Jazz

Dernière mise à jour de la page : 01/05/2008

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Carla Bley
Charlie Haden
André Jaume
Stacey Kent
John Mc Laughlin
Giovanni Mirabassi
Paolo Fresu
Enrico Pieranunzi
Jan Garbarek
Gato Barbieri
Le Calvi Jazz Festival 2007

Carla Bley

Née Carla Borg le 11 mai 1938 à Oakland en Californie, Carla Bley part pour New York à 17 ans et vend des cigarettes au Birdland. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley qu'elle épouse en 1957. Il l'encourage à composer. Elle joue notamment avec Paul Bley, George Russell, Jimmy Giuffre et Art Farmer. Elle rencontre le trompettiste Michael Mantler en 1964 au sein de la Jazz Composers’ Guild. Ils fondent un orchestre avec Roswell Rudd, Archie Shepp et Milford Graves. La Guild devient bientôt le Jazz Composers’ Orchestra. Ils divorcent deux ans plus tard, mais Paul continue de jouer ses compositions, tout comme Jimmy Giuffre, George Russell et Art Farmer. Elle rencontre ensuite le trompettiste Michael Mantler, avec lequel elle dirige le Jazz Composers' Orchestra.

Carla enregistre également Fictitious Sports avec Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, Robert Wyatt et Chris Spedding. Elle écrit un arrangement de la musique du 8 ½ de Fellini pour un hommage à Nino Rota. Elle compose la musique de A Genuine Tong Funeral pour Gary Burton, compose et fait des arrangements pour le Charlie Haden's Liberation Music Orchestra. En 1985 elle se concentre sur de plus petits ensembles et écrit pour un sextet sans cuivres, ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire pour de grands orchestres. : un arrangement de Lost in the Stars pour l'album de Willner consacré à Kurt Weill, une version opéra de Under the Volcano d'après le roman de Malcom Lowry présentée à Cologne avec Jack Bruce, Steve Swallow et Don Preston.

Le Carla Bley Sextet, avec Hiram Bullock, Steve Swallow, Larry Willis, Victor Lewis et Don Alias, fait une tournée européenne en 1986 et sort le disque Sextet. Steve Swallow écrit un album Carla avec elle comme organiste. Elle commence à jouer en duo avec Steve Swallow (album Duets), puis décide de retravailler avec son orchestre de 10 musiciens : le Big Carla Bley Band, avec Lew Soloff, Gary Valente, Wolfgang Pusching, Franck Lacy, Cristof Lauer, Bob Stewart, Andy Sheppard et sa rythmique américaine tourne en Europe et sort le CD Fleur Carnivore. Elle compose aussi Dreamkeeper, et l'arrangement du troisième album du Liberation Music Orchestra.

Son groupe actuel, Lost chords, rassemble Andy Sheppard, Steve Swallow et Bill Drummond, et... Paolo Fresu en invité !

Le talent de compositeur et d'arrangeur de Carla Bley est remarquable, mais il faut souligner aussi sa capacité à s'entourer des meilleurs musiciens, et à tirer d'aux le meilleur d'eux-mêmes. Les interventions de Gato Barbieri, de Terje Rypdal, de Lew Soloff, d'Andy Sheppard et de tant d'autres dans les orchestres de Carla Bley sont parmi les plus marquantes de leur carrière.

Discographie
1968 Communications (Jazz Composers' orchestra)
1969 Liberation Music Orchestra (Charlie Haden)
1971 Escalator Over The Hill (Carla Bley and Paul Haines)
1974 Tropic Appetites (Carla Bley)
1977 Dinner Music (Carla Bley)
1978 European Tour 1977 (Carla Bley Band)
1979 Musique Mecanique (Carla Bley Band)
1981 Social Studies (Carla Bley Band)
1982 Live! (Carla Bley Band)
1983 The Ballad Of The Fallen (Charlie Haden and Carla Bley)
1984 I hate to sing (Carla Bley Band)
1984 Heavy Heart (Carla Bley)
1985 Night-Glo (Carla Bley)
1987 Sextet (Carla Bley)
1988 Duets (Carla Bley and Steve Swallow)
1989 Fleur Carnivore (Carla Bley)
1991 The Very Big Carla Bley Band (Carla Bley Band)
1992 Go Together (Carla Bley and Steve Swallow)
1993 Big Band Theory (Carla Bley)
1994 Songs with Legs (Carla Bley)
1996 ...G
oes to Church (Carla Bley Big Band)
1998 Fancy Chamber Music (Carla Bley)
2000 4x4 (Carla Bley)
2003 Looking for America (Carla Bley Big Band)
2003 The Lost Chords
2005 Not In Our Name (with Charlie Haden/ Liberation Music Orchestra)
2007 The Lost Chords Find Paolo Fresu

DVD-Video
1983/2003 Live in Montreal

 

Communications
Ce disque offre un panorama relativement représentatif du free jazz de la fin des années soixante . Don Cherry et Gato Barbieri, Roswell Rudd, Pharoah Sanders, Larry Coryell; Cecil Taylor.
Compositions pour grand orchestre. Grondements, roulements, cris, stridences : Un maelström sonore pas de tout repos, mais passionnant.

Escalator Over The Hill : a chronotransduction.

Le chef d’œuvre de Carla Bley. Autour d’un trio de base (Bley, Haden, Motian), un Roswell Rudd au sommet de sa puissance, un Barbieri qui ne jouera jamais mieux, Sheila Jordan aux côtés de la toute jeune Linda Rondstadt, Jeanne Lee, Jack Bruce, John McLaughlin et sa guitare habités de l'âme d'Hendrix, Don Cherry incarnant tous les Indiens de la Terre. Une ouverture énorme : treize minutes de tension et d'intensité inouïes, chant funéraire, marche lente et majestueuse (thème 1) exposé‚ par Rudd et Barbieri, auquel succède, sur des riffs cuivrés, une danse latino-africaine. Rudd survole cette jungle, et retombe sur un accord répété, qui module superbement vers le thème 3, et c'est la valse qui surgit. Lente d'abord (unisson des saxophones), puis rapide (magnifique Perry Robinson à la clarinette), enfin dissonante, valse de foire macabre. La transition qui suit amène le solo le plus extraordinaire de Gato Barbieri : un cri de rage, une plainte puissante. Puis le calme revient….

