Les artistes invités
aux Rencontres de Calvi

Mise à jour : 08/05/2008

Houria Aïchi
Richard Bona
Daniele di Bonaventura
Colenso Abafana
Concordu e Tenore de Orosei
Lo Cor de la Plana
Corou de Berra
Nahawa Doumbia
Egschiglen
Erotokritos
Eva Quartet
Faïz Ali Faïz
Faytinga
Paolo Fresu
Gacha Empega
Huun Huur Tu
André Jaume
Elena Ledda
Ensemble Leyli

Silvia Malagugini & Nonna Sima
Mahotella Queens
Giovanna Marini
Rassegna
Aïcha Redouane
Salem Tradition
Julia Sarr
Slaveï Quartet
Tirana
Pino de Vittorio
Les Voix de Géorgie
Warsaw Village Band

Okna Tsahan Zam

Warsaw Village Band
invités en 2005

Ce groupe de sept jeunes polonais a été pour moi la révélation des rencontres 2005.

A l’origine en 1997, le Warsaw Village Band, s’appelait Kapela Ze Wsi Warszawa. Né de la rencontre à l’université de jeunes étudiants amoureux de musique et tout particulièrement de musique du sous-continent indien, comme celle de Nusrat Fateh Ali Khan, le groupe a, petit à petit, découvert d’autres horizons : musique africaine, reggae, etc. Mais ce groupe puise son inspiration dans le patrimoine musical des villages de la région de Mazovia au centre de la Pologne. Comme les corses avec le riaquistu, ces jeunes polonais sont allés à la recherche de leurs racines auprès des paysans ou dans les archives de la radio. Ainsi le groupe redonne vie aux "voix blanches" du chant traditionnel polonais.

Le Warsaw Village Band nomme « hardcore folk » ou « bio techno » sa musique qui opère la synthèse de la musique traditionnelle polonaise et de la transe. Elle est soutenue par le jeu de deux types de tambours traditionnels, le baraban et le frame, associés à une basse. Sur cette rythmique se croisent violon, suka (violon traditionnel joué avec les ongles), dulcimer, trompette et « voix blanches »
 



 

People’s Spring (Jaro / Mélodie) BBC Music Award 2003

Site Web : http://www.kzww.terra.pl/

 

 

 

 

 

 

 

Uprooting (Jaro / Abeille Musique)

Troisième album du groupe, Uprooting reprend toujours la musique traditionnelle des campagnes de Pologne, en particulier de la région de Mazovia, qui inspire le WARSAW VILLAGE BAND et c'est avec un dynamisme et une détermination intacts qu'il exhume des pièces d'un autre temps et en repense l'interprétation sur une base essentiellement acoustique et pour autant indéniablement moderne.
D'une manière générale, l'équation voix-cordes-percussions qui caractérise le son du groupe est donc toujours dominante.

Magdalena SOBCZAK sait réveiller les âmes assoupies dans Woman in Hell, tandis que la voix de Maja KLESZCZ agit comme une caresse à la fois lancinante et ferme dans l'onirique Fishie, le quasi blues Grey Horse ou l'a cappella Lament. Les violons de Wotjek KRZAK et de Sylwia SWIATOWSKA rivalisent de grincements énergiques et d'inventivité expérimentale, notamment dans I've Slayed The Rye et dans The Owl ; le dulcimer, le violoncelle et le xylophone ajoutent au pittoresque rugueux ; les percussions (baraban et frame) tonnent avec entrain et vigueur, le triangle et les cymbales installent un registre plus feutré et les tonitruantes « voix blanches » des trois filles achèvent de nous emporter dans une tourbillon sensuel façonné par une rusticité extatique qui confond les échos des anciens temps avec les transes d'aujourd'hui.

Slaveï Quartet
invités en 2005

SLAVEI signifie "rossignol" en langue bulgare et on comprend le choix du mot à l’écoute de ces voix superbes qui allient la pureté à l’émotion, force de la tradition bulgare.
Le Slavey Quartet a été créé en 1991 par Nadka Karadjova, avec Svetla Karadjova, Liliana Galevska, mezzo soprano et Stoyana Lalova, contre-alto. Toutes ont chanté pendant une trentaine d'années dans le Philip Koutev Folk Ensemble. Elles ont également participé aux Mystères des Voix Bulgares.
En 2004, Mariyana Pavlova, basse, a remplacé Stoyana Lalova.

Le Quartet Slavei a remporté un vif succès en France ces dernières années. Ces quatre grandes dames aux voix magnifiques ont une technique vocale parfaite sur un répertoire comptant des centaines de chants profanes de différentes régions de Bulgarie, des chants orthodoxes du XIVè au XXè siècle jusqu’alors réservés aux hommes., ainsi que des chants de différentes contrées : Chine, Inde, Grèce, Russie et... Corse.
La juxtaposition des deux genres sacré et profane, servie par des voix célestes, étonne, bouleverse et fascine.

Les Voix de Géorgie
invités en 1997, 1998, 2004

Les chants polyphoniques géorgiens remontent à l'ère préchrétienne. Xénophon ne disait-il pas, 4 Siécles avant J.C : “Les géorgiens se battent aux cotés des grecs avec une rare témérité mais, de plus, ils aiment chanter et danser...
Une première voix assure la ligne mélodique principale, les autres voix répondent, accompagnent et donnent du volume au chant.
La Géorgie, terre d'invasion des grands voisins perses, mongols, ottomans et russes, a su préserver son identité culturelle en se réfugiant dans certaines traditions fortes ... et souvent dans les hautes montagnes du Caucase comme la province de Svanétie.


La polyphonie
géorgienne hier.

Les prières à quelques dieux païens, les départs à la guerre, les enterrements, les mariages, les naissances, le travail des champs, le travail domestique ... l'amour ... étaient accompagnés de chants polyphoniques. Ils constituaient parfois une chronique musicale des scènes de la vie quotidienne, tentative de séduction, réprimande de la belle-mère, dispute avec le voisin.
Bien que la Géorgie fût christianisée au IVéme siècle par Sainte Nino, sous le règne du roi Mirian, les chants polyphoniques d'origine païenne continuèrent à y être chantés et souvent adaptés aux nouvelles croyances. Sainte Nino ayant confectionné la première croix chrétienne à partir de sarments de vigne, toutes les églises géorgiennes portent le symbole de la grappe de raisin et certains chants polyphoniques y font référence ("chen khar venakhi").
Il convient également de noter que les spécificités régionales ont donné naissance à des genres différenciés. Aux majestueux et lents chants de Kakhétie ("ourmouli" du conducteur de char à boeufs) s'opposent les joutes vocales de Gourie ("krimatchouli" mettant en compétition les voix masculines les plus hautes), aux chants religieux de Kartlie s'opposent les mélodies vives d'Adjarie.
Les chants polyphoniques géorgiens se sont transmis au travers des siècles essentiellement par voix orale. Les plus anciens enregistrements datent du début du XXéme siècle. Les plus récentes écritures formalisées datent de quelques années. A l'époque soviétique, dans les années cinquante, le folklore géorgien fut magnifié par l'ensemble de danseurs et de chanteurs d'Iliko Soukhichvili et de Nino Ramichvili.


La polyphonie géorgienne aujourd'hui.

Depuis la restauration de l'indépendance de la Géorgie, en 1991, une multitude de choeurs polyphoniques s'est formée dans le monde. En octobre 2002, le premier festival de la polyphonie géorgienne accueillit à Tbilissi des choeurs nationaux et une dizaine de choeurs étrangers, dont ¥amashiro Goumi du Japon, Darbazi du Canada, Mazpidzenli de Grande-Bretagne, Ori Otarebi da Misha de France.
Certains choeurs géorgiens ont trouvé des producteurs à l'étranger. Les héritiers de l'ensemble Soukhichvili, devenu ballet national, effectuent en 2004 une tournée dans une trentaine de villes australiennes. La troupe Georgian Legend, issue du groupe Eri Sioni, se produit en Russie en 2004 après avoir fait vibrer la Belgique, la France et la Suisse. Le quintette SIMI est certainement l'un des groupes géorgiens les plus représentatifs de cette polyphonie, il a donné une vingtaine de concerts en France en 2002 et 2003.
Des choeurs français se sont également constitués : Marani à Paris, trio Mzé Shina dans l'Ouest, Artillac dans le Sud-Ouest pour les voix masculines, Irinola à Paris pour les voix féminines. Ils organisent des stages d'apprentissage pour néophytes, en plus de leurs concerts.

Depuis quelques années, et afin de réunir tous ces ensembles vocaux le Conservatoire d'Etat de Tbilissi et le Centre International de Musique Populaire Géorgienne organisent un symposium, alternant concerts et conférences. Il a lieu une année sur deux (*).

