Note :Les collaborations d'A Filetta
aux musiques de film de Bruno
Coulais sont sur la page dédiée à ce compositeur.
Voir
également les vidéos en bas de page.
Di Corsica Riposu - Requiem pour deux regards
Parution le 14 avril 2011 (Deda/Harmonia Mundi)
A Filetta, chant.
Daniele di Bonaventura, bandonéon.
Jean-Claude Acquaviva, narration.
Enregistré en 2010 au Couvent de Marcassu.

« Ce qui ne meurt pas ne vit pas » (V. Jankélévitch)
Lorsque le chant évoque la mort, ne célèbre-t-il pas la vie ?
En Corse, la tradition a consacré une place importante au culte des morts.
Le groupe A Filetta a essayé à sa façon de contribuer à la sauvegarde du patrimoine oral insulaire en intégrant notamment des influences nouvelles.
Aujourd’hui ces chanteurs, qui se refusent à être les gardiens d’un quelconque temple, cultivent par le truchement de leurs compositions, l’idée d’une tradition prolongée, renouvelée et ouverte, qui serait bien ancrée dans la mémoire mais dont les développements seraient sans complexes. Exercice difficile, sans doute, mais exercice indispensable à la permanence d’un rêve : celui d’entretenir leur enthousiasme tout en n’altérant pas leur sincérité.
Di Corsica riposu, « Requiem pour deux regards » est une création commandée par le Festival de Saint-Denis en 2004. Il s’agit d’un requiem en latin, à sept voix, ponctué de textes narrés ou chantés en plusieurs langues - corse, français, italien - issus de la littérature moderne. En outre, quelques pièces pour bandonéon créées pour ce requiem s’insèrent dans ce parcours qu’effectuent les sept voix de la terre vers le cie.
Après plus de trente ans d'existence, A Filetta signe avec ce nouvel album l’un de ses plus ambitieux et captivants projets.
Le commentaire de L'Invitu :
Composé à la mémoire de Nicolas Acquaviva et Nicolas Mancini, disparus voilà tout juste dix ans, ce Requiem est dédié à Jean Antonelli, '"qui donna les plus belles années de sa vie au souffle du groupe". Deux choses frappent à la première écoute : la profondeur et la puissance des basses, et l'extrême qualité des compositions et de l'interprétation. De ce point de vue, ce Requiem prolonge Médée, avec de complexes et subtiles compositions où chaque voix est mise en valeur. Une fois encore, partant de modèles traditionnels, Jean-Claude nous offre de magnifiques créations, riches et complexes sans être compliquées, avec des harmonies inhabituelles. Le bandonéon de Daniele di Bonaventura remplace avantageusement le violoncelle de la version initiale.
Après cette première écoute du CD, nous attendons avec impatience la scène des Bouffes du Nord.
Rendez-vous au 25 avril !
01 Di Corsica Riposu
02 Miserere
03 Notte Tralinta
04 Subvenite
05 Requiem
06 Kyrie
07 Dies Irae
08 Tuba Mirum
09 Rex Tremendae
10 Lacrymosa
11 Figliolu d'Ella
12 A'Mente
13 M'Aviate Dettu
14 Meditate
15 Domine
16 Nanzu À Sanctus
17 Sanctus
18 Pater Noster
19 Nanzu À Agnus Dei
20 Agnus Dei
21 Altrunimu
22 Lux Eterna
23 Libera Me
24 Da Cirone
25 In Paradisum
"Esquisses de la Corse : lyrique et éclatante, la trompette de Paolo Fresu se faufile entre les voix des chanteurs d’A Filetta, le groupe que l’on peut tout autant qualifier de pionnier que de gardien de la tradition au royaume des polyphonies corses. Alliage homogène entre patrimonial et expérimental, plusieurs compositions du groupe sont l’œuvre de son fondateur Jean-Claude Acquaviva, qui le dirige depuis plus de trente ans. L’occasion nous est également donnée d’assister à une saisissante démonstration de bandonéon italien par le virtuose Daniele di Bonaventura, qui en réinvente l’usage en se lançant dans des solos imaginatifs et des duos envoûtants avec Paolo Fresu, enveloppant voix et trompette dans un sens de la formule quasiment orchestral."
(texte de présentation sur le site du groupe)
Sketches of Corsica, the Mediterranean and the wider world abound in this fascinating collaboration between lyrical Italian jazz improvisers Paolo Fresu, Daniele di Bonaventura and vocal ensemble A Filetta. “Mistico Mediterraneo” is the first documentation of an alliance that has been gathering momentum for a few years already; it is also the ECM debut of the Corsican singers.
In October 2006, Fresu and Italian bandoneonist Daniele di Bonaventura, along with two other jazz improvisers (saxophonist André Jaume and percussionist Philippe Biondi), were invited by stage director Francis Aïqui for a celebratory event in Ajaccio’s L’Aghja theatre, establishing a basis for further collaboration. Over the last four years the musicians have fine-tuned the song cycle now known as “Mistico Mediterraneo”.
