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Jazz

Dernière mise à jour : 02/04/2011

Bien qu'elle soit à l'origine de ce site, la polyphonie corse est loin de constituer mon unique horizon musical. Je suis passionné de jazz depuis l'âge de dix-huit ans.
On trouvera sur cette page certains des musiciens de jazz qui m'ont le plus marqué.
Je ne vise en aucun cas l'exhaustivité, et on ne trouvera pas forcément ici de musiciens très connus dont la renommée n'est plus à faire, mais beaucoup de "petits maîtres" (sans aucune nuance péjorative), des "coups de coeur" personnels. En bref, mes musiciens préférés.

C'est dire que mes choix sont entièrement subjectifs et ne sauraient représenter un échantillon représentatif de ceux qui comptent dans le jazz.

L'objectif est simplement de vous donner envie de découvrir des artistes dont certains sont très célèbres, mais d'autres dont on entend rarement parler, mais qui n'en sont pas moins estimables.

De la grande Carla Bley à Enrico Pieranunzi, voici quelques uns des musiciens que j'aime voir et entendre :    

Gato Barbieri
Carla Bley
Miles Davis
Laïka Fatien
Paolo Fresu
Jan Garbarek
Renaud García-Fons
Melody Gardot
Charlie Haden
André Jaume
Stacey Kent
Diana Krall
Nguyên Lê
John Mc Laughlin
Giovanni Mirabassi
Caroline Nadeau
Enrico Pieranunzi

ECM

Le jazz en Corse
Les festivals, notamment le Calvi Jazz Festival, sont désormais en page "Jazz live"

L'agenda jazz est également en page "Jazz live"


Pour ceux et celles qui n’aiment pas (encore) le jazz...
(ou qui croient ne pas aimer le jazz !)


Certains de mes amis (certaines, surtout : ce sont semble-t-il en majorité les femmes qui n’aiment pas le jazz) déclarent ne pas apprécier le jazz. Pourtant, elles reconnaissent souvent aimer tel ou tel musicien, tel ou tel disque de jazz. Ce qu’on appelle communément « jazz » est tellement divers que chacun peut y trouver un style qui lui plaira. C’est ce que je vais essayer de démontrer ci-dessous, en espérant donner envie aux « non-amateurs » de découvrir certains aspects de cette musique qui leur auraient peut être échappé.

Qu’est-ce que le jazz, d’abord ? On le définit généralement comme « un genre de musique né aux États-Unis au début du XXe siècle, issu du croisement du blues, du ragtime et de la musique européenne ». Cette définition, bien qu’exacte, ne rend pas du tout compte de ce qu’est le jazz aujourd’hui. On pourrait le définir en creux par ce qu’il n’est pas : ce n'est pas du classique, ce n'est pas du rock, ce n'est pas de la world music, etc… Ainsi, à la différence de la musique classique, les temps faibles sont accentués, les musiciens ne cherchent pas à avoir une sonorité « standard » mais au contraire cultivent une expression personnelle. A la différence du rock, la rythmique du jazz est très rarement binaire, le plus souvent ternaire, etc. 

Cependant, les frontières des genres sont de moins en moins étanches, et c’est très bien ainsi.

Je tenterais pour ma part de définir le jazz comme « une musique dans laquelle la pulsation rythmique et l’improvisation collective ont une grande importance. »

Je suis conscient des limites de cette proposition. On me rétorquera que le rythme est parfois très évanescent, que bien d’autres musiques du monde donnent de l’importance au rythme et à l’improvisation, que d’ailleurs tout n’est pas improvisé, etc. J’admets ces objections, mais je n’ai rien de plus satisfaisant à proposer !

Le jazz a connu une multiplicité de styles et a su intégrer au cours de son histoire de nombreuses influences (blues, rock, musique latine).

Petite histoire du jazz

Le jazz est né aux États-Unis au début du XXe siècle, d'un mélange de musiques élaborées par les Noirs américains. Ses ancêtres sont les work songs, chants de travail des esclaves africains et les chants religieux, negro spirituals et gospel, chantés dans les églises lors des cérémonies religieuses. Au début du XXe siècle, le blues se développe dans le Delta du Mississippi et est largement diffusé à partir de 1920 et le premier enregistrement de Bessie Smith.

Parallèlement, le ragtime apparaît, style de piano incarné par Scott Joplin, musique syncopée influencée par la musique classique occidentale. Dans les années 1920, le stride se développe à Harlem. Héritier du ragtime, il introduit l'utilisation d'une pulsation ternaire, et la virtuosité des musiciens augmente, comme par exemple chez James P. Johnson. Le boogie-woogie se développe à la même époque à Chicago.

C'est à la Nouvelle-Orléans que l'on fait en général naître le jazz, avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l'expression collective. Le premier enregistrement de jazz voit le jour en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band. Autoproclamé inventeur du jazz, Jelly Roll Morton est en effet un passeur entre ragtime et jazz, mais ce sont Kid Ory, Sydney Bechet et surtout Louis Armstrong qui s'imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans, ce dernier ouvrant avec ses solos la porte à l'ère du Swing.

Considéré comme l'âge d'or du jazz, apparu vers les années 1930, le swing (ou middle jazz) se démarque du jazz Nouvelle-Orléans par un orchestre de plus grande taille, et privilégie les solistes au détriment de l'expression collective. C'est l'ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, avec un répertoire marqué par les compositions de Cole Porter, Richard Rodgers et même de Gerschwin et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l'ossature de ce qu’on appelle les « standards ». Les grands solistes de cette époque sont Coleman Hawkins et Lester Young.

Au début des années 40 naît le be-bop, en forte rupture par rapport au style précédent. Caractérisé par des tempos très rapides, une virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques, le be-bop, essentiellement joué en petites formations, provoquera, comme tout nouveau style émergent, de vives polémiques. Ses principaux représentants seront Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk.

Vers les années 50 apparaissent des évolutions au bebop, comme le cool et le hard bop. Le cool et le jazz West Coast regroupent des évolutions du bop moins marquées par le rythme, et généralement faites par des blancs. Les Four Brothers de Jimmy Giuffre, les innovations de Lennie Tristano et la collaboration entre Miles Davis et Gil Evans sont généralement regroupées sous cette bannière. Au contraire, le hard bop est plutôt un mouvement noir, visant à ré-introduire plus de soul et de blues dans le bop, et pour qui l'aspect rythmique est prédominant. Art Blakey, Horace Silver ou Sonny Rollins y participent. D'autres personnalités inclassables émergent: Bill Evans, Charles Mingus, Oscar Peterson...

A la fin des années 50, les structures harmoniques et l'improvisation sont portées à leurs limites par John Coltrane. Emmenés par Coltrane et Ornette Coleman, les musiciens bouleversent la structure musicale et les techniques instrumentales. La grille harmonique, le rythme régulier, et même le thème sont supprimés, au profit d'improvisations collectives, la prédominance de l'énergie, et l'utilisation de techniques non conventionnelles, c'est la naissance du free jazz. Les réactions des critiques à cette nouvelle forme de jazz sont féroces, et le public beaucoup moins nombreux à suivre cette musique nouvelle.

Dès les années 60, et surtout les années 70, s'amorcent des mouvements de fusion entre le jazz et d'autres courants musicaux, le jazz et la musique latine donne le latin jazz, mais surtout la fusion entre le jazz et le rock, le jazz-rock, qui remporte l'adhésion du public. Les grandes figures en sont Miles Davis et le groupe Weather Report. Un courant important voit le jour en Europe, sous l’égide de la maison de disques ECM à Münich : un jazz plus « européen », aux sonorités plus feutrées et subtiles, inspiré par la musique classique, la musique contemporaine et les musiques du monde. Jan Garbarek, John Surman, Louis Sclavis, Kenny Wheeler en sont quelques représentants.

Ceux qui aiment …
- la musique classique devraient apprécier Bill Evans
- la chanson peuvent écouter Stacey Kent ou Lisa Ekdahl
- les voix doivent écouter Ella Fitzgerald ou Diana Krall
- les musiques latines ont l’embarras du choix avec Dizzy Gillespie, Stan Getz, Gato Barbieri
- le rock apprécieront certainement Weather Report, Mahavishnu Orchestra, John Abercrombie, Terje Rypdal...

Les instrumentistes les plus importants (liste TRES limitative) :
- Trompette : Louis Armstrong, Miles Davis, Dizzy Gillespie, Chet Baker, Paolo Fresu...
- Trombone : J.J. Johnson...
- Saxo ténor : Lester Young, Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Stan Getz, John Coltrane, Wayne Shorter, Michael Brecker...
- Saxo alto : Johnny Hodges, Charlie Parker, Paul Desmond...
- Saxo soprano : Sidney Bechet, John Coltrane...
- Piano : Thelonious Monk, Bud Powell, Oscar Peterson, Bill Evans, Paul Bley, Keith Jarrett, Herbie Hancock...
- Guitare : Wes Montgomery, Charlie Christian, Pat Metheny...
- Vibraphone : Lionel Hampton, Gary Burton...
- Contrebasse : Paul Chambers, Charles Mingus, Scott LaFaro, Charlie Haden, Gary Peacock...
- Batterie : Max Roach, Art Blakey, Elvin Jones, Paul Motian, Jack DeJohnette... 

Pour conclure, quelques incontournables à toute culture jazz :

Sidney Bechet ("Jazz Classics")
Louis Armstrong ("Louis and the Good Book")
Duke Ellington ("The Quintessence")
Count Basie ("Atomic Basie")
Ella Fizgerald ("Live in Berlin")
Charlie Parker ("Bird, the Original recordings")
Dizzy Gillespie ("For Musicians Only")
Thelonious Monk ("With John Coltrane", "Monk Alone")
Chet Baker ("Chet")
Charles Mingus ("Pithecanthropus Erectus")
Sonny Rollins ("Saxophone Colossus", "What's New")
Art Blakey ("Moanin'")
John Coltrane ("A Love Supreme", "Ballads")
Bill Evans ("Sunday at the Village Vanguard")
Miles Davis ("Kind of Blue", "Bitches Brew")
Keith Jarrett ("The Köln Concert", "Survivors Suite")
Diana Krall ("All for You", "When I Look in Your Eyes")

Carla Bley

Née Carla Borg le 11 mai 1938 à Oakland en Californie, Carla Bley part pour New York à 17 ans et vend des cigarettes au Birdland. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley qu'elle épouse en 1957. Il l'encourage à composer. Elle joue notamment avec Paul Bley, George Russell, Jimmy Giuffre et Art Farmer. Elle rencontre le trompettiste Michael Mantler en 1964 au sein de la Jazz Composers’ Guild. Ils fondent un orchestre avec Roswell Rudd, Archie Shepp et Milford Graves. La Guild devient bientôt le Jazz Composers’ Orchestra. Ils divorcent deux ans plus tard, mais Paul continue de jouer ses compositions, tout comme Jimmy Giuffre, George Russell et Art Farmer. Elle rencontre ensuite le trompettiste Michael Mantler, avec lequel elle dirige le Jazz Composers' Orchestra.

Carla enregistre également Fictitious Sports avec Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, Robert Wyatt et Chris Spedding. Elle écrit un arrangement de la musique du 8 ½ de Fellini pour un hommage à Nino Rota. Elle compose la musique de A Genuine Tong Funeral pour Gary Burton, compose et fait des arrangements pour le Charlie Haden's Liberation Music Orchestra. En 1985 elle se concentre sur de plus petits ensembles et écrit pour un sextet sans cuivres, ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire pour de grands orchestres. : un arrangement de Lost in the Stars pour l'album de Willner consacré à Kurt Weill, une version opéra de Under the Volcano d'après le roman de Malcom Lowry présentée à Cologne avec Jack Bruce, Steve Swallow et Don Preston.

Le Carla Bley Sextet, avec Hiram Bullock, Steve Swallow, Larry Willis, Victor Lewis et Don Alias, fait une tournée européenne en 1986 et sort le disque Sextet. Steve Swallow écrit un album Carla avec elle comme organiste. Carla commence à jouer en duo avec Steve Swallow (album Duets), puis décide de retravailler avec son orchestre de 10 musiciens : le Big Carla Bley Band, avec Lew Soloff, Gary Valente, Wolfgang Pusching, Franck Lacy, Cristof Lauer, Bob Stewart, Andy Sheppard et sa rythmique américaine tourne en Europe et sort le CD Fleur Carnivore. Elle compose aussi Dreamkeeper, et l'arrangement du troisième album du Liberation Music Orchestra.

Son groupe actuel, Lost chords, rassemble Andy Sheppard, Steve Swallow et Bill Drummond, et... Paolo Fresu en invité !

Le talent de compositeur et d'arrangeur de Carla Bley est remarquable, mais il faut souligner aussi sa capacité à s'entourer des meilleurs musiciens, et à tirer d'aux le meilleur d'eux-mêmes. Les interventions de Gato Barbieri, de Terje Rypdal, de Lew Soloff, d'Andy Sheppard et de tant d'autres dans les orchestres de Carla Bley sont parmi les plus marquantes de leur carrière.

Discographie

1968 Communications (Jazz Composers' orchestra)
1969 Liberation Music Orchestra (Charlie Haden)
1971 Escalator Over The Hill (Carla Bley and Paul Haines)
1974 Tropic Appetites (Carla Bley)
1977 Dinner Music (Carla Bley)
1978 European Tour 1977 (Carla Bley Band)
1979 Musique Mecanique (Carla Bley Band)
1981 Social Studies (Carla Bley Band)
1982 Live! (Carla Bley Band)
1983 The Ballad Of The Fallen (Charlie Haden and Carla Bley)
1984 I hate to sing (Carla Bley Band)
1984 Heavy Heart (Carla Bley)
1985 Night-Glo (Carla Bley)
1987 Sextet (Carla Bley)
1988 Duets (Carla Bley and Steve Swallow)
1989 Fleur Carnivore (Carla Bley)
1991 The Very Big Carla Bley Band (Carla Bley Band)
1992 Go Together (Carla Bley and Steve Swallow)
1993 Big Band Theory (Carla Bley)
1994 Songs with Legs (Carla Bley)
1996 ...Goes to Church (Carla Bley Big Band)
1998 Fancy Chamber Music (Carla Bley)
2000 4x4 (Carla Bley)
2003 Looking for America (Carla Bley Big Band)
2003 The Lost Chords
2005 Not In Our Name (with Charlie Haden/ Liberation Music Orchestra)
2007 The Lost Chords Find Paolo Fresu
2008 Appearing Nightly (Carla Bley Big Band)

DVD-Video
1983/2003 Live in Montreal

Communications
Ce disque offre un panorama relativement représentatif du free jazz de la fin des années soixante. Don Cherry et Gato Barbieri, Roswell Rudd, Pharoah Sanders, Larry Coryell, Cecil Taylor. Compositions pour grand orchestre. Grondements, roulements, cris, stridences : un maelström sonore pas de tout repos, mais passionnant.


Escalator Over The Hill : a chronotransduction.

Le chef d’œuvre de Carla Bley.
Autour d’un trio de base (Bley, Haden, Motian), un Roswell Rudd au sommet de sa puissance, un Barbieri qui ne jouera jamais mieux, Sheila Jordan aux côtés de la toute jeune Linda Rondstadt, Jeanne Lee, Jack Bruce, John McLaughlin et sa guitare habités de l'âme d'Hendrix, Don Cherry incarnant tous les Indiens de la Terre. Une ouverture énorme : treize minutes de tension et d'intensité inouïes, chant funéraire, marche lente et majestueuse (thème 1) exposé‚ par Rudd et Barbieri, auquel succède, sur des riffs cuivrés, une danse latino-africaine. Rudd survole cette jungle, et retombe sur un accord répété, qui module superbement vers le thème 3, et c'est la valse qui surgit. Lente d'abord (unisson des saxophones), puis rapide (magnifique Perry Robinson à la clarinette), enfin dissonante, valse de foire macabre. La transition qui suit amène le solo le plus extraordinaire de Gato Barbieri : un cri de rage, une plainte puissante. Puis le calme revient….


Le reste est une suite  avec plein de moments forts, des valses avec un Gato Barbieri impérial, de riches duos entre Jack Bruce et John McLaughlin, des mélopées chantées par Don Cherry, qui intervient aussi à la trompette... La musique évoque tour à tout Kurt Weill, Nino Rota, le rock, le jazz, l’opéra, la musique indienne…
En 1998, Carla Bley a réuni un orchestre de vingt-trois musiciens pour reprendre la partition originale  en version “ allégée”. 


Un extrait video : Why



et un autre : Holiday in risk



Et encore : Over her head



eoth
tropic


Tropic Appetites


Moins connu, considéré comme mineur, en tout cas moins ambitieux par son personnel réduit et sa durée, “Tropic Appetites”  (1973) a sur “Escalator over the Hill”  l’avantage de la concision. On retrouve certains protagonistes de l'opéra : le librettiste Paul Haines, les voix (et les instruments) de Carla Bley et Howard Johnson, la trompette de Michael Mantler, Paul Motian et, au faîte de son art, Gato Barbieri. Dave Holland a pris la place de Charlie Haden, Julie Tippetts (ex Driscoll) complète admirablement les voix.

Dinner Music


Enregistré à New York en octobre 1976, un album poétique, où l'on retrouve les inoubliables Sing Me Softly Of The Blues (immortalisé par Art Farmer et Steve Kuhn), Ad Infinitum (magnifié par Phil Woods) et Ida Lupino (dont Paul Bley fit un chef d'oeuvre). Ces trois thèmes sont profondément remaniés ici, la version d'Ida Lupino bénéficiant quant à elle d'une véritable réécriture de la mélodie, tout aussi fascinante que la partition originale. Un beau disque avec une perle : l’imprononçable Utviklingssang.

I Hate To Sing

Un disque plein d’humour.


Social Studies

Au début des années 80, Carla Bley dispose d'un orchestre régulier, un nonette privilégiant les cuivres qui, souvent utilisés dans le registre grave, accentuent l'expressionnisme de ses partitions. Dans Social Studies, les couleurs sombres prédominent : un tango, une valse triste, une marche funèbre... Mais tout cela est plein d'humour er remarquablement écrit et interprété.
Et il y a la perle de ce disque : Utviklingssang. Attention, chef-d'œuvre.

Live !

Cet album enregistré en public permet d'entendre une formation parfaitement rodée interprêter un nouveau répertoire. Ce  Live ! contient cinq inédits, la seule reprise étant  “Song Sung Long”  figurant sur “Dinner Music” mais réorchestré de manière toute différente. On y trouve aussi de superbes mélodies aux arrangements sophistiqués : “Still In The Room”, introduit à la basse électrique par Steve Swallow, grand dispensateur de subtile harmonie, un musicien qui se distingue particulièrement sur ce disque, “Time And Us”, morceau de bravoure de l'altiste Steve Slagle, une sombre ballade qui aurait très bien pu figurer sur “Social Studies”.

Car au-delà de l'humour, la musique de CarIa Bley dégage souvent une profonde mélancolie.

Heavy Heart


Heavy Heart” (coeur lourd) est dans l'ensemble un disque mélancolique, mais nullement ennuyeux, parce que riche de suspens, de climats sans cesse changeants.
Ainsi “ Light or Dark ”, comme le titre l'annonce, fait alterner un thème assez sombre exposé par Steve Slagle avec des variations lumineuses et très aérées où chacun des solistes se présente nonchalamment. La ravissante ballade Talking Hearts (encore un futur standard ” signé Carla) met en scène le guitariste Hiram Bullock. Sur Joyful Noise remarquable sole de flûte de Steve Slagle. La grande nouveauté du disque réside dans la présence au piano de l’excellent Kenny Kirkland
Pour finir, un long solo très inspiré de Steve Slagle sur Heavy Heart.

