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A FILETTA : discographie


Dernière mise à jour de la page :
03/06/ 2008

 

Note : Les collaborations d'A Filetta aux musiques de film de Bruno Coulais sont ici.

Voir les vidéos en bas de page.

La discographie complète d'A Filetta, du plus récent au plus ancien : 


BRACANÀ (sortie annoncée le 26 mai 2008)

bracanà

"A vita cerca sempre un pratu novu à pasce"
"Le temps ne manque jamais au temps d'une vie qui va."

"Bracanà" dont la traduction pourrait être "bariolé" ou "changer de couleur à l'approche de la maturité" est le titre de ce nouvel album sur lequel figurent 14 chants, a cappella toujours, superbement arrangés.
Les voix saisissent l'émotion, l'amplifient, la précisent.
A Filetta donne à entendre certaines de ses créations jusqu'ici inédites, notamment les chants d'un "Via Crucis" créé à Calvi sous la direction d'Orlando Forioso.
Les textes (hormis ceux de la liturgie) sont signés Jean-Claude et Jean-Yves Acquaviva, Primo Levi, Pampasgiolu et Petru Santucci.
Ce nouveau recueil reflète le chemin parcouru depuis quelques années par ce groupe qui dit vouloir "être ce qu'il défend plus que défendre ce qu'il est."

1 – 1901
(Jean-Claude Acquaviva/
Jean-Claude Acquaviva)
Un texte à la mémoire de deux Géorgiens (Tao et Georges), nés tous les deux en 1901 et ayant eu des destins parallèles : naissance dans le Caucase puis exil et mort loin de chez eux. Des mots adressés à leurs enfants qui disent l'amour de la terre natale, la nostalgie mais aussi la crainte du retour.
2 – Dies irae

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis.
3 – Alilo

(traditionnel géorgien)
Chant de Noël géorgien, transmis à A Filetta par "Les Voix de Géorgie".
4 – Lode à una simpatica zitella

(Pampasgiolu/traditionnel)
Il s'agit d'un texte du poète Pampasgiolu, remanié par l'auteur quelques mois avant sa mort, dans lequel il loue les qualités d'une jeune fille à qui il rend hommage. Cette jeune fille n'est autre que Geneviève Geronimi, future maman de Jean-Luc Geronimi qui interprète ici ces louanges.
5 – Benedictus

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis.
6 – L'invitu (extrait)

(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Cet extrait est la partie terminale de "L'invitu", chant I de Médée, où le chœur appelle de ses vœux la célébration des noces royales tout en demandant à Médée, l'épouse répudiée, de quitter le royaume.
7 – Beati

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis. 
8 – U cantu di l'acqua

(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Un chant issu du Via Crucis qui intervient dans la passion du Christ : au moment où Pilate remet entre les mains du peuple juif le destin de Jésus de Nazareth. Un texte mettant en relief l'ambivalence de l'eau, habituellement symbole de vie se changeant ici en annonce de mort.
9 – Nana

Traditionnel
Berceuse géorgienne.

10 – Meditate
(Primo Levi/Jean-Claude Acquaviva)
Sur un texte de Primo Levi extrait de "Se questo è un uomo", cette création issue du Via Crucis rappelle l'impérieuse nécessité de ne pas oublier que l'horreur et la barbarie furent, sous peine de les voir ressurgir.
11 – Liberata
(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Il s'agit du générique du téléfilm tourné en Balagne et ayant pour thème, la résistance en Corse durant la seconde guerre mondiale. Ce texte fut écrit à la mémoire de Pierre Griffi, jeune radio débarqué d'Alger, exécuté à Bastia en 1943 par les chemises noires.

12 – Scherzi veranili

(Petru Santucci/Jean-Michel Giannelli)
Des paroles de Petru Santucci qui mettent en exergue le sentiment d'angoisse du poète à l'approche du printemps. : il juge cette saison peu sincère parce que trop euphorique.

13 – Cuntrastu

(traditionnel) Voici restituée une joute poétique pleine d'humour et de sous-entendus entre un mari "fourbu" et son épouse jalouse qui lui reproche ses infidélités.

14 – Treblinka

(Jean-Yves Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Un texte de Jean-Yves Acquaviva qui dit avec beaucoup de sensibilité l'espoir malgré l'horreur, la vie malgré l'enfer, rappelant d'autres écrits majeurs de Levi, Amry ou Semprun.

Première écoute : un enchantement total


Nous faisons partie des quelques privilégiés ayant pu d’ores et déjà acquérir Bracanà,dont la disponibilité dans les bacs devrait être retardée de quelques jours pour cause d'incendie de l'unité de fabrication du CD !
J'ai déjà pu l’écouter plusieurs fois et en savourer chaque chant.

D’abord, le contenant : un design original pour la belle pochette, une jaquette d'une vingtaine de pages s’ouvrant sur un texte d’introduction rédigé par Giovanna Marini, et les textes (originaux et en français) des chants. 

Venons-en au contenu. A Filetta a encore atteint un sommet. C’est ce qu’on se dit à chaque disque, mais cette fois, on a vraiment le sentiment que le groupe a atteint une plénitude, une maturité, qui, loin de l’ancrer dans la routine, le poussent au contraire à explorer en toute liberté de nouveaux sentiers.

D’emblée, 1901 captive. La basse continue empruntée au chant géorgien, l’exposition du premier thème par Jean-Luc, bientôt rejoint par les autres, l’entrée de Jean-Claude, le subtil balancement du deuxième thème, avec par moments des accents d'Himalaya, la profondeur des basses, l'infinie douceur de la mélodie, l'envol final sur le mot "Geurgia"... Un chant qui ne vous quitte plus.

Le Dies Irae qui suit est au même niveau. Un chant étonnament apaisé, l'angoisse du jour de la colère n'arrivant qu'à la fin sur les mots "Dona eis requiem". Une richesse incroyable dans l'arrangement des voix. Une polyphonie au plein sens du terme !

Alilo marque une certaine rupture de climat en revenant au chant géorgien traditionnel. On avait oublié, tant le chant d’A Filetta sait être doux, comme il peut aussi être puissant.

Dans Bracanà, les chants traditionnels ne sont plus représentés que par deux monodies chantées par Jean-Luc. La première est Lode à una simpatica zitella, composée par Pampasgiolu... en hommage à la future maman de Jean-Luc, qui est évidemment parfait dans ce chant.

Le Benedictus du Via Crucis est d'une modernité inouïe. Les contre-chants complexes succèdent aux passages scandés, en une profusion incroyable. Chaque voix chante une partition différente mais l’ensemble reste d’une cohérence parfaite. Le magnifique changement d'accord apporte encore un peu plus d’émotion. Et ce qui pourrait n’être que démonstration technique ou virtuosité gratuite garde toujours un sens profond. Du grand art.,.

Est-ce seulement la briéveté de l’extrait de L’Invitu qui nous le fait paraître renforcé par rapport à la version intégrale parue sur le disque ? Je ne le crois pas. Jean-Claude nous avait fait part de son insatisfaction sur la fin de ce chant dans le CD de Médée. Ici les trois parties de ce court extrait prennent toute leur force. Une merveille !

Beati
, autre chant issu du Via Crucis,est un des rares chants d'A Filetta à être chantés à pleine voix. Ce qui ne lui ôte pas une once de subtilité.  

U Cantu di l’acqua est construit en deux parties : une exposition à pleine voix, puis une reprise très douce avec la voix de Paul en premier plan. Puis une sorte de pont introduit une nouvelle exposition du thème principal puis du deuxième.