En 2006, du 22 au 29 septembre, les choeurs géorgiens professionnels et les choeurs "familiaux" comme il en existe encore dans toutes les régions de Géorgie (familles Abesadze, Gogolashvili, Pirtsxalava, Sikharulidze, Urushadze,...) ont accueilli un nombre grandissant de choeurs étrangers. La France était représentée par Irinola et Marani.

Les ateliers de polyphonie géorgienne en France

Si l'émigration géorgienne des années 1920 et 1940 a perpétué la tradition des chants polyphoniques en France (**), leurs descendants, et plus particulièrement Othar Pataridzé, ont formé dans les années soixante-dix une génération de chanteurs et de chanteuses.

Depuis plusieurs années, Artillac et Jean-Laurent Imianitoff organisent régulièrement des stages d'initiation et de perfectionnement dans le Sud-Ouest de la France (***). Marani, initialement sous l'impulsion de Frank Kane, aujourd'hui sous celle de Bertrand Lambolez, propose des formations sur deux journées, généralement dans les locaux de l'Eglise géorgienne Sainte Nino de Paris. Ces formations sont animées par des maîtres de chant géorgiens venus de Tbilissi (****). Mzé Shina, sous l'impulsion de Laurent Stephan, Denise et Craig Shaffer, propose également des initiations de quelques heures à la polyphonie géorgienne, sur l'Ouest de la France, mais également dans les autres régions françaises selon leur tournée de concerts (*****).

Notes : (*) site polyphonie géorgienne, en langues géorgienne et anglaise http://www.polyphony.ge
(**) dans les années 1950, époque à laquelle la communication entre les diasporas à l'étranger et la Géorgie était impossible, l'actrice française d'origine géorgienne Maria Mériko et Victor Homériki enregistraient à Paris un disque 78 tours : "Oh ! Marguarita tchemo lamazo".
(***) Polyphonies géorgiennes : association française ARTILLAC http://www.colisee.org/article.php?id_article=2425
(****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MARANI http://www.colisee.org/article.php?id_article=2424
(*****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MZE SHINA http://www.colisee.org/article.php?id_article=2423

Dignes représentants de la multiplicité et de la richesse des chants géorgiens, les dix chanteurs des Voix de Géorgie portent à travers le monde leur art polyphonique issu de la plus haute antiquité, chants profanes et chants sacrés.

Ce groupe de jeunes chanteurs, sous la direction du Maestro Robert Gogolashvili, perpétue cette fabuleuse tradition présentée par leurs “pères” dans le monde entier pendant tant d’années.

Imaginez-les, le bras de l'un entourant la taille de l'autre, de noir vêtus, guêtre de cuir et arme blanche au fourreau. Imaginez les chants qui s'élèvent, tour à tour doux comme les berceuses ou forte comme les chants guerriers. ”

La palette des polyphonies géorgiennes est extrêmement large, car, outre les apports successifs au cours des temps, elle tient compte des spécificités musicales de chaque micro-région; d’où un répertoire étonnant puisé dans une centaines d’oeuvres faites de contrepoints savants et d’harmonies dont la hardiesse peut surprendre plus d’un musicien.

Cuncordu e Tenore de Orosei
invités en 1997, 2000, 2002, 2005, 2007

Le chant sarde constitue l'une des expressions polyphoniques les plus populaires de la Méditerranée. Omniprésent, il peuple la liturgie autant qu'il rythme les fêtes paysannes, aux confins du profane et du sacré.
Le chant s’exprime par une voix de gorge tendue qui donne un cachet vibrant aux deux parties d’harmonie : contre-chant et basse. Cette technique n’existe nulle part ailleurs dans le monde sauf... en Mongolie ! L'émotion, à l'écoute de ces polyphonies, est simple et forte comme ces hommes qui savent si bien la faire partager à leur public, touché au creux de l'âme.
Depuis 1999, leurs voix s’unissent aux mélopées du talentueux violoncelliste hollandais Ernst Reijseger et du percussioniste écossais Alan Purves autour du projet Colla Voche (Winter&Winter).

Le Cuncordu e Tenore de Orosei se place sans contestation à un poste de premier plan dans le monde de la polyphonie sarde, tant par les particularités de son répertoire que pour la possibilté de chanter aussi bien la forme profane "a tenore" que sacrée "a cuncordu". Orosei est aujourd'hui la seule ville de Sardaigneoù les deux traditions n'ont jamais été abandonnées et où encore aujourd'hui, grâce aux vieux chanteurs, les deux formes de chant sont reproposées dans les formes traditionnelles, alors que dans d'autres régions de Sardaigne, grâce à de discutables opérations pseudo-culturelles, ont cherche à "récupérer" ce qui est irrémédiablement perdu. Comme en Corse, les Confréries ont joué un rôle essentiel dans la sauvegarde de ce répertoire.
Le groupe est né officiellement en 1978; seuls restent Martino Corimbi et Patrizio Mura, "voche" du tenore. Les autres chanteurs actuels sont Piero Pala, mesuvoche du tenore et du cuncordu; Luca Frau, "cronta" du tenore; Mario Siotto, bassu du tenore; Massimo Roych, "voche" du cuncordu et Salvatore Dessena, bassu du cuncordu. Le groupe a participé à de nombreux festivals de chant traditionnel : Festival de Musique Sacrée à Paris, Angoulême, Rennes, Briançon, Toulouse, Marseille, Aix en Provence, Tarbes, Rouen, Tours, Solesmes, Nantes, Münich, Francfort, Turin, Venise, Florence, Tolède, Barcelone, Amsterdam, Anvers et, bien sûr, Calvi.


Photo Alexsandra Vajd

En 1994 il enregistre, dans l'église S. Pietro a Galtelli, pour les éditions NOTA d'Udine, son premier CD contenant 11 morceaux du répertoire sacré d'Orosei.
En 1996, toujours à S. Pietro, pour Nuove Indie de Rome un CD avec les plus importants morceaux de la tradition profane "a tenore"
L'année suivante le producteur allemand Stefan Winter insère le groupe dans sa collection Winter&Winter, pour laquelle enregistrent des artistes d erenommée mondiale comme Uri Caine, Ernst Reijseger, D. Douglas, Paul Motian Trio, Gary Thomas.
Déjà quatre enregistrements ont été réalisés sous l'étiquette Winter&Winter, notamment un double CD avec livret de 100 pages reprenant, en six langues, tout le répertoire traditionnel sacré et profane.

Dernier album, "Colla Voche", avec Ernst Reijseger
A noter aussi la participation du Cuncordu e Tenore de Orosei au CD "Voyage en Sardaigne" edité par "Il manifesto" avec également Il Coro di Castelsardo et i Tenores di Bitti.

Tirana
invités en 2004

La musique albanaise traditionnelle est restée étonnament vivante. Pour des raisons idéologiques, le régime communiste avait valorisé à l'extrême le folklore albanais. En outre, le relief montagneux des Balkans tend à isoler naturellement l'Albanie et rend difficile tout contact à l'intérieur du pays. Il conduit au maintien de traditions parfois très anciennes transmises de bouche à oreille de génération en génération, de spécificités très marquées et de répertoires très localisés, différents d'une vallée à l'autre, d'un village à l'autre.
D'origine indo-européenne, les Albanais seraient les descendants des tribus illyriennes arrivées du nord aux environs du deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Terre de rencontre entre l'Orient et l'Occident, l'Albanie doit à sa position géographique des influences orthodoxes et musulmanes. Pour les Guegues du nord, l'Islam est aujourd'hui la religion largement dominante. La musique est monodique et est caractérisée principalement par des " rapsod ", chants épiques qui évoquent le cycle des héros " kreshnik ". Les instruments principaux sont la vielle monocorde avec archet " lahutë ", le luth deux cordes à long manche " çifteli " et le luth " sharki ". Tirana et les villes côtières de Durrës et Kavajë constituent la zone intermédiaire dite de l'Albanie centrale caractérisée notamment par des influences orientales liées à l'urbanité. Au sud, les Tosques, principalement orthodoxes, sont restés dans la sphère de l'influence musicale byzantine. C'est la terre d'élection de la polyphonie vocale que l'on pratique dans tous les villages montagnards en de nombreuses occasions.
Les Labs, dans l'extrême sud-ouest (région de Vlorë, Tepelenë, Gjirokastër, Sarandë) pratiquent une polyphonie complexe à quatre voix : trois voix soliste - le preneur " marrës ", le coupeur " prurës ", le repreneur " hedhës " - et un bourdon " iso ".
Dans le reste du pays - le centre et l'est autour des villes de Berat, Përmet et Korçë - les Tchams chantent la polyphonie à trois voix (deux voix soliste et un bourdon) qu'ils pratiquent " a capella " ou accompagnée de nombreux instruments, principalement la clarinette " gërrnetë ", l'accordéon " fizarmonikë ", le tambourin " def ", le luth " llautkë " et le violon " violine " auxquels s'ajoutent parfois le petit tambourin sans peau " sistër " et le luth à long manche " baklama ". La clarinette, le violon et l'accordéon sont des instruments " modernes " qui ont été incorporés dans les formations musicales dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème siècle. L'introduction de l'accompagnement instrumental des danses " a capella " a eu notamment pour effet de rendre plus vive et plus dynamique la danse et d'évincer le chant qui l'accompagnait. Dans tout le pays - dans les montagnes notamment - subsistent encore des instruments anciens qui sont à l'occasion joués en solo, duo ou intégrés dans un groupe, notamment la cornemuse " gajda ", les différentes flûtes " fyull " ou encore le chalumeau " pipë "..

