.
Yvan reste présumé innocent.
Le comité de soutien fort à ce jour de plus de 48 000 signatures,
continue et accentue son combat, y compris sur le plan européen, pour
que soit enfin reconnue l´innocence d´Yvan Colonna à la prochaine
échéance judiciaire en appel.
Au delà du cas d´Yvan, c´est aussi une exigence de démocratie et
d´indépendance de la justice face au pouvoir politique et à la raison
d´État que nous revendiquons.
Sept
semaines de procès dans une ambiance délétère
Un article édifiant du Figaro sous la plume de Stéphane
Durand-Souffland, dont il faut souligner l'objectivité et la pertinence
tout au long de ce procès.
27/03/2009
La tension entre la cour et les défenseurs de l'accusé n'a cessé de
croître au fil des audiences.
Un rendez-vous de Me Pascal Garbarini chez son dentiste a sans doute
précipité le départ d'Yvan Colonna et de sa défense. Mais le procès du
berger de Cargèse avait déjà failli s'arrêter, à peine commencé. Voici
pourquoi.
Me Garbarini, donc, avait prévenu le président Wacogne qu'il serait
légèrement en retard le 10 mars au matin de fait, l'avocat de la
défense arrive peu après 10 heures. Le soir de ce 10 mars, Me Lemaire,
principal conseil de la partie civile, demande que soient projetées des
photos prises en 2007, lors d'un transport de la première cour
d'assises sur les lieux du crime. Il est déjà 19 h 40 et la défense
charge Me Garbarini qui, contrairement à Me Sollacaro, n'a jamais tenu
de propos désobligeants à l'encontre des juges, d'aller solliciter un
report de ce visionnage au lendemain, arguant de la fatigue générale.
L'avocat se rend dans la chambre du conseil, où les dix magistrats
(neuf titulaires et un suppléant) de la cour spécialement composée
discutent à bâtons rompus.
Reconstitution refusée
Alors qu'il plaide la lassitude, un assesseur rétorque sèchement :
«Vous ne devez pas être si fatigué que ça, puisque vous êtes arrivé à
10 h 30 ce matin». L'une de ses collègues renchérit : «Nous ne sommes
pas à la botte d'Yvan Colonna». Le président n'intervient pas. Un
magistrat, témoin de la scène, en a confirmé le déroulement au Figaro,
ironisant : «Reprocher à un avocat d'être en retard alors que le
président n'a jamais repris l'audience à l'heure…»
Le report est accepté, mais les cinq avocats concluent que l'hostilité
est telle à leur égard que certains assesseurs ne font même plus
l'effort de la masquer : ils décident de claquer la porte au premier
incident. Pourtant, jusque-là, ils étaient partagés sur cette
stratégie, certains restant partisans du combat judiciaire traditionnel.
Le prétexte leur sera fourni le 11 mars, avec le refus prononcé par la
cour d'organiser une reconstitution. Ce déplacement, bien que lourd à
organiser et à l'intérêt aléatoire, avait été envisagé par le ministère
de la Justice et inscrit au budget dès avant le procès. Un week-end
avait été bloqué, dont la date était connue de la presse. Lors d'une
réunion stratégique tenue le 9 mars au soir en présence de plusieurs
conseillers ministériels, et où «toutes les options ont été envisagées»
selon l'un des participants, il avait cependant été décidé que le
ministère public se prononcerait contre la reconstitution :
l'atmosphère des débats s'était par trop dégradée pour donner
l'impression de faire une concession à la défense «qui a dépassé les
bornes». Mais l'on espérait que la cour non représentée à ce comité,
reporterait sa décision de quelques jours. Le «niet» ferme et définitif
a donc surpris, et provoqué le clash. Il est plus que probable que si
la décision avait été autre, Yvan Colonna n'aurait pas quitté le box,
du moins pas ce jour-là.
Ouvert le 9 février, le procès était parti sur de mauvaises bases. Le
13, Didier Vinolas était venu témoigner. L'effet qu'ont produit ses
«révélations» a été dévastateur : les débats ont failli ne pas
reprendre le lundi 16. Car le 14, le palais de justice est en
effervescence. Selon nos informations, le président avait «égaré» la
note déposée fin décembre par M. Vinolas au parquet général, que
celui-ci lui a transmise un mois plus tard. Si la défense demande à
voir ce «soit transmis» et qu'il a disparu, c'en est fini. «Les avocats
généraux vont pouvoir garder leur réquisitoire au chaud pour l'année
prochaine», soupire un membre bien informé du parquet général.
Sollicité le 14 février par Le Figaro, M. Wacogne n'a pas souhaité
donner suite.
Guerre de procédure
Le 15, l'optimisme revient modestement : «Nous avons l'espoir
raisonnable que le procès se poursuive», confie un magistrat, en
croisant les doigts. Le lundi, à la reprise des débats (avec 25 minutes
de retard), le président verse la lettre de M. Vinolas dont il avait
été destinataire par ailleurs. Dans un climat délétère, la défense
exige de voir le soit-transmis. «C'est la même chose», avance le
président. Ce que confirme du bout des lèvres un avocat général. Mais
le flottement, évident à cet instant entre le siège et le parquet,
n'échappe à personne.
Me Garbarini : «Pourquoi n'avez-vous pas ce soit-transmis ?»
Le président : «Je n'apporte pas tout à l'audience. Il est dans mon
bureau…»
L'audience est suspendue à 11 h 40. Elle doit reprendre à midi. À 12 h
20, la cour réapparaît. Le président verse le soit-transmis. Le procès
reprend. Mais le compte-à-rebours est enclenché.
Histoires de drapeaux...
Concert de Canta U Populu Corsu à
Paris : Sarko n’aime pas les drapeaux.
Venneri sera, u 20 di marzu, simu andati, in famiglia, à l’Olympia à
vede Canta u Populu Corsu. Cù noi, aviamu trè bandere. Duie bandere
corse ; una grande è una chjuca per u figliulinu. A terza ghjera a
bandera di u Ribellu.
A Minnanna chì vuglia entre di bon’ora, cù un’amica, ùn hè micca
passata cù e so trè bandere. Ùn eranu micca i bastoni chì incumundavanu
u primu « vigile », era a bandera di u Ribellu. È stu « vigile » l’hà
dettu à Minnanna : « Ici, madame on ne fait pas de politique.
Vous devez me donner votre drapeau. Vous le reprendrez en sortant .»
A Minnanna hè surtita, in zerga, senza dà a so bandera, dicendu à u «
vigile » :
« Indè noi, quessu ùn s’hè mai vistu di cappià una bandera à un
furesteru.» .U nostru Ribellu ghjè un’amica chì l’hà piattatu è simu
entrati. Eiu, per passà cù u figliolinu, è e nostre duie bandere corse,
avemu piantatu quattre volte.
Quattru « vigile » è quattre volte à parlamintà. Quattre
discussione per annarbà a ghjente, è pò aghju dettu « eiu passsu
avà ». È simu tutti passati, quantunque cù e nostre bandere corse.
Quandu Canta u Populu Corsu hà cuminciatu à ripiglià e so canzone di
lotte, aghju surtitu a bandera di nostru Ribellu. Subbitu un antru «
vigile » hè venutu à cercami. È chì vulia ? A bandera ben intesu. Sò
surtitu di a seria di sedione è mi sò avvicinatu di u « vigile ». Ma
invece di dà a bandera à st’omu, sò andatu versu a scena è aghju
lampatu a bandera à i nostri cantadori. È ghjè cusì ch’avemu vistu dui
cantadori chì, cantendu, hanu purtatu a nostra bandera.
Un antru fattu di sta serata. Certi sò stati obligati, per entre, di
caccià u « tee shirt » di sustegnu à Yvan Colonna. È
l’avemu amparatu da Ceccè Buteau, chì ci hà dettu : « Sò e
RG chì, in sta serata, hanu datu e cunsigne à l’Olympia ». Ben intensu,
i nostri paisani hanu surtitu torna i so « tee shirt »
Ciò chì face piacè puru, ghjè, chì i nostri « vigile » cunnoscenu a
nostra lingua è hanu amparatu qualche parolle corse : - Libertà per
Yvan Colonna - è - A populu fattu bisognu à marchjà.
Dans la série "Sarko n’aime pas les drapeaux", le Journal du Dimanche
daté du 22 mars 2009 dans un article intitulé : Otan : la police fait
le ménage à Strasbourg , a écrit :
« À quelques jours du sommet de l’Otan des 3 et 4 avril, la police a
obligé plusieurs Strasbourgeois à retirer de leurs fenêtres ou balcons
le drapeau de paix aux couleurs arc-en-ciel avec la mention « No
to Nato » (Non à l’Otan) . »
François Dominici – Choisy le Roi – le 24 03 2009
Source photo : Unità Naziunale, Archives du site.
Source info : Unità Naziunale
Voici donc les drapeaux interdits :
La France de Sarkozy n'est certes pas le Chili de Pinochet, mais ces
restrictions aux libertés publiques ont de quoi inquiéter tout
démocrate, de même que les dérives de la justice "antiterroriste" :
procès Colonna, affaire de Tarnac (voir l'article du Monde sur ce
sujet)...
Colonna: appel à
manifester samedi
Le comité de soutien à Yvan Colonna appelle à manifester samedi à 15
heures à Ajaccio "pour témoigner du refus d'accepter un verdict
inique", dans un communiqué.
"La démarche de mobilisation se poursuivra afin qu'Yvan bénéficie d'un
procès équitable", poursuit le texte, qui appelle "tous les démocrates
à y participer".
Le verdict de la cour d'assises spéciale de Paris, qui rejuge depuis le
9 février Yvan Colonna, est attendu vendredi.
5 questions autour de
l’affaire Colonna
Le verdict dans le procès en appel d’Yvan Colonna devrait être prononcé
vendredi prochain. A quelques jours de l’échéance, un point rapide sur
l’essentiel du dossier.