Le reste est une suite  avec plein de moments forts, des valses avec un Gato Barbieri impérial, de riches duos entre Jack Bruce et John McLaughlin, des mélopées chantées par Don Cherry, qui intervient aussi à la trompette. … La musique évoque tour à tout Kurt Weill, Nino Rota, le rock, le jazz, l’opéra, la musique indienne…
En 1998, Carla Bley a réuni un orchestre de vingt-trois musiciens pour reprendre, en version “ allégée”, la partition originale.
 

Tropic Appetites

Moins connu, considéré comme mineur, en tout cas moins ambitieux par son personnel réduit et sa durée “Tropic Appetites”  (1973) a sur “Escalator over the Hill”  l’avantage de la concision. On retrouve certains protagonistes de l'opéra : le librettiste Paul Haines, les voix (et les instruments) de Carla Bley et Howard Johnson, la trompette de Michael Mantler, Paul Motian et, au faîte de son art, Gato Barbieri. Dave Holland a pris la place de Charlie Haden, Julie Tippetts (ex Driscoll) complète admirablement les voix.


Dinner Music

Enregistré à New York en octobre 1976, un album poétique, où l'on retrouve les inoubliables Sing Me Softly Of The Blues (immortalisé par Art Farmer et Steve Kuhn), Ad Infinitum (magnifié par Phil Woods) et Ida Lupino (dont Paul Bley fit un chef d'oeuvre). Ces trois thèmes sont profondément remaniés ici, la version d'Ida Lupino bénéficiant quant à elle d'une véritable réécriture de la mélodie, tout aussi fascinante que la partition originale. Un beau disque avec une perle : l’imprononçable Utviklingssang.

I Hate To Sing
Un disque plein d’humour de Carla Bley.

Live !

Cet album enregistré en public permet d'entendre une formation parfaitement rodée interprêter un nouveau répertoire. Ce  Live ! contient cinq inédits, la seule reprise étant  “Song Sung Long”  figurant sur “Dinner Music” mais réorchestré de manière toute différente. On y trouve aussi de superbes mélodies aux arrangements sophistiqués : “Still In The Room”, introduit à la basse électrique par Steve Swallow, grand dispensateur de subtile harmonie, un musicien qui se distingue particulièrement sur ce disque, “Time And Us”, morceau de bravoure de l'altiste Steve Slagle, une sombre ballade qui aurait très bien pu figurer sur “Social Studies”.

Car au-delà de l'humour, la musique de CarIa Bley dégage souvent une profonde mélancolie.

Heavy Heart

Heavy Heart” (coeur lourd) est dans l'ensemble un disque mélancolique, mais nullement ennuyeux, parce que riche de suspens, de climats sans cesse changeants.
Ainsi “ Light or Dark ”, comme le titre l'annonce, fait alterner un thème assez sombre exposé par Steve Slagle avec des variations lumineuses et très aérées où chacun des solistes se présente nonchalamment. La ravissante ballade Talking Hearts (encore un futur standard ” signé Carla) met en scène le guitariste Hiram Bullock. Sur Joyful Noise remarquable sole de flûte de Steve Slagle. La grande nouveauté du disque réside dans la présence au piano de l’excellent Kenny Kirkland
Pour finir, un long solo très inspiré de Steve Slagle sur Heavy Heart.


Night-Glo
Les cuivres sont ici au second plan, derrière la rythmique composée de  Steve Swallow, Hiram Bullock et Victor Lewis.


Sextet
Carla Bley reprend la formule du petit ensemble, un sextette en l'occurrence : piano, orgue, basse, guitare, batterie et percussion. Les cuivres ont disparu. Sonne un peu « variété ».

Fleur Carnivore
Un  sommet de l'oeuvre enregistrée de Carla.
Composition, arrangement, direction d'orchestre : dans ces trois domaines, elle excelle, poursuivant à sa manière la tâche abandonnée par Gil Evans. Solos de Lew Soloff, Frank Lacy, Gary Valente, Wolfgang Puschnig, Andy Sheppard, Christof Lauer, Karen Mantler et Steve Swallow.

The Very Big Carla Bley Band
Encore un disque magnifique : une formation encore plus luxueuse, au service des quatre solistes : le trompettiste Lew Soloff, Gary Valente au trombone, l'altiste Wolfgang Puschning et le ténor Andy Sheppard. Un sommet : Lo ultimo.

Go Together
Quand la complicité amoureuse se conjugue avec l’union d’une compositrice pour laquelle le piano n'a longtemps été qu'un accessoire et d'un bassiste électrique aux conceptions totalement originales, on a un dialogue passionnant avec une économie de moyens étonnante.

Big Band Theory
Un peu décevant, hormis Birds of Paradise. Tout est relatif, mais la discographie de Carla est tellement riche...

Songs with Legs
Cet album en trio, piano-saxophone-guitare basse, est organisé autour de son harmonisation splendide d'un des plus célèbres blues de Monk, Misterioso. L'influence de Monk sur la musique de Caria Bley s'entend de mieux en mieux depuis qu'elle s'est mise à la pratique assidue du piano, soit en duo avec Steve Swallow, soit, comme ici, en ajoutant le timbre légèrement rauque, voilé et d'une extrême justesse d'Andy Sheppard, le saxophoniste britannique; une association qui rappelle l'alliage sonore du ténor Charlie Rouse avec la frappe assurée de Monk.
Le toucher de Carla n'est pas celui des improvisateurs hardis, il est plutôt, même en solo, celui d'une interprète délicate et précautionneuse de sa propre musique. Ce qui lui donne un charme fou, auquel succombent de tout évidence les publics européens de ce disque, enregistré en tournée


4x4
Un nouvel octet, 4 x 4. Magnifique de bout en bout, avec un magnifique Andy Sheppard dans Utviklingssang (je garde néanmoins un souvenir ému d'une interprétation extraordinaire de ce morceau par le même Andy Sheppard, au Parc Floral de Vincennes voici une dizaine d'années)


Andy Sheppard


The Lost Chords

Ce CD est un reflet de la tournée européenne 2002 du quartet de Carla Bley. On y retrouve sa passion pour les suites. Ici deux suites de plus de 15 minutes ouvrent et ferment le disque. Lost Chord s'ouvre par un beau mouvement en ballade où Sheppard au soprano offre quelques instants magiques. Puis s'ouvre le second mouvement, swinguant, et la suite se termine avec la batterie de Drummond. Le funky répétitif de Hip Hop, le tango de Tropical Depression, le swing quasiment monkien de The Maze, sont bien dans le style d'écriture bien reconnaissable de Carla.