Night-Glo

Les cuivres sont ici au second plan, derrière la rythmique composée de  Steve Swallow, Hiram Bullock et Victor Lewis.


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Sextet

Carla Bley reprend la formule du petit ensemble, un sextette en l'occurrence : piano, orgue, basse, guitare, batterie et percussion. Les cuivres ont disparu. Sonne un peu « variété ».

Fleur Carnivore

Un  sommet de l'oeuvre enregistrée de Carla. Composition, arrangement, direction d'orchestre : dans ces trois domaines, elle excelle, poursuivant à sa manière la tâche abandonnée par Gil Evans. Solos de Lew Soloff, Frank Lacy, Gary Valente, Wolfgang Puschnig, Andy Sheppard, Christof Lauer, Karen Mantler et Steve Swallow.

The Very Big Carla Bley Band

Encore un disque magnifique : une formation encore plus luxueuse, au service des quatre solistes : le trompettiste Lew Soloff, Gary Valente au trombone, l'altiste Wolfgang Puschning et le ténor Andy Sheppard. Un sommet : Lo ultimo.

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theory

Une vidéo de 1990 : "Who Will Rescue You"

Go Together

Quand la complicité amoureuse se conjugue avec l’union d’une compositrice pour laquelle le piano n'a longtemps été qu'un accessoire et d'un bassiste électrique aux conceptions totalement originales, on a un dialogue passionnant avec une économie de moyens étonnante.

Big Band Theory

Un tout petit peu décevant, hormis Birds of Paradise. Tout est relatif, mais la discographie de Carla est tellement riche...

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Songs with Legs

Cet album en trio, piano-saxophone-guitare basse, est organisé autour de son harmonisation splendide d'un des plus célèbres blues de Monk, Misterioso. L'influence de Monk sur la musique de Caria Bley s'entend de mieux en mieux depuis qu'elle s'est mise à la pratique assidue du piano, soit en duo avec Steve Swallow, soit, comme ici, en ajoutant le timbre légèrement rauque, voilé et d'une extrême justesse d'Andy Sheppard, le saxophoniste britannique; une association qui rappelle l'alliage sonore du ténor Charlie Rouse avec la frappe assurée de Monk.

Le toucher de Carla n'est pas celui des improvisateurs hardis, il est plutôt, même en solo, celui d'une interprète délicate et précautionneuse de sa propre musique. Ce qui lui donne un charme fou, auquel succombent de tout évidence les publics européens de ce disque, enregistré en tournée.

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Un nouvel octet, 4 x 4. Magnifique de bout en bout, avec un Andy Sheppard somptueux dans Utviklingssang (je garde un souvenir ému d'une interprétation extraordinaire de ce morceau par le même Andy Sheppard, au Parc Floral de Vincennes voici une dizaine d'années).

Carla revient à la tête d'une nouvelle formation, inaccoutumée : un double-quartet avec deux fins rythmiciens (le bassiste Steve Swallow et le percussionniste Dennis Mackrel), une place de choix aux instruments à vent, un orgue côtoyant le piano de Carla. Une pareille formule, qui, de surcroît, présente un casting superbe, constitue une matière idéale pour cette artisane, si habile à travailler les masses sonores, les couleurs et les contrastes.

Le groupe 4x4 selon Carla Bley : « Nous avions eu l'idée d'un big band réduit. Il a fallu supprimer trois trompettes, trois trombones et trois instruments à anche. Il en est resté notre section rythmique carrée et quatre instruments à vent. À Copenhague, nous avons eu l'occasion d'essayer cette nouvelle formule. Elle fonctionnait bien. J'ai appelé mon agent et lui ai demandé de m'organiser une tournée. »

Commentaire de certaines œuvres par Carla Bley :

Baseball : « La grande bataille entre Mark McGwire et Sammy Sosa était dans tous les journaux télévisés, et quand le morceau a pris forme, j'ai décidé de l'appeler Baseball . Aucun des extraits de fanfare joués à l'orgue n'y était avant qu'il ait ce nom. J'ai pensé que ce serait drôle d'y ajouter quelques mélodies sportives célèbres, mais je n'avais assisté qu'à un match dans toute ma vie et n'en regardais jamais à la télé. J'ai téléphoné à ma fille, qui se plaignait toujours du bruit des jeux quand elle habitait près du Fenway Stadium à Boston. Elle se souvenait de plein d'airs de fanfares et me les a chantés au téléphone. »

Blues in 12 Bars and Blues in 12 Other Bars : « L'idée du premier morceau m'est venue pendant que Steve Swallow et moi étions à Copenhague. On m'avait prêté un synthétiseur Kurzweil un peu endommagé. C'est donc cet instrument qui est responsable du tour qu'a pris le premier titre, Blues in 12 Bars and Blues in 12 Other Bars . Il ne pouvait pas tenir les notes ni contrôler le volume. La seule musique qui sortait de ce truc était quelque chose que je n'imaginais entendre que dans un bar. »

Les Trois Lagons : «  Les Trois Lagons a commencé par être une commande du Festival de jazz de Grenoble. On m'a demandé de choisir un hors-texte dans un livre de découpages d'Henri Matisse qui s'appelle « Jazz », et de m'en inspirer pour composer une œuvre. J'ai choisi des motifs qui s'appelaient tous "Lagons" et ai écrit le morceau en regardant un vrai lagon de ma fenêtre. On l'a joué en trio (avec Andy Sheppard et Steve Swallow) au festival de Grenoble en 1996. Comme il était prévu d'y ajouter d'autres musiciens plus tard, je l'ai réorchestré pour Fancy Chamber Music en 1996 et une nouvelle fois pour 4X4 fin 1999, lors d'un séjour avec Steve Swallow dans une petite île des Caraïbes. »

Sidewinders in Paradise : « Il y avait beaucoup d'oiseaux et nous adorions surtout écouter chanter les passereaux au crépuscule. Chaque soir pendant nos duos, les oiseaux et les grenouilles avaient l'air de nous accompagner. Je me suis mise à enregistrer et à transcrire les mélodies des passereaux, à la recherche d'une idée pour un morceau. Une de mes cassettes usagée ne s'est enregistrée que sur une piste. Sur l'autre, Sidewinder, un morceau impressionnant de Lee Morgan était resté gravé. En le réécoutant j'ai tout de suite compris ma chance : un nouveau morceau était né ! Les oiseaux sonnaient merveilleusement bien sur le motif rythmique qui ne s'était pas effacé. Plus tard, alors que je retravaillais le tout, il s'est trouvé que la phrase Stranger in Paradise s'adaptait aux premières mesures des changements d'accords. Je l'ai donc intégrée au morceau. Ailleurs, c'était les coassements à deux notes des grenouilles que nous entendions tous les soirs qui figuraient à l'arrière-plan. Le morceau une fois terminé, je n'ai eu aucun mal à lui trouver un nom : Sidewinders in Paradise. Presque tout était « emprunté », alors pourquoi ne pas faire la même chose avec le titre ? »

Utviklingssang : « J'avais déjà écrit une version pour 4X4 du morceau que nous jouerions en rappel à la fin des concerts. C'était le même que celui que nous utilisions en trio. Étant donnée sa place, nous ne l'annoncions jamais, et souvent des gens venaient nous demander à la fin des concerts « C'était quoi, le nom de ce joli morceau ? » La réponse n'était pas très jolie, sauf peut-être pour les Norvégiens, mais nous nous pincions les lèvres comme des poissons et essayions de dire « Utviklingssang ». Il y a des années un organisateur m'avait demandé de composer quelque chose d'un peu scandinave pour une tournée que je faisais avec les Scandinavian All-stars. J'avais refusé parce que je trouvais que c'était une idée ridicule, mais le morceau m'était venu tout seul. J'attendais d'arriver à Oslo, où se déroulaient les répétitions, pour lui donner un titre. En chemin pour la première séance, j'ai vu un défilé de manifestants dans l'avenue principale. J'ai demandé à mon guide contre quoi ils protestaient. Il m'a répondu que les saumons et les rennes de Laponie étaient menacés par la construction de barrages destinés à fournir plus d'énergie aux villes du sud de la Norvège. Un des mots qui revenaient sur les banderoles des protestataires était « Utvikling ». Il m'a dit que ça signifiait « développement ». Je lui ai demandé comment traduire « Chanson du développement » en norvégien ; et voilà, c'était Utviklingssang. »

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Andy Sheppard


The Lost Chords

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Ce CD est un reflet de la tournée européenne 2002 du quartet de Carla Bley. On y retrouve sa passion pour les suites. Ici deux suites de plus de 15 minutes ouvrent et ferment le disque. Lost Chord s'ouvre par un beau mouvement en ballade où Sheppard au soprano offre quelques instants magiques. Puis s'ouvre le second mouvement, swinguant, et la suite se termine avec la batterie de Drummond. Le funky répétitif de Hip Hop, le tango de Tropical Depression, le swing quasiment monkien de The Maze, sont bien dans le style d'écriture bien reconnaissable de Carla.

The Lost Chords Finds Paolo Fresu


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Voici enfin le quartet augmenté de Paolo Fresu à l'initiative d'Andy Sheppard (voir ci-dessous).
Et les deux hommes se sont trouvés. "Association quasi télépathique", écrit Alex Dutilh dans Jazzman. Même élégance dans le phrasé, même moëlleux dans le son. Paolo se fond à merveille dans le groupe. "On aurait dit qu'ils se connaissaient depuis toujours. Ils savaient se suivre, leurs sonorités se fondaient ensemble, leur timbre était parfait l'un pour l'autre. Un truc mystérieux, comme un coup de foudre", raconte Carla Bley.


J'ai écouté ce CD une première fois. Je l'ai apprécié tout en le trouvant un peu trop "sage". Je l'ai écouté une deuxième fois, et depuis, il ne quitte plus ma platine. Tous les morceaux sont excellents, en particulier Four et Five Banana. Andy et Paolo s'entendent à merveille, Carla n'a jamais aussi bien joué du piano, Steve Swallow est comme d'habitude impérial. A la première écoute le jeu de Billy Drummond ne m'a pas emballé, mais maintenant il s'impose comme une évidence.
Vous l'aurez compris, un disque indispensable !


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"... une musique extrêmement émouvante, dont les mélodies s'insinuent sous la peau avec une sonorité à damner les saints. Le mariage de la trompette de Paolo Fresu (souverain dans ses solos) avec le ténor d'Andy Sheppard (granuleux et tendre) est un des bonheurs inattendus de ce disque, qui prend place parmi les meilleurs de Carla Bley - ce qui est dire son excellence." (de Michel Contat dans le Télérama du 17 novembre 2007, qui attribue ffff à ce disque, également CHOC de Jazzman.

La revue Jazzman classe ce disque dans les 15 meilleurs CD de l'année 2007, avec ce commentaire : "Cela faisait des lustres que la dame n'avait pas écrit de manière aussi somptueuse pour une petite formation, renouant avec la sensualité exacerbée de "A Genuine Tong Funeral" ou "Dinner Music". Il faut dire que l'association quasi télépathique de Paolo Fresu et d'Andy Sheppard (une requête du saxophoniste) fonctionne à merveille sur les harmonies épanouies de Carla Bley. Longtemps, longtemps après que le disque s'est achevé, les thèmes vous dansent dans la tête. Une bande-son du bonheur."


Dans une interview publiée dans le Jazzman de mai 2008, Andy Sheppard s'esprime en ces termes : "J'aime beaucoup le quintet Lost Chords, car jouer avec Paolo Fresu est un vrai bonheur. J'avais dit à Carla que c'était un trompettiste extraordinaire. Un jour, elle a voulu l'écouter et a dit tout de suite : "Il faut qu'on fasse quelque chose avec lui, le son est exceptionnel, sa façon de jouer absolument personnelle, très jazz new-yorkais et, en même temps, très européenne." Elle était fascinée. Avec Paolo, il se passe toujours quelque chose. Il est capable de rejoindre un groupe, de prendre tout le monde avec lui et de changer la direction de la musique".


On en avait presque oublié combien Carla Bley était une compositrice sensible. Suffisamment passionnant pour ne pas nous lasser, son travail d’écriture s’est développé ces dernières années essentiellement au sein de formations étoffées, parfois guettées par la rigidité mécanique et la sécheresse cérébrale, des big bands affûtés qui donnaient en fait toute leur (dé)mesure sur scène. Plus intimiste, le quartet de The Lost Chords (Steve Swallow à la contrebasse, Billy Drummond à la batterie, Andy Sheppard aux saxophones ténor et soprano), avec lequel elle avait enregistré un album en 2003, lui permet de poser le jeu et de développer une fibre émotive bienvenue, toutefois dénuée de pathos. A l’origine de The Lost Chords find Paolo Fresu, on trouve pourtant un concept quasi mathématique autour du chiffre cinq, décliné à l’envi (5 musiciens, 5 mesures, 5 sections, des intervalles en quinte, une main à 5 doigts, etc), jusqu’à la banane : « Les bananes poussent en régimes et en anglais un régime est souvent appelé "main" », précise encore Carla Bley. Quelque peu tiré par les cheveux, le cheminement de la pianiste fait montre d’un humour malicieux et conduit à des compositions intitulées “One Banana”, “Two Banana”... jouées par le Banana Quintet. Outre ce délicieux délire, on trouve sur l’album, son meilleur depuis des lustres, un morceau dédié à l’acteur décédé de Superman, Christopher Reeves, qui met encore un peu plus en évidence l’esprit à la fois léger et grave que sous-tend un tel projet. Pour le reste, les plages forment une suite parfaitement dense et homogène, qui évolue en une succession de mouvements amples et harmonieux, à la densité graduellement croissante (“Four” est à ce titre un sommet d’intensité, notamment lors du solo de Drummond soutenu par les ostinatos conjoints du piano et de la contrebasse). Déterminant, l’apport de Paolo Fresu confère ce supplément de poésie et de douceur, de pureté mélodieuse proprement poignante. Plus que le trompettiste italien, Carla Bley et ses fidèles musiciens ont trouvé à ses côtés la Beauté.
article écrit par Fabrice Fuentes, le 8 février 2008
http://www.pinkushion.com/enmarge.php3?id_article=2926


La très bonne idée de ce dernier album de The lost chords est d’être allé chercher le trompettiste sarde Paolu Fresu pour accompagner le quartet de la plus suédoise des compositrices américaines, Carla Bley. Une quête contée comme une bande dessinée et avec beaucoup d’humour dans les « liner notes » qui accompagnent l’album. Une rencontre en apparence contre nature tant la pianiste s’est ses dernières années appliquée à l’understatement dans ses compositions, un certain minimalisme froid alors que Paolo Fresu transmet beaucoup d’émotion par  la sincérité et le naturel de son phrasé.

Et pourtant le résultat est exceptionnel. La suite The Banana Quintet est une pièce majeure où chaque note semble absolument nécessaire, indispensable. Une harmonie élégante, majestueuse, vibrante, porteuse de lendemains lumineux, sans aucun pathos. Le timbre charnu et rond de Fresu se marrie parfaitement à l’élégance effacée de Drummond à la batterie, au swing de Steve Swallow, toujours parfait à la basse électro-acoustique et au son pur d’Andy Sheppard aux saxophones soprano et tenor.  Quel bonheur ces compositions que nous offre Lady Bley, de la très belle ouvrage, montant en intensité avec subtilité et nous tenant en haleine jusqu’à l’accord final. En apparence d’une grande facilité, la suite est d’une construction très complexe, avec des ruptures harmoniques très brutales, des chorus de cinq mesures et de nombreuses quintes. Et surtout ensemble, les cinq musiciens ont un son d’une homogénéité parfaite, un peu comme si cela faisait vingt ans qu’ils traînaient ensemble dans tous les rades de la planète. Des vieux de la vieille à qui on ne la raconte pas. Ils se sont vraiment trouvés (« find »), au sens fort du terme, trouvés dans le souffle qui les traverse, trouvés dans la pâte sonore, trouvés dans le même amour de la musique. Leur art explose sur le sublime Death of Superman – Dream sequence 1 Flying , une pièce très intime, très lyrique, très dépouillée où Fresu se découvre être le jumeau poète de Sheppard. Absolument bouleversant. A la fin de l’album, ils reprennent une vieille composition de Carla Bley, Ad Infinitum, qui semble avoir été écrite pour conclure cet album choral.
Régine Coqueran pour les Dernières nouvelles du Jazz, un excellent blog que je vous recommande. C'est ici : http://www.lesdnj.com/

2 juillet 2008, New Morning : à lire en rubrique "concerts"

 

Un extrait de Jazz à Vienne 2008 :



Appearing Nightly


appearing

Un disque très différent du précédent. C'est ici un disque du "remarkable" Big Band qui célèbre avec respect mais non sans fantaisie les grands orchestres de jazz. Un disque plein de citations ayant trait à la nourriture (Salt Peanuts, Life is just a bowl of cherries, Let's eat more eat...), et surtout plein d'interventions lumineuses de Lew Soloff, Gary Valente, Andy Sheppard, Steve Swallow...
 

Paolo Fresu

paolo

Après un passage par la page "invités" du fait de ses participations aux Rencontres de Calvi, Paolo Fresu a désormais une page à lui. C'est ici : paolofresu.htm

A consulter aussi l'article sur Carla Bley, puisqu'il vient d'intégrer sa petite formation "The Lost Chords".

Nguyên Lê


Né à Paris de parents vietnamiens, le guitariste Nguyên Lê cofonde en 1983 le groupe ULTRAMARINE.

Musicien autodidacte à vocation ouverte, il joue de ses cordes autant pour le rock et le funk, la chanson, le Jazz contemporain, l'électro-acoustique et surtout les musiques extra-européennes.

Ses collaborations sont innombrables : Art Lande, Marc Johnson & Peter Erskine, Andy Emler, Michel Portal, Miroslav Vitous, Trilok Gurtu, Sylvain Marc, Antoine Illouz, Aldo  Romano, J. F. Jenny Clarke, Dewey Redman, Jon Christensen, Bunny Brunel, Daniel Humair, Michel Benita, Nana Vasconcelos, Glenn Ferris, Christof Lauer, Paolo Fresu, Art Lande, Paul McCandless, André Ceccarelli, Richard Bona et d'autres encore.

Plus récemment, ses disques avec Peter Erskine et Michel Benita (trio ELB), Paolo Fresu («Angel») ou Huong Thanh rencontrent un grand succès.

En 2008, il enregistre "The Othello Syndrome", de Uri Caine, « Blauklang », le nouvel album de Vince Mendoza & aussi "Dream Flight", le nouvel album du trio Erskine - Lê - Benita, avec Stéphane Guillaume en invité au sax.

Un nouveau disque sort en oct 2009: SAIYUKI, un trio asiatique avec Mieko Miyazaki (koto) & Prabhu Edouard (tablas), & Hariprasad Chaurasia (flute) en invité. En tant qu’ingénieur du son il mixe le nouvel album de Dhafer Youssef "Abu Nawas Rhapsody" avec qui il tournera en concert en 2010.

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Un extrait vidéo où Nguyên Lê rencontre... le Concordu de Orosei !!