Quelles charges pèsent au juste sur
Yvan Colonna ?
Uniquement les mises en cause initiales des membres du commando qui a
assassiné Claude Erignac le 6 février 1998, à Ajaccio. Les autres
éléments du dossier (dont certains n’ont tout bonnement pas été pris en
compte par une instruction menée exclusivement à charge) sont à
décharge : l’analyse balistique qui conclut à un tireur de grande
taille, les témoins oculaires qui ne reconnaissent pas Yvan Colonna,
les écoutes téléphoniques qui n’indiquent rien de suspect, les
rétractations des membres du commando, les contradictions dans leurs
premières déclarations. C’est pourquoi la Fédération internationale des
droits de l’homme (FIDH), dans le rapport qu’elle a rendu après le
procès de 2007, a dénoncé la faiblesse d’une accusation ayant conduit à
une perpétuité.
Pourquoi ses "amis" l’auraient-ils
désigné à tort ?
Pour minimiser leur rôle dans l’assassinat ; pour couvrir d’autres
personnes ; parce que le nom d’Yvan Colonna leur aurait été "suggéré"
par les enquêteurs. Il ne s’agit-là que d’hypothèses, mais leur simple
formulation doit nous rappeler qu’il y a une place pour le doute. Dans
d’autres affaires (Dominique Baudis, Patrick Dils...), des aveux
circonstanciés ont conduit à accuser des individus finalement mis hors
de cause. Lors de l’audience du 9 mars 2009, Pierre Alessandri a en
outre lâché : « Effectivement, j’ai des reproches à faire à Yvan. Quand
j’ai décidé de franchir le pas de la violence clandestine, j’ai espéré
qu’il ferait partie de notre groupe. Ce que je lui reproche, c’est ça :
d’avoir laissé Didier Maranelli et Martin Ottaviani monter au charbon
alors que c’est lui qui aurait dû le faire, pour être cohérent avec son
discours. » Aussi pourrions-nous imaginer le choix d’un bouc-émissaire
(ou d’un leurre) qui s’expliquerait par un ressentiment : à l’encontre
d’un "ami" qui partage les mêmes idées, et qui ne veut pas pour autant
aller les défendre par l’action violente ou le meurtre. Depuis Dantès
envoyé au château d’If par Morcerf et Danglars, on sait qu’avec
certains "amis"... on n’a plus besoin d’ennemis. Combien de turpitudes
humaines, trop humaines, font les grandes affaires qui marquent
l’Histoire ?
Pourquoi la cavale ?
C’est l’un des arguments (sans valeur légale) qui revient souvent chez
les commentateurs : on ne fuit pas la Justice lorsqu’on est innocent.
S’ils lisaient le rapport de la FIDH de 1998 concernant les pratiques
de la Division nationale anti-terroriste (DNAT), notamment en Corse,
ils seraient probablement moins affirmatifs. Tous les abus révélés au
grand jour à l’occasion du procès en appel se trouvent dénoncés depuis
plus de dix ans dans les dizaines de pages de France : la porte ouverte
à l’arbitraire : les instructions à charge, les pressions sur les
témoins, les détentions "préventives" qui s’éternisent, les
"femmes-otages" qu’on utilise pour faire avouer n’importe quoi en garde
à vue, les multiples atteintes aux droits de la défense.
Je m’étonne à cet égard du silence de la gauche, et plus
particulièrement des mouvements altermondialistes ou d’extrême-gauche.
Ces derniers, effectivement, sont toujours prêts à scander
"Sarko=facho", à vilipender la guerre des Etats-Unis contre le
"terrorisme" ou à s’émouvoir du sort des prisonniers de Guantanamo.
Alors même que, toutes proportions gardées, les atteintes aux libertés
individuelles et les dérives qui peuvent survenir au nom de la lutte
contre le "terrorisme" existent en France depuis bien avant le 11
septembre 2001. Au lendemain du 6 février 1998, de nombreux insulaires,
qui n’avaient rien à voir de près ou de loin avec l’affaire Erignac,
sont passés dans les geôles de la DNAT ; certains ont fait des mois,
voire des années de "préventive", avant d’être libérés. J’attends
toujours que les bonnes âmes qui ont récemment appelé à une
manifestation de solidarité avec la Guadeloupe daignent se pencher sur
ce qui est en train de se passer à la cour d’assises spéciale de Paris.
Pourquoi l’Etat aurait-il intérêt à
faire condamner un innocent ?
Parce que les institutions, pour assurer leur crédibilité, peinent à
reconnaître leurs erreurs et ont besoin de sauver les apparences ;
quitte à sacrifier un individu. Or, les enquêteurs de la DNAT, les
magistrats de l’institution judiciaire ainsi que deux ministres de
l’Intérieur (Jean-Pierre Chevènement puis Nicolas Sarkozy), au mépris
de la présomption d’innocence, ont désigné Yvan Colonna comme étant
l’assassin du préfet Erignac. Revenir en arrière équivaudrait pour eux
à un camouflet. Pour l’institution médiatique également, qui a
massivement relayé le postulat de la culpabilité. Condamner Yvan
Colonna, qu’il soit coupable ou innocent, permettrait en outre à
l’appareil d’Etat d’entériner l’affront du 6 février 1998 en affirmant
qu’on ne défie pas impunément le pouvoir. Il s’agirait alors d’un rite
symbolique et expiatoire.
Peut-on rapprocher cette affaire de
l’affaire Dreyfus ?
Oui. Le spectre de la raison d’Etat n’est pas sans rappeler les mots de
Maurras au sujet de Dreyfus : "Qu’importe qu’il soit coupable ou
innocent ? L’intérêt de la Nation commande qu’il soit condamné !"
L’affaire Dreyfus s’est par ailleurs déroulée sur fond d’antisémitisme.
Or, lorsque Le Canard enchaîné titre Encore un procès bien corsé, ce
n’est finalement pas très éloigné de quelque chose qui ressemblerait à
Encore une histoire juive. Il y a un racisme anti-Corse, c’est-à-dire
une manière d’attribuer à toute une population un ensemble de
stéréotypes ou de travers. J’ai pu lire certains commentaires qui
disaient en substance : "Si ce n’est pas lui [Yvan Colonna], de toute
façon c’est un autre, ils [les Corses] n’ont qu’à se décider à parler."
Comme si la Corse entière était collectivement coupable de l’assassinat
du préfet Erignac. Comme si chaque insulaire était au courant (et
complice, bien sûr) des agissements de tous les autres. Lorsqu’un crime
a lieu à Paris, demande-t-on à chaque Parisien de se justifier et
d’assumer l’acte du criminel ?
Daniel Arnaud, philosophe et écrivain
Publié sur AgoraVox
Soirée de soutien à
Yvan Colonna
Le samedi 21 mars 2009, à partir de 19 h
Sous le marché couvert d'Ile Rousse
Avec A Filetta, Meridianu et l'Alba. Voir en page "agenda".
Les doutes d'un
citoyen...
Un très beau texte d'Yves Duteil :
Horrifié par l'assassinat de Claude Erignac, je partage la douleur des
siens et la révolte face à cette tragédie. mais sa mémoire ne saurait
se satisfaire de la condamnation d'un coupable de circonstance, s'il se
trouvait qu'il soit innocent.
Or, jour après jour, la procédure, d'escamotages en omissions, laisse
apparaître la construction d'une vérité sur mesures, fondée sur une
seule hypothèse et refusant d'explorer les pistes qui risqueraient de
la remettre en cause. Peu à peu le procès devient l'Affaire Colonna.
L'absence de preuve matérielle, l'expertise balistique qui le
disqualifie dans le rôle du tireur, les témoins directs qui ne le
reconnaissent pas, la rétractation de tous ceux qui l'avaient mis en
cause, le doute sur les conditions dans lesquelles leurs aveux avaient
été obtenus et leurs révélations sur la présence d'autres participants
à l'opération...
Tous ces éléments accumulés éclairent d'un jour nouveau le refus de la
reconstitution, les documents soustraits à la défense, les erreurs
d'interprétation des données téléphoniques lors du premier procès,
l'apparition du nom d'Yvan Colonna dans la procédure 6 mois avant
l'arrestation du commando, les écoutes téléphoniques dont la
transcription ne figure pas au dossier...
A l'inverse du but recherché, un faisceau d'éléments convergents rend
de plus en plus crédible l'hypothèse de son innocence et révèle en
filigrane le parti pris de l'accusation, qui semble redouter
l'expression de la vérité, même au prix de l'inacceptable, de
l'inéquitable.
Le doute fait son chemin dans le prétoire, le malaise atteint
l'opinion, les observateurs attentifs. Un verdict de culpabilité
paraîtrait aussi peu étayé qu'un château de cartes. Une condamnation "à
moitié" signerait l'embarras de la Cour devant cette gêne omniprésente.
Le calvaire de la famille Erignac, si digne et douloureuse, pourrait-il
être apaisé, dans ce contexte partial, par l'enfermement à perpétuité
d'un innocent plausible, désigné depuis le début comme présumé coupable
?
Yves Duteil
Le père d'Yvan Colonna
refuse de venir devant la cour d'assises
PARIS, 20 mars 2009 (AFP) - Le père d’Yvan Colonna a refusé de venir
témoigner vendredi devant la cour d’assises spéciale de Paris,
rejugeant son fils pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, écrivant
dans un fax qu’il ne voulait pas "cautionner" un débat où "l’esprit de
vengeance remplace l’exigence de la vérité".
Jean-Hugues Colonna a adressé vendredi matin une télécopie au greffe de
la cour d’assises où il expliquait qu’il ne serait pas présent "au
motif d’une hospitalisation d’urgence à Marseille". "Quoiqu’il en soit,
je ne serais pas venu devant une cour spécialement composée pour
condamner et cautionner par ma présence un débat dans lequel l’esprit
de vengeance remplace l’exigence de la vérité", a ajouté M. Colonna
père.