La Nana géorgienne, qui remplace désormais Makharia en ouverture des concerts, est encore un modèle de douceur avec la voix de Jean-Claude soutenue par un magnifique contrechant de Paul.

Meditate a beaucoup évolué depuis sa création en 2003. Un foisonnement d'échos de voix scandant les paroles de Primo Levi : "Meditate... Scolpitele nel vostro cuore..."

Dès les premières notes de Liberata (Alba...), on est parcouru de frissons. Le chant se fait tantôt caressant, tantôt puissant, tantôt déchirant. Ici, à l’inverse des concerts, Jean-Claude récite le texte avant de chanter. Ne cherchez pas à suivre le texte imprimé, A Filetta déstructure le texte, utilisant syllabes et sonorités pour créer une assise rythmique et mélodique, un peu comme le feraient des jazzmen avec le scat. Personnellement, j’ai une (très) légère préférence pour la version de "l’Européen", et j’ai encore en mémoire celle de Calvi, avec le sublime solo de Paolo Fresu ! Mais on se situe à un niveau très, très élevé.

Les Scherzi veranili, sur un texte de Petru Santucci et une musique de Jean-Michel Gianelli, permettent notamment de mieux entendre la belle voix grave de Ceccè.

La deuxième monodie, Cuntrastu, est en fait une sorte de chjami è respondi entre un mari un peu coureur et une épouse très jalouse. Jean-Luc la chante avec un art qui n’appartient qu’à lui, mélange incomparable de rugosité et d’élégance. Sa façon de phraser, de prendre appui sur les syllabes est inimitable.

Et enfin, Treblinka. Pour la petite histoire, Jean-Claude avait le texte magnifique de Jean-Yves Acquaviva et a proposé de le mettre en musique pour compléter le disque. En quelques minutes, le chant était écrit ! C'est difficile à croire tant ce chant est magnifique !
Le thème principal exposé presque en un murmure par Jean-Claude, se répète en une boucle lancinante, d'abord scandée par des notes de piano, puis soutenue, à partir du deuxième couplet, par un extraordinaire bourdon à bouche fermée. Le troisième couplet voit l'entrée de toutes les voies sur le thème principal, toujours soutenues par le bourdon, avec des sortes d’oscillations autour des notes basses créées par Paul et Jean-Luc, suggérant une atmosphère glacée. Il faut écouter Jean-Claude prononcer le mot "Treblinka" à la fin du 3e couplet… Et les sublimes contre-chants de Jean-Luc et Paul à la fin, sonnant comme des instruments à vent, tirant vers la dissonance.
Le plus fort, dans ce chant, c’est que l'espoir malgré l'horreur, la vie malgré l'enfer, sont présents. "A vita cerca sempre un pratu novu à pasce", tel est le message de cette oeuvre qu'on n'oublie plus quand on l'a entendue. Après deux concerts, je trouve les notes de piano de la version enregistrée presque superflues. Là encore, la version en concert est encore plus belle, plus émouvante (mais tout est relatif à ce niveau). Quand le groupe se décidera-t-il à publier un CD (ou un DVD) live ?  

MEDEA

Chœur I : L’invitu
Chœur II : L’arditezza
Chœur III : U casticu
Chœur IV : U furore


Durée totale : 46 minutes 30
Enregistré début 2005 au Couvent de Marcassu, I Catari

Neuf ans après la création de ce Medea au théâtre, voici enfin le disque, dédié à la mémoire de Maï récemment disparue. Ces quatre compositions de Jean-Claude Acquaviva, qui évoquent les amours passés de Médée la Caucasienne et de Jason, l’épopée des argonautes et enfin, la fureur meurtrière de l’épouse répudiée, puis bannie du royaume, sont d'une créativité inouïe (un OVNI, selon Bruno Coulais), bien au-delà de ce que le public peut entendre couramment en matière de polyphonies corses.

Cette création émouvante, unique, universelle, est vraiment une œuvre novatrice, avec de lointains échos des chants du bassin méditerranéen, notamment de Géorgie, tout en prenant ses racines dans le chant corse traditionnel. C'est aussi une charnière dans le parcours d'A Filetta.

Les chants II et III retracent l'épopée et les vicissitudes des Argonautes, alors que dans les chants I et IV, le choeur exprime essentiellement la condamnation de la monstruosité de Médée, transgressant la norme humaine.

"Jason est fils d'Eson, roi d'Iolkos en Thessalie. Pélias, frère d'Eson, s'est emparé du trône et a envoyé son neveu en Colchide. Il lui restituera son titre de roi à la condition expresse qu'il ramène la Toison d'Or. Il s'agit de la peau d'un bélier grâce auquel Phrixos est parvenu à s'enfuir en traversant la mer Egée. Il a sacrifié l'animal et a offert la peau de ce bélier à Aietès, roi de Colchide, qui l'a accueilli chez lui.

Jason, avec l'aide de la déesse Athéna, construit le premier navire en abattant les arbres du Pélion. Ce sera la nef Argo. Il s'embarque avec l'élite des héros grecs, parmi lesquels Hercule, Orphée, Typhis qui sera le premier pilote. Aietès soumet Jason à un certain nombre d'épreuves dont il triomphe grâce à l'aide de Médée, la fille du roi de Colchide. Jason l'a séduite et lui a promis de l'épouser, et grâce à ses pouvoirs de magicienne il parvient à mettre sous le joug deux taureaux soufflant du feu et à endormir le dragon qui gardait la Toison d'Or.

Médée et Jason s'enfuient, emportant avec eux le jeune frère de Médée Absytos. Médée l'assassine, le démembre et jette un à un ses membres sur la route pour freiner la progression de son père qui les poursuit.
De retour à Iolkos, Jason réclame son dû, mais Pélias lui refuse le trône. Alors Médée va inventer une ruse terrible pour se débarrasser de l'usurpateur. Elle parvient à convaincre les filles de Pélias qu'elle est capable de rajeunir leur père. Pour ce faire, elle se saisit d'un bélier, le découpe en morceaux, le jette dans un chaudron bouillant, et il en ressort un agneau vivant. Les filles de Pélias font subir le même sort à leur père, mais rien ne ressortira du chaudron.
Les citoyens d'Iolkos, indignés, révulsés, chassent Médée et Jason qui se refugient à Corinthe, chez le roi Créon. Ce dernier, craignant des représailles, exige de Jason qu'il répudie Médée et épouse sa propre fille Créuse. C'est là que se noue la tragédie,le matin même des noces de Jason avec Créuse :

"Dieux du ciel, Dieux de la mer, venez et bénissez ces noces royales. Et vous aussi, peuples de la Terre, venez à nous selon le rite. Quant à elle, l'étrangère, qu'elle parte dans la nuit sans un mot, qu'elle parte à l'aventure comme une qui s'est fait enlever par un homme de passage (*)".

1. L’invitu est en quelque sorte l'ouverture de l'œuvre. Ce chant s'ouvre sur les noces de Jason avec Médée la magicienne, fille du roi de Colchide Aiètès. Eprise de Jason, elle a utilisé sa magie pour aider celui-ci à conquérir la Toison d'Or. Le choeur invoque d'abord les dieux, évoque l'amour de Jason ("Maestri in celu...") et invite enfin Jason à se libérer de Médée ("Picca ti da roza a Caucasica") et à épouser une Grecque. Suit une ritournelle étonnante ("Ribombinu puru i scaccani") avant l'invocation du départ de Médée : "Qu'elle s'en aille ("Quella, a si porti a notte senza mancu una parolla"), passage où l'on reconnaît des échos du thème de U Furore.
"L'invitu" est prodigieux. Subtilité, invention, émotion, harmonies magnifiques, technique vocale sans faille, mariages des timbres, écriture audacieuse et riche, tout est parfait ! Une musique dense qui raconte Medea mais bien d'autres choses encore, et nous emporte très loin.