The Lost Chords Finds Paolo Fresu
Voici enfin le quartet augmenté de Paolo Fresu à l'initiative d'Andy Sheppard (voir ci-dessous). Et les deux hommes se sont trouvés. "Association quasi télépathique", écrit Alex Dutilh dans Jazzman. Même élégance dans le phrasé, même moëlleux dans le son. Paolo se fond à merveille dans le groupe. "On aurait dit qu'ils se connaissaient depuis toujours. Ils savaient se suivre, leurs sonorités se fondaient ensemble, leur timbre était parfait l'un pour l'autre. Un truc mystérieux, comme un coup de foudre", raconte Carla Bley.

P.S. J'ai écouté ce CD une première fois. Je l'ai apprécié tout en le trouvant un peu trop "sage". Je l'ai écouté une deuxième fois, et depuis, il ne quitte plus ma platine. Tous les morceaux sont excellents, en particulier Four et Five Banana. Andy et Paolo s'entendent à merveille, Carla n'a jamais aussi bien joué du piano, Steve Swallow est comme d'habitude impérial. A la première écoute le jeu de Billy Drummond ne m'a pas emballé, mais maintenant il s'impose comme une évidence.
Vous l'aurez compris, un disque indispensable !

"... une musique extrêmement émouvante, dont les mélodies s'insinuent sous la peau avec une sonorité à damner les saints. Le mariage de la trompette de Paolo Fresu (souverain dans ses solos) avec le ténor d'Andy Sheppard (granuleux et tendre) est un des bonheurs inattendus de ce disque, qui prend place parmi les meilleurs de Carla Bley - ce qui est dire son excellence." (de Michel Contat dans le Télérama du 17 novembre 2007, qui attribue ffff à ce disque, également CHOC de Jazzman. La revue classe ce disque dans les 15 meilleurs CD de l'année 2007, avec ce commentaire : "Cela faisait des lustres que la dame n'avait pas écrit de manière aussi somptueuse pour une petite formation, renouant avec la sensualité exacerbée de "A Genuine Tong Funeral" ou "Dinner Music". Il faut dire que l'association quasi télépathique de Paolo Fresu et d'Andy Sheppard (une requête du saxophoniste) fonctionne à merveille sur les harmonies épanouies de Carla Bley. Longtemps, longtemps après que le disque s'est achevé, les thèmes vous dansent dans la tête. Une bande-son du bonheur."

Dans une interview publiée dans le Jazzman de mai 2008, Andy Sheppard s'esprime en ces termes : "J'aime beaucoup le quintet Lost Chords, car jouer avec Paolo Fresu est un vrai bonheur. J'avais dit à Carla que c'était un trompettiste extraordinaire. Un jour, elle a voulu l'écouter et a dit tout de suite : "Il faut qu'on fasse quelque chose avec lui, le son est exceptionnel, sa façon de jouer absolument personnelle, très jazz new-yorkais et, en même temps, très européenne." Elle était fascinée. Avec Paolo, il se passe toujours quelque chose. Il est capable de rejoindre un groupe, de prendre tout le monde avec lui et de changer la direction de la musique".

John Mc Laughlin

Né le 4 janvier 1942 dans le Yorkshire, le guitariste John McLaughlin, également connu sous le nom de Mahavishnu, a commencé sa carrière en Angleterre dans les années soixante. Après un disque avec Tony Oxley et John Surman (Extrapolation), dans lequel s'expriment déjà sa grande technique, sa vélocité et son inventivité, il part en 1969 aux Etats-Unis pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Puis il est engagé par Miles Davis pour ses albums majeurs In A Silent Way, Bitches Brew (dont un morceau s'appelle tout simplement John McLaughlin), Big Fun, A Tribute to Jack Johnson et l'album Live/Evil. Il joue également avec Miroslav Vitous, Larry Coryell, Wayne Shorter et Carla Bley.

Il fonde en 1970 le Mahavishnu Orchestra avec le violoniste Jerry Goodman, auquel succèdera Jean-Luc Ponty, Jan Hammer, Rick Laird et Billy Cobham. Ce sera le premier groupe de fusion jazz/rock avec des influences indiennes.

Changement radical avec la création avec Zakir Hussain de Shakti (l'énergie en sanskrit), groupe acoustique qui combine la musique indienne et le jazz. En 1973, il enregistre Love Devotion Surrender avec Carlos Santana, autre disciple du guru Sri Chinmoy.

Il participe également à des rencontres autour du flamenco avec Paco de Lucia et Larry Coryell, puis Al Di Meola. Ce sera le Guitar Trio.
Le groupe Shakti renaît avec Remember Shakti où, à côté de Zakir Hussain, il joue avec de grands musiciens indiens tels que U. Srinivas, V. Selvaganesh, Shivkumar Sharma et Hariprasad Chaurasia.
Saturday Night in Bombay est une rencontre au sommet. Sur "Luki", le premier thème, le chanteur Shankar Mahadevan suit de la voix les accents de la guitare et de la mandoline en une frénésie rythmique incroyable. Sur le plus long "Giriraj Sudha", écrit par le Madrassi U.Shrinivas, les tablas se mêlent à la voix. "Shringar" est une méditation onirique de près d'une demi-heure où les cordes sensibles de la guitare déclinent en de longs motifs les incroyables dérivations du santour, ponctués avec délicatesse des tablas et du kanjeera.

John McLaughlin revient ensuite au jazz avec Thieves and Poets et un disque dédié à Bill Evans.

Giovanni Mirabassi

L'Italie compte décidément nombre de musiciens de jazz de premier plan. On peut notamment citer les trompettistes Enrico Rava, Flavio Boltro et Paolo Fresu, et les pianistes Enrico Pieranunzi et Giovanni Mirabassi. Ce dernier, après Architectures enregistré en trio en 1998, l'excellent Avanti! consacré aux chants révolutionnaires, Air avec Flavio Boltro et Glenn Ferris (2003), vient de publier Cantopiano, consacré cette fois au patrimoine de la chanson française. Il reprend ici des chansons de Dalida, Nougaro et Brassens et aussi des chansons de chanteurs de sa génération comme Agnès Bilh ou Jeanne Cheral. Le style élégant et lyrique de Mirabassi est reconnaissable entre mille, un jeu délié, une main droite extrêmement fluide, un swing subtil évoquant parfois Bill Evans. Un très beau disque.

