Libri : Livres et littérature corses

Norbert Paganelli

Dernière mise à jour : 05/01/2016

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Né le 11 avril 1954 d'une famille sartenaise, Norbert Paganelli a publié son premier recueil, "Soleil Entropique", en 1973, qui lui vaudra d'être sélectionné pour le prix François Villon et repris dans plusieurs revues poétiques.
En plein riacquistu, Norbert Paganelli choisit de s'exprimer dans sa langue maternelle et publie en 1977: "A Strada, a vulpi è u banditu" dont l'un des textes sera repris par le groupe mythique Canta u populu corsu Festa Zitellina.

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Le choix de s'exprimer dans sa langue maternelle ne répond aucunement au désir de glorifier une idéologie ou de vanter les traits spécifiques d'une supposée «personnalité de base» mais parce qu'avant tout, ce choix est une contrainte qui stimule et exacerbe sa créativité. Pour lui, la création ne doit faire allégeance à aucune autre autorité qu'elle même. Ceci étant, il ne s'interdit nullement le plaidoyer en faveur des langues minoritaires et des cultures périphériques, pratique qu'il associe au droit imprescriptible à la différence d'être, dès lors que cette différence ne revendique aucune prétention à l'hégémonie et donc à la tyrannie.

Il publie chez le même éditeur A Petra ferta (avec traduction, en 1981). Puis, sous le titre Errance / Invistita, il reprenait l’essentiel des publications précédentes, notamment A Fiara/ La Flamme, poèmes traduits par Dominique Colonna, puis en 2009 Canti à i sarri/Chants aux crêtes, de nouveau en édition bilingue. Et enfin Da l'altra parti en 2014.

Il réalise également une traduction du Cantique des cantiques, sous le titre U Cantu di i canti publié aux éditions A Fior di Carta.

A citer également, Un sel d'argent / Mimoria Arghjintina sur des photos de Joseph Nicolaï avec une préface de Marie-Jean Vinciguerra ainsi que Paroles & Couleurs consacré aux peintures de Nicolas Cotton.

Et parmi les nombreux centres d'intérêt et activités de Norbert, la chose politique tient une place importante. Il est à l'origine du mouvement alternatif PUDEMU/NOUS POUVONS qui a pour objet d'intervenir dans le champ politique insulaire pour en changer la donne.

Norbert Paganelli à 6 1/2


Norbert Paganelli à "Par un dettu" (15 février 2015)

Norbert Paganelli était l'invité de Petru Leca à "Par un dettu". L'occasion de revenir sur ses dernières oeuvres, en compagnie de Jean-Jacques Colonna d'Istria.

Emission diffusée le 15 février 2015, disponible en replay jusqu'au 20 février.

http://pluzz.francetv.fr/videos/par_un_dettu_,118445401.html

"Da l'altra parti / De l'autre côté", de Norbert Paganelli

Publié le 16 octobre 2015 par Emmanuelle Caminade

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Da l'altra parti / De l'autre côté, recueil bilingue (1) de trente-sept poèmes écrits en corse par Norbert Paganelli et traduits par Dominique Colonna, est profondément marqué (2) du sceau de Janus : de cette divinité romaine gardienne des portes et des passages dont le visage à double face se tourne à la fois vers le passé et vers l'avenir, et qui a toujours été associée au passage du temps, aux commencements et aux fins.

Le thème du passage du temps est en effet central dans ce recueil où «le vent glisse sur la pierre» et nous emporte mais ramène aussi les nuages versant leur «eau nourricière». Un recueil où semble se définir le rôle du poète qui, tel Janus, se tient sur le seuil, posant son regard sur «cette parcelle de terre où nous vivons», sur cette terre corse dont il exalte la beauté simple ou majestueuse dans la belle langue qui est la sienne, et plus largement sur notre monde. Un regard dont l'acuité semble éclairée par ce qu'il perçoit d'un temps révolu, d'un passé enfoui. Lumière qui dit aussi l'ouverture de l'avenir rendant caduque toute fonction de prophète. Et ce poète lucide sur ce monde présent, dont l'acuité est paradoxalement éclairée par ces «chansons de la nuit apprises de l'autre côté», incite à reprendre les choses effacées, à prendre «ce qui vient»(3) sans le gaspiller :

«Nous reprendrons les choses effacées
Celles qui étaient dans la lumière de midi
Et qu'une main gaspilleuse a préféré nier»

1) On déplore le décalage absurde entre la version corse et française d'un même poème, ces dernières étant présentées recto-verso, contrairement à leur présentation en double page dans les recueils précédents de l'auteur. Cela rend en effet très difficile le va-et-vient de l'une à l'autre et interdit de fait à ceux qui maîtrisent mal cette langue (les plus nombreux)  une lecture en corse ! Une façon perverse d'achever les mots d'une langue moribonde, qui personnellement me semble en total contre-sens avec la teneur de ces poèmes :

«Même les routes semblent mortes
Comme les mots imprimés
D'un livre sans lecteur»...