"Sans doute était-ce une audace démesurée que celle qui animait ces marins présomptueux. Ils ont voulu dompter les flots, l'empire maritime, à l'aide d'une barque fragile, bousculant ainsi l'ordre du monde. Désormais, l'ailleurs n'est plus ailleurs et nous voilà privés d'horizon. Ce navire était criminel, les dieux furent impitoyables, le châtiment terrible. Et pourquoi ce voyage, pourquoi ce périple ? Pour la Toison d'Or, mais aussi pour une femme plus dangereuse encore que la mer, Médée...(*)"

2. L’arditezza, chanté ici, comme le chœur suivant, dans sa version intégrale, évoque l'audace des Argonautes partis défier la mer.

"Nulle force au monde, ni incendie ni ouragan ou machine de guerre, n'a la violence d'une femme abandonnée, n'a son ardeur et sa haine. Dieux du ciel, vous qui êtes repus de vengeance, ayez pitié. Les Argonautes, ces audacieux, ont tous payé. Mais laissez vivre en paix le conquérant des mers, épargnez Jason, il ne faisait qu'obéir aux ordres. (*)"

Ce chant, sur un texte d'une modernité étonnante, est peut-être celui qui rompt le plus avec le chant traditionnel, avec des phrases très longues, des passages qui semblent suspendus en l'air.

3. U casticu a pour sujet le châtiment de ces audacieux "Rei tutti, culpiti tutti".

"Où peut donc aller la magicienne ensanglantée ? Sur quels chemins de malheur l'emporte sa fureur d'un autre temps ? Elle a les yeux hagards et la tête haute pour continuer à défier le roi. Est-ce là l'attitude d'une femme qu'on vient de bannir ?"
"Créon avait concédé quelques heures à Médée pour qu'elle puisse embrasser une dernière fois ses enfants. Elle a mis à profit ces quelques instants pour assouvir sa vengeance : elle offfe une parure matrimoniale maudite à Créuse, la jeune épouse, qui s'embrase en la revêtant. La maison de Corinthe est incendiée et le tyran Créon périt dans les flammes.
Enfin, elle brise et annule ses noces avec Jason en égorgeant de ses propres mains les enfants qui les unissaient, laissant Jason vivant face à sa douleur, à ses doutes, à ses remords. Quant à elle, elle retrouve sa virginité et en même temps sa légitimité de princesse colchidienne en s'envolant sur le char d
u soleil, son illustre aïeul (*)."

U casticu donne l'impression de revenir à un chant plus proche de la tradition, mais c'est pour mieux la transcender. Dans certains développements, c'est même probablement le plus innovant des quatres chants.

4. U furore, enfin, évoque la fureur de Médée répudiée et bannie qui sacrifiera ses enfants à sa vengeance. Beaucoup plus moderne que le second, beaucoup plus court que les trois chœurs précédents, c'est aussi le seul chœur rythmique, et c’est celui qui, paradoxalement, est le plus déstructuré, avec des voix qui traduisent la folie de Médée. On remarquera que le thème d'U Furore est déjà évoqué dans L'Invitu et dans U Casticu.

(*) Ce texte, présenté entre guillemets, est celui que dit Jean-Claude Acquaviva lors des concerts.

Le résultat - comme souvent lorsque se mêlent les traditions méditerranéennes - est une invitation au voyage. La poésie des textes de Sénèque résonne naturellement dans le lyrisme de la langue corse. La polyphonie saisit cette émotion, l'amplifie, la précise et la restitue avec une extraordinaire justesse. En outre, l'architecture harmonique du chant polyphonique parvient à merveille à rendre le volume du spectacle vivant pour lequel ces textes ont été composés.

Medea est un chef d'œuvre qui fera date. Il faut noter que cette œuvre, loin d'être figée, est en continuelle évolution. Ainsi, les spectateurs de Seclin ou de Paris en octobre 2006 ont pu noter l'introduction d'une clochette au début de U Casticu, ou d'autres subtils ajustements. 

Pour aller plus loin, on se reportera aux interviews de Jean-Claude dans lesquelles il donne de multiples explications sur la genèse de l'œuvre, la façon de travailler du groupe, l'importance de Médée dans le parcours d'A Filetta, etc.

L'oeuvre n'étant pas fixée sur partition, il nous fallait donc l'apprendre entièrement de manière orale. La difficulté était d'autant plus grande que certains des choeurs représentent jusqu'à 17 minutes de polyphonie. Toutes ces années auront été nécessaires pour l'apprentissage mais surtout pour faire mûrir ces chants, qui, de par leur durée, demandent non seulement une connaissance parfaite de chacune des sept voix mais surtout une concentration intense du début à la fin de l'oeuvre, le risque étant de ne pas "tenir la distance", de perdre les tonalités et par là même, l'attention du public.

 

Cet album de Medea puise sa source dans le coeur et l'âme des membres d'A Filetta, tout y est mémoire et vie. Transmission d'une mémoire collective d'un peuple profondément ancré dans notre Mare nostrum, qui a forgé ce que nous sommes : des hommes, de simples hommes qui essaient de vivre pleinement ce qu'ils sont. l'amour dans nos coeurs est roi et notre vie est faite pour être partagée. La mythologie méditerranéenne comme toutes les mythologies du monde est avant tout celle des hommes avant d'être celle des dieux et des héros.

Le choix d'une pochette est toujours un moment assez complexe dans la conception et la réalisation d'un album. On sait généralement ce que l'on veut "faire passer" mais la question qui se pose souvent est : comment ? De plus, vous vous doutez bien que les 8 personnes composant le groupe A Filetta ont forcément des goûts très différents.
Pour Medea, après de multiples discussions et l'exploration de diverses pistes, nous n'étions pas convaincus par le visuel dont nous disposions pour représenter cette magnifique histoire.
Dans nos bureaux au Carubbu, nous avions un calendrier illustré par des photos des Ballets de Monte-Carlo avec lesquels nous avions travaillé en 2004. Il y avait une série de photos de la danseuse étoile Bernice Coppieters, et tout d'un coup, cela nous est apparu comme une évidence : cette très belle photo de Bernice (photo de Yann Coatsallou) pouvait complètement représenter cette femme.


"Où va-t-elle la Ménade couverte de sang
Où court-elle tête baissée l'amoureuse sauvage ?
Quel crime prépare-t-elle,
Furieuse et déchaînée ?"

  Chaque chant a sa difficulté. Les choeurs de Médée ne sont pas très techniques : les voix sont pratiquement toujours en parallèle. La seule difficulté c'est leur longueur : de quatre minutes pour le plus court à dix-sept minutes pour le plus long... Rester concentré tout ce temps, ce n'est pas toujours évident.

 

De Medea, avant l'entame de l'aventure au théâtre, je n'avais souvenance que de l'enfanticide; dès lors que nous nous sommes attelés à la tâche, j'ai changé mon regard et mes sentiments sur ce personnage. Je l'ai trouvée touchante. Elle m'a inspiré une profonde compassion et finalement j'oserais presque dire que je l'ai trouvée simplement humaine. La colère en devient alors presque légitime et l'enfanticide peut apparaître comme un ultime acte d'amour. Gardons en mémoire que dès le début du premier chœur, elle est déjà sérieusement "égratignée" par les protagonistes. Jason l'a abandonnée pour une plus jeune et plus belle ; mais cela ne suffit pas, il faut la blesser davantage, l'humilier, l'outrager : "Quant à elle, l'étrangère, qu'elle parte dans la nuit, qu'elle parte à l'aventure comme une qui s'est fait enlever par un homme de passage."
Tout au long des choeurs 2 et 3, on sent sourdre quelque chose de terrible, terrifiant et inéluctable : "nulle force au monde, ni incendie ni ouragan ou machine de guerre n'a la violence d'une femme abandonnée, n'a son ardeur et sa haine".