 
Paolo Fresu

De par son nouveau statut d'invité des Rencontres de Calvi, Paolo Fresu est désormais sur la page "invités".

A consulter aussi l'article sur Carla Bley, puisqu'il vient d'intégrer sa petite formation "The Lost Chords".

Enrico Pieranunzi

Né en 1949, Enrico Pieranunzi est reconnu par ses pairs comme l'un des meilleurs pianistes mondiaux. Influencé à ses débuts par Bill Evans et McCoy Tyner, il a acquis un style bien personnel depuis son premier disque Jazz a confronto avec Bruno Tommaso (1975). Parisian Portraits (1990) le présente en solo. En 1993 il forme un trio avec Marc Johnson et Paul Motian. Ce trio enregistrera Untold Story (1993), un magnifique The Night Gone By (1996) avec un délicat Canzone di Nausicaa, puis Ballads (2005).

Après deux excellents disques consacrés à Ennio Morricone (Play Morricone, 2002 et 2004), Current Conditions (2002) permet de le retrouver avec Marc Johnson et Joey Barron.

FelliniJazz (2003) est un hommage aux musiques de Nino Rota. On y retrouve Paul Motian, Charlie Haden, Kenny Wheeler et Chris Potter. Une nouvelle fois, le pianiste impressionne par son lyrisme contenu, l'élégance de son jeu harmonique.

Dans Doorways (2004), Chris Potter remplace le bassiste dans le trio avec Paul Motian.

Le pianiste joue également en trio avec Charlie Haden et Paul Motian. Special Encounter (2005) présente des standards mais également des compositions originales d'Enrico Pieranunzi ou de Charlie Haden. Ce disque baigne dans une atmosphère unique, lyrique, d'une grande poésie. Le contrebassiste et le batteur font plus qu'accompagner le pianiste dans une parfaite symbiose.

A ne pas manquer, le concert enregistré au Duc des Lombards en avril 2001 (double CD Live in Paris). Entouré de Hein van de Geyn et Dédé Ceccarelli, Pieranunzi fait une véritable démonstration de jeu à trois temps notamment dans Footprints, Hindsight, Someday My Prince Will Come et une merveilleuse composition : Una Piccola Chiave Dorata où alternent le 3/4 binaire et le 3/4 ternaire. Egalement, sur le CD2, un excellent One Lone Star. Du grand art.

 

On retrouve ces trois musiciens sur Golden Land publié sous le nom de Ceccarelli. Pieranunzi et le saxophoniste David El-Malek s'y montrent particulièrement à leur avantage, accompagnés idéalement par Ceccarelli et Van de Geyn.

A signaler également Bill Evans, portrait de l'artiste au piano,l'excellent ouvrage consacré par Enrico Pieranunzi à son inspirateur.
Editions Rouge profond.

Jan Garbarek

C’est un excellent musicien, cependant controversé dans le milieu du jazz, dont il va être question ici : Jan Garbarek, saxophoniste (ténor et soprano) de jazz norvégien né en 1947.

Il commence à enregistrer au début des années 70 pour le label allemand ECM, basé à Münich, mais dont le célèbre studio d'enregistrement se situe à Oslo. Il fait alors partie de l'avant garde scandinave aux côtés notamment du pianiste Bobo Stenson, du guitariste Terje Rypdal, des batteurs Edward Vesala et Jon Christensen, du bassiste Arild Andersen... Sa carrière prend un tournant décisif quand il rencontre Keith Jarrett, qui l'intègre dans son quartet dit « européen », avec Jon Christensen et Palle Danielsson. Cette expérience lui permettra d'obtenir une reconnaissance internationale et de mener une carrière en leader très suivie et appréciée bien au delà des frontières de la Norvège.

Jan Garbarek multiplie ensuite les collaborations avec des musiciens de jazz de renommée internationale comme John Taylor, John Abercrombie, Bill Frisell, Miroslav Vitous, Ralph Towner, Bill Connors... avec lesquels il développe une esthétique très particulière. Loin des fureurs électriques et virtuoses de l'époque, ses formations (essentiellement en quartet) produisent une sonorité légère et aérée, très axée sur la mélodie, le silence et la respiration. Ce côté aérien est renforcé par un son de saxophone caractéristique, notamment obtenu par un fort effet de réverbération, au ténor comme au soprano, ses instruments de prédilection. Son jeu « éthéré » vaudra parfois à sa musique le qualificatif (méprisant) de "New Age Music".

À partir de la fin des années 1980, il forme un groupe régulier avec Rainer Brüninghaus, Eberhard Weber, Manu Katché et Marylin Mazur, communément appelé le Jan Garbarek Group. Il se tourne également vers la musique du monde. Il rencontre notamment Anouar Brahem, Zakir Hussain, Mari Boine, Ustad Fateh Ali Khan.

En 1993, il collabore avec l'Ensemble Hilliard spécialisé dans le chant grégorien pour créer l'album Officium qui remporte un succès inattendu. Expérience réitérée depuis avec l'album Mnemosyne en 1999.

Garbarek,c'est un son clair de sax soprano ou ténor, c'est surtout une transparence, une sonorité aérienne évoquant les grands espaces, et un lyrisme contenu. Si sa sonorité n'est pas éloignée de celle de Michael Brecker, son lyrisme limpide, sorte d'équivalent boréal à l'expressionnisme torride d'un Gato Barbieri crée une musique à la fois sauvage et glacée, tendue et retenue. Il y a du feu sous sa glace !

ESOTERIC CIRCLE (1969)
Freedom FR 11010 (FLP 41031)
Les débuts discographiques de Jan Garbarek. Si sa personnalité s’affirmera par la suite (on sent ici les influences de Gato Barbieri, Albert Ayler et Sonny Rollins), on peut déjà percevoir les belles qualités du saxophoniste : sens mélodique, sonorité…

 

AFRIC PEPPERBIRD (1970)
ECM 1007


 

SART (1971)
ECM 1015 (Phonogram)
Excellent disque, entre romantisme éthéré et expressionnisme dru


 

TRIPTYCON (1972)
ECM 1029
Jan Garbarek pas encore dégagé de ses influences free (notamment Albert Ayler)

 

JAN GARBAREK/ART LANDE : RED LANTA (1973)
ECM 1038

Les compositions d'Art Lande mettant ici à l’épreuve un Garbarek flûtiste ahurissant de justesse dans la mise en place de longues mélodies aux envolées vertigineuses à la fin desquelles les musiciens se retrouvent au rendez-vous fixé par l’écriture. Garbarek s’y montre léger et subtil, le saxo basse gronde. le soprano chante avec le même bonheur que dans le disque en quartet. Entre jazz et classique, belle musique introspective. Peut-être reprochera-t-on à ce joli disque une certaine froideur...