2) Un sceau marqué de plus typographiquement : en couverture mais aussi sur chaque double-page dans une scission et un retournement signifiant des deux faces de Janus qui se tournent alors vers le texte ...

3) Ciò chì veni / Ce qui vient est le titre de la première partie

Et notre poète observe, écoute et constate, il se souvient, imagine et raconte, il doute ou affirme, interroge, enjoint ou interpelle, libérant des masques et des silences cette «parole de vérité». Mieux vaut la dire (4) en effet. Ecrire aussi «ce que disent les mots» (5), l'imprimer sur la page pour que cette «parole en fuite» (6) reste parole vivante - du moins tant que le livre aura des lecteurs pour la déchiffrer -, car «l'écriture est de pierre et la voix de vent». Et si cette parole-pierre sera un jour elle aussi usée par le vent, ou subsistera peut-être comme ces «pierres dressées» dont nous avons perdu le sens, il reste néanmoins nécessaire de la dire et de l'écrire, même si cela peut sembler infime et dérisoire. Car «ce rien» «sans aucune certitude» «est toujours mieux que le néant».

4) Sarà meddu a dillà / Mieux vaut le dire est le titre de la seconde partie
5) Ciò ch'eddi dicini i parolli / Ce que disent les mots est le titre de la troisième et dernière partie
6) Des paroles et des mots pouvant s'entendre dans un sens très large, mais visant semble-t-il en premier lieu cette langue corse dans laquelle écrit le poète 

Les êtres et les choses changent et on ne doit désespérer de la vie : de celle de cette langue corse emblématique de la nôtre, de la vie humaine. «Une lueur presque éteinte» peut toujours se ranimer et on peut toujours «capturer un filet de lumière» ou faire naître «une fleur vaporeuse» de ce qui git oublié au plus profond. On ne pourra jamais prédire ce que réserve l'avenir : «L'eau peut-être nous réchauffera-t-elle».

Envers et contre tout, dès le poème ouvrant son recueil qui semble en annoncer la tonalité, le poète proclame ainsi sa foi en l'homme. Une foi plus que jamais nécessaire en ces temps de «grande misère» :

Je crois en toi comme jamais tu ne le sauras
Infâme traitre
Renié même par les mouches
Et la grande humanité

Pour cela
Rien que pour cela
Je crois en toi

On goûte ces poèmes profondément ancrés dans la nature dont la langue simple n'exclut pas le mystère. Des poèmes qui, malgré ce qu'ils révèlent de conscience de notre finitude, de lucidité sur l'homme actuel et sur ce monde-ci, dispensent une mélancolie parfois joyeuse - oxymore s'accordant bien à cette vie par essence paradoxale qu'ils célèbrent. Ils dispensent en effet un espoir indissociable de cette vie éphémère et pour cela si précieuse.

Et alors que l'homme, errant sur le chemin, ne sait plus «chanter cette lumière», la maison du poète reste intacte. Libre et serein, ce dernier s'y tient debout sur le seuil pour transmettre le message. Un point de vue qui valide son verbe.

Da l'altra parti/De l'autre côté, Norbert Paganelli, traduction de Dominique Colonna, préface de Marie-Ange Sebasti, Colonna édition, 3ème trimestre 2014, 95 p.

(Prix 2014 de la création littéraire collectivité territoriale de Corse / Prix du livre corse 2015)

« Da l’altra parti » de Norbert Paganelli

Ce recueil de poésies en langue corse (variété du sud), et en vers libres, est présenté dans une édition bilingue. L’adaptation en français est effectuée avec finesse par Dominique Colonna. Les poèmes sont rassemblés autour de trois thématiques : « Ciò chì veni » ; « Sarà meddu à dilla » ; « Ciò ch’eddi dicini i parolli ».

