banniere

Libri : Livres

Des livres corses et des livres sur la Corse

Dernière mise à jour : 17/05/2013


S'agissant des livres sur la randonnée en Corse, je renvoie à l'excellent site de Carole http://cguelfucci.free.fr/ qui cite un grand nombre d'ouvrages. Je me bornerai à y ajouter quelques compléments personnels et quelques ouvrages corses et sur la Corse.

Une page spécifique est dédiée à la littérature italienne dont je suis un lecteur passionné.

Une autre page regroupe les livres et auteurs du bassin méditerranéen, à commencer par Jean-Claude Izzo.

Un lien avec www.editeur.corse.com, le site de la maison d'édition créée par Jean-Jacques Colonna d'Istria, créateur du festival des Milelli et de la librairie La Marge à Ajaccio. J'étais loin de penser quand j'ai mis en place ce lien qu'il deviendrait MON éditeur !



Pour mieux s'orienter dans la page, ci-dessous des liens vers les différentes rubriques :


- La littérature corse sur le net (nouvelle rubrique)

- Les nouveautés du livre 

- Art
- Arts et traditions populaires
- Beaux livres
- Cuisine
- Généalogie
- Histoire locale
- Histoire, récits
- Langue corse
- Musique, polyphonie
- Policiers
- Politique
- Randonnée - Romans
- Tourisme
- Littérature corse

- Salons, expositions, éditeurs

Nouveautés

Mai 2013

colonna

Avril 2013

violence

Mars 2013

Salon du Livre : j'ai assisté aux trois conférences organisées par La Collectivité territoriale de Corse, l'association des éditeurs de Corse et les éditions Albiana et animées par Ghjacumu Thiers.

Pour commencer, Petr'Antò Scolca « La littérature corse : ce continent ignoré ».
Traducteur de "Pasquale Paoli ou la déroute de Pontenovu" de Francesco Domenico Guerrazzi, Petr’Antò Scolca a parlé de ce très important roman italien publié il y au milieu du XIXe siècle et des difficultés de sa traduction en français.

C'est ensuite le tour de l'historien Antoine-Marie Graziani pour « Faire de l’histoire aujourd’hui en Corse : nouveaux problèmes, nouvelles approches, nouveaux objets ». L'historien évoque tout d'abord (pour les critiquer) les trois ouvrages majeurs sur l'histoire de la Corse, celui d'Arrighi, celui d'Antonetti et celui de Pomponi, avant d'aborder les approches plus actuelles.
Enfin la troisième conférence réunissait Jean-Guy Talamoni, Ghjacumu Fusina et Jérôme Ferrari pour « La Corse en toutes lettres ». Comment définir la littérature corse ? Pas par la langue ni par les origines (Paul Valéry écrivain corse, c'est discutable !) mais, comme le propose Jean-Guy Talamoni, par la référence à un imaginaire insulaire. Jérôme Ferrari s'exprime sur la traduction et ses écueils (éviter tout "folklorisme"), Jacques Fusina évoque les traductions "marseillaises" de Camilleri, et ce passionnant échange se conclut trop tôt, malheureusement rendu difficilement audible par le vacarme du stand proche. Les espaces "conférence" gagneraient à être un peu isolés...

La vidéo de la conférence enregistrée par les bons soins d'InterRomania

LA CORSE EN TOUTES LETTRES (1)

Littérature et Société

J.T. s’efforce d’orienter l’échange sur les interactions du littéraire et de la société en présentant les trois invités non seulement comme des personnalités contribuant à l’édification et l’étude dela littérature corse, mais aussi en tant qu’acteurs d’une société où les productions culturelles et les mouvements de la vie collective insulaire sont en échange constant. 

Il relève pour ce faire une expression qu’il considère comme une annexion du prix qui distingue J.Ferrari « Goncourt régional » dans un article paru le jour même dans Corse-Matin au sujet de J.Ferrari dont il évoque le travail de coscénariste pour le film issu de l’avant-dernier chapitre du Sermon sur la chute de Rome. Il rappelle que J.G Talamoni, acteur politique s’il en est, vient de soutenir une thèse de doctorat remarquée sur « L’imaginaire national dans la littérature corse ». Quant à J. Fusina, s’il est un poète marquant du Riacquistu, il est aussi le parolier le plus fécond de la chanson corse contemporaine. J.T. remarque donc que la littérature corse que l’on pose ici comme objet de réflexion s’établit comme un ensemble vivant échappant à une catégorisation générique étroite.  Cette première approche qui écarte l’univers du littéraire défini comme un ensemble clos fait l’objet d’un riche échange où chacun a l’occasion de préciser son engagement et ses choix d’expression. Les trois intervenants illustrent leur position par de nombreux exemples, relatifs au contexte corse ou extérieurs à l’île.

J.Fusina remarque que l’on est passé d’une option simple voire simpliste à l’assomption de la complexité, alors que d’aucuns réservent, aujourd’hui encore, la définition de littérature corse aux seules productions en langue corse. Il cite aussi quelques anecdotes qui démontrent la pertinence des parallèles et ressemblances avec d’autres productions littéraires (ambiguïté du titre de son propre ouvrage Ecrire en Corse ? publié chez Klincsieck, réponse iironique de feu le Professeur Fernand Ettori interrogé sur cette même définition, comparaison des personnages de Hucleberry Finn et Pesciu Anguilla dans la thèse de la regrettée Anghjula Maria Carbuccia sur le roman en langue corse…)

Interrogé de nouveau sur l’adaptation cinématographique d’un chapitre de son dernier livre, J.Ferrari met en lumière la spécificité des langages sollicités (roman, film) et déclare qu’il ne mènera pas de recherche d’expression dans le domaine du film et de limage. Concernant le rapport de son œuvre à la langue, il constate tout d’abord que l’adjectif « corse » prend souvent une connotation « folklorisante » dans un discours non dénué de prévention, puis affirme avec force que la Corse est loin de ne représenter que l’entour, le décor ou le prétexte de ses romans. C’est au contraire l’élément fondamental de l’œuvre qu’il construit depuis dix ans. Quant au reste, il se montre sensible à l’action du processus
d’appropriation par la lecture de groupes différents et, postulant par là l’universalité de l’œuvre, en repousse l’assimilation à un groupe singulier.

On revient ensuite sur l’axe définitoire qui sous-tend la thèse de JG.Talamoni. Dans ce travail remarqué, le « jeune docteur » opte pour une problématique qui ne laisse pas d’étonner eu égard à l’idéologie du mouvement politique qu’il dirige. Il est en effet rappelé que recherchant les structures, thèmes et motifs de « l’imaginaire national corse », son travail s’est appuyé sur une donnée épistémologique postulant un invariant, la littérature corse et différentes variables de son expression linguistique. Ce sont en effet plusieurs dizaines d’ouvrages en italien, français et corse qui ont fourni la base des observables de cette recherche en sociolittérature. Ainsi a été étudiée une période qui s’étend de la Giustificazione (156) aux années 1950. Il aurait été étrange et tout à fait erroné d’exclure de la production de textes et d’idées corses les ouvrages de la période paolienne, de Salvatore Viale et de tout le XIXème et du XXème et, actuellement, l’écriture qui reçoit la consécration du Goncourt ! Son argumentation critique aussi les définitions étroites (cf.l’anthologie d’H.Yvia-Croce qui retient les seuls écrivains « corses d’origine »).

Au fil de l’échange qui s'ensuit sont évoqués plusieurs titres qui relèvent manifestement de la littérature corse et qu’une acception trop restrictive a pu faire écarter des anthologies existantes (ex : le Vir Nemoris de Nobili-Savelli ou le Ponte Nuovo de Guerrazzi…), ou, à l’opposé des auteurs pour ainsi dire annexés à la littérature corse au seul titre de leur ascendance ou de leur notoriété, tels Claude Farrère (Goncourt, 1905) ou Paul Valéry.


12/03/2013

Pascal Luciani :

Le Fleuve

UN PLONGEON PHOTOGRAPHIQUE ET INITIATIQUE AU COEUR DE LA CORSE

fleuve

Le Fleuve¨, un livre magique, une immersion graphique dans la rivière du temps, depuis le village d’Albertacce. Une invitation à parcourir la Corse au fil de l’eau et de ses rochers. Un ouvrage signé Pascal Luciani.

Prix : 28€
En vente en librairie et sur le site de l’auteur : www.pascalluciani.com

Extraits :

Depuis le village jusqu’à l’eau : Petra Pinzuta, Pont’Altu, Ponte Muriccioli… lieux magiques de l’enfance, légèreté et insouciance. Sentiers et chemins ancestraux bordés de rochers sculptés par les éléments, je les ai parcourus depuis tout petit, avec mes parents, puis comme un grand, avec mes enfants.
Devenu photographe, j’ai recommencé à jouer avec ces formes liquides et minérales, empreintes de souvenirs, là où l’eau relie et mixe de multiples roches de granit aux formes fantasmagoriques. Certaines incarnent des sites de vie, d’autres des lieux de repos éternel, gardant une part de leur mystère, communion avec l’imaginaire onirique de l’enfance, passerelle entre l’univers de l’instinct et le monde du rêve.

A propos de L’auteur :

¨Le Fleuve¨ est le premier livre de Pascal Luciani. Il s’agit d’une aventure personnelle, menée en parallèle de sa vie professionnelle de photographe publicitaire en studio à Lyon. Son objectif consiste à faire partager une vision onirique, étrange et poétique, d’un monde qui nous relie tous.

10/03/2013

La Corse des écrivains

gl

05/03/2013

Le Catenacciu, il en a fait un roman

Réalisateur de télévision depuis 40 ans, Alain Lombardi signe avec Le pénitent de Sartène son premier roman. Un intrigue amoureuse et policière au temps de la Corse du XIXe siècle

Dans moins d'un mois, le vendredi 29 mars, Sartène résonnera du glas lancinant du Catenacciu. La foule hostile, même haineuse, et les tessons de verre et autres n'accompagnent certes plus la lente marche du pénitent rouge qui se joue désormais presque dans une ambiance touristique, mais l'atmosphère et la symbolique n'ont pas fini d'impressionner. Tel fut le cas pour Alain Lombardi, happé par cette forte cérémonie.

Réalisateur, il a d'abord pensé à l'image avant de se tourner vers la plume pour avancer dans les pas du Pénitent de Sartène. Un premier roman très chaleureusement accueilli sur l'île… Peut-être car Alain Lombardi réussit dans sa prose à respecter l'une des valeurs du Catenacciu : l'absolu secret de l'identité du pénitent. S'éloignant du « rite » en lui-même pour dresser le portrait romancé de la Corse au XIXe siècle, ses valeurs et traditions, au travers du destin de Marie-Ange, jeune institutrice de Tallano engagée dans une relation avec un homme marié dont elle attend un enfant… À chacun d'imaginer alors à quel personnage le titre pourrait faire référence.

Comment est venue l'envie d'écrire sur la Corse avec laquelle vous n'aviez aucun lien ?

Fin 2008, j'avais en tête un projet d'écriture de scénario pour la télévision. Je voulais ancrer mon récit dans une région ayant une forte identité socioculturelle et linguistique. Je cherchais une accroche que je pensais avoir trouvée le jour où j'ai regardé un reportage sur le Catenacciu. Mais, en fait, à ce moment-là, je n'ai vu que ce qu'il y avait en surface, c'est-à-dire le côté « spectacle ». Je me suis dit qu'il serait passionnant d'écrire une histoire contemporaine, qui dévoilerait le lourd secret du pénitent que j'imaginais… Sous les traits d'une femme.

À Sartène, durant la semaine Sainte, je m'empresse de faire lire mon synopsis aux élus et à bon nombre de leurs concitoyens. Je fais aussitôt l'unanimité ! Non seulement personne ne partage mon enthousiasme, mais pire encore, le curé de Sartène me donne gentiment un avertissement, non sans humour : « Si vous avez une maison, le toit va sauter… Et si vous n'en avez pas, alors mon ami, méfiez-vous ! »

J'avais profondément heurté la sensibilité des insulaires. J'ai su qu'il fallait remonter le temps, aller chercher les racines…

Pourquoi le choix d'une femme comme « héroïne », dans une société qui mettait surtout en avant les hommes ?

J'ai découvert un jour dans un livre un fait divers bouleversant dont je me suis inspiré. Je voulais aller à la rencontre de cet homme qui avait, à la fin du XIXe, décidé de tuer sa fille parce qu'elle refusait de lui donner le nom de son amant… J'ai appris qu'il existe en Corse un dicton qui dit : « Mieux vaut mourir que de vivre dans la honte». Phrase terrible, qui porte en elle les germes d'une véritable tragédie antique. Le décor étant planté. Mon héroïne, s'est imposée comme une évidence. Avec sa sincérité, son innocence, sa fragilité, son intelligence, son audace et sa beauté… Nul autre personnage ne pouvait à ce point, émouvoir le lecteur face à la violence potentielle de la société.

Vous vous êtes installé en Corse durant un an. Écrire ailleurs était impossible ?

Totalement impossible. Je ne voulais pas répéter l'expérience du scénario. Au début, je faisais des allers et retours incessants, entre Paris et Ajaccio, mais financièrement ce n'était guère gérable. Après des vacances d'été dans le Valinco, je suis tout naturellement retourné au même endroit. Le premier matin, devant ma table de travail, j'ai été pris de panique. Je ne savais pas par où commencer… Et puis j'ai attrapé mon appareil photo, mon magnétophone et avec la curiosité d'un reporteur, je suis parti à la rencontre de la Corse et de ses habitants, me suis mêlé à la foule lors de la procession du Catenacciu. J'ai recueilli des tranches de vie, des anecdotes drôles, émouvantes, parfois tristes ou tragiques. Et puis le puzzle s'est mis en place. Dès lors, je pouvais quitter la Corse sereinement pour poursuivre la rédaction. Il m'a fallu 16 mois.

Comment vous êtes-vous documenté ?

J'ai consulté les archives départementales d'Ajaccio, les archives municipales de Sartène, lu une quantité de livres. On m'a confié des documents anciens édités au début du siècle dernier dans lesquels j'ai puisé de précieuses informations sur la société corse, l'enseignement, les mœurs, les métiers… Que Dieu me pardonne !

J'ai harcelé le conservateur en chef du musée départemental de la préhistoire pour son savoir, poursuivi de mes assiduités les élus de plusieurs municipalités. Mais également et surtout, j'ai fait de belles et innombrables rencontres, car les Corses m'ont ouvert leur porte et leur cœur avec une simplicité et une gentillesse inoubliables.

Histoire d'amour, roman policier, historique ou sociologique ?

Un peu tout à la fois. Le Pénitent de Sartène raconte une histoire d'amour certes, mais un amour interdit. Dans l'intrigue, l'union des amants est impossible. C'est la raison qui précipite le drame.

L'enquête de gendarmerie sur la disparition de l'héroïne Marie-Ange invite le lecteur à jouer les détectives.

Ce roman est une autopsie des coutumes et des valeurs de la société corse de cette époque… Celles qui expliquent encore aujourd'hui, les mécanismes du déclenchement de la vengeance…

Historique également ! Dans la mesure où je voulais situer mon récit dans une période où les coutumes et les valeurs ancrées dans les mentalités insulaires étaient les plus profondes, mais aussi où le monde est en pleine mutation, où grâce aux progrès de l'instruction notamment, bon nombre de Corses fuient la misère de leur île, vidant ainsi les campagnes au profit des Lucchese… Toute cette histoire a construit une identité. Et dans une société qui perd ses repères, les insulaires donnent encore aujourd'hui l'exemple en restant fidèles à leurs valeurs, à leurs traditions. Respect, Devoir et Honneur sont des mots oubliés. La morale de l'histoire du Pénitent de Sartène c'est également cela : retenir les leçons du passé.

Votre expérience de réalisateur a-t-elle servi la plume ?

Lorsque j'ai décidé d'écrire un roman, je me suis posé les mêmes questions que lorsque j'écrivais un scénario.

Mais, le scénariste réalisateur, se contente plus volontiers de suggérer, car il sait que ce sont les images prises par la caméra, la photo, la musique, sa mise en scène aussi et le rythme du montage qui donneront la vie à son histoire, etc.

L'auteur lui, n'a que des mots pour séduire. Cependant oui, en effet ! Je dois admettre que mon expérience de l'image a servi ma plume, pour faire naître des images… Dans beaucoup de chapitres par habitude sans aucun doute avec la réalisation, je plante le décor, je crée l'ambiance avant d'entrer de nouveau dans l'action par le dialogue.

D'autres projets en cours ?

Oui, absolument ! Mais certains me demandent s'il y aura une suite au Pénitent de Sartène… À dire vrai, je laisse le soin à mes lecteurs d'imaginer la suite…

En fait, j'ai toujours en tête mon idée de trilogie. Un des personnages de mon roman, le capitaine Le Bonniec, va quitter la Corse et demander sa mutation au Pays Basque. Je pense que j'aurai beaucoup de plaisir à découvrir les mœurs et les traditions de cet autre peuple dont la fierté n'a rien à envier à celle des Corses. J'ai hâte de m'immerger dans cette magnifique région qui, sur bien des plans, est comparable à l'île de beauté. Mais là c'est une autre histoire… !

Propos recueillis par Christine G.-Bacciochi gaubebacciochi@nicematin.fr

Le pénitent de Sartène, d'Alain Lombardi. Paru aux éditions du Panthéon. 290 pages. 18,50 euros.

L'auteur sera en soirée dédicace à la librairie La Marge à Ajaccio le jeudi 21 mars de17 h 30 à 19 h 30.

Et en direct sur RCFM, le mardi 19 mars de 17 h 30 à18 h.

Février 2013

28/01/2013

basta

Décembre 2012

26/12/2012


prix

prix

mora

Novembre 2012

Villa Gaspari-Ramelli

villa_rameli

« Mémoire(s) de Corse » en région parisienne

J'ai participé hier soir à une sympathique rencontre autour de Jean-Pierre Castellani, de quelques co-auteurs et de l'éditeur de "Mémoire(s) de Corse", à l'invitation d'Armel Louis, de la librairie « La lucarne des écrivains »

Site:http://lucarnedesecrivains.free.fr

Samedi 17 novembre, de 13h30 à 18h30

La Galerie du Marais. Paule France Luciani accueillera les auteurs du livre pour une signature collective.

Les œuvres d’Antoinette Nicolini, François de Casabianca, François Quilici, Jean Soyer et Jean-Marie Zacchi seront exposées à cette occasion.

« Galerie du Marais » 21, place des Vosges, Paris, IIIe.

Dimanche 18 novembre, à 16h

Et dimanche 18 novembre, Sylviane Leonetti, Directrice de La Ville aux Livres de Creil donnera la parole à Jean-Pierre Castellani pour présenter

« Mémoire(s) de Corse » au 26e Salon du livre et de la BD de Creil.

« La Faïencerie » - Allée Nelson, 60100 Creil

Chacun des participants évoque librement le souvenir personnel d’un événement important qu’il a vécu en tant que témoin ou acteur, en terre corse. Mémoire(s) de Corse se veut la réunion de ces différents témoignages, tous inédits, d’ordre historique, politique, social, ou tout simplement familial sur cette Corse si éloignée des clichés habituels et des caricatures blessantes. Ces mémoires sont cérébrales, visuelles, auditives, olfactives, sensuelles, comme la Corse elle- même. Du pluriel de ces mémoires d’intellectuels, de romanciers, de poètes, de représentants du monde culturel, médiatique, universitaire, hommes et femmes de tous âges, on passe naturellement au singulier de l’île.

240 pages

Auteurs : Christine Bottero, Jérôme Camilly, Belinda Cannone, Toni Casalonga, Marie Josée Cesarini Dasso, Robert Colonna d’Istria, Lily Figari, Claudine Filippi, Marc Giudicelli, Antoine-Marie Graziani, Dany Mangion-Pompa, Danièle Maoudj, Jean-François Marchi, Catalina Maroselli-Mattéoli, Jean-Pierre Mattéi, Dominique Memmi, Jean-Marc Olivesi, Jacques Orsoni, Jean-Noël Pancrazi, Marie-Amandine Sain-Cagnazzoli, Sampiero Sanguinetti, Constant Sbraggia, Arlette Shleifer, Michel Verge-Franceschi, Marie-Jean Vinciguerra, Francesca Weber Zucconi, Jean-Jacques Colonna d’Istria, Jean-Pierre Castellani

memoire

Pas de Femina pour Jérôme Ferrari... mais le Goncourt !

prof

Dernier verre avant un prix

Par Robert Colonna d'Istria

Il se trouve que d’Abu Dhabi, où il est en poste depuis l’été dernier, le romancier philosophe originaire de Fozzano est venu quelques jours à Paris, non loin du quartier où se distribuent les plus hautes récompenses littéraires. Son livre figure précisément parmi les sélections des prix les plus prestigieux. C’était l’occasion de lui demander ce qu’il en pense, et de l’interroger sur la fin du monde, sur la Corse et sur d'autres sujets de moindre importance. Conversation avec Jérôme Ferrari

ferraricorsica : Assassinat, le meurtre d’Antoine Sollacaro, ou suicide collectif d’une société qui ne sait ni qui elle est ni où elle veut aller ?
Jérôme Ferrari : Chaque fois qu’un événement de cet ordre se produit, je me sens atteint et meurtri. Et j’ai l’impression qu’on ne s’en sortira pas. Comme beaucoup, je suis atterré, consterné. Cela n’a pas l’air de déboucher sur grand-chose. Je partage cette idée de « suicide collectif » et d’une Corse « qui ne sait ni qui elle est ni où elle veut aller ». C’est le constat le plus triste.

corsica : L’idée, l’obsession du retour chez tout Corse, qu’en pensez-vous ? Vous-même, êtes-vous concerné ?
Jérôme Ferrari : C’est un des plus vieux thèmes de l’histoire de la littérature, partir, revenir… En Corse, c’est une notion essentielle, pour ainsi dire constitutive de l’île elle-même. Bien sûr que je suis concerné ! Cela a été mon obsession, à peu près exclusive, jusqu’à ce que je puisse revenir en Corse. J’ai fait de ce « retour », au demeurant toujours couplé avec l’obsession de « départ », le thème d’au moins deux romans, Un Dieu un animal et Le Sermon sur la chute de Rome. Dans ce dernier livre les deux personnages, symétriques, sont en réalité les mêmes : il y a celui qui veut partir, et celui qui veut revenir…

corsica : Y aurait-il un absurde corse, au sens de l’absurde philosophique ?
Jérôme Ferrari : Je ne suis pas très sensible à la notion d’absurde. Mais je crois pouvoir dire que si l’idée d’un absurde métaphysique veut dire quelque chose, alors un absurde « corse » ne veut rien dire parce que l’absurde concerne la condition humaine et pas particulièrement la Corse. Mais je préfère la notion de tragique. C’est Nietzsche, je crois, qui l’a définie comme le fait de « ployer sous un fardeau qu’on ne peut ni porter, ni rejeter »…
corsica : On disait volontiers que La Renfermée, la Corse, ouvrage détonant et courageux de Marie Susini, ne correspondait plus à la réalité d’aujourd’hui. Est-ce si sûr ?
Jérôme Ferrari : Je n’ai pas lu le livre de Marie Susini.

corsica : Finalement, à quoi correspond votre passé de militant nationaliste corse ?
Jérôme Ferrari : Il est difficile de répondre à cette question. Rétrospectivement, mon engagement semble avoir correspondu à une nécessité. Je n’ai pas l’intention de le renier. Il a été la traduction de quelque chose, quelque chose d’important à un moment donné. Le désir, sans doute, et entre autres, de prouver que je faisais partie de cette île, d’y jouer pleinement ma partie. Aujourd’hui, je ne me sens plus contraint à prouver quoi que ce soit.

corsica : Changeons de sujet. L’Europe, quand on a pris pied sur les rives du golfe arabo-persique, société décadente et triste, ou dernier rempart de l’esprit, de la qualité, du raffinement ?
Jérôme Ferrari : Ni l’un ni l’autre. Je n’ai aucune haine ni aucun amour exclusif pour l’Europe – et si c’était le cas, il aurait fallu que je sois masochiste pour demander ce poste aux Émirats. Et je ne crois pas que l’Europe ait le privilège de l’esprit. Il y a beaucoup de projets culturels importants à Abu Dhabi. Le monde est toujours un peu moins simple que ce qu’on s’en imagine, et c’est pour ça qu’il est intéressant.

corsica : L’effondrement su système financier qui porte le monde économique depuis quelques décennies, naufrage qui va tout emporter ou chance d’enfin pouvoir repartir d’un bon pied ?
Jérôme Ferrari : Mes connaissances en économie sont à peu près égales à zéro… Je ne me fonde donc que sur des informations générales… Je n’ai pas l’impression que le monde occidental se vit comme un ensemble qui va repartir du bon pied… J’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’inquiétude, de nostalgie, de pessimisme, le sentiment qu’on arrive au bout de quelque chose. Ça se perçoit très bien dans les romans contemporains, à commencer par les miens.

corsica : Mauvaise gestion de jeunes gens inexpérimentés, la débâcle des personnages de votre dernier roman, qui ont voulu reprendre le bistrot du village de leurs origines, ou bien fin d’un monde où l’homme avait encore un peu d’importance ?
Jérôme Ferrari : Le roman est construit sur des mécanismes qui ne sont absolument pas psychologiques. L’enchaînement des choses ne dépend pas de l’action des personnages, qui sont les jouets de phénomènes qui les dépassent… S’il s’agit de la fin d’un monde, celui qui disparaît ne me semble pas se caractériser par le fait que « l’homme avait encore un peu d’importance ». C’était un monde cruel, dur, que beaucoup voulaient quitter. Si j’en crois ce que disaient mes grands-parents, personne n’avait l’impression d’habiter un éden. Ils n’étaient pas nostalgiques.

corsica : Admettons que la civilisation n’ait été qu’une parenthèse, ouverte avec la révolution néolithique et fermée avec la révolution industrielle - cette définition en vaut d’autres… Quelle place méritent les prix littéraires dans la déréliction qui a suivi la chute ; sont-ils une résistance de l’esprit, ou un signe, au contraire, d’une catastrophe fatale ?
Jérôme Ferrari : C’est un phénomène complexe. Il y a bien sûr une logique économique mais c’est en même temps cette logique qui permet que la littérature, une fois par an, soit sous les feux de l’actualité. Que révèlent-ils, ces prix ? Une corruption de la littérature par l’esprit marchand ? Ou bien constituent-ils un utile moyen d’élever la littérature vers le public, et donc de la faire vivre ?
Corsica : Si on vous demandait votre avis, quel prix aurait votre préférence ?
Jérôme Ferrari : Permettez-moi, à la veille de la distribution des prix, de ne pas répondre à cette question… Si j’avais un prix, quel qu’il soit, je serais content…

corsica : Que seriez-vous prêt à sacrifier pour obtenir le Goncourt ?
Jérôme Ferrari : Rien. Ni pour avoir le Goncourt, ni pour avoir davantage de lecteurs. J’ai la chance de pouvoir écrire les romans que j’ai à écrire, que ces romans soient publiés, lus, et donc de ne rien sacrifier du tout…

corsica : Qu’est-ce qui vous paraît le plus important, devenir riche ou célèbre ?
Jérôme Ferrari : Si un romancier vous répondait l’un ou l’autre, il faudrait lui conseiller de change de métier… L’important, encore une fois, c’est d’avoir le luxe de publier des livres et de rencontrer des lecteurs. La célébrité comporte, je suppose, pas mal d’inconvénients ; elle agace beaucoup de monde, et je n’arrive pas à imaginer quel genre de satisfactions elle peut procurer.

Robert Colonna d'Istria

WWW.CLUB-CORSICA.COM
Copyright Corsica

 

mondes

 

U premiu Goncourt à Jérôme Ferrari

ferrari

Jérôme Ferrari hè statu laureatu di u premiu Goncourt 2012. Sta marca di stima hè una vittoria literaria per a Corsica. Cun stu scrittu di Ghjacumu Fusina, l’Adecec rende omagiu à u laureatu :

Vistu a quantità d’articuli di prisentazione bona di l’ultimu libru di Jérôme Ferrari, tantu in a stampa naziunale chè quella lucale, senza scurdassi di u furore scatinatu di i bloghi d’Internet, ùn m’hè mancu venuta à l’idea di aghjunghjemi à u core di tante lode : mi sò cuntentatu di cumprà è di leghje cun piacè u Sermon sur la chute de Rome. D’altronde m’era assai piaciutu Où j’ai laissé mon âme esciutu in u 2010 è ne avia scrittu una cronaca assai pusitiva in corsu pè u settimanale La Corse (« Anima à l’addisperu ») è a so versione in francese pè u situ Musanostra. Dicia digià eo tandu : « opera cumpita assai, tondula è chjosa cum’è una tragedia classica, cù a so messa in scena travagliata fine, a so lingua tagliva è ghjusta, duv’ellu dimostra l’autore una bella maturità ammaistrendu in modu raru un sugettu quantunque cumplessu ».

Mi si pare d’avè vistu cusì l’essenziale, avendu capitu ch’ella era in traccia d’edificassi tandu un’opera intera di qualità : hè cusì chì u premiu Goncourt chì l’hè statu attribuitu cù u so Sermone di quist’annu mancu m’hà smaravigliatu tantu, postu ch’ellu si trattava non solu torna d’un travagliu assestatu benissimu cù una scrittura persunale piacente è leghjitoghja, di stile à listessu tempu appimpatu è abbastanza amudernatu pè u publicu largu ch’ellu suppone u premiu maiò di a literatura francese. In quant’à u sugettu, diceraghju chì a storia scelta ch’ellu arremba à un caffè di paese ripigliatu da dui giuvanotti corsi in cerca d’assulutu, à mè ùn mi paria micca un sprupositu d’imaginazione, vistu ciò ch’o sapia di l’opere digià publicate è di u clima particulare ch’elle purtavanu une poche di e prove di a nova literatura corsa. Un credia mancu chì a spezia d’esutisimu ch’ellu pudia mandà un sugettu simile à una ghjuria parigina pudessi esse ricevuta benissimu : d’altronde ind’una intervista recente, Ferrari palisava ellu stessu listessu timore chì li si paria ch’ellu fussi più adattu u sugettu precedente chè quellu di quist’annu pè un cuncorsu simile. Ma pensu ch’ella hà ragiunatu a ghjurìa cù a visione d’un’opera generale più chè cù quella d’un rumanzu solu è hà avutu a ragiò.

A riescita di Ferrari hè difatti quella d’un cumpunimentu à parechji gradi duv’ellu riprisenta l’ultimu libru un incurunamentu pè l’inseme di l’altri. Da issu puntu di vista si pò dì chì u Goncourt hà distintu una literatura corsa di spressione francese chì pare d’avè trovu u livellu aspettatu da tanti anni : Ferrari hè un giuvanottu mudestu, cultivatu è travagliuscu chì hà sappiutu mette in valore non solu un decoru paisanu isulanu, cuntegni è manere nustrali, mitifichenduli una cria in una finzione assestata cumu si deve, aghjunghjenduli issu zinzicu di filusufia alta chì ne impone sempre à ogni lettore. U famosu « Sermone » d’Augustinu hè un testu anticu cunnisciutu da i sperti chì sanu ch’ellu ragiunava quellu nant’à a caduta à a longa d’ogni putenza creduta, fussi a Roma eterna di a storia. Purtendulu quì nant’à un caffè d’un paisolu corsu è i so persunaghji vani, Ferrari facia una scumessa risicata è di sicuru una cria artificiosa, ma viaghja cusì a finzione literaria : ùn ci vole forse micca sempre à misuralla à e nostre realità cutidiane.

Rallegremuci tutti di issa vittoria literaria, chì ci permette di mustrà di a Corsica altre cose chè ciò ch’ella mostra pè u più, sapendu ch’ella hè u risultatu di u travagliu persunale d’un giuvanottu attalentatu assai, è d’una casa d’edizione Actes Sud chì sà prumove cumu si deve i so autori. Un credu micca ch’ella venga a riescita da u rimusciu solu ch’ellu pò fà un publicu di lettori ammirativi cum’è quellu di i sustenitori di e squatre di pallò. Ramintenduci dinù chì u primu premiu Goncourt fubbe datu in u 1903 à u  rumanzu Force ennemie di John Antoine Nau  chì stete dinù ellu qualchì tempu in Portivechju è li piacia assai dinù à ellu di viaghjà luntanu è di spustà locu à spessu.

Ghjacumu Fusina (nuvembre 2012)

Source : Nutiziale culturale di l'Adecec
Reproduit avec l'autorisation de l'auteur.

Goncourt : Ferrari sacré pour son "Sermon"

Jérôme Ferrari en était convaincu : ce roman allait entraîner sa chute - littéraire s'entend. "Je l'ai écrit consciemment, consciencieusement, en pensant que j'allais à la dégringolade", confie-t-il au Monde. Son précédent livre, Où j'ai laissé mon âme (Actes Sud 2010), suffocante et superbe évocation de la guerre d'Algérie, lui avait valu, entre autres, le prix France Télévisions et une reconnaissance critique et publique relativement large.

Jérôme Ferrari se disait que personne ne le suivrait depuis les caves algéroises où deux officiers français se perdaient en pratiquant la torture, vers le bar corse dont il voulait faire le décor du Sermon sur la chute de Rome." Je pensais que le roman serait un échec, mais j'étais prêt à l'affronter", dit l'écrivain de 44 ans. Ce septième livre lui a, au contraire, permis d'obtenir le prix Goncourt, le deuxième attribué à l'éditeur Actes Sud, par cinq voix contre quatre à Patrick Deville pour Peste & Choléra (Seuil). Etaient également finalistes Linda Lê (Lame de fond, Christian Bourgois) et Joël Dicker (La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, De Fallois/L'Age d'homme).

Au centre du Sermon sur la chute de Rome se trouve donc un modeste bistrot de montagne, repris par deux jeunes gens du coin, qui abandonnent leurs études de philosophie à Paris pour édifier là, entre zinc et banquettes, "le meilleur des mondes possibles" cher à Leibniz. L'histoire des personnages, Matthieu et Libero, jusqu'à la destruction de leur univers miniature, s'entremêle avec le souvenir de l'empire colonial français qu'a connu le grand-père du premier avant de revenir ruminer ses échecs au village, ainsi qu'avec des passages sur la chute de Rome en 410, telle qu'évoquée par saint Augustin. Ces fils narratifs se tissent entre eux grâce à une phrase tirée des sermons de l'évêque d'Hippone : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt."

Une écriture d'une ample beauté

Ce livre sur la finitude de toute chose organise ainsi la collision romanesque entre le quotidien d'un bistrot (jolies serveuses, beuveries, parties de cartes, défis en virilité...), la philosophie (saint Augustin versus Leibniz) et un pan de l'histoire coloniale. Cela aurait pu être absurde et indigeste - pompeux aussi. Le Sermon sur la chute de Rome est au contraire intelligent, sombre et drôle. Aussi caustique que dense.

Sans aucun doute grâce à l'écriture étonnante de Jérôme Ferrari, d'une ample beauté jamais académique, à ses phrases admirablement longues qui peuvent tout se permettre, la solennité comme l'ironie, la cocasserie comme la puissance, et qui l'autorisent à embrasser tous les sujets.

Celui qui commençait le très singulier Un dieu un animal (Actes Sud, 2009) en affirmant "Bien sûr, les choses tournent mal" s'amuse et s'étonne qu'elles aient si bien tourné pour lui, cette fois-ci. Il cite en riant le texto que lui a adressé une éditrice d'Actes Sud quand est parue la dernière liste de romans en lice pour le Goncourt : "D'accord, les mondes meurent, mais entre-temps..." Entre-temps, il n'est pas interdit d'en profiter.

Entre-temps aussi, comme Jérôme Ferrari l'écrit dans le Sermon..., "toutes nos vies sont parsemées de cadavres de mondes trahis". Il précise, quand on l'interroge, que le verbe trahir ne comporte en l'occurrence "aucune dimension morale" : "Cela signifie seulement que l'on passe sans cesse d'un monde à l'autre, en faisant des choix."

Lui-même a construit sa vie sur une succession de bifurcations. Né en 1968 en région parisienne, dans une famille corse qui retournait sur l'île à chaque vacance ou presque, il s'y installe pour de bon en 1988, maîtrise de philosophie en poche. Il fréquente avec enthousiasme la mouvance indépendantiste, avant de choisir la rupture, puis d'être envoyé au service militaire - "une époque où la lecture était ma seule joie", dit cet amoureux de Dostoïevski.

Devenu professeur de philosophie sur l'île, il change de cap en 2003, et part enseigner au lycée français d'Alger. Après un bref retour en Corse, il repart, direction l'émirat d'Abou Dhabi, où il est, depuis la rentrée, professeur de philosophie et conseiller pédagogique au lycée français. Ce nouveau départ a coïncidé avec la parution du Sermon..., et le début du tourbillon que celle-ci a immédiatement déclenché - le roman ayant été remarqué et salué dès sa parution comme l'un des meilleurs de la rentrée littéraire (Le Monde des livres du 23 août) : "Je pense, dit-il, qu'il a été sain pour moi d'être loin, de devoir organiser mon installation, corriger des copies..."

L'île de Beauté pour épicentre

Plus largement, ce que l'écrivain professeur aime dans la vie à des milliers de kilomètres de chez lui, c'est "le sentiment d'étrangeté, la possibilité de [se] sentir à la périphérie". L'exploration de possibles qui lui seraient autrement inaccessibles. C'est aussi, bien sûr, cela qu'autorise la fiction - élaborer des mondes, les habiter, en changer... Jérôme Ferrari construit ainsi une oeuvre littéraire ayant l'île de Beauté pour épicentre, où se côtoient le tragique et le grotesque, et dont les personnages ressurgissent subrepticement d'un texte à l'autre, inversant les perspectives, tandis que l'auteur évoque leurs espérances déçues.

Que les siennes, concernant l'accueil du Sermon, aient été plus que comblées - avant le Goncourt, 85 000 exemplaires du roman s'étaient déjà écoulés, selon Actes Sud - ne lasse pas d'étonner Jérôme Ferrari. Il y voit un phénomène "qui relève de l'aléatoire pur", la rencontre fortuite entre le thème de son roman et un air du temps obsédé par la fin du monde - au sens apocalyptique du terme - qui n'est pas son sujet.