 
WITCHI-TAI-TO (1973)
ECM 833 330-2

Jan Garbarek, qui s'était un peu contraint à jouer une musique linéaire avec Art Lande, donne ici plus libre cours à son lyrisme qui, quoique contrôlé, est assez coltranien et même barbierien. Dans des compositions moins “ planantes ” qu’à son ordinaire - des thèmes signés entre autres par Carla Bley, Don Cherry et Jim Pepper, le jeu de Garbarek est plus intense que dans ses disques précédents (voir en particulier Desireless). C'est probablement le disque où il "se lâche" le plus. Sa sonorité au soprano étonne : proche du hautbois, mais aussi d'instruments folkloriques plus simplesBobo  Stenson  se montre, en adepte de McCoy Tyner et de Jarrett, un accompagnateur attentif. L’accompagnement racé qu’il délivre avec Palle Danielsson et Jon Christensen est en tout point digne d'éloges.
 
DANSERE (1975)
ECM 1075 / 829 193-2  

Excellent disque, dans un style qui se situe entre Sonny Rollins, John Coltrane et Gato Barbieri avec un lyrisme prestigieusement maîtrisé et un son d'une belle densité.
 
DIS (1976)
ECM 1093

Un disque assez surprenant, avec dans trois morceaux une harpe à vent. Jan Garbarek, accompagné par la guitare classique et 12 cordes de Ralph Towner, délivre une belle musique dépouillée et inquiétante.
 
PLACES (1977)
ECM 1118

Musique déchirée et déchirante distillée au goutte à goutte, chargée d’une forte intensité dramatique. Climats parfois livides, éclairés par la sonorité superbe, implorante, intense mais froide, du saxophone. Musique d’une sereine beauté à l’angoisse sous-jacente mais riche aussi d’une émotion sans aucune trace de morbidité : musique ambiguë, énigmatique John Taylor, à l’orgue, tisse de grandes nappes denses, DeJohnette, fin, subtil, découpe ses figures rythmiques avec imprévisibilité et énergie. Bill Connors assure, à mi-chemin entre Abercrombie et Towner  L’absence de basse créé un climat particulier.
 
PHOTO WITH BLUE SKY WHITE CLOUD... (1978)
ECM 1135 (Phonogram)
 
JAN GARBAREK/ KJELL JOHNSEN : AFTENLAND (1979)
ECM 1169 (Phonogram)

Un chant funèbre, lourd et sombre, qui s’étire pendant trois-quarts d'heure sur un tempo languissant et presque morbide. Cette fois, les montées déchirantes du saxophone dans le suraigu, son souffle glacial apparaissent un peu comme des clichés. Par moments seulement, le rapport entre les deux musiciens atteint une réelle intensité , et la sonorité du saxophone est alors envoûtante et mystérieuse, moins agressive que de coutume.
 
EVENTYR (1980)   
PATHS, PRINTS (1981)
 
WAYFARER (1983)
 
IT'S OK TO LISTEN TO THE GRAY VOICE (1984)
ECM 1294

Lyrisme tour à tour tranquille et exacerbé, manquant toutefois quelque peu de consistance et de profondeur. A noter la cohésion du groupe, avec notamment l’excellent Eberhard Weber.
 
ALL THOSE BORN WITH WINGS (1986)

A mon avis, pas l’un des meilleurs disques de Garbarek.
 
LEGEND OF THE SEVEN DREAMS (1988)
ECM 837 344-2

Méditation autour d'une vieille légende lapone, “ Legend Of The Seven Dreams ” s’apparente à la “ new age music ”. Cette musique planante revisitée par les soins d'excellents musiciens (Nana Vasconcelos, Eberhard Weber) évoque les grands espaces et contribue au voyage de l'esprit.
 
I TOOK UP THE RUNES (1990)
ECM 1419 - 843 850-2

Jan Garbarek a pris les pierres runiques des anciens autochtones du grand nord européen pour sources d’inspiration. Le résultat est éclatant d’universalité : la musique est sans frontières, son passeur est norvégien, il se nomme Jan Garbarek.
 
RAGAS AND SAGAS (1990)

Rencontre étonnante entre Garbarek et la musique pakistanaise (le chanteur Ustad Fateh Ali Khan). Et ça marche !
 
STAR (Miroslav Vitous) (1991)
ECM 1444

Il y a comme un hiatus fécond entre l'évanescence de Garbarek, la rigueur, la sobriété, l'efficacité d'Erskine, l'épaisseur et la rondeur de Vitous, délivrant son instrument des contraintes rythmiques pour souvent doubler la voix mélodique, ou pulsant d'un swing discret une musique parfois alanguie. Garbarek fond ici sa voix dans le collectif pour un vrai disque de trio. Certains trouveront le climat un peu monocorde, sans relief, et sans chaleur...
 
MADAR (1992)
ECM 1515 / 519 075-2

La rencontre du saxophone de Garbarek avec le luth arabe d’Anouar Brahem donne lieu à un des meilleurs disques du saxophoniste : un éclatement de finesse. Jan Garbarek, Anouar Brahem et Shaukat Hussain tissent ensemble un tapis de sons intimistes où le silence a sa place, où les fils se dénouent, se distendent puis se rejoignent de nouveau. Ces musiciens savent s'écouter et se répondre avant de s'assembler. Nulle profusion dans leur musique, mais un grand dépouillement. Au ténor ou au soprano, Garbarek emprunte à l'Orient son lyrisme. L'oud (luth) de Brahem se teinte de syncopes jazzy ou de vélocité évoquant le flamenco. Le tabla de Ustad Shaukat Hussain complète magnifiquement la douceur veloutée de l'oud et du sax. Superbe !
 
TWELVE MOONS (1992)
ECM 1500 / 519 500-2

Retour de Garbarek à une musique plus habituelle, un excellent disque
 
OFFICIUM (1993)

La rencontre du chant grégorien et du saxophone : magnifique !
 