Il existe certaines similitudes entre le parcours d'A Filetta et l'épopée des Argonautes, ces fiers marins qui ont su dompter la mer pour vivre d'extraordinaires aventures.
Tout d'abord les voyages qui ont pour idéal le "retour chez soi" : au bout de chaque tournée, il y a ce besoin indispensable de se ressourcer, de retrouver sa terre et sa famille.
Ensuite, beaucoup de légendes décrivent les dangers que les Argonautes surmontèrent grâce aux vertus particulières de chacun. Ne parlons pas de vertus pour A Filetta mais de timbres, d'expériences, d'amitiés ou de vécus, tout simplement, qui nous ont permis de résoudre certaines difficultés, mais d'ordre musical, il est vrai.
Il y a enfin la recherche de la Toison d'or, qui pourrait se trouver à "cet endroit qui semble si inaccessible et où les hommes ont encore quelque chose à se dire et à partager", cet endroit magique qui est pour moi le temps d'un concert.

 

Lorsque J.Y. Lazennec nous a proposé de travailler sur une tragédie antique, s'est posé pour nous le problème de savoir dans quelle langue nous chanterions : en français ? C'était impensable pour des raisons évidentes de rythme, liées notamment à l'accentuation. Nous aurions pu interpréter le texte dans la langue originelle, le latin, mais il nous a semblé préférable de le traduire en corse pour être plus à l'aise dans l'expression. Nous avons dès lors choisi de proposer une traduction directe du latin au corse pour déjouer certains pièges de "la traduction de la traduction", ce qui nous a permis de respecter le rythme du texte premier. Ce fut une exercice passionnant, qui nécessita du temps et des recherches qui nous conduirent finalement à produire un verbe n'ayant rien perdu de ses couleurs, de sa force, de son relief. Je dois ajouter que nous fûmes surpris par la modernité des paroles de Sénèque car les thèmes abordés n'en finissent plus de nous concerner !

 
Oui, vraiment. Du fait que le format soit assez particulier, j'ai vraiment hâte que l'on présente ces choeurs dans leur intégralité. Personnellement, ce sera une première. Je suis impatient et curieux aussi de voir quelles seront les réactions du public.


Source : Corse Matin


A lire dans le n°83 de Corsica (août 2006), l'article d'Elisabeth Milleliri "MEDEA made in Balagna".


Article tiré du premier numéro de Balagnews :

LIBERATA
 


La musique du film coproduit et diffusé par France 3 qui a pour thème la Résistance en Corse sur CD 2 titres
1 – Liberata (piano : Raoul Duflot-Verez), enregistré à Paris
2 - Liberata a cappella, enregistré au Carubbu.

SI DI ME



Ci-dessous reproduit un entretien de Jean-Claude Acquaviva avec Pierre-René Worms (RFI Musique) à l'occasion de la sortie de Si di mè

25 ans déjà qu'A Filetta communique la ferveur de ses chants polyphoniques corses à travers le monde. Avec Sì di mè, leur nouvel album produit par leur ami Bruno Coulais, avec lequel ils avaient enregistré la B.O. du film Himalaya, ils renouent avec une musique où les instruments prennent autant d'importance que les voix. Un retour aux sources.

Que signifie Sì di mè ? JC A : La traduction qui me paraît la plus exacte est "Tu es des miens, de ma famille". C'est le sens de l'hospitalité des Corses. Nous avons ici une façon de concevoir le rapport à l'autre comme un rapport de proximité, de solidarité, de partage. Ce n'est pas le fait qu'on ait des chromosomes particuliers, mais nous sommes une petite communauté en Corse. On se connaît tous. C'est ce qui fait notre force et notre faiblesse. On est tous de la tribu de quelqu'un. C'est souvent pesant. Si di mé s'adresse autant à ceux qui chantent avec nous sur le disque, qu'à ceux qui écoutent le disque, parce qu'on a sans cesse ce sentiment d'être des frères.

La pratique de la polyphonie est-elle liée à l'établissement d'un lien social ?
Absolument. C'est peut-être ce qui explique sa force et le fait qu'elle ait trouvé une nouvelle raison d'exister. Parce qu'il faut bien réaliser que, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, cette polyphonie était rurale. Aujourd'hui, cette société n'existe plus et pourtant cette musique trouve une nouvelle raison d'être et a trouvé une nouvelle fonction sociale. La paghjella (le chant polyphonique par excellence), qui était il y a 50 ans le chant des travailleurs de labeur, est aujourd'hui celui des lycées et des fêtes de famille.

Dans ce nouvel album, vous accompagnez vos chants de musique. C'est nouveau pour vous ?
On a toujours eu un double répertoire. Un purement polyphonique, l'autre qu'on appelle, d'une manière un peu arbitraire, les chansons. Ces dix dernières années, on a beaucoup travaillé sur le vocal et aujourd'hui, on sort un album qui fait intervenir l'instrumentation. Cela n'enlève rien à notre travail et l'on fait des polyphonies en rythme alors qu'elles sont traditionnellement très libres. Il y a un rythme interne, celui de la parole. Ici, on présente une polyphonie qui se couche sur une rythmique. Cette rencontre avec Bruno Coulais a vraiment fait évoluer votre travail ? Nous disons souvent, lorsque nous présentons les chansons de Bruno que nous interprétons, qu'il est devenu beaucoup plus qu'un partenaire. C'est un grand frère que l'on aime servir parce que lui, aime se servir de nous. Il a fait des musiques qui lui ressemblent. A aucun moment, il n'a voulu faire de la polyphonie corse et en même temps, il a utilisé notre personnalité vocale. Cela nous a permis d'explorer de nouvelles pistes, notamment celle qui tend à lui donner une nouvelle rythmique. On a généralement des rythmes plus orientaux que ceux de la musique "pulsée" occidentale.
Le fait d'avoir côtoyé grâce à lui Akhenaton, à l'occasion de la B.O. de Comme un aimant, a-t-il fait évoluer votre démarche ?
Nous avons vu dès le début avec le rap, des liens de parenté évidents. Car ce qui importe dans la tradition orale, ce n'est pas la musique que l'on met sur les paroles, ce sont les paroles elles-mêmes. Et le rythme de notre musique est celui de la parole. C'est en ce sens que le rap est proche de nous. Dans le rap, on s'adresse à quelqu'un. Et nous chantons de la même façon. Il y a toujours cette espèce de son projeté où l'on prend l'autre à témoin, on l'invite à écouter. Il y a également le fait que le rappeur défend les mêmes valeurs que nous, des valeurs de justice, de solidarité, d'équité, de partage. On a souvent une même vision du monde selon laquelle tout est régit par l'efficacité économique et financière.

Fidélité aux racines, ouverture sur le monde, c'est A Filetta ?
Plus que fidélité aux racines, c'est avoir des racines. Dès lors que l'on en a, on n'a pas besoin de prouver qu'on y est fidèle. Cela ne nous empêche pas d'être ouvert sur le monde, de replacer notre chant dans sa matrice. Notre tradition est faite des chants du Maghreb, des chants berbères, de polyphonies que l'on retrouve en Albanie, en Sardaigne, en Géorgie. Pour nous, il est important de rester ouvert sur le monde. Parce que si, à un moment donné, on dit : "La tradition est là, elle a tel contour", elle devient objet de musée. La tradition n'a de sens que si elle continue d'être le reflet d'une communauté qui avance.