Miles Davis


J’ai entendu Miles Davis quand, adolescent, je découvrais le jazz à travers les disques de Charlie Parker. Mais le premier concert auquel j’assistai eut lieu en 1971, en pleine période « électrique » de Miles. A l’époque, j’appréciais autant le jazz que la pop « progressive ». Je ne fus donc pas dépaysé par les claviers électriques, les sons distordus et la pédale wah-wah. Je fus au contraire fasciné par cette musique qui pourtant n’avait pas grand-chose à voir avec les disques du Miles des années 50 -60, que je découvrirais plus tard. Pour le lecteur, je crois préférable de présenter les choses dans l’ordre, c’est-à-dire en commençant par le début : 1926, naissance d’un génie.

miles

1926-1944 : les années d'apprentissage

Miles Dewey Davis III est né aux Etats-Unis à Alton (Illinois) le 25 mai 1926. L'enfant grandit dans un milieu familial relativement aisé (son père Miles Dewey Davis II est chirurgien-dentiste). Ses parents sont tous deux mélomanes.
Il commence la trompette à l’âge de 13 ans et en apprend les rudiments avec Elwood Buchanan, ex-trompettiste de l’orchestre d’Andy Kirk, qui lui fait découvrir les particularités de la trompette jazz, et l’aide à développer les fondements de son style. D’une part, il l’encourage à jouer sans vibrato, et d’autre part il l’initie au jeu doux, sobre et lyrique de trompettistes tels que Bobby Hackett ou Harold Baker. Très vite, Miles intègre l’orchestre de son lycée et découvre l’univers des jam-sessions.
Miles devient professionnel vers 1942, après sa rencontre avec le trompettiste Clark Terry, qui exerce sur lui une profonde influence. Fréquentant assidûment les clubs de la ville en trichant sur son âge, il commence à jouer en public dès que possible, acquérant une petite réputation régionale, tout en continuant à fréquenter le lycée.

En 1942, à l'âge de 16 ans, il fait la connaissance d'Irene Birth, dont il aura trois enfants. En 1944 naît leur première fille, Cheryl.

1944-1948 : les années Bebop

En 1944, l’orchestre de Billy Eckstine joue dans sa ville. Ce groupe cherche à adapter au format big band la révolution be-bop qui secoue le milieu du jazz depuis le début des années 1940. Il réunit les deux immenses créateurs que sont le trompettiste Dizzy Gillespie et le saxophoniste Charlie Parker. Au début du concert, Gillespie vient trouver Davis dans la salle pour lui demander de les rejoindre sur scène pour remplacer un trompettiste défaillant. Émerveillé par cette rencontre musicale, Miles prend une décision essentielle : il rejoindra le groupe à New York qui bouillonne des toutes nouvelles innovations jazzistiques apportées par ce que l’on appellera rapidement le be-bop. Miles Davis s’installe dans la 52ème rue, en compagnie d’Irene qu’il a récemment épousée.

Grâce à l'aide financière de son père, il s'inscrit à la rentrée 1944 à la célèbre Julliard School de New York, dont l'enseignement l'ennuie assez rapidement. Mais son véritable but est ailleurs : il commence à fréquenter assidûment le Minton's, berceau légendaire du Bebop, à la recherche de Parker et Gillespie. C'est à cette époque qu'il rencontre les trompettistes Freddie Webster et Fats Navarro, qui deviennent ses amis et complices musicaux. Ayant finalement trouvé Gillespie et Parker (qui habitera même quelque temps chez lui), il s'initie aux subtilités du be-bop, style musical particulièrement complexe et ardu. De plus, Parker, alias Bird, le présente aux autres légendes du style, dont le pianiste Thelonious Monk.

Parallèlement à ses études à la Julliard School, où il apprend le piano et s'initie aux compositeurs contemporains comme Prokofiev, Miles devient un habitué des jam-sessions de la nuit new-yorkaise. Il accompagne notamment la grande chanteuse Billie Holiday au sein de l'orchestre du saxophoniste Coleman Hawkins11. À propos de cette époque, il confiera plus tard : « Je pouvais en apprendre plus en une nuit au Minton's qu'en deux ans d'études à la Julliard School. »

Les choses commencent à bouger pour le jeune trompettiste : il obtient son premier engagement officiel début 1945, aux côtés du saxophoniste ténor Eddie « Lockjaw » Davis. Le 24 avril, il réalise son premier enregistrement en studio, gravant quatre premiers morceaux avec un quintet accompagnant le chanteur Rubberlegs Williams sous la direction du saxophoniste Herbie Fields. Ces morceaux de blues fantaisistes, centrés sur le chant, ne lui donnent guère l'occasion de montrer son talent, mais c'est un début.

En octobre, il intègre enfin le quintet de Charlie Parker, en tant que remplaçant de Dizzy Gillespie, qui a quitté le groupe. Le 26 novembre, le groupe enregistre avec Gillespie de retour... au piano. Le 28 mars 1946, Miles enregistre à nouveau, avec un Parker au sommet de son succès, les classiques Moose The Mooche, Yardbird Suite, Ornithology et A Night In Tunisia. La sonorité douce et le calme de son jeu, s'opposant à la véhémence de Charlie Parker, s'éloignent également beaucoup du style Gillespie, qu'il a d'abord tenté d'imiter avant de renoncer. Cette différence lui attire quelques critiques négatives, mais Davis impose rapidement son style propre. Le magazine Esquire le proclame « Nouvelle Star de la Trompette Jazz ».
Le 8 mai, Miles compose et enregistre sa première composition personnelle, Donna Lee, qui attire l'attention du célèbre arrangeur Gil Evans. Il restera trois ans dans le groupe de Parker, apprenant beaucoup et gravant plusieurs morceaux légendaires, mais faisant également connaissance avec les mauvaises habitudes du saxophoniste et de son entourage, au premier rang desquels la drogue, principalement l'héroïne, qui fait des ravages chez les « boppers ». Miles parvient dans un premier temps à ne pas tomber dans la toxicomanie, mais supporte de plus en plus mal le comportement erratique qu'elle induit chez ses collègues.
A l'automne 1946, Charlie Parker, à bout de forces, est hospitalisé pour sept mois à Camarillo. Sans groupe, Miles Davis joue notamment avec Charles Mingus, avant de rejoindre à nouveau l'orchestre de Billy Eckstine pour une tournée. Au printemps 1947, le groupe est dissout, et Miles est sans travail ; après des années de résistance il plonge dans la cocaïne et l'héroïne. Pendant quelques semaines, il joue au sein du big band de Dizzy Gillespie, puis rejoint un Charlie Parker remis sur pied.
Célébré par les lecteurs de magazines Jazz prestigieux dans leurs référendums annuels, participant à des enregistrements légendaires avec les musiciens les plus réputés du be-bop, Davis est pourtant en 1948 un homme frustré, impatient de créer une musique qui lui soit propre.

Le jazz cool et la collaboration avec Gil Evans

À l'été 1948, Miles Davis, en collaboration avec l'arrangeur Gil Evans, qu'il a rencontré plusieurs années auparavant, décide de mettre son projet à exécution en se détachant des principes du Bebop pour participer à une nouvelle forme de Jazz. Installé à New York, il fonde un nouveau groupe, intermédiaire entre le big band et les petites formations be-bop. Ce sera un nonet dans lequel chaque section devra, dans l'esprit de ses créateurs, imiter l'un des registres de la voix humaine : la section rythmique comprend contrebasse, batterie et piano. Au niveau des instruments à vent, on trouve en plus de la trompette de Davis et du saxophone de Gerry Mulligan un trombone, un cor d'harmonie, un saxophone baryton et un tuba.

Le 18 septembre 1948, le nonet se produit pour la première fois en public, assurant la première partie du spectacle de Count Basie au Royal Roost de New York sous le titre « Nonet de Miles Davis, arrangement de Gerry Mulligan, Gil Evans et John Lewis ». Une dénomination inhabituelle qui trahit la volonté de créer une musique reposant largement sur les arrangements. Jouant une musique dont l'orchestration riche, les arrangements soignés et la relative lenteur rompent radicalement avec l'urgence du be-bop, le groupe est notamment remarqué par le directeur artistique des disques Capitol Records, Pete Rugolo, qui se montre très intéressé.

Après un contretemps dû à la grève des enregistrements de 1948, au cours de laquelle Miles refuse de rejoindre le groupe de Duke Ellington, le nonet entre finalement en studio début 1949 à New York pour une série de trois séances qui vont changer la face du Jazz. En quinze mois et avec de nombreux musiciens différents, le groupe enregistre une douzaine de morceaux, dont les titres Godchild, Move, Budo, Jeru, Boplicity et Israel. Six d'entre eux sortiront en 78 tours, le reste devant attendre les années 1950 et le célèbre album Birth of the Cool, sorti longtemps après les faits, pour voir le jour.

Le Cool Jazz est né, mais ce n'est pas une révolution immédiate : le nonet est rapidement dissous, et cette nouvelle musique mettra plusieurs années à s'imposer parmi les musiciens et le public Jazz.

La collaboration avec Gil Evans se poursuit sur des projets qui intègrent des instruments et des traitements compositionnels issus de la musique classique. L’un des enregistrements qui en témoigne le mieux est certainement Sketches of Spain (sorti en 1960).

Miles et la France

En 1949, Miles Davis effectue son premier voyage à l'étranger, participant le 8 mai au Festival International de Jazz à Paris, salle Pleyel. Il a l’opportunité de revenir à Paris en 1957 pour réaliser la musique du film Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle. Le groupe, qui comprend Kenny Clarke et les musiciens français Barney Wilen (saxophone tenor), René Urtreger (piano) et Pierre Michelot (contrebasse) improvise la musique devant un écran projetant des scènes du film en boucle, à partir d'indications très limitées de Miles. Ces morceaux très visuels, ne comptant que très peu d'accords, resteront un jalon essentiel dans la carrière de Davis, le symbole de son nouveau style.
Miles Davis apprécie beaucoup l’Europe, et notamment la France, qui à l'époque est un pays beaucoup moins raciste que les États-Unis, surtout au sein du milieu qu'il fréquente à Paris. Il a pour la première fois la sensation, comme il le dira dans son autobiographie « d'être traité comme un être humain ».
En plein cœur de l’effervescence de Saint-Germain-des-Prés, il fait la connaissance de Boris Vian (amateur de jazz et trompettiste lui-même), Jean-Paul Sartre naturellement, Jeanne Moreau et Juliette Gréco dont il tombe éperdument amoureux. Il hésite à l'épouser, ce qui serait tout simplement impensable dans son pays natal (à l'époque, les unions « mixtes » entre Noirs et Blancs sont encore tout simplement illégales dans de nombreux États américains). Ne voulant pas lui imposer une vie aux États-Unis en tant qu'épouse d'un Noir américain, et elle ne voulant pas abandonner sa carrière en France, il renonce et rentre à New York.

1949-55 : Drogue et hard-bop

De retour aux États-Unis, la séparation d'avec Juliette Gréco et le milieu artistique parisien lui pèsent, et replonge dans l'héroïne. La drogue a des effets dévastateurs sur lui. Sa maison saisie par une société de crédit, il tourne avec d'autres drogués notoires, notamment au sein de l'orchestre reformé de Billy Eckstine, et se retrouve en prison à Los Angeles, suite à une descente de police.

Les années suivantes, Davis continue à enregistrer avec de nombreux artistes très cotés, tels que Charlie Parker, les chanteuses Sarah Vaughan et Billie Holiday, Jackie McLean, Philly Joe Jones ou Sonny Rollins. Il fait également la connaissance d'un jeune saxophoniste, John Coltrane, avec qui il joue brièvement à l'Audubon Ballroom de Manhattan. Mais, malgré l'intervention énergique de son père, qui le ramène chez lui à East St Louis et va même jusqu'à le faire arrêter par la police, il ne parvient pas à décrocher de la drogue. C'est après la rencontre en 1953 avec la danseuse Frances Taylor, qui va devenir sa seconde épouse, qu'il réussira à se désintoxiquer.

Il émerge en février 1954 et réunit un nouveau sextet qui compte notamment le batteur Kenny Clarke et le pianiste Horace Silver. Ensemble, ils posent les bases d'un nouveau style, qui deviendra après le Bebop et le Cool la « troisième vague » du Jazz moderne : le Hard Bop. Réaction contre le Cool Jazz qu'il a lui-même lancé, ce nouveau style plus énergique (sans atteindre les sommets du Bebop) est également plus simple harmoniquement que le Bebop. Il est notamment influencé par le Rhythm and blues, mais aussi par une nouveauté technologique, le disque 33 tours, qui permet des morceaux beaucoup plus longs et développés. Plusieurs morceaux fondateurs du Hard Bop verront le jour sur l'album Walkin': en particulier Walkin' le titre éponyme, mais aussi Airegin (anagramme de Nigéria), Oléo et Doxy composés par Rollins sur l'album Bags' Groove. La même année sort sur ce nouveau format l'album Birth of the Cool, compilation des morceaux enregistrés par le nonet pionnier du Cool Jazz. Devenant dans l'esprit des auditeurs et des critiques un jalon dans l'histoire du jazz moderne, le disque donne un sérieux coup de pouce à la carrière renaissante de Miles. À Noël, il réalise avec Thelonious Monk, Kenny Clarke, Percy Heath et Horace Silver une séance considérée comme essentielle pour le développement de son style propre.

1954 est l'année charnière de Miles Davis. De bon trompettiste, il est devenu un jazzman de génie, passé maître dans l'art du solo, aux répertoires élargis et avec une sonorité reconnaissable entre mille : un son résonnant de la trompette ouverte et un timbre assourdi, introspectif de la sourdine.

Au Newport Jazz Festival de 1955, l'interprétation de Miles Davis de 'Round Midnight, un thème de Thelonious Monk, est saluée par une standing ovation doublée d'un immense succès critique : la carrière du trompettiste, sérieusement mise en péril par ses problèmes de drogue, est définitivement relancée.

Le premier grand quintet

Miles enchaîne disque sur disque en accompagnant Sarah Vaughan, Sonny Rollins, Art Blakey, Horace Silver, Charles Mingus, Theolonious Monk, autant de noms qui jalonnent l’histoire du jazz.

En 1955, quelques mois après la mort de Charlie Parker, Miles Davis fonde le groupe considéré depuis comme son « premier grand quintet », avec John Coltrane au saxophone ténor, Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie.

Avec ce groupe, Miles va explorer ses idées musicales du moment, basées notamment sur l'approche du pianiste Ahmad Jamal, qu'il avait commencé à exprimer au début de l'année avec l'album The Miles Davis Quartet. Le quintet deviendra également le premier symbole du talent de découvreur de Davis : l'ensemble de ses membres sont ou deviendront des leaders appréciés, le plus connu étant John Coltrane, dont la réputation deviendra l'égale de celle de Miles. Il parvient, par une étrange alchimie, à une qualité de l'ensemble supérieure à la somme de ses individualités.

Engagé sur Columbia Records, à l'époque la plus importante maison de disques des États-Unis, Miles Davis bénéficie d'un effort de publicité hors du commun dans le jazz, effort dont son ancien label Prestige Records profite pour enregistrer cinq albums: The New Miles Davis Quintet, Cookin', Relaxin', Steamin' et Workin', Miles Davis devant satisfaire ses obligations contractuelles envers Prestige.

En 1957, le groupe sort l'album 'Round About Midnight, qui remporte un grand succès et offre à Davis une image et un confort matériel nouveaux. Le trompettiste devient une figure particulière dans le monde du jazz. C'est également à cette époque que survient un incident à l'origine d'une partie du mythe du musicien : alors qu'il se remet de l'ablation chirurgicale de nodules sur ses cordes vocales, Davis s'emporte contre un organisateur de concerts indélicat, endommageant définitivement sa gorge convalescente. Cette voix ravagée restera le symbole d'un homme qui refuse de se laisser marcher sur les pieds, y compris par les puissants. Refusant la vie très difficile des musiciens de jazz, il obtient pour son groupe et lui-même une augmentation significative des cachets, ainsi qu'une norme de trois sets par soirs au lieu des quatre qui sont la norme depuis toujours.

Mais malgré le succès, l'ambiance au sein du groupe est parfois tendue, notamment entre Miles Davis et John Coltrane, Davis supportant mal la toxicomanie du saxophoniste. En avril 1957, après en être venu aux mains, le trompettiste renvoie Coltrane du groupe. Ce dernier est alors invité par Thelonious Monk à rejoindre son orchestre. Se libérant de son addiction grâce à une cure personnelle, Coltrane passe plusieurs mois dans la formation de Monk avant de retrouver Miles Davis.

Kind of Blue et le jazz modal

À la fin des années 1950, Miles Davis continue son évolution musicale, se nourrissant de plusieurs engagements parallèles à sa carrière de leader de groupe : une participation fin 1956 au projet de la Jazz and Classical Music Society de Gunther Schuller, visant à réunir jazz et musique classique en un « troisième mouvement » (Third Stream) et la composition de la bande originale du film Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle en 1957.

En 1958, Miles Davis enregistre Milestones, son quintet devient alors sextet avec l'apparition de Cannonball Adderley au saxophone alto. Cet album introduit les premiers éléments de musique modale, en particulier dans le morceau éponyme. Quelques jours plus tard, il participe, sous la direction de Cannonball Adderley, au superbe album Somethin' Else : c'est une de ses rares séances en tant que sideman. L'album comprend notamment une remarquable version d'Autumn Leaves. Parallèlement, il poursuit sa collaboration avec Gil Evans et crée des albums orchestraux qui connaîtront un important succès critique et commercial : Miles Ahead (1957), Porgy and Bess (1958) et Sketches of Spain (1959-1960).

En 1959, Miles Davis signe son chef-d'œuvre avec Kind of Blue, un album improvisé autour de trames qu'il a composées. On trouve des modifications de formations par rapport au sextette de Milestones. Miles Davis est à la tête d’un sextette avec, entre autres, John Coltrane, Cannonball Adderley (saxophones), et Bill Evans (piano). On y retrouve des compositions comme So what ou All blues qui sont depuis devenues des standards du jazz. Le pianiste Bill Evans, plus apte à suivre les orientations modales du leader, remplace Red Garland et Jimmy Cobb prend le fauteuil de batteur à Philly Joe Jones. Le pianiste Wynton Kelly est invité sur le titre bluesy de l'album Freddie Freeloader, nouvelle preuve que rien n'a été laissé au hasard pour la réalisation de cet album.

La nouveauté apportée par ce disque est l’utilisation de longs accords qui tapissent les morceaux. C’est ce qu’on appelle le jazz modal. Une fois de plus, Miles Davis expérimente, lance des courants qui révolutionnent les pratiques musicales du jazz.

Ce dernier est considéré comme le chef-d'œuvre du jazz modal et l'un des meilleurs disques de jazz jamais enregistrés.

1960-1968 : le second grand quintet

En mars 1960, Miles tourne en Europe avec Coltrane, Wynton Kelly au piano, le fidèle Paul Chambers à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie. Ils donnent notamment un concert mémorable à l'Olympia de Paris le 21 où Coltrane est hué par une bonne partie du public irrité (!) par ses explorations audacieuses. C'est à Baltimore, en avril, que Coltrane officie pour la dernière fois au sein du groupe de Miles Davis qu'il quitte définitivement.

Miles retourne en Europe et à l'Olympia en octobre, en compagnie du saxophoniste parkérien Sonny Stitt. Le jeu de Miles se montre plus agressif et aussi plus proche d'un hard bop orthodoxe. Le mélodieux Hank Mobley tiendra le difficile rôle de remplaçant de Trane à partir de 1961 alors que Wynton Kelly est le pianiste du groupe. On peut l'entendre dans quelques titres de l'album Someday My Prince Will Come et dans les disques live Miles Davis In Person: Friday Night & Saturday Night at the Blackhawk.

C'est aussi à cette époque qu'apparaît le free jazz, genre musical que Miles critique de manière particulièrement virulente, tout en s'entourant petit à petit, de manière nettement plus discrète, de musiciens fortement influencés par ce courant musical : sa nouvelle rythmique est composée de Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse) et du très jeune à l'époque Tony Williams (batterie). Ces musiciens apparaissent pour la première fois aux côtés de Miles sur l'album Seven Steps to Heaven (1963). Ils forment avec le trompettiste l’un des groupes les plus marquants de l’histoire du jazz. Intrusion du modal, variations vertigineuses du tempo, dissonances…

Miles et son groupe partent de nouveau en tournée en Europe en juillet 1963, puis se produisent au Lincoln Center de New York le 12 février 1964. Un concert qui sera publié sous forme de deux disques Four & More et My Funny Valentine. En juillet, le saxophoniste Sam Rivers, très proche du free jazz, remplace George Coleman. Il va participer avec le groupe à une tournée au Japon. Après le départ de Coltrane , Miles cherche le saxophoniste qui saura redonner l'élan nécessaire au renouvellement de son oeuvre : se succèdent de façon éphémère Jimmy Heath, Hank Mobley, Rocky Boyd, Frank Strozier et Sonny Rollins.