Lo Còr de la Plana
invités en 2001, 2005, 2007

Lo Còr de la Plana (prononcez " Lou couar dé la plane " et traduisez " Le coeur de la plaine "), choeur d'hommes du quartier de la Plaine à Marseille se consacre au répertoire occitan de Provence. Les cinq membres du Còr ont travaillé jusqu'ici sur le répertoire religieux populaire du Damase Arbaud et des Noëls de Notre-Dame des Doms, et sur de nombreux chants à danser (rigaudons, bourrées, rondeaux), en intégrant aux compositions et arrangements nombre d'éléments présents dans la culture marseillaise d'aujourd'hui (raggamufin, techno-groove...). Interprétés à l'unisson ou en polyphonie et accompagnés de bendirs ou de percussions corporelles (picaments de pieds et bataments de mains), hurlés, susurrés, les chants du Còr sont à l'image de leur quartier : violents mais sans cruauté, doux mais sans mièvrerie, blindés mais sans sûretés inutiles.

Il faut avoir assisté à un concert des cinq compères en public. Ce chant peut apparaître âpre et rugueux à la première écoute, puis on entre dans la danse, et on finit étourdi devant tant d'énergie maîtrisée, de puissance, de sens du rythme et par cette beauté aride. La dissonance trouve sa conclusion dans une harmonie remarquable. Leur expression est entièrement physique. Jouant des mains et des pieds, ponctuant le texte d'onomatopées, semblant s'arrêter et guetter le premier applaudissement pour mieux repartir, on sort étrillé mais hilare d'un concert du Còr de la Plana.

* Manu THERON: Seconde, bendir (ancien de Gacha Empega)
* Sebastien SPESSA: Basse (ex Na Zdorovie)
* Denis SAMPIERI: Seconde basse bourdon ryrhmique, bendir
* Rodin KAUFMANN: Seconde bourdon rythmique
* Benjamin NOVARINO-GIANA: Seconde tierce (ex Nux vomica)

Deux CD : "Es lo titre" (Nord Sud NSCD1121) et le tout récent "Tant deman" (Buda musique 3017530).

« Es lo titre » (2003) est composé de 17 chants religieux provençaux et méditerranéens. Ce choix est moins l’expression d’une piété aveugle qu’un désir de renouer avec une ferveur populaire. Le groupe dynamite la tradition en réinventant leurs mélodies, en les ornant d’orchestrations minimales où des rythmes orientaux se juxtaposent à des enluminures électroniques. Bien écouter aussi les inter-plages hilarantes.

Tant deman” (2007) est plus dansant, plus rythmé, avec davantage de percussions. A part trois chants (“La Vielha”, “Fanfarneta” et “Feniant et gromand”), nous n'avons plus affaire à des chants traditionnels mais à des créations du groupe, qui ne s'inscrit pas dans une identité stricte, basée sur les codes habituels de la musique dite “occitane”, mais regarde vers tout le bassin méditerranéen.

Lo Cor de la Plana était à Paris (eh oui, peuchère !) le 15 juillet pour un concert gratuit aux Arênes de Montmartre, par un des rares dimanches ensoleillés de ce triste mois de juillet. Et les six compères ont enflammé Montmartre, réussissant à faire danser tout le public sur La Noviota. Il faut dire qu'ils avaient commencé dès le troisième morceau, au début duquel Manu était passé sélectionner des membres du public. "Parfois il distribue des gifles", avait prévenu Manu Théron.

Gacha Empega
invités en 2007

gacha empega :
(du provençal gachar : préparer le mortier, et empegar : encoller.)
1. Technique de maçonnerie consistant à envoyer le mortier sur un mur de façon désinvolte. «Te fais pas caguer, vas-y à la gacha empega !»
2. Fig. Désigne celle ou celui qui travaille à la va-vite, qui semble se foutre complètement des règles de l'art «Celui-là, c'est un vrai gacha empega !»

Quand on crée un groupe de musique occitane, il faut avoir un sens de l'humour certain pour se baptiser Gacha Empega. C'est pourtant comme ça, par une salutaire auto-dérision, et aussi pour se démarquer des appellations pompeuses de beaucoup de groupes folkloriques, que Barbara Ugo, Samuel Karpienia et Manu Théron ont choisi ce nom en 1996.
Deuxième paradoxe de Gacha Empega : aucun de ses membres n'est un provençal de souche : Manu est d'origine Savoyarde, Barbara est Corse, quand à Sam, lui, il est Normand ! Ils ne sont pas nés occitans, mais l'occitanisme les a pris comme une fièvre. De cette région, ils ont tout voulu connaître : l'histoire, le passé, les traditions, et surtout la langue, qui n'avait rien pour eux de maternel mais qu'ils ont adoptée «Rien de tel que la langue pour comprendre l'endroit où l'on vit. Cela explique les attitudes, les comportements. Sans la langue, on n'arrive pas à se situer» disent-ils.
 
Le travail de Gacha Empega n'a pas pour objet le retour à une tradition épurée, et les Noëls, les chants à danser, les ballades ou les hymnes carnavalesques peuvent être rythmés par des bendirs du Sahara ou des tamburelli d'Italie méridionale.

Leur objectif est de sortir la musique polyphonique du ghetto culturel haut de gamme où elle commence à être enfermée, pour la rendre populaire. Ils ne veulent pas oublier qu'avant d'être chantées lors de récitals donnés dans des églises, les chansons a cappella sont avant tout des airs du patrimoine, chantés -et dansés- au cours des fêtes de gens simples.

Après un premier disque "Polyphonies marseillaises", et des tournées dans le monde entier, Barbara Ugo est retournée en Corse et Samuel Karpiénia est parti fonder le groupe "Dupain". Manu Théron s'est adjoint deux nouveaux compères, Guylaine Renaud et Nicola Marioni, et a légèrement modifié le répertoire du groupe. Aux reprises de chants traditionnels, provençaux et occitans, s'ajoutent de plus en plus de compositions originales.

Le groupe s’est dissous une nouvelle fois pour renaître en 2007 sous la forme d'un duo formé de Manu Théron et Sam Karpienia.

 

Okna Tsahan Zam
invité en 2004


Okna Tsahan Zam est le maître du chant diphonique (khoomei), technique spectaculaire très utilisée dans le chant mongol traditionnel qui permet de chanter deux mélodies en même temps. Appelé aussi « chant de gorge », c'est l'émission simultanée de deux sons gutturaux, une technique très ancienne de respiration qui donne au chanteur la possibilité de libérer l’énergie de l’organisme. Le khoomei (littéralement pharynx) se caractérise donc par l'émission simultanée de deux sons, une note grave constante et un son flûté aigu que le chanteur module à son gré. Cette technique, souvent liée aux rites chamaniques, permet d’entrer dans un état psychophysique particulier, et d'obtenir une perception accrue du monde qui nous entoure.

Okna Tsahan Zam (« La route blanche », de son vrai nom Vladimir Kharouev ) est né en 1957 sur la longue route qui ramenait vers leurs terres les Kalmouks déportés en Sibérie par Staline. «La route blanche » signifie « la route de la joie, la route qui mène vers le bonheur ». Il abandonne sa carrière d'ingénieur pour se consacrer à l'étude de ses ancêtres.

 
« Shaman voices. A journey in the steppe » est constitué par la succession de plusieurs séquences musicales mises en scène de manière très cinématographique, rendant compte de nos visions de l'univers de la steppe. Des chansons très mélodiques où l'acoustique domine, soutenues par des apports électroniques côtoient des chansons beaucoup plus « roots » (voix et dombra). Trois titres sont entièrement consacrés au chant diphonique et donnent un aperçu de l'art de Okna Tsahan Zam en solo.
Même sans utiliser le khoomei, la voix de Okna Tsahan Zam possède un grain et une profondeur exceptionnelle. Remarquable technicien c'est avant tout un grand chanteur.