Il a confirmé dans ce fax que le soir de l’assassinat du préfet Claude
Erignac, le 6 février 1998 à 21H00 à Ajaccio, il était "de 19H30 à 20H
environ en compagnie de (son) fils Yvan chez (sa) mère" à Cargèse
(Corse-du-Sud), ce qui rendait impossible la présence de l’accusé sur
les lieux de l’assassinat.
L’avocat général Christophe Teissier a estimé que ce fax ne faisait que
"confirmer le mépris affiché et voulu depuis le début de l’affaire" par
Yvan Colonna.
Un mépris partagé par de plus en plus d'observateurs...
"Le don d'ubiquité de Colonna n'émeut pas les assises"
Tel est le titre de l'article de Stéphane Durand-Souffland dans Le
Figaro du 18 mars dont voici quelques extraits :
Deux témoins, dont Jeanne Ferrandi, affirment avoir vu Yvan Colonna
dans deux endroits différents le lendemain du crime. En l'absence de
l'accusé et de sa défense, les contradictions entre témoins ne sont pas
relevées à l'audience. (...)
Arrêtée avec son ami en mai 1999, Valérie Dupuis, l'ex-compagne de
Didier Maranelli, avait introduit le nom d'Yvan Colonna dans la
procédure. (...)
À la fois franche et prudente, Mme Dupuis, qui a refait sa vie,
explique d'emblée qu'elle peut « dire des choses sur Didier Maranelli
mais rien sur Yvan. Je ne voudrais pas l'enfoncer parce que je ne sais
rien de cette histoire. On ne sait pas aujourd'hui s'il est innocent ou
coupable, et je ne peux pas dire si le fait qu'il soit venu chez moi, à
Cargèse, a un rapport ou pas avec ce procès ».
« Je l'ai vu une seule fois à la maison, c'était après les événements
», rappelle-t-elle. Invitée par le président à préciser la date de ce
conciliabule apparemment très bref entre MM. Colonna et Maranelli, le
témoin n'hésite pas : «Le 7 février, entre 9 heures et 10 heures du
matin ».
Comme la défense boycotte l'audience, personne ne pose à Mme Dupuis les
seules questions qui vaillent. Nul ne lui rappelle que Didier
Maranelli, à cette barre, a déclaré le 6 mars dernier qu'Yvan Colonna
n'était jamais venu à son domicile et qu'en tout état de cause, le 7
février 1998, il se trouvait non pas à Cargèse mais chez ses parents, à
Cristinacce.
Pas une voix ne pointe une faiblesse du dossier : selon la version
soutenue par l'accusation, Yvan Colonna se trouvait, ce 7 février au
matin, à Ajaccio, chez Alain Ferrandi, comme en attestent l'épouse de
celui-ci et celle de Pierre Alessandri. Une lecture linéaire du
dossier permet donc de démontrer que l'accusé - qui fut le premier à
s'en étonner après son arrestation - jouissait d'un prodigieux don
d'ubiquité, se trouvant simultanément en deux endroits distants d'une
cinquantaine de kilomètres.
On en vient à se demander s'il n'aurait pas mieux valu lancer
immédiatement les plaidoiries des parties civiles et le réquisitoire,
plutôt que de faire mine de s'intéresser à des dépositions qui, en
l'absence de débat contradictoire, n'ont pour ainsi dire aucun sens.
« Un procès sans défense, ce n'est rien d'autre que la validation
faussement critique d'une thèse écrite à l'instruction, avec l'alibi
tendancieux d'une oralité unijambiste. Il est plus que temps d'en finir
avec cet appel mort-né », conclut le journaliste.
Combien d'hommes dans le commando ?
Est-ce un tournant dans le procès ? La juge Laurence LeVert a été, avec
Jean-Louis Bruguière, l’un des trois juges d’instruction chargés du
dossier.
Mercredi 18 mars, Laurence LeVert a admis qu’il n’y avait que deux
hommes sur les lieux de l’assassinat du préfet Erignac, et non pas
trois comme elle le soutenait avec l’acte d’accusation.
Voici Yvan Colonna, censé être le troisième homme du commando,exclu de
la scène du crime. Du coup la construction bâtie par le parquet
s’effondre.
Autre déposition intéressante, celle du juge Gilbert Thiel qui a
expliqué pendant trois heures les "complots" qu’il a dû affronter au
cours de cette enquête hors norme :
Le complot des nationalistes, le complot des assassins, le complot des
gendarmes de la Section de recherche d’Ajaccio, le complot de la PJ
d’Ajaccio, obsédée par la « piste agricole », les complots ourdis par
le préfet Bonnet et par le patron de la DNAT, Roger Marion.
Et Thiel rappelle avec insistance la profession de foi de l’accusé, le
23 juin 2003, lors de leur premier entretien après son arrestation : «
Je vous affirme que je ne fais plus partie du groupe des anonymes, que
je n’ai pas tué le préfet Erignac. Je sais qu’il était votre ami, je
vous le dis les yeux dans les yeux. »
Depuis, Yvan Colonna ne s’est jamais départi de cette position...
Les avocats d'Yvan
Colonna portent plainte
17/03/2009
Mes Gilles Simeoni, Antoine Sollacaro, Pascal Garbarini, et Patrick
Maisonneuve ont déposé plainte auprès du procureur de Paris contre les
juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière, Laurence Le Vert et Gilbert
Thiel. Visant l'article 434 du code pénal, ils accusent les magistrats
de «destruction, soustraction, recel ou altération d'un document public
ou privé de nature à faciliter la découverte d'un crime ou d'un délit,
la recherche des preuves ou la condamnation des coupables». La peine
encourue par les intéressés, du fait de leur fonction, est de cinq ans
de prison et 75 000 d'amende.
Les avocats de M. Colonna reprochent aux juges d'instruction co-saisis
de l'enquête sur l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (6
septembre 1997) et de l'assassinat du préfet Erignac (6 février 1998)
dossiers distincts qui ont été joints par le président de la première
cour d'assises, d'avoir délibérément écarté des écoutes téléphoniques
judiciaires de la procédure. Ces écoutes réalisées entre décembre 1998
et mai 1999 ont, notamment, surpris des conversations entre Alain
Ferrandi et la famille Colonna.
Ce n'est que sur la retranscription des auditions réalisées par une
commission d'enquête parlementaire sur la Corse mise en place en 1999
après «l'affaire des paillotes» que les avocats ont trouvé trace de ces
écoutes.
Pour la défense, ces éléments ont été sciemment occultés parce qu'ils
sont à décharge. Le 5 mars, les avocats ont demandé au président Didier
Wacogne de verser les pièces manquantes au dossier. Cela n'a été fait
que le 12, au lendemain du départ de l'accusé et de ses avocats...
Intervention
d'Edmond Simeoni devant l'Assemblée de Corse
Le procès Colonna a été évoqué à l’Assemblée de Corse : dans une motion
présentée le 16 mars par Edmond Simeoni au nom du PNC-Chjama (et
rejetée sans débat par l'Assemblée) , il a été demandé au Garde des
Sceaux de "mettre tout en œuvre pour que le procès en appel d’Yvan
Colonna bénéficie de toutes les garanties quant à l’application du
droit à l’équité judiciaire conformément à l’article 6 de la convention
européenne des droits de l’homme et de veiller au respect le plus
strict des fondements et des grands principes de la justice."
11/03/09
"Le jeu judiciaire est truqué" selon Me Garbarini
Interview d'un des avocats d'Yvan Colonna publiée dans "Le Nouvel
Observateur".
La décision d'Yvan Colonna de quitter le procès a pu être jugée comme
une "fuite", un "aveu" de sa culpabilité…
- La décision d'Yvan Colonna a été provoquée par la déloyauté de la
cour d'assises. Il n'avait aucun intérêt à quitter le procès, mais il
refuse de jouer le jeu judiciaire car il est truqué. Il ne veut pas
participer à une truquerie. Les droits de la défense sont violés de
manière flagrante alors qu'il encourt la peine maximale. Il n'avait pas
d'autre choix que de quitter le procès.
Quand la cour d'assises respectera les principes érigés par le code
pénal, les peines vont être prononcées et les accusés resteront.
Quitter le procès est un droit pour l'accusé et c'est un devoir pour
ses avocats de le suivre.
Ne craignez-vous pas que les nombreux coups d'éclats de la défense
finissent par lasser jusqu'à l'opinion publique et finalement nuisent à
votre ancien client ?
- C'est l'inverse ! L'opinion publique s'est posé la question suivante
lors du premier procès Colonna : "Sera-t-il condamné à la réclusion
criminelle à perpétuité ou moins?", tellement son statut de coupable
avait été présenté. Lorsque le procès s'est fini, le 14 décembre 2007,
l'opinion a pensé : "Cet homme a été condamné au bénéfice du doute".
Aujourd'hui pour le public, ce procès est une mascarade, inacceptable
dans notre démocratie, car il y a déloyauté et partialité. L'opinion
publique est scandalisée, elle se dit que l'on est en train de
fabriquer un coupable.
Est-il encore possible d'assister à un procès qui se déroulerait dans
de bonnes conditions?
- Comme vous le savez, il y aura un troisième procès lorsque la Cour de
cassation et la Cour européenne des droits de l'homme seront saisis. La
France va être condamnée et il y aura un nouveau procès. Pour qu'il n'y
ait pas d'incidents, il faudrait que les magistrats et le président de
la cour d'assises respectent ses prérogatives et ses fonctions. Qu'ils
soient indépendants et ne se conforment pas au statut de coupable livré
par l'accusation. Et enfin, qu'ils soient respectueux des droits de la
défense.
Au premier procès, présidé par Dominique Coujard, Yvan Colonna a été
condamné et cela n'avait provoqué aucun incident. Lorsqu'un président
est loyal, le procès de la cour d'assises peut aller à son terme.