C'est en septembre 1964 que le saxophoniste, compositeur et arrangeur Wayne Shorter, qui avait déjà officié au sein des Jazz Messengers de Art Blakey, rejoint le groupe. Miles trouve enfin le saxophoniste qui va mener sa musique vers de nouveaux sommets. Shorter prend rapidement un rôle prépondérant dans l'élaboration de la musique du quintet. Herbie Hancock a expliqué cette transformation : « Dans le quintet, à partir du moment où Wayne Shorter est arrivé, on s'est consacré à un travail de couleurs, aux accords substitués, aux phrasés et surtout à l'utilisation de l'espace, c'est-à-dire au placement des notes que l'on jouait par rapport à ce que jouaient les autres musiciens du quintet. »

Miles éprouve quelques difficultés pour s'adapter à la vivacité de ces jeunes musiciens mais cette prise de risque n'est pas la première dans la carrière de Miles et montre sa capacité à réinventer sans cesse son style.

Peu après sa création, le quintet part en tournée en Europe. Il enregistre son premier disque studio ESP en janvier 1965. En décembre, le passage au club de Chicago le « Plugged Nickel » est enregistré. Alors que les albums studios sont constitués uniquement de compositions originales, le groupe reprend les standards du répertoire de Miles Davis (All of You, My Funny Valentine...) en concert. Lors de ces concerts, on entend le groupe à son meilleur. Shorter y montre toutes ses qualités de soliste et la section rythmique brille par sa cohésion et son inventivité prodigieuses.

En octobre 1966, le groupe enregistre, ce que beaucoup considèrent comme son chef-d'œuvre, l'album Miles Smiles. Suivent en 1967, les albums Sorcerer et Nefertiti et en 1968, Miles In The Sky et Filles de Kilimanjaro.

1968-1975 : Electric Miles

Alors que le rock et le funk se développent, Miles Davis va initier l'essor d'un jazz de style nouveau, fusionnant le son électrique de la fin des années 1960 avec le jazz. Ce nouveau style, déjà ébauché sur les derniers albums du quintet, s'affirme de manière fracassante avec les albums In a Silent Way (1969) et surtout Bitches Brew (1970). Miles s'entoure de jeunes musiciens qui seront bientôt les chefs de file du jazz fusion tels le guitariste britannique John McLaughlin et le claviériste d'origine autrichienne Joe Zawinul. L'apport de l'électricité s'accompagne d'une approche encore plus ouverte de l'improvisation. Donnant aux musiciens de simples esquisses de thèmes, il leur offre une plus grande liberté dans l'improvisation. Ces deux albums voient aussi le producteur Teo Macero prendre une place centrale dans le processus de création. Les morceaux ne sont plus enregistrés d'un seul tenant, l'album devient le résultat d'un collage d'extraits des prises de studio. Avec ces deux albums, Miles Davis provoque une vraie révolution dans le monde du jazz et rencontre un vrai succès populaire. Bitches Brew se vend à plus de 500 000 exemplaires.

À la suite des séances de Bitches Brew, Miles ajoute à son groupe des sitars et des tablas. Les titres issus de ces séances (Great Expectations, Orange Lady, Lonely Fire) ne seront publiés qu'en 1974 dans l'album Big Fun. À partir de 1970, la musique de Miles est de plus en plus marquée par le funk. Pour Miles Davis, le funk, porté par James Brown et Sly & The Family Stone, est la nouvelle musique du peuple noir au contraire du blues qu'il déclare « vendu aux Blancs ». Le virage électrique est motivé à la fois par des raisons artistiques et commerciales.

Pour l'enregistrement de A Tribute to Jack Johnson, Miles pense à Buddy Miles, le batteur du Band Of Gypsys de Jimi Hendrix, mais ce dernier ne vient pas à la séance. Il est remplacé par Billy Cobham, qui forme avec Michael Henderson la section rythmique du groupe dont le son est dominé par la guitare de John McLaughlin. Malgré une promotion désastreuse de Columbia, le disque (sorti le 24 février 1971) est pourtant devenu un classique du jazz rock. John Scofield dira par la suite de cet album qu'il « avait sans aucun doute un feeling rock, même si c'était aussi du jazz du plus haut niveau. »

Le 29 août 1970, il participe à l'historique Festival de l'île de Wight. Le groupe, un des meilleurs de toute sa période électrique, est constitué de Gary Bartz aux saxophones soprano et alto, Chick Corea et Keith Jarrett aux claviers, Dave Holland à la basse, Jack DeJohnette à la batterie et Airto Moreira aux percussions. Il joue en outre cette même année de nombreuses fois au Fillmore East de New York et au Fillmore West de San Francisco.

Du 16 au 19 décembre, Miles enregistre son groupe dans un club de Washington, le Cellar Door, avec Keith Jarrett, Jack DeJohnette, Airto Moreira, Gary Bartz et Michael Henderson. L'arrivée de ce dernier est déterminante. Ancien musicien de studio pour Motown et membre du groupe de Stevie Wonder, il n'est pas un jazzman de formation. Son style funky, basé sur des lignes de basse répétitives est déterminant dans l'évolution de la musique de Miles, avec lequel il restera jusqu'en 1975. Ces enregistrements constitueront le cœur de l'album Live Evil, publié le 17 novembre 1971 (sur lequel est présent McLaughlin, qui avait rejoint le groupe à la demande de Miles le dernier soir). En octobre-novembre 1971, il effectue une tournée en Europe.

Miles Davis fut le premier à utiliser des instruments amplifiés dans le jazz. La guitare hendrixienne de John McLaughlin, la basse agressive de Dave Holland, les claviers stridents de Chick Corea ou Joe Zawinul composent autour de lui un environnement anguleux et trépident. La batterie implacable de Billy Cobham, Jack DeJohnette ou Al Foster, des percussions africaines, indiennes, brésiliennes complètent ce foisonnement de sons et de rythmes d’une sauvagerie inouïe : musique tribale joyeusement désespérée de la jungle urbaine, souverainement dominée par la trompette de Miles Davis.
Nombre des musiciens l’ayant côtoyé à ce moment-là ont formé par la suite des groupes célèbres de fusion : citons les Head Hunters de Herbie Hancock, le Mahavishnu Orchestra de John McLauglin, Weather Report de Joe Zawinul ou encore le Return To Forever de Chick Corea. Tous ont une dette envers lui.
Miles Davis a cette capacité unique de bien s’entourer et de révéler à eux-mêmes le potentiel maximum des musiciens qu’il s’est choisi. Dave Holland, John McLaughlin, les pianistes Joe Zawinul, Chick Corea et même Keith Jarrett passeront dans son groupe (et c’est bien la seule fois où l’on peut entendre Keith Jarrett jouer sur des pianos électriques), c’est dire sa force de persuasion et d’attraction !

L’intérêt de Miles pour l’univers du rock le pousse à rencontrer Jimi Hendrix. Un projet de disque est envisagé mais ne verra jamais le jour pour cause de disparition précoce du guitariste de légende. Son vieux complice Gil Evans lui arrangera un opus constitué de compositions de Jimi Hendrix.

D’intimiste et allusif, le jeu de Miles Davis est passé à une dramatique extase solitaire. Dans ses enregistrements qui datent du début et milieu des années 1970, et particulièrement dans la musique qu’il a composée pour le film Jack Johnson, il dresse de larges et lancinantes tapisseries de sons fragiles, ténus, coupants, qui sont la synthèse de toutes ses expériences. Il ne se passe presque rien, il n’y a presque plus de mélodies. Les phrases davisiennes très répétitives, mais fascinantes comme les reflets d’un joyau, sont sans mouvement apparent, mais la manière dont elles sont jouées, dont elles sonnent, dont elles dialoguent avec les guitares, saxophones et autres pianos électriques est d’une beauté inquiète et pour certains irrésistible.

En 1972, paraît l'ambitieux On The Corner qui tente « de faire groover ensemble Sly Stone et Stockhausen » ! On The Corner et Big Fun eurent du mal à trouver leur public à l'époque. Rejetés par la plupart des critiques de jazz, ils ne parviennent pas non plus à séduire la jeunesse noire. Ils sont aujourd'hui considérés comme d'authentiques chefs-d'œuvre du jazz-funk. Durant cette période, Miles utilise la pédale wah-wah pour distordre le son de sa trompette. Son jeu est plus axé sur l'aspect rythmique. La période dite « électrique » de Miles fait exploser les codes classiques du jazz, à savoir « exposition du thème - soli - réexposition du thème ». Toutefois, il conserve une démarche jazz et ce à deux niveaux : la recherche constante d'une nouvelle approche de la musique (déstructuration - restructuration) et la part belle faite à l'improvisation.

En 1973, son groupe se stabilise autour de la formation suivante : Dave Liebman au saxophone et à la flûte, Reggie Lucas et Pete Cosey aux guitares, Michael Henderson à la basse, Al Foster à la batterie et James Mtume Foreman aux percussions. Reggie Lucas se charge des parties rythmiques alors que Pete Cosey, dont le jeu est très influencé par celui de Jimi Hendrix, joue la majorité des soli (il joue aussi des percussions). Le groupe se produit au Japon en juin, puis le 8 juillet 1973, il joue pour la première fois sur la scène du Montreux Jazz Festival. Miles Davis se rend ensuite en France, en Suède, en Allemagne et en Autriche. Les concerts des 20 juin (Tokyo), 8 juillet (Montreux), 27 octobre (Stockholm) et 3 novembre (Vienne) seront filmés professionnellement : ils constituent les derniers témoignages vidéo du groupe de Miles avant sa retraite.

Le 30 mars 1974, Miles joue sur la scène du Carnegie Hall de New York. Le surprenant guitariste hendrixien Dominique Gaumont et le saxophoniste Azar Lawrence sont invités lors de ce concert : l'album s'appellera Dark Magus.

En 1974 paraissent les doubles albums studio Big Fun et Get Up With It regroupant différentes sessions du début des années 70.
Le 1er février 1975, Miles Davis donne deux concerts à Tokyo qui paraîtront sous la forme de deux doubles albums : Agharta et Pangaea. Sonny Fortune y remplace Dave Liebman. Ces disques sont la parfaite conclusion de cette période créatrice très riche. En 1975, Miles Davis quitte la scène pour des motifs de santé.

1981-1991 : Le retour

Alors qu’il est au sommet de sa popularité, divers problèmes médicaux le font s’éloigner de la scène pendant six ans. Miles Davis revient au début des années quatre-vingt avec une nouvelle génération de musiciens – dont Marcus Miller, Kenny Garrett, John Scofield - et un son en prise avec son époque, mâtiné de funk, de technologie et de groove. L’album The Man with the Horn marque son retour.
Au cours des années 1980, il enregistre des albums de jazz-rock fusion très funk avec des groupes qui, selon sa bonne habitude, sont formés de jeunes inconnus qui feront carrière (Marcus Miller, John Scofield, Darryl Jones, Mike Stern, Mino Cinelu, etc.). À partir de ce moment, Miles Davis sera aussi un « initiateur », un « passeur » qui permettra à de nombreux amateurs de musique plus « rock » de découvrir la beauté d'un silence, d'une respiration au sein d'une harmonie gorgée d'émotions et d'énergie. Grâce à lui, le jazz, terme qu'il trouvait de plus en plus restrictif, pouvait toucher un public plus large et continuer ainsi à se renouveler.

Le double album Live We Want Miles, publié en 1982, présente le nouveau groupe de scène de Miles Davis. Le premier titre, Jean Pierre deviendra un véritable classique au fil des ans. Cet album reçoit un grand succès, couronné par un Grammy Award en 1983. L'album Star People, publié l'année suivante, est un album improvisé en studio et dédié au funk et au blues.
Miles Davis, assisté par Marcus Miller, bassiste polyinstrumentiste, et du saxophoniste Bill Evans enregistre ensuite des albums au son plus moderne à partir des synthétiseurs numériques alors en vogue, en utilisant le séquenceur et l'échantillonnage, comme Decoy (1984) ou You're Under Arrest l'année suivante,.
Miles Davis a récupéré à son profit les rythmes binaires qui se sont complexifiés avec le temps et l’expérience. Il ne fait en réalité que fructifier et prolonger le son qu’il a forgé dans les années 1970. Comme Picasso avait ses périodes en peinture, Miles Davis a eu ses périodes en musique. Désormais, il empruntera à la variété ses modes et ses rites. Il reprend des succès commerciaux et les rejoue « à sa sauce » : par exemple, Human Nature de Michael Jackson, Time After Time de Cyndi Lauper ou bien Perfect way du groupe Scritti Politti. Il collaborera avec ce groupe en apparaissant sur leur titre « Oh Patti ! ». Certaines personnalités du rock, tel Sting, comptent parmi ses plus fervents admirateurs.

En 1986, Miles Davis quitte Colombia Records pour la Warner et publie Tutu, un album qui rencontre un succès public très important. Aucune composition du trompettiste ne figure pourtant sur le disque : n'ayant pas obtenu les droits de ses propres compositions avec ce nouveau contrat, Miles Davis refuse d'enregistrer son propre matériel et a recours notamment aux services de Marcus Miller, dont le style imprègne Tutu, mais aussi l'album suivant, Amandla, publié en 1989.

À la fin des années 1980, Davis collabore également avec Prince, mais à ce jour pratiquement aucun enregistrement studio n'a émergé de ces sessions. Dans son dernier album, posthume, Doo-bop, sorti en 1992, Miles Davis collabore avec des musiciens de hip-hop qui apportent la section rythmique et des chanteurs de rap.
Le 28 septembre 1991, Miles Davis meurt à l'âge de 65 ans à l'hôpital St John de Santa Monica près de Los Angeles où il était entré pour un bilan médical complet suite à de multiples ennuis de santé. Il est enterré au cimetière de Woodlawn de New York.

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Un musicien mythique

Avec Louis Armstrong, Miles Davis est certainement à ce jour le musicien de jazz le plus connu par le plus grand nombre. Sa renommée s’étend au-delà du petit cercle d’amateurs de jazz et en fait une star mondiale de notre patrimoine musical. Il aura marqué l'histoire du jazz et de la musique du XXe siècle.

Le génie de Miles Davis peut se résumer en trois points : un son original dans un environnement très structuré, une conception évolutive de la musique dans des directions déterminées et une capacité à s'entourer à cette fin de musiciens dont il savait tirer le meilleur.
Il fut à la pointe de beaucoup d'évolutions dans le jazz et s'est particulièrement distingué par sa capacité à innover sans cesse, à défricher de nouveaux territoires sonores et à révéler de nouveaux talents. Miles Davis, c’est avant tout un son inimitable, une grande sensibilité musicale, un style retenu, d’une fragile sérénité, reconnaissable entre tous.

Les différentes formations de Miles Davis sont comme des laboratoires au sein desquels se sont révélés les talents de nouvelles générations et les nouveaux horizons de la musique moderne : Sonny Rollins, Julian « Cannonball » Adderley, Bill Evans et John Coltrane durant les années 1950, puis Herbie Hancock, Wayne Shorter, Chick Corea, John McLaughlin, Keith Jarrett, Tony Williams, Joe Zawinul, Dave Liebman, John Scofield, Kenny Garrett et d’autres. Nombre de musiciens passés par ses formations de 1963 à 1969 forment ensuite les groupes emblématiques du jazz-rock fusion, notamment Weather Report, animé par Wayne Shorter et Joe Zawinul, Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin, Return to Forever de Chick Corea, ainsi que les différents groupes de Herbie Hancock.

Que retiendra-t-on musicalement de tout son parcours ? Plusieurs choses : d’abord sa pâte sonore, unique en son genre. Virtuose de la non virtuosité, maître du silence et de l’allusion, du non-dit et de la note fantôme, du dérapage et de la brisure comme marques stylistiques, à la fois inventeur et vampire de toutes les tendances, Miles Davis a réussi à échapper à tout étiquetage. Il transcende les genres et accède par là-même au statut de superstar bien au-delà des amateurs traditionnels de jazz. Nombreux sont les musiciens actuels, tous styles confondus, à se réclamer de lui, de son influence toujours féconde. On peut citer, à titre d’exemple représentatif, les trompettistes Eric Truffaz ou Nils Peter Molvaer, issus tous deux de la scène électronique, mais également Paolo Fresu.

John Mc Laughlin

Né le 4 janvier 1942 dans le Yorkshire, le guitariste John McLaughlin, également connu sous le nom de Mahavishnu, a commencé sa carrière en Angleterre dans les années soixante. Après un disque avec Tony Oxley et John Surman (Extrapolation), dans lequel s'expriment déjà sa grande technique, sa vélocité et son inventivité, il part en 1969 aux Etats-Unis pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Puis il est engagé par Miles Davis pour ses albums majeurs In A Silent Way, Bitches Brew (dont un morceau s'appelle tout simplement John McLaughlin), Big Fun, A Tribute to Jack Johnson et l'album Live/Evil. Il joue également avec Miroslav Vitous, Larry Coryell, Wayne Shorter et Carla Bley.

Il fonde en 1970 le Mahavishnu Orchestra avec le violoniste Jerry Goodman, auquel succèdera Jean-Luc Ponty, Jan Hammer, Rick Laird et Billy Cobham. Ce sera le premier groupe de fusion jazz/rock avec des influences indiennes.

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Changement radical avec la création avec Zakir Hussain de Shakti (l'énergie en sanskrit), groupe acoustique qui combine la musique indienne et le jazz. En 1973, il enregistre Love Devotion Surrender avec Carlos Santana, autre disciple du guru Sri Chinmoy.

Il participe également à des rencontres autour du flamenco avec Paco de Lucia et Larry Coryell, puis Al Di Meola. Ce sera le Guitar Trio.

Le groupe Shakti renaît avec Remember Shakti où, à côté de Zakir Hussain, il joue avec de grands musiciens indiens tels que U. Srinivas, V. Selvaganesh, Shivkumar Sharma et Hariprasad Chaurasia.
Saturday Night in Bombay est une rencontre au sommet. Sur "Luki", le premier thème, le chanteur Shankar Mahadevan suit de la voix les accents de la guitare et de la mandoline en une frénésie rythmique incroyable. Sur le plus long "Giriraj Sudha", écrit par le Madrassi U.Shrinivas, les tablas se mêlent à la voix. "Shringar" est une méditation onirique de près d'une demi-heure où les cordes sensibles de la guitare déclinent en de longs motifs les incroyables dérivations du santour, ponctués avec délicatesse des tablas et du kanjeera.

John McLaughlin revient ensuite au jazz avec Thieves and Poets et un disque dédié à Bill Evans.

Giovanni Mirabassi

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L'Italie compte décidément nombre de musiciens de jazz de premier plan. On peut notamment citer les trompettistes Enrico Rava, Flavio Boltro et Paolo Fresu, et les pianistes Enrico Pieranunzi et Giovanni Mirabassi.