Source : ECM Records
Lire les premiers commentaires sur la page consacrée à Paolo Fresu.
Le commentaire de L'Invitu :
Remarque préliminaire : les fans d'A Filetta seront peut être déroutés par le "son ECM", cette forte réverbération caractéristique de nombre de productions de Manfred Eicher. Passé le moment de surprise, on finit par l'oublier tant la prise de son est bonne. Chacune des voix est bien identifiable, même quand les instruments jouent en même temps.
1. Rex tremendae
(Jean-Claude Acquaviva)
Le bandonéon de Daniele, bientôt rejoint par les basses, installe l'assise du morceau, puis Jean-Claude expose le thème. Et, surprise, le son "trafiqué" via harmonizer et delay de la trompette de Paolo surgit de nulle part. Plus loin, Paolo utilisera son instrument dans un style plus traditionnel – carrément davisien, diront certains - pour revenir à l'électronique sur la fin, rejoint par Daniele. Gageons que ce Rex séduira tous les auditeurs. Moi qui connais et apprécie ce morceau depuis sa création et qui avais émis quelques réserves sur la version entendue en concert avec Jaume et Biondi, je trouve que la création extraordinaire qu’est le Rex de Jean-Claude est ici magnifiée encore par Paolo et Daniele.
2. Liberata
(Jean-Claude Acquaviva)
C'est encore Daniele qui introduit ce morceau en instaurant un climat mélancolique. Après l'exposé de Jean-Claude et la première intervention du groupe arrive bientôt Paolo, accompagné par Daniele sur une improvisation à la fois swinguante et tendre. Un régal ! Le grand musicien de jazz qu’est Paolo Fresu ne joue jamais deux fois la même chose. Son solo est très différent de ceux entendus en concert : ici plus aérien et détendu, à Calvi plus rythmique. Comme le Rex précédent, ce Liberata fera date. D’ailleurs, l’autre soir au concert d’A Filetta, je me suis surpris à attendre l’arrivée de la trompette !
3. Da tè à mé
(Jean-Michel Giannelli/Petru Santucci)
Une création de Jean-Michel Giannelli. C'est A Filetta au complet qui débute, rejoint par Paolo à la fin du premier couplet. Le thème prend bientôt la forme d'une valse avec l'arrivée de Daniele, puis le groupe reprend, accompagné par les deux musiciens et revient à la valse sur la fin, avec de belles envolées de trompette. Etonnant ! Un thème que l'on n'oublie plus après l'avoir entendu.
4. Le lac
(Bruno Coulais)
Introduction de Paolo aux effets électroniques, rejoint par le rythme des doigts de Daniele sur son bandonéon, puis A Filetta entonne le mantra tibétain composé par Bruno Coulais pour Himalaya : "Om Taré Tûraré Tûré Soha", toujours accompagné par la trompette harmonisée de Paolo et les notes de Daniele.
5 Dies irae
(Jean-Michel Giannelli)
Cette composition de Jean-Michel Giannelli figurait sur Passione. Ici, elle est Introduite par le bugle et le bandonéon, puis les voix se mêlent au son du bugle de Paolo et du bandonéon de Daniele dans un ensemble très cohérent.
6 Gloria
(Bruno Coulais)
Une re-création un peu folle du Gloria du Libertin. Daniele tapote son bandonéon, Paolo improvise un thème très rythmique, bientôt accompagné par Daniele. Les basses d'A Filetta entonnent le Gloria, rejointes par les autres voix, avec planant au-dessus les notes aériennes de Paolo qui utilise ensuite ses "diableries" électroniques, harmonizer, delay… Le thème le plus fou du disque.
7 Corale
(Daniele di Bonaventura)
Changement radical de registre avec la magnifique composition de Daniele, Corale. Un duo bandonéon/trompette dans lequel l'entente des deux musiciens italiens est remarquable.
8 La folie du cardinal
(Bruno Coulais)
A Filetta cette fois sans les deux instrumentistes pour cet extrait de la musique composée par Bruno Coulais pour Le Libertin. Un morceau très "second degré", magnifiquement interprété Mais c’est un truisme de le dire !
9 U Sipolcru
(Jean-Claude Acquaviva)
Paolo joue une longue introduction au thème d’U Sipolcru, les voix font leur entrée. Paolo ponctue de quelques interventions toujours pertinentes.
10 Scherzi veranili
(Jean-Michel Giannelli)
A Filetta est ici accompagné par le bandonéon sur cette composition de Jean-Michel Giannelli figurant déjà sur Bracanà. Là encore, l'instrument apporte une dimension supplémentaire au morceau.