Norbert Paganelli nous livre son rapport aux lieux, aux êtres, au temps... Se dégage de ses vers une nostalgie parfois désespérée, parfois plus sereine, presque douce. L’auteur choisit soigneusement dans sa langue les mots dont la force d’évocation est la plus considérable. Ses poésies renvoient naturellement à un univers personnel, mais également à un imaginaire commun. En témoigne notamment l’insertion dans les vers d’éléments idiomatiques : « Falzu com’è a cicuta » (Credu). Les poèmes opèrent une jonction parfaitement réussie, nous semble-t-il, entre singulier et universel, qu’il s’agisse du visage (Visu bellu visu) ou de l’écriture (Scrittu in u ventu)…  

Quant aux versions françaises, elles ne constituent pas de simples traductions, mais deviennent des pièces autonomes gardant intacte la puissance d’émotion originelle, ou en produisant une autre, différente, parfois légèrement décalée.

En corse et en français, ces textes doivent être lus lentement, avec attention. Car sous la forme souvent élégiaque perce l’espérance dont la présence, pour être discrète, n’en est pas moins tangible. Presque à chaque pas du parcours.

La préfacière, Marie-Ange Sebasti, qualifie ce recueil d’« appel sensible ».

Puisse cet appel être entendu.

Jean-Guy Talamoni (Publié dans La Corse, Hebdo, du 19.XII.2014)

U Cantu di i Canti

Traduction en langue corse par Norbert Paganelli du Cantique des cantiques

Illustrations de DOMINIQUE CASAUX.
80 pages. 13 €.
Vente exclusive en direct en s'adressant à
A Fior di Carta, Hameau Casanova, 20228 Barrettali.
Tél. 06 29 23 50 56

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PREFACE

J’avais, il y a quelques années, entrepris la lecture de la Bible puisque « le livre des livres » est considéré comme la pierre d’achoppement des trois grandes religions monothéistes et que celles-ci, que l’on soit croyant, athée ou agnostique irriguent, par capillarité la civilisation qui est la nôtre.
Hormis les versets que je connaissais déjà plus ou moins et que j’appréciais, qu’il s’agisse de la Genèse ou du Livre des rois, cette lecture me fut difficile et ne suscita en moi qu’un faible enthousiasme. La révélation surgit en découvrant le Cantique des cantiques que je ne connaissais que de nom.
Comment expliquer la véritable magie de ce poème inséré au cœur de l’Ancien testament et qui présente, sous une forme dialoguée, les amours champêtres de la Sulamite et de son compagnon ?
Il n’est pas improbable que le texte, par sa candeur et sa naïve fraicheur, alors que l’ensemble du corpus au sein duquel il figure est à dominante inquiétante et sombre, bénéficie ainsi d’une mise en lumière accentuant son charme. Il n’en demeure pas moins que ceux qui ne connaissent que le seul Cantique des cantiques partageront également, très probablement, cette appréciation.
Doit-on rechercher l’origine de cette fascination dans le simple fait que le texte, dont la datation exacte ne fait pas l’unanimité mais remonte à plusieurs siècles avant Jésus-Christ, nous parle de l’amour comme pourraient en parler troubadours et romantiques, suggérant ainsi une sorte d’invariance du phénomène à travers les siècles ? C’est également possible même si, incontestablement, certaines paroles, certaines comparaisons nous font aujourd’hui un peu sourire. Faut-il admettre, comme le proposent certaines lectures savantes d’inspiration cléricales, que le pouvoir de séduction du texte
provient du fait que sous l’apparence de l’amour humain c’est d’un autre amour dont il est question (celui de l’amour de Dieu pour son peuple) ? Peut-être, mais jamais les constructions métaphoriques n’ont suffi, à elles-seules, à insuffler aux écrits le charme mystérieux de la séduction.
Comportant de nombreuses redites, organisé autour d’une structure parfois déroutante, ayant recours à des images quelque peu obsolètes, en dépit et peut-être en raison de tout ceci, le texte nous fascine comme il a fasciné plusieurs générations de lecteurs.
Après avoir travaillé sur plusieurs traductions, je me suis arrêté sur celle de Louis Segond , effectuée à partir des versions grecques et hébraïques, parce qu’elle me semblait d’une plus grande clarté dans le mode de présentation des différents intervenants, lesquels sont clairement mentionnés. Ce n’est pas toujours le cas d’autres traductions et je l’ai regretté.
De suite, l’idée de traduire en langue corse, ce texte des origines, s’est imposée à moi. J’ai, bien-sûr, pris connaissance de la remarquable traduction de la Sainte Bible effectuée par Christian Dubois mais j’ai également souhaité suivre mon propre chemin en privilégiant quelques tournures et expressions du sud-insulaire et en adoptant systématiquement les articles longs (lu et la à la place de u et de a) afin de restituer au texte son emphase lyrique.
J’ai, à plusieurs reprises, eu l’occasion de lire en public certains extraits de cette œuvre durant les Escales poétiques organisées avec mon ami Henry Dayssol, un peu partout en Corse. J’ai pu constater combien la beauté de ce texte biblique pouvait séduire un auditoire contemporain.
Si, par cette traduction, je puis contribuer à mieux faire connaître, en cette terre tourmentée, la richesse de ce chant d’amour et de paix venu du fond des âges, j’aurai réussi ma mission de passeur.

