Isula

Dernière mise à jour de la page : 30/09/2006

Cette page est dédiée à l'île, la seule, Cursichella, la Corse.

Sans mythologie, sans nostalgie excessive, "forme boîteuse de la mémoire", sans idéalisation, mais sans complexe, c'est l'amour d'un pays et de ses habitants qui s'exprime ici. A vous maintenant !

Ùn ti scorda di a filetta !

Pour moi, la Corse et son histoire sont très bien reflétées par la musique et le répertoire d'A Filetta, qui, vous l'aurez compris en parcourant ce site, fait l'objet d'un véritable culte dans la famille.

Ce répertoire, sans être le moins du monde passéiste, retrace à lui seul l’histoire quotidienne de la Corse.

Prenez trois ou quatre chants différents pour vous en convaincre.

Même sans être corse et sans comprendre les paroles, il suffit de se laisser porter par la musique pour en comprendre le sens.
Mettez votre CD, fermez les yeux et imaginez…

Affrescu, tiré de la BO du film "Comme un Aimant" est un chant ambivalent. : il fait penser tout d'abord à la douceur du paysage, à son caractère paisible, à la quiétude du maquis frémissant sous le meziornu. Mais la suite révèle une histoire troublée, un désespoir, une fureur intérieure.

La Corse a un passé tumultueux. On connaît la vendetta, mais on oublie trop souvent les invasions auxquelles l'île a dû faire face, les épidémies de peste qui ont quasiment réduit la population à néant, et plus près de nous la grippe espagnole, sans parler de la guerre de 14-18 qui a précipité le déclin de l’île.
Les livres d’histoire parlent peu des conditions dans lesquelles la Corse a été rattachée à la France. Changez maintenant de CD, prenez un des plus anciens disques d'A Filetta: « Una Tarrà C'è, et écoutez A paghjella di l’impiccati qui évoque le massacre perpétré en 1774 par les troupes de Louis XV dans le Niolu.

Le peuple corse n'est pas, comme veulent souvent le faire croire une partie des médias continentaux, un peuple de fainéants ou de dangereux terroristes ! C'est un peuple laborieux qui pour subsister a dû composer avec l'escarpement de son relief , comme l’attestent les restes de cultures en terrasses et les murs de pierres sèches.

Ainsi, mon arrière grand-père faisait une dixaine de kilomètres à pied chaque matin pour travailler dans les champs pour les sgii.

C'est cette Corse là que j'aimerais faire connaître. La Corse de mon arrière-grand-mère qui faisait des blagues incroyables à son entourage avec l'aide de ses cousines; la Corse des veillées.

Alors, toujours sur « Una Tarrà C'è », écoutez « Trè », sûrement mon chant préféré, parce qu'il me rappelle tout ce que j'aurais aimé connaître de la vie de mes ancêtres.

« Trè » commence par les bruits de la nature corse, la nuit: le vent, l'orage qui tonne au loin, puis les instruments de musique traditionnelle comme la cetera font leur entrée.. Et là, vous y êtes : vous êtes au coin du feu avec votre famille, vos amis, vous partagez peut être un «spuntinu» (un en-cas) et les anciens racontent des histoires, transmettent les traditions qui se perpétuent depuis des siècles.

Les femmes, habillées de noir, font l' « ochju » (l'oeil, sorte de voyance), qu'elles apprennent aux nouvelles générations.


En fin de soirée, les hommes entonnent un chjami è respondi,, véritable joute chantée, chacun devant répondre à l'attaque de l'autre chanteur.

D'autres hommes chantent des paghjelle, forme la plus traditionnelle du chant corse. A Filetta en donne plusieurs exemples, mais celle que je préfère est la paghjella chantée avec Philippe Léotard dans La complainte corse, car il ajoute une dimension émotionnelle indescriptible.

J'entends encore les paroles de la chanson, enregistrée peu de temps avant la mort de Philippe Léotard: « Dans ma maison naquit un bel amour, dans ma maison un rossignol chantait, mais je suis déjà couleur de deuil et le rossignol ne chante plus. »

Tous ces chants semblent éternels mais la Corse et son chant n'en est pas moins inscrite dans la modernité.

On le voit bien avec « Les folies du Cardinal » tiré de la BO du film « Le Libertin », écrit avec Bruno Coulais. On dirait de la techno corse!! Et de la bonne techno!

A Filetta a réussi à s'adapter à un genre qui n'était pas le sien a priori et en a fait quelque chose de rythmé et plein de vie.

Si seulement la Corse pouvait suivre une évolution comparable, à la fois prenant ses racines dans la tradition et avançant sans renier celle-ci mais en la faisant vivre… Or les petits villages corses ne revivent souvent qu’au moment de l’arrivée des cars de touristes deux mois par an; les maisons et les cultures sont abandonnées, les écoles et les bureaux de poste ferment, rentabilité oblige…

Entre un déclin programmé et la perspective de devenir un grand parc à touristes, il y a forcément une troisième voie.