EDJIN DUUN (« La chanson de la Mère ») est un hommage à toutes les Mères et par extension à la terre nourricière et à la nature.
Dans AKHNER DUUNER (« Frères aînés et frères cadets »), la technique de khoomei est incluse dans la mélodie.
VOLKI (Les loups) "La chasse pour le plaisir fait mal à la nature, il faut chasser pour se nourrir, tel est le message écologique de cette chanson".
SIBIRE relate la déportation en Sibérie de tous les peuples minoritaires de la Russie, dont le peuple Kalmouk, par Staline de 1943 à 1953 . La population entière fut déportée et beaucoup sont morts de froid et de faim.
SAMARINE est l'histoire d'un berger très habile qui garde le troupeau de chevaux dans la steppe. Il est tellement adroit qu'il peut faire revenir les chevaux fugueurs juste en tirant une petite flèche qui siffle à leurs oreilles. Son cheval fétiche à le pouvoir de se déplacer sans que son dos provoque le moindre mouvement. Ils parcourent ensemble la steppe infinie et communient avec la nature et le cosmos »
DJANGAR (Djangar le tout-puissant) est le héros mythique du récit épique Kalmouk. Cet extrait se termine sur un passage de Khoomei.
Dans AR BUMBIN ORN, Okna Tsahan Zam ne chante pas, il parle, respire, mais le pouvoir chamanique de sa voix y est tout aussi fort.
KHOOMEI CHOIR (Chœur Khoomei) est un chœur constitué par la superposition de huit des voix d'Okna Tsaham Zan. Des basses aux aigues, il utilise plusieurs techniques de Khoomei.
DAVUR GAZEN Pour un Kalmouk, il existe deux trésors, le cheval et la femme. Cette chanson décrit l'admiration que suscite le galop du cheval comparable à l'amour d'un jeune homme pour une femme. Destinée à la danse, elle se prêtait tout naturellement à une adaptation actuelle.

Les sons de la steppe, musique naturelle parfois accompagnée par l'écho lointain d'un musicien parcourent l'ensemble de l'album, sollicitent l'imaginaire et dressent le décor. Ce disque associe instruments traditionnels et high-tech avec pour seul critère la volonté de communiquer l'émotion au mieux. Tous les instruments traditionnels ont été joués par des musiciens mongols ou kalmouks, à Paris, en Kalmoukie et en Mongolie. Les sons de la nature (vent, tonnerre, loups, chevaux etc…) qui lient les chansons entre elles du début à la fin de l'album ont été enregistrés sur place pour créer un univers sonore authentique en harmonie avec la dimension cosmique de la steppe.

Salem tradition
invités en 2004

Christine Salem se souvient encore aujourd’hui de sa première rencontre avec le maloya.
« Un beau jour, j’étais très jeune, 7 ou 8 ans, je passais dans la rue avec ma mère, mes frères et sœurs et nous sommes passés devant le groupe Ziskakan qui jouait ». A l’époque, cette musique qui raconte l’esclavage et les souffrances du peuple africain était interdite sur les ondes réunionnaises parce que trop revendicative. « Parce qu’elle permet de dire les choses telles qu’elles sont. »
Originaire du quartier des Camélias à Saint Denis, Christine Salem fait partie de la nouvelle génération de voix féminines chantant le maloya. À 12 ans, elle écrit ses premières chansons. Mélangeant, séga, maloya ou blues, elle fait ses débuts dans la rue avec des copains et fréquente différents courants musicaux de l'Ile en tant que choriste. On lui propose un jour de passer sur le devant de la scène, place d’ordinaire réservée aux hommes. Sans se poser de question, elle prend le kayanm (percussion rectangulaire et plate faite d’un cadre en bois, de tiges de canne à sucre et de graines de safran) en main.
Avec son groupe, Salem Tradition fondé en 1997, elle mélange subtilement la musique de l’Océan Indien avec des instruments traditionnels africains et réunionnais (roulèr, dundum, djembé). Les textes de ses chansons, chantés en créole, en dialectes malgaches ou comorien et swahili, doivent faire sens déclare Christine Salem. "Je ne chante pas juste pour chanter. Le maloya c’est écouter ses émotions, ce que l’on ressent".

  Le premier album live"WALIWA" est l'aboutissement de la résidence du groupe lors du festival "Les Escales de St Nazaire"2001.
Second album : Krie.

Corou de Berra
invités en 2004

Depuis des siècles, les échanges permanents entre Provence, Piémont, Ligurie et Pays Niçois ont créé dans les Alpes du Sud une identité remarquable, riche de nombreuses spécificités. L'une d'elles concerne le chant choral, car dans cette région s'est développée une polyphonie vocale traditionnelle originale.

Avec ses six voix mixtes et harmonieusement complémentaires, l'ensemble polyphonique Corou de Berra s'attache depuis une quinzaine d'années à enrichir les chants traditionnels des Alpes Méridionales, prolongeant également par la composition, la vie d'un répertoire en perpétuelle évolution, à fort enracinement local mais dont la beauté lumineuse flirte en permanence avec un sentiment d'universalité.



Michel Bianco assure la direction artistique du Corou de Berra depuis sa création. Par leur présence effective sur le terrain, les recherches sur le patrimoine, les enregistrements, les créations et de très nombreux concerts, les six chanteurs du COROU DE BERRA assurent à cette expression régionale spécifique un présent vivant et dynamique.

Richard Bona
invité en 2004

Né en 1967 à Minta, au Cameroun, il est initié très jeune à la musique par ses parents. À l’âge de 4 ans, il reçoit son premier instrument, un balafon, et commence à chanter à l’église de son village. Grâce à son talent, il est rapidement invité à se produire lors des fêtes et cérémonies locales. En 1980, un propriétaire de club lui propose de former son propre orchestre et de venir jouer dans son établissement. C’est alors qu’il découvre le jazz à travers Jaco Pastorius, dont l'écoute lui fait choisir la guitare basse. Puis il découvre Miles Davis, Georges Benson, … La mort de son père vient le bousculer en 89, à cette époque il sait déjà qu’il ne restera pas longtemps seul à Douala. À l’âge de 22 ans, l’artiste débarque en Europe, d’abord en Allemagne, puis en France, afin d’y entreprendre des études en musique. Durant plusieurs années le jeune artiste écume les boîtes de jazz et multiplie ses apparitions auprès de musiciens d’envergure tels que Jacques Higelin, Didier Lockwood et Manu Dibango. Interdit de séjour en France en 1995, Richard Bona décide ensuite de s’établir à New York où il collabore avec les plus grands noms de la musique : Joe Zawinul, Herbie Hancock, Bobby Mc Ferrin, …
En 1999, Brandford Marsalis l’aide à signer chez Columbia Jazz. “Scenes of my life”, son premier album sort dans l’année, dans ce disque le musicien esquisse les contours de son univers musical.

Reverence” suit en 2001, et « Munia » dans lequel il dédie un titre à son héros Miles Davis, en 2003. Aujourd’hui sa vie n’a pas changé, elle est toujours faite de rencontres et de voyages.
« Toto Bona Lokua » l’album qu’il a concocté avec ses compères Lokua Kanza et Gérald Toto, illustre bien cet état d’esprit . Dernier album, en 2005 : Tiki.

Aïcha Redouane
invitée en 2006


Ceux qui ont eu la chance d'assister à la création du Stabat Mater de Bruno Coulais ont été frappés par la voix étonnante d'Aïcha Redouane. On peut retrouver cette grande artiste, dont le répertoire s'étend de la tradition berbère du Moyen-Atlas à l'art du maqâm du Proche-Orient en passant par le jazz-blues, accompagnée de l'ensemble al-Adwâr, dans ces deux CD consacrés aux chants de la Renaissance arabe des XIXe et XXe siècles (la Nahda).

Faïz Ali Faïz
invité en 2006

Faiz Ali Faiz, né à Sharaqpur au Pakistan, a appris la musique classique auprès de Ustad Ghulam Shabir Khan et Ustad Jafat Khan et est considéré comme le représentant le plus éminent du Qawwali. Ce chant soufi très ancien (fixé au XIIIe siècle) est une forme non orthodoxe de chant musulman, celui-ci interdisant en principe la musique. Ce chant dans sa forme actuelle résulte de la rencontre des cultures musulmane et hindoue. La voix de Faiz se caractérise par une étendue exceptionnelle et un timbre particulièrement riche qui évoque le célèbre Nusrat Fateh Ali Khan, auquel il rend hommage dans son CD "L'amour de toi me fait danser".

Chant religieux destiné à véhiculer la poésie soufie, le qawwali se caractérise par l'usage de voix masculines fortes, faisant alterner solo et choeur, répétitions et improvisations par le soutien vigoureux des tablas et de claquements de mains. Ce chant intègre des éléments profanes étrangers à la tradition, et n'hésite pas à adapter ses schémas mélodiques, rythmiques et son contenu poétique à l'auditoire. Ainsi Faiz Ai Faiz s'inspire parfois de l'esthétique musicale du cinéma, de même que Nusrat Fateh Ali Khan cherchait à capter à travers les programmes de télévision l'image acoustique des pays où il donnait ses concerts.