Décembre 2014

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Canta à i sarri

Canta à i sarri, c'est d'abord ce titre, emprunté à la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1), qui m'a ravie en pénétrant sur Invistita (2), le site de Norbert Paganelli qui, dans un grand souci d'ouverture, met en ligne l'intégralité de son oeuvre poétique en version bilingue ( l'auteur s'exprime en corse, sa langue maternelle, et a confié la traduction de ses poèmes à Dominique Colonna).

Ce titre associe en effet le chant, pour moi l'expression la plus intense et la plus intime de la douleur ou de la joie, de l'espoir et de la révolte , à la symbolique des crêtes, ligne de partage, porte ouverte sur l'au-delà...

Chants aux crêtes est à la fois un chant au monde et le chant du monde car la nature n'est pas muette pour le poète qui sait l'entendre. Et j'ai été particulièrement sensible à ces chants mêlés, à la communion d'un homme avec sa terre, à l'harmonie de l'homme avec la terre, qui émane de ce recueil.

On ressent l'humilité de l'homme construisant son identité en s'insérant entre terre et mers, entre terre et ciel : une sorte d'identité cosmique. Homme et monde s'interpénètrent ainsi dans le mouvement cyclique de la vie, de la mort et de l'éternel recommencement , la vie humaine épousant la dynamique des forces telluriques antagonistes qui perpétuent l'univers.Un climat qui m'a souvent évoqué la philosophie et l'esthétique asiatique et m'a fait revenir en mémoire des vers aimés de René Char.

Le charme de la poésie de Norbert Paganelli réside aussi dans sa simplicité. C'est une poésie qui exalte la beauté des choses humbles, à la portée de tous, odeur du raisin, rondeur d'un galet, chant d'un ruiseau ou mousse sur les murailles, et aspire à la sincérité des rapports humains. Une poésie sans recherche d'effets artificiels qui résonne avec beaucoup de fraîcheur et d'authenticité.

La poésie n'ayant, à mon sens, rien à gagner à l'exégèse, je préfère m'effacer devant les textes .

Pour tous ceux - dont je suis - qui ne parlent pas corse mais possèdent des rudiments d'italien , voire d'espagnol, je conseille de lire d'abord la traduction , puis de dire le texte corse à voix haute pour tenter de retrouver les rythmes et les sonorités qu'aucune traduction ne pourra jamais restituer.

1) épigraphe de Gabriela Mistral :

« Dipoi vinti anni portu, piantatu in carri meia,
- stilettu di focu-
un cantu smisuratu, un cantu à i sarri di altu mari »

« Depuis vingt ans je porte, planté dans ma chair
- poignard brûlant-
un chant énorme, un chant aux crêtes de haute mer»

2) Invistita, le site littéraire de Norbert Paganelli : http://invistita.fr/

Canta à i sarri (Chants aux crêtes),poèmes en langue corse, traduction française de Dumenica Colonna, avec une préface de Ghjacumu Fusina.

A FIOR DI CARTA Éditions (1er trimestre 2009), 10 €

Un Sel d'Argent / Mimoria Arghjintina

sur des photos de Joseph Nicolaï
avec une préface de Marie-Jean Vinciguerra

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L'ouvrage sera disponible fin novembre.

Vous aurez le plaisir d'y découvrir, dans un livre au format intime, 73 clichés extraits des archives de Joseph Nicolaï.

Ces images sont librement commentées par Norbert Paganelli, en corse, en français et en poésie.