Interview de Me Pascal Garbarini par
Marine Thomas
Les bizarreries d'un procès atypique
Fin décembre 2008, Didier Vinolas, ex-secrétaire général de la
préfecture de la Région Corse et, à ce titre, proche collaborateur de
Claude Erignac, écrit au parquet général. Ce n'est que fin janvier
2009, à onze jours de l'ouverture des débats, que ce courrier est
transmis au président Wacogne qui en reçoit par ailleurs un double de
M. Vinolas, sans diffuser l'information, alors que celle-ci aurait dû
être portée à la connaissance de la défense et de la partie civile...
Le 24 février on apprend qu'un policier, témoin capital de l'affaire, a
envoyé un certificat médical au président, annonçant qu'il n'est pas en
état de déposer. Vérification faite, il apparaît que le certificat est
du 4 février, le courrier du 6 et qu'il a été réceptionné par le greffe
des assises le 9 février, jour de l'ouverture des débats... Deux
"cachoteries" pour le moins bizarres ...
Le comportement du président est jugé "étrange" par nombre
d'observateurs : tantôt il interroge longuement un témoin qui n'a
manifestement rien à dire, tantôt il ne pose aucune question précise à
la jeune femme qui a dévisagé le tueur. Lorsqu'il interroge Pierre
Alessandri, il lui coupe l aparole sans arrêt lorsque ce membre
important du commando vient proposer un scénario inédit de l'assassinat
du préfet, impliquant d'autres individus - qu'il refuse d'identifier -
toujours en liberté. Et quand Alessandri déclare : «J'ai des reproches
à faire à Yvan. Quand j'ai décidé de franchir le pas de la violence
clandestine, j'ai espéré qu'il ferait partie de notre groupe. Ce que je
lui reproche, c'est ça: d'avoir laissé Didier Maranelli et Martin
Ottaviani monter au charbon alors que c'est lui qui aurait dû le faire,
pour être cohérent avec son discours.», déclarations capitales pour la
compréhension des faits, le président ne demande rien à Alessandri !
Yvan Colonna était-il au courant des projets des « anonymes » ? A-t-il
abandonné ses amis au dernier moment, ou avant, ou après ? Le
saura-t-on un jour ?
Alors que tous les témoins oculaires innocentent Yvan Colonna,
qu'aucune preuve matérielle n'a été apportée contre Yvan Colonna, la
cour refuse d'organiser une reconstitution. Comment la manifestation de
la vérité pourrait-elle intervenir ? Le doute ne doit-il pas profiter à
l'accusé ?
Yvan Colonna et ses
avocats quittent le procès
Après avoir visionné dans la matinée les photos prises en 2007 lors
d'un transport sur les lieux du crime au premier procès, la cour a
repoussé la demande de reconstitution demandée une nouvelle fois par la
défense.
Les avocats de l'accusé s'appuyaient notamment sur les dépositions de
trois des membres du commando déjà condamnés, qui ont livré un nouveau
scénario du crime et affirmé que d'autres hommes jamais arrêtés y
avaient participé.
La défense voulait donc que soient convoqués les témoins oculaires, qui
disent pour la plupart ne pas reconnaître Colonna, les experts et les
membres du commando (Didier Maranelli et Pierre Alessandri avaient
accepté de venir.)
La cour a estimé qu'il serait "sans objet et inutile" de faire une
reconstitution, « aucun élément précis n'étant fourni à l'appui des
affirmations faisant état de la présence d'autres membres du groupe
encore inconnus. »
A cet instant, Yvan Colonna se lève dans son box et déclare : «Je
n'accepte pas cette décision. La reconstitution est primordiale et
importantissime. Mais vu que pour vous, Pierre Alessandri ment tout le
temps, il n’y a qu'un moment où il ne ment pas, c'est quand il m'accuse
d'être l'assassin. Dans ce cas, il y a trois hommes, Pierre Alessandri,
Alain Ferrandi et moi... Tous les témoins oculaires disent qu'il n'y a
que deux hommes. Même le préfet Marion dit qu'il y a deux hommes autour
du préfet. Mais vous ne voulez pas car ça va invalider sur le terrain
le scénario mis en place. Je vois bien que quoi qu'on dise, quoi qu'on
fasse, on n'avance pas, on balaye tout d'un revers de main, ça ne sert
à rien (...) Le commando ment, sauf quand c'est pour m'accuser moi. Si
vous vouliez la vérité, vous devriez aller sur place, mais vous ne
voulez pas parce que ça vous gène. Quant à ce procès, depuis le début,
j'ai une très grande défiance. Alors j'ai décidé de quitter ce procès,
je demande à mes avocats de partir, je les récuse. Je veux partir et
descendre à la souricière où ça sent la pisse...
Si vous voulez me condamner au nom de la raison d'Etat pour faire
plaisir à la famille Erignac, à Marion, Le Vert, Bruguière et Thiel et
tous ces salauds, ce sera sans moi. Je suis innocent. Moi je m'en
vais, je suis innocent », a-t-il ajouté, sous les applaudissements
d’une partie du public.
Ses cinq avocats ont indiqué qu'ils le suivaient dans son refus de
participer au procès.
Aussitôt, le président commet d'office les avocats que l'accusé vient
de récuser. Mais ceux-ci refusent de continuer à le défendre dans ce
prétoire, quitte à «assumer le fait d'être poursuivi» comme le dit Me
Maisonneuve. « Je ne suis plus l'avocat d'Yvan Colonna » Me Sollacaro
ne veut pas «servir de potiche pour une décision prise d'avance». Son
collègue Gilles Siméoni déclare : «Je suis fier d'avoir été l'avocat
d'Yvan Colonna et je suis fier qu'il me demande de ne pas l'accompagner
au son des fifres et des tambours vers une condamnation à la prison à
vie. Je ne serai pas le commis de cette cour, je ne serai pas un alibi
judiciaire». Me Garbarini enchaîne : «Nous refusons d'être des alibis
judiciaires.»
Le président Wacogne annonce : «La cour va saisir le bâtonnier.» Me
Sollacaro répond : «Vous pouvez saisir le pape si vous voulez.»
L'audience est suspendue et le bâtonnier de Paris renonce finalement.
Ton tout différent du côté des parties civiles : "Ça ressemble à s'y
méprendre à un aveu de culpabilité. Quand on est innocent, on se bat
jusqu'au bout", dit à la presse Me Benoit Chabert, avocat de l'Etat
français, partie civile au procès.
Parlant pour la première fois à ce procès, la veuve du préfet,
Dominique Erignac, lisant un texte à la presse, s'est dite "choquée par
le manque de courage d'Yvan Colonna".
A la reprise de l'audience, le président somme l'accusé de venir
assister à l'audience. Devant le refus de ce dernier, il décide de
reprendre les débats. Il se trouvera confronté à la situation assez
inédite d'un procès sans accusé, ni défense...
Selon le porte-parole du parquet général de Paris, Didier Allard, « la
défense a fait le choix de quitter l'audience, c'est un choix qui lui
appartient. Mais en aucun cas la défense ne peut décider que le procès
se poursuive ou non, c'est une décision qui appartient à la seule cour
d'assises (...) Elle a les moyens juridiquement de poursuivre ce
procès, c'est en tout état de cause ce que demandera à la cour
d'assises le parquet général, dès que l'audience reprendra », a-t-il
expliqué.
Dans les couloirs, les avocats de la défense ont expliqué que leur
départ résultait d'une "décision d'Yvan Colonna". "C'est la conséquence
du scandale qu'on nous impose depuis un mois", a souligné Me Gilles
Simeoni. "Il ne peut pas par sa présence cautionner une justice indigne
d'une démocratie", a-t-il ajouté estimant que le peuple français, au
nom duquel est rendu la justice, "doit se senti trahi".
Un procès en appel sans accusé, voilà à quoi devrait ressembler le
procès Colonna dans les jours qui viennent. Situation problématique au
regard des règles européennes du procès équitable...
07/03/2009
Des membres du commando
non encore identifiés...
Au bout de quatre semaines de procès, la défense d’Yvan Colonna a fini
par obtenir des membres du commando un début d'explication : c’est
«pour protéger d’autres gens» qu’ils auraient «accepté» d'accuser Yvan
Colonna, le nom de celui-ci leur ayant été «soufflé» par
les policiers.
C'est d'abord Joseph Versini, condamné à quinze ans de prison pour la
seule attaque de la gendarmerie de Pietrosella : «Les policiers
m’ont soufflé le nom d’Yvan Colonna», «l’étanchéïté en garde à vue y en
avait pas», «fallait mettre sept noms dans le groupe». Quand l’avocat
général Kross lui fait remarquer qu’il a «bien été capable de dire que
Didier Maranelli n’était pas à Pietrosella mais de dire qu’Yvan Colonna
y était», Versini invoque des pressions policières: «Sur M. Colonna, le
forcing, il a été fait en garde à vue». Il a attendu les conseils de
son avocat avant de livrer le nom sur procès-verbal: «Mon avocat m’a
dit que c’était cuit, que les autres avaient avoué et m’a laissé
entendre d’aller dans le même sens».
Alors, il a donné les noms de ses comparses et les a maintenus jusqu’à
son procès en 2003. Me Siméoni l’aiguillonne et Versini finit par
lâcher: «Ne rien dire sur l’absence de Colonna sur les lieux permettait
de ne pas en cause d’autres personnes». Me Siméoni le supplie d’aller
plus loin en montrant du doigt Yvan Colonna: «Ne pouvez-vous nous en
dire plus pour sortir cet homme de prison?». Versini répond «Non».