Rassegna
invités en 2006

Ce groupe basé à Marseille, que j'ai découvert grâce à Françoise, puis aux 18es Rencontres Polyphoniques de Calvi, représente une réussite éclatante de métissage des musiques. Je reprends à mon compte les termes de Carole Guelfucci :
"Pari audacieux que de réunir plusieurs chanteurs habituellement solistes autour d'un projet commun. Pari réussi par Bruno Allary, guitariste et arrangeur de la compagnie. Chaque membre du groupe apporte avec lui son style personnel et représente une région de la Méditerranée : la Corse (Maxime Merlandi), l'Algérie et l'Andalousie (Yarmen, Bruno Allary, Fouad Didi), l'Italie (Cesare Mattina), la Grèce et les Balkans (Georges Mas), la Haute-Provence (Renat Sette) et la Kabylie (Hassan Boukerrou)... Rassegna, "rassemblement" en sarde, porte vraiment bien son nom."

Paru le 29 octobre 2007 chez Buda Musique / Socadisc, "Venimos a ver" présente un nouveau répertoire constitué de chants découverts et travaillés ces dernières années (chants de noces, d'amour, de prisonniers,…). Les couleurs et influences musicales, par-delà celles habituellement choisies par la compagnie, se teintent cette fois de sonorités du nord de l'Espagne, de chants de cabaret napolitains, de romances sépharades, de chansons du sud de la Corse et d'airs à danser de la région de Thrace.

Ces morceaux sont arrangés, harmonisés et adaptés dans différentes langues, avec pour objectif de toujours trouver les points communs sans gommer les spécificités. Dans ce nouveau disque ont pourra découvrir, aux côtés de Bruno Allary, Yarmen, George Mas, Maxime Merlandi, Fouad Didi, Philippe Guiraud et Cesare Mattina, les voix de Carmin Belgodère et, en invités, de Selim Alial et d'Annie Ebrel. A signaler également le conseil artistique de Renaud Garcia-Fons.

Ce qui est remarquable dans la démarche de Rassegna, au-delà du travail de collecte, de sauvegarde et d'orchestration, c'est le travail d'appropriation et de re-création dans un esprit d'ouverture à l'ensemble de la Méditerranée. Ainsi, U Lamentu di Petrucciu sur un rythme de buleria met en évidence les parentés - pas si évidentes - entre le lamentu corse et le flamenco ; U Lio di Roccapina fait le pont avec l'autre rive de la Méditerranée ; La Storia di tri surelli est chanté en sicilien, en corse et en valencien; Lo jor que, qui clôt l'album, est une rumba mi-catalane, li-cubaine chantée en provençal, en grec, en arabe, en breton et en espagnol ! Tout cela pourrait être fabriqué, artificiel, et c'est tout le contraire, cette démarche d'une grande cohérence s'impose comme une évidence

Site : rassegna.free.fr/

Eva Quartet
invité en 2002

Eva Quartet est composé de quatre jeunes femmes : Gergana Dimitrova, soprano; Sofia Kovacheva, mezzo-soprano; Evelina Stoilova, alto; et Daniela Stoichkova, contre-alto, qui ont, en leur temps, fait partie du célèbrissime choeur “Le Mystère des Voix Bulgares”, qui connut un succès mondial.
Avec Eva Quartet, c’est non seulement le répertoire traditionnel et religieux des chants bulgares qu’elles interprètent, mais également des compositions originales, preuve de la modernité de la culture vocale de ce pays.
Le timbre de ces voix a capella, leur virtuosité et leur profondeur, le sentiment étrange parfois que ces quatre voix ne font qu’une, rendent chaque concert du Eva Quartet unique, une expérience musicale hors du commun.

Pino de Vittorio
invité en 2002

Giuseppe "Pino" de Vittorio, considéré comme un des plus grands chanteurs d'Italie, est originaire de la région des Pouilles, prés de Gargano (au nord des Pouilles, dans la Province de Foggia). Il a baptisé son spectacle "Le Tarentelle de! Gargano". Cette tarentelle est la danse traditionnelle de cette région, en référence à la piqûre de la tarentule. Pino de Vittorio au chant, tambourin, castagnettes, entraîne sa troupe et le public dans une transe qui remonte à la nuit des temps. Ces chants, tour à tour poignants et entraînants, restituent ces envoûtements de l'origine où percent "les convulsions tragiques des femmes malheureuses piquées par la tarentule". En fait la tarentule est l'allégorie d'une société oppressive à l'égard des femmes qui devaient baigner dans le remords et les convulsions, seul le Diable pouvant oser exprimer la vie dans ces corps bafoués. On soignait ce mal par des chants religieux destinés à chasser le mauvais sort. Puis la tarentelle devint une danse, qui devait être très vive pour donner le vertige aux démons et faire tomber la fièvre. Cette danse devint très populaire à Naples au début du XVIIIe siècle. Ville occupée longtemps par les espagnols, Naples intègra rapidement à la tarentelle des influences du fandango espagnol, tout en conservant le rythme de base.

Nahawa Doumbia
invitée en 2002


Photo Mondomix

Nahawa Doumbia est une idole au Mali et une des références vocales d'Afrique de l'ouest. La reine du Didadi - un rythme sur lequel les jeunes gens se défient lors des cérémonies et des soirées de fête aux périodes des semailles et des récoltes - a décidé un retour à la tradition instrumentale du wassoulou, manière voluptueuse et rythmée de phraser la mélodie.

Houria Aïchi
invitée en 1998 et 2002


Chanteuse chaouie, née en plein cœur des Aurès (région montagneuse de l'Algérie), Houria Aïchi travaille depuis des années sur le patrimoine musicale algérien. Patiemment, elle en collecte les derniers vestiges dans les villages oubliés et les interprète en tentant de rester aussi fidèle que possible à la tradition.


Discographie : Chants sacrés d'Algérie - Virgin Classics - EMI music (2001)
Hawa - Tempo Naive Auvidis (1993)
Chants de l'Aurès - Work Naïve Auvidis (1990)

Faytinga
invitée en 2002


Faytinga est une Kunama (peuple du nord-est de l’Érythrée). Entrée dans la lutte armée pour la libération nationale dès l’adolescence, elle souhaite aujourd’hui dépasser le registre de la guerre pour faire place à des thèmes plus personnels (amour, femmes, divorce). Elle compose la musique sur son krar (harpe-lyre). Sa voix très aigüe peut rappeler celle de l’Éthiopienne Aster Aweke.

Colenso Abafana
invités en 2002

Cette formation de neuf chanteurs et danseurs interprètre des polyphonies et danses zouloues d’Afrique du Sud. En 1995, la fin de l’apartheid leur a permis d’effectuer leurs premières tournées internationales et de venir pour la première fois en France où la formation a rencontré un accueil enthousiaste dans les principaux festivals.
Vêtus de costumes traditionnels propres au monde rural, les danseurs-chanteurs célèbrent par leurs chants la paix, la réconciliation, le respect pour les formes invisibles et le rapprochement des peuples. Leurs polyphonies sont envoûtantes, d’une perfection rythmique et harmonique absolue. Les voix sont rauques et puissantes; chantant a capella, elles s’apparentent à un gospel fiévreux et sans âge.
Les Colenso Abafana dégagent sur scène une grande générosité, empreinte de joie de danser et de bonne humeur communicative.

Erotokritos
invités en 2002

Tour à tour festive et intimiste, la musique d'Erotokritos (du nom d'une oeuvre crétoise majeure, odyssée épique et mythique écrite par Vincenzo Kornaros pendant la période de la Renaissance crétoise), est représentative de la diversité du répertoire traditionnel crétois et des multiples influences de cette île entre Orient et Occident, marquée tour à tour par les dominations grecque, romaine, byzantine, vénitienne et ottomane.


Erotokritos se compose de:
* Harilaos PAPADAKIS : lyra (sorte de violon à 3-4 cordes) et chant.
* Nikos MASTORAKIS : Guitare, laouto (luth), boulgari (proche du saz), baglama et chant.
* Jean-Philippe CHASSAGNE : tuberleki (darbouka), daouli, défi (bendir) et percussions méditerranéennes (daouli, zillia)
* Yorgos STAVRAKAKIS : laouto (luth) et mandola

Sur cet album ont peut entendre également Nilos Paraoulakis (ney) et Eric Montbel à l'askomandoura (gaïda, une sorte de cornemuse).