Giovanni Mirabassi est né en 1970 à Pérouse (Italie). Autodidacte, ce n'est qu'à seize ans que Giovanni prend ses premiers cours de piano, auprès d'un professeur qui lui fait découvrir le jazz. En Italie, il joue avec des musiciens tels que Chet Baker en 1987 ou Steve Grossman en 1988, puis décide en 1992 de s'établir à Paris. En 1996, il remporte le prix du meilleur soliste au Tremplin Jazz d'Avignon. La même année, avec le contrebassiste Pierre-Stéphane Michel il forme le duo Dyade et enregistre son premier disque: En bonne et due forme. Depuis, il mène une carrière de leader en salles et en studio, et collabore avec de nombreux musiciens de la scène parisienne et internationale, comme Stefano Di Battista, Flavio Boltro, Louis Moutin, Glenn Ferris, Andrzej Jagodzinski, Michel Portal. Il joue dans des nombreuses salles et festivals internationaux tels que le Paris Jazz Festival, Era Jazzu de Varsovie, le JVC Jazz festival de Paris, le Northsea Jazz Festival de Rotterdam. Les Victoires du Jazz lui ont été décernées en 2002. Giovanni Mirabassi compose de nombreuses mélodies, non seulement pour lui-même mais aussi pour des chanteurs français comme Agnès Bihl ou Claire Taïb.

Après Architectures enregistré en trio en 1998, l'excellent Avanti! consacré aux chants révolutionnaires, Air avec Flavio Boltro et Glenn Ferris (2003), vient de publier Cantopiano, consacré cette fois au patrimoine de la chanson française. Il reprend ici des chansons de Dalida, Nougaro et Brassens et aussi des chansons de chanteurs de sa génération comme Agnès Bilh ou Jeanne Cheral.

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Le style élégant et lyrique de Mirabassi est reconnaissable entre mille, un jeu délié, une main droite extrêmement fluide, un swing subtil évoquant parfois Bill Evans. Un très beau disque.

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Giovanni Mirabassi possède l'art de faire chanter une mélodie avec un grand lyrisme tout en ayant un sens rythmique très développé. Nous l'avons vu au Sunside le 21 décembre 2010 avec son trio composé de Gianluca Renzi, contrebasse et de Lukmil Perez, batterie et de nouveau le 25 août 2011. Pour lire les compte-rendus, suivre ce lien.

new

Sortie le 24 octobre du nouvel album, Adelante !
En voici un extrait :

Engagé ! A tous les niveaux ! Dans la mélodie, l’improvisation, les sens et les idées ! Giovanni Mirabassi offre un piano intègre (jamais intégriste) et d’un raffinement ultime. Et lorsqu’il revisite, comme ici, des chansons et des mélodies révolutionnaires et/ou révoltées, il touche au sublime. De L’Internationale à Léo Ferré, en passant par Violeta Parra et Piazzolla, le pianiste transalpin installé à Paris depuis près de vingt ans rappelle que la musique n’est pas qu’un engagement esthétique…

Giovanni Mirabassi, une rencontre-podcast
www.qobuz.com

 

Site : http://www.mirabassi.com/


GM

Enrico Pieranunzi

Né en 1949, Enrico Pieranunzi est reconnu par ses pairs comme l'un des meilleurs pianistes mondiaux. Influencé à ses débuts par Bill Evans et McCoy Tyner, il a acquis un style bien personnel depuis son premier disque Jazz a confronto avec Bruno Tommaso (1975). Parisian Portraits (1990) le présente en solo. En 1993 il forme un trio avec Marc Johnson et Paul Motian. Ce trio enregistrera Untold Story (1993), un magnifique The Night Gone By (1996) avec un délicat Canzone di Nausicaa, puis Ballads (2005).

night
doorways

Après deux excellents disques consacrés à Ennio Morricone(Play Morricone, 2002 et 2004), Current Conditions (2002) permet de le retrouver avec Marc Johnson et Joey Barron. Du même trio, un enregistrement en concert à Tokyo et Yokohama en 2004, Live in Japan. 

trio

fellini
morricone

FelliniJazz (2003) est un hommage aux musiques de Nino Rota. On y retrouve Paul Motian, Charlie Haden, Kenny Wheeler et Chris Potter. Une nouvelle fois, le pianiste impressionne par son lyrisme contenu, l'élégance de son jeu harmonique.

Dans Doorways (2004), Chris Potter remplace le bassiste dans le trio avec Paul Motian.

Le pianiste joue également en trio avec Charlie Haden et Paul Motian. Special Encounter (2005) présente des standards mais également des compositions originales d'Enrico Pieranunzi ou de Charlie Haden. Ce disque baigne dans une atmosphère unique, lyrique, d'une grande poésie. Le contrebassiste et le batteur font plus qu'accompagner le pianiste dans une parfaite symbiose.

A ne pas manquer, le concert enregistré au Duc des Lombards en avril 2001 (double CD Live in Paris). Entouré de Hein van de Geyn et Dédé Ceccarelli, Pieranunzi fait une véritable démonstration de jeu à trois temps notamment dans Footprints, Hindsight, Someday My Prince Will Come et une merveilleuse composition : Una Piccola Chiave Dorata où alternent le 3/4 binaire et le 3/4 ternaire. Egalement, sur le CD2, un excellent One Lone Star. Du grand art.

special

ceccarelli
paris

japan

On retrouve ces trois musiciens sur Golden Land publié sous le nom de Ceccarelli. Pieranunzi et le saxophoniste David El-Malek s'y montrent particulièrement à leur avantage, accompagnés idéalement par Ceccarelli et Van de Geyn.

A signaler également Bill Evans, portrait de l'artiste au piano,l'excellent ouvrage consacré par Enrico Pieranunzi à son inspirateur.
Editions Rouge profond.

evans

 

Jan Garbarek


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C’est d'un excellent musicien, cependant controversé dans le milieu du jazz, qu'il va être question ici : Jan Garbarek, saxophoniste (ténor et soprano) de jazz norvégien né en 1947.

Il commence à enregistrer au début des années 70 pour le label allemand ECM, basé à Münich, mais dont le célèbre studio d'enregistrement se situe à Oslo. Il fait alors partie de l'avant garde scandinave aux côtés notamment du pianiste Bobo Stenson, du guitariste Terje Rypdal, des batteurs Edward Vesala et Jon Christensen, du bassiste Arild Andersen... Sa carrière prend un tournant décisif quand il rencontre Keith Jarrett, qui l'intègre dans son quartet dit « européen », avec Jon Christensen et Palle Danielsson. Cette expérience lui permettra d'obtenir une reconnaissance internationale et de mener une carrière en leader très suivie et appréciée bien au delà des frontières de la Norvège.

Jan Garbarek multiplie ensuite les collaborations avec des musiciens de jazz de renommée internationale comme John Taylor, John Abercrombie, Bill Frisell, Miroslav Vitous, Ralph Towner, Bill Connors... avec lesquels il développe une esthétique très particulière. Loin des fureurs électriques et virtuoses de l'époque, ses formations (essentiellement en quartet) produisent une sonorité légère et aérée, très axée sur la mélodie, le silence et la respiration. Ce côté aérien est renforcé par un son de saxophone caractéristique, notamment obtenu par un fort effet de réverbération, au ténor comme au soprano, ses instruments de prédilection. Son jeu « éthéré » vaudra parfois à sa musique le qualificatif (un peu méprisant) de "New Age Music".

À partir de la fin des années 1980, il forme un groupe régulier avec Rainer Brüninghaus, Eberhard Weber, Manu Katché et Marylin Mazur, communément appelé le Jan Garbarek Group. Il se tourne également vers la musique du monde. Il rencontre notamment Anouar Brahem, Zakir Hussain, Mari Boine, Ustad Fateh Ali Khan.

Dans ce disque, les chansons et les musiques forment une unité qui est elle-même message. De ce fait, on y trouve plusieurs niveaux de lecture, qui permettront aux âmes poétiques de lire entre les lignes, aux musiciens d’entendre entre les notes et d’identifier les connexions entre les chansons, sans laisser de côté le public le moins averti, qui sera touché par les mélodies et par la variété des styles, de la ballade à la musique tribale !

En 1993, il collabore avec l'Ensemble Hilliard spécialisé dans le chant grégorien pour créer l'album Officium qui remporte un succès inattendu. Expérience réitérée depuis avec l'album Mnemosyne en 1999.

Garbarek,c'est un son clair de sax soprano ou ténor, c'est surtout une transparence, une sonorité aérienne évoquant les grands espaces, et un lyrisme contenu. Si sa sonorité n'est pas éloignée de celle de Michael Brecker, son lyrisme limpide, sorte d'équivalent boréal à l'expressionnisme torride d'un Gato Barbieri crée une musique à la fois sauvage et glacée, tendue et retenue. Il y a du feu sous sa glace !

ESOTERIC CIRCLE (1969)
Freedom FR 11010 (FLP 41031)
Les débuts discographiques de Jan Garbarek. Si sa personnalité s’affirmera par la suite (on sent ici les influences de Gato Barbieri, Albert Ayler et Sonny Rollins), on peut déjà percevoir les belles qualités du saxophoniste : sens mélodique, sonorité…

AFRIC PEPPERBIRD (1970)
ECM 1007
afric
SART (1971)
ECM 1015
Excellent disque, entre romantisme éthéré et expressionnisme dru
sart
TRIPTYCON (1972)
ECM 1029
Jan Garbarek pas encore dégagé de ses influences free (notamment Albert Ayler)
triptycon
JAN GARBAREK/ART LANDE : RED LANTA (1973)
ECM 1038

Les compositions d'Art Lande mettant ici à l’épreuve un Garbarek flûtiste, ahurissant de justesse dans la mise en place de longues mélodies aux envolées vertigineuses à la fin desquelles les musiciens se retrouvent au rendez-vous fixé par l’écriture. Garbarek s’y montre léger et subtil, le saxo basse gronde. le soprano chante avec le même bonheur que dans le disque en quartet. Entre jazz et classique, belle musique introspective.
Peut-être reprochera-t-on à ce joli disque une certaine froideur...
red
WITCHI-TAI-TO (1973)
ECM 833 330-2

Jan Garbarek, qui s'était un peu contraint à jouer une musique linéaire avec Art Lande, donne ici plus libre cours à son lyrisme qui, quoique contrôlé, est assez coltranien et même barbierien. Dans des compositions moins “ planantes ” qu’à son ordinaire - des thèmes signés entre autres par Carla Bley, Don Cherry et Jim Pepper, le jeu de Garbarek est plus intense que dans ses disques précédents (voir en particulier Desireless). C'est probablement le disque où il "se lâche" le plus. Sa sonorité au soprano étonne : proche du hautbois, mais aussi d'instruments folkloriques plus simples  Bobo Stenson se montre, en adepte de McCoy Tyner et de Jarrett, un accompagnateur attentif. L’accompagnement racé qu’il délivre avec Palle Danielsson et Jon Christensen est en tout point digne d'éloges.
witchi
DANSERE (1975)
ECM 1075 / 829 193-2

Excellent disque, dans un style qui se situe entre Sonny Rollins, John Coltrane et Gato Barbieri avec un lyrisme prestigieusement maîtrisé et un son d'une belle densité.

dansere
DIS (1976)
ECM 1093

Un disque assez surprenant, avec dans trois morceaux une harpe à vent. Jan Garbarek, accompagné par la guitare classique et 12 cordes de Ralph Towner, délivre une belle musique dépouillée et inquiétante.

dis
PLACES (1977)
ECM 1118

Musique déchirée et déchirante distillée au goutte à goutte, chargée d’une forte intensité dramatique. Climats parfois livides, éclairés par la sonorité superbe, implorante, intense mais froide, du saxophone. Musique d’une sereine beauté à l’angoisse sous-jacente mais riche aussi d’une émotion sans aucune trace de morbidité : musique ambiguë, énigmatique John Taylor, à l’orgue, tisse de grandes nappes denses, DeJohnette, fin, subtil, découpe ses figures rythmiques avec imprévisibilité et énergie. Bill Connors assure, à mi-chemin entre Abercrombie et Towner  L’absence de basse créé un climat particulier.

places
JAN GARBAREK/ KJELL JOHNSEN : AFTENLAND (1979)
ECM 1169 (Phonogram)

Un chant funèbre, lourd et sombre, qui s’étire pendant trois-quarts d'heure sur un tempo languissant et presque morbide. Cette fois, les montées déchirantes du saxophone dans le suraigu, son souffle glacial apparaissent un peu comme des clichés. Par moments seulement, le rapport entre les deux musiciens atteint une réelle intensité, et la sonorité du saxophone est alors envoûtante et mystérieuse, moins agressive que de coutume.
aftenland
PHOTO WITH BLUE SKY WHITE CLOUD... (1978)
ECM 1135 (Phonogram)

photo
EVENTYR (1980)

eventyr
PATHS, PRINTS (1981)

paths
WAYFARER (1983)
wayfarer
IT'S OK TO LISTEN TO THE GRAY VOICE (1984)
ECM 1294


Lyrisme tour à tour tranquille et exacerbé, manquant toutefois quelque peu de consistance et de profondeur. A noter la cohésion du groupe, avec notamment l’excellent Eberhard Weber.
ok
ALL THOSE BORN WITH WINGS (1986)

A mon avis, pas l’un des meilleurs disques de Garbarek.
all
LEGEND OF THE SEVEN DREAMS (1988)
ECM 837 344-2
Méditation autour d'une vieille légende lapone, “ Legend Of The Seven Dreams ” s’apparente à la “ new age music ”. Cette musique planante revisitée par les soins d'excellents musiciens (Nana Vasconcelos, Eberhard Weber) évoque les grands espaces et contribue au voyage de l'esprit.
legend
I TOOK UP THE RUNES (1990)
ECM 1419 - 843 850-2

Jan Garbarek a pris les pierres runiques des anciens autochtones du grand nord européen pour sources d’inspiration. Le résultat est éclatant d’universalité : la musique est sans frontières, son passeur est norvégien, il se nomme Jan Garbarek.
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RAGAS AND SAGAS (1990)

Rencontre a priori étonnante entre Garbarek et la musique pakistanaise (le chanteur Ustad Fateh Ali Khan). Et ça fonctionne ! Un des meilleurs disques de Jan Garbarek.
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STAR (Miroslav Vitous) (1991)
ECM 1444

Les disques se suivent et ne se ressemblent pas... Ce qui frappe ici, c'est la confrontation féconde entre l'évanescence de Garbarek, la rigueur, la sobriété, l'efficacité d'Erskine, l'épaisseur et la rondeur de Vitous, délivrant son instrument des contraintes rythmiques pour souvent doubler la voix mélodique, ou pulsant d'un swing discret une musique parfois alanguie. Garbarek fond ici sa voix dans le collectif pour un vrai disque de trio.
Certains pourront néanmoins trouver le climat un peu monocorde, sans relief, voire sans chaleur...
star
MADAR (1992)
ECM 1515 / 519 075-2

Après la rencontre avec Ustad Fateh Ali Khan, celle du saxophone de Garbarek avec le luth arabe d’Anouar Brahem donne lieu à un des meilleurs disques du saxophoniste : un éclatement de finesse. Jan Garbarek, Anouar Brahem et Shaukat Hussain tissent ensemble un tapis de sons intimistes où le silence a sa place, où les fils se dénouent, se distendent puis se rejoignent de nouveau. Ces musiciens savent s'écouter et se répondre avant de s'assembler. Nulle profusion dans leur musique, mais un grand dépouillement. Au ténor ou au soprano, Garbarek emprunte à l'Orient son lyrisme. L'oud (luth) de Brahem se teinte de syncopes jazzy ou de vélocité évoquant le flamenco. Le tabla de Ustad Shaukat Hussain complète magnifiquement la douceur veloutée de l'oud et du sax. Superbe !
madar
TWELVE MOONS (1992)
ECM 1500 / 519 500-2

Retour de Garbarek à une musique plus habituelle, un excellent disque.
twelve
OFFICIUM (1993)
ECM 1500 / 519 500-2

La rencontre du chant grégorien et du saxophone : magnifique !
madar
VISIBLE WORLD (1995)
ECM 1585 529086-2

Comme d’habitude, ce disque suscitera la controverse ; course à l’objet sonore idéal, lisse et poli à souhait, ou musique subtile et troublante ? World music sans racine ou vraie rencontre entre le génie du jazz et la richesse intelligemment conjuguée de traditions puisées aux quatre coins du monde ?
visible
RITES (1998)
CD ECM 1685/86 - 559 006-2


Dès la première plage (Rites), des chants d'oiseaux et bruits de village captés en Inde insufflent leur vie à l'atmosphère onirique tissée par les synthétiseurs et le soprano, tandis que sourd une pulsation étrange et pénétrante (une sorte de techno, dans son plus noble traitement). Claviers (Rainer Brüninghaus, Bugge Wesseltoft), basse (Eberhard Weber) et percussions (Marilyn Mazur) créent, en osmose avec le saxophone, une texture organique ou, au contraire, un flamboiement d'ombres et de lumières. La sobre reprise de Malinye rend hommage au compositeur de cette pièce, Don Cherry, qui fut, pour tant de mélomanes, un humble et mémorable initiateur - il suscita en Garbarek le désir d'explorer le folk norvégien.
rites

 

 

RARUM

Une rétrospective de sa carrière depuis Triptycon jusqu'à Visible World

rarum
IN PRAISE OF DREAMS (2004)
CD ECM 1880

Avec le violoniste Kim Kashkashian et le batteur Manu Katché.
praise

Jan Garbarek a également participé aux disques suivants:
 
rypdal

deer
caris

eleni
neighbourhood

atmos

Terje Rypdal, 1971 (Terje Rypdal)
Belonging
, 1974 (Keith Jarrett)
Luminessence, 1974 (Keith Jarrett)
Solstice, 1974 (Ralph Towner)
Arbour Zena, 1975 (Keith Jarrett)
Sound and Shadows, 1977 (Ralph Towner)
My Song, 1977 (Keith Jarrett)
Deer Wan, 1977 (Kenny Wheeler)
Sol Do Meio Dia, 1977 (Egberto Gismonti)
December Poems, 1977 (Gary Peacock)
Of Mist And Melting, 1977 (Bill Connors)
Personal Mountains, 1979 (Keith Jarrett)
Nude Ants, 1979 (Keith Jarrett)
Voice from the Past - Paradigm, 1981 (Gary Peacock)
Cycles, 1981 (David Darling)
Vision, 1983 (Shankar)
Song For Everyone, 1984 (Shankar)
Chorus, 1984 (Eberhard Weber)
Making Music, 1986 (Zakir Hussain)
Guamba, 1987 (Gary Peacock)
Rosenfole, 1988 (Agnes Buen Garnas)
Music For Films, 1990 (Eleni Karaindrou)
Alpstein, 1990 (Paul Giger)
Star, 1991 (Miroslav Vitous)
Atmos, 1992 (Miroslav Vitous)
Small Labyrinths, 1994 (Marylin Mazur)
Caris Mere, 1995 (Giya Kancheli)
Agram, 1996 (Lena Willemark & Ale Müller)
Universal Syncopations, 2003 (Miroslav Vitous)
Neighbourhood, 2005 (Manu Katché)

Comme on le voit, une palette très étendue. Avec Keith Jarrett :Keith Jarrett enregistra plusieurs albums pour ECM avec cette formation.

belonging
song
arbour

Belonging

Cette première séance du pianiste avec Jan Garbarek, Palle Danielson et Jon Christensen est très réussie. Le disque n'a pas vieilli (contrairement à "Nude Ants"), sans doute grâce à l'intelligence, la beauté du matériel thématique, exclusivement des compositions de Jarrett, souvent modales, et au jeu lumineux de ce dernier. Le lyrisme du pianiste s'allie à la sonorité de Garbarek, qui au ténor, à mi-chemin entre Rollins et Barbieri, fournit un chant plein et généreux (Blossom, Belonging, Solstice), aux longues phrases flexibles. Remarquable accompagnement du tandem scandinave

My Song (1978) montre encore l'excellence de Garbarek, dont les longues plaintes angoissées apportent aux mélodies du pianiste un lyrisme nouveau. A cet égard, l'exposé du morceau qui donne son titre à l'album mérite à lui seul l'acquisition du disque: le soprano recourbé du Norvégien y fait merveille. L'autre raison pour laquelle ce disque est excellent, c'est que Jarrett s'y révèle à l'écoute de ses partenaires. Il maîtrise ici sa forte personnalité et permet à sa musique de s'imprégner de leur influence. Ses propres mélodies en ressortent magnifiées.  On trouve aussi deux enregistrements de concerts du quartet en 1979 : Personal Mountains tout d'abord. Le groupe est parfaitement soudé, Jarrett et Garbarek, infiniment complices. Le discours est ici riche et varié. Au foisonnement percussif, aux stridences du saxophone vient répondre l'admirable phrasé du piano, le lyrisme expressif du même Garbarek dans les mouvements lents. Le résultat est impressionnant, à la fois par la brillance des thèmes et la haute qualité de leur interprétation, qui laisse en outre parfois la place à d'excitantes improvisations (Oasis, lnnocence).
Nude Ants, enregistré en public au village Vanguard de New York en 1979, est nettement moins bon. Chaque titre paraît fondé sur une seule idée directrice, ce qui peut donner le meilleur (New Dance, Sunshine Song) comme le pire (Oasis : trente minutes d'ennui).