Alors, Yvan Colonna se lève et s’en mêle, s’adresse en Corse à Joseph
Versini, puis en Français: «Alors on m’accuse à tort et toi tu ne dis
pas à ton avocat que j’y étais pas!». Versini, ennuyé: «Si si je l’ai
dit mais pas tout de suite». Colonna d’un ton dur: «Je veux bien moi,
le choc de l’incarcération des femmes mais moi je suis recherché, à
l’époque Marion (patron de la DNAT, ndlr) avait dit «Colonna mort ou
vif» et vous vous dites rien. Pourquoi ce silence pendant deux ou trois
ans?». Versini a compris: «Parce qu’y avait d’autres gens que nous sur
l’action, c’est peut-être pour les protéger». Colonna ne paraît qu’à
moitié satisfait du «peut-être» qu’il répète, déçu, avant de s’asseoir.
A son tour, Didier Maranelli, condamné à 20 ans de réclusion pour
l’assassinat du préfet Erignac, et premier du commando à passer aux
aveux, à donner six membres puis à les identifier explique qu’il
«a été contraint de rajouter un X et de mettre le nom d’Yvan Colonna
dessus. Donc toutes mes déclarations inhérentes à sa personne sont
totalement fausses (…) En tant que co-fondateur du groupe, je dis et je
maintiens qu’Yvan Colonna n’en faisait pas partie».
Didier Maranelli a refusé de participer à la reconstitution du crime à
Ajaccio «pour ne pas refaire l’action et parce que ça aurait fixé le
dossier et blanchi automatiquement Yvan Colonna, car comment placer
trois personnes sur le site alors qu’il n’y en avait que deux?». Me
Maisonneuve ne va pas manquer de s’en servir plus tard et d’obtenir de
Maranelli son accord pour une reconstitution que la défense réclame en
vain à la cour d’assises spéciale de Paris: «Bien que mon rôle
n’apporte pas grand chose sur le meurtre lui-même, je suis prêt à
participer à une reconstitution si vous l’organisez», accepte donc le
«guetteur» du commando.
Mais Me Maisonneuve lui soumet les propos de Joseph Versini qui a
«évoqué des membres du groupe non-identifiés et dit avoir cité le nom
d’Yvan Colonna pour éviter de parler de leur présence» et Maranelli
répond qu'il ne veut pas s'exprimer. L’avocat insiste: «Sans vous
demander leur identité, dites nous si oui ou non s’il a pu exister
d’autres personnes non-identifiées et si parler d’Yvan Colonna
permettait de ne pas les évoquer». Après un long silence, Didier
Maranelli lâche: «C’est exact»...
Procès Colonna : le
scénario du crime contesté
04/03/2009
Les avocats d'Yvan Colonna ont mis en avant deux arguments de taille.
D'une part, ils ont fait admettre au commissaire de la division
antiterroriste (DNAT) Philippe Frizon que des écoutes téléphoniques
judiciaires impliquant Alain Ferrandi et des membres de la famille
Colonna, dont Yvan, réalisées entre décembre 1998 et mai 1999, ne
figurent pas à la procédure.
L'un des membres du commando, Alain Ferrandi, condamné en 2003, avait
été placé sur écoutes à partir du 8 décembre 1998, à la suite de
renseignements parvenus à Philippe Frizon. Ces écoutes "ont fait
apparaître des conversations" entre Alain Ferrandi, Yvan Colonna ainsi
que le père et le frère de celui-ci, a reconnu le policier en réponse à
une question de Me Gilles Simeoni.
"Pourquoi ces écoutes judiciaires ne sont-elles pas au dossier ?
Pourquoi attend-on aujourd'hui pour apprendre leur existence ?", a
demandé Me Simeoni.
"Je l'ignore, il faut poser la question au magistrat instructeur", a
répondu le commissaire Frizon. Il a ajouté que si ces écoutes "avaient
mis en lumière des éléments intéressants" à propos d'Yvan Colonna,
"(il) s'en souviendrait".
Cet escamotage d'éléments importants donne du poids à la thèse de la
défense selon laquelle le nom d'Yvan Colonna aurait pu être "soufflé"
aux membres du commando au moment de leur garde à vue en mai 1999.
D'autre part, les membres du commando ont été confondus par l'étude
minutieuse de la téléphonie : les enquêteurs ont pu positionner leurs
portables au moment de l'assassinat du préfet Érignac, commis le 6
février 1998 vers 21 heures.
Selon eux, Didier Maranelli se trouvait devant la préfecture, chargé de
signaler le départ de la victime à Alain Ferrandi, posté, avec Pierre
Alessandri et Yvan Colonna, à proximité du théâtre où se rendait M.
Érignac. M. Frizon l'affirme : les trois hommes étaient constamment en
contact visuel. Pour le reste, M. Alessandri a livré un scénario validé
par la DNAT : Yvan Colonna a fait feu, lui-même étant en couverture. Le
trio avait pris position vers 20 heures, croyant que le spectacle
commençait à 20 h 30 ; il débutait en réalité à 21 heures.
Or, Me Gilles Simeoni, reprenant les pièces exploitées par la DNAT,
démontre qu'à 20 h 16, Didier Maranelli appelle Alain Ferrandi,
activant la borne-relais de la Punta, qui couvre la zone de l'aéroport
d'Ajaccio où travaille M. Ferrandi. Les deux hommes, chacun dans un
véhicule distinct d'après les explications de M. Maranelli au juge,
s'apprêtaient à rejoindre le centre-ville, à un bon quart d'heure de
voiture. Cette localisation, à cet horaire, est incompatible avec le
scénario Alessandri.
Ensuite, à 20 h 43, M. Ferrandi est localisé près de la préfecture,
soit à 1,5 km des lieux du crime, les deux endroits étant couverts par
deux bornes-relais différentes. Certes, il est trahi par son portable
dans le secteur correspondant à la rue Colonel-Colonna-d'Ornano à 20 h
50, mais ce trajet est également, en contradiction flagrante avec le
scénario Alessandri.
Cela semble démontrer que les membres du commando ont menti aux
enquêteurs. Dès lors, la vérité sur la mort du préfet Érignac n'est pas
connue à ce jour...
Que reste-t-il alors de solide dans cette enquête ?
Procès
Colonna : il n'y aura pas de reconstitution
03/03/2009 - La défense jugeait la reconstitution indispensable pour
faire la lumière sur les faits. La reconstitution du crime devait
notamment permettre de trancher entre la thèse de l'accusation, qui
parle d'un groupe de trois hommes, et les témoins oculaires, qui pour
la plupart n'en ont vu que deux. La présence des personnes déjà
condamnées, des témoins oculaires, des médecins légistes et des experts
en balistique aurait pu permettre de voir plus clair dans cette affaire
de plus en plus ténébreuse.
Le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Didier Wacogne, en
a jugé autrement, estimant qu'«en l'état des débats», il ne voyait
aucun élément nouveau justifiant l'organisation de la reconstitution de
l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac à Ajaccio.
«La confiance était déjà bien entamée, mais là, il n'y pas plus de
confiance du tout», a déclaré Me Garbarini à l'attention du président
de cette cour décidément très spéciale...
Procès
Colonna : le récit troublant d'un ancien policier
LE MONDE - 03.03.09
Jean-Pierre Colombani, 55 ans, a des cheveux blancs, la mémoire qui
flanche et l'audition défectueuse. Lundi 2 mars, avant de jurer de
"dire la vérité, toute la vérité", il préfère en informer le président
Didier Wacogne. Ce policier des renseignements généraux d'Ajaccio,
aujourd'hui en retraite, n'a rien à dire à la cour d'assises spéciale
qui juge Yvan Colonna pour l'assassinat, le 6 février 1998, du préfet
Claude Erignac. D'ailleurs, à l'instant où il se plante devant la barre
bras croisés sur la poitrine, il "ne comprend pas ce qu'il fait là".
Tout juste s'estime-t-il en mesure de confirmer ce qu'il avait déclaré
sous serment devant une commission d'enquête sénatoriale en octobre
1999. Aussi lorsque Me Gilles Simeoni, l'un des avocats de l'accusé,
vérifie qu'il a bien indiqué aux représentants du Sénat, qu'en
"décembre 1998, il y avait des policiers des renseignements généraux
qui pensaient qu'Yvan Colonna était l'assassin", il ne trouve rien à
redire.
Décembre 1998 ? Soit cinq mois avant l'interpellation, le 20 mai 1999,
du commando et la fuite d'Yvan Colonna, le 24 mai. Cinq mois avant les
aveux de Didier Maranelli, le premier à mettre en cause le berger de
Cargèse. Or, policiers, magistrats instructeurs et ministère public
affirment que le nom d'Yvan Colonna n'est apparu qu'à ce moment-là,
pendant la garde à vue des membres du commando et de leurs épouses,
entre les 20 et 23 mai 1999. Jusqu'à cet épisode, le nom du berger de
Cargèse ne figurait nulle part.
Entendu dans la matinée, l'ancien préfet Bernard Bonnet l'a répété. Les
renseignements qu'il avait obtenus à partir de juillet 1998 et dont il
avait révélé la teneur au procureur de la République de Paris
Jean-Pierre Dintilhac en décembre 1998, ne faisaient pas état d'Yvan
Colonna. "Je n'ai jamais évoqué le nom d'Yvan Colonna", a-t-il
insisté. Son informateur secret, le mystérieux Corte, dont il continue
à taire l'identité, lui avait livré des noms dont celui d'Alain
Ferrandi, le chef du "commando Erignac", mais jamais celui d'Yvan
Colonna.
Une seule fois, en novembre 1998, les gendarmes qui filaient Alain
Ferrandi, avait évoqué un Colonna. Mais il s'agissait de Stéphane, le
frère cadet d'Yvan, lequel n'a jamais fait l'objet de poursuite. Ce
n'est qu'aujourd'hui, en 2009, que l'ancien préfet considère que "des
éléments convergents font penser que l'implication d'Yvan Colonna est
crédible".
Soupçonné d'avoir été l'un des chefs du FLNC du secteur Sagone-Cargèse
(Corse du sud) au début des années 1990, Yvan Colonna avait été placé
sur écoute après l'assassinat du préfet. "Nous savions que Ferrandi,
Maranelli et Colonna étaient des amis proches", a précisé M. Colombani.