Egschiglen
invités en 2005

EGSCHIGLEN ("belle mélodie") a été fondé en 1991 par quatre étudiants du conservatoire d'Ulaanbaatar. Dès le début, le groupe se concentre sur la musique contemporaine Mongole, tout en explorant les arts musicaux populaires d'Asie centrale. Aujourd'hui les sept musiciens mongols se remarquent par la virtuosité de leur musique. Celle-ci prend la forme d'acrobaties vocales : le Khöömie, émission simultanée d'un bourdon et de sons harmoniques, le khailakh récitatif, ou encore le mélodieux Duulakh.
Elle se caractérise également par des recherches sur le langage sonore de la vielle cheval Morin khuur, de la cithare trapézoïdale Yootchin et du luth à deux cordes Tobshuur.
En aucun cas EGSCHIGLEN n'est poussé par l'urgence de la modernité, il évite toute hybridation mondialiste. Le groupe joue avec les transpositions mélodiques et développe une musique lumineuse mêlant fredons étranges, muettes gutturales et digressions pentatoniques.
La musique et les danses d'EGSCHIGLEN sont fortement marquées par l'univers poétique des nomades mongoles et les traditions chamanes. Elles nous transmettent l'harmonie d'un peuple vivant en accord avec la nature et ses cinq bijoux « les chevaux, les chameaux, le bétail, les moutons et les chèvres. »
Et si les sonorités mongoles semblent étranges et mystérieuses pour des oreilles occidentales. En particulier les chants Khöömie... Comment imaginer qu'une voix peut produire de telles aigues et graves en même temps ?
EGSCHIGLEN exprime des sentiments humains de base : amour, douleur et gratitude. Sa musique nous est donc aussi familière. Elle nous rappelle qu'au delà de toutes les différences culturelles, certains éléments sont communs à l'existence humaine.

Source : Accords croisés - http://www.accords-croises.com/fr/artistes.asp?artiste=26

Julia Sarr
invitée en 2006



Photos Mondomix

Julia Sarr a chanté pendant près de douze ans aux côtés de Lokua Kanza et des plus grands noms des musiques françaises et du monde. Patrice Larose, jazzman et guitariste flamenco, a été le compagnon fidèle de Marcio Faraco sur ses deux derniers albums. Ces deux-là commencent à peine à faire connaître leur nom et ce n’est qu’un début.

CD Set Luna

Silvia Malagugini - Compagnie Nonna Sima
invités en 2005

Quatre chanteurs solistes issus de mondes musicaux différents composent la Compagnie Nonna Sima : Joëlle Faye et Silvia Malagugini travaillent les " modes " du chant traditionnel italien. Edmond Hurtrait et Frédéric Lair viennent quant à eux du monde classique et pratiquent depuis longtemps le chant baroque. Les instruments de Mathias Duplessy (tambours, berimbao, oud, guitare) et son chant diphonique, accompagnent et enrichissent les polyphonies de" Mystères ".

Ces chants sont l'expression du sens religieux du peuple, à la lisière du sacré et du profane : ils sont ancrés dans la terre, liés aux cycles de la vie de l'homme, et ils expriment également le besoin d'absolu et de protection dans un cadre rituel. " Mystères" suit un parcours liturgique de l'annonciation à la Passion du Christ. Ce récit est aussi bien constitué de chants extraits du Laudario di Cortona (recueil italien de louanges du XIII siècle) et des airs de Monteverdi, que des Passioni italiennes, représentées en Italie pendant la Semaine Sainte.

"Dans l'imaginaire populaire italien, Marie tient un rôle très important. Elle est à la fois femme aimante, femme miséricordieuse, symbole du mystère de la conception et surtout "la grande mamma", notre mère à nous tous, personnage incontournable dans la culture matriarcale italienne.
Pour chanter l'histoire de cette mère, de l'annonce de l'ange Gabriel à la naissance et à la Passion de son fils Jésus, nous nous sommes inspirés principalement d'un recueil populaire de laudes du XIII siècle, le Laudario di Cortona.
Ces louanges dites et chantées pour la première fois en italien, la langue du peuple, et non en latin, la langue officielle de l'église, sont souvent très poétiques. Elles expriment les différentes facettes d'une madone à la fois terrienne et sensuelle, généreuse et protectrice, paysanne et archaïque, la même que l'on découvre dans les peintures des églises romanes et byzantines, ou dans les miniatures des parchemins.

Nous avons traité notre matière musicale, non comme des musicologues, mais plutôt comme des chanteurs traditionnels, créant des polyphonies à partir des monodies des Laudi. A cette relecture très libre (nous avons modifié certaines mélodies pour nos besoins) s'ajoutent de nouvelles compositions et quelques airs inspirés de Monteverdi. Par ailleurs nous avons mélangé au répertoire du Laudario d'autres chants populaires, dont certains issus des Passioni encore chantés dans le sud de l'Italie. Une Italie qui garde dans son patrimoine traditionnel des influences espagnoles et arabes, une Italie méditerranéenne, pont entre Orient et Occident. Il était donc logique de choisir des instruments de ces différentes traditions pour accompagner nos chants. "

Silvia Malagugini

Ensemble Leyli
invité en 2006

Les miniatures et les peintures anciennes attestent la vitalité des pratiques musicales féminines, à la Cour comme dans la sphère publique, et cela jusqu’au renouveau de la musique savante des années 1850.
Plutôt que de s'efforcer d'imiter le chant et le style instrumental où les hommes excellent, certaines artistes, comme celles réunies dans l'Ensemble Leyli (*), ont choisi de renouer avec un style et un répertoire proprement féminins.
Leur musique se caractérise par la grâce et la légèreté, la fidélité aux canons, la finesse et la pureté de l'interprétation, autant de qualités devenues rares dans les ensembles actuels. Les instruments sont ceux que l'on voit dans les mains des musiciennes sur les représentations anciennes: la vièle kamânché, les luths setâr et 'ud ou barbat, et le tambour sur cadre, dont s'accompagne nécessairement toute chanteuse digne de ce nom.
Les pièces instrumentales et vocales sont agencées en cycles courts, qui laissent occasionnellement la voix prendre son essor dans d'émouvantes séquences de chant libre, et qui se concluent souvent sur des airs conçus pour la danse.

(*)
Azadé Hojat: chanteuse, tambour dâyré
Leyli Atashkar: luth setâr
Asaré Shekartchi: vièle kamântché
Nushin Pasdar: luth barbat, tambour zarb

Source : L'Ecoute des mondes, http://www.rsr.ch/espace-2/l-ecoute-des-mondes/selectedDate/27/8/2006

Huun-Huur-Tu
invités en 1996 et 2007

La musique traditionnelle de Touva, République autonome à la frontière de la Sibérie et de la Mongolie, a la particularité de vouloir développer un caractère mystérieux et magique, celui de domestiquer les animaux sauvages, de calmer les esprits, de nous faire entendre les chants des oiseaux, le ruissellement de l’eau ou le hennissement d’un cheval.

Cette musique se rattache à la tradition chamanique très ancrée dans ces contrées. On sait que la culture chamanique est une des voies spirituelles les plus anciennes de la terre. Elle s’attache à maintenir un certain équilibre de la société et une harmonie positive des individus en les situant un pied sur terre, et l’autre dans le monde des esprits.

Le « vol chamanique » est le voyage de l’âme qui peut emmener les chamans dans d’autres réalités vers d’autres régions du monde. La musique s’inscrit dans ce voyage et conduit l’auditeur sur ces voies mystérieuses.

 

Huun Huur Tu est une expression par laquelle les Tuvan désignenet leur terre, en référence aux rayons du soleil frappant la prairie au crépuscule et à l'aube. Les membres de l'ensemble ont choisi ce nom pour souligner l'attachement aux traditions pastorales propres aux plaines du Sud de la Sibérie dont ils sont originaires.

La musique par laquelle la République de Tuva est la plus connue est le chant diphonique ou kloonei (mot mongol pour gorge). Par des mouvements précis des lèvres, de la langue de la mâchoire, les chanteurs intensifient certaines harmoniques naturelles de la voix.

Ce chant diphonique se caractérise par l’émission conjointe de deux sons à partir des voyelles réputées riches en harmoniques.

L’un de ces sons est dit « son fondamental » ou « bourdon ». C’est un son continu, alimenté par le souffle du chanteur.>/SPAN>

L’autre dit « son harmonique » varie, dans les hauteurs, au gré du chanteur. La position de la langue joue un rôle prépondérant pour l’émission du son : si elle est au repos, le chanteur, au dessus du bourdon, ne peut exécuter que deux ou trois harmoniques. En revanche, s’il change la position de sa langue en divisant sa bouche en deux cavités, les sons harmoniques deviennent plus aigus, intenses et nombreux.

Les harmoniques se succèdent alors jusqu'à former des mélodies pentatoniques tissées entre les textes chantés.