Luminessence

Après Belonging, Keith Jarrett compose une œuvre ambitieuse, au service du saxophoniste, qui pleure et rugit avec une sûreté et, une puissance extraordinaires et une parfaite maîtrise de ses moyens. Magnifique passage majeur/mineur dans Numidor.

Arbour Zena (1975) est un travail pour ensemble à cordes, qui peut évoquer par moments Grieg, Bartok ou Berg, avec le saxophone de Jan Garbarek et la contrebasse de Charlie Haden. Beau disque, notamment les deux premières suite (Runes et Solara March) où la basse de Charlie Haden fait merveille.


Avec Ralph Towner :

solstice
sss


Avec Egberto Gismonti :

folk
sol

En 1977, Garbarek collabore avec le guitariste et pianiste Egberto Gismonti pour Sol do Meio Dia, puis en 1979 ils enregistrent Folk Songs en trio avec Charlie Haden.

Avec Shankar et Zakir Hussain :

vision
song
making


Garbarek enregistre tout d'abord en 1983 Vision avec Shankar, puis Song For Everyone l'année suivante. En 1986 il retrouve Zakir Hussain avec qui il enregistre Making Music.

Jan Garbarek - Molde canticle (1991)



Gato Barbieri

gato

Crédit photo : Jacky Lepage

Le saxophoniste ténor argentin Leandro « Gato » Barbieri est né à Rosario le 28 novembre 1934. Fils d'un charpentier, violoniste amateur, il découvre le ténor auprès d'un oncle saxophoniste puis le jazz en écoutant Charlie Parker en 1944. Il débute sur le requinto (petite clarinette). Cinq ans de cours particuliers de clarinette à Buenos Aires, mais il aborde également le saxophone alto et la composition.

Il joue dans l'orchestre de Lalo Schifrin en 1953 et choisit le ténor en 1955. En 1962, après quelques mois au Brésil, il s'installe à Rome et se fait vite connaître comme sideman (avec Jim Hall, Ted Curson). II rencontre à Paris, en 1965, Don Cherry et le suit à New York pour enregistrer chez Blue Note « Complete communion » et en 1966 « Symphony for improvisers ». Entretemps, à Milan, il participe aux Nuovi Sentimenti de Giorgio Gaslini.
En 1967, il enregistre ses deux premiers disques sous son nom ("In search of the mystery" et « Obsession »). Le public international le découvre alors que son jeu est encore très influencé par les sonorités puissantes et déchirées de John Coltrane et Pharoah Sanders. Ses duos avec Dollar Brand (1968) impriment à sa musique un tournant décisif en direction de ses origines sud-américaines et, plus largement, des musiques du tiers monde.

Il participe en 1971 à la suite « A genuine Tong Funeral » écrite pour Gary Burton par Carla Bley et collabore avec celle-ci pour « Escalator over the hill » et « Tropic appetites », et avec le Liberation Orchestra de Charlie Haden.

Il opère au tournant des années 70 une authentique révolution esthétique en recherchant ses racines latino-américaines.

Le lyrisme flamboyant de son phrasé accidenté, sa sonorité rauque, mouvementée, reconnaissable entre mille, cherche la fusion entre free jazz et traditions populaires.

Fenix et Under Fire comptent parmi les joyaux de cette période entre jazz et tiers-monde.
Alors que son triomphe au Festival de Montreux ("El pampero") et sa contribution à la bande-son du film « Le Dernier tango à Paris » de Bernardo Bertolucci sous la direction d'Oliver Nelson le rendent de plus en plus populaire, il accentue, à partir de 1973, la référence à ses racines en s'entourant de musiciens sud-américains, notamment dans la série « Chapter one » à « Chapter four » pour Impulse.

Il s’éloigne quelque peu du jazz. Puis au milieu des années 70, son jeu devient plus doux et s’accorde parfaitement avec les ballades qu’il popularise alors : "What a Difference a Day Makes" (un standard que Barbieri interprète depuis toujours dans sa forme originale de bolero "Cuando Vuelva a tu Lado") et "Europa" de Carlos Santana. Sa production pour A & M notamment, devient de plus en plus commerciale, très marquée par le pop-jazz, y compris le best-seller "Caliente !". En 1981, il revient à une musique plus influencée par le jazz-rock et l’Amérique du Sud avec le live "Gato ... Para los Amigos", sous la houlette du producteur Teo Macero.
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latino

Il reste inactif durant la première moitié des années 90 suite à de graves ennuis de santé et à la mort de sa femme Michelle. En 1997, il revient sur le devant de la scène avec le disque "Que Pasa" pour Columbia et sa prestation remarquée au Playboy Jazz Festival de Los Angeles. Son dernier disque à ce jour, The Shadow of the Cat, publié en 2002, permet de retrouver sa sonorité intacte. Il semble qu'il ait récemment perdu totalement l'usage de la vue suite à une maladie.

Tout à la fois styliste du timbre, qu'il malmène à outrance, et lyrique tenté par l'expressivité du cri et l'authenticité de la mélodie, hésitant entre la véhémence et le plaisir, l'illisibilité et la limpidité, il a su fonder son propre équilibre sur un enracinement dans une tradition populaire. Tout comme Dollar Brand ou Chris McGregor, il a montré l'histoire de la musique noire américaine en exemple aux musiques populaires du tiers-monde...

Selon mes dernières informations, Gato aurait perdu la vue.

Les disques :

IN SEARCH OF THE MYSTERY
(1967)

Premier disque enregistré sous son nom, en 1967, à New York, par le grand saxophoniste ténor argentin, In Search of the mystery le montre déjà en possession de tout son matériel musical. Il marque une période de transition pour Gato, puisqu’il a été enregistré après sa rencontre avec Phaoah Sanders (qui va l’influencer profondément), et avant celle, décisive, du cinéaste Glauber Rocha.. Pour l’instant, Barbieri se cherche encore dans les méandres de l’avant-garde new-yorkaise.


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OBSESSION

« Obsession » est un document inédit En 1967, Gato possède depuis quelques années déjà un langage propre : il l'a prouvé, quelques temps plus tôt, en illustrant de façon magistrale les conceptions si personnelles de Don Cherry. Encore sous l’influence de Coltrane, il est cependant encore incapable d'organiser son discours pour l'illustration d'un univers personnel. Dans Michelle, la plus latine de ces trois plages, on sent poindre par endroits le Barbieri des jours heureux et des réussites exemplaires.

HAMBA KHALE (1968)

Un disque de Dollar Brand qui serait le disque-clé de Barbieri, tant il nous apporte une explication juste de l’attitude du saxophoniste argentin. Ce disque marque la transition entre « Complete Communion » et « The Third World ». Free Jazman impliqué dans le mouvement new-yorkais, collaborateur actif de grands noms de la new thing, Barbieri découvre ici, au contact d’un Dollar Brand à l’art déjà achevé et déterminé, la nécessité d’un cheminement parallèle à celui qu’il a pour l’instant emprunté dans la musique afro-américaine. Celle-ci lui a fourni les moyens et le terrain d’expression ; Dollar Brand, lui renvoyant sa propre image, pousse Barbieri à une prise de conscience. Tous les éléments de son art futur se trouvent ici condensés avec une authenticité naturelle surprenante. Dans The Aloe And The Wild Rose, Barbieri a tout dit, le reste ne sera que développemement à l’infini des formules mises au point dans ce disque. Un album-manifeste.

THE THIRD WORLD (1969)

“ La beauté sera convulsive ou ne sera pas ”, voilà ce qui vient à l’esprit à l’écoute de ce disque magnifique et INDISPENSABLE.

Une chanson de berger argentin, un tango d'Astor Piazolla, un Zelao, une composition de Barbieri, Antonio Das Mortes, en hommage au cinéaste Glauber Rocha, et enfin un extrait des Bachianas Brasileiras de Villa-Lobos suivi par un chant africain de Dollar Brand ; le tiers-monde est bien au centre de ce CD. Premiére fusion, chez le saxophoniste, entre le jazz d'avant-garde côtoyé en Europe et à New-York et les musiques de l'Amérique du Sud et d'Afrique. Loin de toute perfection formelle, la musique devient progressivement hurlement, entre désespoir et jubilation.

third
Oreilles délicates s'abstenir. Mais au-delà de la rugosité, que de passion et d’ivresse non encore récupérées ! Il faut noter également la qualité des accompagnateurs : le batteur Beaver Harris, compagnon d'Archie Shepp et Pharoah Sanders, Charlie Haden, le tromboniste Roswell Rudd (écouter son remarquable contrechant sur Antonio des Mortes) et le pianiste Lonnie Liston Smith.
Sans réduire ce disque à son contexte politico-historique, il faut se remémorer le contexte de l’époque pour bien saisir l'originalité de Gato Barbieri. Pendant que les jazzmen noirs américains (John Coltrane, Yusef Lateef, Pharoah Sanders, etc.), par engagement politique ou ouverture d'esprit, ont enrichi leur syntaxe au contact d'autres univers, africain, moyen et extrême-oriental, la culture sud-américaine s'est métamorphosée grâce aux compositions lyriques de Gato Barbieri, sous les coups de boutoir de ses improvisations sauvages et rauques, de son timbre éraillé et paroxystique à nul autre pareil (le seul auquel on puisse le comparer est sans doute celui de Pharoah Sanders).
FENIX (1972)

L'affirmation de son identité d'homme du Tiers-monde à travers le dur apprentissage du jazzman éclate dans Fenix, enregistré en 1971 en compagnie de musiciens américains du Nord et du Sud. réunis avec bonheur, notamment le Brésilien Nana Vasconcelos et les New-Yorkais Ron Carter et Lonnie Liston Smith. Disque charnière. avant que Barbieri ne s'enfonce plus profondément dans sa latinité.
Puissance du tempo, du driving, de la charge émotionnelle d'un ténor au lyrisme incandescent. Vertigineuse accélération rythmique lancée à brûle-pourpoint sur des envolées déchirantes. Compositions originales et arrangements de chansons traditionnelles serviront dorénavant de tremplin à une écriture lucide et rougeoyante, toujours changeante, sensible aux micro-variations du feeling.
fenix
EL PAMPERO (1971)

Une "merveilleuse orgie sonore", pour reprendre les termes de Laurent Goddet, auteur des notes de pochette de la première édition française de ce disque, au milieu des années 70 : à lire les témoignages de ceux qui assistèrent, jusqu’aux petites heures (4h du matin, exactement), à ce concert au festival de Montreux 71 dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée au label Flying Dutchman (à laquelle participa le big band d’Oliver Nelson), l’événement fut marquant.

Et l’on est tout à fait disposés à les croire, vu le feu qui semble jaillir de ces quatre morceaux saisissants dans lesquels Gato Barbieri pousse son jeu à un point de beauté et de force inouïs.

pampero
La magie de ce concert est d’autant plus remarquable qu’elle doit, pour beaucoup, au hasard et à une heureuse conjonction d’individualités : seuls le pianiste Lonnie Liston Smith et Nana Vasconcelos ayant suivi Barbieri dans son déplacement européen, celui-ci dut faire appel à Bernard Purdie (batterie) et Chuck Rainey (basse électrique), arrivés à Montreux avec la chanteuse Aretha Franklin. La cohérence et l’homogénéité de cette formation inédite ne fait pourtant aucun doute, et permettent au saxophoniste argentin, sur des rythmiques aux frontières du jazz funk, de littéralement déchirer la nuit.
Le cri se fait primal, l’énergie vitale, l’air électrique et la chaleur incandescente : une véritable fête, en somme, dont on sort abasourdi et légèrement désorienté.

  D’abord une ballade, sur un thème répétitif, El Pampero, qui évoque les longues chevauchées dans la pampa argentine. Une introduction qui monte, qui monte... puis Gato, soutenu par la basse électrique et les percussions, s'envole, dérape, hurle magnifiquement. Une énergie incroyable. Puis, sur une suite de compositions écrites par des compatriotes, il évoque son pays. Un thème, d’abord (Mi Buenos Aires Querido), évoquant les divers aspects de sa ville, Buenos Aires. Déjà apparaissent ici certains éléments de la musique populaire d’Amérique du Sud. Dans Brasil, ils forment toute le trame sonore sur laquelle Gato improvise. La moitié des musiciens sont des percussionnistes, assurant un roulement continu qui nous rappelle que l’héritage africain est aussi vivant dans le continent du Sud que dans celui du Nord. Et pour finir, un El Arriero bourré d'énergie.
Une musique de fête chaleureusement impudique et gorgée de félicité. Absolument indispensable.


 
LIVE IN BUENOS AYRES 1971
Un disque confidentiel (pirate ?) déniché par hasard à Milan d'un concert de Gato donné en Argentine en 1971.


LE DERNIER TANGO A PARIS (1972)

Pour accompagner la descente aux enfers de Marlon Brando dans le sulfureux Ultimo Tango a Parigi de Bernardo Bertolucci, Gato Barbieri a imaginé un jazz orchestral fortement teinté de tango qui déplaira encore à coup sûr aux puristes. Difficile pourtant de ne pas craquer en écoutant les cordes bouleversantes...

Une réussite exemplaire que cette musique. Le saxophoniste traversait alors sa période la plus faste, celle de "Bolivia", dont on retrouve ici les éclairs fulgurants, les arrangements et les mosaïques de percussions, chants et cuivres. Réédition très soignée, agrémentée d'inédits, et livret (très riche) se dépliant en affiche du film.

tango


UNDER FIRE (1972)

Pour moi, un des meilleurs disques de Gato Barbieri, en pleine possession de ses moyens, conciliant lyrisme et autorité, force et clarté.

Certains critiques ont néanmoins dit qu’il "se répètait jusqu’à l’exaspération"…

Dire de la musique de Barbieri qu'elle est accrocheuse, ou même vulgaire, c'est faire un énorme contresens sur son mode de fonctionnement, c'est voir des concessions là ou il n'y a qu'authenticité d'une recherche passionnément vécue. Gato veut retrouver les voies qui mènent à une expression authentiquement populaire :il joue, simplement, sur le chemin qu'il a choisi.


fire


El Parana est une composition de Gato Barbieri. Stanley Clarke très en valeur, asseoit un tempo majestueux, tandis que le guitariste surgit ça et là en phrases brèves. Gato joue avec un lyrisme passionné et quelques cris de colère. Le pianiste a un jeu percutant très efficace et original.
Yo Le Canto A La Luna est une composition du grand guitariste et poète argentin Atahualpa Yupanqui. C'est une sorte de lamento impregné de cette nostalgie si particulière à toute la musique de l’Amérique du Sud. Stanley Clarke y est toujours aussi impérial. Gato, qui joue avec un coeur admirable, chante aussi avec un feeling intense. Il faut plusieurs écoutes pour réaliser tout ce que les percussionnistes y apportent d’invention et d'ingéniosité.
Antonico
est dû à lsmael Silva; Abercrombie y joue de la guitare « classique » d'une manière typiquement « latine ». Gato fait véritablement chanter son saxophone et renforce l’impression de lyrisme par un re-recording trés sobre.
Maria Domingas de Jorge Ben commence comme une fiesta brésilienne. Puis Gato joue un solo tres méditatif, très intériorisé, introduit et accompagné par les riches arpéges de la guitare. Abercrombie joue alors un rythme typiquement brésilien, tout l’orchestre rentre avec fougue et le pianiste se déchaîne. Puis Gato joue avec une fureur concentrée, les percussions le portent, avec de véritables éclairs ici et là par Lonnie Liston Smith ; le tout s'achève par des cris qui s'espacent peu à peu dans le lointain.
El Sertao commence d’une façon particuliérement âpre et dramatique par tout l’orchestre, puis le saxophoniste développe encore le climat pathétique de la composition, psalmodiant sur son instrument un peu à la façon des flamenquistes. Lonnie Liston Smith est superbe au piano électrique. Gato rentre à nouveau avec intensité et le tout s'achève comme à regret, comme s’il y avait encore tant à dire sur l'âpreté, sur la misère du Sertao.

Dans ce disque c’est une partie de l’élite des drummers et percussionnistes que l’on entend : Roy Haynes, Airto Moreira, James M’Tume (fils du saxophoniste Jimmy Heath), Moulay Ali Hafid. Un contrebassiste et un guitariste parmi les meilleurs de l’époque : Stanley Clarke et John Abercrombie,. Il y a aussi Lonnie Liston Srnith, un des plus brillants, un des plus subtils pianistes de sa génération.

BOLIVIA (1973)
Enregistré à la même époque que Under Fire et avec les mêmes musiciens, Bolivia est peut-être légèrement moins bon, malgré de merveilleux moments comme Michellina, notamment ou Merceditas.

bolivia
YESTERDAYS (1973/74)
Le dernier disque de Gato pour Flying Dutchman. On retrouve les mêmes procédés narratifs et le jeu toujours aussi incisif du saxophoniste, entouré cette fois de l'excellent pianiste George Dalto, du guitariste Paul Metzke, du contrebassiste Ron Carter et du batteur Pretty Purdie.

yesterdays Après le choc créé par "The Third World" et "Fenix", après la fougue torrentielle d'"El Pampero" et la luxuriance de "Bolivia" et "Under Fire", force est de reconnaître que ce disque est un peu léger, témoignant d’un certain essouflement.de la formule.

L'Argentin trouvera très vite le moyen de sortir de l'impasse avec le sublime "Latin America Chapter One", aux couleurs plus authentiques. Ici Gato ne nous apporte rien de neuf sur lui-même qu'il ne nous ait déjà (mieux) exposé. 
EL GATO

RCA PL 13816 Ce disque, de même que celui paru chez Planet Jazz, reprend des morceaux déjà parus, à l’exception de El Gato d’Oliver Nelson, où Gato s’exprime avec la force qu’on lui connaît.

planet
CHAPTER ONE : LATIN AMERICA

Si un disque comme Fenix marquait une rupture, là il ne s'agit que de la continuation d'un projet clair, l'écriture d'un nouveau chapitre de ce chant d'amour à l'Amérique Latine.

On sent à travers la plénitude du son de Barbieri au sax, ce refus de sa mise en avant. au profit d'une musique de groupe, que l'ex-free-jazzman a trouvé une joie de jouer fondamentale.

Son saxophone ténor se fait de plus en plus langoureux, chant lyrique hérité du tango sur une assise rythmique de samba, foisonnement de percussions, frénésie qui appelle inévitablement la danse.

latinoam
Le son du saxophone à la sonorité chaude chavire, délire, s'enflamme, voix qui improvise un hymne à cette fête où fusent les cris, s'insinue une flute, apparaît soudain une guitare rapidement submergée par l'etuve des percussions.