Du Goncourt, il veut d'abord retenir, assurait-il mercredi soir, "la dimension de réussite collective" ; il se dit "content de pouvoir rendre quelque chose à Actes Sud qui [lui] a beaucoup donné". Emu de voir tant de monde, contre toute attente, se presser sur les banquettes de son drôle de bistrot.

LE MONDE le 08.11.2012
Par Raphaëlle Leyris

Jérôme Ferrari - Träger des Prix Goncourt 2012 (Bild: picture alliance / dpa - Francois Lafite) Jérôme Ferrari - Träger des Prix Goncourt 2012
(Bild: picture alliance / dpa - Francois Lafite)

Prix Goncourt für Jérôme Ferrari

Der aus Korsika stammende Philosophie-Lehrer erhält den wichtigsten französischen Literaturpreis

Jérôme Ferrari stand in diesem Jahr auf fast allen Shortlists der großen französischen Literaturpreise. Nun erhält er für seinen sechsten Roman "Le sermon sur la chute de Rome" den wichtigsten Preis, den das literarische Frankreich zu vergeben hat. Barbara Wahlster stellt den 44-Jährigen vor.

Frei übersetzt bedeutet der Titel von Ferraris Buch in etwa "Der Eid auf den Niedergang Roms" - und stellt somit die Verbindung zum Heiligen Augustin dar, der im Jahr 410 den Römern geschworen hatte: "Die Welt ist wie ein Mensch: Sie wird geboren, sie wächst und sie stirbt."

Im Zentrum der Handlung steht ein junger Korse, der sein Studium aufgibt, um gemeinsam mit einem Jugendfreund eine Bar in einem korsischen Dorf zu übernehmen. Die beiden wollen aus der Kneipe "die beste aller möglichen Welten" machen, jedoch werden sie ziemlich schnell von Enttäuschungen und Streitereien eingeholt. Ferrari habe durch seine Sprache und durch seinen Stil überzeugt, befand die Jury in ihrem Urteil.

Ferrari hat Philosophie studiert und ist derzeit als Lehrer in Abu Dhabi beschäftigt. Der jetzt ausgezeichnete Roman, rund 200 Seiten stark, sei sein sechster, ein siebter sei bereits fertiggestellt, berichtete Barbara Wahlster, Literaturkritikerin von Deutschlandradio Kultur. 1968 geboren, gehöre Ferrari zu jenen französischen Autoren, die in den letzten Jahren entdeckt hätten,

"was dieses große 20. Jahrhundert eigentlich an Traumata in sich birgt, an Schuld in sich birgt, an Nicht-Ausgesprochenem in sich birgt. Wir kennen das ja zum Teil ein bisschen, die deutsche Seite der Aufarbeitung oder des Versuchs zu verstehen, was da war. In Frankreich ist es wirklich diese jüngere Schriftsteller-Generation, die sich jetzt in den letzten Jahren damit befasst hat."

Ferrari, so Wahlster, interessiere sich für die "Verflüchtigung von Sinn" und für die "Brüchigkeit der Welt ohne Bewusstsein davon". Immer wieder würden die Kriege thematisiert, die Frankreich im 20. Jahrhundert geführt habe, vom Zweiten Weltkrieg, über den Indochina-Krieg bis hin zum Algerien-Krieg. Im Interview habe ihr Ferrari gesagt:

"Fast könnte man sagen, ich bin besessen vom Verhältnis der Menschen zum Krieg. Es taucht in vielen meiner Romane auf, auch aus familiären Gründen. Meine Großeltern sind um die Jahrhundertwende geboren und haben das gesamte 20. Jahrhundert erlebt, einige davon beständig im Krieg, weil sie in der Kolonialarmee waren."

Das vollständige Gespräch mit Barbara Wahlster können Sie mindestens bis zum 06.05.2013 als MP3-Audio in unserem Audio-on-Demand-Player nachhören.

NOTE du webmaster :

Deux erreurs émaillent cet article. Elles n'ont pas échappé à la sagacité de Marilena.
Le titre du livre, traduit en allemand, n'est pas "Der Eid auf den Niedergang Roms" mais serait plutôt "Der Predigt auf den Niedergang Roms". Ne pas confondre le sermon et le serment !

Plus loin dans le texte, il est écrit : “und stellt somit die Verbindung zum Heiligen Augustin dar, der im Jahr 410 den Römern geschworen hatte”  Geschworen? Juré? Prêté serment? Non, c'est toujours d'un sermon qu'il est question. La journaliste a t-elle lu le livre jusqu'au bout ?

 

Jérôme Ferrari, 44 ans, Prix Goncourt 2012

Par Jean CROZIER

Jérôme Ferrari a été couronné, mercredi 7 novembre, par le prestigieux prix Goncourt pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), qui fait d'un bar corse l'épicentre d'une fable superbe sur les espérances déçues, les frustrations et l'inéluctable fugacité des mondes. Le lauréat, en lice pour la plupart des prix littéraires cette année, a été choisi au deuxième tour.

Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari est professeur de philosophie et conseiller pédagogique au Lycée français d'Abou Dhabi depuis la rentrée, après avoir enseigné au lycée international d'Alger puis au lycée Fesch d'Ajaccio. Ce quadragénaire à la silhouette juvénile et au regard intense, qui refuse de se dire philosophe, a bâti en six romans une œuvre d'une grande puissance poétique, où alternent la spiritualité, le cocasse et le drame.

Plus encore que dans ses précédents romans, Dans le secret (2007), Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009) ou encore Où j'ai laissé mon âme (2010), Prix roman France Télévisions, l'auteur envoûte par la beauté de son écriture, à la fois imprégnée du souffle des sermons antiques et terriblement moderne. Le fameux sermon de saint Augustin a été prononcé en 410, dans la cathédrale disparue d'Hippone, devant des fidèles désemparés après le sac de Rome. Augustin les rassure : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt." Ce seul passage et les têtes de chapitre du roman sont extraits du Sermon.

Le livre emporte le lecteur dans la montagne corse. Un vieil habitant, Marcel Antonetti, est rentré au village ruminer ses échecs. A la surprise générale, son petit-fils Matthieu renonce à de brillantes études de philo pour y devenir patron du bar du village, avec son ami d'enfance, Libero. Leur ambition ? Transformer ce modeste troquet en "meilleur des mondes possibles". Les débuts sont prometteurs. Mais bientôt l'utopie vire au cauchemar. Les ex-apprentis philosophes sont frappés par la malédiction qui condamne les hommes à voir s'effondrer les mondes qu'ils édifient.(Source: AFP)
Joie et émotion en Corse

L'attribution du prix Goncourt à l'écrivain corse Jérôme Ferrari a été accueillie avec joie et émotion mercredi dans les milieux littéraires et académiques insulaires. "C'est exceptionnel! C'est un acte fondateur pour la Corse, comme le fut, dans le domaine sportif, la participation de Bastia à la finale de la Coupe d'Europe de football, en 1978", a déclaré à l'AFP le libraire bastiais Sébastien Bonifay. Pour M. Bonifay, qui est aussi chroniqueur de l'émission Via Cultura de France3 Corse-Via Stella, Ferrari est "un écrivain à la carrière exemplaire, toujours à l'écart des coteries littéraires et qui exerce son métier de professeur de philosophie". Meilleure vente de la librairie "Les deux mondes" de Bastia, "Le sermon sur la chute de Rome" rend le "le public content car Ferrari raconte dans ce livre magnifique la Corse telle qu'elle est dans toute sa complexité". M. Bonifay a aussi félicité les éditions Actes Sud "qui ont toujours soutenu Ferrari" et qui "se battent dans un contexte difficile pour le monde de l'édition, sans jamais mettre un genou à terre devant les contraintes commerciales". Pour le journaliste et écrivain ajaccien Jacques Renucci "le talent de Jérôme Ferrari est d'atteindre l'universel à partir d'un environnement microcosmique". "Comme les grands écrivains américains, il entraîne le plus grand nombre à partir de ce qu'il se passe ici, réalisant la difficile synthèse entre identité, spécificité et universalité", a dit M. Rennuci à l'AFP. "Cela, a-t-il ajouté, nous valorise et nous rend humbles. C'est toute la différence entre les livres de Ferrari et Mafiosa", la série télévisée sur le milieu du grand banditisme insulaire. Le recteur de l'Académie de Corse, Michel Barrat, s'est aussi félicité de l'attribution du Goncourt au romancier insulaire. "C'est une très bonne nouvelle pour la Corse. Cela donne une image autre que celle de la violence et je suis très content que ce Goncourt soit attribué à un professeur", a déclaré M. Barrat à l'AFP. "Je connais bien Jérôme Ferrari qui a enseigné la philosophie au lycée Fesch d'Ajaccio. C'est un excellent professeur et un type bien!", a ajouté le recteur, lui-même ancien professeur de philosophie et insulaire par sa mère. "Cela montre que l'on peut être professeur et créateur et j'espère que cela va pousser les jeunes Corses à choisir les filières littéraires", a-t-il indiqué.(Source: AFP)

(France3 Info)

Jérôme Ferrari a été couronné, mercredi 7 novembre, par le prestigieux prix Goncourt pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), qui fait d'un bar corse l'épicentre d'une fable superbe sur les espérances déçues, les frustrations et l'inéluctable fugacité des mondes. Le lauréat, en lice pour la plupart des prix littéraires cette année, a été choisi au deuxième tour.

Jérôme Ferrari a affirmé avoir ressenti "comme une chute de tension qu'on peut considérer comme une définition correcte de la joie". "Je suis heureux, notamment pour la maison qui me soutient depuis sept ans dans des conditions qui n'ont pas toujours été aussi favorables. Je n'ai pas encore mesuré ce que c'est", a-t-il déclaré. "Vous savez que Barack Obama a été élu aujourd'hui, vous ne manquez pas un peu de sens de la hiérarchie ?", a-t-il également lancé dans un sourire aux dizaines de journalistes qui l'assaillaient de toutes parts. Son ouvrage a jusqu'ici été vendu à près de 90 000 exemplaires, selon Actes Sud.

SOUFFLE DES SERMONS ANTIQUES

Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari est professeur de philosophie et conseiller pédagogique au lycée français d'Abou Dhabi depuis la rentrée, après avoir enseigné au lycée international d'Alge,r puis au lycée Fesch d'Ajaccio. Ce quadragénaire à la silhouette juvénile et au regard intense, qui refuse de se dire philosophe, a bâti en six romans une œuvre d'une grande puissance poétique, où alternent la spiritualité, le cocasse et le drame.

Plus encore que dans ses précédents romans, Dans le secret (2007), Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009) ou encore Où j'ai laissé mon âme (2010), Prix roman France Télévisions, l'auteur envoûte par la beauté de son écriture, à la fois imprégnée du souffle des sermons antiques et terriblement moderne. Le fameux sermon de saint Augustin a été prononcé en 410, dans la cathédrale disparue d'Hippone, devant des fidèles désemparés après le sac de Rome. Augustin les rassure : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt." Ce seul passage et les têtes de chapitre du roman sont extraits du sermon.

Le livre emporte le lecteur dans la montagne corse. Un vieil habitant, Marcel Antonetti, est rentré au village ruminer ses échecs. A la surprise générale, son petit-fils Matthieu renonce à de brillantes études de philo pour y devenir patron du bar du village, avec son ami d'enfance, Libero. Leur ambition ? Transformer ce modeste troquet en "meilleur des mondes possibles". Les débuts sont prometteurs. Mais bientôt l'utopie vire au cauchemar. Les ex-apprentis philosophes sont frappés par la malédiction qui condamne les hommes à voir s'effondrer les mondes qu'ils édifient.

Le Monde - 08/11/2011

Ferrari, un Goncourt surprise, mais très mérité


Par Christophe Ono-Dit-Biot

L'écrivain est récompensé pour son "Sermon sur la chute de Rome". Le Dr Jekyll de la littérature mélange le pastis à la philosophie.

À 44 ans, cet écrivain et traducteur, qui fut professeur au lycée Fesch d'Ajaccio, décroche le plus prestigieux prix littéraire français pour un livre qui traite à la fois du destin d'un village corse vu depuis le bar, et de la mystique de saint Augustin.

"Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien." Voici LA curiosité de la rentrée. Le cinquième roman d'un écrivain de 44 ans déjà distingué, mais en voie de mise sur orbite, et qui semble avoir écrit son dernier livre comme un Dr Jekyll maniant ses éprouvettes. Plus précisément comme on fabrique une chimère, au sens où l'entendaient la mythologie ou la biologiste Nicole Le Douarin : un monstre, composé de deux éléments a priori inconciliables. La chimère conçue en 1969 par l'académicienne provenait d'une greffe de cellules de caille sur des embryons de poulet. Chez Ferrari, la chimère est un roman où le destin d'un village corse est scruté à la lumière des célèbres sermons prononcés en 410 dans la cathédrale d'Hippone par saint Augustin, pour consoler ses ouailles au moment où les Barbares d'Alaric déboulonnent l'Empire romain. "Dieu n'a fait pour toi qu'un monde périssable, et tu es toi-même promis à la mort." Voilà pour le concept.

S'il n'y avait que cela, on se serait lassé assez vite : pas besoin de convoquer Augustin - omniprésent dans le roman, en personne ou via un subtil jeu de clins d'oeil - pour nous convaincre que tous les empires meurent. Mais voilà : Ferrari a la maîtrise de ses deux sujets (il est agrégé de philosophie et a la Corse dans le sang), l'écriture magique et le sens des personnages. Un frère et une soeur : Matthieu et Aurélie Antonetti, persuadés d'avoir réalisé leur rêve. Le frère a abandonné ses études de philosophie à Paris pour revenir en Corse reprendre avec son ami d'enfance (ex-spécialiste d'Augustin) la gérance du bar du village où il a grandi, pour y bâtir, selon la formule de Voltaire se moquant de Leibniz, "le meilleur des mondes possibles". Le pastis, la charcuterie de premier choix et une ex-pute du cru en font bientôt la source à laquelle toute la région vient boire. La soeur, archéologue tendance missionnaire, prétend, elle, "ramener à la lumière les vestiges enfouis" (notamment à Hippone...). Vaine quête. Comme celle de leur grand-père, qui a passé sa vie à courir après l'Histoire sans jamais la rattraper, et dont la mort ne veut même pas.

Qu'est-ce qu'une vie ? Pourquoi on la rate ? Peut-il même en être autrement ? s'interroge ambitieusement Ferrari, porté par une plume aussi mystique qu'animale, constamment balancée entre élans méditatifs et saillies très crues, et la conviction qu'on finit toujours par se prendre méchamment dans la figure la porte du réel. On aime sa gravité apocalyptique, la candeur de martyrs de ses héros enfantins, leurs rêves de pureté même quand ils couchent avec leurs employées sexy, leur idéal d'un monde utopique, sans Barbares, alors que ces derniers finissent toujours par surgir et mettre le feu, prendre les filles, sortir l'épée ou le couteau de chasse pour émasculer les princes. En 410 comme en 2012.

Le Point.fr - 07/11/2012

A lire également, la lecture croisée du Sermon sur la chute de Rome, de l'Ultimu et de Murtoriu, sur Invistita.

femina

Octobre 2012

"Murtoriu" en version française

murtoriu

La longue errance des noms propres

Par Véronique Emmanuelli
Corse Matin du 27/10/2012

Des digressions fécondes, des oscillations linguistiques entre corse, latin ou encore italien, ainsi qu'une identité et une histoire condensées à l'extrême. Les noms de famille insulaires, jaillis d'une créativité jouissive, figurent le centre absolu et minimaliste de temps, de filiations, et de quelques mythes fondateurs. Ainsi vont, en jouant des consonances et des legs épars, ces valeurs de référence entre vie privée et société.

Jean Chiorboli, chercheur et linguiste à l'université de Corse a entrepris de retracer leur grande aventure dans un essai intitulé « La légende des noms de famille. Appellations d'origine corse ». Son analyse est d'emblée configurée par les chiffres ou plutôt par des tendances chiffrées. Car le problème, c'est que bien des patronymes échappent au comptage. Il faut l'admettre, dans l'île comme ailleurs : « Il est encore impossible aujourd'hui de se faire une idée correcte du nombre de noms de famille portés par des Françaises ou des Français (…) C'est ce qu'on écrivait en 1983, et que nous pourrions reprendre à notre compte une trentaine d'années après », reconnaît l'universitaire. La logique d'approximation est entretenue par « la diversité des sources utilisées ».

Colombani, Mattei ou Santoni

Elle est aussi le reflet d'une succession de disparitions et d'apparitions patronymiques, au gré « d'épidémies, de guerres, de mouvements migratoires ». Le panorama se brouille encore lors des modifications d'état civil d'après naissance. Le fichier de l'Insee, pourtant « formidable outil d'étude patronymique », touche lui aussi au cœur du problème. Le mécanisme est simple : « L'Insee a été créé en 1946, l'informatisation de son fichier date de 1970-1972. Aussi, les personnes nées avant 1946 et mortes avant 1970 n'y figurent pas. Les 1,3 million de morts de la première guerre mondiale et les 530 000 de la seconde ne sont donc, par exemple, pas comptés. » La consultation des annuaires téléphoniques constitue un autre passage obligé pour le linguiste en quête patronymique. Les supports se fondent dans le mouvement commun. Ils seront donc « à manier avec précaution ».

Même s'ils s'assimilent à la « principale source de ce travail ». De cet ensemble émergeront 23 000 noms différents à travers l'île. 20% d'entre eux ont une diffusion régionale. Les 80% restants se cantonnent à l'espace plus restreint du département. Dans le lot, certains noms ont fait une percée remarquée, à l'image des Albertini, Casanova, Luciani ou Paoli. On s'appelle aussi beaucoup Bartoli, Colombani, Mattei, Santoni, Pietri, Rossi, Leca, entre autres. Qu'ils soient fréquents ou moins fréquents, les noms ont bien souvent une résonance moyenâgeuse. Des prénoms font le lien. L'inspiration religieuse est à l'œuvre. Ainsi, « la grande majorité des noms de famille est issue d'un nom unique, médiéval la plupart du temps ». Il s'agit « de noms chrétiens d'origine diverse portés par des saints ou des martyrs, choisis dans une liste imposée par l'Église à partir de la seconde moitié du XVIe ». Mais l'identification s'inscrit dans une mouvance touche à tout, sans style fixe. Les prénoms saisissent au vol une particularité physique, se réfèrent à un lieu d'habitation ou bien dérivent de la profession exercée. Le premier du nom est un forgeron, « Ferrari », un petit juge « Giudicelli », ou bien une forte tête, « Chiocca ». À moins qu'il n'ait affiché un teint pâle ou qu'il ait blanchi sous le harnais, « Bianchi ». Tout dépend.

Le rapport à l'Italie

Barbares et autres envahisseurs abandonneront quelques prénoms sur le lieu de leurs razzias. La mythologie est une valeur sûre. Et porter le prénom d'un héros revient sans doute à gagner sa part de prestige et de gloire. Les Serpentino, Oliviero, Orlando, Rinaldo et autres Bradamante et Tristano ont la cote. Les poètes italiens Arioste et Le Tasse ont lancé la mode. Leurs personnages sont partout, comme le seront quelques siècles plus tard les Loana, les Jennifer, les Nolwenn de la téléréalité.

Chaque époque a ses muses.

Dans tous les cas, passé l'an mille, l'influence de l'italien sera déterminante au moment de la conversion patronymique. On est dans le linguistiquement correcte. Le toscan confère à l'île sa langue et son orthographe officielle, « ce qui explique que les noms de famille corse, issus pour la plupart de prénoms, aient encore aujourd'hui une forme toscane », note l'universitaire. Les individus existent dorénavant à travers un nom et un prénom. L'évolution est le fruit de la nécessité en vertu « de la croissance démographique, d'un répertoire qui s'appauvrit. » Dans la péninsule comme dans l'île, la forme définie privilégie la finale en « -i ». Les motivations se discutent. Le choix s'interprète « comme un génitif latin singulier. Alors Andria Filippi équivaudrait alors à Andria, fils de Filippu. Il peut s'agir aussi d'un nominatif pluriel. Ce qui rejoint l'usage actuel : i Filippi, c'est-à-dire les membres de la famille Filippi. » Des métamorphoses interviennent encore au nom de l'écrit et de la tenue de registres paroissiaux. Le patronyme, cette fois, est tributaire de l'étourderie, de l'inventivité ou au contraire de la rigueur d'un scribe. « La forme écrite, plus ou moins proche de la forme locale, est déterminée par une autorité extérieure : le curé, le notaire, l'officier d'état civil. » Le modèle s'ancre dans le 16e siècle, à quelques exceptions près. Ainsi, à Quenza, « la formation des noms de famille ne commence qu'au 17e et en 1790, le nom de certaines familles n'est pas encore fixé. »

On a pris du retard à Scolca aussi où « dans la liste des mariages célébrés de 1665 à 1710, on ne relève que des prénoms », observe Jean Chiorboli. On italianise les prénoms, tôt ou tard. Et toujours des homonymies se mettent en place entre Corse et Italie, sous couvert de considérations linguistiques voisines et non de parentèle. On se nomme Susini, Padovani, Bevilacqua, Battini ou Aquaviva de part et d'autre de la tyrrhénienne, sans pour autant être cousin. Plusieurs combinaisons sont envisageables à cet égard. Ainsi, « un nom de famille comme Mattei, courant en Corse, peut être un nom porté par une ou plusieurs familles d'origine italienne (apparentées ou non) immigrées en Corse à diverses époques. Ou bien un nom porté par une ou plusieurs familles d'origine corse (apparentées ou non) sans aucun lien de parenté avec les familles homonymes d'origine corse ».

D'une rive à l'autre, il faut parfois tendre l'oreille. On fraye avec des voyelles différentes. Par exemple, « l'Italie a Bocchini et Bucchini, la Corse seulement Bucchini ». Les Salasca vivent en Corse, les Salasco en Italie. Pour certains patronymes l'île représente un horizon indépassable. La catégorie « résulte d'une évolution sociale et de caractéristiques formelles particulières ». Elle se confond avec « les noms nés en Corse qui ont changé de statut et de fonction en Corse ». Ceux-ci exposent leur corsitude à travers un suffixe, à l'image de Mufraggi (Mufra , mouflon), Pasqualaggi, Stefanaggi, Campinchi, Gugielmacci, Maestracci, entre autres. Certains patronymes ne se soumettront pas à l'analyse. Le mystère l'emporte, en plus d'une « étymologie et d'un sens inconnu ». Rien ne transparaît des accents et des inflexions. Le débat est ouvert, comme sur les « noms transparents », les « noms très communs » ou les « noms de la honte ».

Foisonnant et instructif.

LA LEGENDE DES NOMS DE FAMILLE. Appellations d'origine corse. Jean Chiorboli, Albiana, 19 euros, 363 p.

En passant par le pont de Cassingue

Privés de leur liberté et coupés de leur identité insulaire. D'une pierre deux coups. Entre 1768 et 1784 les Français jettent leurs prisonniers corses dans les geôles toulonnaises et en profitent pour imposer leurs patronymes. On balance quelques voyelles, on soustrait des séquences de consonnes comme pour corriger une sorte de lourdeur paysanne. La dérive linguistique sombre parfois dans le grotesque. Ainsi, dans la liste des embastillés figure un François Maria Augustini, curé de Bigouille, puis des Francisque, des Francesque, et des Saligès, des Jomarque, des Ansiane. On s'éloigne du même coup de Biguglia. Et on ajuste au français, les Franceschi, les Saliceti, les Gianmarchi et autres Anziani.

L'intention, plus ou moins consciente, plus ou moins individuelle, perdurera dans le temps. Les locuteurs rivalisent de créativité. Bienvenue chez les « keurs » du XXIe, de Porto-Vech, de Propriane avec un détour à Portich. Au 18e on allait bien à Bescoade (Vescovato), au pont Cassingue (Penta di Casinca), ou à Jouveline (Giovelline). On n'arrête pas les effets de la toponymie.

Un lieu, un enfant

Ce sont les circonstances qui donneront du sens, après l'errance et l'effroi de l'abandon. En général, le patronyme tend aussi le miroir de l'innocence. Des règles se mettent en place et « dans les actes anciens en Corse, on a pour les enfants abandonnés un prénom neutre. Innocente, innocenzio, innocent sont fréquents mais autant que Vincente, Vincenzio et Vincent. Il est souvent associé à un nom de commune, de rivière. En souvenir peut-être de l'endroit où l'on a retrouvé le bambin.

razzia

Razzia sur la Corse
Hélène Constanty
Fayard


Combien de temps le littoral corse résistera-t-il à la pression immobilière ? L’île de Beauté est encore remarquablement sauvage et préservée, comparée à la Côte d’Azur ou aux Baléares.
Elle était pourtant promise au même type de tourisme intensif. Dans les années 1960, des projets fous ont été stoppés net par la violence nationaliste. Les plasticages et le racket, rebaptisé impôt révolutionnaire, ont durablement découragé les investisseurs. Le conservatoire du littoral en a profité pour acheter et sanctuariser des sites d’une beauté exceptionnelle.
Mais, depuis dix ans, la spéculation s’est intensifiée. Les golfes et les criques sont de plus en plus bétonnés par des promoteurs sans scrupules et des célébrités au bras long qui rêvent de piscines avec vue sur le large. Ces opérations se font souvent en violation de la loi littoral de 1986, qui organise dans toute la France la protection des bords de mer. Face à ces menaces, une nouvelle forme de résistance s’organise. Cependant, les associations écologistes se sentent bien seules à mener le combat, tant les pouvoirs publics, à qui l’on conseille en haut lieu de lascia corre (laisser courir), paraissent souvent défaillants.
Car les menaces sont à la hauteur des enjeux financiers : le grand banditisme corse, qui a longtemps fait ses affaires hors de l’île, blanchit désormais des fonds d’origine douteuse dans de gros projets de construction, parfois en rivalité avec des nationalistes reconvertis, eux aussi, dans les affaires.

30 octobre 2012

L'écrivain corse Jérôme Ferrari fait partie de la liste des quatre finalistes toujours en lice pour obtenir, la semaine prochaine, le prix Goncourt 2012, le plus prestigieux des prix littéraires français.

Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud) est ainsi en compétition avec Peste et choléra de Patrick Deville (Seuil), La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker (Fallois) - déjà primé par le jury du prix de
l'Académie française - et Lame de fond de Linda Lê (Christian Bourgois).

Le jury du Goncourt a fait connaître son ultime sélection depuis Beyrouth, où se déroule le Salon du livre francophone. L'Ajaccien Jérôme Ferrari pourrait également être couronné le 5 novembre par le Femina. Il figure également dans la dernière liste de l'Interallié, décerné le 14 novembre

 

ferrari

giudicelli

Ce vendredi, dans la librairie « De plume en bulles », rue Bonaparte à Ajaccio à partir de 19h... et jusque tard dans la nuit, «  Shopping de nuit » oblige : 

Christine Bottero, Marie-Josée Cesarini-Dasso,  Claudine Filippi,  Catalina Maroselli-Matteoli,  Arlette Shleifer,  Jérôme Camilly,  Jean-Pierre Castellani,  J.J.Colonna d’Istria, Marc Giudicelli,  Aristide Nerrière,  Jacques Orsoni,  Edmond Simeoni ...et d’autres co auteurs signent  

« Mémoire(s) de Corse » ..

30 textes inédits sur la Corse, la Corse telle qu’elle est vue et vécue par ceux qui l’habitent et l’animent...

Sous le titre de  Mémoire(s) de Corse chaque co-auteur évoque ici le souvenir personnel d’un événement important tiré de sa propre expérience, dont il a été témoin ou acteur,  en Corse. D’ordre historique, politique, social ou tout simplement familial, la réunion de ces différents témoignages donne à voir une image variée, complémentaire, inattendue, voire surprenante mais toujours originale, de la Corse : la « petite histoire » fait la grande !

Tous les co-auteurs de ce livre ne seront pas présents ce vendredi 10 août, mais on peut toutefois citer tous ceux qui ont participé au recueil :

dans l’ordre alphabétique :

Christine Bottero, Jérôme Camilly, Belinda Cannone, Toni Casalonga, Jean-Pierre Castellani, Marie-Josée Cesarini-Dasso, Jean-Jacques Colonna d’Istria, Robert Colonna d’Istria, Lily Figari, Claudine Filippi, Marc Giudicelli, Antoine-Marie Graziani, Danièle Maoudj, Catalina Maroselli-Mattéoli, Jean-Pierre Mattei, Dominique Memmi, Dany Mangion, Jean-François Marchi, Aristide Nerrière, Jean-Marc Olivesi, Jacques Orsoni, Jean-Noël Pancrazi, Jean-Baptiste Prédali, Marie-Amandine Sain, Sampiero Sanguinetti, Arlette Shleifer, Edmond Simeoni,  Michel Vergé-Franceschi, Marie-Jean Vinciguerra et Francesca Weber Zucconi.

Rendez - vous vendredi prochain 10 août, dans la librairie «  De plume en Bulle », à partir de 19h.

Juillet 2012

Lisa d'Orazio : CORSE & TÉLÉVISION

tv

Dans son ouvrage " Corse et Télévision ", paru aux éditions Alain Piazzola il y a quelques jours, Lisa D’Orazio nous propose un décryptage de l’image de la Corse à la télévision, au travers d’analyses d’émissions. Une image noire et négative sur l’île qui s’est construite au fil du temps avec ce média, que le docteur en Histoire tente de comprendre. Une étude qui porte sur plus de 50 ans de " petit écran " au niveau régional et national, fruit de la thèse de l’auteur.

Lisa D’Orazio dédicacera son livre le jeudi 2 août à partir de 17h30 à la librairie Piazzola, 1 rue Sainte Lucie, à Ajaccio.

A découvrir sur Alta frequenza.

tv

Jean-Pierre Santini : L'ULTIMU

ultimu

Commande internet :

Exemplaire numéroté et signé : 20€ (prix public, port gratuit)

Chèque à l'ordre de À Fior di Carta - Casanova - 20228 Barrettali

Pour plus d'info
Tel. 04 95 35 11 17

Une lecture de L'ULtimu par Charlie Galibert

Il y a dans cette mise en abyme de la littérature , jeux entre l'auteur et son personnage, entre Andria Costa, Julien Costa, Samuel Romani et JP Santini ; cette idée d'un destin tissé par des parques "extraterrestres" sur fond du parc humain de Slodenjick, l'allégorie des menhirs, la fable de l'écriture, les bandere, la mémoire, le militantisme, le consumérisme contemporain, la fin d'un (du ?) monde - quelque chose qui certes n'est pas habituel et n'a pas de résonance dans la littérature corse contemporaine.

Mais il y a également là un plaisir (bonheur égoïste ?) de trouver exprimés par un autre ses propres interrogations, ses propres doutes, son cheminement , l'aboutissement d'une écriture, surtout lorsque l'on se rêve soi-même écrivain.

Voyez les affinités : parmi les points essentiels, il y a celui, central dans votre « roman », de la disparition de la mort, qui rejoint une communication que j'ai eu le plaisir de faire aux journées de Marignana en octobre 2010, justement intitulée « La mort corse en voie de disparition ». Je l'ai depuis intégrée à un ouvrage, paru chez Albiana (« île diserte ») recueil d'une trentaine d'articles d'anthropologie publiés entre 1995 et 2012 dans des revues spécialisées et regroupés pour échapper à « la critique rongeuse des souris » - ouvrage que je me ferais un plaisir de vous adresser, si vous le souhaitez.

Il n'y a là aucune prétention déplacée, mais le simple aveu d'une concordance que vous du moins avez su porter à un certain paroxysme « romanesque » dans L'Ultimu, et que, à ce titre, je serais fier de partager. Les allusions «savantes» (Baudelaire, Foucault, Slotendjick) dispersées au fil de votre texte laissent entendre des lectures qui dépassent largement la simple littérature et font références à des champs disciplinaires des sciences - humaines ou plus dures - qui ne me sont pas étrangères.

Vous ne doutez certainement pas que les lectures qui vont être faites de votre texte vont être extrêmement diverses, les unes vantant le lyrisme, le travail ou l'exploit de mise en abyme, d'autres se gaussant de votre prétention à vous mettre en scène et à vous poser comme l'ultime représentant du peuple corse mais, personnellement, je préfère retenir la beauté grave et profonde de votre écriture lorsqu'elle touche à la vie et à la mort.

___________________________________________________________________________
Charlie Galibert est anthropologue et philosophe. Chercheur associé au Circples et chargé de cours à l’UNSA. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur les thématiques de l’insularité et de l’altérité, dont “Sarrola 14/18. Un village corse dans la première guerre mondiale”, Ajaccio, Albiana, 2008 (Prix du livre insulaire d’Ouessant 2009 catégorie « Essai/Science ») ; “L’anthropologie à l’épreuve de la mondialisation”, Paris, L’Harmattan, 2007 ; “Guide non-touristique d’un village corse. Approche anthropologique “, Ajaccio, Albiana, 2004 ; “ La Corse, une île et le monde ”, Paris, PUF, collection “Ethnologies”, 2003.

Jean-Pierre ATTARD : Exception(s) corses
DCL Editions

exceptions

Le printemps venu, on ne compte plus les magazines «Spécial Corse» qui fleurissent dans les kiosques et librairies avec plus ou moins de bonheur, d’intérêt ou de justesse. Pourquoi, dès lors, faire le choix d’une nouvelle parution sur la Corse ? Au risque de paraître présomptueux, nous voulons emprunter une autre voie que celle de la carte postale flatteuse d’une île, fût-elle paradisiaque ! Nous souhaitons également sortir des sentiers battus et étriqués de la presse de territoire et son cortège de clichés éculés. À l’instar de titres existants à l’échelon national, nous innovons sur la forme en proposant le premier magazine-livre sur la Corse. avec un tel titre, nous prenons le pari de l’extraordinaire, de l’original et de l’exceptionnel tout en veillant à ne jamais sacrifier notre identité ou notre authenticité. Certes, vous trouverez dans nos colonnes de belles photos de Corse, certes, vous aurez toujours de quoi vous nourrir physiquement ou spirituellement mais pour nous, l’essentiel est ailleurs. Un ailleurs presque indicible, une dimension plus impalpable qui parcourt nos pages et laisse transparaître une île sans fard parce que naturellement belle, une île complexe aussi, parce que souvent paradoxale, mais une Corse toujours passionnante et singulière ! (Exceptions Corses) décide de regarder la Corse en face, en laissant le charme agir mais en préservant cette lucidité et cette franchise qui font la force et la beauté des relations durables.


20/05/2012

possibilite

18/05/2012

sanguinetti

15/05/2012

grammaire

13/04/2012

encorse

En Corse - Une société en mosaïque
Gérard Lenclud
Maison des Sciences de l'Homme

En Corse dans les années 1970, une société villageoise s'accroche à la montagne. Elle y maintient, avec le concours de la diaspora, un modèle d'existence en commun largement hérité de son passé proche mais dont les évolutions en cours sur le littoral semblent préparer à terme la disparition. Ce serait alors la fin d'une longue histoire sur laquelle cette société avait gravé sa signature, à défaut d'y exercer sa mainmise.
La Corse est, en effet, l'abri d'une civilisation dont le creuset est villageois. Les textes rassemblés dans ce volume dressent le portrait de certaines des institutions portant la marque de cette civilisation et en reconstituent les valeurs. Un idéal en organise le jeu ; il est cultivé dans chaque vallée, dans chaque communauté de village, dans chaque maisonnée : l'idéal de souveraineté. La Corse d'hier était un archipel dont chaque île, façonnée à l'identique sur le principe du quant-à-soi, proclamait avec force le refus de la vassalité.
L'idée d'État était donc étrangère à cette société en mosaïque, mais tout autant celle d'une cause commune, quand bien même s'agissait-il de s'opposer aux institutions de l'État.

 

04/04/2012

Après l'article de Jacques Fusina sur Paroles & Couleurs, voici ce qu'écrit Norbert Paganelli sur son excellent site culturel Invistita au sujet du recueil poétique trilingue Corsica neru è biancu qui présente des poèmes de Jacques Fusina :

CORSICA neru è biancu
Harald Zeiher, Ghjacumu Fusina, Gerda-Marie Kühn
Stamperia Sammarcelli, 65 p, 2012


 neru

Avec les linogravures d’Harald Zeiher dont le graphisme sobre accompagne si bien les  poèmes de Jacques Fusina, avec les traductions en allemand de Gerda-Marie Kühn voici un ouvrage qui marie avec une rare élégance l’icône et le texte.
Chaque page présente donc trois versions du même poème, en corse, en français et en allemand et en regard une icône en noir et blanc lui répond.
L’équilibre de l’ensemble est saisissant, le format de l’ouvrage original comme l’est cette tentative de création collective qui ouvre bien des horizons. un ouvrage à lire bien sûr mais aussi à voir plus le plus grand plaisir des yeux.

Un auteur, et ceci est encore plus vrai d’un poète, c’est en tout premier lieu une voix. Une voix, reconnaissable entre mille, qui égrène une mélodie qui nous va droit au cœur. En l’entendant, on se prend à murmurer : « c’est lui, c’est bien lui…je le reconnais bien…. ».
Parmi les voix qui nous sont chères, celle de Jacques Fusina occupe une place de choix car elle fait, depuis bien longtemps, partie des piliers qui soutiennent le fragile édifice que nous tentons de bâtir, non pour l’imiter mais pour tenter de faire germer ces graines qu’il a semées aux quatre vents.

Cette voix qui nous parle n’est pas celle du renoncement, elle est tout au contraire celle de la persévérance à poursuivre, malgré les embûches et les chausses trappes, les bassesses et l’indifférence, en ceci elle bien la voix de la vie (Et même s’il ne restait que deux haillons (…) tout cela n’aurait pas été vain.).
Certains feront remarquer que la poésie de Jacques est d’une délicatesse qui n’a plus cours aujourd’hui, aujourd’hui étant cette époque de fer dominée le noir  qui contraint le poète à être ironique ou désabusé, révolté ou cynique. Ce serait bien là la pire erreur que puisse commettre un créateur que de vouloir être autre chose que ce qu’il est en cédant aux tendances du moment !