Chez les Touvins, étonnamment, on rencontre quatre techniques principales de chant diphonique avec un bourdon à hauteur variable :

1 Le style kargyraa : le son le plus grave a un timbre très spécial évoquant le cor de chasse.( Le battement des cordes vocales est très lent puisqu’il oscille entre 55 et 65 Herz.)

2 Le style borbannadyr : le timbre du bourdon est plus doux que celui du style Kargyraa. La particularité ici est que le chanteur peut alterner ces deux styles dans une même pièce musicale. (bourdon à 110 Herz)

3 Le style sygyt : il possède un bourdon ou son fondamental plus aigu, entre 166Herz et 220Hz (« la »grave). Le chanteur peut ainsi superposer sur le bourdon, une mélodie d’harmoniques extrêmement aigus.

4 Le style ezengileer : variante du chant précédent, ce style est caractérisé par un rythme saccadé que l’on retrouve dans le choc des étriers du cheval au galop. Il est donc surprenant de penser que la bouche joue un rôle aussi fondamental. A cet égard, certains chanteurs de Touva arrivent à rajouter une troisième voix !

Il faut savoir que chaque son musical fondamental possède au minimum une série de 16 sons harmoniques dont l’ordre est inchangeable. Si, par exemple, vous écoutez attentivement le son d’un gong ou d’une cloche, vous pourrez en entendre quelques uns.

Les instruments de musique présentés au concert de Huun-Huur-Tu sont représentatifs du patrimoine musical de Touva. Cependant, on peut chercher des points de comparaison avec nos instruments de musique occidentaux.

On distingue d’une part les instruments à cordes frottées ; ainsi l’igil se rapprocherait d’un violon mais posé sur la jambe, alors que la byzancy rappellerait aussi un violon dont l’archet serait intégré à l’instrument même.

L’igil : ( prononcer « iguil ») ; C’est une vièle à 2 cordes dont la caisse de résonance et le manche sont taillés dans un seul morceau de bois (du mélèze en général).Quant au chevalet et aux deux chevilles, ils sont fabriqués en bouleau.

Cette vièle peut avoir une forme trapézoïdale ou allongée. Le manche se termine par une belle tête de cheval sculptée. L’igil produit toujours une mélodie à deux sons, la corde grave servant de bourdon. La position du musicien n’est pas toujours la même ; s’il s’agit d’une fête, l’instrumentiste est assis sur un tapis. S’il s’agit au contraire d’un concert, ce dernier est assis sur une chaise, sa jambe gauche posée sur sa jambe droite, l’instrument calé sur le haut de la botte de l’interprète !

La byzancy : C’est une vièle à quatre cordes dont la caisse de résonance est en bois. L’archet dont le crin est composé d’une touffe de cheveux ne peut se détacher des cordes. De plus, un anneau métallique permet de raccourcir la longueur des cordes et donc de modifier la hauteur des sons. Plus la corde est courte, plus le son est aigu.

Le doshpulur : C’est un luth à deux cordes dont la caisse de résonance peut être ovale, arrondie, piriforme, c’est-à-dire en forme de poire, ou encore trapézoïdale. On en joue en pinçant les cordes de sorte que les sons puissent être entendus de manière alternée ou simultanée.

La guimbarde : C’est un des instruments les plus répandus à Touva. Fabriqué en fer, elle comprend un cadre de forme de trapèze qui maintient et enserre une languette. Cet instrument se joue en mettant en vibration la languette du majeur ou du pouce de la main droite, tandis que le pouce et l’index de la main gauche maintiennent l’instrument. La cavité buccale sert de résonateur et de fait amplifie le son.

Les instruments à percussion : le tambour chamanique - tambour de terre - sabots de cheval – sorte de maracas en peau.

Les Touvins ne vivent pas de la même façon, selon le lieu géographique où ils se trouvent.

A l’ouest, ce sont des nomades qui élèvent chevaux, chameaux, yacks, moutons, vaches, chèvres et même parfois rennes… Ils mènent une vie de nomades, obligés d’effectuer des transhumances plusieurs fois par an : l’élevage, l’activité agricole et la chasse sont leurs principales occupations. A l’ouest, les membres de la famille forment un clan, transhument ensemble et s’hébergent dans des campements formés de plusieurs « yourtes ». (tente en feutre)

A l’est, le peuple est sédentaire et vit aussi de la chasse. A l’est, ils vivent dans un habitat conique. Leurs maisons sont recouvertes d’écorce de bouleau l’été, de peau d’élan l’hiver !

Tout diffère encore de l’ouest à l’est quand il est question de modes vestimentaires (costumes et motifs décoratifs très différents).

La musique et le chant sont intimement liés à la vie quotidienne de Touva.

On peut évoquer des berceuses, des chants d’apprivoisement quand les bêtes, agneaux ou chameaux, sont gardés par grands froids sous la yourte.

Il y a aussi les chants de travail, les récitations chamaniques, les chants pour les courses de chevaux.

Enfin les chants liés à une action physique ont leur place dans un pays assez rude : chants lorsque l’on trait une vache ou une chèvre ou lorsqu’il s’agit de motiver son cheval avant la course

Giovanna Marini
invitée en 1996, 2001 et 2007

Née le 19 janvier 1937 à Rome dans une famille de musiciens, Giovanna Marini est une musicienne, chanteuse, chercheuse en ethnomusicologie. Son activité protéiforme en a fait l'une des figures les plus importantes dans les domaines de la recherche et de l'exécution de la tradition musicale populaire italienne, mais elle compose également.

En 1959, elle obtient son diplôme en guitare classique au Conservatoire Sainte-Cécile de Rome puis perfectionne son apprentissage et sa pratique avec le plus grand guitariste classique alors vivant, Andrès Segovia. Dans le même temps elle se consacre à l'étude et à la pratique d'instruments à cordes antique comme le luth dont elle joue au sein du Concentus Antiqui du maestro Quaranta.

Sa rencontre avec Pasolini marque une étape fondamentale dans sa vie. Cette rencontre sera d'ailleurs racontée par Giovanna Marini dans un inoubliable et émouvant enregistrement qui demeure une des meilleures descriptions du caractère et de la façon d'être de Pasolini. Elle rencontre aussi Italo Calvino, auteur à son tour de textes de chansons pour Cantacronache. C'est la découverte du chant social, ou de ce que, selon une définition de probablement Giovanna elle-même, l'on commence à définir comme l'histoire orale chantée, dans le sens d'enregistrement populaire des événements historiques, au moyen de l'instrument privilégié de la chanson de composition anonyme et de transmission orale (encore active dans l'Italie des années 60 et dans une société qui, de typiquement rurale, se transformait radicalement en société industrialo-urbaine).

Tout en participant à des spectacles, elle parcourt l'Italie et recueille une masse infinie de chants populaires en langue italienne et dans les différents dialectes et langues régionales. Ce sera le matériau fondateur du Nuovo Canzoniere Italiano, avec lequel Giovanna Marini se produit à côté des groupes formés par les plus grands interprètes italiens de la nouvelle chanson politique, comme Giovanna Daffini, une "chanteuse paysanne" dont Marini apprend l'émission vocale particulière et le répertoire. Elle collabore également avec le célèbre poète en langue sarde Peppino Marotto, duquel elle apprend l'art de la narration populaire improvisée.

Giovanna Marini devient un pilier de l'Institut Ernesto De Martino, où elle va cataloguer l'énorme quantité de chants populaires découverts et pour lesquels elle parvient même à créer un système particulier de notation musicale. C'est une véritable œuvre de transcription de la mémoire, permettant ainsi sa transposition pour la scène. Elle va enfin trouver au sein de l'École populaire de musique du Testaccio des musiciens avec lesquels jouer et pour lesquels elle écrit "La grande madre impazzita" (1979). Elle affronte ensuite l'écriture pour instruments et voix avec "Il regalo dell'imperatore" (1983) et "Requiem" (1985). Pour le bicentenaire de la Révolution française en 1989, elle met en musique la Déclaration universelle des droits de l'homme.

En 1974, l'École populaire de musique du Testaccio à Rome lui confie la chaire d'ethnomusicologie appliquée, soulignant ainsi l'extrême importance de Giovanna Marini en tant que chercheuse dans ce domaine. De 1991 à 2000, elle sera également titulaire de cette même chaire au sein de l'Université Paris VIII – Saint Denis. Avec ses élèves romains et parisiens, elle va accomplir des voyages d'étude pour écouter et transcrire les chants de tradition orale encore présents en Italie lors des fêtes religieuses et profanes.