Entretien avec Pierre-René Worms RFI Musique reproduit sur
http://kallistea.com/musique/a-filetta.htm

(en italique, les commentaires de Jean-Claude Acquaviva)
1 – Ne’n  Tarra ne’n Celu
Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  
L’apparente légèreté de la musique est démentie par le texte :  
« Ni sur terre, ni dans les cieux ne réside mon temps …

Ni sur terre, ni dans les cieux ne s’écoulent mes pleurs …
Ni sur terre, ni dans les cieux … pauvre bonheur ! »
Une chanson sur le sens.  


2 – Santa R’ghjina  

Jean-Yves Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  
Arrangeur : Bruno Coulais, 2002  
Ce morceau, chanté en duo par Jean-Luc et Paul, évoque le défilé de la Scala di Santa Reghjina, que devait emprunter tout voyageur avant l’ouverture de la route au début du XXe siècle.  
Le poète Jean-Yves Acquaviva traduit ici la rudesse et la beauté absolue de cette ultime porte qui fascine l’homme et le creuse ; il s’incline devant ce bout d’éternité sur lequel ont défilé avec déférence bien des étoiles.
 

3 – Reame Meiu  
Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  
Arrangeur : Bruno Coulais, 1996  

« Pour quelle raison obscure, la folie des hommes continue-t-elle à confondre richesse et opulence ? Mon royaume c’est moi, c’est ma vie et c’est sans doute un peu ma capacité à accepter que l’altérité aussi me construise.  
Difficile équilibre à trouver certainement entre l’autre et moi même, mais équilibre sans lequel, comme le dit Danyel Waro, chanteur réunionnais, je ne serais plus responsable de rien ; pas même de mon bonheur ! »  

4 - Affrescu
Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Akhenaton - Bruno Coulais
Arrangeurs : Akhenaton - Bruno Coulais, 1999  

Composé en 1999 sur un texte de Marcellu Acquaviva pour Comme un aimant, ce morceau est ici présenté sous une forme légèrement différente. « Il consacre la mémoire et son rôle fondateur dans cette édification perpétuelle qu’est l’homme ; une mémoire en forme de dédale susceptible, si nous le souhaitons, de faire de nous des êtres heureux de continuer à n’être que ce qu’ils sont à condition de l’être pleinement, généreusement et sans complexes ! »  

5 – Trà Noi  
Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001  
Un hommage rendu par Marcellu Acquaviva à Antò Francescu Filippini, poète corse, mort en exil à Rome, dont l'engagement pour la défense de l’italianité du corse lui valut bien des souffrances et des déchirements lorsque éclate la guerre de 39 – 45.  

Chanté en solo par José : une première ! Beau contrechant de Jean-Luc. 
6 - Dormi  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1996
Une berceuse à peine rock avec Paul en lead vocal ! 

7 - Tbilissi  
Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1997  
Cette chanson interprétée par Guram Tamazashvili est un hymne d’amour adressé à la capitale géorgienne Tbilissi.  

8 - Sì  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1998  
« C’est sans doute la chanson la plus folle de cet album aussi bien dans l’écriture des voix que dans celle du texte. Un chant onirique personnifiant le soleil et l’eau et évoquant la solitude du marin en mer depuis l’aube première.
Et si cette chanson était tout simplement celle d’Ulysse ? »
 
9 - Tempu  

Ghjuvan-Ghjaseppu Franchi / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2002  
Une magnifique chanson chantée en solo par Jean Sicurani sur le temps qui passe. Des arrangements où la sobriété vocale tranche littéralement avec une orchestration à la fois très dense, très riche et très imagée.  

10 – L’Attesa  

Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001 – Composée pour « Scènes de crime »  
« Toute l’angoisse et le doute sont là, dans ces mots.

Marcellu Acquaviva nous dit avec force que c’est aussi dans la solitude et l’attente que se fondent le rêve et l’espoir ou plus simplement encore l’espoir du rêve. »  

Un morceau d’une extrême complexité, débutant par une séquence cristalline composée par Bruno Coulais, puis les voix arrivent et s’enchevêtrent. Du très grand Jean-Luc.  

11 – A L’Altru Mondu
François Vincenti / Dominique Vincenti
Arrangeurs : Jérôme Ciosi - Bruno Coulais
« Il fallait beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité pour évoquer la mort d’un jeune garçon sans « sombrer » dans le pathos.
C’est ce que fait ici admirablement François Vincenti : un chant d’amour des cieux vers la terre ; une poésie émouvante grâce à la simplicité et à la justesse de chaque mot. »  

Antoine Ciosi, par sa voix aux accents douloureux autant que rassurants donne à cette prière la force de la sincérité. Le deuxième couplet chanté par Jean-Claude dégage une émotion sans pareille.  

12 - Memorie  

Anton’ Francescu Filippini / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001  
Un poème en forme de testament laissé par le poète A. F. Filippini :  

« De tant de vie, il ne me reste en mémoire
Qu’une pauvre image ; de tant d’amours
Un nom ou deux ; et de l’enfant turbulent
Que je fus, le seul souvenir d’une blessure
 »  
Un regard désabusé porté sur le temps et sa fuite ; une vision empreinte d’une grande humilité que seul l’âge, peut-être, sait conférer !  
Une performance vocale et expressive phénoménale de Jean-Claude, une mise en place parfaite des voix, un texte d'une rare beauté : un des sommets de ce disque qui en compte beaucoup …
 
13 – Visioni Care  

Anton’ Francescu Filippini / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2002  
Durant son exil à Rome, à travers tous ses écrits, le poète A. F. Filippini n’a eu de cesse de se remémorer son île, à lui arrachée. Le poids terrible de sa propre absence a engendré ses vers les plus poignants. Ici, ils disent tout à la fois la passion, l’adoration, l’admiration qu’il porte à sa terre natale et la douleur incommensurable de la savoir à jamais inaccessible.  
A mon avis le seul chant désespéré d’A Filetta. A la conclusion (O core, inchjoda e to bulelle !), Jean-Claude a des accents jamais entendus. Déchirant.

14 - A Dì Ti Di Tù  
Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1996  
"Une petite fille vient de perdre son père dans des circonstances tragiques. Sa marraine, elle-même handicapée, lui offre ces mots pleins de vie et d'enthousiasme. C'est l'histoire simple de cette chanson qu'ont commandés l'affection et l'amour."

15 – L’Aria  
Orlando Forioso / Bruno Coulais, 2001  
Marie Kobayashi, mezzo-soprano d'origine japonaise, mêle sa voix à celles d'A Filetta sur cet air de Bruno Coulais, extrait d'un opéra pour enfants dont l'auteur est Orlando Forioso. La princesse Marion supplie ici les compagnons de Robin de la délivrer du méchant shérif.
16 - Chjarura  
Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva - Bruno Coulais, 2002
« Cette chanson ne pouvait être que celle de la fin, ne serait-ce que parce qu’elle dévoile des horizons jusqu’ici inespérés. Tout en évoquant la vanité des choses de la vie, rappelant en cela les paroles de l’Ecclésiaste, elle célèbre « des héros partis traquer le vent ». Une ode à la marche, une ode à la vie, dans un climat apaisé. »  


Le climat change radicalement après Visioni care, qui pour moi représente le sommet de ce disque, qui est une merveille de bout en bout.
Je ne saurais trop recommander à ceux qui souhaitent découvrir A Filetta dans un autre répertoire que la polyphonie de profiter des quelques concerts programmés autour de Si di mè, à Cannes le 1er décembre 2006, à Rueil Malmaison le 15 mai 2007 ou à Lorient le 16 mai 2007. Lire le compte-rendu du concert d'Evreux en page "concerts".