Nous ne doutons pas du bon accueil que vous réserverez à ce parcours en images et poésie dans le Sartène de la fin des Trente Glorieuses.

Nous nous tenons bien évidemment  à votre disposition pour répondre à votre enthousiasme.

Dans cette attente, nous vous invitons à le découvrir à travers une des entrées suivantes :
 
Le dossier de presse (avec un extrait)

http://fr.calameo.com/read/0000646409b4335f5deee

La micro-vidéo publiée sur YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=0leXI2JY2ss

La micro-vidéo publiée sur Daily Motion

http://www.dailymotion.com/video/xb7rdg_un-sel-dyargent-mimoria-arghjintina_creation

Le billet déjà publié sur Isularama

http://isularama.canalblog.com/archives/2009/11/19/15859078.phpl
 
 
Pour tout renseignement complémentaire: norbert.paganelli@laposte.net

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La reproduction de l'article de "La Corse votre Hebdo du 1er janvier 2010 s'avérant illisible, le voici reproduit ci-dessous :

IL ETAIT UNE FOIS DANS LES ANNEES 1970
Sartène à travers l'objectif

Norbert Paganelli retrace à travers des textes en corse et en français, illustrés par les photos de Joseph Nicolaï, la chronique de la vie quotidienne sartenaise. Un témoignage poignant, d'une belle vivacité.

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Sartène et ses habitants se prêtent au jeu de l'autobiographie. Dans cet exercice, les étapes ordinaires du quotidien et l'ambiance des années 1970 tiennent une place essentielle. Non pas à la manière d'une anecdote nostalgique ou pittoresque mais comme une matière vivante, un legs insolent et digressif, satiné de lyrisme élémentaire, d'association d'idées et d'émotions tenaces.
La démarche prend la forme d'une succession d'images en noir et blanc, d'une belle vivacité, emprunte à la poésie l'élan du vers libre. La succession de portraits est savoureuse et attachante.

C'est le coeur, la respiration, le regard de Jacques Nicolaï, photographe de presse et de Norbert Paganelli, écrivain, qui jalonnent cette captivante histoire. Leur amitié les a poussé à accaparer, ensemble, l'espace sartenais. Très vite la thématique autorise une réflexion littéraire. Il en résultera l'ouvrage « Un sel d'argent, Mimoria arghjintina ». Entre temps, la complicité entre les deux hommes s'est métamorphosée en promesse, faussement désinvolte, secrètement mélancolique. « Joseph Nicolaï a disparu en 2007, alors même que le principe de cet ouvrage venait d'être arrêté », rappelle Norbert Paganelli.

La langue corse à la rescousse


lecteur
L'écrivain poursuivra seul. Le chapitre commun reste beau et crée une urgence. « Un jour, Joseph Nicolaï me montra quelques dizaines de photographies prises tout au long de sa carrière de correspondant du Provençal dans la région de Sartène ».
L'art du journaliste tient à l'authenticité, fidélité à la vérité des sujets qu'il photographie. Il relève du devoir professionnel, fait résonner des familiarités avec la population de "la plus corse des villes corses".
Au passage, il déclenche une volonté généreuse. « Joseph Nicolaï avait la conviction qu'il fallait partager ces photos avec la population. La méthode pour y parvenir consistait à associer dans une parution ses clichés et mes commentaires.  »

Norbert Paganelli se montra d'emblée réticent. La saga intime collective de la ville possède ses propres équilibres. L'écriture n'apporterait à l'ensemble qu'une dimension superflue. Bientôt, la puissance évocatrice de l'image l'emporte sur le raisonnement. « Les clichés ne m'ont pas laissé indifférent. Ils ont déclenché une curiosité, suscité une sorte d'engouement. Alors je me suis mis à écrire. »

Joseph Nicolaï et Norbert Paganelli établissent une série de trente images assorties d'un texte en français. Le travail de sélection débouche sur "une petite exposition" en 1997 pour le compte de la galerie sartenaise "U Pitraghju".

Le témoignage à coups de de portraits individuels, de contre-plongées, de groupes et de grand- angle rencontre un beau succès. « Les quelques centaines d'exemplaires furent rapidement épuisées », se souvient l'auteur.