La délicatesse dont fait montre Jacques Fusina n’a rien à voir avec l’élégance mondaine des stylistes, elle est également étrangère au maniérisme désuet tentant de faire « couleur locale », elle ne se confond nullement, non plus, avec la facilité des clichés rebattus, elle trouve vraisemblablement son origine dans un authentique et profond «  étonnement d’être ».
Etonné d’être présent au monde, étonné que le monde soit là, le poète nous livre ses émotions discrètes et nous fait découvrir ses lieux de prédilection comme s’il s’agissait d’un premier matin sur lequel un enfant, ni triste ni gai aurait ouvert les yeux (Et sur le sable à la pleine lune/prête à naviguer sur les rêves/venus du silence de la nuit/une barque inclinée attend). Le monde est là, simple, fragile et il arrive que nous ne le percevions pas dans sa singularité. La voix du poète est là pour nous rappeler cette évidence, sans nous en blâmer, avec discrétion et bonhomie, autant de mots qui nous deviennent, chaque jour, un peu plus étrangers.

En nous offrant ces textes déclinés en trois langues, l’auteur poursuit un chemin inauguré il y a de cela plusieurs années et qui est une sorte d’invitation au voyage : voyage entre les cultures, voyage entre les mots qu’il sait si bien égrener au cours de son périple mais aussi voyage entre l’écrit et l’image, un interstice qui reste largement à explorer.

Nous avons souhaité vous proposer deux séries des trois versions poétiques contenues dans l’ouvrage ainsi qu’une petite interview de l’auteur

Ma ancu

Ma ancu s’ellu ùn fermessi
chè dui stracci di locu
appesi à u celu
duie ore di vita
appese à u silenziu
duie ore di sempre
appese à u tempu
duie parulle d’amore
appese à un filu
tuttu què
ùn saria statu indernu


Et même si

Et même s’il ne restait
que deux haillons du lieu
pendus au vide
deux heures de vie
pendues au silence
deux heures de toujours
pendues au temps
deux mots d’amour
pendus à un fil
tout cela
n’aurait pas été vain


Selbst wenn

Selbst wenn nichts weiter bleibt
als zwei Fetzen Land
die in der Luft hängen
zwei Stunden Leben
die im Schweigen hängen
zwei Stunden Dauer
die im Zeitraum hângen
zwei Worte Liebe
die an einem Faden hängen
all das
ware nicht umsonst gewesen


I passi

I passi
di  zitellina
i passucci in pulvina
I passi scalzi
di sulaghju
l’hà stampati
ind’u tilaghju
a memoria ballarina
è si sὸ fermata
belli belli
imbiancati di farina
cum’è quelli
di u topu in granaghju


Les pas

Les pas
de l’enfance
les petits pas dans la poussière
les pas déchaussés
à même le plancher
ont été gravés
sur le métier à tisser
de la mémoire dansante
et se sont arrêtés
tout doucement
blanchis par la farine
comme ceux
d’une souris dans le grenier

Die Schritte

Die Schritte
der Kindheit
die kleinen Fußstapfen im Staub
die Schritte, barfuß
auf den Dielen
wurden eingraviert
im Webstuhl
der tanzenden Erinnerung
und sind stehen geblieben
ganz allmählich
weiß bestaubt von Mehl
so wie die
einer Maus auf dem Dachboden


Corsica neru è biancu
se présente comme un ouvrage véritablement polyphonique : les textes corses comportent une traduction en français, en allemand et son agrémentés d’illustrations linogravées…Est-ce une manière de chercher une autre dimension, de sortir d’un cadre devenu trop étroit ?

Un dossier paru récemment dans Le Monde (culture & idées du 3 mars) s’intitulait interrogativement « Poètes, le dernier vers ? » : le constat n’y était guère optimiste sur notre activité poétique en général (« trop petits tirages, coupée du monde, avenir semblant fragile ») quoiqu’on ait pu la trouver revigorée ici ou là par des formes renouvelées comme le slam, l’interprétation rythmée ou le chant… Pourquoi pas ?
S’il apparaît en effet que l’on range souvent aujourd’hui sous le vocable « poésie » tout un ensemble de productions qui vont des « niaiseries grandiloquentes » à l’avant-garde expérimentale ou à la dite « post-poésie », en passant par toutes les formes de lyrisme et d’expressivité, le problème principal demeure celui du contact avec un public ou un lectorat qui puissent adhérer à ce qu’ils lisent ou entendent sans en être trop déconcertés.
Dans un tel contexte, il semble que de nouvelles approches, plus attrayantes que le traditionnel recueil de poèmes, offrent d’autres atouts pour chercher, comme tu le dis, une dimension de plus et élargir ainsi un cadre devenu trop étroit.

De plus en plus de poètes associent l’image au texte, je pense à Genitori de Stefanu Cesari, à C’est ou de Jean François Agostini, j’ai moi aussi succombé à cette tentation dans Mimoria arghjintina… Comment expliques-tu cette proximité croissante de l’image et de la poésie ?

Dans le prolongement de ma première réponse, l’association de l’image au texte semble plus attractive, comme tu l’indiques à propos des exemples cités, Jean-François Agostini, Stefanu Cesari ou ton Mimoria arghjintina. Il peut y avoir d’ailleurs des motivations diverses dans ces accouplements : choix d’un déclic esthétique initial ou conception englobante de l’œuvre qui associerait le geste scriptural à un complément plastique, par exemple.
 C’est pourquoi, je prends moi-même plaisir à ce type de compositions provoquées par une émotion esthétique (peinture, musique). Déjà au moment des années « riacquistu » nous fûmes quelques-uns à tenter l’expérience du mariage risqué poésie-musique sans ignorer pourtant que la chanson est un genre qui a ses propres règles dont la poésie risquait de pâtir un peu.
Le travail d’écriture reste  pour chacun d’entre nous un objectif permanent qui suppose des tentatives osées : c’est d’ailleurs ce que tu as remarquablement obtenu avec ton dernier Paroles & Couleurs qui me semble fort bien illustrer nos communes recherches.

Gerda-Marie Kühn a assuré la traduction des textes en allemand mais de quelle version de tes poèmes est-elle partie ? Le texte originel, la traduction française ou les deux ? .

Pour ce qui me concerne dans ce Corsica neru è biancu, le point de départ vient des linogravures de Harald Zeiher, remarquables « vues » stylisées de notre île. J’ai composé de petites pièces en corse sur ces représentations que j’ai ensuite autotraduites en français, comme j’aime parfois le faire. C’est Gerda-Maria Kühn qui a versé le tout en allemand, en s’appuyant autant sur ma traduction française que sur l’original corse, qu’elle commence à bien connaître. Elle avait déjà tenté cette opération dans un précédent recueil de chansons corses illustré par des photographies en couleur du même artiste. Il convient d’ajouter pour être complet qu’en ce qui concerne un très petit nombre de poèmes, la conceptrice a choisi d’associer ici des compositions déjà publiées par ailleurs (dont des vers de deux chansons interprétées) à des gravures lorsqu’elle jugeait le rapprochement convenir particulièrement. J’ai volontiers laissé cette initiative à celle qui a porté le projet avec passion dès le début. L’édition soignée de l’imprimerie Sammarcelli a contribué à donner à l’ouvrage un aspect sympathique tant par la typographie d’ensemble que par la qualité des reproductions.

03/04/2012

Paroles & Couleurs (Cotton-peintures /Norbert Paganelli-textes)
Préface de Michel Duterme
Chateauroux, éditions La Bouinotte, 2012.

cotton

Bien que ce livre figure en bonne place dans ma bibliothèque, je n'avais pas encore eu le temps de rédiger le compte-rendu que je comptais faire de ce bel ouvrage. Finalement, je ne le regrette pas puisque Jacques Fusina s'en est chargé, avec le talent qu'on lui connaît, et m'a autorisé à reproduire in extenso son texte publié en version raccourcie dans La Corse Votre Hebdo.
Voici donc ce texte, en corse puis en français :

Capisce u misteru di a creazione

Ricivii qualchì settimana fà da l’edizioni La Bouinotte un bellu libru intitulatu Paroles et Couleurs : nantu à una cuprendula di culori spampillenti dui nomi cumplettavanu u titulu, quellu di u pittore Cotton, da mè scunnisciutu, è quellu di u pueta Paganelli, cunnisciutu ellu almenu pè e so publicazioni puetiche recenti. Eppuru, toccu e prime pagine, si capisce ch’ellu si tratta quì d’un libru pocu cumunu, postu ch’ellu prupone non solu di marità cun ingeniu opere pitturali è scritti, ma a so cuncepitura generale stupisce ancu di più : subitu in introitu quandu u giurnalistu Michel Duterme indetta cù ragiò chì a scelta di studià u travagliu d’un pittore ripuseria di più nant’à qualcosa « d’impaspevule » o « d’irraziunale » chè nant’à affari di tecnica o di maneghju ch’ùn serianu à parè soiu chè e « primizie » di a vera cunvinzione estetica à vene. L’intenzione di u libru hè dunque appuntu di « capisce u misteru di a creazione », altu prughjettu ma quantu seducente di sicuru.

A regula di u ghjocu di sta dimarchja originale porta u lettore ellu stessu à a scuperta d’un’opera è di u caratteru d’un artistu. Hè per issu mutivu chì u guida Paganelli ci face lume per istrada, micca cum’è qualchì prufessore dutturale ma cù una dilicatezza, un rispettu è un’ammirazione chì ci aiutanu à cunnosce megliu è à prezià pianu pianu l’indule di u pittore, i so incerti tira è molla, i so dubbiti durante u longu spuntà di l’opera. Un era micca faccenda asgiata pè u pueta chì palesa cusì una pacenzia spiegativa è un bon sensu pedagogicu edificandu un passu dopu à l’altru un caminu di scuperta daveru interessante.

Hè cusì ch’ellu almanaccheghja, dopu à un « priambulu », prima tappa utile assai, una sbucinera in cinque fase essenziali : « Dialogu » prupone una discursata nant’à a manera scelta da u pittore duv’ellu ci hè spiegatu chì, ancu trattendusi d’opere non figurative, « l’imprivistu » ùn hè micca affattu « l’azardu ». A fasa seguente, « A l’origine era a terra », indetta a so propiu accostu quand’ellu si truvò ellu stessu a prima volta di fronte à una pittura di scogliu, impressione culore di terra, forme semplici cum’è « paleolitiche ». « Notte bianca », tratta dopu a quistione di u fiascu sempre pussibule, u frastornu d’avè faltatu u gestu, d’ùn esse ghjuntu à u puntu vulsutu, quellu chì tramanna ogni creatore : formule belle è veritative, cum’è « l’artigiani t’anu a so nubiltà, l’artisti e so angosce ». A fasa « Ricerca » si scrive in seguitu logicu postu ch’ellu si tratta di dimustrà in modu cuncretu cum’elle s’assumiglianu a scrittura è a pittura ùn fussi chè pè a so ostinazione, a so frebba, i so dubbiti, ancu quandì l’opera pare sfughje à u so creatore. « Surgente » permette à Paganelli d’imbuccà una manata d’artisti di vera influenza nant’à u so amicu pittore. U sviluppu chì segue, « Situazione », prupone di ritraccià à l’ingrossu a storia di a pittura oghjinca è di splicità cum’ella si hè alluntanata à pocu à pocu da u figurativu senza perdene puru a so qualità di riprisentazione di u reale. Dopu, « Periudi » impalca ciò ch’ellu si purria distingue cum’è tappe maiò in l’opera di u pittore fendu casu quantunque à ùn taglià troppu in modu solu crunulogicu. L’ultima fasa, « Itinerariu », mette date pricise à l’elementi biografichi nant’à l’artistu Nicolas Cotton. A issu puntu, avemu digià un bellu assaghju chì u pittore ne pò esse suddesfu di sicuru, à parè nostru, ma l’inseme hè ancu più riccu è diversificatu ch’è no avemu vistu sin’à quì.

Chì ogni tappa sbucinata quì sopra hè difatti stellata da non solu magnifiche ripruduzzioni in culore di i travagli di u pittore ma dinù da arrette puetiche chì danu occasione à Norbert Paganelli di creà dinù ellu bellissime puesie à nome di e pitture ch’ellu osserva. In eserga, petricelle luccicanti offerte longu à issu percorsu di scuperta, qualchì versu chjaru duv’elli spampillanu nomi di pueta famosi. Qualchì ritrattinu infine di l’attellu di u pittore à u travagliu è di u pueta, à carnettu in manu, chì piglia note, cumplettanu l’inseme in modu più cuncretu chì si possa.

D’avè viaghjatu cusì longu à issa strada d’iniziazione, colmu da a simpatia benevulente chì sorge da i dui prutagunisti, u lettore ùn pò chè esse scunvintu da a sperienza, tantu da i cumenti chjari di u guida chè da u bullore armuniosu di i culori ch’ellu ci dà à vede. Scontru di dui creatori, di dui artisti generosi, riescita edituriale dinù ch’ellu ci vole à salutà rigrettendu chì libri cum’è quessi si ne truvessi belli pochi nant’à u mercatu urdinariu.
Ghjacumu Fusina

Saisir l’énigme de la création

Je reçus il y a quelques semaines des éditions La Bouinotte un bel album intitulé Paroles et Couleurs : sur une couverture aux teintes éclatantes deux noms propres complétaient le titre, celui du peintre Cotton, qui m’était inconnu, et celui du poète Paganelli, dont nous connaissons tout au moins les publications poétiques récentes. Dès les premières pages, on comprend pourtant qu’il s’agit ici d’un ouvrage peu cummun, car non seulement il propose de marier astucieusement des œuvres picturales et des écrits, mais sa conception d’ensemble surprend plus encore : en introduction d’abord lorsque le journaliste Michel Duterme indique fort justement que le choix d’étudier le travail d’un peintre reposerait davantage sur quelque chose « d’impalpable » ou « d’irrationnel » que sur des questions de technique ou de maîtrise qui ne seraient selon lui que les « prémices » de la réelle conviction esthétique à venir. Le propos du livre est donc bien de « saisir l’énigme de la création », projet ambitieux mais ô combien séduisant en effet.

La règle du jeu de cette démarche originale entraîne le lecteur lui-même à la découverte d’une œuvre et du tempérament d’un artiste. Pour cela le guide Paganelli éclaire l’itinéraire, non à la manière d’un professeur pontifiant mais avec une délicatesse, un respect et une admiration qui nous aident à mieux connaître et apprécier progressivement le caractère du peintre, ses hésitations, ses doutes tout au long de l’émergence de l’œuvre. Ce n’était pas une tâche si facile pour le poète qui fait alors montre d’une patience explicative et d’un remarquable sens pédagogique en construisant pas à pas un chemin de découverte d’un réel intérêt.

Ainsi organise-t-il après un utile « préambule » comme première étape, une intelligente déclinaison en cinq phases essentielles : « Dialogue » propose un entretien direct sur la manière de procéder choisie par le peintre où il est expliqué que, même dans une œuvre non figurative, « l’imprévu » n’est pas tout à fait le « hasard ». La phase suivante, « Aux origines était la terre », indique la propre approche du découvreur face à l’impression rupestre reçue au premier contact, couleur terre, formes simples comme « paléolithiques ». « Nuit blanche », aborde ensuite la question du possible échec, du tourment d’avoir manqué le geste, de n’avoir pas atteint le but qui hante tout créateur : belles et vraies formules comme  « les artisans ont leur noblesse, les artistes ont leurs tourments ». La phase « Recherche » s’inscrit alors logiquement à la suite s’il s’agit de démontrer concrètement combien l’écriture et le travail de la toile se ressemblent dans leur obstination, leur fièvre, leurs doutes, y compris lorsque l’œuvre semble échapper à son créateur. « Source » permet à Paganelli de suggérer quelques artistes de réelle influence sur son ami peintre. Quant au développement suivant, « Situation », il propose de retracer à grandes lignes l’histoire de la peinture contemporaine et d’expliciter comment elle s’est progressivement éloignée du figuratif sans perdre pour autant sa qualité de représentation du réel.. Puis « Périodes » dresse ce que l’on pourrait discerner comme étapes majeures dans l’œuvre du peintre en prenant la précaution de ne point trop les séquencer de manière simplement chronologique. La dernière phase, « Itinéraire », date avec précision des éléments biographiques sur l’artiste Nicolas Cotton. C’est à ce point déjà un bel essai dont ce peintre a tout lieu d’être satisfait, nous semble-t-il, mais l’ensemble est encore plus riche et diversifié qu’indiqué jusque là.

Car chaque étape énumérée ci-dessus est en effet ponctuée par non seulement d’excellentes reproductions en couleur des travaux du peintre mais aussi par des pauses poétiques qui permettent à Norbert Paganelli de créer lui-même de fort beaux poèmes qu’il intitule comme les peintures observées. En exergue, brillants cailloux offerts sur ce parcours de découverte, des vers éclairants où scintillent des noms de poètes célèbres. Quelques photos enfin de l’atelier du peintre en plein travail et du poète, carnet en main, prenant des notes, complètent le tout de façon on ne peut plus concrète.
D’avoir longé ainsi ce chemin initiatique, gagné par cette sympathie bienveillante qui émane des deux protagonistes, le lecteur ne peut qu’être convaincu par l’expérience, autant par les commentaires éclairés du guide que par le foisonnement harmonieux des couleurs qu’il nous donne à voir. Rencontre de deux créateurs, de deux artistes généreux, réussite éditoriale qu’il faut également saluer en regrettant toutefois que de tels ouvrages ne soient pas plus nombreux sur le marché du livre.
Jacques Fusina (mars 2012)

14/03/2012

salon

En ce mois de mars, quelques rencontres ...à ne pas manquer...

Jean-François Agostini, organisateur des « Mots en hiver », et animateur de l’association « Entrelignes » sera l’invité de Philippe Martinetti dans son émission « Sera Inseme » le mardi 20 mars à 18h30 et signera son recueil de poésie : « Quelques mots en l’air pour ne pas dire » dans la librairie « De plume en bulles », 19 rue Bonaparte à Ajaccio, mardi 27 mars de 16 à 18h30.

Marco Biancarelli, auteur de « Cusmugrafia/Cosmographie » animera une rencontre dans la Bibliothèque Patrimoniale, rue Fesch à Ajaccio, le lundi 26 mars à 18h. Entrée gratuite. La rencontre portera sur le thème de l’essai : « à propos de « Cosmographie » : à la rencontre de nouveaux écrivains du monde... ».

biancarelli

Jean-Pierre Castellani, professeur émérite à l’université François Rabelais à Tours, chargé de cours à l’université Pascal Paoli de Corse de 1987 à 2009, coordonnateur du recueil Une enfance corse » co-édité par « Bleu autour » et par « Colonna édition » sera l’invité des « Scontri » - Association Sportive et Culturelle de San Benedetto - le vendredi 30 mars, à 19h30 pour parler de Marguerite Yourcenar, avec son éditeur Samuel Tastet.( Entrée gratuite).Rencontre animée par Jérôme Camilly. Le samedi 31 mars, de 15h30 à 18h30. Il sera à Bastia pour y signer « Je, Marguerite Yourcenar » dans la librairie « des Deux Mondes », 8, Bd. Paoli, descente des jardins.

08/02/2012

gambini

07/02/2012

ruspini

30 janvier 2012

« Donna hè donna »

ugoliniww

26 janvier 2012

« Murtoriu » de Marcu Biancarelli sur la scène du CCU de Corte

Christian Ruspini propose une lecture-spectacle de « Murtoriu », le roman de Marcu Biancarelli. Une œuvre traduite en français et transposée à la scène.

« Pégase », adaptation scénique du livre de M. Biancarelli, interprétée par Christian Ruspini avait à juste titre remporté un vif succès, non seulement en Corse mais à l’extérieur de l’île.
Avec « Murtoriu » le comédien et l’auteur renouvellent l’expérience. Ce « Glas », qui sonne sur l’extraordinaire magnificence des paysages du sud de la Corse, est devenu en français « Ballade des innocents ». Une trouvaille que ce titre, qui évoque le mystère des origines et les cohortes de sacrifiés. Pour rien. Scandale sans cesse répété voulant que le Destin ou le hasard, Dieu ou le néant s’en prennent, par la main de l’homme ou ses calculs, aux plus simples. Aux plus faibles…

« Ballade des innocents » c’est une étonnante variété de personnages gravitant autour de la figure centrale qu’est Marc Antoine, un double possible du romancier ! Marc Antoine se définissant comme un observateur d’un « monde moisi par ses certitudes et sa perversité, gavé de consumérisme et décérébré par les nationalismes, celui des dominants comme celui des soumis et pris sous la coupe des conservateurs abrutis qui nous servent d’hommes politiques ».

murtoriu
Dureté du propos qui scalpe une société peinant à habiter son présent et donc à accoucher d’un avenir parce qu’elle a trucidé son passé. La référence à la boucherie de 14-18 renvoie à une violence en permanence matérialisée par les binômes : soumission et révolte, soumission et domination dans un monde où « tout s’achète » et « où il y a toujours une saloperie à faire », insiste l’écrivain. Il y a dans ce texte autant de désabusement que de dénonciation. Il y a dans ces pages où la violence est partout – frontalement ou en filigrane – un portrait inspiré de berger, symbole d’une apparente intemporalité d’une île mais qu’un meurtre va anéantir. « Ballade des innocents » alterne de très noirs moments avec des instants moins sombres, moins oppressants, presque souriants sous le signe d’une fraternité humaine masculine dont le cercle va rétrécissant tandis que l’amour – le sexe – révèle une incapacité à être.

Michèle Acquaviva-Pache
Source : Journal de la Corse

27 janvier 2012

levie

 

ciosi24/11/2011

ccu

11/11/2011

livre

Source : Corse Matin du 11/11/2011

02/11/2011

Les Journées du Livre Corse de l'Espace Cyrnea 
- 38 allée Vivaldi dans le 12 ème arrondissement de Paris -
se dérouleront  les

vendredi 18 samedi 19 et dimanche 20 novembre, de 10 à 20h.

Venez nombreux !

08/08/2011

prix

11/07/2011

prix

20/05/2011
Sortie du livre-objet d'Armelle Guissani : malgré tout‏

armelle

20/05/2011

luzi

L’étymologie la plus ancienne du mot latin sincerus repose sur la qualité attribuée ordinairement à un objet dont on dit qu’il est sine cera. Ce qui est « sincère » renvoie à la création que l’artisan sculpteur n’a pas couvert de cire afin d’en occulter les imperfections. Au sens non plus littéral mais métaphorique, le problème posé par la création littéraire est de savoir en fait quels mots, quelles figures, quel style représentent dans les récits de guerre cette « cire » artificielle capable de recouvrir le discours, de dénaturer l’écriture spontanée du premier jet, parfois désordonnée et incompréhensible il est vrai, souvent crue ou choquante certes, et néanmoins sincère dans son témoignage.

A travers l’illustration d’ouvrages qui refusent de verser dans la caution historique comme La Semaine sainte de Louis Aragon, La Main coupée de Blaise Cendrars ou encore Les Géorgiques de Claude Simon, on peut s’intéresser d’abord à l’existence d’une sincérité rousseauiste que Lionel Trilling qualifie de sincérité à la française pour bien montrer que cette notion n’est pas universelle mais relative à une culture. Dans quelle mesure l’auteur et le narrateur « disent-ils tout » ? Et que cachent-ils au lecteur ? Une telle concession sert de point de départ à l’étude des variétés personnelles et spécifiques de la sincérité chez ces écrivains de la guerre, ainsi que chez d’autres auteurs.

Mais il reste à discriminer l’authenticité défendue par l’histoire de la sincérité personnelle à l’égard d’un événement vécu, « la petite page d’Histoire ». Tantôt leurs versions coexistent, tantôt elles font l’objet de discordances insurmontables. Des interrogations nouvelles jaillissent que l’on pose au fil des pages, à mi-chemin entre l’histoire et la fiction, entre l’Histoire et le singulier.  Christophe Luzi est ingénieur de recherche en analyse des sources anciennes à l’UMR CNRS 6240 LISA (Lieux Identités eSpaces Activités), docteur diplômé de l’Université d’Aix-Marseille I et spécialisé dans les métiers du livre.

Auteur d’un premier ouvrage intitulé La Guerre au miroir de la littérature. Essai sur Claude Simon paru chez le même éditeur, ses problématiques de recherche s’orientent actuellement vers l’archivistique et le traitement historique de la guerre chez les écrivains modernes.       

Dominique APPIETTO Ville d'Ajacccio Communication Direction de la Culture
04.95.50.40.80

27/03/2011

Trois nouveaux livres chez Colonna Edition :

soleil

Danièle MAOUDJ

« …Et là, dans une prière païenne

Les pèlerins venus des quatre coins du maquis

Abritent leur crainte de vivre l’encerclement

Et j’entends le chant essoufflé des cloches

Qui transperce l’atmosphère inquiète d’un nouveau siège

Ruines de l’exil… »

 

fables

Pierre-Joseph Ferrali

« …Il avait encore en mémoire le commencement des événements. La date du 14 avril 2010 restait gravée dans sa tête. Les médias de tous les pays avaient relayés l’information. Un nuage de cendres, issu d’une intense activité volcanique dans une région glaciaire située dans le sud de l’Islande, se dispersait sur des centaines et des centaines de kilomètres dans le ciel assombri du continent européen. L’éruption du volcan islandais Eyjafalljökull allait sonner le glas de l’humanité. »

 

 



bastion

Marie-Jean Vinciguerra

La Veuve de l’écrivain (Prix du Livre insulaire d’Ouessant), roman épistolaire d’initiation et d’apprentissage, narrait l’aventure sentimentale d’un jeune Corse au carrefour de plusieurs cultures Bastion sous le vent semble s’inscrire dans la suite d’une même démarche : une confession poétique .Mais ce nouveau récit est de facture plus complexe. Labyrinthique ,il creuse son lit dans une autre confession, celle de la mère et, étrangement, dans les silences du père. Polyphonique, il nous fait entendre sur des registres variés de langues et d’expression, les voix des villages du narrateur , les chants d’une Cité sous le vent, si proche de l’italica terra ferma,le discours lumineux des philosophes, la musique des anges.

Il s’agit cette fois de reparcourir les chemins de l’enfance et de l’adolescence, de surmonter les traumatismes d’une éducation corse d’un autre âge, de s’affirmer contre une influence maternelle prépondérante, de conquérir, enfin, avec sa langue, le territoire d’une autonomie garante d’une création littéraire originale. Il y a plusieurs entrées possibles dans ces récits de vie, fables et stalbatoghji où l’auteur rend compte, tour à tour, avec lyrisme, rage …et humour, de ses incursions oniriques dans le champ d’un imaginaire singulier, de sa rencontre avec l’Histoire, du miracle de ses découvertes à chaque étape d’une aventure spirituelle.

24/03/2011

critique

22/03/2011

biancarelli

cm
Publié sur Corse-Matin (http://www.corsematin.com)

20/03/2011

Le livre corse sans complexe à Paris

Par Sébastien Pisani
20/03/2011 07:05

La Corse compte de nombreux amis. Démonstration jeudi dernier, Porte de Versailles, lors de la soirée inaugurale du Salon du livre de Paris. Sur les 100 m2 du stand financé par la collectivité territoriale, c'est la cohue. Sous la forme d'un généreux buffet - qui décline un panel de productions mises à l'honneur un mois plus tôt sur ce même site, lors de la grand-messe agricole - l'île interpelle, étonne, séduit.

Du plaisir des papilles à celui qui se déguste pages après pages, il n'y a qu'un pas. « Il y a tant d'éditeurs que ça sur votre île ? », se fend une visiteuse, un verre de muscat à la main. « Cette année, le stand corse accueille quinze maisons d'édition et trente-trois auteurs », lui précise son interlocutrice, qui poursuit sur le ton de la macagna : « Nous avons longtemps souffert d'un complexe d'infériorité. Nous l'avons transformé en complexe de supériorité... »

Une saillie bon enfant signée de la présidente de l'agence du tourisme de la Corse en personne. Habituée à jouer la VRP inspirée, Vanina Pieri n'a pas failli à son rôle. Elle remplace pour l'occasion le président Giacobbi, mais le casting ne doit absolument rien au hasard.

« Le livre ? C'est aussi la possibilité de promouvoir la Corse dans ce qu'elle a de plus authentique, fière de sa culture, de sa langue, ouverte sur l'extérieur. Bref, en dehors du cliché plage - maillot de bain, assure-t-elle. Le salon du livre de Paris est la première manifestation culturelle grand public d'Europe. Les ouvrages qu'on y présente sont susceptibles de séduire des personnes sensibles au patrimoine culturel qui, demain, peuvent devenir des visiteurs en dehors des pics de saisonnalité. »

Un ministre se laisse séduire

Lectrice inspirée, touche-à-tout, elle se fond sans difficulté dans la petite famille de l'édition insulaire venue fêter l'ouverture du salon, le lendemain. Toutes les maisons ne sont pas encore représentées. Les auteurs sont pour l'heure aux abonnés absents. C'est durant le week-end que se jouera la partie de séduction avec le grand public, puis ce lundi entre professionnels. Mais, les vieux routiers de la manifestation n'ont pas manqué le rendez-vous de l'inauguration. Moins pour le buffet que pour prendre leurs marques .

Fin renard, l'imprimeur-éditeur Pierre-Dominique Sammarcelli se réjouit de la disposition du stand. « Il est aéré, accueillant. Moins central que l'année dernière, mais c'est peut-être un avantage. Nous sommes plus visibles, d'autant que l'on se trouve à proximité de l'une des principales entrées... »

Un bon point pour la CTC. Les éditeurs, de la simple structure associative à l'entreprise dûment enregistrée au registre du commerce, ont fait le reste. Sur les rayons, s'étale une variété d'ouvrages propre à donner le tournis. Romans, nouvelles, polars, poésie, beaux livres, bande dessinée, histoire, patrimoine, en français ou in lingua nustrale, la culture corse se laisse feuilleter sous toutes ses facettes. Dès jeudi, quelques visiteurs se sont déjà laissés prendre dans ces filets érudits. Anonymes, parfois plus connus. Comme le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand qui, entraîné par une nuée de photographes, a consenti volontiers un arrêt sur le stand, le temps d'un cliché, un livre du parc naturel régional portant sur les oiseaux de Corse à la main.

A la pêche...

Un peu de folklore culturel à la sauce parisienne, qui ne doit pas faire oublier que tout ce petit monde est là pour travailler. Certes, on véhicule une image, mais on est aussi là pour vendre des livres. Les nouveautés sont mises en avant. Gare à la désillusion, cependant. « Le rendez-vous n'est pas toujours évident à vivre pour les auteurs, reconnaît Bernard Biancarelli, directeur éditorial chez Albiana. L'offre est énorme, on est noyé dans la masse, pas évident de faire beaucoup de signatures dans ces conditions. Et puis les interviews avec des médias nationaux restent exceptionnelles... » Lui fait d'ailleurs le déplacement dans une perspective plus professionnelle que grand public.

« Ce salon, c'est l'occasion de rencontrer les gens avec qui nous travaillons toute l'année à distance : les diffuseurs, les distributeurs, les auteurs installés en région parisienne, les agents littéraires. Sans compter les éditeurs avec qui il est possible de nouer des relations. Beaucoup de projets sont nés lors de ce salon, d'autant que nous revendiquons un positionnement méditerranéen qui nécessite de nombreux contacts. Des coopérations sont lancées, des traductions évoquées... On va à la pêche en espérant ramener quelque chose d'intéressant. »

Demain, lundi, viendra l'heure des comptes. Pas forcément en monnaie sonnante et trébuchante. Une chose et d'ores et déjà acquise. L'image de la production insulaire n'a pas à rougir de la comparaison avec les grosses cylindrées régionales. Comme celle des copains bretons, situés quelques stands plus loin. Et on ne parle pas là de buffet, mais bien de livres. A déguster sans modération.

livre2011
Soirée inaugurale du Salon du livre de Paris, jeudi dernier, avant que la manifestation ne draine ses 200 000 visiteurs habituels durant le week-end et jusqu'à demain. Vanina Piera, la présidente de l'ATC, est venue faire l'article aux côtés des éditeurs.

odyssee

12/03/2011

gagnon

scintilla

maupertuis

26/02/2011

biblio

05/02/2011

musanostra

musa

28/01/2011

gerda

editeurs

Tarra matre,

d'Olivier Ancey

ancey

Alain Di Meglio



dimeglio


La littérature corse sur le net

Une nouvelle rubrique consacrée à la littérature corse sur le net devenait indispensable, vu l'ampleur du phénomène.
Dans la quantité de blogs, j'en retiendrai trois pour commencer : "Pour une littérature corse", "Invistita" de Norbert Paganelli et le blog de Marcu Biancarelli, qui justement publie dans L'Hebdo une noute sur le nouveau site Tarrori è fantasia, sur lequel vient de s'illustrer notre amie Marilena Verheus avec une surprenante nouvelle, "Intervirtualità"...

marcu/

Musique et polyphonie

Ghjermana de ZERBI : Cantu nustrale

Albiana

dezerbi

Une réédition bienvenue, celle de Cantu Nustrale de Ghjermana de Zerbi. Le première édition de cet ouvrage paru en 1981 était depuis longtemps épuisée. Nanne, Canti pè i zitelli, Serinati è canti d'amore, Lamenti d'amore, Canti di donne, Cuntrasti, Canti di a cuscrizzione, Canti di travagliu, Paesi è stagioni, Canzone d'elezzioni, Canzone scherzose è per ballà, Lamenti, Voceri è ballate, Cantu indiatu, Inni et enfin Paghjelle sont les chapitres de cet ouvrage de référence qui passionnera tout amateur de chant corse. Cette troisième édition est pratiquement réalisée à l'identique de la première. Deux innovations : l'indication de l'incalcu (accent tonique) ainsi que des tablatures. L'auteure prépare, avec Mighele Raffaelli, une Antulugia di u Cantu nustrale que nous attendons avec impatience.

cantu

Un article de "Corsica" à télécharger :
http://info.club-corsica.com/cul_125_001.pdf

Jean-Claude CASANOVA :
A FILETTA  Tradition et ouverture - De la polyphonie corse au chant du monde

Préface de Ghjacumu FUSINA - Colonna Edition

livre

Pour commander (franco de port : 20 € par exemplaire chèque libellé à Colonna édition)

A FILETTA  Tradition et ouverture - De la polyphonie corse au chant du monde :

- par fax : au 04 95 25 30 67
- par tel : au 06 75 33 50 49
- par mail  : à colonnadistria.jj@wanadoo.fr ou sur le site de l'éditeur (paiement sécurisé Paypal)

- par courrier : Édition Colonna  - La maison bleue  - Hameau de San Benedetto
20167 Alata.

J'ai ouvert une page spécifique pour mon livre. Suivre ce lien.

Ghjacumu FUSINA - Gerda-Marie KÜHN - Harald ZEIHER :
Corsica ... un'Isula chì canta

Stamperia Sammarcelli

Sur une idée initiale de Gerda-Marie Kühn, la réalisation du projet de trois passionnés : offrir les paroles de chansons diverses en corse, en français et en allemand, traduites en français par Ghjacumu Fusina (lui-même auteur de certaines de ces chansons), en allemand par Gerda, et richement illustrées par les photos de Harald Zeiher.


A découvrir également ici (en allemand) :
http://www.erlebtemusik.de/isula.htm

unisula

Les personnes intéressées par l'acquisition de cet ouvrage (25 € port compris) peuvent me contacter. Pour renseignements et/ou commandes: kuhn-korsika@wanadoo.fr


8 avril 2006 : La dédicace Antoine Ciosi

Le chemin des sources profondes, Albin Michel, 2005.

dedicace

Après Une odeur de figuier sauvage, chronique villageoise d'une enfance dans la Casinca, Antoine Ciosi poursuit le récit de la vie singulière d'un Corse dans le Paris des années 50.

Antoine Ciosi donne libre cours à son amour de la terre natale, chantant avec bonheur la ruralité perdue, son parfum et son authenticité, dans ce véritable hymne à l'île de Beauté.
Antoine Ciosi montre tous ses talents de conteur en lisant un passage de son livre, qu'il illustre également en chantant a cappella de sa voix à la tessiture exceptionnelle. Un très grand Monsieur.

ciosi odeur

Chants d'une terre - 40 ans de chanson corse

complète admirablement la suite autobiographique d'Antoine Ciosi.

ciosi

Philippe-Jean Catinchi : Polyphonies corses

Actes Sud / Cité de la Musique Arles, 1999

Historien, amoureux de musiques et de livres, Philippe-Jean Catinchi, que les spectateurs des Rencontres de Calvi connaissent bien, célèbre le métissage.
Son livre s'ouvre sur une vingtaine de lignes éclairantes d'Erri de Luca. Le renouveau des polyphonies s'inscrit pour Philippe-Jean Catinchi dans la recherche et la revendication d'une identité, même si diverses influences méditerranéennes se retrouvent dans ces « voix de la montagne ». Cet ouvrage très dense présente aussi une « Petite anthologie de poésie vocale corse », paghjelli, lamenti, voceri et hymnes guerriers, mais aussi un glossaire, une bibliographie et une discographie, sans oublier le CD.

pjc

Tout simplement indispensable.

Frank Tenaille : Corse - Polyphonies et chants

Non moins indispensable !

tenaille

Dominique Salini : Histoire des musiques de Corse

Editions Dumane

Un livre passionnant sur l'histoire des musiques de Corse, à partir d'une lecture renouvelée de la notion de musique traditionnelle.

musiques


Antoine Massoni : Les Musiques de Corse - Chants, instruments et danses - Tradition vivante

Editions Alain Piazzola

musiques


L'auteur, musicien de jazz et membre de l'association Voce Cumune, dresse un inventaire de l'ensemble des formes musicales corse, en les replaçant dans l'espace musicologique méditerranéen. Passionnant.

 

Frédéric Ortoli : Les Voceri de l'île de Corse


voceri

Randonnée


La collection Albiana - PNRC sur les sentiers du Parc naturel régional.


Ecrits par Alain Gauthier, Jean-Paul Quilici, ces petits guides sont indispensables pour tout randonneur.