INTANTU

Intitulé « Intantu » (En attendant), le premier album d’A Filetta pour Virgin publié en mai 2002, représente ce qu’est le groupe à un moment donné de son histoire :

« Nous avons toujours fait des disques à thème : en 1992 un disque de chants sacrés, en 1995 un disque de chansons, en 1997 un disque consacré aux chants de la Passion. Ce disque correspond à ce que nous sommes : un groupe venu de la tradition qui s’est enrichi en fonction des rencontres qu’il a fait »
Intantu présente donc des extraits de Médée, créé en 1997, une paghjella, une monodie, un chant géorgien, des reprises et des créations. Quelques extraits des musiques composées pour le groupe par Bruno Coulais, et pour conclure Sumiglia, comme dans chaque concert.

Le meilleur disque pour qui voudrait avoir un aperçu des concerts du groupe.



1 - U  Casticu
 
Extrait du choeur III de “Médée” de Sénèque. Il évoque le châtiment atroce de ces audacieux qui avaient bravé la mer (« Et celui qui fut à l’origine de tout, qui convoitait tant la Toison d’or, il fut mis à bouillir dans un chaudron… ») 

2 – Paghjella  
Chant traditionnel à quatre voix évoquant le poète Pampasgiolu.  
3 – L’Arditezza  
Extrait du choeur II de “Médée”. Il évoque l’audace des Argonautes, ces marins présomptueux qui pensaient pouvoir « abolir l’ailleurs ».  
4 - Makharia  
Chant géorgien chanté tout en retenue  
5 – Paghjella di l’Impiccati  
Composé par Ghjuvan-Teramu Rocchi et Jean-Claude Acquaviva, cette paghjella déjà présente sur Una Tarra Ci Hè (il est d’ailleurs intéressant de comparer les deux versions) relate la répression qui s’abattit sur le Niolu après la défaite de Ponte Novu : les troupes françaises se sont livrées à un massacre, la plus jeune victime, Marcu Maria, n’avait même pas quinze ans…
6 – A Canzone di a Malata  
Une rareté dans le répertoire d’A Filetta : une monodie recueillie dans la vallée du Marsulinu chantée ici par Jean-Luc Geronimi évoquant la douleur devant la souffrance d’une jeune fille malade.
7– Cose viste  
Texte satirique d’Anton Francescu Filippini qui porte un regard moqueur sur l’évolution des moeurs (« j’ai vu mettre des manteaux aux chiens et se déshabiller des jeunes filles »)  
8 – U Sipolcru  
Déjà présent dans Passione, ce chant de la Passion évoque la mise au Sépulcre du Christ.  
9 – Trà i Debbii Maio’  
Version a cappella de la composition de Marcellu Acquaviva et Bruno Coulais pour le Don Juan de Jacques Weber.  
10 – E Loche  
Autre extrait de Don Juan  
11 – Kyrie  
Création du groupe : un petit bijou de concision, une mise en place au millimètre.
12 – L’Anniversariu di Minetta  
Reprise magnifique du morceau de Tavagna : “Pour ta mémoire et sa lumière chère à mon coeur, je veux vivre intensément chaque instant concédé et le vivre pour toi”. Version chargée d’émotion.  
13 – Sub Tuum  
Création récente sur un texte liturgique  
14 – Caracolu di Brame  
Troisième extrait du Don Juan  
15 – Sumiglia  
Morceau emblématique du groupe, qui clôt chacun de leurs concerts depuis une bonne quinzaine d’années, ce chant créé en 1988 est « un hommage rendu à celui qui jusqu’à son dernier souffle s’est identifié à cette terre qui nous a engendrés ; c’est un hymne à l’altruisme, au don de soi. »



PASSIONE  

(Très bien) enregistré en 1997 à la Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Calvi et au Couvent de Corbara, ce disque est entièrement consacré aux chants de la Passion. Jean-Luc Geronimi s’est récemment joint au groupe. Cette arrivée n’est sans doute pas étrangère au nouveau son du groupe. On retrouve ici tous les chanteurs de Ab Eternu plus Pierre Bertoni ainsi que les violoncellistes Paul-Antoine de Rocca-Serra et Anne-Lise Herrera ainsi que Jean-Michel Giannelli à l’orgue.   

1 – U Sipolcru
Création de Jean-Claude souvent reprise en concert. Sur une basse continue se déploie le chant de Jean-Claude. Intense tension dramatique pour ce premier chant qui finit dans un souffle  sur « è mi n’avvegu… » 
2 – L’Orme Sanguine
Chant du Via Crucis de Ruglianu sur un texte du XVIIIème siècle. On remarquera que certains passages évoquent le Diu Vi Salvi Regina.

3 – U Lamentu di Maria

Reprise de cette magnifique création déjà entendue dans Una Tarra Ci Hè

4 – Dies Irae

Orgue et violoncelles introduisent ce chant de la messe des défunts sur une musique de JM Giannelli. Une curiosité dans le répertoire d’A Filetta.

5 – U Lamentu di Ghjesù

Reprise d’une grande intensité de cette magnifique création. On remarquera la transposition dans un registre beaucoup plus aigu du chant du soliste (Jean-Claude) 

6 - Ghmerto

Un des morceaux emblématiques d’A Filetta, ce chant géorgien est souvent chanté en concert. Une construction en spirale, un mélange de douceur et de puissance.

7 – A Sintenza

Création de Jean-Claude, d’une grande intensité dramatique. Il faut le voir en concert, son visage grimaçant exprimant toute la souffrance « de celui qui souffre en silence ». Jean-Luc en terza.

8 – U Dubbitu

Création de Marcellu Acquaviva-Franceschini / Jean-Claude Acquaviva. On retrouve le climat musical d’Una Tarra Ci Hè.

9 – A l’Alivetu

Création de Jean-Claude. Une longue plainte d’une intense tension dramatique. Un des sommets de ce disque.

10 – Lamentazione di Jeremiae

Arrangements d’A Filetta des lamentations chantées lors de l’Office des ténèbres de la Semaine Sainte de Calvi

11 – Tecco

Arrangements d’A Filetta 

12 – Alleluia

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Michel Giannelli

A signaler également en 1997, une curiosité : la participation d'A Filetta au disque consacré aux orchestrations inédites de Maurice Ravel sur des chants traditionnels corses, en compagnie d'Anna Rocchi, de Gigi Casabianca, de François-Philippe Barbalosi et de Graziella Venturi. Paul et Maxime en solo chacun sur deux morceaux.


Merci à Jean-Mathieu Canniccioni de m'avoir fait découvrir ce disque.

UNA TARRA CI HE  (1994)

Le premier chef d’oeuvre d’A Filetta est dans sa majeure partie un disque de chansons, avec instruments. Il présente également quelques polyphonies. On retrouve ici tous les chanteurs de Ab Eternu auxquels s’est joint Pierre Bertoni.

A mon avis leur premier disque pleinement réussi, que l’on prend plaisir à réécouter


1 – E’ Puru Simu Quì
Ouverture du disque avec un quasi-hymne. Très dynamique.
2 – Una Tarra Ci Hè
Encore une composition de Jean-Claude, belles sonorités de guitare.

3 – A Paghjella di l’Impiccati

Une paghjella de création relatant un épisode de la « pacification » du Niolu par les troupes françaises après la défaite de Ponte Novu. Une grande émotion se dégage de ce chant. A comparer à 'L'Impiccati" (avec instruments) sur O Vita..