Entouré d’une importante formation de musiciens argentins, Barbieri est au top de sa forme tout au long de cette session torride, plus particulièrement sur les thèmes "Encuentros" et "India". Une mention particulère au dernier morceau, To be continued, où Gato présente un à un et successivement tous les instruments composant une école de samba, avant que son saxo ne pousse son cri qui lance Encontros.
CHAPTER TWO : HASTA SIEMPRE (1973)
Le deuxième chapitre démarre là où finissait le premier : avec Encontros, suite de To be continued. Le timbre du ténor de Gato a une force et une charge émotionnelle indescriptible, mélange de désespoir et de rébellion. La couleur, la danse, le rythme, la chaleur de la musique sud-américaine sont constamment présents dans tous les morceaux. Impulse a récemment réédité les chapters 1 et 2, remixés et augmentés d'inédits. On trouve notamment la version complète d'Encontros, publié dans un premier temps en pièces détachées. Evidemment indispensable, même si, avec le recul, malgré le foisonnement rythmique - ou à cause de lui - le jeu de Gato Barbieri semble un peu au bout du rouleau. Plus beaucoup d'inventivité mélodique ou harmonique dans son jeu. Les phrases fébriles sont souvent réemployées. Paradoxalement, la réédition augmentée fait ressortir les faiblesses - toutes relatives - de ces enregistrements.

CHAPTER THREE : VIVA EMILIANO ZAPATA (1974)


Après avoir enregistré “ Chapter One : America ” à Rio De Janeiro et chez lui, à Buenos-Aires, “ Chapter Two: Hasta Siempre ” en Amérique du Sud et à Los Angeles, Gato Barbieri retrouve New-York.

La musique produite dans le présent volume représente une nouvelle expérience pour le saxophoniste : la rencontre avec Chico O'Farrill. Personnellement, je ne suis pas emballé…

Le début de la pente douce qui conduit tranquillement de la nouveauté à la facilité ? Seul El sublime sauve la mise.
viva
CHAPTER FOUR : ALIVE IN NEW-YORK (1975)
Entouré d'un petit ensemble dans lequel on retrouve le bassiste Ron Carter, un concert de Gato à New-York en février 1975.
alive
CALIENTE ! (1976)
A&M 985 041 / 394 597-2)
Quel choc ! Je dois avouer qu’à la première écoute de ce disque, j’étais catastrophé. Très commercial, en rupture totale avec les disques précédents ! Et puis, on se laisse prendre. Prenez le premier morceau, Fireflies : des cordes sirupeuses, un tapis de guitares électriques, mais petit à petit on retrouve le son de Gato, avec ses hurlements sur la fin. Ni du jazz, ni de la musique sud-américaine, plutôt une sorte de pop, mais quel son de saxo ! Et quel plaisir d’entendre ainsi le Europa de Santana !
caliente

Tourné en 1977, "Europa" avec Carlos Santana :

 


 

RUBY, RUBY

A&M AMLH 64655

Gato Barbieri a pour lui de s'être créé un style si personnel qu’il peut faire un disque jazzy-rocky-funky sans (trop) tomber dans les travers du genre...

TROPICO (1978)
A&M 64 710 - LC 0485
Alors là… je ne marche plus !

EUPHORIA (1979)
A&M 64 710 - LC 0485

Euphoria ? Hum !

PARA LOS AMIGOS !! (1981) Doctor Jazz‑EPM FDC 5001

Il n'est pas facile de survivre à sa légende…

GATO (1982)
BAHIA (1982)

APASIONADO (1983)

Trois disques non indispensables...
QUÉ PASA (1997)
Oui, qué pasa ? Il semble bien loin, le temps béni de "Bolivia" ou de la musique du "Dernier tango à Paris", tour à tour charmeurs, ensorcelés, enfiévrés !...
Ce nouvel album est uniforme et monotone, le saxophone alangui se promène sur une trame parfaitement formatée FM. On peut se demander ce qu'il reste du Gato que l'on a aimé ? Le lyrisme peut-être. Pour le reste, audace, authenticité, véhémence ont disparu au profit d'une démarche résolument commerciale et lisse. Le chat a rogné ses griffes….
que
THE SHADOW OF THE CAT
(2002)
A&M 985 041 / 394 597-2
Est-ce la nostalgie qui nous tient ? A l’écoute de The Shadow of the Cat, on retrouve par instants le Gato qu’on a tant aimé…

Ambiances contrastées de “El Chico”, joli “Last Kiss,” avec la guitare acoustique de Peter White… Un disque qui se laisse écouter, sans plus
shadow
barbieri


On peut voir Gato dans un DVD paru récemment, filmé le 3 juillet 1984 lors d'un concert au Festival de jazz de Montréal. Ce n'est plus le flamboyant Gato des années 60-70, mais ce concert se laisse regarder...



montreal

 

 

Charlie Haden

haden

Le contrebassiste Charlie Haden, né le 6 août 1937 dans le Missouri, n'est peut-être pas un virtuose comme un Scott La Faro ou un Marc Johnson. Mais il a joué un rôle capital dans le jazz contemporain, notamment en accompagnant Ornette Coleman. En outre son jeu communique une émotion rare. en développant un style très libre. La contrebasse de Haden a un son solide, épais, un des plus riches de l'histoire du jazz. Rares sont ceux qui, comme Haden, parviennent à communiquer autant d'émotion. Au cours de sa longue carrière, il a collaboré avec de nombreux artistes. Mais c'est avec son "Liberation Music Orchestra" fondé en 1969 qu'il restera à coup sûr dans l'histoire.

A partir de chants révolutionnaires de la guerre d'Espagne, Haden compose une sorte de symphonie free en s'entourant de nombreux amis libertaires : Paul Motian, Gato Barbieri, Dewey Redman, Don Cherry et bien sûr Carla Bley, qui participe beaucoup à l'écriture et aux arrangements de l'album.


En 1982 paraît The Ballad of the Fallen, reformation du Liberation Music Orchestra. Loin d’être un pâle remake du premier disque, celui-ci est un requiem dédié aux victimes des guerres sud-américaines (Chili, Salvador) ainsi qu’aux martyrs de Franco. Les improvisations libres (principalement dues à Don Cherry et Dewey Redman) se font plus rares. Une oeuvre moins free, mais plus accessible et finalement plus aboutie que le premier.

Le troisième album, Dream Keeper, d’après un poème antiraciste de Langston Hughes, est un peu moins réussi, mais Sandino, magnifié par les arrangements de Carla Bley, est une merveille.


Le dernier album, Not in our Name, répond à la nécessité ressentie par Haden de dénoncer la politique de George Bush. Charlie Haden et Carla Bley ont organisé l'album autour des valeurs fondamentales de l'Amérique, celles qu'ils défendent contre toutes les récupérations - d'où les titres des deux premiers morceaux : Not in our Name et This is not America. Si cet album est en retrait par rapport aux précédents, il présente tout de même quelques excellents solos de Chris Cheek, Tony Malaby et Michael Rodriguez.

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Discographie sélective :


Sous le nom de Charlie Haden


* Liberation music orchestra, 1969, Impulse !
* Duets, 1976, A&M
* The ballad of the fallen, 1983, ECM
* Always say goodbye, 1987, Verve
* Silence, 1987
* Etudes, 1987
* In Angel City (Quartet West), 1988
* The Montreal Tapes, 1989 (Liberation Music Orchestra)
* The Montreal Tapes, 1989 (avec Egberto Gismonti)
* The Montreal Tapes, 1989 (avec Joe Henderson et Al Foster)
* Dream Keeper, 1990 (Liberation Music Orchestra), Polydor
* Night and the City (avec Kenny Barron)
* American dreams, 2002 (avec Michael Brecker)
* Nightfall, 2004
* Land of the sun, 2004
* Not in our Name (Liberation Music Orchestra), 2005
* Heartplay, 2006

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ballad

Sous le nom de Ornette Coleman

* Change of the century, 1959, Atlantic/Warner
* The Shape of jazz to come, 1959, Atlantic/Warner
* Song X, 1985, Geffen

Sous le nom de Old and New Dreams
* Old and new dreams, 1979, ECM

Sous le nom de Keith Jarrett
* Keith Jarrett, (1966-1971) collection Warner Jazz Les incontournables

Sous le nom de Haden-Garbarek-Gismonti :

* Folk songs,1979, ECM
* Magico, 1980 


Avec Pat Metheny :

* Beyond the Missouri sky, 1997 


missouri

Site : http://www.charliehadenmusic.com/
new
Un bel article de Francis Marmande sur Charlie Haden dans Le Monde du 31 mars 2010 :

La rigueur tellurique du contrebassiste Charlie Haden

Charlie Haden, contrebasse des Amériques, présent sur deux cent cinquante-quatre albums, de John Coltrane à Keith Jarrett - un album en duo, Jasmine, chez ECM, le 3 mai - en passant par Chet Baker, Archie Shepp ou Art Pepper, son premier mentor. Charlie Haden, auteur avec Carla Bley de la fantastique utopie musicale des années 1970, le Liberation Music Orchestra. Charlie Haden, compagnon des tout premiers quartets d'Ornette Coleman - alto pionnier du free jazz. Charlie Haden reprend la route avec son Quartet West, fondé en 1984, version 2010 : Ernie Watts (ténor), Alan Broadbant (piano) et Rodney Green (batterie). La formation passera par la France, au Grenoble Jazz Festival, le 2 avril.

Pas de contrebasse ? Mais si, justement, lui, Charlie Haden, ses lunettes lunaires d'adolescent abasourdi, son corps debout enveloppant l'instrument, souvent abrité sous une cage de Plexiglas pour protéger l'oreille, sept vies de musicien, un son inimitable. Un son de cathédrale, une lenteur, la sculpture de chaque note, des tics délicieux, cet amour aigu des graves, la soif de l'harmonie, une rigueur tellurique.

Eh quoi ? Il ne sait pas s'envoler, virevolter, monter et descendre le manche à la vitesse des formule 1 ? Revenons au Los Angeles des années 1950. Charlie Haden, petit Blanc parmi les Blancs, vient de quitter les ciels à peindre du Missouri pour suivre Miles Davis et John Coltrane de ville en ville. Il en est tétanisé. Il garde ce côté villageois de n'aimer que les villes et prend toujours sa place au premier rang. Il est âgé de 15 ans. Dans un club, un soir, il découvre, stupéfait, Ornette Coleman, saxophoniste alto novateur, qui en aura bien bavé avec ses idées d'avant-garde. Le voit se faire lourdement lourder par Gerry Mulligan, saxophoniste baryton de luxe. Inutile d'insister. Haden a toujours dit : "De toute façon, jamais je ne connaîtrai, de près ou de loin, ce qu'un Afro-Américain a enduré sur terre."

Haden a l'air gauche. Haden est de gauche. Haden philosophe croit la musique capable de changer le monde. Haden n'est pas idiot. Haden a connu les pénitenciers. Haden a fréquenté le "singe", l'héroïne, ce poison mortel qui donne des idées trop vives. Quand il voit Ornette Coleman au trottoir, son air si doux, si simplet, son cheveu sur la langue, son accent du Texas, Haden se présente. Quatre jours et quatre nuits, ils jouent ensemble.

Charlie Haden fait partie avec son alter ego Scott LaFaro du double quartette qui en 1960 enregistre avec Coleman, Eric Dolphy et Don Cherry l'album-manifeste, Free Jazz. Couverture, Jackson Pollock. Mesure-t-on l'acte ? Non ? Réception ? Un torrent de boue, force insultes scatos, inutile de trifouiller les archives, même en France, ce serait gênant.

Ce qui est passionnant, ce sont les deux parties de contrebasse liées comme des lianes, celle de Charlie, profonde, grave, lente, lourde. Celle de Scottie, ailée, aérienne, gracieuse comme un vol de planeur. Et vous savez quoi ? Ils se passent la main sur les quatre notes fixes du cordier, comme un don, un geste, une amitié. Ils habitaient alors ensemble. Scott LaFaro se tue dans un accident d'auto, à 24 ans. Le virtuose, c'est lui. Haden, grave, paysan, confiant dans la révolution, c'est l'autre. Or retenons ceci. Le soir, pour gagner 4 dollars et par amour de la musique, ils jouaient, l'un et l'autre qui s'aimaient tant, dans deux clubs différents. A la pause, c'est "Scottie", le véloce, qui sautait dans un taxi. Pour filer où, grands dieux ? Il filait au club où jouait "Charlie", juste pour l'apercevoir, le saisir, ne fût-ce qu'un quart d'heure.

Charles Edward "Charlie" Haden est né dans une tribu de musiciens tendance country de Shenandoah, Iowa, le 6 août 1937. Son frère joue la contrebasse : "A la maison, on ne faisait que de la musique. Mes parents chantaient dans le genre de la Carter Family ou des Delmore Brothers. Tous les gosses jouaient et chantaient." Lui, Little Charlie, à 22 mois, il fait ses débuts à la radio : "J'inventais les harmoniques sous ce que me chantait ma mère. On a eu une petite émission de radio. Uncle Carl, mon père et The Haden Family." C'est ce qu'il fait, il continue. Sous la mère.

Son Quartet West raconte des histoires de la Côte ouest. Des histoires simples, des chorus fondamentaux, une exactitude au cordeau. Comme diraient les musiciens, "ça joue terrible". D'accord, mais Charlie Haden, merveilleux compositeur et superbe sideman, ne transmettrait pas, n'aurait pas cet allant, ce charisme ? Allons !

Une nuit à la Mutualité (sono de hall de gare), avec Dewey Redman (ténor à pleurer que le public n'a jamais reconnu), Don Cherry (trompette de poche), Ed Blackwell à la batterie louisianaise, Haden prend un long chorus sur Lonely Woman, d'Ornette Coleman. Une houle est montée, un mouvement de fond, une vague d'applaudissements terrible, venue des ombres hugoliennes de l'océan. Envie de pleurer. Quelque chose finissait, mais quoi ? Ce soir, tous les bassistes de la terre jouent "mieux" que Charlie Haden. Sans doute, mais aucun aussi bien. Et de loin.
Grenoble Jazz Festival : MC2 Grand Théâtre, 4, rue Paul-Claudel, Grenoble. Tél. : 04-76-51-00-04. Christophe Monniot Trio, Jeanne Added et Yves Rousseau, Charlie Haden Quartet West, le 2 avril ; Yves Robert Trio, Stephan Oliva et François Raulin Quintet, Trio Paj, Little Red Suitcase, Maceo Parker, le 3. De 15 € à 25 €. Sur le Web : jazzgrenoble.com.

Francis Marmande


"Une ville la nuit"

Samedi 8 février 1997, la nuit tombe sur Los Angeles, 19° Celsius au thermomètre, 19 h 46 : "Hi, man ! J'habitais là. Regarde, j'habitais là, man, en 1956, avec Scottie." "Scottie", Scott LaFaro (1936-1961), et "Charlie" Haden (1937), les deux plus grands contrebassistes de l'ère nouvelle se sont connus à Los Angeles.

Charlie Haden conduit comme il joue. Tout en douceur, sans jamais rien forcer. Aux commandes de sa Volvo Wagon bronze métal, il décline son amour de la ville : "A l'école, je ne dessinais que des villes. On vivait à la campagne, à Springfield, Missouri, sous des ciels qui n'en finissaient pas. Et moi, je ne dessinais que des villes." Son prof sanglotait : "Dessine-moi une vache, Charlie, merde, un arbre, juste une fois. Alors, j'ai fait une ville la nuit, avec toutes les lumières."


Article paru dans l'édition du Monde du 01.04.10

André Jaume

voir sur la page "invités".


Stacey Kent

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Une chanteuse de jazz moins médiatisée que Diana Krall mais pleine de talent : Stacey Kent.
Je l'ai découverte... sur RCFM, à l'occasion de quelques concerts qu'elle a donné en Corse en 2004.

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Née à New-York, Stacey Kent a vécu à Paris et vit en Angleterre. Sa voix unique, mêlant le swing et la sensualité avec un phrasé limpide, font d'elle une très grande chanteuse de jazz. Entourée d'un excellent quatuor, elle reprend, revisite et dépoussière les standards, en particulier ceux du "Great American Song Book". Elle aime faire appel à des écrivains contemporains et mettre leurs textes en musique, en particulier ceux de Kazuo Ishiguro dans son dernier album (et premier signé chez Blue Note) Breakfast on the Morning Tram (2007). Elle aime également chanter en français, ce qu'elle fait pratiquement sans accent, comme on peut l'entendre dans deux chansons de Serge Gainsbourg, "Ces petits riens" et "La saison des pluies", qui apparaissent comme des créations tellement son interprétation est personnelle. Elle reprend aussi dans cette album “Samba Saravah”, extraite de la bande originale du film “Un Homme et Une Femme” de Claude Lelouch.

Stacey capte l’attention de l’auditeur dès les premières notes. Sa technique vocale est parfaite, son chant tout en nuances.

Son mari, le saxophoniste britannique Jim Tomlinson, dont le dernier album, “The Lyric” (avec Stacey), a été primé meilleur album de 2006 aux Jazz Awards de la BBC, est également le producteur de son dernier album.


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Discographie : Close Your Eyes (1991)
Love Is... The Tender Trap (1998)
Let Yourself Go (1999)
Dreamsville (2001)
Brazilian Sketches (2001)
In Love Again (2002)
The Boy Next Door (2003)
Breakfast on the Morning Tram (2007)

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Stacey chante également sur deux disques de son mari Jim Tomlinson : Only Trust Your Heart (1999) et The Lyric (2006)

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Stacey était l'invitée du 13 h de france 2. Cliquer sur ce lien pour voir l'émission.

 

Une video : "The ice hotel"

 



Laïka 



J’ai découvert Laïka Fatien par hasard, sur la chaîne musicale Mezzo. J’ai immédiatement arrêté ce que j’étais en train de faire, subjugué par la force de son interprétation. Et j’ai découvert ses deux disques, Look at me now ! et tout récemment Misery.

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Née d’un père ivoirien et d’une mère hispano-marocaine à Paris en 1968, Laïka Fatien se fait connaître en chantant avec le big band de Claude Bolling. Elle collabore également avec Sixun, Julien Lourau, Steve Williams, Antoine Roney, Michael Bowie, David El Malek, Richard Galliano, Robert Glasper, Gregory Hutchinson, Peter Martin, Daryl Hall, Vince Benedetti...

Elle également au théâtre et participe à "A Drum is a Woman". Elle mène ainsi une double carrière de musicienne et d'actrice. 

Elle enregistre un premier album de vocaliste, Look at me now ! Un album très varié, dans lequel on remarque notamment le ténor David El-Malek et le pianiste Pierre de Bethmann. Une adaptation déchirante de la ballade d’Abbey Lincoln "Throw it Away", une reprise ralentie d’"Eleanor Rigby" des Beatles, un "Inchworm" candide et une version deThe Best Is Yet To Come" très différente de celle de Stacey Kent.

Cet album, à la fois audacieux, maîtrisé et respectueux des traditions, est une grande réussite du jazz vocal contemporain… Le Point

Quatre ans après, voici « Misery », hommage à Billie Holiday, enregistré en février 2008 à Paris.
Outre une sélection très personnelle de chansons et des arrangements très originaux, la voix de Laïka nous envoûte par sa sensualité, son ampleur, son sens du texte et de la musique.

Enfin une interprète qui ose et réussit le difficile pari de chanter Billie Holiday ! Laïka Fatien n’essaie pas de copier Billie, elle en livre une interprétation personnelle et convaincante, explorant tous les registres et les timbres de sa voix. Magistral.