Pour les avocats du nationaliste corse qui défendent depuis juillet
2003 - date de la première comparution de leur client devant la juge
Laurence Le Vert -, la thèse qu'Yvan Colonna n'a pas été dénoncée
spontanément, mais après que les policiers ont suscité son nom, la
déposition de l'ancien policier tombe on ne peut mieux.
L'accusé, d'ordinaire plutôt silencieux, ne s'y est pas trompé. «
On s'aperçoit que mon nom était déjà cité dès décembre 1998. Cela veut
dire que Le Vert et Thiel [les juges d'instruction] ont menti. Cela
veut dire que mon nom est apparu bien avant le 22 mai 1999. Qui l'a
introduit ? Pourquoi et comment ? » s'est-il exclamé avant de lancer au
président Wacogne : « Cela ne vous interpelle pas, ce témoignage ? »
Yves Bordenave
Nouvel
incident au procès d'Yvan Colonna
(28/02/2009)
Alors que les juges ont estimé que les deux suspects, Erick A. et
Michel A. cités par Didier Vinolas sont déjà apparus dans la procédure
et n'apportent "rien de nouveau", la défense entend exploiter les
contradictions flagrantes apparues entre les déclarations de Didier
Vinolas, de l'ex-procureur Yves Bot et d'un ancien policier des
Renseignements généraux, Michel Poirson, qui a contesté à la fois être
l'informateur de M. Vinolas et avoir rencontré M. Bot en 2002.
L'un des avocats d'Yvan Colonna, Patrick Maisonneuve, a fait état d'une
"accumulation d'éléments qui pose un véritable problème". La semaine
prochaine sera décisive avec l'audition des policiers antiterroristes,
qui ont enquêté sur l'assassinat du préfet Erignac. Pour l'heure, aucun
des témoins oculaires entendus à l'audience n'a reconnu l'accusé comme
l'un des deux agresseurs. Certains témoins, déjà entendus en 2007, ont
même été catégoriques, comme lors du premier procès.
Ce vendredi 27 février, un nouvel incident a opposé la défense au
président de la cour d'assises spéciale, Didier Wacogne, au sujet du
certificat médical produit par Georges Lebbos, un des principaux
témoins.
Le policier Georges Lebbos, ancien membre de la Division nationale
anti-terroriste (DNAT), a mené une partie des gardes à vue des membres
du commando arrêtés en 1999 et avait obtenu leurs aveux.
Or les autres procès de l'affaire ont montré que ce policier
antiterroriste avait commis de nombreuses irrégularités au cours de
l'enquête, et la défense comptait bien sur une confrontation entre
Colonna et Lebbos :
Georges Lebbos est le signataire d'un procès-verbal de police antidaté,
mis au jour au deuxième procès de l'affaire en 2005 et qui impliquait
dans le dossier Vincent Andriuzzi et Jean Castela, initialement
condamnés à 30 ans de réclusion puis acquittés en appel. Il est aussi
apparu que ce policier a utilisé une commission rogatoire concernant la
recherche d'Yvan Colonna - délégation de pouvoir d'un juge
d'instruction - pour avoir recours à des moyens coercitifs afin de
tenter de retrouver son épouse volage. Selon la thèse de la défense, le
nom d'Yvan Colonna a été "soufflé" par cet enquêteur aux participants
déclarés de l'assassinat du préfet.
Didier Wacogne avait évoqué mardi, en révélant l'absence du témoin, que
Lebbos souffrait d'un état "anxio-dépressif sévère". Or le certificat
médical est daté du 4 février, soit cinq jours avant le début de
l'audience. Le président avait programmé son audition le 14 mars, date
jugée trop tardive par la défense. Pour les avocats, Lebbos ne voulait
tout simplement pas venir à la barre.
Les défenseurs d'Yvan Colonna ont reproché au président Wacogne de ne
leur avoir annoncé qu'au début de cette semaine l'existence de ce
certificat médical, le président affirmant de son côté n'avoir eu
connaissance du certificat que le 10 février.
La défense a jugé le président Didier Wacogne, "indigne de mener les
débats" et lui a demandé "de partir", provoquant une suspension de
l'audience.
Après la suspension, c'est Yvan Colonna lui-même qui a interpellé
Didier Wacogne: "J'ai vécu une semaine d'audience où j'ai cru que
j'étais sur une autre planète (...) Vous n'êtes pas impartial, je vous
le dis et je vous le répète, vous êtes en mission".
Une
enquête du "Monde" :
LE MONDE du 26.02.09
Il était le serviteur fidèle, le fonctionnaire irréprochable, le
collaborateur du préfet assassiné qui aida sa veuve à choisir le
costume du défunt. Mais, depuis le 13 février, Didier Vinolas, ancien
secrétaire général de la préfecture d'Ajaccio, est un réprouvé,
l'auteur de "pseudo-révélations" (dixit une journaliste), un témoin peu
fiable et "traumatisé" par la mort du préfet (selon un haut
fonctionnaire). Un "obscur ancien policier" qui veut "rester au centre
de l'affaire" (un magistrat).
Sa faute : avoir affirmé à la barre, devant la cour d'assises spéciale
de Paris, que des suspects "jamais inquiétés par la justice" étaient
peut-être impliqués dans l'attentat contre la gendarmerie de
Pietrosella, le 4 septembre 1997 - au cours de cet attentat a été
dérobée l'arme qui a servi à assassiner le préfet Claude Erignac, le 6
février 1998 à Ajaccio. Sous-entendu : Yvan Colonna, jugé en appel
depuis le 9 février après une condamnation en première instance, il y a
treize mois, ne devrait pas être seul dans le box des accusés. Onze ans
après les faits, l'enquête sur la mort du préfet reste inachevée.
Bancale, en tout cas.
Vinolas assure avoir vainement tenté de transmettre ses informations à
diverses autorités, dont l'ex-procureur de Paris Yves Bot, dès 2002.
Personne ne l'a pris au sérieux. "Des éléments périphériques de
l'enquête", a tranché Christian Lambert, ancien patron du RAID chargé
de la traque de Colonna, lors de son rappel devant la cour. Un ancien
policier des Renseignements généraux, également convoqué à la barre, a
nié avoir jamais rencontré Vinolas, qui l'avait pourtant présenté comme
l'un de ses informateurs.
A l'audience, ces "révélations" ont eu l'effet d'une bombe. D'autant
que Didier Vinolas assure avoir adressé deux courriers, en décembre
2008 puis en janvier, au président de la cour d'assises, Didier
Wacogne, offrant des éléments sur les deux fameux suspects. Mais le
président n'a pas décacheté les plis. D'où un tollé sur les bancs de la
défense et l'ouverture d'un supplément d'information exprès, bouclé en
soixante-douze heures, dernier avatar en date d'une affaire judiciaire
hors normes.
En première instance déjà, en novembre et décembre 2007, la cour
d'assises "spécialement composée" - seuls y siègent des magistrats
professionnels - avait eu à connaître de ces bizarreries qui encombrent
une procédure mal ficelée : un expert en balistique qui ne viendra
jamais témoigner ; un médecin légiste affirmant que le tireur était
plus grand que Colonna avant de se dédire à demi-mot; un ancien
officier de police de la DNAT (division nationale antiterroriste,
actuelle SDAT) poussé dans ses derniers retranchements, avouant à la
barre avoir soufflé le nom de Colonna pendant une garde à vue... Mais
ces éléments troublants n'avaient pas suffi à faire vaciller l'intime
conviction des sept magistrats : Yvan Colonna, 49 ans, avait été
condamné à une peine de réclusion criminelle à perpétuité - sans
période de sûreté - le 13 décembre 2007.
Pour les parties civiles et l'accusation, rien ne semble pouvoir
remettre en question les aveux du "commando Erignac", les mises en
cause circonstanciées et répétées contre Yvan Colonna et le rôle que la
justice lui a assigné le soir du 6 février 1998 : avoir logé trois
balles dans la tête du préfet Claude Erignac alors que le haut
fonctionnaire se rendait à un concert de musique classique. Mais, pour
la défense, les déclarations de Didier Vinolas, ajoutées à une longue
suite de tâtonnements policiers, constituent une preuve à décharge de
plus, dans un "dossier vide".
Les avocats des deux bords, les magistrats et les policiers chargés de
l'enquête conservent en mémoire la date du 22 février 2006. Ce jour-là,
après sept années de prison, Jean Castela et Vincent Andriuzzi,
présentés comme les commanditaires de l'assassinat du préfet et
condamnés à trente années de réclusion, en juillet 2003, sont acquittés
: leurs avocats sont parvenus à démontrer qu'une partie de l'accusation
reposait sur des procès-verbaux dont les dates ont été trafiquées.
S'ils restent condamnés pour des attentats remontant à 1994, leur mise
en liberté résonne comme le désaveu d'une enquête erratique, minée par
la sourde guerre que se sont livrés dix-huit mois durant policiers,
gendarmes et magistrats antiterroristes.
Quatre jours après le début des investigations, pourtant, le
commissaire Demetrius Dragacci, patron du SRPJ (service régional de
police judiciaire) d'Ajaccio, avait adressé à sa hiérarchie une note
aux conclusions sans appel : "L'assassinat du préfet Erignac est le
fait d'un groupe d'activistes clandestins dissidents de l'ex-FLNC canal
historique." Mais le commissaire sera mis à l'écart au profit de Roger
Marion, chef de la DNAT, alors que ses intuitions seront confirmées un
an et demi plus tard avec l'arrestation des membres du commando, tous
dissidents de la mouvance nationaliste.