120 grandchemin
mer cuscionu
tavignanu rinosu
tours tours2
nature patrimoine
panoramas gauthier4
gauthier5

Les balades de Laurent Chabot :

Laurent Chabot a publié plusieurs ouvrages spécialisés dans les randonnées en famille :

sentiers
Sentiers de Corse
sud
Balades en Corse du Sud

Guide du Conservatoire du Littoral : Promenades écologiques et littéraires

Actes Sud

conservatoire

Lucette PONCIN : Guide du Taravo - Patrimoine d'une vallée

Ed. Alain Piazzola

taravu

Charles PUJOS


Charles PUJOS, grand connaisseur de la nature corse, est l'auteur de nombreux ouvrages. J'ai sélectionné ces deux-ci, qui présentent des randonnées de tous niveaux.

plusbelles
eau pujos
 
treks


Jean-Paul QUILICI



montagnes quilici 
agresti

Alain GAUTHIER


chemins
gauthier

ALAIN GAUTHIER a reçu le PRIX « SCIENCES » DU PRIX DU LIVRE INSULAIRE à l’occasion du 9ème SALON INTERNATIONAL DU LIVRE D’OUESSANT POUR SON LIVRE :

DES ROCHES, DES PAYSAGES ET DES HOMMES
Géologie de la Corse

La Corse est une montagne dans la mer. Son relief, sa nature et l'art d'y habiter ont été façonnés par une histoire géologique très originale...

Le texte du jury

Cet ouvrage de deux cent soixante dix-huit pages, riche de centaines d'illustrations, a pour ambition de faire comprendre au travers d'observations locales, la géologie de la Corse et l'importance que revêtent les roches dans la structure des paysages comme dans le quotidien des Corses.

L'iconographie est remarquable, le propos scientifique de haute tenue, avec un souci constant de vulgarisation. Intitulé "Allons sur le terrain", le coeur du texte invite à une promenade géologique dans la Corse occidentale que l'on pourrait aussi qualifier de Corse ancienne granitique puis dans la Corse orientale qui relève du plissement alpin, pour finir dans les paysages composites qui forment la transition entre la Corse granitique et la Corse alpine.
Mais avant d'aborder cette promenade géologique, le lecteur est initié aux bases de l'histoire géologique de la Corse et aux différents types de roches ; puis lui sont présentés les usages qui ont été faits des roches à travers les âges pour s'abriter, se nourrir, se défendre, se déplacer, prier. Sont également évoqués l'exploitation minière et le thermalisme. Au final, cet ouvrage prouve que la vulgarisation de haut niveau est possible en géologie et surtout que le livre en reste le vecteur naturel.

Da Campumoru à Senetosa - L'omini in l'orta llu ventu

ELISA (Syndicat intercommunal pour la gestion des espaces naturels littoraux du Sartenais)

La côte entre Campomoro et Senetosa est désormais protégée par le Conservatoire du littoral et les communes de Sartè, Grossa et Belvidè-Campumoru. Cet ouvrage se présente comme une promenade dans ces "jardins du vent", joliment illustrée d'aquarelles de Denis Clavreul.

campomoru

Bernard BERROU : La Haute Route, Carnet du GR 20.

Ed. Terre de Brume/Harmonia Mundi, 2009

berrou

Plus qu'un carnet du GR 20, ce récit est presque un texte philosophique : la marche comme art de vivre.

Guides touristiques

Evasion Corse par Pierre Pinelli

Hachette Tourisme

evasion    

Je n'ai vu que la vidéo (signalée par Carole sur son site) qui fait la promotion du nouveau guide Hachette sur la Corse ; ce petit film fait espérer un guide sortant des sentiers battus.

Je vous en reparle dès que je l'aurai eu entre les mains !
Chose promise, chose due : ce guide est excellent. Quelques belles randonnées en fin d'ouvrage

Littérature corse

CUNTORNI


CUNTORNI 2009 PORTIVECHJU
L'année 2009 est décidément un tournant majeur pour la vie littéraire en Corse et pour la littérature corse !

Vendredi 2 et Samedi 3 octobre 2009, à Porto-Vecchio, à l'initiative d'Ariel Yerushalmi et Marcu Biancarelli, a eu lieu le 3ème numéro du festival littéraire et artistique "CUNTORNI"

cuntorni

Festivali Cuntorni
Assuciazioni A Pian d’Avretu
2 è 3 d’uttrovi 2009 Portivechju

Cuntorni : una filusuffia
I grossi centri urbani di u mondu mudernu ùn sò micca soli à pruducia a cultura di u XXIu seculu.
I lingui d’influinzi forti ùn sò micca soli à purtà a criazioni ughjinca.
à spissu dinò, esci da a minuranza un attu criativu chì si lia à l’univirsali pà arricà una cuntribuzioni impurtanti à a culturali glubali.
In corsu, sardu, friulanu, catalanu, in uccitanu, ma dinò in francesu, in talianu o in ispagnolu, i « zoni periferichi » di l’Auropa cuntempuranea, di un Mari Tarraniu sempri cussì attivu in materia di custruzzioni literaria, si sprimi u geniu particulari di i populi.
I verghi esistini puri da u particulari à l’univirsali, i currenti si scontrani, si mischiani, s’influenzani.
Sò ’ssi diffarenti modi di sprissioni artistichi, sciuti quinci o culandi, chì u festivali Cuntorni circa di metta in rilazioni dipoi quattru anni.
Sò st’assi di riflissioni, chì spiccani è aduniscini i culturi in un mecanismu cumplessu, chì intaressani a noscia manifistazioni da u so principiu.
L’edizioni 2009 liarà in un embiu cumunu i criatori di Corsica, di Sardegna, di Catalogna, d’Uccitania, di u Salentu, di u Friuli o di l’Andalusia.
Si dici in Corsica chì a diversità faci ricchezza. Chì Cuntorni 2009 sighi dunca l’occasioni di fà nascia ’ssu scambiu riccu trà i nosci culturi, è di fà crescia più chè mai a noscia divizia.
Marcu Biancarelli Ariel Yerushalmi

Vendredi 2 octobre

11.00 h. Réception des invités. Discours d’introduction et présentation du programme (Marcu Biancarelli et Ariel Yerushalmi). Lieu : Centre Culturel.

14.30 h. Débat. De l’importance d’être à Cuntorni. Ariel Yerushalmi, Maurizio Mattiuzza, Francesco Abate, Paolo Cantarutti, Giovanni Rizzo, Francesco Pallara, Gian-Carlo Vellescig, Miguel Angel Arcas, Gérard Jacquet. Modérateur : Paulu Desanti. Lieu : Centre Culturel.

16.00 h. Spectacle théâtral. Christian Ruspini proposera un pièce théâtrale originale. Lieu : Centre Culturel.

17.30 h. Lectures poétiques. Patrizia Gattaceca, Alain Di Meglio, Jean-François Agostini, Stefanu Cesari, Maurizio Mattiuzza, Marco Porcu, Paulu Santu Pariggi, Gérard Jacquet, Jean-Yves Casanova, Giovanni Rizzo, Olivier Ancey, Francesco Pallara, Miguel Angel Arcas, Pierre-Laurent Santelli, Alberto Masala, Jacques Fusina, GF Terrazzoni. Lieu : Centre culturel.

20.30 h. Concert récital poétique. Enedina Sanna / Enzo Favata, Sos Cantores di Cuglieri (Sardaigne) : La storia di Donna Francesca Zatrillas. Lieu : Centre Culturel.

22.30 h. After au Bastion de France.Avec le musicien frioulan Lino Straulino.

Samedi 3 octobre

10.30 h. Débat. Œuvres et contextes. Francesco Abate, Marcello Fois, Jérôme Ferrari, Najat El Hachmi, Marceddu Jureczek, Miguel Angel Arcas. Modérateur : Ariel Yerushalmi. Lieu : Centre Culturel.


14.30 h. Débat. Médias et Périphéries. Pere Manzanares, Paolo Cantarutti, Piero Mannironi, Paulu Desanti, Marceddu Jureczek. Modérateur : Pierre Ciabrini. Lieu : Centre culturel.


17.00 h. Grand débat. Créer dans les marges, ou : Comment depuis les marges, s’insérer dans la culture globale ? Najat El Hachmi (Maroc, Catalogne), Marcello Fois (Sardaigne), Maurizio Mattiuzza (Frioul), Alberto Masala (Sardaigne), Jérôme Ferrari (Corse), Miguel Angel Arcas (Andalousie), Marcu Biancarelli (Corse), Francesco Abate (Sardaigne), Giovanni Rizzo (Salento), Jean-Yves Casanova (Occitanie). Modérateur : François-Xavier Renucci. Lieu : Centre Culturel.


20.30. Concert. Pierre Gambini (Corse).

22.30 h. After au Bastion de France.
Avec le groupe Sitikis (Sardaigne)


Les invités à Cuntorni 2009
Marcello Fois, Francesco Abate, Alberto Masala, Marc Porcu, Enzo Favata, Enedina Sanna, Piero Mannironi Najat El Hachmi, Jean-Yves Casanova, Pere Manzanares, Gérard Jacquet, Maurizio Mattiuzza, Giancarlo Vellescig, Paolo Cantarutti, Lino Straulino, Giovanni Rizzo, Francesco Pallara, Miguel Angel Arcas, Jérôme Ferrari, Marcu Biancarelli, Stefanu Cesari, Jean-François Agostini, Alain Di Meglio, Paulu Desanti, Marceddu Jureczek, François-Xavier Renucci, Pierre Gambini, Groupe Sitikis, Ariel Yerushalmi, Jacques Fusina, Christian Ruspini, Patrizia Gattaceca, Olivier Ancey, Paulu Santu Pariggi, Ghjuvan Federiccu Terrazzoni.


Mathieu Ceccaldi : Anthologie de la littérature corse

Editions Alain Piazzola

ceccaldi

Réédition aux Editions Alain Piazzola de la "bible" de la littérature corse publiée en 1973 par Klincksieck.

De Salvatore Viale à Noël Rocchiccioli en passant par Santu Casanova, Dominique Carlotti et Anton Francescu Filippini...

Evidemment, compte tenu de la date de parution initiale, le lecteur ne doit pas s'attendre à y trouver "a generazione di u 70".

Néanmoins tout aussi indispensable qu'à l'époque !

Jacques FUSINA


Cela faisait longtemps que je souhaitais consacrer un article à Ghjacumu Fusina. L'occasion m'en est donnée par la conférence La littérature corse des origines à nos jours à laquelle j'ai eu la chance d'assister et de pouvoir échanger quelques mots avec lui.

fesch


Jacques FUSINA est né en décembre 1940 à Ortale en Haute-Corse. Après des études secondaires à Bastia puis supérieures à la Sorbonne, il a d’abord enseigné les lettres dans la région parisienne et à Paris. Revenu en Corse en 1981, il a été chargé de mission ministérielle (mise en place de l’enseignement du corse) et conseiller technique des recteurs d’académie, chargé d’inspection pédagogique régionale. Docteur ès- lettres (Montpellier) et docteur en sciences de l’éducation (Paris), il a enseigné la littérature et les sciences de l’éducation (dont il a fondé le département) et a dirigé des travaux de recherche (troisième cycle et doctorat) dans ces filières à l'université de Corse.

Militant culturel reconnu, il a été élu président du conseil de la culture, de l’éducation et du cadre de vie (conseil consultatif de l’Assemblée de Corse) de 1989 à 1991.

Ecrivain (Prix du livre corse, prix de la Région, 1987 : poèmes, nouvelles, essais , traductions) il est aussi parolier de nombre de chanteurs et de groupes corses parmi les plus connus (voir ci-dessous).


Outre une centaine d’articles scientifiques et universitaires (en actes de colloques, recueils spécialisés ou revues scientifiques), on peut signaler parmi certains de ses ouvrages :


Soleils revus poèmes (PJ.Oswald, Honfleur,1969)
E Sette Chjappelle poèmes et proses en corse (Albiana, Levie, 1986) Prix de la Région, Prix du livre corse
Contrapuntu ( livre d’art) poèmes et calligraphies de Peter Berger (La Marge, Ajaccio,1989) Prose Elzevire proses journalistiques (La Marge, Ajaccio,1989)
Corse, défense d’une île (coll.) essai (Autres Temps, Marseille,1992)
Canta u Populu Corsu (en coll. Albiana Ed.), Présentation critique du groupe, 339 pages, 1993 (Prix du Livre Corse 1993)
L’enseignement du corse (histoire, développements, perspectives) (Ass.Sq. Finusellu et univ. de Corse, 1994)
La poesia corsa ( présentation critique en italien) (Erbafoglio, Cagliari, Sardaigne, 1995)
Versu Cantarecciu, textes de chansons en corse (Albiana, Ajaccio,1996)
Tous les matins de Corse (coll.) essai (Autres temps, Marseille, 1998)
Parlons corse ( approche de la langue : histoire, grammaire, lexique) (L’Harmattan, Paris,1999)
Une poétique de l’identitaire ? (étude critique) (in Le Mémorial des Corses, Albiana, Ajaccio, 1999)
The Corsican language in education in France (synthèse en anglais ) (Leeuwarden, Mercator, Pays Bas, 2000)
Pinochju , traduction corse de Pinocchio de C.Collodi (Ed. Sammarcelli, Bastia, 2001)
Une Anthologie de Rencontres (coll.) poèmes traduits du corse (Farrago Léo Scheer, Paris, 2002)
Histoire de l’Ecole en Corse (direction de l’ouvrage) (Albiana, Ajaccio, 2003)
Sampiero Corso (livret adapté et traduit en corse de l’œuvre d’Henri Tomasi), Opéra créé à Marseille, livret publié chez Actes Sud (octobre 2005)
Retour sur images (recueil de poèmes en français ou traduits du corse), Sammarcelli éditions (2005)
Corsica ... un'Isula chì canta, en collaboration avec Gerda-Marie KÜHN et Harald ZEIHER Sammarcelli éditions (2007)

fusina

Parmi les nombreuses poésies de Ghjacumu Fusina mises en musique :

Amareni, Brame, Assenza, A' mare bellu, More, Rispondimi iè, Rivecu, Sole chi s'avvicina, Sognu, Sole d'aprile, A' pena cum'è tè, Chi a vita face inno, Trà more è campà ( I Muvrini)
Amicu ci si tù, A' galuppà, Barabattule, Citatella da fà, Ci hè dinù, L'odore di i nostri mesi, Preghera, Più chè u sole, Quandi a terra move, Scorsa la vita, Viaghji (Canta u Populu Corsu)
Amicizia è fratellenza, Bastia ricordi, Cantu per un'isula, Cantu natalescu, Muvra corsa L'attempati, Dumane, Giuventù, Fiuminale, Ghjiseppu è Lillia, Hè mezanotte, Notte santa, Natale d'amore, Paghjella vultaticcia, Quantu si cambiata, u to nome, Idea di u vultà, Isula, Settembre, O Donne (Antoine Ciosi)
A chjama prigiunera, l'île et l'enfant (Petru Dieghi)
A mio lingua hè, u baullu (Patricia Gattaceca)
A' tagliu di strada, Assai, Bisognu di tè, Da tè, E stonde, E' d'aspettà, Megliu cusi, Sola sola (Mathieu Battestini)
A mio furesta (Tony Toga)
A canzona di l'acqua, Isula idea, Puesia hè libertà, Paisaghji , Palatini, Zitelluccia di Rumenia (Petru Guelfucci)
Cantu natalecciu, Discetati o zitelletta, Eo ci aghju in core (Tavagna)
Disuccupatu, Ma di cio ch'è tù voli, Malanni, U negru fume (A Filetta)
Era un paisolu, Luciana, Puliticà, Una sera di Natale, Sognu identità, Vogliu cantà (I Fratelli)
Ella, hè un'isula (Eric Mattei)
Isula d'oghje (Albinu)
I paisoli, E mane in pasta (Tramuntana)
Luna luna, Una si tù (Patrizia Poli)
Luna nova (Diana di l'Alba)
Mon bon vieux stade (Pascal Olmeta)
Oghje qui, Parulle nustrale, Quantu si cambiata (Giramondu)
Sunendu di viulinu, u tintu scrittore (Poletti)
Settembre (Cuiconi)
Lamentu à Nicoli, Quellu affissu zifratu (Jacky Micaelli)
Terra umana (Patrick Fiori)
Toi l'insulaire (Sylvie Bonello)
U cantadore (Ciosi, Maryse Nicolai)
A vigia, Serinatu à tè Corsica, A quelli tempi, Notte d'aostu (Tony Sampieri)
Salute à tè, O Mamma, O tù chi fuste, O Ciuccia (Josée Filippini)

fusina

Ecrire en Corse,

de Jacques Fusina, aux éditions Klincksieck, septembre 2010

Le dernier ouvrage de Jacques Fusina présente la littérature corse des origines jusqu'à nos jours, en mettant en évidence les étapes essentielles de l'émergence et de l'affirmation de l'expression littéraire corse.

Je ne l'ai pas encore lu mais le recommande sans hésiter !

fusina_ecrire

A lire l'entretien de Jacques Fusina avec Norbert Paganelli sur le site de ce dernier, Invistita.

fusina

fusina

gf

JF

JF2

Jacques Thiers


Né à Bastia en 1945, résidant à Biguglia. Agrégé de l'université (lettres classiques), Jacques THIERS a enseigné les lettres classiques à Nice, Ajaccio et Bastia avant de rejoindre en 1983 l'Université de Corse où il occupe actuellement une chaire de langue et culture régionales avec le grade de Professeur des Universités. Il est docteur en linguistique habilité à diriger des recherches. et a occupé diverses fonctions administratives et pédagogiques dont la direction du Service d'Information et d'Orientation (SUIO) de l'Université de Corse et du DESS de Communication Appliquée à la Valorisation des Ressources Régionales. *
Jacques Thiers a remporté le Prix 2007 des Lecteurs de Corse avec "l'Arreta Bianca" (La halte blanche)

thiers

Jérôme Ferrari

23/12/2012

Jérôme Ferrari : «J'aime appartenir à plusieurs mondes»

Propos recueillis Par Hélène Romani

mondes
Le Grand Prix du roman de l'Académie française n'a pas été décerné à Jérôme Ferrari
Photo Jean-Pierre Belzit
De retour des Emirats arabes unis où il enseigne désormais, l'auteur du Sermon sur la chute du Rome, auréolé du Prix Goncourt 2012, se livre sans faux fuyants.

De la chute de Rome à une gloire qu'il partage désormais avec toute la Corse dont il est originaire , le parcours d'un écrivain placé sous la protection de Saint-Augustin. À chacun son auréole : lui, c'est le Goncourt au prix d'un sermon.


Saint Augustin, pourquoi lui?

Je ne connaissais pas le sermon, seulement les Confessions qu'on travaille en philosophie. Je suis très content d'avoir découvert ces très beaux textes. J'avais plusieurs idées flottantes cristallisées par une phrase de saint Augustin et une photo de famille. Et j'ai pillé les récits de guerre de mon grand-oncle Antoine. Mais pour moi, revenir avec l'histoire d'un bar corse en y ajoutant saint Augustin, ce n'était pas gagné...

Pas de grand prix de l'Académie française, pas de Femina. Chaque désillusion ouvrait pourtant un nouvel espoir...

J'étais à Abou Dhabi, ça m'a simplifié les choses. La distance géographique aide à la distance psychologique. Pour avoir une chance d'obtenir le Goncourt, mieux vaut rater les choses avant. Mais on peut aussi tout rater.

Comment subissez-vous la pression médiatique?

Je n'étais pas sous pression tout le temps puisque je n'étais pas en France. J'étais tranquille. Mais il y a eu une montée en puissance. Quand je suis rentré à Paris, j'ai senti un changement. Je n'avais même plus le temps de lire.

Comment rester soi-même après une telle consécration?

Pour ce qui me concerne, rien n'est changé.

Il y a eu beaucoup de commentaires sur votre style. Votre avis?

Ce n'est pas à moi de tenir un discours sur ma manière d'écrire. J'ai un jugement artisanal. Quand on parle de style, on fait à tort une distinction entre le fond et la forme. Le fond nourrit la forme et inversement. J'ai l'impression d'obéir à une nécessité interne. Bien plus que le style, ce qui compte, c'est la singularité de ce qu'on écrit.

La comparaison avec Proust vous agace au lieu de vous flatter...

C'est une connerie monumentale. Faut ne jamais avoir lu Proust pour dire une chose pareille. Le fond de la comparaison, ce sont les phrases longues. Ce n'est pas une nouveauté extraordinaire de faire des phrases longues et ça ne qualifie pas un style.

Qu'avez-vous apporté de nouveau à l'enseignement de la philo?

J'essaie de faire mon travail correctement. Je n'ai pas de points de comparaison, je suis le seul prof de philo que je fréquente. Ma prof de philo de terminale a déterminé assez profondément ma manière de concevoir l'enseignement. Sans elle, je n'aurais pas eu envie de faire de la philosophie.

Vous seriez tenté par une définition philosophique de la notoriété?

La vulgarisation de la philosophie ne me plaît pas du tout. La philosophie est une discipline, ce n'est pas du coaching psychologique, ni une réflexion générale sur l'existence. Je suis d'un très grand classicisme.

Que peut-on savoir du Ferrari intime?

C'est comme pour le style, se définir soi-même est un exercice assez grotesque.

Le militantisme au sein de la famille nationaliste, c'est un passé révolu?

Je ne renie pas cette période, je l'assume et je peux l'expliquer. Le contexte a changé. Je trouve le romantisme de plus en plus dangereux.

Un attachement à la terre qui se conjugue avec le goût de l'ailleurs...

Je suis binaire. J'aime appartenir à plusieurs mondes en même temps. La curiosité me pousse. Mais j'avais envie de fêter le Goncourt en Corse.

Et sur la manière de vivre avec la bonne fortune?

Ça dépend absolument de soi, de la manière dont on gère le succès. Pour moi, c'est simple, je continue mon travail. Je ne change rien. Je fais plus de rencontres qu'avant. C'est une expérience nouvelle. On a quelque devoir vis-à-vis de ce qui s'est passé, car ce prix, on n'est pas obligé de l'accepter.

Quel accueil à votre retour aux Emirats Arabes Unis?

Un excellent accueil. Mes élèves ont mis en scène un bar corse dans la salle de classe et fixé des autocollants à tête-de-maure sur les murs, simulé des joueurs de belote. Ils pensaient que le Goncourt est récompensé par un chèque de 10 ?, et ils ont accroché une banderole disant : « à ce prix-là, mieux vaut faire du baby-sitting ».

L'enfance à Fozzano, encore la fin d'un monde?

Je vais y passer les fêtes. On a notre maison, la seule personne qui l'a habitée à titre permanent un moment, c'est moi, pendant deux ans, été comme hiver.

Vous en avez rêvé un jour de ce prix?

Non. Cela ne me paraissait pas une perspective raisonnable étant donné la manière dont se déroulait la fortune de mes livres depuis le début.

Le titre d'un ouvrage, ça compte?

J'ai toujours le titre en tête avant d'écrire, ça conditionne un peu la manière dont se construit le texte, ça me porte beaucoup.

Risquez-vous d'y perdre votre âme dans l'histoire?

J'espère que non. Abou Dhabi est une très bonne chose. Je n'y vis que depuis quatre mois, je suis encore dans le dépaysement. Je m'installe dans un nouveau poste, avec de nouvelles fonctions, dans un nouveau pays. Cela fait beaucoup de choses à penser. Je m'occupe de la formation des profs de philo sur plusieurs pays, toute la péninsule arabique et la péninsule indienne. Pour ce qui est de perdre mon âme, je ne m'inquiète pas. On peut avoir des surprises sur soi-même, mais je ne crois pas.

Que lisez-vous en ce moment?

Les deux derniers ouvrages que j'ai lus : Les œuvres de miséricorde de Mathieu Riboulet (prix Décembre 2012), et Peste et choléra de Patrick Deville (prix Femina).


Le sermon sur la chute de Rome, prix Goncourt 2012 (éditions Actes Sud)
1968 : naissance à Paris.
1988 : licence de philosophie à Paris 1. Il obtient ensuite l'agrégation. Il est également titulaire d'un DEA d'ethnologie.
2001 : début de sa carrière d'écrivain avec Variété de la mort (éditions Albiana). Il s'agit d'un recueil de nouvelles.
2003 : publication de son premier roman, Aleph Zéro, (Albiana).
2007 : Dans le secret (Actes Sud).
2008 : Balco Atlantico (Actes Sud).
2009 : Un dieu, un animal (Actes Sud), Prix Landernau.
2010 : Où j'ai laissé mon âme obtient le prix du meilleur roman France Télévisions.
Septembre 2012 : il quitte le lycée Fesch d'Ajaccio pour un poste d'enseignant au lycée français d'Abou Dhabi aux Emirats arabes unis (EAU).
7 novembre 2012 : il reçoit le prix Goncourt pour Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud).
Source: http://www.corsematin.com/article/jerome-ferrari-%C2%ABjaime-appartenir-a-plusieurs-mondes%C2%BB.852596.html
Publié sur Corse-Matin (http://www.corsematin.com)
Et voici le magazine Via cultura du 21 décembre :

http://corse.france3.fr/emissions/cultura

Jérôme Ferrari à la rencontre de ses lecteurs

L'écrivain Goncourt 2012 pour son dernier roman "Le Sermon sur la chute de Rome" est en Corse pour y rencontrer ses lecteurs. Il sera vendredi à 21h30 l'invité du magazine Via Cultura sur France 3 Corse ViaStella.
Par Grégoire Bézie

ferrari
L'écrivain Jérôme Ferrari, 44 ans, Prix Goncourt 2012
"Le Sermon sur la Chute de Rome" © ERIC FEFERBERG /AFP
Accueil triomphal pour le prix Goncourt 2012, de retour en Corse pour quelques jours et une tournée ! Cinq cents personnes se sont pressées mercredi soir au pied de la scène du théâtre de Bastia, pour une soirée événement organisée conjointement par la librairie Les Deux Mondes et la municipalité bastiaise. L'écrivain s'est prêté au jeu des questions-réponses avant une séance de dédicaces bien fournie.



Jérôme Ferrari a poursuivi sa tournée événementielle dans l'île en marquant l'arrêt à la Bibliothèque de l'Université de Corse le jeudi 20 décembre, pour une discussion ouverte. Vendredi 21 décembre, l'écrivain était également à la librairie La Marge à Ajaccio pour une séance d'autographes.

Jérôme Ferrari, invité de Via Cultura

L'écrivain a accepté d'être l'invité de l'émission Via Cultura, le vendredi 21 décembre, à 21h30 sur France 3 Corse ViaStella. Jérome Ferrari reviendra sur le chemin parcouru depuis son premier opus "Variétés de la mort" paru en 2001 au sacre du "Sermon sur la chute de Rome", édité chez Actes Sud.
L'écrivain évoquera sa vision du monde et de la Corse et nous fera partager l'une de ses dernières expériences, scénariste. Jérome Ferrari a co-signé le scénario d'un court-métrage, "Suis-je le gardien de mon frère", réalisé par Fréderic Farrucci.

ferrari

Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari

Jérôme Ferrari est décidément - qui s'en plaindrait ? - très à l'honneur en cette période de rentrée littéraire. Plusieurs pages du Monde des Livres, un article dans Télérama, d'autres encore...
Extraits :


Drôle d'abîme.

Par Raphaëlle Leyris, LE MONDE DES LIVRES, 24.08.2012

Il n'est pas de petite allégorie pour un sermon puissant. Pas d'intrigue trop ténue pour un grand roman. Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari, est les deux à la fois, malgré un fil central qui pourrait sembler dérisoire. Il y est question du bar d'un village corse. De la manière dont Matthieu et Libero, des amis d'enfance, abandonnent leurs études de philosophie pour en reprendre la gérance. De leur certitude d'y créer "le meilleur des mondes possibles" cher à Leibniz - un monde fait de jolies serveuses, d'alcool et de charcuterie du cru. Très tôt, l'écrivain annonce que cela finira mal, par "une nuit de pillage et de sang", qui détruira ce que Matthieu tenait pour "le lieu choisi par Dieu pour expérimenter le règne de l'amour sur terre".

Les ex-aspirants philosophes se verront alors rappeler la leçon de saint Augustin, et de ses sermons sur la chute de Rome, en 410, dont l'évocation structure le roman (lire l'éclairage de Frédéric Boyer page 2) : il n'est pas d'empire qui ne soit mortel. Cela vaut pour la Rome du Ve siècle comme pour un univers aussi étriqué que ce bar de village du XXIe, avec ses parties de cartes où l'on plume les pigeons, ses coucheries médiocres et ses compétitions de virilité stupides. Cela vaut tout autant pour l'empire colonial français dont traite également Le Sermon, à travers un autre fil : la trajectoire de Marcel Antonetti, le grand-père de Matthieu, qui pensait vivre la grande aventure aux colonies, et n'y a connu que le pourrissement. Même pas celui de l'empire, à côté duquel il est passé ; seulement celui que la chaleur infligeait à la chair. Marcel est revenu au village ruminer ses échecs. C'est lui qui, malgré le mépris qu'il voue à son petit-fils, lui donne de quoi reprendre la gérance du bistrot. Pour se payer la joie mauvaise de voir sombrer l'univers d'un autre.

Les lecteurs qui avaient découvert en nombre Jérôme Ferrari avec le suffocant Où j'ai laissé mon âme (Actes Sud, 2010), seront peut-être surpris de le voir quitter les caves algéroises où des officiers français se perdaient en pratiquant la torture, pour gagner le zinc d'un bistrot et y arbitrer le match entre saint Augustin et Leibniz. Mais, au fond, Jérôme Ferrari, professeur de philosophie né en 1968, semble construire toute son oeuvre autour d'une phrase, la première d'Un Dieu, un animal (Actes Sud, 2009) : "Bien sûr, les choses tournent mal." Ce "bien sûr " l'annonce : il ne s'agit pas seulement pour l'écrivain de constater la mortalité des choses. Il faut en examiner les modalités.

Car il y a plusieurs manières d'aller vers l'inéluctable. Et si Matthieu fonce vers l'abîme yeux et oreilles fermés, si Libero le fait en donnant "un assentiment douloureux, total, désespéré à la stupidité du monde", la soeur du premier, une archéologue, incarne une face lumineuse du libre-arbitre cher à saint Augustin. Elle est "prête à assumer tous les échecs pourvu qu'ils fussent les siens". Elle n'a rien contre "l'irrévocable". Elle veut simplement décider de la forme qu'il prendra.

UN MODESTE BISTROT

La phrase extraordinairement travaillée et sinueuse de Jérôme Ferrari s'emploie à explorer les voies que chacun se choisit - plus admirable encore dans Le Sermon qu'elle ne l'était dans ses romans précédents. L'auteur la maîtrise à plein, aussi habile pour l'étirer dans toute sa puissance et sa gravité que pour la gonfler d'ironie, et jouer du contraste entre son déploiement solennel et une pointe finale parfois drolatique sur laquelle elle vient s'éteindre. Il la parsème d'incises qui peuvent embrasser plusieurs temporalités à la fois et semblent servir à rappeler la finitude de tous destins, à la manière des mouches sur les vanités de l'âge baroque.

Alors, vraiment, le meilleur roman de la rentrée littéraire pourrait avoir pour cadre un modeste bistrot ? Vraiment. Toute l'oeuvre de Jérôme Ferrari converge vers ses banquettes. Un café servait déjà de décor à Dans le secret (Actes Sud, 2007), qui s'interrogeait sur les destins que l'on se choisit en mettant en parallèle histoires de zinc et souvenirs coloniaux ; celui, précisément, du Sermon accueillait ses habitués dans Branco Atlantico (2008), qu'il faut lire pour savoir ce qui a rendu Virginie Susini, la fille de la propriétaire, si apathique et désespérée. Autre preuve de la cohérence du Sermon avec le reste de l'oeuvre "ferrarienne" : il est traversé par la silhouette d'André Degorce, l'un des deux officiers d'Où j'ai laissé mon âme, victime devenue bourreau, brisé par ses propres agissements. Il est le beau-frère et le modèle de Marcel Antonetti.

Convaincu que la fin est dans le début, Jérôme Ferrari construit ainsi un ambitieux cycle romanesque qui ne dit pas son nom, dont Le Sermon sur la chute de Rome constitue l'acmé. Il apporte la preuve que, non content d'être un auteur extrêmement original, il est un écrivain à la tête de son propre monde. Un monde minuscule et passionnant, hanté par des personnages dont la dimension tragique n'exclut pas le grotesque. Un monde voué à la destruction ? Forcément. Que cela ne vous empêche surtout pas de l'habiter pleinement.

Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari, Actes Sud, 208 p., 19 €.

Raphaëlle Leyris
Extrait

"(Aurélie) était venue embrasser les siens avant de partir, son grand-père surtout, et profiter de leur présence, et elle assistait tous les soirs après le dîner au numéro de Matthieu, car il était apparemment devenu obligatoire de faire une étape au bar et d'y boire un verre en famille, Matthieu venait s'asseoir à leur table, il parlait de ses projets d'animation pour l'hiver, des combines que Libero et lui avaient imaginées pour s'approvisionner en charcuterie, du logement des serveuses, et l'homme qui partageait alors, pour quelques mois encore, la vie d'Aurélie, semblait trouver tout cela passionnant, il posait des questions pertinentes, il donnait son avis, comme s'il lui fallait gagner absolument l'affection de Matthieu, à moins, comme Aurélie commençait à le soupçonner sérieusement, qu'il ne fût au fond un imbécile qui se réjouissait d'avoir trouvé un autre imbécile avec lequel il pouvait proférer à l'aise toutes sortes d'imbécillités."
Le Sermon sur la chute de Rome, pages 88-89

Rencontre. Jérôme Ferrari: la littérature, "meilleur antidote à la bêtise"

LE MONDE DES LIVRES du 24.08.2012

Par Jean Birnbaum

La bêtise est une force spirituelle. Elle n'a guère à voir avec l'ignorance : certains de ses fidèles les plus zélés ne sont-ils pas des puits d'érudition ? La bêtise relève plutôt d'une perversion de la conscience : un mélange de désinvolture morale et de dégoût vigilant, qui conduit à haïr la liberté. Sans cesse les imbéciles se défilent, partout ils refusent de faire face. Une chose et une seule suscite leur mobilisation : la guerre à l'intelligence. Quand il s'agit d'en finir avec l'esprit critique, la bêtise devient légion métaphysique et matérielle, appuyée par d'innombrables soldats, vieux briscards ou engagés de la dernière heure... Cette lutte à mort traverse toute l'oeuvre de Jérôme Ferrari. Dans son nouveau roman, Le Sermon sur la chute de Rome, elle se trouve orchestrée avec souffle, loyauté et humour, à la manière des contes voltairiens et des chansons de Brel.

La médiocrité comme exaltation mystique, comme rage spirituelle, c'est Bernanos qui en fit pour de bon une affaire d'écrivains. "La colère des imbéciles remplit le monde", résumait-il. En allant à la rencontre de Jérôme Ferrari, nous brûlions donc de lui poser la question : et Bernanos dans tout ça ? "C'est drôle, a-t-il répondu, je ne l'avais jamais lu, mais je viens de le découvrir cet été. Et je comprends pourquoi ses livres me touchent : il ne fait pas de psychologie, chez lui la bêtise comme le péché sont des concepts métaphysiques. Il montre bien l'aspect routinier, non brillant, du Mal : ton péché n'est même pas original, dit-il, tu ne fais que feuilleter un livre aux pages pleines de graisse, déjà tournées mille fois !"

Il en va ainsi du train-train abject qui rythme la vie du bar créé par Matthieu et Libero, les deux jeunes héros du Sermon... Ce qui se joue là, ce n'est pas seulement la fin du monde au quotidien, autrement dit l'accumulation des rendez-vous manqués, des espérances déçues. C'est aussi la confrontation entre deux places fortes : d'un côté, "la citadelle de l'Esprit-Saint", essentiellement défendue par des femmes, à commencer par la figure d'Aurélie, anthropologue et grande soeur de Matthieu ; d'un autre côté, "la citadelle imprenable de (la) bêtise", laquelle se confond avec ce bistrot que les deux jeunes Corses veillent à protéger de tout contact avec l'esprit. "A travers ces personnages, précise Ferrari, j'ai voulu marquer deux attitudes différentes vis-à-vis de la bêtise. Pour Libero, c'est quelque chose d'explicite, il considère qu'il vit dans un monde où il n'y a plus de place pour la pensée ; pour Matthieu, c'est moins réfléchi, la bêtise est une chose qu'il aime spontanément..."

Ces deux postures, Jérôme Ferrari confie les avoir lui-même vécues. D'expérience, il sait que la bêtise n'est "pas un camp extérieur à soi", mais une démission intime, qui nous menace tous à chaque instant. Pour lui, le moment périlleux fut celui des 20 ans. Installé en Corse après une maîtrise de philosophie, ce Parisien de naissance s'enflamme pour le nationalisme et devient rédacteur dans un journal indépendantiste. Avec le recul, il évoque cette période comme celle du conformisme discipliné : "Pendant deux ans, j'ai eu le sentiment d'appartenir à un troupeau et rien ne me faisait plus plaisir ! Plus le temps passait, plus mon écriture se transformait en bouillie infâme. Ça s'est mal passé, et heureusement : ceux qui ont continué ont parfois mal fini... Je pense d'ailleurs que la pérennité du nationalisme corse, du moins dans sa mouvance armée, tient à une mythologie d'autant plus puissante qu'elle est excessivement bête..."

"ACTIVITÉ HONORABLE"

Viré de son journal, paumé, Ferrari se retrouve sans ressources avant de partir au service militaire. C'est alors qu'il se plonge dans les livres, dans la Bible et aussi dans Dostoïevski : "Comme j'étais chômeur, je n'appartenais pas à un contingent d'étudiants. Il y avait là un sergent de 19 ans qui m'a dit : "Je t'ai à l'oeil toi !". Il avait vu mon diplôme de philo et en avait déduit que j'étais anti-militariste... Pour aggraver mon cas, je lisais Dostoïevski dans "La Pléiade" ! Je n'avais pas un rond, pourtant, et je dois rendre hommage à mon père, qui n'a jamais supporté les restrictions à l'égard de la littérature : pour l'achat de livres, j'ai toujours eu un crédit illimité", se souvient l'écrivain.