11 Figliolu d’ella
(Jean-Claude Acquaviva)
Une assez longue introduction instrumentale de Daniele rejoint par Paolo dans laquelle on reconnaît bientôt les accords de Figliolu d'ella, et c'est Paul qui prend la suite, rejoint par Jean-Luc puis par Maxime. Paolo revient, le son très réverbéré dans ce morceau évoque une cathédrale...
12 Gradualis
(Daniele di Bonaventura/Jean-Claude Acquaviva)
Une autre composition de Daniele, sur un texte de Jean-Claude. Magnifique intervention de Paolo à la trompette bouchée, puis les voix s'envolent. On est presque frustré par la relative brièveté de ce morceau, que l'on aurait aimé plus développé. Rendez-vous au prochain concert !
13 Sanctus
(Daniele di Bonaventura)
Pour finir, un magnfique duo, plein de recueillement, entre Daniele et Paolo sur une composition de Daniele. Peut-être un des plus beaux morceaux de ce disque magnifique.
Les amateurs de jazz et de Paolo Fresu devraient être conquis par cette rencontre inouïe entre trompette, bandonéon et polyphonie corse. Les amateurs de polyphonies traditionnelles, quant à eux, éprouveront peut être à la première écoute davantage de difficultés pour entrer dans cet univers, même si le groupe nous a accoutumés à ses rencontres audacieuses. Pour aborder ce disque sans préjugés, il faut tenter d’oublier les versions originales a capella et considérer que l’on écoute de nouvelles créations.
Malgré la diversité des répertoires (compositions de Jean-Claude Acquaviva, Jean-Michel Giannelli et Daniele di Bonaventura), Mistico Mediterraneo est un ensemble cohérent. Une vraie rencontre où chacun est à l'écoute des autres. Une œuvre originale et attachante. On souhaite une continuation à cette belle rencontre, avec peut-être encore plus d'audace dans les improvisations. Pour dire les choses clairement, on imagine déjà ce que pourrait être le prochain CD, avec notamment Meditate et Ritus entendus en concert, et aussi - soyons fous ! - un CD du duo Paolo Fresu/Daniele di Bonaventura !


Première écoute
: un enchantement
total
La Nana géorgienne, qui remplace désormais Makharia en ouverture des concerts, est encore un modèle de douceur avec la voix de Jean-Claude soutenue par un magnifique contrechant de Paul.
Meditate a beaucoup évolué depuis sa création en 2003. Un foisonnement d'échos de voix scandant les paroles de Primo Levi : "Meditate... Scolpitele nel vostro cuore..."
Dès les premières notes de Liberata (Alba...), on est parcouru de frissons. Le chant se fait tantôt caressant, tantôt puissant, tantôt déchirant. Ici, à l’inverse des concerts, Jean-Claude récite le texte avant de chanter. Ne cherchez pas à suivre le texte imprimé, A Filetta déstructure le texte, utilisant syllabes et sonorités pour créer une assise rythmique et mélodique, un peu comme le feraient des jazzmen avec le scat. Personnellement, j’ai une (très) légère préférence pour la version de "l’Européen", et j’ai encore en mémoire celle de Calvi, avec le sublime solo de Paolo Fresu ! Mais on se situe à un niveau très, très élevé.
Les Scherzi
veranili, sur un texte de Petru Santucci et une
musique de Jean-Michel
Gianelli, permettent notamment de mieux entendre la belle voix grave de
Ceccè.
Chœur
I :
L’invitu
Chœur II : L’arditezza
Chœur III : U casticu
Chœur IV : U furore
Durée
totale : 46 minutes 30
Enregistré début 2005 au Couvent de Marcassu, I Catari
Cette création émouvante, unique, universelle, est vraiment une œuvre novatrice, avec de lointains échos des chants du bassin méditerranéen, notamment de Géorgie, tout en prenant ses racines dans le chant corse traditionnel. C'est aussi une charnière dans le parcours d'A Filetta.
Les chants II et III retracent l'épopée et les vicissitudes des Argonautes, alors que dans les chants I et IV, le choeur exprime essentiellement la condamnation de la monstruosité de Médée, transgressant la norme humaine.
"Jason est fils d'Eson, roi d'Iolkos en Thessalie. Pélias, frère d'Eson, s'est emparé du trône et a envoyé son neveu en Colchide. Il lui restituera son titre de roi à la condition expresse qu'il ramène la Toison d'Or. Il s'agit de la peau d'un bélier grâce auquel Phrixos est parvenu à s'enfuir en traversant la mer Egée. Il a sacrifié l'animal et a offert la peau de ce bélier à Aietès, roi de Colchide, qui l'a accueilli chez lui.Médée et
Jason s'enfuient, emportant avec eux le jeune
frère de Médée Absytos. Médée l'assassine, le
démembre et jette un à un ses membres sur la route pour freiner la
progression de son père qui les poursuit.