Et voici le suivant : Nebula (sorti en mars 2011) :

nebula

Laika s'aventure ici sur des terrains variés : Thelonious Monk avec Matrix - think of one, le Brésil avec Caico de Villa Lobos, une belle version de Appointment in Ghana de Jackie Mc Lean, les autres morceaux étant des compositions de Tina Brooks, Joe Henderson, Stevie Wonder, Wayne Shorter, Björk...

A noter que cet album est produit par la bassiste Meschell Ndegeocello.

 

Diana Krall 

La chanteuse et pianiste canadienne Diana Krall n'est plus à présenter.
Son premier album "Stepping Out", avec le bassiste John Clayton et Jeff Hamilton, sort en 1993. Après Only Trust Your Heart (1995), son troisième disque All for You sorti en 1996,marque le début du succès. Il reste 70 semaines dans le classement jazz du Billboard. Love Scenes (1997) obtient également rapidement un grand succès.

Les arrangements de Johnny Mandel forment l'arrière plan de When i Look In Your Eyes, sorti en 1999. Elle obtient plusieurs nominations aux Grammy Awards, qui la récompensent comme Meilleure Musicienne de Jazz de l'année.

En 2001 sort The Look of Love, classé Meilleur disque de jazz vocal aux Grammy Awards.

Après son mariage avec Elvis Costello en décembre 2003, elle travaille avec lui et commence à composer ses propres chansons pour The Girl in the Other Room (2004).

Discographie

1993 : Stepping out - The early recording (Justin Time/ENJA)
1995 : Only trust your heart (Verve)
1996 : All for you - A dedication to the Nat King Cole trio (Verve)
1997 : Love scenes (Verve)
1999 : When I look in your eyes (Verve)
1999 : Have yourself a merry little Christmas (Universal Records)
2001 : The look of love (Verve)
2002 : Live in Paris (Verve)
2003 : Heartdrops (Vince Benedetti et Diana Krall - TCB)
2004 : The girl in the other room (Verve)
2005 : Christmas songs (Verve)
2006 : From This Moment On (Verve)
2009 : Quiet Nights (Verve)

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Vidéos

Live at the Montreal jazz festival (enregistré le 29 juin 2004 au Centre Bell de Montréal, Canada)
Live in Paris (enregistré le 2 décembre 2001 à l'Olympia)
Live in Rio (enregistré le 1er novembre 2008 à Rio de Janeiro)


Renaud García-Fons 


A la frontière entre jazz, flamenco et tango, le bassiste Renaud Garcia-Fons propose La Linea del Sur, enregistré en 2008. "Un Sud imaginaire qui réunirait de multiples racines musicales, ayant en commun la recherche d'un chant profond". Un disque porté par l'accordéon de David Venitucci, la guitare de Kiko Ruiz, la grande voix du flamenco Esperanza Fernandez (sur trois titres) et la technique étonnante de Garcia-Fons à la contrebasse à cinq cordes, qui sonne parfois comme un violoncelle.

garcia

Caroline Nadeau


si fragile

Française émigrée au Canada, Caroline Nadeau est une des rares chanteuses de jazz chantant en français.

Après Autour de minuit, son premier album, Caroline a présenté son spectacle éponyme dans plusieurs grands événements musicaux, dont le Festival International de Jazz de Montréal, l’Edmundston Jazz & Blues Festival et le Sasktel Saskatchewan Jazz Festival.

Son deuxième album, Si fragile, est sorti en 2007. Dans ce nouvel album entièrement en français, les mots de Brel, Rivard et De Larochellière flirtent agréablement avec les notes de Coltrane, Jobim et Gershwin. Pour cet album, Caroline s’est entourée d’une équipe de musiciens talentueux et expérimentés : Julie Lamontagne au piano et à la réalisation, John Roney au piano, Jean Boutin au saxophone ténor et à la flûte, François Marion à la contrebasse, et Jim Doxas à la batterie.
Elle nous touche par sa douceur et sa subtilité dans Besame Mucho, Si Fragile et Un Enfant, par son intensité dans Naïma, et surprend par ses prouesses vocales dans J'ferme pas juste (Twisted) et Le pas qui plaira (Fascinating Rhythm).

Discographie

2000 Autour de minuit, Caroline Nadeau Jazz Band, Local distribution (2004)
2001 Petit Fou, Matapat, Borealis.

Melody Gardot


gardot

On la compare déjà à Norah Jones ou Diana Krall, ses performances pourraient également évoquer Peggy Lee, voire Tom Waits... Cette jeune chanteuse au vibrato reconnaaissable a un style très personnel, entre jazz et blues.
Ecoutez son dernier CD, My One and Only Thrill.

Melody Gardot, chanteuse sensible en lunettes noires

LE MONDE | 11.05.09 | 


A l'âge de 19 ans, Melody Gardot, jolie fille mince comme il y en a tant, tombe victime d'un terrible d'accident. Vélo contre 4 × 4 dans les rues de Philadelphie, Melody Gardot, née en 1985, ne fait pas le poids. Coma profond, polytraumatismes avec lésions cérébrales aggravées, dix-huit mois de lit à télécommande, elle expérimente le grand âge et la mort. Pour revenir à la vie, un médecin suggère la musicothérapie. Bloquée sur le dos, Melody Gardot ne peut gratouiller que sa guitare. Elle était pianiste de bar : "Petite, je chantais, mais personne ne voulait m'écouter ! Je passe une audition pour entrer dans une chorale, on me refuse. A croire que ma voix était horrible...", explique-t-elle, quelques jours avant son concert parisien à l'Alhambra, le 13 mai.
Sa voix parlée est douce, femme, enfant, aussi vive qu'une sauterelle, timbrée jusqu'au baryton. L'allure générale, d'une star, brushing trois fois par jour dans un style hésitant entre Catherine Deneuve et les personnages de la série télévisée "Dallas", couleur digne de Van Gogh, minceur préraphaélite, verres fumés, plus une nouvelle canne nacrée dont elle est, à juste titre, très fière.

La canne tient l'équilibre. Depuis l'accident, les verres la protègent d'une hypersensibilité au soleil qu'elle aime si violemment. Sur son lit de douleur, elle enregistrait de petites chansons. Un copain en balance une sur Internet, succès mondial. Melody Gardot s'en irrite, mais en profite pour s'entourer. Vince Mendoza, grand arrangeur de Los Angeles, orchestre son nouvel album, paru fin avril, My One and Only Thrill (Verve/Universal Music) : "Je voulais quelqu'un de la stature de Gil Evans. Il a disparu, malheureusement. Vince Mendoza est très éclectique, très sensible, il laisse venir la musique." Et ces onomatopées qu'on assimile au scat ? "Non, je me sers de la langue des bébés, la langue d'avant le langage."


"J'AI BESOIN DE ME TESTER"


En scène, fascinante de précision et de look (lunettes noires, crinière, canne, talons aiguilles, rouge baiser), elle commence par une chanson a cappella : "Je n'en fais pas une règle, mais souvent, j'ai besoin de me lancer ainsi : c'est pour me tester, tester le public et le lieu. J'attaque avec un spiritual, No More My Lord, qu'Alan Lomax, l'ethnomusicologue, avait fait enregistrer par une femme en prison. Je me retrouve seule, nue, et je vois loin, comme un marin met au point sa longue-vue." Geste à l'appui.

Ce n'est pas du jazz, mais si le jazz d'aujourd'hui atteignait ce feeling tous les soirs, on n'en serait pas là. Depuis Berlin en mai 2008, où nous l'avions vue, pas mal de détails ont changé : "Je n'ai plus besoin de me battre avec mon corps. Ma voix ne me fait plus souffrir, et mes oreilles entendent davantage : plus de cordes, plus de tubas, plus de trombone."

En dehors du jazz, de Radiohead, et de la musique brésilienne, qu'aime-t-elle ? "Le tango. C'est une merveille. Je souffre de vertige cinétique. Voilà pourquoi, en scène, je m'agrippe au micro. Plus la canne. Mais dans le tango, vous voyez, quand vous vous tenez comme ça, allez, vous poussez votre partenaire, de sorte que, même si je sens le vertige arriver, sa main ferme dans mon dos fait que je ne tombe pas. Alors, je peux danser..." Expérience faite. Sur l'album, on l'entend rire. Dans la vie, aussi.


 

Melody Gardot à l'Alhambra, 21, rue Yves-Toudic, Paris-10e. M° République. Le 13 mai à 20 heures. Tél. : 01-40-20-40-25. 34 €.

Francis Marmande

Source : Le Monde - Article paru dans l'édition du 12.05.09


Terje Rypdal

Né le 23 août 1947 à Oslo, Norvège, Terje Rypdal est un guitariste au style très personnel, reconnaissable immédiatement. Associé au label ECM depuis le début des années 70, son jeu utilise l'espace et les sons denses d'une façon inhabituelle. Après des études de piano, il apprend la guitare quasiment seul, influencé par Jimi Hendrix. Il apprend le concept lydien auprès de son auteur, George Russell, avec lequel il joue avant de former un groupe avec Jan Garbarek. Il forme en 1972 le groupe Odyssey. Depuis, il joue avec des musiciens tels que Miroslav Vitous, Palle Mikkelborg, David Darling et Ketil Bjornstad.

Discographie :
* Afric Pepperbird (1970) (avec Jan Garbarek) ECM 1007
* What Comes After (1974) ECM 1031
* Whenever I Seem To Be Far Away ECM 1045
* Odyssey (1975) ECM 1067
* After the Rain (1976) ECM 1083
* Waves (1978) ECM 1110
* Eos ECM 1263
* Blue ECM 1346
* Undisonus / Ineo (1990) ECM 1389
* The Sea (1995)
* Nordic Quartet (1995) (avec John Surman)
* The Sea II (1998)
* Skywards ECM 1608
* Lux Aeterna (2003) ECM 1818
* Vossabrygg (2006) ECM 1984
* Crime scene (2009)ECM 2041

Quelques vidéos :








Suivant les conseils de la revue So Jazz, je vous propose quelques vidéos de chanteuses.


Mina Agossi - Voodoo Child


Cassandra Wilson - 32-20



Peggy Lee - Why Don't You Do Right



Julie London - Fly Me To The Moon




Jeanne Lee - Ran Blake - Something's Coming



Lizz Wright - Hit the Ground


Norah Jones - Chasing Pirates


Diana Krall - Look Of Love (From "Live In Paris" DVD)

Nouveautés

Janvier 2012

Trois parutions chez ECM :

e2237 sp


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Tord Gustavsen Ensemble: The Well (ECM 2237)

Deux ans après “Restored, Returned”, un nouveau disque du quartet de Tord Gustavsen. Ici le saxophoniste Tore Brunborg prend davantage d'importance, à côté du piano du leader, accompagné subtilement par Jarle Vespestad (d) et Mats Eilertsen (d).


ECM Player "The Well"

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Tim Berne: Snakeoil(ECM 2234)




ECM Player "Snakeoil"
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Andy Sheppard: Trio Libero(ECM 2252)

Last but not least, le disque très attendu du Trio Libero composé du saxophoniste britannique Andy Sheppard, du bassiste Michel Benita et du batteur Sebastian Rochford.
Un trio où l'interaction créatrice est reine.
Enregistré en juillet 2011 à Lugano.

ECM Player "Trio Libero"
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L'insolent succès d'ECM

LE MONDE | 07.11.09 | 18h12  •  Mis à jour le 07.11.09 | 18h12
Mannheim (Allemagne) Envoyé spécial

C'est une marque insolente, un défi en ces temps de marché du disque déprimé. Surtout quand on a le jazz et la musique classique pour terrain de jeu. La compagnie phonographique allemande ECM (pour Edition of Contemporary Music), 40 ans, publie avec régularité, depuis plusieurs années, entre quarante et cinquante disques par an, avec un catalogue prestigieux mais plutôt pointu. Parmi les sorties récentes de mi-octobre à début novembre, on trouve ainsi un coffret de trois CD du pianiste Keith Jarrett, en solo et en public, les nouveaux enregistrements studio du guitariste John Abercrombie, du joueur d'oud Anouar Brahem ou du pianiste Christain Wallumrod avec instruments baroques et batterie.

Chez ECM, pas d'emblème des racines afro-américaines du jazz comme Sonny Rollins ou de voix blanche et allure sexy comme Diana Krall. Pas de produits dérivés ni de partenariat avec un opérateur de téléphonie. Des disques, rien que des disques, et une réputation mondiale, aussi forte que celle du label américain Blue Note (fondé en 1939), pour cette petite structure de quinze personnes, dans la banlieue de Munich, toujours dirigée par son fondateur, Manfred Eicher.

ECM vient donc de fêter ses 40 ans au festival Enjoy Jazz, en Allemagne, qui n'a pas d'équivalent en Europe : des concerts tous les jours pendant six semaines, jusqu'au 11 novembre, à Heidelberg, Mannheim et Ludwigshafen. Quatre soirées, du 22 au 25 octobre à Mannheim, ont raconté les "40 ans d'ECM" avec, en prime, un symposium tenu au prestigieux château de la ville, aussi vaste que Versailles, dont le plan l'a inspiré, aujourd'hui siège universitaire.

L'écrin et l'ambition du programme sont destinés à saluer "l'importance d'ECM dans l'histoire de la musique", insiste Rainer Kern, directeur d'Enjoy Jazz. Dans le jazz européen et américain bien sûr, et plutôt dans les musiques improvisées. Mais aussi dans la musique contemporaine, avec quelques enregistrements des Américains Steve Reich et John Adams, avant que les productions ne s'intensifient avec une collection dédiée, "New Series", à partir de 1984, ouvrant un spectre large, du chant médiéval à la musique contemporaine consonante.

Et puis il y a l'image et le son. L'image, c'est celle des pochettes, plutôt rigoureuse, austère parfois. Un travail strictement graphique dans les premiers temps d'ECM. L'arrivée de quelques teintes pastel par la suite, parfois des photographies, floues, au cadre étrange. Actuellement on est dans des teintes sombres, des traces.

Le son c'est "The Most Beautiful Sound Next to Silence" : le plus beau son après le silence, formule d'un journaliste américain au début des années 1970, qui correspondait aux débuts d'ECM. Avec de l'écho, de la réverbération, qui évoqueraient les grands espaces vierges et minimalistes de pays nordiques, d'où viennent de nombreux musiciens qui enregistrent pour ECM.

La réalité sonore d'ECM est pourtant bien plus variée, la marque s'étant promenée depuis ses débuts dans une bonne vingtaine de studios (actuellement surtout le Rainbow Studio d'Oslo et l'Avatar Studio à New York), des dizaines de salles de concert de renom, parfois des églises, des monastères.

Fin 2009, ECM aura à son catalogue près de 1 200 références. Un bon quart concerne ce "classique-contemporain" de "New Series", avec notamment la star du contemplatif, le compositeur Arvo Pärt, le pianiste Andras Schiff, l'Hilliard Ensemble, Heiner Goebbels, le violoniste Thomas Zehetmair (présent pour les soirées d'Enjoy Jazz), Meredith Monk.

Côté jazz, le pianiste Keith Jarrett est la vedette d'ECM, avec plus de cinquante références depuis 1971 (de l'album simple au coffret de 6 CD). On y trouve aussi les saxophonistes Jan Garbarek ou Charles Lloyd, les guitaristes John Abercrombie et Terje Rypdal (eux aussi invités par Enjoy Jazz), les pianistes Paul Bley, Marilyn Crispell. Et les productions de Carla Bley et Michael Mantler ou du guitariste brésilien Egberto Gismonti (l'un des invités d'Enjoy Jazz).

Le guitariste Pat Metheny a pris son envol chez ECM avant de devenir une vedette mondiale, et de quitter la maison allemande, en 1984, pour rejoindre le label Geffen à New York. "Près de deux mille musiciens ont enregistré à un moment ou à un autre pour ECM, et deux cents comme leaders", précise Heino Freiberg, responsable de la coordination des ventes et de la distribution.

Manfred Eicher, contrebassiste de formation, a organisé la première séance d'ECM, le 24 novembre 1969, au Tonstudio Bauer, dans la ville baroque de Ludwigsburg, sur le Neckar. L'album Free at Last, numéro de catalogue 1001, du trio du pianiste américain Mal Waldron, paraît le 1er janvier 1970. Suivront des pointures comme Corea, Garbarek, Jarrett, le contrebassiste Dave Holland. Tous sont attirés par l'attention qu'Eicher porte aux enregistrements. Il les veut aussi sophistiqués que ceux consacrés à la musique classique. Et chez ECM pas de contrats à long terme ou d'exclusivité. On signe pour un album et on verra ensuite. Ce qui est toujours en vigueur aujourd'hui.

Le grand saut vers la reconnaissance mondiale arrivera avec le Köln Concert, de Keith Jarrett, un solo du pianiste capté le 24 janvier 1975. Succès immédiat. Le double album se doit d'être dans toutes les discothèques des gens de goût - ce sera parfois même leur seul disque de jazz, avec Kind of Blue, de Miles Davis (1959), disque de chevet d'Eicher. Le Köln Concert est le best-seller d'ECM avec 3,5 millions d'exemplaires vendus, confie Heino Freiberg. "Derrière on trouve Pat Metheny, avec Offramp, Chick Corea et le premier Return to Forever, et Jan Garbarek avec l'Hilliard Ensemble pour Officium, chacun à un peu plus d'un million d'exemplaires."

Le reste varie de 100 000 exemplaires (sur plusieurs années d'exploitation) à quelques centaines à peine pour les enregistrements les plus pointus. Des amateurs "collectionnent l'ensemble de nos sorties", précise Steve Lake, collaborateur d'Eicher depuis le milieu des années 1970 et directeur artistique de la partie la plus free-jazz des enregistrements du label.

ECM est aujourd'hui distribué dans 47 pays - la plupart des pays européens, la Chine, la Corée, le Japon, l'Amérique du Nord, le Brésil, l'Argentine... Chaque année,les représentants de ces pays se voient avec l'équipe d'ECM dans un monastère au Tyrol. La quasi-totalité du catalogue a été transférée au CD, et le passage au téléchargement est en cours. "Nous tenons à préserver la prise de son, donc nous sélectionnons les plates-formes qui proposent des fichiers de qualité", explique Steve Lake.

La piraterie, elle, est surtout le fait du marché physique, avec des contrefaçons dans les pays de l'Est, en Asie ou récemment en Iran. Un courrier a été envoyé à des responsables, faisant appel à leur sens de la morale. Sans réponse à ce jour.

Sylvain Siclier, Le Monde
Article paru dans l'édition du 08.11.09

Livre

Horizons Touched: The Music of ECM
ECM
Steven "Steve" Michael Lake and Paul Griffiths. London
Granta Books, 2007. 439pp. ISBN ISBN

deglifiori





LE JAZZ EN CORSE



riturnelle

Ils sont vraiment étonnants, ces Calvais ! Un disque hors normes que ce Riturnelle: les refrains corses de Toni Toga, Antoine Ciosi, les frères Vincenti... chantés par cinq Calvais dingues de jazz. Calvi Voce est composé de Antoinette d’Angeli (Isulatine), Sébastien Lafarge-Nicolai (L'Alba), Jean-Noël Guglielmacci, Brigitte Tomasso-Nicolai et Jessie Lafarge-Nicolai, accompagnés par des "pointures" telles que Marc Bertaux, Zool Fleischer, Umberto Pagnini... Arrangements : Dédé Tomasso. Avec sur Nuages, chanté par Antoinette... Didier Lockwood au violon, et Dominique Vincenti, "le Vinicius de Moraes de l'ïle" , comme l'appelle René Caumer, qui chante Casa Antica et I Spartimenti ! Nos Calvais ne se limitent pas aux ritournelles corses, puisqu'ils nous offrent également une version corse de Nuages, ainsi que Hi-Fly de Randy Weston et Guajira Pa Le Jeva de Clare Fischer.

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