L'expérience est réussie, mais fait toutefois naître une tension. Parce qu'elle signale un filon qu'il est bon de creuser, les auteurs éprouvent la nécessité d'ajouter du sens à la démarche. « Joseph n'avait de cesse de me voir continuer. Il avait d'autres instantanés. Il défendait l'usage de la langue corse. »

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Pour le lycée Clémenceau

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La narration de la chronique sartenaise se déplace du côté de la traduction. « Notre première idée était de proposer le même texte en version bilingue. » L'option linguistique est vite abandonnée car « en nous appuyant sur un texte source, nous perdions le lien direct avec l'image. » Suit un revirement. Les textes seront originaux, indépendants les uns des autres mais « reliés entre eux par une sorte de connivence.» La prise de position déteint sur le traitement de l'image. Il faut trouver une forme d'expression singulière. Elle passe par une mise en scène astucieuse. « Nous avons choisi de faire figurer la même photo mais à travers des cadrages différents ».

Dans tout les cas, les instantanés éveillent des réminiscences sur une cérémonie officielle, sur une manifestation de lycéens avides d'avenir qui « gardèrent longtemps le gôut de la révolte, celle qui unit les hommes autour du cri.». Les convictions se forgent sous la banderole "le lycée doit rester à Sartène." Pour toujours. Ce sont encore des cyclistes, des enfants sur un char de carnaval qui surgissent au premier plan. Les images ramènent à la place Porta, « espace où convergent les pas, les regards, les paroles »" , accompagnent les gestes d'une vieiille dame en noir, ceux de joueurs de pétanque, ou de vendeurs sur un marché improvisé. Chacune de ces images parle de l'humain, de ses rêves, des activités et des rites sociaux qui le définissent.

De l'autre côté de l'objectif de Joseph Nicolaï et des textes de Norbert Paganelli, il y a aussi bien des enfants, des anciens, que le Catenacciu ou le prêtre de la paroisse. Celui qui « a dilla franca, mai ùn l'avemu vistu rida. Com'iddu si tinia rittu è sticchitu, ci paria maiurone. » Le photographe déambule à travers les ruelles de la cité et capte ainsi la grâce éphémère de la banalité quotidienne.


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Une démarche documentaire et humaniste avec en plus une valeur artistique.
Véronique EMMANUELLI

UN SEL D'ARGENT, MIMORIA ARGHJINTINA de Norbert Paganelli sur les photos de Joseph Nicolaï, préface de Marie-Jean Vinciguerra, 159 p, 14 euros, coédition La Gare, A Fior di Carta. 

source : "La Corse Votre Hebdo" du 31/12/2009)

Norbert sur corsicatv :

http://corsicalive.fr/acorsicatv/stream.php?id=458&page=index.php

Paroles & Couleurs (Nicolas Cotton-peintures /Norbert Paganelli-textes)

Préface de Michel Duterme
Chateauroux, éditions La Bouinotte, 2012.

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Bien que ce livre figure en bonne place dans ma bibliothèque, je n'avais pas encore eu le temps de rédiger le compte-rendu que je comptais faire de ce bel ouvrage. Finalement, je ne le regrette pas puisque Jacques Fusina s'en est chargé, avec le talent qu'on lui connaît, et m'a autorisé à reproduire in extenso son texte publié en version raccourcie dans La Corse Votre Hebdo.
Voici donc ce texte, en corse puis en français :

Capisce u misteru di a creazione

Ricivii qualchì settimana fà da l’edizioni La Bouinotte un bellu libru intitulatu Paroles et Couleurs : nantu à una cuprendula di culori spampillenti dui nomi cumplettavanu u titulu, quellu di u pittore Cotton, da mè scunnisciutu, è quellu di u pueta Paganelli, cunnisciutu ellu almenu pè e so publicazioni puetiche recenti. Eppuru, toccu e prime pagine, si capisce ch’ellu si tratta quì d’un libru pocu cumunu, postu ch’ellu prupone non solu di marità cun ingeniu opere pitturali è scritti, ma a so cuncepitura generale stupisce ancu di più : subitu in introitu quandu u giurnalistu Michel Duterme indetta cù ragiò chì a scelta di studià u travagliu d’un pittore ripuseria di più nant’à qualcosa « d’impaspevule » o « d’irraziunale » chè nant’à affari di tecnica o di maneghju ch’ùn serianu à parè soiu chè e « primizie » di a vera cunvinzione estetica à vene. L’intenzione di u libru hè dunque appuntu di « capisce u misteru di a creazione », altu prughjettu ma quantu seducente di sicuru.