Aujourd'hui professeur de philosophie, et bientôt conseiller pédagogique à Abou Dhabi, Jérôme Ferrari refuse de se dire philosophe et préfère s'en remettre à la littérature, à une certaine tradition spirituelle aussi. Quand on lui demande ce qui le pousse à mobiliser ainsi un lexique religieux, il avoue qu'il est incapable de s'expliquer là-dessus, que ce vocabulaire lui paraît simplement "le plus adéquat" pour saisir ce qui l'intéresse, et qu'en l'espèce la question de savoir si on croit en Dieu ou non est sans importance. "Ce qui m'a intéressé chez Augustin, par exemple, c'est qu'il a été manichéen. Pour lui, il y a vraiment deux puissances qui s'opposent", dit-il. Le Bien et le Mal, la bêtise et l'esprit... A ceux qui lui reprochent un certain pessimisme, l'écrivain oppose la valeur émancipatrice de la littérature : "Un roman qui a de l'effet sur moi constitue le meilleur antidote à la bêtise. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai immédiatement trouvé que c'était une activité honorable." Ce en quoi Ferrari rejoint encore Bernanos dans son combat contre les forces de la médiocrité : pour l'auteur du Sermon sur la chute de Rome comme pour celui de Sous le soleil de Satan, l'espérance véritable est un désespoir surmonté.

Jean Birnbaum

Keskili ?

Un premier souvenir de lecture ?

Il ne s'agit pas réellement d'un premier souvenir, mais c'était la première fois que je faisais une telle expérience de la beauté : Les Dialogues de Platon que j'ai lus en terminale. Et puis, peu de temps après, Oui, de Thomas Bernhard (Gallimard). J'étais stupéfait de découvrir ce qu'on pouvait faire avec le langage.

Le chef-d'oeuvre inconnu que vous portez aux nues ?

Malacarne, de Giosuè Calaciura (Les Allusifs). Ce livre a changé ma manière d'écrire.

Le chef-d'oeuvre officiel qui vous tombe des mains ?

Belle du Seigneur, d'Albert Cohen (Gallimard). J'ai détesté ce roman quand on me l'a offert, à 20 ans. Puis, quelques années plus tard, je me suis mis à l'adorer, au point de le lire trois fois. Il m'est aujourd'hui impossible de comprendre pourquoi.

L'écrivain que vous aimez lire mais que vous ne voudriez pas rencontrer ?

En voici deux : Léon Bloy et Thomas Bernhard.

Un livre récent que vous avez envie de lire ?

Peste & Choléra, de Patrick Deville (Seuil). J'avais adoré Kampuchéa (Seuil, 2011).

Le livre qui vous a fait rater votre station ?

Le métro n'est plus pour moi qu'un lointain et douloureux souvenir, mais Guerre et Paix m'a valu quelques retards.

Celui qui vous réconcilie avec l'existence ?

Les Démons, de Dostoïevski. Ça peut paraître curieux, mais je l'ai lu pendant mon service militaire, à une époque où la lecture était ma seule joie.

Celui que vous avez envie d'offrir à tout le monde ?

Le Cheval blême, de Boris Savinkov (Phébus). D'ailleurs, je l'offre à tout le monde.

Celui qui vous fait rire ?

Portnoy et son complexe, de Philip Roth (Gallimard). J'ai dû renoncer à le lire devant témoins.

L'auteur que vous aimeriez pouvoir lire dans sa langue ?

Dostoïevski. Je pense que ça restera un rêve.

Le livre que vous voudriez avoir lu avant de mourir ?

A la recherche du temps perdu. Au moins Du côté de chez Swann, pour pouvoir me dire que j'ai lu Proust. J'ai honte. Je ne désespère pas.

 

Ceci n'est pas un péplum. Mais le récit chaotique et revigorant de la vie des membres d'une famille traversant le xxe siècle comme sur un radeau de survie.

On aime passionnément

C'est un roman qui se désagrège à chaque page, et qui pourtant offre un grand sentiment de sécurité. Un livre meuble, fuyant, insaisissable, sur lequel on peut néanmoins prendre appui, pour avancer en confiance. Le titre, déjà, est un faux plancher, un sol qui se dérobe. Détrompez-vous, Jérôme Ferrari n'a pas écrit un péplum, ni une étude sur Tite-Live. Sa brève note d'intention éclaire, puis il éteint la lanterne, pour ne plus revenir dessus, sauf par éclats fugaces. Nul besoin pour lui de s'appesantir sur ce qu'il a énoncé une fois pour toutes, au détour de phrases concises. Le Sermon sur la chute de Rome a donc été prononcé par saint Augustin, en 410, dans la cathédrale disparue d'Hippone, avec le message : « Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt. »

Voilà pour l'explication. Place à l'action. Elle naît, elle grandit, elle meurt, comme les mondes qu'elle traverse. Elle est nerveuse, chaotique, protéiforme. Elle court sur plusieurs générations du xxe siècle, s'évapore dans un coin pour exploser dans l'autre, car les tribus sont à la fois des bombes à retardement et des tremplins. Elle prend naissance sur un portrait de famille en noir et blanc, datant de l'été 1918. Le grain de la photo a absorbé Marcel, comme le trou d'un sablier. L'enfant n'y figure pas. Déjà mort, pas encore né ? Il s'interrogera longtemps sur cette inconcevable inexistence.

Très vite, l'auteur nous happe par son écriture si profonde, proche des émotions, et pourtant pleine de recul. Ce Marcel réapparaîtra, fils blessé, mari fataliste, père absent, grand-père injuste, jonglant avec les patates chaudes que le destin a le chic de maintenir en combustion. Il disparaîtra, éclipsé par d'autres vies venues de la sienne, effacé par des descendants qui auront comme lui à repousser de leurs poings les murs invisibles qui emprisonnent tout individu. Perché en bout de branche de cet arbre généalogique sec et noueux, son petit-fils Mathieu cherchera lui aussi sa place dans le monde, en ouvrant un bar avec un copain, dans un coin perdu de Corse, après ses études de philo. A l'instar de son grand-père, le jeune homme fait surface dans le récit, puis replonge, ressort la tête, et sombre à nouveau. Pour Jérôme Ferrari, la vie est une noyade, et son livre, un magnifique radeau de survie.

Comme dans ses romans précédents, aux titres déjà énigmatiques et forts (Un dieu un animal, Où j'ai laissé mon âme), Jérôme Ferrari saisit cet instant où tout bascule, où la bulle du rêve et de l'ambition éclate pour laisser place au vide abyssal. Mais pour lui, le vide est un espace qu'il y a toujours moyen d'occuper, une terre vierge qu'il faut cultiver pour la faire renaître. Dommage que l'écrivain américain Don DeLillo ait déjà pris le titre d'Outremonde, parce qu'il aurait parfaitement convenu à ce livre bref si fourmillant, à la recherche d'un ailleurs, si intérieur soit-il. D'oeuvre en oeuvre, Jérôme Ferrari bâtit un outremonde sans pareil, intimiste et puissant. — Marine Landrot pour Télérama

 

serment

Jérôme Ferrari : Un dieu un animal

Actes Sud (2009).

un_dieu

J'ai découvert seulement récemment ce livre magnifique de Jérôme Ferrari qui date de 2009.
Dans ce roman, Jérôme Ferrari met en scène un soldat égaré dans le culte de la défaite et dans son amour d'enfance.

Le héros semble avoir vécu jusqu'à l'adolescence une vie «normale» : un ami d'enfance, Jean-Do, et un premier amour à peine ébauché avec Magali, une jeune touriste passant ses étés au village. Mais il n'arrive pas à devenir adulte. Engagé volontaire, il a sillonné le monde des nouvelles guerres. On le retrouve errant dans son village corse comme dans un cimetière. Le narrateur suit l'errance de cet homme revenu de tout, désespéré par la mort accidentelle de son ami d'enfance. En parallèle on suit son amour d'enfance, Magali, étudiante en psychologie devenue chasseuse de têtes dans le monde sans pitié de l'entreprise néolibérale.

Chacun de leur côté, ils dérivent vers le désespoir, face aux nouvelles divinités que sont la guerre et l'entreprise. Un récit emblématique d'une certaine jeunesse perdue, soumise à la violente emprise de ces multinationales économiques et guerrières, une jeunesse dépersonnalisée, déshumanisée, incapable de trouver en soi le courage de conduire sa vie.

L'intérêt du livre réside dans le parallèle fait par l'auteur entre la folie meurtrière de la guerre et la cruauté du monde de l'entreprise ainsi que dans le regard mystique porté sur cette violence.

Les passages évoquant la vie professionnelle de Magali sont une virulente dénonciation de la dépersonnalisation de l'individu par le monde de l'entreprise, cet «être mystérieux mais tangible appartenant à un ordre supérieur immuable». Une entreprise qui extirpe jusqu'à «la dernière parcelle d'individualité», si bien que ses membres en sont réduits à s'assurer sur Internet «des preuves tangibles de leur existence», ne parvenant qu'à bâtir «un temple vide dédié au culte d'un fantôme».

Ce livre glaçant s'ouvre sur une certitude : « Bien sûr, les choses tournent mal » et se ferme sur sa confirmation.

J'ai reproduit l'entretien donné par Jérôme Ferrari à Mediapart.

Un dieu un animal est votre cinquième livre, le troisième à être publié par une maison d'édition nationale ( Actes Sud) , mais seulement le premier a obtenir une certaine visibilité dans la presse nationale et surtout dans la blogosphère littéraire.

Qu'apporte à l'écrivain que vous êtes cette rencontre avec un public de lecteurs plus large ?

J.F.

L’existence effective d’un roman en dépend. Sans lecteurs, un roman n’est rien. Et il est inévitable qu’un énorme pourcentage de la production littéraire passe totalement inaperçu. Aucun être humain ne peut lire l’ensemble des nouveautés d’une rentrée littéraire. C’est un fait déplaisant qu’il faut accepter. Mais je crois que si on pouvait être certain, absolument certain, de ne jamais rencontrer aucun lecteur, il deviendrait impossible d’écrire. Heureusement, on ne peut pas l’être. J’ai appris cette année que certains libraires avaient été amenés vers Un dieu un animal par leur lecture de Balco Atlantico, qui n’avait pourtant bénéficié d’aucune recension dans la presse. On ne sait pas ce qui rendra une rencontre avec les lecteurs possible.

E.C.

Vous êtes professeur de philosophie mais vous vous défendez d'être un philosophe. Votre dernier livre interroge néanmoins notre monde moderne en tentant de lui donner un sens, ou plutôt du sens.

L'écriture est-elle, pour vous, aussi une manière de pratiquer la philosophie ?

J.F.

Je dis, malgré mon amour de la philosophie, que je ne suis pas philosophe parce que c’est la stricte vérité, dans un sens précis : je suis incapable de créer des concepts. Il ne suffit pas d’avoir des opinions rationnelles sur le monde ou de s’engager pour être philosophe.

Mon mode d’expression est littéraire : je pense avec des histoires et des personnages singuliers. Il me semble qu’on ne peut pas concevoir un bon roman dans lequel les personnages ne seraient que le masque d’un concept ou d’une conviction idéologique, morale, etc.

Par contre, les thèmes qui me touchent sont les mêmes en philosophie et en littérature. J’aime les romans métaphysiques et c’est sans doute pourquoi j’adore Dostoievski et Styron, par exemple. Oui, il y a un fond commun, quelque chose comme la réalité de l’âme humaine et du monde, et plusieurs chemins différents qui y mènent. Le chemin romanesque a, à mes yeux, un avantage sur le chemin philosophique. Il rend mieux compte de la complexité de la réalité parce qu’il n’a pas besoin de s’embarrasser des exigences de la logique.

E.C

Votre héros part à l'étranger, quitte sa famille et son village natal, sans pour autant réussir à devenir un adulte libre. Quelles conditions aurait-il fallu pour que la rupture, l'exil, devienne facteur d'émancipation ?

J.F.

Sans doute aurait-il fallu qu’il soit à la recherche d’un objet réel, que son désir porte sur la réalité. Mais ce n’est jamais le cas chez mon personnage, ni quand il s’engage à l’armée, ni quand il cherche à revoir Magali. Il cherche quelque chose qui n’existe pas. Qu’est-ce qui nous manque, en fait ? Que désire-t-on vraiment ? Peut-être rien du tout. Ce sont des questions qui m’intéressent beaucoup.

E.C.

Cet amour adolescent entre vos deux héros est réinvesti et idéalisé par ces derniers. Pourtant, il fut à peine ébauché et vite oublié. La mémoire est-elle toujours remodelée, réinventée ?

J.F.

Le thème de la mémoire réinventée est central dans Balco Atlantico. Dans Un dieu un animal, ce n’est pas tant la mémoire qui m’intéressait que le souvenir lui-même. Bien sûr, le personnage masculin idéalise le souvenir de Magali, il se persuade qu’il n’a jamais pu l’oublier, ce qui est, en l’occurrence, une illusion. Mais la persistance du passé, sa participation à une forme d’éternité, son autonomie, en quelque sorte, voilà des idées qui ne me paraissent pas illusoires et qui me touchent beaucoup d’un point de vue esthétique.

E.C.

Vos deux héros se fondent dans des groupes et s'y dépouillent d'eux-mêmes au profit d'une entité extérieure, supérieure. Vous poussez loin l'analyse de ce processus de dépersonnalisation et évoquez les liens complexes qui se tissent entre abandon de soi, griserie et volupté.
La «griserie» est-elle l'élément moteur de ce processus ?

J.F.

On ne peut pas vivre sans appartenir à des groupes. Le problème commence, à mon avis, quand le groupe atteint une certaine taille et s’organise autour d’éléments abstraits qui finissent par devenir plus réels que les individus qu’ils fédèrent. Sans griserie, sans volupté, de tels groupes ne pourraient jamais se constituer. La perte de soi a quelque chose de voluptueux.

Mais je ne crois pas qu’elle soit vécue comme telle ; on a plutôt l’impression qu’on est vraiment devenu soi-même, au moment précis où on a perdu jusqu’à la faculté de juger, on a l’impression de vivre des relations humaines solides. Il y a là un mensonge, un mensonge explicite : « chacun de nous est important », « nous nous aimons », « nous sommes frères ». Et tout ça s’accompagne d’une débauche de sentimentalisme d’autant plus dégoulinant qu’il dissimule la violence la plus dure et la plus cynique.

E.C.

Dans votre livre, le rapport de vos personnages à la violence est ambigu. Il y a une sorte de sacralisation de cette violence associant l'amour à la souffrance, une approche difficile à comprendre. Pouvez-vous éclairer ce point ?

J.F.

C’est ce qui caractérise la vision mystique, l’union des contraires, non leur disparition, au sein d’une unité mystérieuse. Hallâj, qui joue un rôle très important dans le roman, explicite constamment cela dans ses magnifiques poèmes. Dans l’un d’eux, il parle d’un hôte qui accueille son invité avec une grande bienveillance et le fait exécuter au matin. J’ai la conviction intime que Hallâj a compris sa propre exécution comme l’expression la plus haute de l’amour de Dieu. L’étreinte d’un être qui nous dépasse infiniment ne peut que nous détruire. Je ne suis pas moi-même mystique mais c’est vraiment quelque chose que je respecte beaucoup. J’y vois une tentative désespérée et magnifique de voir le monde tel qu’il est et de préserver malgré tout la possibilité de l’amour.

E.C.

L'originalité de votre roman qui fait un parallèle entre l'entreprise et la guerre tient justement au regard mystique porté sur leur violence.
Ce regard a-t-il été initié par ces quatre années passées en Algérie, dans une société imprégnée par la religion ?

J.F.

La société algérienne est bien plus religieuse que la nôtre, c’est vrai, mais ça ne veut pas dire qu’elle soit mystique. C’est quand même en Algérie que j’ai découvert le mysticisme. Mon ami Ryad Girod m’y a fait découvrir la poésie de Hallâj, d’Ibn Arabi, une poésie somptueuse qui m’a bouleversé.

C’est aussi en Algérie que j’ai vraiment compris, au travers de beaucoup de témoignages d’élèves et d’amis sur la période du terrorisme, à quel point le monde était violent, plus violent que nous pouvons l’imaginer et je crois que je ne pourrai plus l’oublier, ni écrire comme s’il en était autrement.

E.C.

Outre la beauté des images, votre style séduit par sa fluidité, sa limpidité mystérieuse, sa concision. Il y a une grande adéquation de la forme au contenu, obtenue avec une belle économie de moyens, ce qui donne une impression de facilité. Le «tu» permet ainsi un glissement naturel et, paradoxalement, presque magique d'un personnage à l'autre, d'un lieu à l'autre...
Cette narration à la deuxième personne, déjà amorcée dans une précédente nouvelle, a-t-elle seulement été motivée par le sujet de votre roman ou annonce-t-elle une évolution de votre style ?

J.F.

La narration à la deuxième personne fait partie du projet initial du roman, elle en est indissociable. Elle ouvrait les perspectives stylistiques dont j’avais besoin, un certain ton, solennel et liturgique, la possibilité d’exprimer immédiatement la bienveillance et la cruauté et elle résolvait (cela, je l’ai découvert en écrivant) le problème du passage en continu d’un personnage à l’autre. Je suis absolument incapable d’écrire un roman si je ne dispose pas de quelque chose de radicalement nouveau par rapport au précédent. C’est la mise en œuvre de cette nouveauté qui me permet d’avancer et j’espère ne jamais être condamné à répéter les mêmes recettes. Avant chaque roman, je me demande : pourquoi ce livre devrait-il exister ? J’espère donc que mon style continuera à évoluer, deuxième personne ou pas.

E.C.

Votre récit est exempt de dialogues, votre héros ne s'appelle pas et, d'ailleurs, il n'a pas de nom. L'utilisation du «tu», contrairement à celle du «je» qui donne chair, permet au narrateur de pénétrer totalement le héros et de le dépouiller de ses pensées, de ses sentiments et de ses sensations.
Cette utilisation du «tu» était-elle aussi destinée à souligner l'aliénation de votre héros ?

J.F.

Non, je n’avais pas pensé à cet aspect des choses. Mais bon, si l’intention de l’auteur peut être intéressante, elle me semble inessentielle. L’objectivité d’un roman ne peut se dévoiler que sous le regard des lecteurs et j’ai toujours beaucoup aimé l’idée qu’ils puissent trouver dans mes textes des choses auxquelles je n’avais pas pensé du tout. Plus généralement, je crois que la force d’un roman se mesure au nombre de ses lectures pertinentes possibles. Mais il doit y avoir des contre-exemples. En littérature, il y a toujours des contre-exemples.

E.C. Sens de l'image, «flash-back», mais aussi écriture en plan serré, au plus près des personnages. Sens de l'ellipse et du fondu des enchaînements, qui m'ont évoqué Michel Deville , notamment dans un film assez mystérieux, Peril en la demeure (ex : ce gros plan sur les essuie-glace en marche , fondu , puis gros plan sur le métronome : le héros passe de sa voiture à son séjour où il joue de la guitare ...)
Votre écriture est-elle influencée par le cinéma ?

J.F.

Je dois au cinéma des émotions inoubliables. Apocalypse Now a joué un grand rôle dans la composition de Un dieu un animal. Mais dans l’écriture même, je ne sens pas l’influence du cinéma – ce qui ne signifie d’ailleurs pas qu’elle ne soit pas présente. Il peut y avoir des parallèles, bien sûr, et vous en citez un tout à fait pertinent, mais on ne peut pas transposer telles quelles les idées d’un domaine à l’autre. Par contre, je sais que l’aspect visuel est très important pour moi. Il faut que je voie les scènes que je décris.

E.C.

Vous êtes corse mais avez vécu votre enfance dans la région parisienne et n'avez appris le Corse que sur le tard. Vous traduisez les œuvres d'auteurs s'exprimant en langue corse.
Votre désir est-il de faire émerger une «littérature corse», avec le risque réducteur que comporte ce terme, ou tout simplement que la littérature prenne enfin en compte les écrivains corses ?

J.F.

La question serait plus facile s’il était possible de savoir avec précision ce que signifie littérature « corse ». Il est d’ailleurs tout aussi délicat de savoir de quoi on parle quand on se réfère à la littérature « française ». S’il s’agissait d’une simple question de localisation, il n’y aurait pas de problèmes mais ce n’est bien sûr pas le cas. L’adjectif « corse » a généralement, en Corse comme sur le Continent, des connotations qui me déplaisent et qui, bien que sans rapport avec un projet littéraire, peuvent lui nuire énormément en le faisant disparaître sous des controverses idéologiques sans intérêt. Il m’est arrivé de souhaiter être Albanais ou Bouriate.

D’un autre côté, je ne peux pas faire comme si la Corse n’était pas un élément constitutif de mes romans. Mais je refuse l’alternative qui consisterait soit à ne plus se référer à la Corse, soit à vouloir faire de la littérature régionale. L’idée même de littérature régionale me paraît grotesque. Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif. C’est là, et là seulement, qu’il doit être jugé. Je souscris totalement aux analyses de Milan Kundera sur ce point. J’ai traduit la plupart des œuvres de Marco Biancarelli non parce qu’il est Corse mais parce que la brutalité et la puissance de son style me paraissent uniques. Voici donc mon désir : que les romans soient lus pour ce qu’ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j’en serais ravi. Mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps.

Où j'ai laissé mon âme,

de Jérôme Ferrari, aux éditions Actes Sud

05/11/2010 : Le Prix du Roman France Télévisons a été attribué à Jérôme Ferrari pour son roman « Où j'ai laissé mon âme » (Actes sud).

ou
1957, Alger. Le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais, les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux. Autour de Tahar, figure étonnamment christique de la rébellion, les deux hommes devront trouver les armes pour affronter leurs trahisons intimes.
A travers trois personnages inoubliables, rassemblés dans la douleur par les injonctions de l'Histoire, Jérôme Ferrari, avec une magnifique intransigeance et dans une écriture somptueuse, invite le lecteur à affronter l'intimidante souveraineté de l'épreuve au prix de laquelle se conquiert toute liberté digne de ce nom.


Jérôme Ferrari : "La littérature comme une loupe sur la vérité de l'Homme"

Dans "Où j'ai laissé mon âme", Jérôme Ferrari met ses lecteurs face aux impasses morales de ses personnages, plongés en pleine guerre d'Algérie.
Pierre-Antoine Fournil

Avec son air de ne pas y toucher, Jérôme Ferrari est passé maître dans l'art d'asséner des claques. Son arme ? La plume, qu'il manie méthodiquement dans le brouet des passions troubles agitant ses contemporains. Surtout, ne pas se fier à son air vaguement absent lorsqu'on le croise à Ajaccio sur le cours Napoléon ou à la sortie du lycée Fesch, devisant paisiblement avec quelques-uns des élèves auxquels il enseigne la philosophie.

Au fil de ses romans, cet auteur de 42 ans dessine les contours d'une oeuvre fascinante qui a retenu l'attention de l'éditeur Actes Sud. Et celle des jurys. Le prix France Télévisions vient de lui être décerné pour Où j'ai laissé mon âme. La veille, celui de la Société des gens de lettres lui avait été attribué. Et il est encore en lice pour le prix du style (résultat lundi), pour le prix Wepler (22 novembre) et le prix des libraires (en mars prochain). Rencontre avec un écrivain qui a su donner à sa prose insulaire un relief qui touche à l'universel.

Ce prix France Télévisions, vous vous y attendiez ?

C'est un prix de lecteurs. Autrement dit, rien n'est jamais sûr. Je figurais parmi six finalistes, dont Eric Faye qui venait de recevoir le prix de l'Académie française... Ça a été une surprise complète. Annoncée en direct devant les caméras (sourire gêné).

Il s'agit de votre 3e prix littéraire (Jérôme Ferrari a reçu le prix Landerneau pour Un Dieu un animal en 2009, ndlr). Comment appréhendez-vous toutes ces distinctions ?

C'est bizarre. Il y a bien sûr la notion de reconnaissance du travail accompli. Je suis fier de ce qui m'arrive, c'est évident. On dit souvent qu'il faut être détaché vis-à-vis des prix. Je ne le suis peut-être pas assez... L'intérêt de ces récompenses, c'est aussi de prolonger la vie d'un livre, qui n'est désormais plus très longue.

Le choix de la guerre d'Algérie comme cadre de votre dernier roman résulte-t-il de votre expérience d'enseignant, durant quatre ans, au lycée international d'Alger ?

Je ne l'aurais sans doute pas fait si je n'avais pas été là-bas. Mais, ce sont surtout les témoignages du documentaire de Patrick Rotman, L'ennemi intime, qui ont joué le rôle de déclencheur. A travers les propos d'un ancien officier français ayant participé à l'arrestation du chef de l'ALN Larbi Ben M'hidi, on est immergé dans la relation complexe qui peut se nouer entre deux adversaires.

La guerre d'Algérie suscite toujours les passions. Vous n'avez pas craint de vous y frotter ?

La fiction s'en est emparée depuis peu. Cela remonte en fait à la précédente rentrée littéraire, avec Des Hommes, le magnifique roman de Laurent Mauvignier. Ma crainte était effectivement que Où j'ai laissé mon âme soit accueilli sur un mode uniquement politico-idéologique. Ça n'a pas été le cas. Le temps commence à faire son ouvrage.

Et le fait de « refiler » le rôle du partisan de la méthode dure à un Corse, le lieutenant Andreani, cela vous est venu naturellement ?

En quelque sorte. Pour rentrer dans une histoire qui m'est étrangère, celle de la guerre d'Algérie, il fallait que j'utilise quelques éléments qui me sont familiers. De plus, ce personnage s'exprime à la première personne du singulier. Ses origines corses m'ont aidé à le saisir plus profondément. Même s'il ne s'agit pas de la personne la plus recommandable qui soit...

Votre précédent roman, Un Dieu un animal, évoquait déjà la guerre. C'est devenu votre thème favori ?

La guerre fait office de décor, mais elle n'est pas le thème de ces romans. Un Dieu un animal traite du mysticisme et il est question d'impasse morale dans Où j'ai laissé mon âme. Peut-être ai-je un goût pour la guerre... Ou en tout cas pour les situations extrêmes qui nous permettent d'en apprendre davantage sur les hommes. L'Homme est au centre de tout. Est-ce un hasard si le plus grand livre sur la guerre et les camps s'intitule Si c'est un homme ? Ainsi, qu'on le veuille ou non, la pratique de la torture révèle l'un des visages de l'humanité.

Et le divin ? C'est une notion qui, d'un livre à l'autre, semble aussi vous préoccuper...

Oui, beaucoup. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Le capitaine de mon roman est confronté à des problèmes moraux d'autant plus vifs qu'il est chrétien. Par ailleurs, le récit s'articule autour de trois jours en référence aux trois jours de la Passion. Mon officier et son prisonnier algérien sont plongés dans un face-à-face qui évoque celui de Pilate et du Christ. Pas celui des Évangiles, mais celui de Mikhaïl Boulgakov, dans Le Maître et la Marguerite, que je cite en exergue. Notamment cette phrase : « Il dit que même en présence de la lune il ne connaît pas de repos, et qu'il fait un vilain métier. »

Vos élèves de terminale du lycée Fesch vous lisent-ils ?

Aucune idée. Nous n'en parlons pas. J'essaye de séparer les choses. Au Fesch, je suis leur professeur de philo. Le sujet, c'est eux et non pas moi.

Davantage enseignant ou écrivain désormais ?

Les deux. Même si, cette année, avec la parution de Où j'ai laissé mon âme, mon activité d'écrivain a pris une place plus importante. Depuis septembre, la promotion de ce roman m'oblige à monter à Paris environ une fois par semaine.

Un nouveau projet littéraire en préparation ?

Aucun en ce moment. Mon travail d'enseignant, le roman et ma vie de famille me prennent 128 % de mon temps. J'y reviendrai quand ça se calmera. Ce qui ne devrait pas tarder.

Comme un divertissement en somme ?

Je n'ai jamais envisagé la littérature comme un divertissement, même en tant que lecteur. Elle est une loupe sur la vérité du monde et de l'Homme, comme l'art en général.

Propos recueillis par Sébastien Pisani, Corse Matin, 13 novembre 2010

Dans le secret

Jérôme Ferrari, Actes Sud/Babel, 2007

ferrari_secret

Quelques paroles chuchotées au creux de l'oreille d'Antoine, qu'il n'est même pas sûr d'avoir bien comprises, font naître le doute dans son esprit. Sa femme Lucille aurait-elle un amant ? Troublé, Antoine perd ses repères, et plonge dans un monde où ses maigres certitudes sont réduites à néant.

Propriétaire avec Batti d'un bar en Corse, Antoine s'étourdit entre alcool, drogue et sexe..Il se coupe du monde et de ses amis Batti et José. Mais parallèlement il retrouve son frère Paul, avec qui il avait coupé les ponts. Le bon élève de la famille parti à Paris était revenu en Corse vivre au village, seul.

L'ouvrage ne se limite pas à cette chronique d'une famille en déliquescence et d'un homme en proie au doute. Jérôme Ferrari ancre son roman dans une histoire plus large, celle d'un territoire marqué par la violence, par l'exil, le départ et l'échec.

 

D'origine sartenaise, Jérôme Ferrari est né en 1968 à Paris. Il est professeur de philosophie et conseiller pédagogique au lycée français d'Abou Dhabi depuis la rentrée, après avoir enseigné au lycée international d'Alger, au lycée de Porto-Vecchio puis au lycée Fesch d'Ajaccio.

Oeuvres :

  • Aleph zéro, Ajaccio, France, Albiana, 2002
  • Dans le secret, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2007
  • Balco Atlantico, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2008
  • Un dieu un animal, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2009
  • Où j'ai laissé mon âme, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2010
  • Le Sermon sur la chute de Rome, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2012, Prix Goncourt 2012

Marcu Biancarelli

Ouvrir un livre de Marcu Biancarelli, c’est ouvrir une zone de turbulences.
Il incarne la littérature corse moderne. Bilingue (il est professeur de corse dans un lycée du Sud de la Corse), il écrit les réalités de la société corse contemporaine. Les thèmes de l’enfermement et de l’insularité sont une constante de l’univers romanesque de Marcu. Roman, nouvelle, poésie, chronique (il collabore à la revue A Pian d’Avretu), il a investi de nombreux modes d’expression écrite.

Il est le promoteur d'une écriture de nouvelle génération et reste un pionnier en matière d'utilisation de la langue corse et des thématiques abordées.

Marcu Biancarelli est né en 1968. Nouvelliste, poète, auteur de pièces de théâtre, romancier, directeur de revue culturelle, auteur de chroniques littéraires pour les journaux, essentiellement en langue corse mais aussi en langue française. Il a déjà publié Prighjuneri (2000), San Ghjuvanni in Patmos (2001), 51 Pegasi, astru virtuali (2003), Stremu Meridianu (2007), Murtoriu (2009) et enfin Cusmugrafia (2011).

murtoriu

Murtoriu (Le glas) s'ouvre sur l'assassinat gratuit d'un inoffensif berger corse, Mansuetu, dernier représentant de l'ancien monde, pour qui sonnera le glas. Le roman rend un bel hommage à ce personnage, symbole d'une société rurale mise à l'agonie par la guerre de 1914, tout en prenant acte de la fin d'un monde dont il faut savoir faire son deuil pour continuer à vivre.

Ce livre très noir évoque l'histoire d'une île qui n'en finit pas de mourir, enfermée dans ses dérives et ses contradictions, à travers le parcours de Marcantonu le narrateur, un libraire solitaire et écrivain raté dont la vie sentimentale est également un fiasco.

Assez déstructuré, ce récit semble épouser le cheminement de Marcantonu, incapable de trouver sa place dans une société moderne pervertie par l'argent et l'égoïsme.

Malgré la noirceur de ce livre, aux passages souvent très violents ou d'une crudité qui peut choquer, on rit parfois - souvent même dans ce livre très noir. On pense aux frères Coen ou à Tarentino.

Globalement un très grand livre, très fort, écrit dans une langue et un style très personnels.

Je reproduis ici une analyse très pertinente de Marceddu Jureksek publié sur Avali :

Biancarelli a réinventé une manière d’écrire en corse. La langue est secouée, contrainte, créolisée, mise au service de l’auteur et de ses fins avec ce refus évidant de toute soumission au quasi-dogme de l’illustration de la langue, dont sont si souvent victimes les écrivains d’idiomes minorés. Ainsi, il s’est bâti un style qui lui est propre et qui remue les tripes, une musique nouvelle, pas des plus lisses, ni des plus consensuelles. Les critiques, ridicules et déplacées, furent nombreuses en provenance d’un lectorat (mais les ont-ils lu, ces livres ?) vieillissant ou universitaire, les deux se confondant parfois, mais en tout cas toujours ridiculement censeur.

Il en va de même des thématiques abordées. Corse et réalité n’ont, jusqu’à lui, point connu, point osé, ou jamais selon ce point de vue, un télescopage aussi violent.

Biancarelli dresse donc l’état des lieux d’une société corse actuelle, qui s’est construite (ou détruite, c’est à voir) sur le déni du réel, de l’évolution matérialiste, consumériste et brutale, sous les coups de boutoir du tourisme-roi incontesté, aveuglés que nous étions il y a encore peu, de l’illusion nationaliste. Une société construite sur le déni de la sexualité, de l’intériorité des sentiments, de l’égoïsme généralisé.

Voilà donc le point de départ de Murtoriu, le nouveau roman de notre auteur. Le narrateur, Marcontonu Cianfarani, reclus dans sa maison de famille, dans un hameau de montagne, véritable vigie qui mire les basses terres, attend que survienne la tempête. Car cet homme vit bien loin des préoccupations qui agitent ses contemporains de la plaine, l’argent et les moyens multiples et variés (même les plus illégaux) d’en obtenir rapidement. D’ailleurs, il provoque incompréhension et mépris lorsque, pour résister à l’air du temps, il clôt les portes de sa librairie en plein cœur de la saison estivale alors que tous les autres profitent de la manne touristique.

Poète raté, selon son propre aveu, il s’obstine malgré tout à vouloir vendre des livres dans un monde qui se moque bien de littérature. L’argent, valeur suprême, est ici le saint Graal de notre société mais aussi l’acide qui la corrompt à grande vitesse. Ainsi, ces deux jeunes hommes, deux voyous, figures récurrentes du récit, près à tout pour parvenir au paradis des bienheureux d’aujourd’hui, drogue, alcool et femmes faciles, séquestres, vols, assassinent sans scrupules, avec une sorte de bonne conscience, de cette confiance que leur donne un monde fait pour les forts. Ils sont les agents et les victimes d’une société à l’agonie où une bonne partie de la jeunesse a choisi de courir dans le mur.

Heureusement pour lui, Marcantonu n’est pas seul. Il est entouré de deux fidèles compagnons célibataires comme lui, qui peuplent sa solitude. Il y a Traianu, un « roc d’amitié », comme le nomme Marcantonu, un fidèle parmi les fidèles, un agriculteur qui a réussi, un amateur d’histoire et d’architecture. Il y surtout Mansuetu. Un berger infirme, grossier, quelque peu niais, avare de paroles, il ne s’exprime parfois que par monosyllabes, « à l’ancienne », qui a choisi de vivre avec ses chèvres dans une vieille bergerie, à l’abri du temps et de la civilisation. 

Voilà certainement le personnage le plus attachant de toute l’œuvre de Marcu Biancarelli. Et pas seulement en raison de la tragique fin qui l’attend. Mansuetu, il me semble de le connaître, ou plutôt de l’avoir connu dans mon enfance. Mansuetu, c’est toute l’humanité d’une Corse qui n’est plus, « l’ultime représentation de tout cela, je crois bien qu’elle se trouve là-haut, aux Stabbia. C’est Mansuetu, entouré de ses chèvres, avec son innocence. Mansuetu qui ne sait pas ce qu’est l’économie, qui ne sait rien de la consommation, qui ne connaît pas la suffisance. Il est le dernier survivant du monde ancien. » Page 48

Je ne peux m’empêcher de penser au personnage de Lester Ballard dans le roman « Un Enfant de Dieu ». Pourtant, Mansuetu n’est pas cet être retourné à l’état d’animal et ne pensant qu’à satisfaire ses instincts que nous décrit Cormac McCarthy. Tous deux sont ces enfants de Dieu que la société abandonne, dont elle se désintéresse. Mais là où Lester va comprendre qu’il faut se méfier de ses semblables, comprendre qu’il ne peut compter que sur lui, perdant toute compassion, Mansuetu peut compter sur ses amis Traianu et Marcantonu.

À ce récit contemporain vient se mêler l’évocation des souffrances d’un autre Marcantonu Cianfarani, le grand-père du narrateur, sur les champs de mort de la première guerre mondiale et dans une Corse ravagée par la grippe espagnole. Biancarelli, à l’instar d’un Arturo Pérez-Reverte, se mue en peintre des batailles. Ici, le texte évoque alors toute la force des tableaux de Bruegel ou bien encore de Goya. Comme dans le « Triomphe de la mort », l’essentiel se déroule au fond de la toile, sur une ligne d’horizon rougie par les incendies. Cet arrière-plan, constitue paradoxalement notre présent. Car une bonne part de ce qui se passe aujourd’hui trouve là-bas son explication.

On tient alors le principal intérêt du livre, une introspection toujours fine, souvent cruelle, une plongée dans la conscience de notre époque sans aucune complaisance. La Corse telle qu’elle est au pas de nos portes. Et ce récit discontinu, incrustant des éclats brûlants de passé en plein cœur du présent, nous livre une vérité : il n’y a pas de rédemption à chercher dans notre histoire proche ou lointaine. U Murtoriu, le glas donc, avait déjà résonné bien avant ce début de XXIe siècle. Et il semble que ce soit l’énergie du désespoir qui anime les personnages de l’auteur, tous sauf Mansuetu, le plus humain d’entre eux, celui qui introduit les seuls et courts moments d’accalmie dans ce roman, qui laisse poindre l’espoir d’un peu d’amour entre les êtres. En dehors de Mansuetu, point de paix, tout est chaos.

Est-ce à dire que la vision du monde de Biancarelli est des plus pessimistes ? Je me permets cette question ridicule car je l’ai si souvent entendu nous être assénée comme un reproche.