VISIBLE WORLD (1995)
ECM 1585 529086-2

Comme d’habitude, ce disque suscitera la controverse ; course à l’objet sonore idéal, lisse et poli à souhait, ou musique subtile et troublante ? World music sans racine ou vraie rencontre entre le génie du jazz et la richesse intelligemment conjuguée de traditions puisées aux quatre coins du monde ?
 

RITES (1998)
CD ECM 1685/86 - 559 006-2
Dès la première plage (Rites), des chants d'oiseaux et bruits de village captés en Inde insufflent leur vie à l'atmosphère onirique tissée par les synthétiseurs et le soprano, tandis que sourd une pulsation étrange et pénétrante (une sorte de techno, dans son plus noble traitement). Claviers (Rainer Brüninghaus, Bugge Wesseltoft), basse (Eberhard Weber) et percussions (Marilyn Mazur) créent, en osmose avec le saxophone, une texture organique ou, au contraire, un flamboiement d'ombres et de lumières. La sobre reprise de Malinye rend hommage au compositeur de cette pièce, Don Cherry, qui fut, pour tant de mélomanes, un humble et mémorable initiateur - il suscita en Garbarek le désir d'explorer le folk norvégien.
 

MNEMOSYNE (1998)

Quatre ans après Officium, Garbarek retrouve le Hilliard. Cette fois, le répertoire ne se limite plus au chant grégorien puisqu'on y trouve un chant antique grec ou une berceuse estonienne de Veljo Tormis.
 

R
ARUM
Une rétrospective de sa carrière depuis Triptycon jusqu'à Visible World

IN PRAISE OF DREAMS (2004)
CD ECM 1880

Avec le violoniste Kim Kashkashian et le batteur Manu Katché.  

Jan Garbarek a également participé aux disques suivants :

Terje Rypdal, 1971 (Terje Rypdal)
Belonging
, 1974 (Keith Jarrett)
Luminessence, 1974 (Keith Jarrett)
Solstice, 1974 (Ralph Towner)
Arbour Zena, 1975 (Keith Jarrett)
Sound and Shadows, 1977 (Ralph Towner)
My Song, 1977 (Keith Jarrett)
Deer Wan, 1977 (Kenny Wheeler)
Sol Do Meio Dia, 1977 (Egberto Gismonti)
December Poems, 1977 (Gary Peacock)
Of Mist And Melting, 1977 (Bill Connors)
Personal Mountains, 1979 (Keith Jarrett)
Nude Ants, 1979 (Keith Jarrett)
Voice from the Past - Paradigm, 1981 (Gary Peacock)
Cycles, 1981 (David Darling)
Vision, 1983 (Shankar)
Song For Everyone, 1984 (Shankar)
Chorus, 1984 (Eberhard Weber)
Making Music, 1986 (Zakir Hussain)
Guamba, 1987 (Gary Peacock)
Rosenfole, 1988 (Agnes Buen Garnas)
Music For Films, 1990 (Eleni Karaindrou)
Alpstein, 1990 (Paul Giger)
Star, 1991 (Miroslav Vitous)
Atmos, 1992 (Miroslav Vitous)
Small Labyrinths, 1994 (Marylin Mazur)
Caris Mere, 1995 (Giya Kancheli)
Agram, 1996 (Lena Willemark & Ale Müller)
Universal Syncopations, 2003 (Miroslav Vitous)
Neighbourhood, 2005 (Manu Katché)

Comme on le voit, une palette très étendue.

Avec Keith Jarrett :

Keith Jarrett enregistra plusieurs albums pour ECM avec cette formation.

Belonging

Cette première séance du pianiste avec Jan Garbarek, Palle Danielson et Jon Christensen est très réussie. Le disque n'a pas vieilli (contrairement à "Nude Ants"), sans doute grâce à l'intelligence, la beauté du matériel thématique, exclusivement des compositions de Jarrett, souvent modales, et au jeu lumineux de ce dernier. Le lyrisme du pianiste s'allie à la sonorité de Garbarek, qui au ténor, à mi-chemin entre Rollins et Barbieri, fournit un chant plein et généreux (Blossom, Belonging, Solstice), aux longues phrases flexibles. Remarquable accompagnement du tandem scandinave
My Song (1978) montre encore l'excellence de Garbarek, dont les longues plaintes angoissées apportent aux mélodies du pianiste un lyrisme nouveau. A cet égard, l'exposé du morceau qui donne son titre à l'album mérite à lui seul l'acquisition du disque: le soprano recourbé du Norvégien y fait merveille. L'autre raison pour laquelle ce disque est excellent, c'est que Jarrett s'y révèle à l'écoute de ses partenaires. Il maîtrise ici sa forte personnalité et permet à sa musique de s'imprégner de leur influence. Ses propres mélodies en ressortent magnifiées. 

On trouve aussi deux enregistrements de concerts du quartet en 1979 : Personal Mountains
tout d'abord. Le groupe est parfaitement soudé, Jarrett et Garbarek, infiniment complices. Le discours est ici riche et varié. Au foisonnement percussif, aux stridences du saxophone vient répondre l'admirable phrasé du piano, le lyrisme expressif du même Garbarek dans les mouvements lents. Le résultat est impressionnant, à la fois par la brillance des thèmes et la haute qualité de leur interprétation, qui laisse en outre parfois la place à d'excitantes improvisations (Oasis, lnnocence).

Nude Ants, enregistré en public au village Vanguard de New York en 1979, est nettement moins bon. C
haque titre paraît fondé sur une seule idée directrice, ce qui peut donner le meilleur (New Dance, Sunshine Song) comme le pire (Oasis : trente minutes d'ennui).

Luminessence

Après Belonging, Keith Jarrett compose une œuvre ambitieuse, au service du saxophoniste, qui pleure et rugit avec une sûreté et, une puissance extraordinaires et une parfaite maîtrise de ses moyens. Magnifique passage majeur/mineur dans Numidor.

Arbour Zena
(1975) est un travail pour ensemble à cordes, qui peut évoquer par moments Grieg, Bartok ou Berg, avec le saxophone de Jan Garbarek et la contrebasse de Charlie Haden. Beau disque, notamment les deux premières suite (Runes et Solara March) où la basse de Charlie Haden fait merveille.