Claire Casanova


Une île...



Aquarelle et texte : Monique PACAUT

 

Carte postale de Calvi

Je t'envoie le bonjour d'une île à sensations
Je t'envoie les senteurs parfumées de la lande tapissée de bruyère mêlée de romarin, où l'immortelle suave sèche en attendant septembre. La Revellata prend les tons roux de fin août; la mer de turquoise ses quartiers de rose et de violet.

Je t'envoie le souffle du vent doux et léger ou violent sous l'orage,
le battement des ailes des colombes et leur roucoulement dans les aloès,
les craquements des pins agités par la brise.
Je t'envoie quelques gouttes de la pluie qui tombait ces jours-ci en ondée coléreuse, révélant l'odeur âcre et sauvage de la terre.
Je t'envoie l'univers,
à l'abri de la mer qui entoure et protège, je me sens apaisée des tracas quotidiens. Je renais. J'ai trouvé la fougère. Je suis libre, enfin !
Se taire, ne plus bouger, tous les sens en éveil...
A quoi servent les mots, à quoi servent les gestes ?
Huile ou aquarelle, île paradoxale, sereine ou inquiétante, amie ou ennemie,
Corse où tout commence et tout finit.

Avvèdaci.

Anne Marie Casanova

J’ai la chance d’être né...

J’ai la chance d’être né dans une terre où l’homme compte. J’aime le rapport particulier qui se noue à l’autre sur l’île. La Corse est une petite communauté, dans laquelle tout le monde se connaît. Ce n’est ni un titre de gloire, ni une "spécificité", ce sont les circonstances qui l’expliquent sans doute. Le maillage social est important, mais il nous rend sans cesse exposés aux regards des autres.

J’ai la chance d’être né dans une terre splendide, qui n’a pas trop souffert des excès d’industrialisation. Une terre qui se veut exemplaire, à sa manière, d’un certain modèle de développement. C’est un rêve utopique, que cette île dans notre société mondialisée. Mais une société qui ne rêve pas n’avance plus. Ce qu’il faut c’est que nos rêves soient communs. J’ai la chance d’être né dans un pays qui a ses traditions. Dans les années 1970, la situation culturelle de la Corse était catastrophique. L’État avait mis sous le boisseau la culture corse, la langue corse. Il n’a jamais voulu reconnaître notre part d’italianité. Cela a suscité trop de malentendus et de violences ….

J’ai la chance d’être né dans un pays qui possède un héritage. Mais le discours "ethniciste" véhiculé par certains aujourd’hui, qui se gargarisent à grands coups d’identité corse, est dangereux. Notre culture s’est formée dans le métissage, dans les échanges, même s’ils furent douloureux, dans des invasions. Il y a toujours eu en Corse des gens qui sont venus d’ailleurs. Notre culture n’est pas un sanctuaire, elle doit évoluer. Nous-mêmes essayons d’introduire des nouveautés dans nos chants, des dissonances, de faire vivre nos traditions. Parce que la tradition est comparable à un tamis : si on ne lui amène rien, le tamis ne sert à rien. Certains prétendent, en chantant corse, faire vivre une langue. Pour moi c’est l’inverse : je vis en chantant cette langue.

Jean-Claude Acquaviva, déclaration recueillie par Isabelle de GAULMYN, parue dans le Croix du 1er août 2004

Une longue histoire avec l’île (*)

Mon affection pour l’île de Corse a commencé il y a plus de 30 ans avec une photo que j’avais vue dans un journal : une cascade dans une forêt, et je pensai alors : « Je voudrais être là ». Alors, de nombreuses années ont passé pendant lesquelles nous avons visité quelques pays de la Méditerranée, et puis est venu le temps de découvrir la Corse. C'est en 1990 que nous sommes partis en Corse pour la première fois et je savais que j’avais trouvé là ma patrie.

Les vacances des années suivantes, nous les avons passées avec nos enfants dans plusieurs villages près de la mer. De cette époque, j’ai un souvenir particulièrement intense de trois semaines dans une très vieille maison à Patrimonio avec vue sur les vignes jusqu’à la mer, de la messe de Pâques à Lumio en 1996 où nous avons eu l’occasion d’assister á une communion (imprévu pour nous parce que dans notre région la fête est toujours une semaine après)  et d’une messe à l’église orthodoxe à Cargèse. Alors, la séduction des montagnes deviendra de plus en plus forte.