Évidemment, l’auteur n’y exprime aucune opinion personnelle, même si il a mis beaucoup de lui dans ce texte.  Il ne dénonce rien. Il écrit, voilà tout. Car la littérature se fout de l’idéologie et de la morale. C’est une aventure intérieure, pour l’écrivain et le lecteur qui éclaire avec une effrayante puissance tous les recoins sales et cachés de la réalité. Là réside la victoire de Marcu Biancarelli.

Marcel Jureczek

C'est pour nous que sonne le glas

Au rayon de la « littérature étrangère », les éditions Actes Sud proposent dans leur dernière livraison une curiosité : au milieu de textes venus des quatre coins du monde un roman traduit du corse. C'est Murtoriu, de Marc Biancarelli, qui brosse un portrait lucide, c'est-à-dire sombre, pour ne pas dire désespérant, de la Corse d'aujourd'hui.

marcu
A Jean-Jacques Mazure, apprenti poète et céramiste, qui à l'aube de sa vie lui demandait conseil, Max Jacob, le 6 février 1942, écrit ces lignes précieuses : « Les natures tendres et élevées découvrent lentement le monde tel qu'il est et commencent à en souffrir. (...) Ta vie est divine : ne t'en fais pas trop de souci, fais le bouchon de liège et laisse-toi porter par les circonstances, gagne ta vie où tu es, applique-toi à ce que tu fais dans le moment où tu le fais et dis-toi : "A chaque jour suffit sa peine." Cherche d'abord le royaume de Dieu et le reste te sera donné par surcroît. »
Marc Biancarelli, nature évidemment « tendre et élevée », n'a sans doute pas eu la chance de recevoir, quand cela aurait pu être bénéfique, pareil conseil. Le « monde tel qu'il est », c'est avec ses tripes qu'il en a éprouvé la dureté. C'est avec une foi pure et parfaite, avec un enthousiasme inépuisable, qu'il s'est engagé dans l'existence. Forcément, il a été déçu. Forcément, le monde n'a pas été à la hauteur de ses espérances. Il a été dur, certes, mais surtout vulgaire et laid. Il a été plat, réduit à ses aspects quantitatifs, sordides, et les hommes, pitoyables appareils digestifs, réduits à de très pratiques tiroirs-caisses.
Le monde ? Il faudrait écrire notre monde. Le monde occidental. L'Europe de l'Ouest au xxe siècle. Il faudrait écrire ce monde issu de la Réforme, de la Révolution française, de la révolution industrielle, de deux guerres mondiales, du plan Marshall et de la société de consommation.

Et il faudrait préciser que cet univers en déréliction, quelques-uns, à la fin du xxe siècle, ont voulu le sauver. Ont du moins, pour eux, tenté de chercher refuge dans des recoins de ce monde épargnés par la maladie. En Corse, par exemple. Pensez ! Une île, une montagne, des traditions, une langue. Pensez ! Une situation marginale, des hameaux à l'écart de tout, peu de villes, et partout la beauté à l'état pur, qui invite à l'harmonie, au recueillement, à l'élévation.
C'est de cela que parle Biancarelli. Son héros - pour employer, par antiphrase, cette désignation commode - aimerait y vivre, dans ce paradis, y partager les plaisirs sains et salubres de la vie au grand air, des relations humaines simples et franches. Fidèle à une représentation mythique des siècles passés, il aimerait y continuer la vie de ses ancêtres, au milieu de quelques absolus : désintéressement, loyauté, droiture. Assaisonnés d'une pincée de tendresse - pour ne pas parler d'amour - et d'un peu de culture. Le bonhomme, du reste, est libraire à ses heures, écrivain à l'occasion.
Protégée de la pourriture - ou du pourrissement - du monde, la Corse ? Allons donc ! La nature elle-même est dévorée par les promoteurs - ce sont les grands triomphateurs du moment : ils ont les plus grosses voitures et les filles les mieux roulées -, et, à la suite des paysages, tout est dévoré par la gangrène, par le matérialisme le plus abject, par l'individualisme sordide, par la cupidité, par la bassesse. Tout est dévoré par la laideur, par le tourisme de masse, par l'esprit mercantile. Tout est ruiné. Le glas - murtoriu, en corse ; le mot désigne aussi un avis de décès -, le glas peut sonner : un monde est mort. Notre monde est mort. La Corse n'existe plus.
Cette fin, à dire vrai, avait commencé il y a quelque temps, avec les tranchées et les atrocités absurdes de la Première Guerre mondiale, quand d'autres glas avaient sonné. N'en était revenus que des armées de spectres. Le pays avait été déserté de ses meilleurs éléments, et n'avait plus été peuplé que de pragmatiques intéressés, soucieux d'arrondir patrimoine et revenus. Ces images, fatalement, reviennent au narrateur, quand il se débat avec son époque, quand il tente, comme il peut, reclus, dans l'amitié des innocents - dont un brave Mansuettu, berger infirme, lui aussi victime de la brutalité et de la folie de l'heure -, de donner corps à ses aspirations les plus hautes.
Le propos est généreux. La langue rocailleuse. L'ensemble, en définitive, de bonne venue, salubre et savoureux - quelle merveille que ces truites en pleine nature cuites sur des pierres plates : est-il donc impossible de mettre en Corse sa vie au diapason d'instants si parfaits ? Il est vrai que de truites, il y en a de moins en moins, presque plus. C'est pour elles, pour nous, que sonne le glas. Essayons, si on est incapable de « faire le bouchon de liège », de reposer en paix.

Murtoriu, de Marc Biancarelli, traduit du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi, Actes Sud, 272 pages, 22 €

Robert Colonna d'Istria

murtoriu

Murtoriu (Le glas) est le dernier roman de Marc Biancarelli. Ecrit en corse, comme pratiquement tous ses livres, il vient d'être publié dans sa traduction française. Au titre original, riche de connotations, a été ajouté un sous-titre intérieur, Ballade des innocents (une oraison funèbre au sens corse), soulignant l'hommage rendu par l'auteur à ces anciens Corses qu'il a connus dans son enfance et plus largement à toute cette société rurale mise à l'agonie par la guerre de 1914, comme celle de nombreuses zones montagneuses isolées dans le pays de Giono : un monde disparu dont l'inoffensif berger Mansuetu pour qui sonne le glas est le dernier témoin.

Marc-Antoine, libraire atypique et écrivain raté dont la vie sentimentale s'est avérée un fiasco, est incapable de trouver sa place dans cette société moderne pervertie par l'argent et l'égoïsme asservissant les hommes dans un rapport de domination et de soumission. Il a du mal à accorder ses mondes tant il est partagé entre sa vie présente, la réalité de ses désirs et de ses révoltes, et ses rêveries habitées par les fantômes du passé ou les créations de son imagination. Parvenu à mi-parcours, il se livre à un bilan dénué de toute complaisance, résolu à se battre pour franchir une nouvelle étape dans sa vie d'homme et d'écrivain.

Et l'auteur analyse le rapport de son héros à la langue corse et à l'écriture au travers du lien l'unissant à son père tout en abordant l'histoire de l'île par le biais de "l'autre Marc-Antoine", son ancêtre qui fut soldat à Verdun et dont il porte le prénom.

L'assassinat de Mansuetu s'annonce dès les premières pages, et Marc Biancarelli nous y conduit de manière inéluctable, prenant acte de la fin d'un monde dont il faut savoir faire son deuil pour continuer à vivre. Car Murtoriu n'est pas un livre uniquement tourné vers la violence et la mort, ni vers le passé, il s'inscrit également dans une dynamique. Dynamique de l'histoire d'une île qui n'en finit pas de mourir, enfermée dans ses dérives et ses contradictions, mais aussi de l'histoire individuelle de son héros et narrateur : deux histoires parallèles et imbriquées.

Deux fils narratifs de tonalités très contrastées alternent. Le premier, celui du héros narrateur, mené avec vivacité au présent prend volontiers le lecteur à témoin avec une dérision caustique et gouailleuse mais il s'infléchit souvent vers une simplicité sereine dans de nombreuses scènes de communion avec la nature, se transformant parfois en un chant violent et douloureux apostrophant comme dans une tragédie antique la "profonde vérité" de la destinée humaine. Tandis que le second, au passé et à la troisième personne, retrace avec beaucoup de gravité et de sensibilité, d'émotion, la guerre de 1914, ce cauchemar vécu par son ancêtre avec lequel il s'identifie parfois. Et ces deux récits s'intègrent dans une structure digressive épousant les déplacements géographiques, le cheminement intérieur et les rêves de Marc-Antoine y trouvant une première cohérence, elle-même renforcée par de nombreux signes prémonitoires récurrents jalonnant le texte. Ainsi la cloche des morts a-t-elle déjà retenti dans l'enfer de Verdun dont les images assaillent le héros, présageant la vision infernale d'un monde rural dévasté dont l'avant-dernier chapitre nous peint un tableau digne de Bruegel l'ancien ou des descriptions post-apocalyptique de Cormac McCarthy.

La langue est simple et familière, tenant sans doute à l'oralité première du corse, et si l'on trouve encore quelques résidus de la crudité  parfois violente du langage utilisé par l'auteur pour aborder le sexe, ils semblent s'intégrer dans une  logique différente de celle de ses premiers livres.

Dans ce roman, des mondes antinomiques s'affrontent: le monde de «l'âge du pain» de Pasolini et celui du Veau d'or, la douceur angélique d'un agneau sacrifié sur l'autel de la modernité et la violence barbare des malfrats d'aujourd'hui, ultime profanation d'un peuple qui a perdu son âme. La vision infernale de cette boucherie inutile de 1914 y côtoie la vision paradisiaque d'une simple partie de pêche au sein d'une nature imposante accueillant l'homme dans son mystère sacré. Et la belle page sur la mort du soldat Paganelli éclaire la violence de la guerre, tandis qu'au terme de cette journée idyllique plane la menace du désastre qui va suivre...

Et cette tension constante entre la beauté et l'horreur, entre le passé et le présent, la présence et l'absence ou le rêve et la réalité, est à mon sens l'aspect le plus fort, le plus bouleversant, de ce roman. Une tension qui traverse tout le livre et est même reprise dans le monde animal. Frottement du monde des vivants et de celui des morts par le biais des objets et des lieux dont on a hérité, par ces fantômes aussi qui peuplent les rêves ou les rêveries. Tension entre la vie et la mort culminant dans le magnifique passage sur la mort du «Vieux».

Bien que le sujet soit grave et tienne de la tragédie, beaucoup de passages font rire. Ainsi, paradoxalement, le premier épisode qui met en scène deux malfrats, sorte de pieds nickelés dont on attend à chaque instant le dérapage et que l'auteur s'ingéniera à retarder, nous faisant basculer progressivement du comique dans l'horreur. La satire des idéologies s'incarne dans un débat avec un "possédé" prénommé Lucifer, envoyant un clin d'oeil à Dostoïevski. Et la liste des femmes séduites, inscrites sur ce fameux carnet par Marc-Antoine, anti-Don Juan pas même capable d'atteindre les "mille e tre", est un petit chef-d'oeuvre d'auto-dérision...

Murtoriu s'inscrit dans une dynamique de combat et de rupture qui ne signifie pas pour autant l'oubli du passé, et l'on pourrait parler plus d'une dynamique de superposition que de succession. Le passé doit être assumé et non pas oublié si l'on veut avancer et s'en libérer, les peuples, comme les hommes, devant prendre acte de l'écroulement d'un monde afin d'être en mesure d'en bâtir un autre. L'ancien monde ne peut en effet continuer à vivre au sein du nouveau, sauf à la manière illusoire d'une réserve d'Indiens Shoshones.

Le combat est maintenant ailleurs, comme l'avait bien anticipé l'écrivain italien Pasolini, et le parcours individuel du héros, imbriqué dans l'aventure collective, en illustre la ré-actualisation dans une même dynamique vitale. On se remémore alors les dernières et magnifiques paroles du "Vieux" à l'agonie, se battant jusqu'au bout, réclamant encore de quoi écrire «comme un acte final pour triompher de la mort». Triomphe éphémère de ceux qui vont mourir...

Emmanuelle Caminade

Marc-Antoine Cianfarelli vit à contre-courant. Se définissant lui-même comme un poète raté doublé d’un libraire raté, il choisit de fermer boutique dès que l’été fait déferler sur la Corse son flot de touristes ; il se rend alors dans le berceau de sa famille, les Sarconi, « un petit village blotti dans sa coquille, asphyxié entre les pins et les châtaigniers ». Dans ce repaire, il se plait à goûter des moments de grande paix « enveloppé par une nature sublime et généreuse ». Pourtant, de tels instants sont rares ; la solitude et l’absence de femmes pèsent au libraire et dès qu’il revient en ville, la vanité de la société actuelle l’horripile. Il se met à ruminer et à déblatérer, ici sur les politiciens, là sur les pistonnés, ou encore sur les « pinzuti  et les lucchesi que l’été vient vomir sur nos côtes ». Personne ne trouve grâce à ses yeux. Les Corses sans doute encore moins que les autres. D’ailleurs Marc-Antoine qui n’a appris la langue corse que sur le tard, à un moment où ses locuteurs étaient déjà regardés de haut, se sent-il tout à fait corse ? On peut en douter quand il confie : « j’ai compris que j’avais toujours été un étranger. Les vieux me menaçaient de leur bâton, me forçaient à parler aux chiens, les gamins qui attendaient le car avec moi voulaient me renvoyer sur le bateau et les gens d’aujourd’hui me menaçaient de leurs sourires en coin et de leur regard condescendant ».

Au fil des pages, le sentiment d’inadaptation du libraire dilettante ne cesse de croître au point de lui rendre la vie impossible. Alors qu’il se remémore l’existence de son grand-père dans les tranchées de la Grande Guerre, ses pas croisent ceux de deux bandits de droit commun sans aucun scrupule. La mort est partout sur cette île. La situation devient intenable…

A bien des égards  Murtoriu (en corse : le glas) constitue une vraie curiosité littéraire. Un roman traduit du corse chez un grand éditeur, cela ne court pas les rayonnages. Et quand cela serait, on s’attendrait plutôt à quelque fable bucolique issue d’une tradition orale millénaire.

Ici, nature et ambiance agropastorale n’apparaissent que pour mieux marquer le passage d’un âge à l’autre. A vrai dire, seules deux scènes du livre témoignent encore de « cet âge du pain » où l’homme vivait en parfaite harmonie avec son environnement : celle où Marc-Antoine et Trajan dégustent le Brocciu de Mansuetu ([…] une crème prenant d’elle-même vie pour vous enflammer  la langue et appeler ensuite à la douceur d’un vin rosé et frais) et celle de la promenade à Coscia di vacca. A part cela, tout n’est que corruption du mythe. Même la partie de chasse dans laquelle le narrateur est entraîné à son corps défendant n’évoque plus que de loin les battues du temps de jadis. C’est une traque sans conscience à laquelle se livre une bande de brutes, sous les yeux de deux continentaux totalement béats, surnommés sans ménagement Tartarins. Dans la mêlée, seul Marc-Antoine possède encore un peu l’esprit de l’ancien temps, qui dans un geste noble laissera s’échapper un mouflon.

Pour le reste, l’esprit du « Centre » a gangréné la « Périphérie » : on drague dans des bars interlopes ou des boîtes de nuit ; quand on ne sniffe pas de la cocaïne, on fume des joints ; on s’abrutit devant la Nouvelle Star et on tapote sur son mobile des messages inconsistants.

Ce tableau sans concession est brossé dans un style des plus vifs où cruauté et révolte voisinent toujours avec humour. Certains passages sont de vrais régals, comme celui où Marc-Antoine, pour tromper sa solitude, bombarde tous ses contacts féminins de textos pseudo-poétiques ou encore celui où il invective un bouddha de comptoir !

On peine à croire que le roman ait été écrit en corse tant la phrase est moderne et le décor « mondialisé ». Sans nul doute, Biancarelli s’inscrit-il

-et avec quel brio !- dans la lignée d’un John Fante, auteur dont il se revendique d’ailleurs.

Certes, d’aucuns pourraient s’offusquer des jugements à l’emporte-pièce jetés par le narrateur sur notre société. Ce serait méconnaître le sens profond du roman. Quand il quittera la Corse, le narrateur fuira tout autant l’Ile que le point de vue mortifère sur les êtres et les choses que lui imposait son insularité.

Roman de l’entre-deux, Murtoriu mérite vraiment de trouver sa place parmi les grands romans de la rentrée. Il faut espérer que l’ombre tutélaire du Sermon de la chute de Rome lui soit bénéfique car les deux livres traitent du même thème : la difficulté d’en finir avec le monde ancien. Pas un hasard, non ! Jérôme Ferrari est le co-traducteur du livre de son compatriote, Biancarelli, paru chez Albiana en 2009.

Etienne Orsini

Source : http://www.lacauselitteraire.fr/murtoriu-marc-biancarelli-2-recensions

Entretien avec Marc Biancarelli à l'occasion de la parution de "Murtoriu" en français

Ecrit par Emmanuelle Caminade 04.12.12 dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

Murtoriu, Marc Biancarelli, Actes Sud, septembre 2012, traduction du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi 270 pages, 22 €

Propos recueillis par e-mail le 21 novembre 2012 par Emmanuelle Caminade

Emmanuelle Caminade : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire en corse ? Et pourquoi préférez-vous ne pas traduire vous-même vos livres ?

Marc Biancarelli :L’écriture du corse est venue assez naturellement. Dans ma famille on parlait et on écrivait déjà en corse. Et puis j’appartiens aussi à la génération qui s’est remise à aimer sa langue, après des décennies de croyance en une sorte d’infériorité de tout ce qui émanait de notre culture. Parallèlement à mon acquis familial, je me suis intéressé à ce qui s’écrivait à l’époque des revendications identitaires, plus exactement dans les années 80. Mais je trouvais déjà ça assez faible et plutôt rigide. En 1991, avec quelques copains, nous avons donc créé une revue en langue corse, A Pian d’Avretu, qui échappait au giron nationaliste et universitaire, et j’y ai publié mes premiers textes, dont une fausse lettre de Pascal Paoli à James Boswell qui révélait leur homosexualité (une démarche iconoclaste qui me plaisait bien). Enfin, je me suis assez vite positionné, en conscience, loin des canons littéraires corses, pour moi trop traditionalistes, et en essayant d’amener la créativité d’expression corse là où on ne l’attendait pas.

Sinon, je n’ai jamais trop aimé me traduire. Je considère que c’est une perte de temps. J’ai déjà beaucoup de mal à avancer dans ma propre écriture, alors songer à me traduire ça ne m’intéresse pas. Je me dis : si c’est pour me traduire moi-même, autant écrire directement en français. Ce qui ne me déplaît pas mais c’est un autre exercice. Disons que pour l’instant, j’écris en corse parce que je suis meilleur en corse, et que mon rapport au corse est plus esthétique et plus abouti qu’avec la langue française.

Comment, Jérôme Ferrari, Jean-François Rosecchi et Marc-Olivier Ferrari se sont-ils réparti le travail ? Et êtes-vous personnellement intervenu dans cette traduction ?

Traduire Murtoriu a été une entreprise assez longue, et difficile en raison de l’éloignement géographique des traducteurs. Pour plus d’efficacité, nous avons décidé de répartir les chapitres en fonction des différentes tonalités stylistiques du texte, des différentes « voix » qui apparaissaient pour être plus précis. Et il a été logiquement décidé que Rosecchi, qui était celui avec qui j’étais le plus à même d’échanger, parce que nous étions tous les deux à Porto Vecchio, serait la voix « principale », celle de Marc Antoine Cianfarani. Et les deux autres traducteurs se sont donc partagé les chapitres annexes, ceux sur la guerre de 1914, sur le passé familial, sur la vie rurale, mais aussi je pense des chapitres où ils se sentaient plus à l’aise. Par exemple Jérôme Ferrari n’a laissé le soin à personne de traduire le chapitre 19. Je pense qu’il s’en est emparé parce qu’il lui plaisait particulièrement. Personnellement, je ne suis pas trop intervenu dans toute la phase de traduction, mais j’ai pas mal travaillé aux relectures, puis aussi dans la phase d’harmonisation finale, qui nous a demandé du travail.

Le titre original a été gardé et un sous-titre qui n’en est pourtant pas la traduction, Ballade des innocents, a été ajouté. Quelles sont les raisons de ce choix ?

Au départ je n’étais pas très chaud pour conserver le titre corse. Je me disais que ça allait être un handicap et qu’on n’arriverait jamais à le prononcer correctement ailleurs qu’en Corse. Nous avons beaucoup réfléchi pour trouver quelque chose qui fonctionne en français, et rien n’allait vraiment. Je me suis longtemps mis en tête que le titre français devait être « Avis de Décès » (1), mais Jérôme Ferrari me riait au nez, à juste raison. Personne – mis à part quelques dépressifs – n’aurait effectivement acheté un bouquin avec un titre pareil. Puis enfin je me suis accroché à Ballade des Innocents (2), mais il n’a été conservé qu’en sous-titre, après que les éditeurs m’aient convaincu que « Murtoriu » ça leur parlait. Finalement ça ne me déplaisait pas, parce que j’ai toujours tenu à ce que ce livre épouse des formes esthétiques et visuelles que l’on trouve dans Blood Meridian, de Cormac McCarthy, qui lui aussi possède un sous-titre : The Evening Redness in the West.

1) En langue corse, le mot « murtoriu » revêt le double sens de « glas » et d’« avis de décès ».

2) Littéralement, la « baddata » corse désigne un chant funèbre.

Murtoriu est un roman puissant et bouleversant qui secoue vraiment le lecteur et on sent bien à sa lecture qu’il a été écrit par son auteur « avec ses tripes ». Comment est né ce roman ?

Murtoriu vient de différents faits divers qui avaient traumatisé notre île dans les années 2000, et révélaient pleinement l’état de délabrement sociétal qui est le nôtre. Je veux parler de plusieurs assassinats de personnes âgées par des voleurs de petite envergure, des types plutôt minables. J’avais été bouleversé par ces différentes affaires, et je me disais qu’il fallait en parler dans un livre qui dirait une certaine vérité sur ce qu’est la Corse d’aujourd’hui. Je vous ai dit que je ne suis pas traditionaliste, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas reçu une éducation cohérente, et dans cette éducation les vieux sont des personnages sacrés. Je voulais donc parler de ça : de la confrontation du monde qui nous a élevés aux valeurs déshumanisées d’un capitalisme assez barbare, et de la désintégration que connaît la société corse livrée au tout-tourisme. Cette idée de fracture entre les univers, les civilisations, me semblait au cœur de ce que j’avais vécu et appris de la société corse des trente dernières années.

Mais comme je connais aussi l’Histoire, je savais que des fractures semblables étaient possibles parce que le terreau s’y prêtait, et que la Corse s’était successivement abîmée depuis deux siècles en ne réussissant pas à amortir d’autres fractures du même ordre. J’ai symbolisé ces fractures anciennes à travers la saignée de 1914-1918, qui est culturellement la tragédie fondatrice de la Corse moderne, même si je sais très bien que l’involution de l’île avait commencé dès le milieu du XIXème siècle, et notamment par l’anéantissement des modes de vie ruraux au profit d’une industrialisation totalement ratée.

Murtoriu comporte 20 parties dont les titres, assez inhabituels, font un peu « fourre-tout ». Pourtant, la construction de ce récit fragmenté en plusieurs fils narratifs qui s’entremêlent semble très travaillée. Comment avez-vous conçu la structure narrative de ce roman, quels effets en attendiez-vous ? S’est-elle imposée dès le départ ou affirmée au fur et à mesure de l’écriture ?

Les titres – plus exactement les sous-titres – sont encore une fois empruntés, dans la forme, à McCarthy. Et sont une réinvention des « annonces » que l’on faisait par exemple avant les chapitres dans les livres du XVIIIème ou du XIXème siècle, du style « où le héros s’échoue sur une île… rencontre avec une tribu cannibale… etc. » C’est une manière d’imaginer que les chapitres ont peut-être été publiés en revues, comme on le faisait autrefois. Mais ce sont en fait la plupart du temps de fausses annonces, des accroches qui maintiennent volontairement un secret autour de l’intrigue, tout en titillant un peu l’imaginaire.

Quant à la structure de Murtoriu, elle est effectivement assez travaillée. Et il y a plusieurs voix, plusieurs types de narration, qui s’entrecroisent. Lorsque c’est Cianfarani qui intervient, il devient le narrateur. Il est d’une certaine manière l’incarnation du temps présent. Les chapitres sur le grand-père sont narrés à un autre niveau, comme si l’on avait affaire là à une sorte de chronique historique. Quant aux passages concernant les deux petites frappes, Don Pierre et Andria, ils sont également racontés « de l’extérieur », par une sorte de voix-off qui s’autorise quelques jugements de valeur. C’est la même voix qui interpelle plusieurs fois le lecteur, notamment lors de la tragédie qui se noue autour de Mansuetu.

Mais vous savez, on a beau penser à tout ça, à la structure d’un livre, aux différents degrés de narration, il y a tout de même une grosse part d’abandon au style. Des choses qui débordent de l’inconscient. C’est pour ça qu’il est toujours difficile pour moi de crâner avec la structure de mes textes. La plupart du temps, quand c’est bon, en fait je ne l’ai pas fait exprès.

Cianfarani, sorte de anti-héros, partage ostensiblement avec vous quelques traits, au risque d’entraîner des confusions chez certains lecteurs. Pourquoi cet attachement à ce héros narrateur un peu gémellaire que l’on retrouve dans la plupart de vos fictions ? Qu’apporte ce dernier sur le plan romanesque ?

Sur un plan romanesque, Cianfarani me semble plus un prolongement de Jean-Félix, le héros dePrisonnier, plutôt que du narrateur destroy de 51 Pegasi, par exemple. Je le vois comme une sorte de témoin moderne, un juste qui subit le monde et aspire à la paix de l’âme. En sachant que c’est impossible et que le monde de corruption qui l’entoure finira par avoir sa peau. Mais au moins il essaie. C’est une sorte d’ange cynique et désabusé, mais qui possède quelques valeurs personnelles et s’y accroche. Un frère corse de Stephen Dedalus, attaché à ce qui est immatériel, et lucide et révolté face aux scléroses, et aux névroses de son propre pays. A bien y réfléchir le personnage de 51 Pegasi avait aussi quelques valeurs positives, mais je l’avais conçu plus torturé, avec un destin plus radical, bien plus shakespearien. Quoi qu’il en soit, je crois que mes personnages principaux ont tous en commun de n’avoir de compromission qu’avec la faiblesse du cœur. Aucun n’est un vrai corrompu, ou un salaud intégral. Et tous sont en guerre contre la société, l’Histoire, la communauté.

Si je possède une gémellité avec Cianfarani ? Sans doute, mais on pourrait dire ça de presque tous mes personnages. Et Cianfarani emprunte bien des traits à des gens que j’ai connus, et qui ne sont pas moi. Je sais que la confusion peut exister. Je m’en rends souvent compte à travers certains messages de lecteurs que je reçois, et qui me prennent pour un dingue. Ou de lectrices, qui voudraient bien, malgré ce qui les offense dans leur lecture, que je sois le vrai Cianfarani. Mais ça n’est pas le cas.

C’est bien une tragédie en 2 temps (guerre de 1914/époque actuelle) qui semble frapper la Corse à travers Mansuetu, cet innocent berger « ultime témoin d’une vieille mémoire ». Un témoin dont vous avez délibérément donné une image idyllique de pureté, pourquoi ?

Mansuetu est plus pour moi le symbole de l’innocent – d’où en partie le sous-titre de la version française – que l’incarnation d’une nostalgie pastorale qui n’est pas en moi. J’ai souvent entendu dire en Corse, après des morts violentes, qu’un « agneau » avait été tué, et c’est ce qu’est pour moi Mansuetu : la pureté de l’âme, l’innocence du monde que l’on sacrifie au nom du profit et de la vénalité. J’ai construit ce personnage en m’inspirant de deux modèles que j’ai connus : Mansuetu parle comme un ermite qui existait au-dessus de mon village, il a les mêmes expressions et le même accent que cet homme qui a vécu dans la forêt la moitié de son existence, et il aurait presque les traits moraux et physiques d’un berger infirme que j’ai eu la chance de connaître aussi. Un ange descendu sur Terre mais qui lui ne parlait pas beaucoup. Tous deux étaient des morceaux du XIXème siècle qui s’étaient perdus là, avec leur langue et leur expression extraordinaire. Ce qui est assez incroyable, c’est que je n’avais jamais su que le berger infirme dont je parle était handicapé d’un bras. C’est pourtant une caractéristique dont j’ai affublé Mansuetu dans le roman. J’ai appris plus tard par sa famille que la fiction avait rejoint le réel jusque dans ce détail. Mais Murtoriu est un livre comme ça.

La langue de Murtoriu est simple, directe, concrète et familière, elle est souvent âpre, dure et très crue, notamment pour ce qui a trait à la violence et au sexe. Et Jérôme Ferrari qui a traduit l’essentiel de vos fictions parle à votre propos de « brutalité de la langue ». Ce terme vous convient-il ? La simplicité, l’oralité de votre langue, ce côté brut et direct, ne tient-il pas en partie à la langue corse ? Et la crudité du langage concernant le sexe qui vous fut beaucoup reprochée dans vos premières fictions, n’a-t-elle pas évolué vers un usage mieux ciblé, plus signifiant ?

Je ne vais pas me défausser, Ferrari voit juste lorsqu’il parle de brutalité de la langue. Mais à vrai dire on peut écrire en corse sur un autre ton que le mien, des tas d’auteurs écrivent en corse et ne sont pas qualifiés au travers de la violence de leur style. Ceci dit, si on observe bien, je crois plutôt avoir des styles, et non un style. Le recueil de nouvelles Saint-Jean à Patmos, qui venait juste après Prisonnier, était par exemple très différent en matière stylistique de ce qui l’avait précédé. Mais pour en revenir à la brutalité qui est dans de nombreux textes que j’ai écrits, et que j’assume, je dirais qu’elle n’est pas forcément liée à la langue que je parle, même si je connais par cœur ces registres linguistiques, qui sont l’héritage d’une éducation assez dure, et aussi de mon long apprentissage de la rue et de la nuit lorsque j’étais plus jeune. Ce style est conscient, réaliste, et dit pour moi une société mieux que les thématiques littéraires que j’aborde, parmi d’autres auteurs. C’est ce que j’ai trouvé de plus convaincant pour faire comprendre au lecteur, d’où qu’il vienne, le pays d’extrême violence que je décris le plus souvent. C’est aussi ce qui me semble dérouter les lecteurs moins avertis, ou autistes quant aux maux qui touchent la Corse.

Pour ce qui est du langage lié au sexe, c’est exactement la même chose. Je décris le sexe comme un rapport de force, un combat avec l’autre qu’il faut gagner, un rapport de domination ou de soumission qui à mon sens est permanent entre les individus ou les groupes qui peuplent cette île. Et sans doute des espaces bien plus vastes dont l’île n’est qu’un laboratoire pour l’écrivain que je suis. Le sexe trash, désincarné, n’est donc qu’un prétexte parmi d’autres pour parler de ce qui va mal dans une société, et pas l’expression de mon pathos ou de mes déviances misogynes comme certains ont pu l’imaginer.

L’écriture de Murtoriu a du souffle, elle avance un peu comme un flux chaotique qu’on ne peut endiguer. Avez-vous beaucoup travaillé le rythme de votre texte, sa dynamique : la ponctuation mais aussi les alternances, les contrastes, les ruptures et les échos, les enchaînements… ?

Je ne suis pas très bon pour expliquer ce genre de choses liées aux structures et au rythme d’un texte, et a fortiori d’un texte long comme Murtoriu. Tout ce dont vous parlez, je le travaille, et le retravaille jusqu’à ce que je me dise que – esthétiquement parlant – je ne peux plus toucher au texte. Ce qui est sûr c’est que je n’écris pas forcément les chapitres dans l’ordre où ils sont présentés à la fin, et donc je mène une petite réflexion sur l’agencement, la façon d’imbriquer les différents passages du roman. Pour Murtoriu mon désespoir réside dans les chapitres que je n’ai pas écrits, qui ne seront jamais écrits, mais qui étaient pourtant dans ma tête. Tout cela est extrêmement difficile pour moi à exprimer, mais c’est un autre sujet. Sinon je pense aimer énormément les ruptures et les échos.

Dans ma réponse précédente, je voulais vous dire, puis je me suis refréné, que j’adorais faire jaillir la violence dans un texte qui n’était pas prédestiné à porter ça au départ. Parce que l’émergence de la violence aveugle et gratuite dans un texte voué à une autre thématique me semble illustrer la manière qu’a la violence d’apparaître dans la vie réelle. Pour ce qui est des échos, ils sont pensés le plus souvent, et correspondent à un fil directeur de la narration. Je pense par exemple à la chanson qui apparaît à la veille de la mort de Paganelli, puis juste avant la tragédie concernant Mansuetu. C’est en regardant les films des frères Coen que j’ai compris comment une narration en boucle, en échos systématiques, pouvait être intéressante. C’est un peu ce que j’ai essayé de faire dans ce roman.

Vous vous référez beaucoup à Cormac McCarthy mais aussi à l’Irlandais Joyce.Quels sont, plus largement, les auteurs qui vous ont marqué et en quoi ont-ils influencé votre écriture ?

Joyce, je le découvre en ce moment même. Enfin non, j’avais déjà lu Dubliners dans le passé, et là, après des textes secondaires, je suis dans Ulysse. Ça donne quand même envie d’écrire, et puis en général de se confronter à tous ces écrivains irlandais, même si certains datent un peu. Mais les vraies influences je pense qu’il faut aller les chercher ailleurs pour l’instant. John Fante a été un révélateur, c’est en le lisant que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à écrire qui soit un peu de cet ordre-là. Comment parler de la communauté en restant détaché, lucide, tout en gardant son humour et son sens de l’autodérision. C’est des approches que j’ai retrouvées chez Philippe Roth, Sherman Alexie, ou un autre écrivain amérindien nommé Adrian C. Louis. Et puis je pense que les deux grands chocs littéraires dans ma vie ont été Dostoïevski et McCarthy. J’en ai souvent parlé, même si je les lis moins aujourd’hui. Le côté analytique et psychanalytique de l’humain pour le premier, dans toute sa dimension universelle, et l’aspect clinique, presque organique qu’il y a dans les personnages et l’écriture du second.

Après, en vrac, je pourrais vous citer des tas d’auteurs, mais j’ignore s’ils ont vraiment influencé mon écriture. En tout cas ils ont nourri mon imaginaire : Lovecraft, Céline, Miller, Bukowski, Calaferte, Houellebecq, pour ses deux premiers livres, Boulgakov, London, Poe, Stevenson, ou plus récemment David Vann ou Dennis Cooper… Enfin, il y a du monde au balcon. Le cinéma aussi, à travers les Coen ou Tim Burton, et la Bande Dessinée, avec des auteurs comme Pratt, Druillet ou Corben, ont toujours apporté quelque chose à mon travail d’écriture. Enormément. C’est dur, là, de devoir limiter sa réponse…

Emmanuelle Caminade

Marc Biancarelli est né en 1968 et est professeur de langue corse au lycée de Porto-Vecchio. C’est un écrivain éclectique qui a déjà de nombreux livres à son actif. Il écrit en corse et la plupart de ses textes ont été traduits. Les éditions Albiana ont notamment publié en 2000 et 2002 – en version bilingue – ses deux premiers recueils de nouvelles (Prisonnier et Saint Jean à Patmos) qui remportèrent le prix Fiction de littérature insulaire à Ouessant, ainsi que le troisième (Extrême méridien 2007/2008) en corse puis l’année suivante en français. C’est également Albiana qui publia son premier roman 51 Pegasi, astre virtuel (2003 et 2004) et la version corse du second, Murtoriu (2009), dont la traduction française vient de sortir en septembre 2012 chez Actes Sud dans la collection domaine étranger : une première éditoriale !

Et on ne peut que se réjouir de voir des éditeurs raisonner ainsi en termes de matériau littéraire (original ou traduit).

Source : La Cause littéraire - http://www.lacauselitteraire.fr

murtoriu

Du nouveau pour les nuls !

La Corse pour les Nuls

Thierry Ottaviani - Editions First

Parution: 20 mai 2010.

Prix: 22,90 euros.
516 pages.

• Toute l'Histoire de la Corse des origines à nos jours
• Du Cap corse à la pointe: balade insulaire du Nord au Sud, d'Est en Ouest !
• Mythes et réalités contemporaines, la langue, les traditions, les spécialités culinaires…
• La Corse (enfin) à la portée de tous !

Orlando Forioso : Chi si sbaglia, inventa !

Stamperia Sammarcelli

orlando


Cet ouvrage est né du travail réalisé par Orlando Forioso sur La Grammaire de l'imagination de Gianni Rodari : des centaines d'élèves ont participé au spectacle tiré du livre de Rodari, et le livre d'Orlando raconte l'aventure de ce spectacle.

Pour ceux qui ont vu Fantastica, la grammaire de l'imagination aux Rencontres de Calvi, l'ouvrage de Gianni Rodari :

rodari

 

Jean-François Bernardini : "DICOCORSE"

 
... le nouvel ouvrage de Jean-François BERNARDINI sera disponible chez tous les libraires de Corse, à partir du 10 juillet prochain.
- Sous la forme d'un  "petit précis pyromantique", l'auteur y égrène ses "corsopholies tendres ou féroces"... dans l'espoir de souffler sur la tristesse pour qu'elle s'envole... et d’inspirer peut-être quelques sourires.
Aux éditions AGFB  - DICOCORSE  - 228 pages -18 € à partir du 10 juillet et bientôt sur :
www.dicocorse.fr     
 
N. B. :
Non encore distribué sur le continent : disponible en Corse uniquement, et sur la boutique muvrini.com
AGFB éditions
Les Terrasses de Funtanone
Bât B
20200 Ville di Petrabugnu
France
+33 (0) 4 95 32 17 17 (tel)
+33 (0) 4 95 31 63 03 (fax)
http://www.muvrini.com/

dico

Romans

Gabriel-Xavier Culioli : La terre des Seigneurs, un siècle de la vie d'une famille corse

Editions DCL

Edité pour la première fois en 1986, La Terre des Seigneurs a fait l'objet d'une réédition enrichie et revue par l'auteur en 1999. Ce livre a remporté un grand succès (mérité), a reçu le Prix du livre corse et le Prix de la région Corse en 1986 et a même été traduit en allemand.