Avec Ralph Towner :

Avec Egberto Gismonti :

En 1977, Garbarek collabore avec le guitariste et pianiste Egberto Gismonti pour Sol do Meio Dia, puis en 1979 ils enregistrent Folk Songs en trio avec Charlie Haden.

Avec Shankar et Zakir Hussain :


Garbarek enregistre tout d'abord en 1983
Vision avec Shankar, puis Song For Everyone l'année suivante. En 1986 il retrouve Zakir Hussain avec qui il enregistre Making Music. 

Gato Barbieri


Crédit photo : Jacky Lepage

Le saxophoniste ténor argentin Leandro « Gato » Barbieri est né à Rosario le 28 novembre 1934. Fils d'un charpentier, violoniste amateur, il découvre le ténor auprès d'un oncle saxophoniste puis le jazz en écoutant Charlie Parker en 1944. Il débute sur le requinto (petite clarinette). Cinq ans de cours particuliers de clarinette à Buenos Aires, mais il aborde également le saxophone alto et la composition.

Il joue dans l'orchestre de Lalo Schifrin en 1953 et choisit le ténor en 1955. En 1962, après quelques mois au Brésil, il s'installe à Rome et se fait vite connaître comme sideman (avec Jim Hall, Ted Curson). II rencontre à Paris, en 1965, Don Cherry et le suit à New York pour enregistrer chez Blue Note « Complete communion » et en 1966 « Symphony for improvisers ». Entretemps, à Milan, il participe aux Nuovi Sentimenti de Giorgio Gaslini.
En 1967, il enregistre ses deux premiers disques sous son nom ("In search of the mystery" et « Obsession »). Le public international le découvre alors que son jeu est encore très influencé par les sonorités puissantes et déchirées de John Coltrane et Pharoah Sanders. Ses duos avec Dollar Brand (1968) impriment à sa musique un tournant décisif en direction de ses origines sud-américaines et, plus largement, des musiques du tiers monde. Il participe en 1971 à la suite « A genuine Tong Funeral » écrite pour Gary Burton par Carla Bley et collabore avec celle-ci pour « Escalator over the hill » et « Tropic appetites », et avec le Liberation Orchestra de Charlie Haden.
Il opère au tournant des années 70 une authentique révolution esthétique en recherchant ses racines latino-américaines.
Le lyrisme flamboyant de son phrasé accidenté, sa sonorité rauque, mouvementée, reconnaissable entre mille, cherche la fusion entre free jazz et traditions populaires. Fenix et Under Fire comptent parmi les joyaux de cette période entre jazz et tiers-monde.
Alors que son triomphe au Festival de Montreux ("El pampero") et sa contribution à la bande-son du film « Le Dernier tango à Paris » de Bernardo Bertolucci sous la direction d'Oliver Nelson le rendent de plus en plus populaire, il accentue, à partir de 1973, la référence à ses racines en s'entourant de musiciens sud-américains, notamment dans la série « Chapter one » à « Chapter four » pour Impulse.
 

Il s’éloigne quelque peu du jazz. Puis au milieu des années 70, son jeu devient plus doux et s’accorde parfaitement avec les ballades qu’il popularise alors : "What a Difference a Day Makes" (un standard que Barbieri interprète depuis toujours dans sa forme originale de bolero "Cuando Vuelva a tu Lado") et "Europa" de Carlos Santana. Sa production pour A & M notamment, devient de plus en plus commerciale, très marquée par le pop-jazz, y compris le best-seller "Caliente !". En 1981, il revient à une musique plus influencée par le jazz-rock et l’Amérique du Sud avec le live "Gato ... Para los Amigos", sous la houlette du producteur Teo Macero.

Il reste inactif durant la première moitié des années 90 suite à de graves ennuis de santé et à la mort de sa femme Michelle. En 1997, il revient sur le devant de la scène avec le disque "Que Pasa" pour Columbia et sa prestation remarquée au Playboy Jazz Festival de Los Angeles. Son dernier disque à ce jour, The Shadow of the Cat, publié en 2002, permet de retrouver sa sonorité intacte. Il semble qu'il ait récemment perdu totalement l'usage de la vue suite à une maladie.

Tout à la fois styliste du timbre, qu'il malmène à outrance, et lyrique tenté par l'expressivité du cri et l'authenticité de la mélodie, hésitant entre la véhémence et le plaisir, l'illisibilité et la limpidité, il a su fonder son propre équilibre sur un enracinement dans une tradition populaire. Tout comme Dollar Brand ou Chris McGregor, il a montré l'histoire de la musique noire américaine en exemple aux musiques populaires du tiers-monde...

Selon mes dernières informations, Gato aurait perdu la vue.

Les disques :

IN SEARCH OF THE MYSTERY (1967)

Premier disque enregistré sous son nom, en 1967, à New York, par le grand saxophoniste ténor argentin, In Search of the mystery le montre déjà en possession de tout son matériel musical. Il marque une période de transition pour Gato, puisqu’il a été enregistré après sa rencontre avec Phaoah Sanders (qui va l’influencer profondément), et avant celle, décisive, du cinéaste Glauber Rocha.. Pour l’instant, Barbieri se cherche encore dans les méandres de l’avant-garde new-yorkaise.

 

OBSESSION                       

« Obsession » est un document inédit En 1967, Gato possède depuis quelques années déjà un langage propre : il l'a prouvé, quelques temps plus tôt, en illustrant de façon magistrale les conceptions si personnelles de Don Cherry. Encore sous l’influence de Coltrane, il est cependant encore incapable d'organiser son discours pour l'illustration d'un univers personnel. Dans Michelle, la plus latine de ces trois plages, on sent poindre par endroits le Barbieri des jours heureux et des réussites exemplaires.

HAMBA KHALE (1968)

Un disque de Dollar Brand qui serait le disque-clé de Barbieri, tant il nous apporte une explication juste de l’attitude du saxophoniste argentin. Ce disque marque la transition entre « Complete Communion » et « The Third World ». Free Jazman impliqué dans le mouvement new-yorkais, collaborateur actif de grands noms de la new thing, Barbieri découvre ici, au contact d’un Dollar Brand à l’art déjà achevé et déterminé, la nécessité d’un cheminement parallèle à celui qu’il a pour l’instant emprunté dans la musique afro-américaine. Celle-ci lui a fourni les moyens et le terrain d’expression ; Dollar Brand, lui renvoyant sa propre image, pousse Barbieri à une prise de conscience. Tous les éléments de son art futur se trouvent ici condensés avec une authenticité naturelle surprenante. Dans The Aloe And The Wild Rose, Barbieri a tout dit, le reste ne sera que développemement à l’infini des formules mises au point dans ce disque.