Entre-temps seront successivement exploitées la piste agricole, celle
des "tueurs venus de Miami", des patrons de discothèques, des pompiers,
la piste du rachat de l'ancienne caserne Montlaur de Bonifacio, celle
du casino d'Ajaccio et des réseaux corses en Afrique : dès les premiers
jours qui suivent l'assassinat du préfet, l'enquête s'égare dans des
impasses, se nourrit de vieilles rumeurs et d'informations de seconde
main distillées par de troubles informateurs. Pour la seule année 1998,
selon les chiffres du ministère de l'intérieur, 364 personnes ont été
interpellées dans le cadre de l'enquête Erignac ; plus de 1 habitant de
l'île sur 1 000 - l'équivalent de 60 000 interpellations sur le
continent.
Prudents, les magistrats antiterroristes ont paré aux critiques en
usant d'un artifice douteux mais légal : l'ouverture de deux
informations judiciaires concurrentes. La première, inscrite au n°
1338, rassemble les éléments les plus saillants de l'enquête
judiciaire. La seconde, la n° 1337, sobrement baptisée "enquête
poubelle", sert de voiture-balai à l'instruction. Y échouent auditions
tangentes et commissions rogatoires sans espoir dans le cadre de la
"piste agricole". Depuis 1998, plusieurs personnes figurent encore dans
ces centaines de cotes, anciens militants nationalistes ou simples
syndicalistes agricoles, blanchis par l'enquête mais dont certains
attendent toujours une ordonnance de non-lieu.
L'irruption du préfet Bernard Bonnet, nommé en remplacement de Claude
Erignac, achèvera de compliquer le jeu des juges et des enquêteurs.
Arrivé dans l'île trois jours après l'assassinat de son prédécesseur,
le plus haut représentant de l'Etat en Corse veut mener sa propre
enquête, confiée aux gendarmes de sa garde prétorienne, le groupe de
pelotons de sécurité (GPS). Pendant des semaines, les militaires
travaillent sur des "objectifs" dont l'identité a été murmurée au
préfet Bonnet par un mystérieux informateur surnommé "Corte", au point
que gendarmes et policiers, qui ont eu vent de la même piste, finissent
par partager sans le savoir filatures et écoutes...
L'épopée des gendarmes d'élite partira en fumée dans l'incendie d'une
paillote, en avril 1999. Sur ordre "illégal" du préfet Bonnet,
enrageant de ne pouvoir obtenir la destruction d'un établissement sur
le domaine public maritime, les gendarmes incendieront le restaurant
Chez Francis en semant derrière eux indices et blessés. Un mois plus
tard, l'un d'eux confirmera devant l'inspection technique de la
gendarmerie nationale l'existence d'une enquête parallèle menée "hors
de tout cadre légal".
Le 21 mai 1999, en partie grâce aux informations collectées par le
préfet Bonnet, les services de police interpellent finalement les
membres du commando et leurs compagnes. Quarante-huit heures plus tard,
à 2 heures du matin, l'un d'eux, Didier Maranelli, craque et désigne un
berger de 39 ans, Yvan Colonna, comme le tireur. Cette mise en cause
sera confirmée par les aveux des conjurés et de leurs compagnes, mais
Colonna, lui, est introuvable, "parti aux chèvres" après avoir clamé
son innocence au cours d'une conférence de presse filmée par les
caméras de TF1. Envolé. En cavale.
Pendant plus de quatre années, le berger de Cargèse va se jouer des
policiers. On le signale au Venezuela, en Sardaigne, à la tête d'un
réseau de trafiquants de drogue marocain... Toutes les pistes sont
explorées : son arrestation est devenue un véritable enjeu pour Nicolas
Sarkozy, alors ministre de l'intérieur. Jusqu'à l'épilogue du 4 juillet
2003. Peu après 19 heures, alors que la Corse s'apprête à décider de
son avenir institutionnel à l'occasion d'un référendum voulu par
Nicolas Sarkozy, les hommes du RAID interpellent Yvan Colonna dans la
bergerie de Monti Barbatu, près de Propriano (Corse-du-Sud). Presque
aussitôt, M. Sarkozy, en meeting à Carpentras (Vaucluse), annonce
publiquement - et sans précautions - l'arrestation de "l'assassin" du
préfet Erignac.
Cinq ans après ces accusations précipitées, bien des zones d'ombre
demeurent, compte tenu des rebondissements d'un procès déjà suspendu à
deux reprises, où apparaissent de nouveaux noms, où le président de la
cour d'assises ne lit pas le courrier qu'un témoin de premier plan lui
adresse, où un avocat des parties civiles reconnaît benoîtement que
d'autres membres du commando sont peut-être dans la nature...
Pour la troisième fois, depuis le box des parties civiles, la famille
Erignac ne peut opposer à ces errements qu'une souffrance résignée. Il
y a dix ans presque jour pour jour, les proches du préfet étaient
sortis de leur réserve pour fustiger le "remue-ménage entre policiers
et juges" et exhorter les "serviteurs de l'Etat" à unir leurs efforts
pour que se manifeste enfin la vérité. Mais cette vérité s'obstine à
fuir entre les doigts des magistrats de la cour d'assises de Paris.
Antoine Albertini
Article paru dans l'édition du 27.02.09
Au cours de la semaine dernière, la défense a marqué des points :
Le procureur Yves Bot a confirmé point par point la déposition du
commissaire Vinolas :
"En septembre 2002, au cours d’un repas, le commissaire Didier Vinolas
m’a indiqué qu’un Monsieur X souhaitait transmettre de graves
informations concernant Yvan Colonna. A condition qu’elles soient
reçues par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, ou par l’un
des membres de son cabinet. C’était un renseignement de police. Je l’ai
immédiatement communiqué au préfet Guéant, alors directeur de cabinet
de Sarkozy."
Ces déclarations interviennent alors que parquet et parties civiles
avaient tenté de déconsidérer le policier. Didier Vinolas a confirmé
détenir les noms de deux membres présumés du commando nationaliste à
l'origine du plasticage de Pietrosella et peut-être de l’assassinat du
préfet Erignac, qui n'auraient jamais été inquiétés. Ces noms, a-t-il
assuré, avaient été transmis notamment en 2002 à Yves Bot et en 2004 à
Christian Lambert, le chef du Raid.
Par ailleurs, aucun des trois témoins visuels du drame, Jean-Pierre
Versini, Joseph Colombani et Marie-Ange Contart n'ont identifié Yvan
Colonna comme le tireur. Présents sur les lieux de l'assassinat du
préfet, ils décrivent un homme plus grand que le berger de Cargèse.
Tous se souviennent de deux hommes plutôt grands - 1,80 m environ -,
quand le berger de Cargèse ne mesure que 1,72 m.
"Lorsque j'ai vu Yvan Colonna, je n'ai pas vu l'homme dont j'ai gardé
le souvenir en train d'assassiner le préfet Érignac." C'est ce qu'a
affirmé à la barre mercredi 25 février Joseph Colombani, organisateur
de la soirée musicale où se rendait le préfet de Corse et ami de ce
dernier. Comme à l'instruction et au premier procès, Joseph Colombani a
réaffirmé que, d'après son souvenir, le meurtrier ne lui semblait pas
être Yvan Colonna, condamné à perpétuité en première instance en 2007.
Questionné par la défense, il précise qu'il n'a jamais été invité par
les enquêteurs à identifier les membres du commando définitivement
condamnés. Il précise aussi : «Je parle en conscience. Je suis un homme
libre, honnête, je dis ce dont je me souviens.»
Mlle Contart lui succède. Elle relate comment, passagère du véhicule
conduit par sa mère, elle entend des détonations. Arrivant au niveau de
la scène de crime, qui lui est dissimulée par d'autres voitures en
stationnement, elle voit un individu «tirer par terre» et manipuler son
arme : «Il est plus grand que moi - je mesure 1,75 m -, blond, avec des
yeux rapprochés et une barbe naissante.» Surtout, elle croise, pendant
quelques secondes, son regard : «J'ai posé mes yeux sur ses yeux, ça
m'a fait bizarre.» Ces yeux-là, elle ne les a jamais retrouvés dans le
box des assises.
Umbria è sulia
"Parolla
sbucinata" à Lupino
Coup de théâtre au
procès d'Yvan Colonna
Un coup de théâtre s'est produit vendredi soir au procès en appel
d'Yvan Colonna. Didier Vinolas, commissaire de police, ancien
secrétaire général de Claude Erignac à la préfecture d'Ajaccio, a
affirmé que deux hommes soupçonnés d'avoir participé à l'assassinat du
préfet, en 1998 à Ajaccio, étaient « peut-être » en liberté.
Vendredi, devant la cour d'assises spéciale, Didier Vinolas a affirmé
tenir « deux noms », qu'il a refusé de révéler, d'un mystérieux
informateur depuis septembre 2002, et les avoir transmis quelques jours
plus tard au procureur.
L'informateur, qu'il a baptisé « X », « une personne tout à fait
respectable », a ajouté Didier Vinolas, lui a présenté les deux hommes
« comme faisant partie de la sphère » à l'origine de l'attaque de la
gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997, une des premières actions
du groupe nationaliste dit des « anonymes ». L'ancien collaborateur de
Claude Erignac a ajouté que l'ex sous-préfet de Corse Jacques Nodin
détenait depuis 2001 des informations nouvelles sur Pietrosella. « Il
souhaiterait être entendu », a-t-il précisé. Didier Vinolas a dit aussi
avoir transmis les noms de deux suspects en février 2004 à Christian
Lambert, ancien chef du RAID à l'origine de l'arrestation d'Yvan
Colonna et plus récemment à Charles-Antoine Erignac, le fils du préfet.