Un livre très attachant, à l'écriture étincelante, pétri d'humanité et qui permet de mieux comprendre "l'âme corse".

seigneurs


Marie-Josée Nat : Je n'ai pas oublié...

Plon

Artiste célèbre, Marie-Josée Nat publie ses souvenirs :

nat

Isabelle HORLANS : Les Sanguinaires



sanguinaires


Sebastianu Dalzeto : Pépé l'Anguille (Pesciu Anguilla)



pesciu
La traduction française par François-Michel Durazzo de Pesciu Anguilla vient de paraître en Dordogne aux éditions Fédérop (24680 Gardonne), sous le titre de "Pépé l'Anguille".
Il aura fallu attendre quatre-vingt années, ― de 1930 à 2010 ― pour que le roman bastiais de Sebastianu Dalzeto (Bastia, 1875 - Barchetta, 1963) voie le jour en langue française et puisse ainsi être lu et apprécié d'un large public.

La pierre manquante par M.C. Lusinchi

publié aux editions Edilivre.
Je ne l'ai pas encore lu, mais l'auteur m'a signalé son livre :

(http://www.edilivre.com/doc/18642/La-pierre-manquante/MC-Lusinchi)..


Arts et traditions populaires

Pierre-Jean Luccioni "Tempi fà"

Albiana


PRIX DU LIVRE CORSE 2008

télécharger ici l'article de "Corse Matin"

tempi
"LE" livre sur les arts et traditions populaires de Corse vient de sortir. Son auteur, Pierre-Jean Luccioni, rencontré sur le stand Corse lors du Salon du livre 2008, est intarissable sur son bel ouvrage, fruit de longues années de travail. Journaliste à France 3, il avait réalisé vers 1985 une série de reportages sur le thème des « savoirs » anciens qui disparaissent. Les notes et photos réalisées lors des nombreux tournages nécessaires ont servi de base au livre. Pierre-Jean est alors reparti faire de nouvelles photographies (au total, ses archives en dénombrent environ 35 000 !). Au final ce livre représente à peu près 25 années de collecte.

L'auteur nous a exposé sa démarche, à la rencontre des derniers héritiers (très âgés) de ces savoirs faire parfois millénaires, les difficultés rencontrées pour les convaincre d'accepter de refaire des gestes qu’ils n’avaient plus fait depuis des décennies. Une démarche de collecte de gestes et de vocabulaire qui rappelle celle de Quilici pour le chant, montrant comment les savoirs se transmettaient, s'amélioraient de génération en génération.
Ce livre est une contribution majeure à la sauvegarde de la mémoire de savoirs aujourd'hui disparus. Pour Pierre-Jean Luccioni, le succès de cet ouvrage est peut-être le signe que la société insulaire est en perte de repères et d’identité." Les personnages qui figurent dans le livre illustrent parfaitement toutes les valeurs que nous sommes en train de perdre, c’est ce qui fait sans doute l’âme et la force de ce livre qui est le leur." Le succès est tel, et la somme de documentation si importante, qu'un deuxième volume est en préparation.


Novembre 2009 :

"Tempi fà" Tome 2

est disponible

tempifa2

656 pages, 70 thèmes abordés, 2000 clichés et documents, 24 x 32 cm, 68 €
Editions Albiana

Pasquale Marchetti - Rigolu Grimaldi : In Corsica tandu

Philippe Sers, 1984

tandu


Paul Silvani : Un siècle de vie corse

Albiana, 2000

silvani

Victor Sinet : Grand album - Antulugia di a cartulina corsa

Albiana, 2002

cartoline



hist

Langue corse

Ghjaseppiu Gaggioli : le corse en 23 lettres

Dans les nouveautés 2012, voici un excellent ouvrage sur la langue corse. Soulignons tout d'abord son originalité, puisqu'il est structuré selon les vingt-trois lettres de l'alphabet corse. Chacune des lettres est abordée sous différents angles : la prononciation, la grammaire, l'usage... Très complet malgré sa relative concision, cet ouvrage sera utile aussi bien aux débutants qu'à ceux qui souhaitent se perfectionner. Un ouvrage de référence.

gaggioli

L'article de Corse Matin du 6 mai 2012 (Ghjilormu PADOVANI)

Son parcours est très atypique. Et c'est sans doute ce qui lui a donné le recul nécessaire pour écrire ce livre, ce regard si particulier. Ghjaseppiu Gaggioli est devenu professeur de corse après des études de. Mathématiques ! Sa licence obtenue à l'université de Nice, il s'est rapidement tourné vers cette langue qu'il a toujours entendue parlé à la maison, chez lui, entre Marignana et Evisa. En 2007, il se présente pour la première fois au Capes de corse sans grands espoirs.
Il décroche pourtant le diplôme haut la main. De ses expériences linguistiques avec les anciens, le jeune homme en a fait une base de données extrêmement complète et détaillé pour mieux comprendre la langue. Il en livre les secrets aux débutants avec La langue corse en 23 lettres.

Comment est né le projet ?


J'aime l'étude des langues en général et celle du corse en particulier. Pour cela je m'étais procuré plusieurs livres. Les meilleurs à mes yeux étaient toujours des méthodes qui traitaient d'un thème précis ou bien par classement orthographique, faciles d'accès. Ce genre d'ouvrage n'existait pas pour le corse, je trouvais cela dommage. Et puis j'ai toujours pris des notes au cours des discussions que j'avais avec des interlocuteurs corsophones, je relevais des choses, des questions que je me posais sur la langue.
J'ai fini par construire une base de données assez importante et je souhaitais pousser un peu plus loin le projet. Les éditions Albiana l'ont accepté, c'est ainsi que le livre est né.

Pourquoi un tel ouvrage et pour qui ?

Chaque langue a ses propres mécanismes et j'ai trouvé intéressant de les présenter. Donner la parole à la langue parlée a été le projet central. évoquer ses nuances, ses richesses tout en décortiquant les mécanismes particuliers à l'aide de très nombreux exemples, les lister, les montrer, pour rendre le travail le plus concret possible. Ce n'est pas une analyse de la langue, plutôt une exposition de ce qu'elle propose. Et puis les livres qui existent sur le sujet sont très bien faits mais chacun traite un domaine précis en passant parfois à côté de certaines questions que beaucoup de lecteurs se posent. Puntelli di grammaticade Ghjuvan'Ghjaseppu Franchi est une référence extrêmement pointue mais il est écrit en corse pour des scolaires de terminale. Les débutants peuvent se retrouver démunis. Cet ouvrage est pour eux ainsi que pour tous ceux, confirmés ou non, qui ont besoin d'éléments de réponse sur des questions parfois très précises.

Pourquoi débuter l'ouvrage par des notions d'histoire ?

Pour éclairer le lecteur sur de nombreuses choses qui se disent sur le corse, une langue qui n'est pas écrite depuis très longtemps. Pour certains ce n'est d'ailleurs pas une langue.

Pourtant le débat entre langue et dialecte n'est plus d'actualité.

Pour moi la question ne se pose pas bien sûr. Mais pour beaucoup, les langues ne se valent pas toutes. Pour eux, le corse n'a pas la même importance à leurs yeux, pas le même « poids » que le français par exemple avec lequel il est en concurrence. Il faut dédramatiser cette opposition, d'autant qu'il n'existe aucune raison pour que l'une soit supérieure à l'autre. Il n'y a aucune raison « technique » de séparer langue et dialecte, la différence se fait pourtant uniquement à travers la perception que l'on en a, par des critères essentiellement politiques qui faussent tout. Le corse n'a été écrit que tardivement car il a été longtemps recouvert par l'italien, une langue sour facilement compréhensible, dont les règles écrites étaient déjà établies. Il fut donc aisé pour les Corses de la choisir pour leurs écrits. Ce n'est pas pour autant que l'italien est supérieur au corse. Nous faisons partie du même bassin italo-roman et les ressemblances sont inévitables. Je cite souvent l'exemple d'une petite localité, Sant Oreste, située au nord de Rome. Non seulement les habitants ont un parler qui ressemble beaucoup au corse mais ils utilisent également les fameuses trinaires ghjet chj qui ont les mêmes sons que chez nous.

La construction rigoureuse de l'ouvrage saute aux yeux à chaque page. Une sorte de Bled corse ?

Ce n'est pas le Bled qui m'a inspiré mais j'ai voulu une construction ordonnée avant tout, sans les célèbres exercices. J'ai souhaité me rapprocher d'une collection qui me plaisait avec des ti tres comme L'anglais de A à Z. La langue corse en 23 lettres est faite un peu sur le même modèle, pour que le lecteur pioche le maximum d'informations en fonction des chapitres par ordre alphabétique.

Que présentez-vous pour chaque lettre ?

Un mot et l'usage autour de ce mot. Ou bien un mot français et la manière de le traduire en corse, surtout si elle n'est pas littérale ou bien une notion grammaticale au sens large : accord de l'adjectif, formation du pluriel, la concordance des temps, etc.

Quelle est la place de la grammaire ?

Il y a bien sûr des notions de grammaire mais elles sont toujours couplées avec l'usage qui reste, pour moi, la référence. Je ne suis pas grammairien mais un chapitre sur la concordance des temps par exemple, qui n'est pas la même qu'en français, me semblait important. Normalement, a grammatica hè fatta secondu à a pratica (la grammaire est établie à partir de la pratique)donc j'ai choisi de mettre la pratique est au centre du projet.

Tout vient d'elle ?

Ce qui compte le plus, c'est la manière de s'exprimer des locuteurs auxquels le corse a été transmis naturellement. Ils le parlent par habitude sans traduction du français et je voulais que des personnes qui n'ont jamais parlé le corse puissent avoir accès à la richesse de cette langue. Nous savons qu'une langue ne peut s'apprendre sans qu'elle soit entendue et c'est aussi pour cela que j'ai pris quelques libertés parfois avec la norme écrite pour me rapprocher le plus sur le papier de ce corse parlé, pour le rendre le moins opaque possible. Mais j'avertis toujours avant de le faire.

Une façon de se mettre à la portée de chaque lecteur ?

Oui et c'est assez nouveau dans ce genre d'ouvrage. Mais si l'on regarde dans certains romans corses, les auteurs comme Marcu Biancarelli ont parfois leur propre convention et ils en changent parfois d'un livre à l'autre. Les ouvrages scolaires, eux, ont un cadre plus rigide, ce n'est pas le cas du mien. Mon but est de rendre la lecture la plus accessible possible.

Rendre la langue orale accessible est-ce une façon de la préserver ?

En quelque sorte. Toutes les langues évoluent selon les influences et encore plus lorsqu'elles sont grignotées par une autre langue. Alors elle peut être soumise et finalement singer la « dominatrice » ce qui est un effet pervers. Lorsque l'on constate ce phénomène sur des points de vocabulaire, ce n'est pas bien grave, une langue doit en inventer et évoluer, le français pioche bien dans l'anglais parfois. Mais il y a danger lorsque la manière de construire les phrases et donc de penser la langue se calque sur le français. C'est le sens et l'esprit du corse qui sont alors menacés.

La langue corse en 23 lettres, précis alphabétique de grammaire, d'usage et de vocabulaire du corse, éditions Albiana

URL source:
http://www.corsematin.com/article/papier/ghjaseppiu-gaggioli-le-corse-en-23-lettres.649213.html


nuls

 

Le Corse pour les Nuls

Jean Chiorboli - Editions First

nuls
nuls


Rise è tambate

Ghjiseppu Turchini - Editions Albiana

 

rise

Pascal Marchetti : Le corse dans tous les sens

Editions Alain Piazzola

marchetti

Publication des chroniques de Pascal Marchetti parues entre 1990 et 1995 dans Corse Matin.

Décapant, parfois irritant, stigmatisant le "politiquement correct", dénonçant les ravages d'une inculture propagée à dessein, rappelant les racines italiennes souvent niées de la langue corse, condamnant la langue corse artificielle propagée par les média, cet ouvrage ne laisse pas indifférent.


Jacques FUSINA : Parlons Corse

Editions l'Harmattan

parlons


Par l'universitaire, poète, écrivain et parolier, expert des questions linguistiques Jacques Fusina, un ouvrage simple, précis et complet sur la langue corse sous tous ses aspects.

 

Anton Dumenicu Monti : Propos décousus

Stamperia Sammarcelli

propos

Des réflexions "décousues", mais pertinentes et très intéressantes sur la langue corse, son écriture, les expressions idiomatiques, etc.


Jean-Marie ARRIGHI : Histoire de la langue corse

Editions Jean-Paul Gisserot

histoire

Marie-José DALBERA-STEFANAGGI : Langue corse : une approche linguistique

Editions Klincksieck

dalbera


Ghjiseppu Turchini : Ci hè da ride

Editions Albiana
(Prix du livre corse 2007)

turchini
   

Strattu da l'introitu :

O sè vo sapissite o cari ! Sè vo sapissite e ciarlate, e burlate, e sciabulate, e scaccanate, e sbillicate, e spanzate chì nascianu daretu à quelli purtelli.

Chì tante ghjelusie ! à palesu ! Nant'à a piazza, per ste strette, in campagna, in u piacè di u cummunu, chì ùn vale a risa s'ella ùn hè spartuta.

A risa hè parolla chì sguilla, sfunghje, spalanca, si tramuta è si tramanda franchendu ogni fruntiera.

O quant'ellu ne curria storie ridicule, strucciuli spiritosi, canzone in disprezzu, raconti saliti è dolci campazioni ! Una pratica naziunale, un'arte maiò, una filusuffia di vita, a intelligenza suprana d'un razzinu rudu ma scherzittosu, industriosu ma cuccagnone, altieru ma ironicu.

à chì sà ride d'ellu stessu si franca ogni travata.
A magagna, stu sebbiatu populu corsu, a maneghja dapoi l'alba di u mondu !

Stéphane Orsini : Pruverbii è altri detti

Editions Albiana


pruverbi


Jean Chiorboli : Langue corse et noms de lieux

Albiana

chiorboli


Jean-Guy Talamoni : Dictionnaire commenté des expressions corses

DCL, 2004

talamoni


Sixte Ugolini : Macàgne e detti di i paesi corsi

Ed. Alain Piazzola

macagne


Antoine-Louis Culioli, Gabriel Xavier Culioli, Ghjuvan Battistu Paoli, Ghjuvan Micheli Weber


U Maiò - Dictionnaire français-corse

Editions DCL


maio

O ghjenti, hà da sorta da quì à pocu u dizziunariu Francesi - Corsu chjamatu "u Maiò" di Culioli / Paoli / Weber.

Più di 1500 paghjini di traduzioni è d'adattazioni, d'asempii in tutti i parlati. Ci sarà indrentu l'opara di Foata nant'à i lingui suttanacci. Critichi ci ni sarà ma pensu ch'eddu sarà ghjuvativu è ghjuvatoghju par tutti quiddi appassiunati di a nostra lingua.
Sarà Francesi - Corsu ma for di a traduzzioni sola di a parodda, ci sò i sfarenti maneri di dì la cù una sprissioni (soprattuttu pà l'avverbii). Da capiscia bè a manera di ghjuvà si ni, sarà impurtintissimu di leghja i spiicazioni di i primi paghjini.A parodda sarà scritta cù una tarminazioni "neutra" chì a ghjenti pudarani cambià à u scrittu.

Asempiu : Tavulone chì darà in Gravunincu ed Aghjaccinu Tavuloni è ind'u suttanu Tavulonu.
Pà i prifissi, sò scritti i dui : presceltu è prasceltu par indettu.
Listessu pà i tarminazioni : musicanti, musichenti.
Ùn hè un dizziunariu par quiddi ch'ùn sani nudda. Quistu, U Minò, isciarà dopu... ma da quì à pocu.
Tutti l'aletti sò scritti è dunqua à caccià à u scrittu ! Cusì, sbagli di prununcia ùn ci ni sarà più.
Dop'à a traduzzioni di a parodda, l'asempii sò dati in parlati sfarenti.

Source : Ghjuvan Micheli dans U foru corsu.


U Minò,

d'Antoine-Louis Culioli, Gabriel-Xavier Culioli,
Ghjuvan-Battistu Paoli et Ghjuvan Micheli Weber


umino

Le dictionnaire de Joseph Sicurani

Né à Valle d'Orezza (Corse), berceau de sa famille, Joseph Sicurani est peintre et professeur agrégé d'arts plastiques. Après des études artistiques et littéraires, il est nommé professeur d'arts plastiques au lycée de Corte où il est à l'origine de la création du département d'arts plastiques. Corsophone dès son plus jeune âge, à partir de 1948 il se passionne pour l'étude approfondie de sa langue maternelle et entreprend de fructueuses recherches linguistiques sur le terrain, auprès des différentes couches de la population.
Ses études de lettres classiques lui font découvrir la richesse de l'héritage gréco-latin dans les dialectes insulaires. En 1960, sous le titre "l'Art galtique", il publie une brochure destinée à relancer l'artisanat rural en Corse. En 1972, il rédige "Corte et ses environs" pour le compte du syndicat d'initiative. En 1992 le CRDP d'Ajaccio édite "Cunterji di documenti iconugrafichi", commentaires de documents iconographiques, ouvrage pédagogique bilingue destiné à la préparation de l'épreuve du bac.
Poursuivant ses investigations à une époque où le corse avait conservé toute son authenticité, il a pu brosser un large panorama, couvrant plus d'un demi siècle, d'un idiome qui ne devait pas tarder à s'étioler, miné par les emprunts inconsidérés aux grandes langues véhiculaires. Contre vents et marées, l'auteur a su maintenir l'orthographe traditionnelle, persuadé que la tradition est seule à pouvoir garantir à l'idiome le suivi et la pérennité.
Pour lui, le déclin de la langue prélude à l'aliénation de l'identité. Afin d'enrayer ce signe avant-coureur il pense que la langue maternelle ne peut obtenir ses lettres de noblesse qu'en passant par l'enseignement. Aussi est-il le premier avec six autres collègues, à ouvrir gratuitement des cours de corse au lycée de Corte, le 12 mars 1970. En 1989 il est nommé président du jury littéraire du " Prix de Corse ".Pendant vingt ans, il tient deux chroniques en langue vernaculaire dans le quotidien Corse-Matin et l'hedomadaire La Corse votre hebdo dont trois tomes ont déjà été édités. En 1996 il obtient le " Prix du livre corse ", ce qui a fait dire au journaliste-écrivain C Giudici : "Le Dettu di l'etima c'est le pari réussi et unique d'un vrai travail de journaliste en langue corse à travers la rédaction, chaque semaine, d'une chronique dans un grand quotidien régional" (Corse Matin, 12 août 1996).

sicurani

Paru le  : 24 mars 2012 aux Editions Le Bord de l'eau - 1200 pages

Ce dictionnaire bilingue de la langue corse a nécessité cinquante années de recherches méthodiques au plus profond de la mémoire collective.
Plusieurs centaines de collaborateurs originaires de toutes les micro-régions de l'île ont contribué à son élaboration. Ce qui a permis à l'auteur de dresser l'état de la langue lors du passage au troisième millénaire. Pour ne pas dérouter le débutant, les entrées sont classées par ordre alphabétique. La micro-structure de l'article comporte les caractéristiques grammaticales, les variantes orthographiques, l'étymon grec ou latin si nécessaire, la filiation, le nom de la micro-région d'origine, l'appartenance au vocabulaire de telle branche artisanale, scientifique ou technique.
Dans un but didactique, les explications, tout comme les exemples sont portés en corse et en français. Afin de délimiter l'aire romane à laquelle ils appartiennent, plusieurs mots sont assortis de leur traduction en cinq grandes langues véhiculaires. Le fait d'avoir échelonné ses recherches dans le temps a permis à l'auteur de suivre l'évolution du sens de nombreux vocables. Bien que n'appartenant pas exclusivement au fonds lexical corse, des termes scientifiques ou techniques, adoptés à l'échelle internationale, figurent dans cette nomenclature et permettent de traiter des sujets d'actualité.
Afin de faciliter la lecture au néophyte, sur chaque mot corse un signe graphique indique la syllabe tonique. Dans sa présentation compacte, ce dictionnaire se présente comme un outil performant, aussi bien pour le lycéen et l'étudiant que pour le chercheur. Toute une civilisation, toute la vie d'un peuple se trouvent résumées dans ces pages.

19/03/2012

sicurani

Histoire locale

UN SEL D’ARGENT / Mimoria Arghjintina

de Norbert Paganelli

sur des photos de Joseph Nicolaï
avec une préface de Marie-Jean Vinciguerra

mimoria


L'ouvrage sera disponible fin novembre.

Vous aurez le plaisir d'y découvrir, dans un livre au format intime, 73 clichés extraits des archives de Joseph Nicolaï.

Ces images sont librement commentées par Norbert Paganelli, en corse, en français et en poésie.

Nous ne doutons pas du bon accueil que vous réserverez à ce parcours en images et poésie dans le Sartène de la fin des Trente Glorieuses.

Nous nous tenons bien évidemment  à votre disposition pour répondre à votre enthousiasme.

Dans cette attente, nous vous invitons à le découvrir à travers une des entrées suivantes :
 
Le dossier de presse (avec un extrait)

http://fr.calameo.com/read/0000646409b4335f5deee

La micro-vidéo publiée sur YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=0leXI2JY2ss

La micro-vidéo publiée sur Daily Motion

http://www.dailymotion.com/video/xb7rdg_un-sel-dyargent-mimoria-arghjintina_creation

Le billet déjà publié sur Isularama

http://isularama.canalblog.com/archives/2009/11/19/15859078.html
 
 
Pour tout renseignement complémentaire: norbert.paganelli@laposte.net

mimoria

norbert

La reproduction de l'article de "La Corse votre Hebdo du 1er janvier 2010 s'avérant illisible, le voici reproduit ci-dessous :

IL ETAIT UNE FOIS DANS LES ANNEES 1970
Sartène à travers l'objectif

Norbert Paganelli retrace à travers des textes en corse et en français, illustrés par les photos de Joseph Nicolaï, la chronique de la vie quotidienne sartenaise. Un témoignage poignant, d'une belle vivacité.

ghjaseppu
Sartène et ses habitants se prêtent au jeu de l'autobiographie. Dans cet exercice, les étapes ordinaires du quotidien et l'ambiance des années 1970 tiennent une place essentielle. Non pas à la manière d'une anecdote nostalgique ou pittoresque mais comme une matière vivante, un legs insolent et digressif, satiné de lyrisme élémentaire, d'association d'idées et d'émotions tenaces.
La démarche prend la forme d'une succession d'images en noir et blanc, d'une belle vivacité, emprunte à la poésie l'élan du vers libre. La succession de portraits est savoureuse et attachante

C'est le coeur, la respiration, le regard de Jacques Nicolaï, photographe de presse et de Norbert Paganelli, écrivain, qui jalonnent cette captivante histoire. Leur amitié les a poussé à accaparer, ensemble, l'espace sartenais. Très vite la thématique autorise une réflexion littéraire. Il en résultera l'ouvrage « Un sel d'argent, Mimoria arghjintina ». Entre temps, la complicité entre les deux hommes s'est métamorphosée en promesse, faussement désinvolte, secrètement mélancolique. « Joseph Nicolaï a disparu en 2007, alors même que le principe de cet ouvrage venait d'être arrêté », rappelle Norbert Paganelli.

La langue corse à la rescousse


lecteur
L'écrivain poursuivra seul. Le chapitre commun reste beau et crée une urgence. « Un jour, Joseph Nicolaï me montra quelques dizaines de photographies prises tout au long de sa carrière de correspondant du Provençal dans la région de Sartène ».
L'art du journaliste tient à l'authenticité, fidélité à la vérité des sujets qu'il photographie. Il relève du devoir professionnel, fait résonner des familiarités avec la population de "la plus corse des villes corses".
Au passage, il déclenche une volonté généreuse. « Joseph Nicolaï avait la conviction qu'il fallait partager ces photos avec la population. La méthode pour y parvenir consistait à associer dans une parution ses clichés et mes commentaires.  »

Norbert Paganelli se montra d'emblée réticent. La saga intime collective de la ville possède ses propres équilibres. L'écriture n'apporterait à l'ensemble qu'une dimension superflue. Bientôt, la puissance évocatrice de l'image l'emporte sur le raisonnement. « Les clichés ne m'ont pas laissé indifférent. Ils ont déclenché une curiosité, suscité une sorte d'engouement. Alors je me suis mis à écrire. »

Joseph Nicolaï et Norbert Paganelli établissent une série de trente images assorties d'un texte en français. Le travail de sélection débouche sur "une petite exposition" en 1997 pour le compte de la galerie sartenaise "U Pitraghju".

Le témoignage à coups de de portraits individuels, de contre-plongées, de groupes et de grand- angle rencontre un beau succès. « Les quelques centaines d'exemplaires furent rapidement épuisées », se souvient l'auteur.

L'expérience est réussie, mais fait toutefois naître une tension. Parce qu'elle signale un filon qu'il est bon de creuser, les auteurs éprouvent la nécessité d'ajouter du sens à la démarche. « Joseph n'avait de cesse de me voir continuer. Il avait d'autres instantanés. Il défendait l'usage de la langue corse. »
charcut
Pour le lycée Clémenceau

lycee

La narration de la chronique sartenaise se déplace du côté de la traduction. « Notre première idée était de proposer le même texte en version bilingue. » L'option linguistique est vite abandonnée car « en nous appuyant sur un texte source, nous perdions le lien direct avec l'image. » Suit un revirement. Les textes seront originaux, indépendants les uns des autres mais « reliés entre eux par une sorte de connivence.» La prise de position déteint sur le traitement de l'image. Il faut trouver une forme d'expression singulière. Elle passe par une mise en scène astucieuse. « Nous avons choisi de faire figurer la même photo mais à travers des cadrages différents ».

Dans tout les cas, les instantanés éveillent des réminiscences sur une cérémonie officielle, sur une manifestation de lycéens avides d'avenir qui « gardèrent longtemps le gôut de la révolte, celle qui unit les hommes autour du cri.». Les convictions se forgent sous la banderole "le lycée doit rester à Sartène." Pour toujours. Ce sont encore des cyclistes, des enfants sur un char de carnaval qui surgissent au premier plan. Les images ramènent à la place Porta, « espace où convergent les pas, les regards, les paroles »" , accompagnent les gestes d'une vieiille dame en noir, ceux de joueurs de pétanque, ou de vendeurs sur un marché improvisé. Chacune de ces images parle de l'humain, de ses rêves, des activités et des rites sociaux qui le définissent.

De l'autre côté de l'objectif de Joseph Nicolaï et des textes de Norbert Paganelli, il y a aussi bien des enfants, des anciens, que le Catenacciu ou le prêtre de la paroisse. Celui qui « a dilla franca, mai ùn l'avemu vistu rida. Com'iddu si tinia rittu è sticchitu, ci paria maiurone. » Le photographe déambule à travers les ruelles de la cité et capte ainsi la grâce éphémère de la banalité quotidienne.


photos

Une démarche documentaire et humaniste avec en plus une valeur artistique.
Véronique EMMANUELLI

UN SEL D'ARGENT, MIMORIA ARGHJINTINA de Norbert Paganelli sur les photos de Joseph Nicolaï, préface de Marie-Jean Vinciguerra, 159 p, 14 euros, coédition La Gare, A Fior di Carta. 

source : "La Corse Votre Hebdo" du 31/12/2009)

Norbert sur corsicatv :

http://corsicalive.fr/acorsicatv/stream.php?id=458&page=index.php

Marie-José Loverini et Jean-Félix Galletti : Calvi

Edisud

calvi


Ce bel ouvrage invite le lecteur à un parcours dans l'histoire de Calvi, à la découverte de l'ensemble du patrimoine calvais au travers des monuments, oeuvres d'art, personnages illustres et traditions de la ville.


Memoria di u seculu : Corbara



corbara

In Lumiu tandu


lumiu

lumiu

Histoire, récits


Février 2013

Les dolmens de Corse en disent long

Par Véronique Emmanuelli
02/02/2013

L'héritage de pierre des premiers Corses renvoie à des considérations aussi variées que surprenantes et universelles. C'est ce que démontrent Jean-François Santucci, professeur des universités, et Ghjasippina Giannesini, docteur en anthropologie dans un ouvrage novateur

dolmen
Le dolmen de l'Orcu - Photo Turchina

Jean-François Santucci et Ghjaseppina Giannesini se sont emparés des dolmens de Corse. Et dans leur manière d'agir, leur formation ainsi que leur champ d'expériences quotidiennes ont joué un rôle majeur.

Le premier a étudié les pierres surgies de la nuit des temps avec les clés du professeur des universités, spécialisé en informatique. Au passage, l'archéoastronomie sert de base solide à la compréhension du sujet. Le raisonnement de la seconde découle de son doctorat en anthropologie. La toponymie et les croyances entrent aussi en ligne de compte.

La grande aventure des premiers Corses incarnée dans le granite, avec en toile de fond un ballet sidéral, soulève alors bien des interrogations inédites. La pensée trouve sa cohérence dans les pages de leur ouvrage "Dolmens de Corse entre astronomie et croyances".

Elle se décline selon trois volets . "La première partie est consacrée à la présentation des dolmens corses. La seconde renvoie aux notions essentielles en astronomie. Dans un troisième temps, l'accent est mis sur l'étude des orientations astronomiques des dolmens corses. Afin d'analyser le lien entre les dolmens corses et d'éventuels événements célestes, nous privilégions une approche scientifique", résument les auteurs.

Mythes et rites

Ils ont aussi choisi de se lancer dans un inventaire méticuleux . Le classement est régi à travers cinq microrégions insulaires: Le Nebbiu, Sagone, le Taravu, le Sartenais, Purti-Vechju.

Chaque dolmen possède sa fiche d'identité. Le document fait mention de "son état de conservation, de ses coordonnées, de son orientation, de sa localisation, de la description de sa structure et des éléments proches. L'historique des fouilles, les signes distinctifs, les mythes et les légendes qui s'y rattachent sont inscrits", expliquent Jean-François Santucci et Ghjaseppina Giannesini.

Le style est celui de la rigueur. Rien n'échappe aux chercheurs. Ils ordonnent le désordonné.

Les dolmens, pris jadis dans la frénésie des origines de l'univers, puis soumis au flux continu du temps, reviennent en permanence au chaos. Leur tendance a complexifier et à opacifier le sens est féconde.

D'autant plus que "de ces monuments, dans le meilleur des cas, ne nous est parvenu que la pierre. Tout ce qui était en bois a disparu. Le paysage qui a pu servir de décor aux mythes s'est transformé (...) Ensuite, encore plus impalpable, la mythologie, les rites, les chants et les danses qui les accompagnaient et les motivaient ont sombré dans l'oubli. Quelques bribes ont toutefois perduré dans les récits de l'île et dans certains rituels de la société traditionnelle."

Dans l'île, l'édifice trouve sa place à partir de 4200 avant Jesus Christ, tandis que sous sa dalle de pierre le défunt devient universel dans un calme d'éternité.

L'évolution est orchestrée sur le mode individuel ou bien collectif. Difficile de dire. "L'absence d'ossements, les remaniements divers, le délabrement de la majorité de ces structures empêchent toute certitude" à cet égard.

Le dolmen survit à l'âge de Bronze, traverse l'âge de Fer . Il tient face à l'Antiquité et "même de façon rituelle pour certains jusqu'au XIXe".

Son identité lexicale oscille dans le temps. Le dolmen devient tour à tour coffre, mégalithe ou complexe mégalithique au gré des hypothèses, des microrégions insulaires et des compétences des bâtisseurs primitifs.

Le regard des hommes change au passage. Les descendants des Corses d'autrefois ont l'approche moins mortifère. Les blocs de granite ainsi assemblés sont susceptibles d'abriter aussi les vivants, dans des circonstances bien précises. Ils fonctionnent alors comme un refuge éphémère pour les bergers jusqu'au XIXe siècle. Ils seront encore l'objet de bien des convoitises. Il y a un butin à prélever.

Les archéologues et par conséquent les musées insulaires ont eu leur part sous la forme de silex, d'obsidienne de quelques pendeloques ou bien de "rares perles de schistes et de serpentines".

nature
Parfois la nature imite les productions des premiers Corses - Photo Turchina

L'Orcu de l'Agriate

Pour que le dernier voyage soit moins pénible, on se pare de bijoux, on reçoit des offrandes. La coquetterie jusque dans la tombe. Ce n'est qu'un épisode de plus de la saga. Car les monuments composent en effet un beau récit, parsemé de doutes et d'hésitations, riche en rebondissements.

Tout au long de l'intrigue, ils entretiendront un lien étroit avec des cercles, avec des alignements comme à "Ciuttulaghja, Sittiva et Muchjastru où ils sont bien conservés. Dans l'Agriate, le dolmen de l'Orcu présente cette même disposition : la file part du coffre et va jusqu'à l'arrière du dolmen", observent les deux chercheurs.

De petites pierres plantées, des menhirs se sont imposés dans la scène. "Cauria en présente un bel exemple. L'alignement de stantari, daté de 1200 avant JC est en relation avec le dolmen de Funtanaccia, bien plus ancien."

Dans cet espace, il faut aussi laisser le soleil agir. "Un axe est visible en allant du dolmen vers i stantari. L'omu di Cagna est aligné, à la perfection, avec ces deux sites. Cette ligne parfaite correspond aux levers de soleil début mai", note-t-on.

D'autres fois, la jonction s'opère avec "de gros blocs à la fonction énigmatique". La nature fournit le décor et l'équipement. À Casa di l'Orcu, à Musuleddu, à Ciuttulaghja, toutes ses possibilités sont exploitées, à l'image des "rochers troués laissant passer la lumière à certaines époques de l'année". Ils ont d'autres arguments que la luminosité. Car ils se vivent à l'échelle "de la communication entre les mondes".

orca
Le dolmen de l'Orca.Photo Turchina

De l'eau et des maux

Alors, leur raison d'être est de guérir des maladies, de contrer le mauvais œil ou encore de se rapprocher des défunts. Une pierre jetée dans le trou sert à enclencher le dialogue d'outre-tombe.

Au dolmen s'intègrent des rochers creusés de bassins pour recueillir l'eau de pluie. Cette prise en compte constitue une rupture de plus par rapport à l'ordinaire des jours. Les premiers Corses prennent en compte les confins du réel, nourrissent l'idée d'une conscience suprême. Ils deviennent plus inventifs, plus interrogatifs et se placent du côté des rituels.

Ainsi, "l'eau des pierres sacrées était, dans les sociétés traditionnelles, parée de nombreuses vertus et passait pour guérir de nombreux maux. Elle était recueillie selon un calendrier précis". Dans l'ordre des jours, la lune figure un repère fort.

En même temps, le choix des matériaux n'est jamais gratuit. Chaque élément de l'ensemble à un sens. Les constructeurs ont un pied dans l'imaginaire. Cette dimension est manifeste auprès du dolmen du Taravo qui "possédait une dalle d'entrée avec une ouverture à l'angle Nord-Est. À Fica a la Sarra, cette dalle trouée était en remploi dans le dolmen. Ce genre d'ouverture est le plus souvent nommée 'trou des âmes. On lui attribue une fonction plus symbolique qu'utilitaire; il permettrait aux âmes d'entrer et de sortir de la tombe." Les dalles en forme d'écusson donnent à leur tour à réfléchir à un au-delà du réel, y compris depuis la Bretagne.

Toutefois, les bâtisseurs locaux ne font pas dans le signe. Encore moins dans le dessin. Ainsi, "les gravures sont d'une rareté extrême dans les dolmens corses", admet-on. Ils préfèrent les cupules, comme à Cundutu, Paomia, Piana ou Tremica. Ils ont encore tendance à raisonner en panoramique et au plus près des cieux. Vue dégagée et altitude. Les éminences, puis les cols sont, par excellence, le lieu d'implantation des dolmens. "Ainsi plusieurs d'entre eux sont sur des lieux-dits Bocca di à Stazzona", remarquent les auteurs de l'ouvrage.

Le démon à un moment ou à un autre s'y invitera. Il piétinera le site à son tour. Le lexique est là pour rappeler les feux de l'enfer. "Le terme stazzona, forge, est une des désignations des dolmens compris comme étant les forges du diable, a stazzona di u Diavulu".

Les bâtisseurs pensent des frontières. La pratique est notable dans tout le sud. "Placer le tombeau de l'ancêtre fondateur à la limite du territoire, sur un sommet est une pratique attestée en Méditerranée". Ils jouent volontiers la carte de la proximité avec les cours d'eau. Sans doute ceux que les trépassés auront à franchir.

L'emplacement, mais aussi l'orientation compte pour beaucoup. Elle se révèle être d'une régularité exemplaire d'après les mesures effectuées. Les chercheurs sont catégoriques: "nous pouvons dire que les orientations des tombes néolithiques corses peuvent être classées dans la catégorie SR et SC -sun rise et sun climbing- soleil levant et soleil ascendant."

 Les bâtisseurs à travers le bassin méditerranéens convoquent les mêmes points cardinaux. Le parti-pris matérialise un rêve de symbiose avec le soleil, la lune, et le ciel en général. On veut vivre et mourir à la lumière, à l'infini. C'est un fait, "le soleil et son cycle matérialisent la destinée humaine, symbolisent le temps et les lois universelles où tout ce qui naît croit, vit et meurt."

Le solstice d'hiver est moment plus précieux que les autres. "La volonté est cette fois de marquer ce moment clé de la course solaire, "cette porte de l'année" où il va stationner, lors des nuits les plus longues, avant de repartir". Les Grecs, les Égyptiens, les peuples d'Amérique Latine ne se lasseront pas non plus de regarder le soleil. En quête d'énergie cosmique.

Dolmens de Corse, entre astronomie et croyance, Jean-François Santucci et Ghjaseppina

Giannesini, ed Dumane, 20 euros, 249 pages.