En 1964, elle participe, à Spoleto, au spectacle "Bella ciao" qui reste gravé dans les mémoires pour avoir provoqué scandales et réactions indignées du public. L'activité de Giovanna Marini se poursuit avec des spectacles et initiatives qui illustrent l'histoire du recueil des traditions populaires italiennes, comme "Ci ragiono e canto" (1965), dirigé par Dario Fo. Elle commence également à composer de longues ballades (plus exactement des cantates) dans lesquelles elle raconte son expérience et qu'elle interprète seule en scène, s'accompagnant exclusivement à la guitare. Naissent ainsi "Vi parlo dell'America" (1965) et autres compositions pour arriver jusqu'à l'"Eroe" (1974). En 2002, elle grave, avec Francesco De Gregori, l'album "Il fischio del vapore" qui obtient un succès de vente sans précédent et fait enfin connaître son nom au grand public. En 2004, elle met en musique la "Ballata del carcere di Reading" et le "De profundis" d'Oscar Wilde. En 2005, pour le Festival Angelica de musique contemporaine, elle compose la musique sur le texte de Pasolini "Le ceneri di Gramsci" qui sera exécuté par le cœur Arcanto de Bologne et qui sera édité au disque en 2006 sous le titre "Le ceneri di Gramsci – Oratorio à plusieurs voix – du chant de tradition orale au madrigal d'auteur".

En 1976, elle fonde son quatuor Vocal, pour lequel elle écrit des cantates, de "Correvano coi carri" (1977), pour arriver à "Sibemolle" et à la "Cantata del secolo breve" (inspirée de l'œuvre historique d'Eric Hobsbawm) présentée au théâtre de Vidy à Lausanne en 2001.

Après avoir travaillé sur les différents placements de voix : voix baroque, voix lyrique, voix contemporaine, voix traditionnelle, les chanteuses qui composent le quatuor appliquent les règles et les styles du chant traditionnel italien.

La Torre di Babele s’inspire d’une légende, celle d’un héros que son peuple idolâtre mais qui a de la peine à se reconnaître dans les récits faits à son sujet. Il s’agit donc d’un récit chanté écrit pour les voix de Patricia Bovi, Francesca Breschi, Patricia Nasini et Giovanna Marini.

Un livre CD passionnant qui reconstitue le parcours créatif de cette très grande artiste :

Giovanna Marini, Il Canto necessario
Ignazio Machiarella et Giovanna Marini
Editions Actes Sud

 

Site : www.giovannamarini.it/

Daniele di Bonaventura
invité en 2007

Né en Italie, à Fermo dans les Marches, Daniele di Bonaventura, compositeur et arrangeur, pianiste et bandonéiste, a cultivé dès le début de son activité musicale un fort intérêt pour la musique improvisée tout en ayant reçu une formation musicale classique (diplôme en composition) commencée dès l'âge de 8 ans avec l'étude du piano, du violoncelle, de la composition et de la direction d’orchestre.
Ses collaborations s'étendent de la musique classique à la musique contemporaine, du jazz au tango, de la musique ethnique à la world music, avec des incursions dans le monde du théâtre, du cinéma et de la dance.
Il a joué dans les principaux festivals italiens et internationaux parmi lesquels :
Rumori Mediterranei à Roccella Jonica en 1987 et 88; Jazz & Image de Villa Celimontana à Rome, Ravenna Jazz 2000 , Clusone Jazz 2001, Biennale Arte Venezia 2001; Sant'Anna Arresi Jazz 2004; Festival della Letteratura Mantoue 2004; Cormòns 2005, Accademia Nazionale di Santa Cecilia saison musique de chambre 2005-06;
Angleterre : Music Hall Festival et Royal Festival Hall à Londres;
Pays-Bas : Music Hall à Leeuwarden;
Allemagne : 30° Deutsches Jazz Festival à Francfort; Berlin Jazz Festival;
Espagne : Festa de la Mercè à Barcelone;
Egypte : Opera du Caire;
Norvège : Olavsfestdagen à Trondheim;
France, Suisse, Portugal, Brésil, Argentine, Slovénie, Croatie...
Il a joué, enregistré et collaboré avec :
Enrico Rava; Paolo Fresu; Oliver Lake; David Murray; Miroslav Vitous; Rita Marcotulli; David Liebman; Toots Tielemans; Omar Sosa; Flavio Boltro; Joanne Brackeen; Greg Osby; Ira Coleman; Dino Saluzzi; Guinga; Javier Girotto; Cèsar Stroscio; Tenores di Bitti; Enzo Favata; Aires Tango; Peppe Servillo; David Riondino; Francesco Guccini; Sergio Cammariere; Lella Costa; Eugenio Allegri; Giuseppe Piccioni; Mimmo Cuticchio; Custòdio Castelo; Andrè Jaume; Tiziana Ghiglioni; Furio Di Castri; U.T. Gandi; Luis Agudo; etc.. 
Il a publié plus de 30 disques sous diverses étiquettes discographiques: Via Veneto Jazz; Philology; Manifesto; Felmay; Amiata Records; Splasc(H); World Music; CCn’C Records; Dodicilune; et récemment en 2003 pour il Manifesto CD son dernier CD “Suite per Bandoneon e Orchestra", composé pour l’Orchestra Filarmonica Marchigiana.


 

Ses dernières collaborations sont celles avec Miroslav Vitous, pour son CD  "Universal Syncopation II" publié chez ECM; et avec Ornella Vanoni pour le morceau Nuova Vita qui sera publié sur son nouvel album dont la sortie est prévue pour septembre 2007.

Elena Ledda
invitée en 2007

Elena Ledda (Selargius, Cagliari 1959) est une des voix les plus importantes de la scène de musique traditionnelle italienne. Enfant prodige, elle commence à chanter très jeune avec un groupe de Quartucciu avec lequel elle restera jusqu'à l'âge de 16 ans. Elle commence des études classiques de chant au Conservatoire de Cagliari où elle fréquantait déjà le cours de hautbois. De 1977 à 1979 elle collabore avec la Cooperative Teatro di Sardegna qui présente une série de spectacles basées sur les oeuvres de Brecht et Wedekind. L’expérience la pousse à former en 1978 le quartette Quelli dell’Orco Nuovo, qui cesse son activité en 1983, avant de se reconstituer en 1994 sous le nom de Scaramella.
C'est en 1979 que sort son premier album, Ammentos, une sélection de chants traditionnels où elle est accompagnée par son frère Marcello Ledda à la guitare et Mauro Palmas aux launeddas. La même année elle entre dans le groupe Suonofficina, formé par Palmas, avec lequel elle entreprend une longue activité de concerts dans les plus importants festivals italiens, suisses et allemands.
Le nouveau disque, Is Arrossas, paru en 1984, se vend à 15 000 exemplaires rien qu'en Sardaigne. La même année elle participe au disque de l'étoile naissante de la musique new age, Andreas Vollenweider, dont elle avait fait la connaissance en Suisse trois ans auparavant. Elle enregistre également avec Suonofficina Landimironnai, qui obtiendra trois ans plus tard le prix de la critique en Allemagne. Le groupe présente au Festival de Zurich le projet Ai confini tra Sardegna et jazz, avec, parmi d’autres musiciens sardes, Paolo Fresu et Antonello Salis. Un mois seulement après, Elena Ledda et Mauro Palmas participent au prestigieux Italian Project d’Enrico Rava, présenté à la Filarmonica de Berlin.
Sonos, en 1987, représente l'évolution naturelle de Suonofficina, inaugurant le projet d'un groupe ouvert où joueront des grands noms tels que Riccardo Tesi, Riccardo Lay, Sandro Satta. Coautrice avec Palmas et Alberto Balia du spectacle Far away wave en Australie, Elena Ledda collaborera avec Lester Bowie, puis avec Don Cherry pendant la tournée suivante.

Après une série de tournées de concerts entre 1988 et 1992, elle signe avec Silex pour la publication de Incanti, un album qui témoigne l’aboutissement de son itinéraire artistique, avec une formation élargie à Riccardo Tesi à l’accordéon diatonique et Giorgio Baggiani à latrompette.

En 1995 elle participe au projet Canti randagi et en 1996 à « Sonos ‘e memoria » (film de Gianfranco Cabiddu). En 2000 elle publie Maremannu, "Choc" du Monde de la Musique et "Bravo" de Trad Mag . Son dernier disque, Amargura, sorti en 2005, bénéficie des arrangements de Lino Cannavacciuolo.

Elle est également sur la musique enregistrée par Paolo Fresu pour le film de Gianfranco Cabiddu, Sonos 'E Memoria.

Au printemps 2007 elle participe au spectacle théatral Médée mis en scène par Orlando Forioso avec A Filetta et Lia Careddu qui sera présenté en Sardaigne, à Livourne et à Calvi.

Discographie

1979 Ammentos (Durium)
1984 Is Arrosas (Key Records)
1988 Sonos (Play Game Music)
1993 Incanti (Silex)
1999 Sonos Langanos (Condaghes) con M. Palmas
2001 Maremannu (Biber)
2005 Amargura (Aquadia)


 


Paolo Fresu
invité en 2007