4 – Trè

Climat moyenâgeux pour cette composition de Jean-Claude : « ils étaient trois : un vieux moine, une ombre et un roi ».

5 – Malanni

Sur un texte de Ghjacumu Fusina, un lamentu moderne relatant l’existence d’un chômeur.

6 – Sò l’Omu

Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.

7 – Fiure

Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.

Une ballade d’une grande douceur chantée par Jean-Claude.

8 – A Muntagnera
Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.
La vie des bergers à travers les épisodes de la transhumance du Falasorma vers le Niolu. En passant par le col de Caprunale, bien connu des randonneurs, où, dit-on, on pouvait monter en calèche à la fin du XIXe siècle, la fontaine du Tassu, le repos à Mirindatoghja….
9 – A l’Acula di Cintu

Autre évocation du Niolu que cette création de Jean-Claude.
10 – U Lamentu di Maria

Une des plus belles créations polyphoniques de cette époque. Remarquables, les silences ...
11 – Da Grande

Très jolie chanson sur le thème de l’imaginaire enfantin.
12 – L’Ombra Murtulaghju

Marcellu Acquaviva /Jean-Claude Acquaviva 
“Furieux s’est fait le vent d’hiver... Par les champs une ombre est passée »
13 – Eo Sai

Balade pleine de tendresse composée par Jean-Claude Acquaviva  

AB ETERNU  

Enregistré en janvier 1992 à l’Oratoire Saint-Antoine de Calvi, Ab Eternu est presque entièrement consacré à des chants liturgiques (messe des défunts, semaine sainte) à l’exception de Sumiglia, composé à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva.
Participent à ce disque Jean-Claude, Jean, Paul, José et Maxime ainsi que Jean Antonelli, François Croce  et Jean-Marc Pellegri, tous alternativement siconda et bassu.

La couleur sonore de ce disque est donc très différente de celle d’aujourd’hui, avec un net décalage vers le grave. En outre, les voix sont plus fondues entre elles, plus difficiles à identifier.  


1 - Miserere
Chant liturgique de Corbara, chanté très classiquement, sur un tempo lent.
2 – Tantum Ergo

Très belle création composée par Jean-Claude. Là encore un rythme lent, avec de ces passages « aériens »  qui sont  la grande particularité du chant d’A Filetta.
3 – Agnus Dei

Extrait de la messe d’Olmi-Cappella. Des graves très profonds.
4 – U Versu di Paulellu

Très courte création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.
5 – Requiem

Création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.
6 – Tecco

Un extrait de la Semaine Sainte de Calvi chanté par les confrères lors des processions du vendredi Saint, dominé par la belle voix de Jean.
7 – E Lode di u Sepolcru

Extrait de la Semaine Sainte de Tagliu Isulacciu, déjà chanté par E Voce di U Cumune ainsi que par I Muvrini et Tavagna. Parfois chanté en concert par A Filetta, notamment dans le ballet In Memoriam. A chacun de comparer les versions !
8 – Sanctus

Création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.
9 – U Lamentu di Ghjesu

Création de GD Marcotorchino, Toni Casalonga, Nando Acquaviva et Roccu Mambrini, créé en 1982 lors de la Passion de Calenzana en 1982 et déjà enregistré dans A u Visu di tanti. Un des morceaux les plus émouvants du répertoire d’A Filetta, que l’on retrouvera encore dans Passione. La présente version est plus recueillie, moins dramatique et plus lente que celle de Passione.
10 – Te Deum

Chant liturgique de Calvi
11 – Presso il Legno

Extrait de la Semaine Sainte de Calvi.
12 – Agnus Dei di i Defunti

Création de Jean-Claude sur le texte liturgique de la messe des défunts.
13 – Libera Me

Extrait de la Messe des défunts de Balagne dominé par les voix graves.
14 – Stabat Mater

Magnifique chant liturgique chanté à Calenzana pendant la Semaine Sainte
15 – Paghjella d’Ascu

Paghjella traditionnelle selon le versu d’Asco.
16 – Sumiglia

Morceau emblématique du groupe, qui clôt chacun de leurs concerts depuis une bonne quinzaine d’années, c’est un chant composé en 1988 à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva. « Hommage rendu à celui qui jusqu’à son dernier souffle s’est identifié à cette terre qui nous a engendrés; c’est un hymne à l’altruisme, au don de soi »

En conclusion, un très beau disque, peut être un peu monocorde, avec quelques pépites comme U Lamentu di Ghjesù et Sumiglia. S’expriment  déjà les immenses qualités d’écriture de Jean-Claude, notamment dans l’Agnus Dei di i Defunti et le Tantum Ergo. Le meilleur reste cependant à venir…

A’ U VISU DI TANTI 

(1989)

1 – Salutaris Hostia
Traditionnel d’U Mucale, près de Calenzana.

2 – Violetta

A Filetta donne ici son interprétation de ce « classique » de la polyphonie, chanté notamment par Voce di Corsica et les Chœurs de Sartène.

3 – U Ballu di Larenzu

Création de Jean Antonelli

4 – Requiem

Traditionnel de Rusiu.

5 – Kyrie

Traditionnel d’Ascu .
6 – Anima
Création de Marcel et Jean-Claude Acquaviva .

7 – U Lamentu di Ghjesù

Création de GD Marcotorchino, Toni Casalonga, Nando Acquaviva et Roccu Mambrini, créé en 1982 lors de la Passion de Calenzana. Un des morceaux les plus émouvants du répertoire d’A Filetta, que l’on retrouvera encore dans Ab Eternu et Passione, 

8 – A Muresca

Traditionnel .

9 – A’ u Vechju Pueta

Traditionnel.
10 – Paghjella
Traditionnel .

11 – Pueta

Création de Jean-Claude sur un texte de Rinatu Coti.

12 – Suda Sangue

Traditionnel de Calvi .

13 – A’ Vende Hè

Composition de Jean-Claude.

14 – Dio Vi Salvi Regina

La version d’A Filetta de l’hymne corse .


IN L'ABBRIU DI E STAGIONI (1987)

(*)

Anima
Di l'aghje
Au delà de ces aires éparpillées depuis les plaines jusqu'aux montagnes, au-delà de ces espaces où battait, jadis, le coeur d'une société rurale, il y a le symbole d'une volonté nouvelle, d'un jour nouveau où un certain sens du commun s'éveillera en nous
La violetta
Ma di cio che tu voli
Aujourd'hui les moments de réflexion et de mesure sont rares ; seuls pourtant, ils permettent de percevoir le poids réel des choses simples de la vie, de rappeler l'inestimable prix des valeurs humaines de pardon et de paix... Le texte se veut alors clairière d'espoir.
Mare eternu
La mer, par l'immensité de son étendue, par le mystère de ses abîmes, a été et demeure pour l'homme une source de fascination. Ces quelques lignes lui sont dédiées, à elle et à tous ceux, marins ou autres enfants de la réalité ou de la légende, qui sous ses révoltes périrent.
Oggi
Quelques masures sculptées par le temps, quelques arbres courbés par le vent... C'est tout ce qu'il reste d'un village endormi dans les ténèbres de l'histoire. Dans ces ténèbres où pourtant le murmure d'une âme égarée vient à chaque crépuscule heurter notre présent et combattre l'oubli.
Pé 'ssu dumane
Poursuivre le rêve d'une Nation, n'est-ce pas le droit et peut-être le devoir de tout homme épris de dignité ?
Pueta
Sintenza par té
Faudra-t-il voir encore longtemps des hommes se mêler à la mort pour que l'on comprenne que leurs actes ne sont que les effets de causes profondes qui ont pour nom l'injustice ou l'incompréhension ?
U mulatteru

SONNII ZITILLINI (1988 ?)