Nous avons commencé par des excursions d’une journée, jusqu’à septembre 2002 où nous avons empaqueté nos sacs à dos et sommes partis pour un excursion d’une semaine. Mon mari accompagne depuis 30 ans mes entreprises, ce qui est admirable parce que souvent il ne partage pas mon enthousiasme. Nous avons commencé notre randonnée à Corte, passé la vallée de la Restonica, les lacs de Melo et Capitello, sommes restés la nuit au Refuge de Manganu, avons passé le lac de Nino, passé la deuxième nuit au Castel di Verghio, avons continué notre chemin jusqu’à Calacuccia, avons marché un jour au vieux sentier de la Scala di Santa Regina et le jour suivant par le refuge de Sega sommes retournés à Corte.

Les deux années suivantes, nous étions aussi en chemin dans les montagnes du nord, et en 2005 nous avons fait trois semaines à vélo dans la région d’Ile Rousse. Aller à la montagne en Corse est pour moi a une vraie détente. Du fait que les sentiers demandent une attention permanente, chaque faux pas peut avoir des résultats fatals, alors en peu de temps on se calme… On éprouve seulement le présent et les problèmes triviaux sont très loin. Quand on va plusieurs jours de gîte en gîte, la vie se réduit aux besoins élémentaires: nourriture, mouvement et repos. On éprouve un sentiment de liberté, on constate qu’on peut renoncer à tout luxe (au moins pour quelques jours), que l’eau froide suffit pour boire et se laver et que l’on n’a pas besoin de beaucoup de nourriture.

De plus il y a des contacts avec des gens intéressants qu’on rencontre en route. Chacun a une autre histoire, une autre motivation, mais tous nous nous traitons comme des amis. C’est la même aventure qui nous unit, ainsi que le respect devant la nature. A la montagne, on peut très vite faire connaissance avec ses propres limites, on apprend l’humilité.

Je crois que c’est cela qui fait l’amour des Corses pour leur terre. Ce paysage impressionnant et inhospitalier qui tolère les hommes, mais où ils ne sont pas bienvenus, à quelles forces de la nature ils sont exposés, a, de même que l’histoire, imposé son empreinte. Les hommes corses, comme la terre, s’ouvrent seulement de façon hésitante aux étrangers. Ils se fondent sûrement sur un passé dangereux. Mais si l’on se trouve dans une situation où l’on a besoin d’aide, les Corses montrent aux étrangers leur véritable nature et se comportent comme de vrais amis.       

Ursula Glöckner


Occi sous le crayon d'Ursula

Ursula est une amie allemande qui m'avait demandé, par l'intermédiaire de Carole, de lui traduire quelques phrases de Jean-Claude Acquaviva. Passionnée par A Filetta, elle s'est acheté la version bilingue du texte de Medea de Sénèque pour ne rien perdre des chants. Bien que parlant très mal le français (dit-elle), elle a tenu à rédiger en français ce texte exprimant son amour pour la Corse. Grazia à tè, Ursula !

(*) Le titre original était "Mûre pour l'île" qui évoque une chanson allemande mais qui est peu compréhensible sans explication pour un francophone.

A Prumessa

Mi prumettu al di là di a me vita à a nostra Mamma Corsica,
À a quale appartimu incu tutti i penseri.
Hè a tarra ind’e ci s’arradicamu è u celu ind’e crescimu.
Hè a surghjente di a nostra forza è u sole di a nostra maturità,
Hè u sonniu di e nostre notte è l'opera di i nostri ghjorni.
Ind’ ella sola diventaremu ciò che Diu vole.

Poème écrit en corse par Ursula Glöckner d’après un texte d'Emil Strauss

Je t'écris...

Corse, je t'ai écrit un livre
il te parle par la voix de tes poètes et chanteurs
il te parle en langues et accents divers
en corse, bien sûr, et en allemand
et en français, comme médiateur,
tout leur imaginaire mis en relief par les reflets de ta lumère.
Je t'ai édrit, je t'ai "chanté"
et deux amis, comme moi passionnés
se sont joints à mes côtés
pour explorer les eaux, les sources abondantes
inépuisables, retentissantes
remarquables, révélatrices
de ce souffle vital qui est ton chant.
je t'ai écrit, filtré des gouttes
écouté des "notes" pour tracer ton portrait chanté
sous le regard des paroliers
que tu as toujours inspirés
pour faire suivre tes "lignes ondulées"
en signatures, en hommages
même en hymne, si tu veux !
Je t'ai écrit un livre comme un choeur
en plurilingue poésie
cherchant une certaine harmonie
saluant tes paysages, tes caractères
si captivants, si contrastés
en ces entre-deux
de ta nature-identité.
J'ai évoqué quelques bouts de tes vies
de tes morts et tes ruines aussi
quelques joies et épreuves et douleurs
dans la complexité des choses et les générations passées
par les témoignages, les évènements
les impressions marines, les émotions telluriennes
les rêves secrets d'ici et même de l'exil.
Corse, je t'écris
car je crois
que tes vers et tes voix
font toucher ta vérité
à ce (petit) monde d'étrangers.

Gerda-Marie Kühn

Texte sélectionné aux Rencontres internationales de théâtre du Guissani


 

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