À chaque dolmen sa fiche. L'exemple de Sittiva

Sittiva

État de conservation : bon

Coordonnées 41° 55' 35,0 /08° 54'07,2'' 150 m

Orientation

Azimut 98° altitude 10° déclinaison 0°

Localisation : Le dolmen se situe sur la commune d'Eccica-Suarella. Il est dans un lieu encaissé tout au fond d'un talweg aux pentes très abruptes. Il est à quelques mètres d'un petit ruisseau. Le lieu est humide et peu ensoleillé. À quelques dizaines de mètres au-dessus, un beau replat à la vue dégagée aurait représenté un choix plus habituel et plus rationnel pour implanter un monument. Sa situation si près du ruisseau est révélatrice d'un lien entre cette structure et l'eau.

Description de la structure

Il s'agit d'un dolmen assez brut. La chambre est petite, la largeur à l'entrée est de 70 cm et la hauteur de 84 cm. Le substrat rocheux y affleure en grande partie, accentuant l'exiguïté de la chambre. La table est remarquable et très particulière. Elle possède 7 côtés qui lui donnent un aspect biseauté et évoquent une feuille incurvée. Elle mesure 2,25 m dans sa plus grande longueur. Partant des supports du dolmen, deux files de gros blocs se dirigent dans la direction des deux axes solsticiaux : la première à 57°, la seconde à 123 °. Ces deux lignes solsticiales , l'entrée tournée vers le lever apparent aux équinoxes, le rocher qui empiètent sur la chambre et la localisation inhabituelle plaident en faveur d'un dolmen sanctuaire. Il évoque davantage un autel qu'un lieu de sépulture.

Historique, fouilles, découvertes fortuites

Il est signalé pour la première fois en 1952 par M Poggi, le propriétaire des lieux, à un journaliste de Nice-Matin-Corse.


Sorcières et chasseur de trésor

Quelques sorcières, ainsi que des dames blanches, et autres pythies nustrale auraient pris leurs marques auprès des dolmens grandioses et rustiques. Les bougresses apprécient l'atmosphère quasi surnaturelle qui règne dans ces parages, lorsque la raison cède la place au mystère. Elles puisent là l'inspiration indispensable à de maléfiques complots, à des sortilèges ou bien à des prophéties sibyllines. Elles ne seront pas les seules à se complaire autour des blocs de granite. Le dolmen appartient à la communauté rurale, en particulier dans la région de Sartène. Les bergers de A Sarra di Ghjunchetu allaient y allumer des bougies. Parmi les effets escomptés de la démarche, la fertilité et la guérison de maladies graves. À Grossa au milieu du XIXe siècle, les villageois poussaient plus loin. Ils faisaient face au dolmen de A Pazzanilatous ensemble à l'occasion de processions au flambeau. La guerre de 14 et une Europe désenchantée mettront un terme à ces comportements et à ces croyances. Les tranchées, les obus et les morts aux combats effacent les autres récits.

Seuls les chercheurs de trésor pensent que le monde et les dolmens peuvent encore fabriquer du merveilleux.Ils continuent à chercher le Veau d'or. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

"En Corse, on ne compte plus les lieux où on le dit enfoui". Mais l'abondance de biens se confond avec un destin funeste selon la légende. Car "certains dit-on l'ont trouvé et sont devenus fabuleusement riches, avant d'être maudits à jamais sur plusieurs générations". En général, la déchéance qui suit la fortune est violente et irrémédiable. "Certains sont devenus fous, d'autres sont morts ou d'autres ont été foudroyés. D'autres sont demeurés prisonniers de la pierre, la caverne s'étant refermée sur eux à jamais". À moins qu'ils n'aient un jour croisé la route de l'Orcu des Agriate, un alchimiste à la Corse capable de changer le petit-lait en cire. Une telle rencontre tragique aurait bien pu se produire avant l'intervention de bergers sans peur.

Dictionnaire historique de la Corse



dicohist
9000 ans d'histoire à travers les grands moments de la société insulaire et les grandes figures

Des hommes politiques, des généraux, des peintres, des enseignants, des saintes, des mercenaires, des présidents, des bandits, des écrivains, des papes, des préfets, des chanteurs, une sultane, des aventuriers, des diplomates, des sculpteurs, des ministres, des inventeurs, des professeurs, des rois, des aviateurs, des photographes, des condottieri, des journalistes, des cardinaux, des industriels, des historiens, des musiciens, des militaires, des sportifs, des hommes de loi, des corsaires, des princesses, des résistants, des acteurs, des prêtres, des médecins, des  académiciens, des géographes, des philosophes,....

Quatre ans de travaux
Cent trente-neuf auteurs
Deux mille quatre cent portraits
Cent cinquante articles analytiques
1032 pages.


Pierre-Dominique Sammarcelli : La Corsiade - Edition trilingue

Collection E trè favelle - Prix du livre corse 2001

corsiade

Antoine-Marie GRAZIANI : Pascal Paoli père de la patrie corse

Tallandier, 2004

Une biographie passionnante du "Babbu". Qu'on le considère comme un législateur démocrate ou un despote éclairé, Paoli reste une figure majeure de l'histoire universelle de la Liberté.

paoli

Pasquale de Paoli - La Corse dans l'Europe des Lumières

Editions Albiana


corse paoli

Le catalogue de l'exposition présentée au Musée de Corte en 2007.

Antoine-Toussaint ANTONA : Ceux du 173e - Les Corses au combat, 1914-1918

Colonna Edition

173e


Antoine-Toussaint Antona rend un bel hommage aux combattants corses de 1914-18, à travers ceux issus de Frassetu, et dresse le bilan pour la Corse de cette épouvantable hécatombe.

Lisandru MARCELLESI : i Disgraziati


Le récit poignant (écrit dans la variante "sudiste" de la langue corse) de la vie des bagnards de Cayenne.


disgraziati


Jean-Marie ARRIGHI - Olivier JEHASSE : Histoire de la Corse et des Corses

Perrin / Colonna Edition

arrighi


Politique

Jean-Pierre POLI : Autonomistes corses et irrédentisme fasciste

DCL


irred

Jean-Pierre Poli revient dans cet ouvrage publié en 2009 sur un sujet resté longtemps tabou : la confusion entretenue entre la doctrine irrédentiste mussolinienne et le « corsisme »

Jean-Pierre Poli montre les amalgames assimilant encore parfois aujourd'hui autonomisme et fascisme italien, tout en relevant les erreurs fatales commises par Petru Rocca et les muvristes. Pourquoi se sont-ils obstinés, au nom de la sauvegarde de la langue et de la Nation corses, à ne pas dissiper l’équivoque savamment entretenu tant par les nationalistes mussoliniens que par les républicains français de gauche comme de droite ? Comment ont-ils pu minimiser la profonde opposition des Corses aux revendications annexionnistes du fascisme italien ?

Le chapitre consacré à l’irrédentisme recense l’important travail historique des intellectuels italiens qui n’étaient pas tous des irrédentistes.

L'ouvrage réhabilte partiellement, sans en cacher les erreurs, le corsisme de A Muvra. L’auteur relève qu’à l’origine ce journal défendait une autonomie institutionnelle de l’île en la présentant comme la solution permettant de préserver la spécificité de la Nation corse sans rompre les liens créés dans les siècles précédents avec la France. A partir de 1938, les muvristes sombrent dans une dérive dénonçant le seul nationalisme français, en refusant de dénoncer les dangers du nationalisme italien. Cependant, tout opposait les muvristes du fascisme : le nivellement des cultures locales, la glorification de l’Etat, l’absence de démocratie, l’embrigadement militaire, l’expansion coloniale, le culte de la technique, le futurisme, la volonté de créer un homme nouveau, la glorification de la puissance de l’élan vital et le triomphe du corps et de l’énergie prônés par Mussolini ne pouvaient recueillir les faveurs des muvristes attachés à la nation corse...

La conclusion de l’ouvrage est sans surprise : « vu rétrospectivement, le combat des corsistes pour la défense de la Nation corse autonome aurait dû logiquement conduire Petru Rocca et ses amis à considérer aussi illégitimes les positions des nationalistes italiens que celles des français, dans la mesure où elles induisent l’une et l’autre la négation de l’existence même d’une nation corse ».

Gérard AMATÉ : L'Affaire Colonna - Une bataille de presse



amate

L’Affaire Colonna par Gérard Amaté : une lecture indispensable !

Le sujet du livre est la justice antiterroriste, et surtout la façon dont la presse a rapporté les procès d’Yvan Colonna.

Le livre raconte le procès en appel à l’issue duquel Yvan Colonna fut condamné à perpétuité avec 22 ans de sûreté, sans preuve, sans aveux, contre l’avis des expertises légales qui l’innocentaient, et contre les dépositions des témoins directs du crime, jurant qu’il n’était pas l’assassin. A travers les compte-rendus publiés par le Figaro, France-Soir, Libération, le Nouvel Observateur, le Monde et le Parisien, une vérité troublante apparait : le parti politique le plus acharné à perdre Colonna ne fut pas l’UMP mais le PS. Et les plus ardents défenseurs de la raison d’Etat contre les immortels principes de 1789 furent Libération et le Nouvel Observateur.

Quatrième de couverture :

Le 27 mars 2009, Yvan Colonna fut, pour la seconde fois, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre du préfet érignac, à l’issue d’un procès joué d’avance, par une cour d’assises spéciale héritière de la très décriée Cour de Sûreté de l’état.

Cette condamnation, prononcée sans preuve et sans aveux après des débats qui n’avaient pu démontrer la culpabilité de l’accusé, suscita l’indignation. On parla d’une nouvelle Affaire Dreyfus.

Mais, contrairement à ce qui s’était passé durant l’Affaire, ce n’est pas la gauche qui se mobilisa au profit de Colonna.

Bien évidemment, les journaux rendirent compte des procès mais les rôles traditionnellement dévolus à la ‘presse de gauche’ et à la ‘presse de droite’ ont été dans cette triste mascarade totalement chamboulés.

Certains journaux s’indignèrent de cette justice d’exception.

La plupart se turent.

D’autres aidèrent au crime.

On assista alors à un spectacle étrange. Une presse, prétendument soucieuse des droits de l’homme et des libertés fondamentales, préféra à ces principes affichés ceux de la raison d’état, alors que des quotidiens réputés plus conservateurs s’indignaient du comportement des juges et d’une condamnation prévisible, décidée à l’avance et ailleurs que devant une cour de justice.

Gérard Amaté n’aime pas l’état. Il est libraire à Lyon.


Roland Laurette : Le Roman de Ghjuvanni Stephagese  - Clés pour l'affaire Colonna

L'Harmattan


laurette

Le titre indique que l'on est en présence d'un roman. Le sous-titre, en revanche, souligne clairement que ce roman est un prétexte pour donner une interprétation de l'affaire Colonna. On pourra ergoter, critiquer cette démarche mêlant raison et émotion dans un "roman non fictionnel". Pour ma part, ce roman m'a passionné, ému et, ce qui est peut-être l'essentiel, a renforcé ma conviction.

Son auteur, Roland Laurette, que j'ai rencontré lors d'une séance de dédicaces, affirme n'avoir plus que des certitudes sur l'innocence d'Yvan Colonna, et le livre, qui repose sur les témoignages des proches d'Yvan Colonna, éclaire ces certitudes.


Le procès Colonna, Tignous-Paganelli.

Editions 12bis. 120 pages.

tignous

Pendant un mois, du 12 novembre au 13 décembre 2007, installés dans le prétoire, dessinateur Tignous (Charlie-Hebdo, Marianne, Télérama) et le rédacteur Dominique Paganelli ont suivi le procès d'Yvan Colonna. Le récit qu’ils en livrent, en images et en textes, est un hommage à la grande tradition de la chronique judiciaire.

A la rigueur de leurs compte-rendus, ils ajoutent la malice de leur double regard qui, au fil de ces centaines d’heures d’audience, a su capter le détail d’une attitude, la drôlerie d’un commentaire saisi dans les couloirs du palais, et tous ces petits riens qui sont aussi la vie de l’audience. Un micro qui siffle, un verre ou un mouchoir qui se tend, un fou rire qui emporte...


Sampiero Sanguinetti : Corse, le syndrome de Penelope

Editions ALBIANA

Sampiero Sanguinetti commence sa carrière en 1973 à Marseille et à la radio en Corse. Au début des années quatre-vingt, il participe à la création du JT Corse. " Trop sulfureux ", il est écarté de l'antenne au bout de trois ans et rentre à France 3 Marseille.
Le syndicat de la chaîne le sollicite pour enquêter sur les salaires de ses journalistes. Il découvre que "les femmes, les JRI et les journalistes régionaux sont sous payés" par rapport aux journalistes - rédacteurs installés dans la capitale. Une polémique qui le conduit à quitter France 3, trois ans plus tard pour aller sur la Rai. A Palerme (Sicile), il monte un magazine hebdomadaire pour la chaîne italienne.


syndrome
   

En 2001, la Direction générale de France 3 lui demande de revenir en Corse pour réaliser son projet, Via Stella : une télévision corse par satellite. L'homme est un habitué des arrestations : il est inculpé trente-sept fois au cours de sa carrière et expulsé "deux fois de Corse dans des conditions rocambolesques" entre les mains des autorités judiciaires.

Quand il travaille pour le journal télévisé Corse, il exerce son métier difficilement. Son esprit critique dérange. Il dénonce en 1986, la fraude électorale d'Emile Zuccarelli, le député de la ville de Bastia qui a fait disparaître une soixantaine de fausses procurations. Lorsque le journaliste parle des attentats du FLNC, l'audiovisuel devient la cible des hommes politiques et de quelques indépendantistes.

ll réalise et diffuse un documentaire de cinquante-deux minutes qui révèle les conséquences de Tchernobyl sur l'Ile de Beauté. L'homme est accusé d'affoler la population : "J'ai subi des pressions très violentes de la part du Préfet. La presse m'a traité de charognard. Le travail est difficile en Corse car il y a cette proximité entre les familles et les rumeurs sont courantes dans les villages. Le travail du journaliste est de démonter ces rumeurs".

Ces mésaventures ne l'empêchent pas de poursuivre la création d'une télévision satellite sur l'île qui touchera "les 250 000 habitants, les Corses sur le continent (à Marseille, Nice et Paris) et les deux millions de vacanciers annuels".


Il fut aussi le rédacteur en chef pour la France de l'émission Mediterraneo, une coproduction méditerranéenne unique en son genre.

Il est l'auteur de deux essais sur l'exercice du métier de journaliste à partir de ses propres expériences professionnelles, dont "Les jours d'un témoin" (Albiana, 2002)

"Corse, le syndrome de Pénélope" est un essai d'interprétation des effets des différentes mesures et lois qu'à "infligé" le pouvoir central français à la Corse depuis le début du 19ème siècle.

Pourquoi sous-développement, démographie atone, apathie économique et révolte sociale sont-ils devenus l'apanage de la Corse d'aujourd'hui ? Que s'est-il passé aux XIXè et XXè siècles dans les rapports entre le pouvoir central et la Corse, fraîchement "intégrée", pour que cette dernière apparaisse désormais aux yeux de beaucoup comme la région emblématique de l'assistanat, du gaspilage et de l'archaïsme ?

L'auteur propose de revenir sur ce que furent les lois douanières au XIXè siècle et fait l'analyse des raisons pour lesquelles elles furent imposées à la Corse pendant quatre-vingt-quatorze ans. Ces lois montrent que la France à considéré la Corse, dans ses relations avec la métropole, comme un pays étranger jusqu'en 1912. Elles se sont soldées par l'affaiblissement des savoir-faire traditionnels, l'exode de la population et une crise économique majeure.


Au XXè siècle, le constat est celui du maintien d'un système qui a constamment favorisé la consommation au détriment de la production et donc du développement économique.

La Corse qui était, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une situation de faiblesse alarmante, s'est brutalement trouvée confrontée à deux grands défis : celui des atteintes à l'environnement et celui du tourisme de masse. Elle n'était pas armée pour répondre à ces questions et, paradoxalement, loin de l'aider à les affronter, l'administration française a multiplié les erreurs et les maladresses à son encontre.

C'est sur ce terrain d'un bilan problématique, vécu sur l'île comme une injustice, que s'est développée une forme spécifique de violence. Une violence que l'auteur compare, pour un temps, à celle de Pénélope détruisant la nuit ce qu'elle produit le jour... en attendant le retour d'un mythique Ulysse. > Le tableau est inquiétant mais il n'est pas désespéré. Le sursaut de la fin du XXè siècle n'a pas permis d'éviter tous les pièges, mais il a conduit a des avancées. Et il se pourrait même qu' "Ulysse existe".



Jean-Paul PELLEGRINETTI & Ange ROVERE : La Corse et la République

La vie politique de la fin du second Empire au début du XXIe siècle - Seuil

rovere


Ce gros ouvrage prolonge la période étudiée pour la thèse de doctorat soutenue en 2000 par J-P. Pellegrinetti jusqu'aux débuts du XXIe siècle.

Les années allant de la chute du régime impérial à la Première Guerre mondiale occupent une place prépondérante dans l'histoire de la Corse dans la mesure où elles constituent une époque charnière correspondant à l'ancrage de l'île dans la République.


L'ouvrage rappelle l'empreinte du bonapartisme, le phénomène clanique et clientéliste et l'importance de la politique, véritable passion pour les insulaires car synonyme de puissance, de pouvoir et d'honneur. On pourra juger que ce livre est trop favorable à la vision "républicaine", mais il est passionnant de bout en bout et très bien documenté par deux historiens de talent.


Daniel ARNAUD : La Corse et l'idée républicaine

L'Harmattan

idee

Wanda DRESSLER : La Corse en question(s)



questions


Wanda DRESSLER : Corse, destin d'une île



Les trente dernières années sont, pour la société corse, celle d’un bouleversement économique, social, politique et institutionnel, sans précédent pour elle-même et sans équivalent au niveau national.

Paradoxalement, assez éloignée de nombre de régions françaises – périphérique, montagneuse et insulaire, démographiquement insignifiante, porteuse d’une communauté et d’une culture plus proche de l’Italie qu’aucune autre, économiquement sous perfusion depuis de longues décennies et politiquement peu encline au changement -, la Corse a eu à relever un certain nombre de défis qui ont profondément changé la courbe de sa destinée et qui lui ont souvent valu d’être qualifiée de « laboratoire ».


 destin

Or ces trente dernières années sont aussi pour Wanda Dressler celles d’un long travail de recherche et d’études sociopolitiques sur l’île, entamé dès 1977 par la soutenance d’une thèse (Développement économique et mouvement autonomiste). En réunissant les articles fondamentaux qui jalonnent pas à pas son parcours, en réactualisant certains d’entre eux puis en les organisant autour de thématiques majeures, c’est un large panorama inédit de cette évolution qui est offert ici au lecteur.
Les questions des structures sociales, des dynamiques à l’œuvre au sein de la société corse, des identités sont abordées avec le regard de l’analyste, mais elles laissent aussi en conclusion la place à des réflexions prospectives relatives à la place nouvelle de l’île au sein de l’Europe.


Sampiero Sanguinetti : Le désordre des identités



desordre

Dans ce premier roman, Sampiero Sanguinetti (voir plus haut sa biographie) se penche sur la fatalité de voyage et d'exil qui frappe les Corses depuis toujours, obligés à des déplacements continentaux pour vivre et travailler, l'île étant trop petite pour les accueillir et les nourrir tous. Son héros va et vient sans cesse, rencontrant des archétypes de continentaux et îliens qui provoquent le rire, la tristesse et quelquefois l'indignation.

Une écriture remarquable, souple et coulée, intelligente et nourrie de facéties souvent nostalgiques. Un premier roman par une personnalité corse qui pose avec acuité la polémique majeure de l'île, hors des fantasmes et des dérives: peut-on être soi hors de chez soi, et qui est-on lorsque l'on est de retour?

Christophe Canioni : Dictionnaire de la politique corse contemporaine



canioni

Policiers

Deux romans du journaliste Jean-Louis Andreani mettant en scène la pulpeuse pinzuta Delphine. Une vision pleine d'amour et d'humour de la Corse.

salamandre
sole

Et voici le troisième volume :

Plongeon à Bonifacio.


plongeon


Généalogie


noms


Cuisine

cuisine


Beaux livres

Antoine Perigot : Opera Umana

Après la réalisation des ouvrages Corsica Muntagna*, consacré à l’univers de la montagne corse, et Un voyage Intérieur au Burkina Faso*, premier beau livre dédié à ce pays d’Afrique, le photographe éditeur Antoine Perigot vient de boucler un nouveau projet d’envergure : l’édition de Opera Umana (l’œuvre humaine), le grand livre d’art consacré au patrimoine bâti en Corse.

En un voyage imaginaire de 216 photos couleur réunies sur 144 pages, l’auteur emmène le lecteur, ou plutôt le spectateur, à la découverte des multiples architectures de la Corse, qu’elles soient modestes ou ostentatoires.

Du simple mur de pierre recouvert de mousse à la maison de maître ornée de fresques romantiques, il émane de ces édifice un sentiment de respect dû aux témoins de l’Aventure humaine depuis l’aube des temps.

Avec Opera Umana nous plongeons dans le maquis pour pénétrer un vaste musée à ciel ouvert, dont les chefs d’œuvres attendent patiemment le visiteur pour lui conter des légendes confondant les faits historiques et les mythologies du bassin méditerranéen.

L’ouvrage Opera Umana consiste en un ensemble de familles d’images maquettées sur un fond de couleur terre, et réunies par les thèmes où les ambiances qu’elles évoquent : Art roman, ponts, tours génoises, terres à blé, intérieurs paysans en bois sombre, gros plans sur les différentes constructions en pierre de toute l’île…

opera  opera

©Antoine Périgot

*Corsica Muntagna : un des ouvrages de référence sur la montagne, qui figure dans les meilleures ventes de beaux-livres sur la Corse.

*Un voyage Intérieur au Burkina Faso : classé par le magazine Géo parmi les 20 plus beaux livres de l’année 2005

Un très beau livre, que l'on peut découvrir sur le site (très bien fait) de l'auteur/éditeur.


Sites remarquables vus du ciel

Gilletta-Corse matin

De très belles photos de Michel Luccioni et des textes d'Alain Gauthier : un livre qui donne envie d'être un oiseau !

sites

Stéphane Guiraud : Corse - La Balagne

Academia verlag

balagne

Aucun éditeur corse n'ayant accepté d'éditer son magnifique ouvrage sur la Balagne, Stéphane Guiraud est allé se faire éditer en Allemagne. Et c'est heureux car c'est vraiment un livre remarquable, hymne à la Balagne en 165 photos.

Gabriel-Xavier CULIOLI et Jean-Christophe ATTARD : CORSE - Le chant des saisons

Editions DCL

chant saisons

Les quatre saisons corses déclinées par Gabriel-Xavier Culioli et le photographe Jean-Christophe Attard.

Gabriel-Xavier CULIOLI et Emmanuel SAILLER : Terres de CORSE

Editions La Marge, 1988

terres

Une invitation à découvrir la Corse avec un texte dense et plein d'humour (je pense notamment à la scène dans la boucherie de Porti Vecchju) de Gabriel-Xavier Culioli et de magnifiques photos d'Emmanuel Saïller.

Jean-René Laplayne - Jacques Rocca Serra

Photos de Christian Crès et Fernando Ferreira
Trésor du Sud - CORSE
Editions Crès - Coffret d'images

cres

Les livres de la collection "Coffret d'images" de l'éditeur marseillais Crès se présentent sous la forme de portfolios de cent pages au format 40x30 cm. Ils contiennent cent photographies en couleur accompagnées de légendes et de textes poétiques et descriptifs. Leur réalisation permet d'apprécier les magnifiques images dans un format large en évitant le trait de la reliure, et permet même d'utiliser une image en encadrement http://www.editions-cres.com/


Tomas Heuer : Racines célestes / Radiche Suprane

Editions Alain Piazzola

radiche


Tomas Heuer a sous-titré son ouvrage : "tribulations noctambules sur l’île des arbres de beauté".
Sa passion des arbres et du ciel l’a conduit, au-delà de la Corse, en l’Aubrac et dans le Vercors.


La plupart de ces photos sont prises en pose longue, et même très longue. Il  lui est même arrivé de poser une vingtaine d’heures en reprenant la pose durant plusieurs nuits.
Lors de ces poses, il laisse la clarté lunaire teinter le paysage, et parfois souligne d’un fin pinceau lumineux les lignes de forces de l’arbre qu'il photographie.

radiche


Accompagnées de textes de l’auteur, de poèmes et d’écrits en Corse de Santu Massiani et Dumè Colonna, Racines célestes est préfacé par Jacques Brosse, l’un des meilleurs spécialistes français des arbres et de leurs mythologies.

Un très beau livre, à partir duquel le groupe L'Alba a construit un disque éponyme.

Art

José Lorenzi - Insulaire par Jean-Pierre Girolami

Editions Critères

 lorenzi

Une belle monographie consacrée au peintre bastiais José Lorenzi.

Salons, expositions, éditeurs

La Corse au Salon du Livre 2013 à Paris

salon2013

 

Les conférences :

Samedi 23 à 16 h 30, salle Nota Bene, conférences successives de A.-M. Graziani (« L’Histoire ces vingt dernières années ») et de Petr’Antò Scolca (« La littérature corse, ce continent oublié »).


À partir de 18 heures, même salle, une conférence organisée par le Cunsigliu scientificu di a lingua, « La Corse en toutes lettres », en présence de J.-G.Talamoni, Ghj. Thiers, Ghj. Fusina, E. Gherardi et J. Ferrari.

Lundi 25 à 16 h 15, sur le thème de L’édition des régions, une rencontre animée par Pierre-Yves Grenu (Culturebox FTV) avec Bernard Biancarelli (Albiana), Jutta Hepke (Vent d’ailleurs) Frédéric Felder (Les requins marteaux) Florent Charbonnier (Caraibéditions). Scène des auteurs, stand Z82.

Les dédicaces :

Polar

Le manchot de Marinella le 22 mars 2013 de 14:00 à 15:30 et le 25 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Libecciu - Calvi in the wind le 22 mars 2013 de 15:30 à 17:00, le 24 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Les tribulations du commisaire Agostini le 22 mars 2013 de 17:00 à 18:30 et le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Imbroglio sur la route de Maguelone le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30, le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00
Les lendemains barbares le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00
Le flic corse le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00
L'or est un poison le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00 et de 17:00 à 18:30, le 25 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Young trip le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00 et de 14:00 à 15:30, le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00
La madonna di polsi le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00

Romans, fictions

L'année des chemises noires le 22 mars 2013 de 15:30 à 17:30 et le 23 mars 2013 de 18:30 à 20:00
La livraison le 22 mars 2013 de 10:30 à 12:00 et de 15:30 à 17:00, le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00, le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00
Le pacte des étoiles le 22 mars 2013 de 14:00 à 15:30, le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30, le 24 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Une perle dans les bras du Ravenala le 22 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Thucydide l'athénien le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30, le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Le chemin lent et sinueux des larmes d'Annah le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Les origines de la tête de maure le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Trois balles perdues le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00
La Mazzera le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Carnets de Balagne le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Mauvaises nouvelles le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Bastia pour dames le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00, le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Histoire de la Corse le 23 mars 2013 de 18:30 à 20:00
Le masque de fer le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00, le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00
Passa è veni le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00, le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
La Corse et la monarchie espagnole le 24 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Clic clac le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00
L'heure des vepres à Sorbello le 24 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Le siège de Furiani le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Le chemin lent et sinueux des larmes d'Annah le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Le choeur des jours le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Les lendemains barbares le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Visage d'encre le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30

BD

La Cordillère des âmes le 22 mars 2013 de 10:30 à 12:00
Sampiero Corso le 22 mars 2013 de 15:30 à 17:00 et le 23 mars 2013 de 15:30 à 17:00, le 24 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Le horla le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30, le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Libera me le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Kirsten le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30

Essai

U barbutu di chera le 22 mars 2013 de 14:00 à 15:30, le 23 mars 2013 de 17:00 à 18:30, le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00, le 25 mars 2013 de 14:00 à 15:30
Flore de Corse le 22 mars 2013 de 17:00 à 18:30
Etre instituteur en corse au 19eme siècle le 23 mars 2013 de 14:00 à 15:30, le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00, le 24 mars 2013 de 15:30 à 17:00
Maquis de Corse le 23 mars 2013 de 10:30 à 12:00, le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00

Jeunesse

Tupinetta le 24 mars 2013 de 10:30 à 12:00


libru


Colonna Edition

Editeur Corse

Jean-Jacques Colonna d'Istria

Jean-Jacques Colonna, passionné par la culture en général et la littérature en particulier, attaché à ses racines corses, s'est toujours investi dans le domaine du livre corse.

Nommé secrétaire général de la Maison de la Culture Corse en 1969, à l'âge de 23 ans, il quitte ses fonctions en 1977 pour créer à Ajaccio la librairie La Marge. Pendant plus de vingt ans, La Marge est un haut lieu de la vie culturelle et artistique corse, avec plus de 800 expositions et 100 rencontres organisées. En parallèle, Jean-Jacques Colonna d'Istria reprend l'organisation des Journées du Livre Corse et édite plus de 200 ouvrages.

Après avoir cédé La Marge en 1999, Jean-Jacques Colonna d'Istria s'intéresse fortement à la création et l'organisation de manifestations culturelles : le Salon du Livre Napoléonien, l'Université Populaire d'Eté ou encore les Journées du Corail sont quelques exemples de manifestations organisées entre 2000 et 2004. Il continue en parallèle son travail d'éditeur.

Depuis 2004, Jean-Jacques Colonna d'Istria partage son temps entre trois activités : il assure la direction et l'administration du Lazaret Ollandini/Musée Marc Petit à Ajaccio, représente les associations populaires au Conseil Economique, Social et Culturel de la Corse, et s'occupe de sa maison d'édition, Colonna Edition.

Jean-Jacques Colonna d'Istria a reçu des mains de Jack Lang l'insigne de Chevalier des Arts et des Lettres.


A lire, l'entretien de Jean-Jacques avec Norbert Paganelli publié sur Invistita.

Colonna Edition sélectionne avec attention les ouvrages présents dans son catalogue, dans un souci constant de qualité : livres corses, romans, arts, poésie corse, essais, etc... Colonna Edition bénéficie de toute l'expertise et du réseau relationnel de son fondateur Jean-Jacques Colonna d'Istria.

colonna

Albiana



albiana

La Corse au Salon du Livre 2012 à Paris

Organisé du 16 au 19 mars 2012 sur 40 000 m2 d'exposition à Paris - Porte de Versailles, le Salon fait la promotion de ses acteurs auprès du public national et des professionnels mondiaux du domaine éditorial. Comme chaque année, la Collectivité Territoriale de Corse y avait son stand.

salon2012

Programme concernant la Corse :

Les auteurs insulaires présents :
Editions Alain Piazzola : Hyacinthe CHOURY : Tous bandits d'honneur - Rigolu GRIMALDI : En ce temps là la Corse - Pascal MARCHETTI  : San Nicolao. notes et documents

* Editions Albiana: Francis Arzalier : Les Corses et la question coloniale - Kenneth Brown : Méditerranéennes N° 14 et 15 - Yves Goulm : Matins et L'apparition  - DANTEA Una manera : Dominique LANZALAVI : Vincent de Moro Giafferri - Jacques Moretti : Corse blanche, la Corse sans bandits ni vendetta - Archange MORELLI : Les rochers rouges et Le théâtre d’ombres - Hugo Pandolfi : la vendetta de Sherlock Holmes – Du texte clos à la menace infinie - Pascale RENUCCI : Ton père, ma douleur

* Editions Ancre Latine : Jean-Paul CECCALDI : L'Oeuf Corse - Pierre DEBESSON : Les lendemains barbares - Jean-Pierre ORSI : La Madone di Polsi

* Editions Anima Corsa : André-Jean BONNELLI : La Mazzera - Christophe Canioni : Ovnis dans le ciel Corse - Alexandre Tollinchi : La Corse une terre émancipée

* Editions Clementine : Camille BARTOLI : Napoléon en Elbe - Vincent DUBOURG : Napoléon, le pion du Roi – tome 1 - Walter FAHRER : L’intégrale de Gato - Marie-Hélène FERRARI : La persévérance du jardinier et La honte en héritage

* DCL Editions : Fréderic BERTONCCHINI : Le bagne de la honte Tomes 1 et 2 – Histoires Corses – Astro Corse - Eric RUCKSTHUL : Le bagne de la honte Tomes 1 et 2 - Céline TAFANELLI : Maquis Corse

* Editions Eoliennes : Xavier de CASABIANCA : Zargon et charabia - Collectif KOÂHN : Revue Koân n° 2 - Hubert HADDAD : Errabunda - Stamperia Sammarcelli - Elise CHAPELLE : Clic-claque - Kühn / Fusina : Corsica biancu è neru - Ghjuvan Petru RISTORI : Posa è pensu - Dominique SAMMARCELLI : La Corsiade - Dominique SAMMARCELLI : Tupinetta

* Teramo Editions : Colette FREGIER : Un point c’est tout

 

2010 : Le XXXe Salon du Livre

Un article de Robert Colonna d'Istria relate le Salon 2010, à télécharger en cliquant sur ce lien.
 

Le XXIXe Salon du Livre

Malgré le temps printanier, c'est au Salon du Livre que j'ai passé une bonne partie de mon samedi.
Pour cette 29e édition, le salon accueillait en vedette le Mexique.
Mais l'autre vedette du Salon était ...  La princesse de Clèves !

cleves
Disponible au stand du Motif (Observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France), un petit badge rond sur fond bleu proclamant : "Je lis La Princesse de Clèves" était arboré par une bonne partie des visiteurs, notamment des étudiants, sur le revers de leur veste.
Nicolas Sarkozy avait affirmé haut et fort qu'il ne servait plus à rien de lire un tel roman, symbole selon lui d'une littérature désuète que l'on s'échine encore à faire lire, et même aimer, aux jeunes Français. Plus généralement, notre président considère que la culture générale ne devrait plus être un critère de sélection...
La princesse de Clèves est ainsi devenue le symbole de ceux pour qui "la culture n'est ni un luxe improductif ni une frivolité méprisable, mais un ressort, un besoin, un plaisir même, aussi vitaux que le travail pour donner sens à la vie de chacun et nourrir un projet de société" ... (Gérard Courtois, Le Monde du 17 mars)

Nous avons arpenté les nombreux stands du Salon, avec des arrêts prolongés à ceux consacrés au Mexique, aux éditions Actes Sud toujours très intéressantes, au stand de la CTC (voir ci-dessous), mais le plus beau moment de ce salon a sans conteste été notre passage aux Editions CRES et Livandi (région PACA). Une longue discussion avec Michel Bouisson, du CREDDO (*), autour de la magnifique édition du Mireille de Frédéric Mistral illustrée par Jean-Claude Quilici. Un homme passionné, connaissant parfaitement l'oeuvre maîtresse du grand poète provençal, en citant par coeur des passages...
Une belle phrase de Mistral (dans Les Iles d'or-1875) cueillie à l'occasion : Un aubre que vai founs mounto aut (Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut."

(*) Centre de Rencontres, d'Etudes, de Documentation de Diffusion d'Oc


La Corse au XXIXe Salon du Livre



salon 3

maisons
salon1

La Corse au XXVIIIe Salon du livre

Le XXVIIIème Salon du livre, qui s'est déroulé à Paris du 14 au 19 mars 2008, a, comme les quatre années précédentes, rassemble tous les éditeurs corses dans un même stand (de 100 m2 cette année) sous l'égide de la Collectivité Territoriale de Corse. Les visiteurs ont ainsi pu découvrir la richesse et la diversité de la production littéraire insulaire.

Quatorze maisons d’éditions insulaires étaient présentes : Acquansù, Alain Piazzola, Albiana, Anima Corsa, Clémentine, Colonna, DCL, Dumane, Fior di Carta, Journal de la Corse, Kyrnos Publications, Materia Scritta, les Editions du Maquis et enfin a Stamperia Sammarcelli.

33 auteurs ont dédicacé leurs ouvrages parmi lesquels Pierre-Jean LUCCIONI, Pascal MARCHETTI, Pierre POGGIOLI, Pierre-Dominique SAMMARCELLI, Sampiero SANGUINETTI, Paul SILVANI, Edmond SIMEONI, Michel VERGE-FRANCESCHI, Marie-Jean VINCIGUERRA...

Nous avons longtemps flâné sur le stand, feuilleté les livres, discuté avec éditeurs et auteurs, dont le passionnant Pierre-Jean Luccioni, auteur du remarquable "Tempi fà (voir ci-dessous) et avec Sylvain Ettori, dont "La Révolution Corse" rencontre un grand succès.


Présentations, signatures


Journées du Livre Corse

Du 13 au 15 novembre à l'Espace Cyrnea, 38 allée Vivaldi - 75012 PARIS

cyrnea 

cyrnea

Les dédicaces :

vendredi 13 novembre 2009
Roland LAURETTE, "Le roman de Ghjuvanni STEPHAGESE, clés pour l'affaire Colonna"
Eliane AUBERT COLOMBANI, "L’Appel de l’île"
Archange MORELLI, "Les rochers rouges"
Pierre LEPIDI, "Héros de la révolution corse"

samedi 14 novembre 2009
Roland LAURETTE, "Le roman de Ghjuvanni STEPHAGESE, clés pour l'affaire Colonna"
Eliane AUBERT COLOMBANI, "L’Appel de l’île"
Archange MORELLI, "Les rochers rouges"
Pierre LEPIDI, "Héros de la révolution corse"
Jean-Claude CASANOVA, "A Filetta, Tradition et ouverture"

dimanche 15 novembre 2009
Roland LAURETTE, "Le roman de Ghjuvanni STEPHAGESE, clés pour l'affaire Colonna"
Marianghjula ANTONETTI-ORSONI, "SFOGHI"
Eliane AUBERT COLOMBANI, "L’Appel de l’île"
Archange MORELLI, "Les rochers rouges"
Pierre LEPIDI, "Héros de la révolution corse"


Dédicaces à la librairie Henri IV


Henri IV

prix

Editeurs

albiana


Site créé le 14 février 2006

Corsicamania, l'annuaire des sites corses

tumblr stats