Les avocats de la défense sont d'autant plus indignés que Didier
Vinolas affirme avoir transmis cette information au procureur de la
République de Paris, Yves Bot, dès 2002, et au président de la cour
d'assises Didier Wacogne, ainsi qu'au procureur général Laurent Le
Mesle par lettre fin décembre 2008. Ni l'un ni l'autre ne semblent
avoir informé la défense ou la partie civile ! Visiblement embarrassé,
Laurent Le Mesle a tenté de se justifier en faisant valoir que "la
procédure devant la cour d'assises est orale" et que "le seul devoir du
parquet général, était de convoquer M. Vinolas pour qu'il puisse faire
à la barre, les déclarations qu'il souhaitait". "C'est ce qui a été
fait", conclut-il. Pour les parties civiles, le président n'avait pas
le droit de faire état de ce témoignage avant que M. Vinolas ne soit
venu déposer.
Dénonçant un "scandale d'Etat", les avocats d'Yvan Colonna ont annoncé
le dépôt lundi d'une plainte contre X pour "entrave à la manifestation
de la vérité". "Ce qui est grave, c'est que des policiers, des
magistrats, ont mis sous le coude des éléments à décharge pour Yvan
Colonna", a tonné l'un d'entre eux, Me Antoine Sollacaro. Un autre
avocat, Me Pascal Garbarini, a estimé que ce nouvel élément devait
"entraîner la remise en liberté d'Yvan Colonna".
Les avocats comptent également déposer une demande de supplément
d'information, susceptible de faire capoter le procès après seulement
une semaine. "Nous attendons d'ici lundi des justifications sur ce qui
s'est passé, sinon comment voudriez-vous que l'on continue de
participer à cette mascarade avec des magistrats faussaires?", a fait
valoir Me Sollacaro.
"On a décrété dès 1999, comme une vérité d'Etat officielle qu'Yvan
Colonna était nécessairement coupable et tous les éléments de nature à
prouver son innocence ont été systématiquement écartés ou détruits", a
dénoncé Me Gilles Simeoni lors d'une conférence de presse samedi
affirmant que Didier Vinolas, bras droit de M. Erignac en tant que
secrétaire général de la préfecture de Corse et commissaire
divisionnaire en détachement, était un "témoin particulièrement
crédible".
Sur la base des aveux passés en garde à vue en mai 1999, l'accusation a
en effet toujours retenu le scénario selon lequel le préfet avait été
victime d'un commando composé de six hommes: Yvan Colonna, que ses
complices présumés ont identifié comme le tireur, Pierre Alessandri et
Alain Ferrandi présents sur les lieux pour le couvrir, Martin Ottaviani
au volant de la voiture, Didier Maranelli en guetteur devant la
préfecture et Marcel Istria resté dans le hangar servant de base
arrière.
A ces six hommes se serait ajouté Joseph Versini pour l'attaque de la
gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997 au cours de laquelle
l'arme ayant servi à tuer le préfet a été dérobée. C'est d'ailleurs de
deux personnes "faisant partie de la sphère" de Pietrosella, que M.
Vinolas a parlé vendredi soir indiquant détenir leurs noms d'un
informateur fiable qu'il a appelé X. C'est en partant de ce constat,
sachant que les deux actions ont été revendiquées par le même groupe,
que Didier Vinolas s'est dit "qu'il y a peut-être d'autres personnes
ayant participé à l'assassinat" qui n'ont jamais été arrêtées.
Le procès en appel d'Yvan Colonna
Je reproduis ici le texte signé de Sampiero sur Agora Vox.fr :
A l’heure où j’écris ces lignes, la Corse est sous la neige qui tombe à
gros flocons. Un temps qui favorise la mélancolie, le repli sur soi.
Bien au chaud sous la couette, monsieur tout le monde a des soucis en
ce début d ’année. La crise, le chômage, les prix qui continuent de
grimper, le froid qui ne fait pas oublier qu’il faut acheter du fuel ou
de gaz, toujours très cher ici. Pendant ce temps, un homme
est loin de chez lui depuis cinq ans et demi, à quoi s’ajoutent quatre
ans de cavale, terrible épreuve physique et morale. Du fond de sa
prison, et sur le banc des accusés, il clame son innocence. Pendant ce
temps , une famille éprouvée pleure une vie dérobée, et subit une
quatrième et pénible épreuve, à la recherche de la vérité.
Le drame qui se déroule paraît dérisoire, dans cette tourmente
existentielle où la gravité et la cadence des événements mondiaux
absorbent l’attention des gens. Et pourtant, ce qui se joue met en
cause non seulement l’avenir d’un homme, mais surtout deux principes
majeurs de notre société : l’indépendance de la justice et la
présomption d’innocence. Un homme de bien un préfet (que j’avais
approché et apprécié professionnellement) a perdu la vie uniquement du
fait de ses fonctions. le cas n’est pas unique. On a tué en France des
président, des ministres aussi parait-il.
Chaque fois, pour quel bénéfice ?
Le procès en appel a débuté et Yvan Colonna se trouve à nouveau face à
neuf magistrats de la cour d’appel spéciale, spécialement désignés (par
qui ?) présidée par Mr Didier Wacogne. Pourquoi une cour spéciale ? La
France n’aurait-elle pas confiance dans sa « justice ordinaire » ? Un
article sur ce sujet pourrait se résumer à une simple interrogation :
Yvan Colonna est-il l’assassin du Préfet Erignac ? Qui peut prétendre,
avec absolue certitude, avoir la réponse ? Malgré la certitude exprimée
par l’ex-ministre de l’intérieur devenu président de la République, des
avocats de la partie civile, notamment Maître Philippe Lemaire, ainsi
que celle de Madame Erignac, qui demande aujourd’hui que le prévenu
avoue « son crime », nombre de spécialistes, et une majeure partie de
l’opinion, avaient déjà exprimé de sérieux doutes quant à la
culpabilité de cet homme.
Puis reste l’homme de la rue :
Les « contre » avancent l’argument suprême :
- Il a fui !
Dans le contexte de l’époque, et compte tenu de ses idées politiques,
peut-être aussi des raisons qu’il est seul à connaître, l’homme a
peut-être pensé que même innocent, il avait de fortes chance de passer
de nombreuses années en prison. En tous cas une fuite ne peut être
considérée comme un aveu de culpabilité, suffisante pour justifier une
condamnation à perpétuité, le spectre de l’erreur judiciaire doit
obligatoirement se présenter à l’esprit.
- Ses « complices » ne l’ont pas dédouané par une prise de position
franche !
Là encore, le doute reste permis, et condamner sur ces seules deux
bases est périlleux.
- Son père s’est excusé auprès de la veuve :
Son père est un ex-député, homme de bien et d’honneur. Il n’a pas
encore communiqué avec son fils, la presse, la rumeur, le ministre lui
même dit que c’est l’assassin, il doit donc en être ainsi, voyons ! Il
le croit, et en homme d’honneur, il demande pardon à la veuve. C’est
une preuve ? Irréfutable ?
Les « pour » ont quantité d’arguments à avancer :
- La désignation officielle du coupable,ce qui met à mal la
présomption d’innocence.
Si cela était venu de l’homme de la rue, encore, mais d’un avocat de
métier, ministre de l’intérieur de surcroit, difficile d’invoquer le «
lapsus ».... - Une enquête sans reconstitution, ou des témoins
oculaires n’auraient pas été entendus ? ou écoutés suffisament ?
- Des « complices » qui ont pu subir des pressions,
- Des policiers et des juges qui , aux dires d’un avocat de la défense,
ont accumulé des dysfonctionnements, que Colonna était désigné coupable
avant même qu’il soit mis en cause pendant les gardes à vue... la liste
peut être longue.
Alors coupable ou pas ? Personnellement je ne saurais le dire dans
l’état actuel de ce je connais de cette affaire. En toute objectivité,
je souhaite que le coupable paie sa faute. le coupable ! et
personne d’autre. Quel qu’il soit, car si on a le moindre doute , alors
qu’un homme innocent fini sa vie sous les verrous, pendant que l’
assassin court les rue en se tordant de rire, cela ne peut pas être
pour la société un motif de satisfaction, et pour la famille du préfet
assassiné et sa veuve, un véritable motif d’apaisement.
Quand à « l’intime et absolue conviction « des avocats, n’oublions pas
que quand leur client a perdu son proçès, leurs certitudes étaient
érronées, et quand leur client a gagné, elles étaient fondées !
Pourtant ils étaient en possession exactement des mêmes éléments que
les juges qui ont tranché !
Pourvu donc que ce procès fasse enfin la lumière, mais gardons présent
à l’esprit, comme l’a souligné un des avocats, que se serait une faute
d’attendre de la défense qu’elle fasse la preuve de l’innocence de
l’accusé, alors que c’est l’accusation qui doit faire la preuve de sa
culpabilité.
Quelle que que soit l’issue, l’opinion et les parties en cause ne
pourront donc se déclarer satisfaites que si cette condition est
réunie. Si elle ne l’est pas, on peut se poser la question : Yvan
Colonna peut-il aujourd’hui, s’il s’avère être innocent, être acquitté
? Si oui, qui va payer les conséquences d’une vie volée : les
enquêteurs, les juges, les accusateurs, ou le contribuable ? et de
quelle façon ? De toute façon, outre la terrible occurrence qu’un homme
de bien a été définitivement privé de sa vie, celle de l’accusé, encore
présumé coupable, condamné ou pas, peut être d’ores et déjà considérée
comme étant irrémédiablement gâchée.
A lire également le rapport de la mission d'observation au 1er procès
mandatée par la Ligue Suisse des Droits de l'Homme.
Et aussi l'excellente bande dessinée relatant le procès.
Soutien à Abdellatif
Hedhli
Diverses associations, dont U Svegliu Calvese, le réseau Education sans
frontières et d'autres, se mobilisent contre la menace d’expulsion
d’Abdellatif Hedhli, boulanger de profession. Habitant Calvi depuis
1999, Monsieur Hedhli a toujours travaillé et s’est parfaitement
intégré à la vie calvaise.
Son dossier de régularisation est en cours d’instruction.
Malgré cela il devait être expulsé du territoire français demain jeudi
5 février 2009 à 8 heures.
04/02/2009 : Devant cette forte mobilisation, la mesure a été reportée.