A regula di u ghjocu di sta dimarchja originale porta u lettore ellu stessu à a scuperta d’un’opera è di u caratteru d’un artistu. Hè per issu mutivu chì u guida Paganelli ci face lume per istrada, micca cum’è qualchì prufessore dutturale ma cù una dilicatezza, un rispettu è un’ammirazione chì ci aiutanu à cunnosce megliu è à prezià pianu pianu l’indule di u pittore, i so incerti tira è molla, i so dubbiti durante u longu spuntà di l’opera. Un era micca faccenda asgiata pè u pueta chì palesa cusì una pacenzia spiegativa è un bon sensu pedagogicu edificandu un passu dopu à l’altru un caminu di scuperta daveru interessante.

Hè cusì ch’ellu almanaccheghja, dopu à un « priambulu », prima tappa utile assai, una sbucinera in cinque fase essenziali : « Dialogu » prupone una discursata nant’à a manera scelta da u pittore duv’ellu ci hè spiegatu chì, ancu trattendusi d’opere non figurative, « l’imprivistu » ùn hè micca affattu « l’azardu ». A fasa seguente, « A l’origine era a terra », indetta a so propiu accostu quand’ellu si truvò ellu stessu a prima volta di fronte à una pittura di scogliu, impressione culore di terra, forme semplici cum’è « paleolitiche ». « Notte bianca », tratta dopu a quistione di u fiascu sempre pussibule, u frastornu d’avè faltatu u gestu, d’ùn esse ghjuntu à u puntu vulsutu, quellu chì tramanna ogni creatore : formule belle è veritative, cum’è « l’artigiani t’anu a so nubiltà, l’artisti e so angosce ». A fasa « Ricerca » si scrive in seguitu logicu postu ch’ellu si tratta di dimustrà in modu cuncretu cum’elle s’assumiglianu a scrittura è a pittura ùn fussi chè pè a so ostinazione, a so frebba, i so dubbiti, ancu quandì l’opera pare sfughje à u so creatore. « Surgente » permette à Paganelli d’imbuccà una manata d’artisti di vera influenza nant’à u so amicu pittore. U sviluppu chì segue, « Situazione », prupone di ritraccià à l’ingrossu a storia di a pittura oghjinca è di splicità cum’ella si hè alluntanata à pocu à pocu da u figurativu senza perdene puru a so qualità di riprisentazione di u reale. Dopu, « Periudi » impalca ciò ch’ellu si purria distingue cum’è tappe maiò in l’opera di u pittore fendu casu quantunque à ùn taglià troppu in modu solu crunulogicu. L’ultima fasa, « Itinerariu », mette date pricise à l’elementi biografichi nant’à l’artistu Nicolas Cotton. A issu puntu, avemu digià un bellu assaghju chì u pittore ne pò esse suddesfu di sicuru, à parè nostru, ma l’inseme hè ancu più riccu è diversificatu ch’è no avemu vistu sin’à quì.

Chì ogni tappa sbucinata quì sopra hè difatti stellata da non solu magnifiche ripruduzzioni in culore di i travagli di u pittore ma dinù da arrette puetiche chì danu occasione à Norbert Paganelli di creà dinù ellu bellissime puesie à nome di e pitture ch’ellu osserva. In eserga, petricelle luccicanti offerte longu à issu percorsu di scuperta, qualchì versu chjaru duv’elli spampillanu nomi di pueta famosi. Qualchì ritrattinu infine di l’attellu di u pittore à u travagliu è di u pueta, à carnettu in manu, chì piglia note, cumplettanu l’inseme in modu più cuncretu chì si possa.

D’avè viaghjatu cusì longu à issa strada d’iniziazione, colmu da a simpatia benevulente chì sorge da i dui prutagunisti, u lettore ùn pò chè esse scunvintu da a sperienza, tantu da i cumenti chjari di u guida chè da u bullore armuniosu di i culori ch’ellu ci dà à vede. Scontru di dui creatori, di dui artisti generosi, riescita edituriale dinù ch’ellu ci vole à salutà rigrettendu chì libri cum’è quessi si ne truvessi belli pochi nant’à u mercatu urdinariu.
Ghjacumu Fusina