THE THIRD WORLD (1969)

“ La beauté sera convulsive ou ne sera pas ”, voilà ce qui vient à l’esprit à l’écoute de ce disque magnifique et INDISPENSABLE.

Une chanson de berger argentin, un tango d'Astor Piazolla, un Zelao, une composition de Barbieri, Antonio Das Mortes, en hommage au cinéaste Glauber Rocha, et enfin un extrait des Bachianas Brasileiras de Villa-Lobos suivi par un chant africain de Dollar Brand ; le tiers-monde est bien au centre de ce CD. Premiére fusion, chez le saxophoniste, entre le jazz d'avant-garde côtoyé en Europe et à New-York et les musiques de l'Amérique du Sud et d'Afrique. Loin de toute perfection formelle, la musique devient progressivement hurlement, entre désespoir et jubilation. Oreilles délicates s'abstenir. Mais au-delà de la rugosité, que de passion et d’ivresse non encore récupérées ! Il faut noter également la qualité des accompagnateurs : le batteur Beaver Harris, compagnon d'Archie Shepp et Pharoah Sanders, Charlie Haden, le tromboniste Roswell Rudd (écouter son remarquable contrechant sur Antonio des Mortes) et le pianiste Lonnie Liston Smith.

Sans réduire ce disque à son contexte politico-historique, il faut se remémorer le contexte de l’époque pour bien saisir l'originalité de Gato Barbieri. Pendant que les jazzmen noirs américains (John Coltrane, Yusef Lateef, Pharoah Sanders, etc.), par engagement politique ou ouverture d'esprit, ont enrichi leur syntaxe au contact d'autres univers, africain, moyen et extrême-oriental, la culture sud-américaine s'est métamorphosée grâce aux compositions lyriques de Gato Barbieri, sous les coups de boutoir de ses improvisations sauvages et rauques, de son timbre éraillé et paroxystique à nul autre pareil (le seul auquel on puisse le comparer est sans doute celui de Pharoah Sanders). Un album-manifeste.

 

FENIX (1972)

L'affirmation de son identité d'homme du Tiers-monde à travers le dur apprentissage du jazzman éclate dans Fenix, enregistré en 1971 en compagnie de musiciens américains du Nord et du Sud. réunis avec bonheur, notamment le Brésilien Nana Vasconcelos et les New-Yorkais Ron Carter et Lonnie Liston Smith. Disque charnière. avant que Barbieri ne s'enfonce plus profondément dans sa latinit.

Puissance du tempo, du driving, de la charge émotionnelle d'un ténor au lyrisme incandescent. Vertigineuse accélération rythmique lancée à brûle-pourpoint sur des envolées déchirantes. Compositions originales et arrangements de chansons traditionnelles serviront dorénavant de tremplin à une écriture lucide et rougeoyante, toujours changeante, sensible aux micro-variations du feeling.

 

EL PAMPERO (1971)

Une "merveilleuse orgie sonore", pour reprendre les termes de Laurent Goddet, auteur des notes de pochette de la première édition française de ce disque, au milieu des années 70 : à lire les témoignages de ceux qui assistèrent, jusqu’aux petites heures (4h du matin, exactement), à ce concert au festival de Montreux 71 dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée au label Flying Dutchman (à laquelle participa le big band d’Oliver Nelson), l’événement fut marquant. Et l’on est tout à fait disposés à les croire, vu le feu qui semble jaillir de ces quatre morceaux saisissants dans lesquels Gato Barbieri pousse son jeu à un point de beauté et de force inouïs.

 

La magie de ce concert est d’autant plus remarquable qu’elle doit, pour beaucoup, au hasard et à une heureuse conjonction d’individualités : seuls le pianiste Lonnie Liston Smith et Nana Vasconcelos ayant suivi Barbieri dans son déplacement européen, celui-ci dut faire appel à Bernard Purdie (batterie) et Chuck Rainey (basse électrique), arrivés à Montreux avec la chanteuse Aretha Franklin. La cohérence et l’homogénéité de cette formation inédite ne fait pourtant aucun doute, et permettent au saxophoniste argentin, sur des rythmiques aux frontières du jazz funk, de littéralement déchirer la nuit.

Le cri se fait primal, l’énergie vitale, l’air électrique et la chaleur incandescente : une véritable fête, en somme, dont on sort abasourdi et légèrement désorienté. D’abord une ballade, sur un thème répétitif, El Pampero, qui évoque les longues chevauchées dans la pampa argentine. Une introduction qui monte, qui monte... puis Gato, soutenu par la basse électrique et les percussions, s'envole, dérape, hurle magnifiquement. Une énergie incroyable. Puis, sur une suite de compositions écrites par des compatriotes, il évoque son pays. Un thème, d’abord (Mi Buenos Aires Querido), évoquant les divers aspects de sa ville, Buenos Aires. Déjà apparaissent ici certains éléments de la musique populaire d’Amérique du Sud. Dans Brasil, ils forment toute le trame sonore sur laquelle Gato improvise. La moitié des musiciens sont des percussionnistes, assurant un roulement continu qui nous rappelle que l’héritage africain est aussi vivant dans le continent du Sud que dans celui du Nord. Et pour finir, un El Arriero bourré d'énergie.

Une musique de fête chaleureusement impudique et gorgée de félicité. Absolument indispensable.

LIVE IN BUENOS AYRES 1971
Un disque confidentiel (pirate ?) faisant entendre Gato en Argentine en 1971.

LE DERNIER TANGO A PARIS (1972)

Pour accompagner la descente aux enfers de Brando dans le sulfureux Dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci, Gato Barbieri a imaginé un jazz orchestral fortement teinté de tango qui déplaira encore à coup sûr aux puristes. Difficile pourtant de ne pas craquer en écoutant les cordes bouleversantes...
Une réussite exemplaire que cette musique. Le saxophoniste traversait alors sa période la plus faste, celle de "Bolivia", dont on retrouve ici les éclairs fulgurants, les arrangements et les mosaïques de percussions, chants et cuivres. Réédition très soignée, agrémentée d'inédits, et livret (très riche) se dépliant en affiche du film.