A canzona di a vita chi va
Cum'e tutti i zitelli
L'imbasciadori
Maestru parlami in corsu
O ghitarra meia
Passanu i mesi
Sonnii zitillini
Sta notte he natale
U ventu
Un acillucciu
Voca vuchina


CUN TÈ (1984)


Aghju coltu
Est-il vain de cueillir dans les élans de l'Histoire, les fleurs d'un avenir plein de foi et d'espoir, même si l'on demeure quelquefois incompris ?
Criaturella
Ce chant est destiné à nos enfants, qui bâtiront, si nous savons leur en communiquer le désir, un monde de dignité et d'amour sur cette terre qui est la leur.
Cumpagnu
Chant dédié à Jean Antonelli, un temps emprisonné.
"Le compagnon emprisonné témoigne de la permanence de la quête d'identité et d'espérance."
Cun tè
De grands poètes, tels Aragon, ont magnifié la femme. A notre manière plus humblement, nous voulons tenter ici de rendre hommage à toutes les femmes combattantes de la liberté et plus largement à toutes celles qui, en butte à l'oppression et à la mort, continuent à symboliser la force de la vie.
I mufrini
Voici dix ans, les enfants d'un petit village de montagne, l'Oretu di Casinca, chantaient leur foi à travers la Corse. Nous sommes de ce pays, nous voulons y grandir, y apprendre et y vivre. Leur invite élargie à tous les enfants du monde reste plus que jamais d'actualité.
I pescadori è u mare
Loin des clichés idylliques d'une Corse littorale, uniquement vouée au tout touristique et aux barcarolles sirupeuses, existe une autre Corse, plus vraie, moins paradisiaque il est vrai: c'est celle de tout un peuple, c'est celle des pêcheurs condamnés à survivre dans une société de plus en plus dépersonnalisée. Ce chant, inspiré par un texte de Pablo Neruda sur ce thème, est aussi pour nous un témoignage d'ouverture sur la Méditerranée.
U mare è u fiume
Tout comme le ruisseau de cette fable, se jetant dans la mer... notre peuple, au même titre qu'une multitude d'autres peuples, apporte depuis la nuit des temps, sa contribution originale à l'Universel.
U ventu scemu è a vechja serena
Un soir de décembre à Bastia. Il fait très froid. Le vent, notre Libecciu, aggrave la température !
Dans une rue de la vieille ville, une pauvre petite vieille femme, sortie pour effectuer quelques courses, rentre chez elle. Le vent souffle en tempête. Courbée en deux, elle avance péniblement... et le drame arrive. Elle est jetée à terre, ses provisions éparpillées, sa belle coiffure défaite. Elle est blessée à la tête. Le poète présent intervient aussitôt. Il relève la vieille femme et la conduit chez elle. Il reste avec elle longtemps ! Pendant ce même temps le vent déchaîné souffle de plus en plus fort. Il semble attendre sa proie... La vieille femme, ayant repris ses esprits, défiant son ennemi, se signe sans arrêt !!
Versu di u vignaghjolu
Vogliu

O VITA (1982)

(*)

A megliu sta
Profiter des choses essentielles que la vie nous apporte chaque jour, et ainsi rester pleinement soi-même. tel est le thème de cette chanson, preuve supplémentaire de la nécessité pour l'individu "d'être" pour s'épanouir et vivre.
L'impiccati
Les peuples ont de la mémoire. Le peuple Corse comme les autres. En 1774, la tragédie se noue dans le Niolu. Les troupes du roi de France arrêtent et torturent des patriotes, dont un adolescent de 15 ans. Ce moment douloureux de notre histoire ne laisse ici personne indifférent bien que deux siècles se soient écoulés.
L'orida bestia
"L'orrida bestia", c'est le fascisme et son cortège de privations et de sang... le fascisme qui, malheureusement aujourd'hui comme hier, demeure, par delà océans et frontières, la honte de la conscience universelle.
Mandulina
O Dume' o Muame'
Parce que nous avons avec force la certitude de voir un jour tous les travailleurs unis dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits.
O terra
Cet hymne à notre terre, celle des hautes montagnes couronnées de neige, porte en lui tout l'amour d'un peuple refusant une agonie programmée, et puisant dans l'histoire la force de bâtir son avenir.
O vita, o vita
Survienne une catastrophe, une mauvaise année ou une mort naturelle, la vie reprend toujours ses droits avec force. Ce chant, expression du renouveau de la Corse et de son peuple, est un véritable hymne à la vie.
Paghjella
Cette "paghjella" qui était chantée dans les vallées de Castagniccia sous l'occupation italienne, nous indique l'état d'esprit de résistance de notre peuple, à une époque où le fascisme triomphait.
Ti chjami
C'est par la poésie que les individus, les peuples et les nations ont toujours pu, même aux plus noirs moments de leur existence, trouver des raisons d'espérer en des lendemains meilleurs.
U negru fiume
La prise de conscience n'est lumineuse que dans les livres. En réalité, elle est un cheminement difficile, hésitant. Les faits de Résistance rapportés par l'histoire ressemblent rarement à ce qu'ils furent au quotidien. Demeurant à hauteur d'homme, en sont-ils moins admirables ?
Vai puru
L'homme, en proie au doute et au découragement, oublie que la route menant à un peu plus de bonheur est, bien souvent, plus proche et plus simple qu'il n'y paraît.

MACHJA N'AVEMU UN' ANTRA (1981)

(*)


A u vechju pueta
La polyphonie est le support de la tradition chantée en Corse. Celle-ci, sur un air traditionnel, est un hommage aux poètes détenteurs d'une richesse inestimable et interprètes de la Corse profonde.
A'a riscossa
La répression a conduit bon nombre de patriotes corses derrière les barreaux. Ce chant est un appel à la solidarité populaire seule garante de la victoire pour demain.
Euskadi
Ce chant est une ouverture sure le monde actuel. Ailleurs qu'en Corse, en Irlande, en Amérique du Sud... d'autres peuples sont opprimés et souffrent de perdre leur identité et leur liberté: celui-ci est dédié au peuple basque.
Farandula
Ce chant traditionnel nous invite à danser au son des violons et autres guitares et banjo. Il est l'expression même de la fête populaire que l'on rencontrait en Corse au gré des foires, des fêtes de village. C'est également pour nous un cri de joie et d'espérance pour que la Corse de demain retrouve le "sens de la fête" qu'elle est malheureusement sur le point de perdre.

Induvinella
Cette chanson nous fait vivre l'aventure d'un petit enfant corse qui, de retour dans son village, découvre jour après jour un trésor qui lui avait été caché : la langue corse.
L'acillucciu
L'enfant, souvent plus sensible aux choses de la nature, se laisse bercer par le chant d'un oiseau. Et ce chant le transporte dans un autre monde où la méchanceté et le profit sont absents.
Machje
Ce poème est tout un symbole. En effet, alors que notre maquis brûle chaque année un peu plus,, nous en possédons malgré tout un autre qu'il sera beaucoup plus difficile de brûler : c'est notre culture, notre désir d'être corse qui nous permettra un jour de retrouver notre dignité.
Ste mane qui
Partout dans le monde, des millions d'hommes et de femmes sont exploités. C'est pour tous les travailleurs, avec l'espoir qu'un jour ils retrouveront leur liberté et leur dignité, que nous avons fait cette chanson.
Terra brusgiata
Chaque été, ce sont des milliers d'hectares qui en Corse sont la proie des flammes. Ce chant est le cri de cette Terre Corse qui après avoir tant donné, refuse de se laisser mourir.
U pagliaghju