Saisir l’énigme de la création

Je reçus il y a quelques semaines des éditions La Bouinotte un bel album intitulé Paroles et Couleurs : sur une couverture aux teintes éclatantes deux noms propres complétaient le titre, celui du peintre Cotton, qui m’était inconnu, et celui du poète Paganelli, dont nous connaissons tout au moins les publications poétiques récentes. Dès les premières pages, on comprend pourtant qu’il s’agit ici d’un ouvrage peu cummun, car non seulement il propose de marier astucieusement des œuvres picturales et des écrits, mais sa conception d’ensemble surprend plus encore : en introduction d’abord lorsque le journaliste Michel Duterme indique fort justement que le choix d’étudier le travail d’un peintre reposerait davantage sur quelque chose « d’impalpable » ou « d’irrationnel » que sur des questions de technique ou de maîtrise qui ne seraient selon lui que les « prémices » de la réelle conviction esthétique à venir. Le propos du livre est donc bien de « saisir l’énigme de la création », projet ambitieux mais ô combien séduisant en effet.

La règle du jeu de cette démarche originale entraîne le lecteur lui-même à la découverte d’une œuvre et du tempérament d’un artiste. Pour cela le guide Paganelli éclaire l’itinéraire, non à la manière d’un professeur pontifiant mais avec une délicatesse, un respect et une admiration qui nous aident à mieux connaître et apprécier progressivement le caractère du peintre, ses hésitations, ses doutes tout au long de l’émergence de l’œuvre. Ce n’était pas une tâche si facile pour le poète qui fait alors montre d’une patience explicative et d’un remarquable sens pédagogique en construisant pas à pas un chemin de découverte d’un réel intérêt.

Ainsi organise-t-il après un utile « préambule » comme première étape, une intelligente déclinaison en cinq phases essentielles : « Dialogue » propose un entretien direct sur la manière de procéder choisie par le peintre où il est expliqué que, même dans une œuvre non figurative, « l’imprévu » n’est pas tout à fait le « hasard ». La phase suivante, « Aux origines était la terre », indique la propre approche du découvreur face à l’impression rupestre reçue au premier contact, couleur terre, formes simples comme « paléolithiques ». « Nuit blanche », aborde ensuite la question du possible échec, du tourment d’avoir manqué le geste, de n’avoir pas atteint le but qui hante tout créateur : belles et vraies formules comme  « les artisans ont leur noblesse, les artistes ont leurs tourments ». La phase « Recherche » s’inscrit alors logiquement à la suite s’il s’agit de démontrer concrètement combien l’écriture et le travail de la toile se ressemblent dans leur obstination, leur fièvre, leurs doutes, y compris lorsque l’œuvre semble échapper à son créateur. « Source » permet à Paganelli de suggérer quelques artistes de réelle influence sur son ami peintre. Quant au développement suivant, « Situation », il propose de retracer à grandes lignes l’histoire de la peinture contemporaine et d’expliciter comment elle s’est progressivement éloignée du figuratif sans perdre pour autant sa qualité de représentation du réel.. Puis « Périodes » dresse ce que l’on pourrait discerner comme étapes majeures dans l’œuvre du peintre en prenant la précaution de ne point trop les séquencer de manière simplement chronologique. La dernière phase, « Itinéraire », date avec précision des éléments biographiques sur l’artiste Nicolas Cotton. C’est à ce point déjà un bel essai dont ce peintre a tout lieu d’être satisfait, nous semble-t-il, mais l’ensemble est encore plus riche et diversifié qu’indiqué jusque là.

Car chaque étape énumérée ci-dessus est en effet ponctuée par non seulement d’excellentes reproductions en couleur des travaux du peintre mais aussi par des pauses poétiques qui permettent à Norbert Paganelli de créer lui-même de fort beaux poèmes qu’il intitule comme les peintures observées. En exergue, brillants cailloux offerts sur ce parcours de découverte, des vers éclairants où scintillent des noms de poètes célèbres. Quelques photos enfin de l’atelier du peintre en plein travail et du poète, carnet en main, prenant des notes, complètent le tout de façon on ne peut plus concrète.
D’avoir longé ainsi ce chemin initiatique, gagné par cette sympathie bienveillante qui émane des deux protagonistes, le lecteur ne peut qu’être convaincu par l’expérience, autant par les commentaires éclairés du guide que par le foisonnement harmonieux des couleurs qu’il nous donne à voir. Rencontre de deux créateurs, de deux artistes généreux, réussite éditoriale qu’il faut également saluer en regrettant toutefois que de tels ouvrages ne soient pas plus nombreux sur le marché du livre.
Jacques Fusina (mars 2012)

separateur

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