De retour à Iolkos, Jason réclame son dû, mais Pélias lui
refuse le trône. Alors Médée va inventer une ruse terrible pour se
débarrasser de l'usurpateur. Elle parvient à convaincre les filles de
Pélias qu'elle est capable de rajeunir leur père. Pour ce faire, elle
se
saisit d'un bélier, le découpe en morceaux, le jette dans un chaudron
bouillant, et il en ressort un agneau vivant. Les filles de Pélias font
subir le
même sort à leur père, mais rien ne ressortira du chaudron.
Les citoyens d'Iolkos, indignés, révulsés, chassent
Médée et Jason qui se refugient à Corinthe, chez le roi
Créon. Ce dernier, craignant des représailles, exige de Jason qu'il
répudie Médée et épouse sa propre fille Créuse. C'est
là que se noue la tragédie,le matin même des noces de Jason avec
Créuse :
"Dieux du
ciel, Dieux de la mer, venez et bénissez ces noces royales. Et
vous aussi, peuples de la Terre, venez à nous selon le rite. Quant à
elle,
l'étrangère, qu'elle parte dans la nuit sans un mot, qu'elle parte à
l'aventure comme une qui s'est fait enlever par un homme de passage
(*)".
1.
L’invitu
est en quelque sorte
l'ouverture de l'œuvre. Ce chant s'ouvre sur les noces de Jason avec
Médée la magicienne, fille du roi de Colchide Aiètès. Eprise
de Jason, elle a
utilisé sa magie pour aider celui-ci à conquérir la Toison d'Or. Le
choeur invoque d'abord les dieux, évoque l'amour de Jason ("Maestri
in celu...") et invite
enfin Jason
à se
libérer de Médée ("Picca ti da roza a Caucasica") et
à
épouser une Grecque. Suit une ritournelle étonnante ("Ribombinu
puru i
scaccani") avant l'invocation du départ de Médée : "Qu'elle
s'en
aille ("Quella, a si porti a notte senza mancu una parolla"),
passage où
l'on reconnaît des échos du thème de U Furore.
"L'invitu" est prodigieux. Subtilité, invention,
émotion, harmonies
magnifiques, technique vocale sans faille, mariages des timbres,
écriture
audacieuse et riche, tout est parfait ! Une musique dense qui raconte
Medea mais bien
d'autres choses encore, et nous emporte très loin.
"Sans doute était-ce une audace démesurée que celle qui animait ces marins présomptueux. Ils ont voulu dompter les flots, l'empire maritime, à l'aide d'une barque fragile, bousculant ainsi l'ordre du monde. Désormais, l'ailleurs n'est plus ailleurs et nous voilà privés d'horizon. Ce navire était criminel, les dieux furent impitoyables, le châtiment terrible. Et pourquoi ce voyage, pourquoi ce périple ? Pour la Toison d'Or, mais aussi pour une femme plus dangereuse encore que la mer, Médée...(*)"
2.
L’arditezza,
chanté ici, comme le chœur suivant, dans sa version
intégrale, évoque l'audace des Argonautes partis défier la
mer.
"Nulle force au monde, ni incendie ni ouragan ou machine de guerre, n'a la violence d'une femme abandonnée, n'a son ardeur et sa haine. Dieux du ciel, vous qui êtes repus de vengeance, ayez pitié. Les Argonautes, ces audacieux, ont tous payé. Mais laissez vivre en paix le conquérant des mers, épargnez Jason, il ne faisait qu'obéir aux ordres. (*)"
Ce chant, sur
un texte d'une modernité
étonnante, est peut-être celui qui rompt le plus
avec le chant traditionnel, avec des phrases très longues, des passages
qui
semblent suspendus en l'air.
3.
U casticu
a pour sujet le châtiment de ces
audacieux "Rei tutti,
culpiti tutti".
"Où peut donc aller la
magicienne ensanglantée ? Sur quels chemins de malheur l'emporte sa
fureur d'un
autre temps ? Elle a les yeux hagards et la tête haute pour continuer à
défier le roi. Est-ce là l'attitude d'une femme qu'on vient de bannir
?"
"Créon avait
concédé
quelques heures à Médée pour qu'elle puisse embrasser une
dernière fois ses enfants. Elle a mis à profit ces quelques instants
pour
assouvir sa vengeance : elle offfe une parure matrimoniale maudite à
Créuse, la jeune épouse, qui s'embrase en la revêtant. La maison de
Corinthe est incendiée et le tyran Créon périt dans les
flammes.
Enfin, elle brise et annule ses noces avec Jason en égorgeant de ses
propres mains
les enfants qui les unissaient, laissant Jason vivant face à sa
douleur, à
ses doutes, à ses remords. Quant à elle, elle retrouve sa virginité
et en même temps sa légitimité de princesse colchidienne en
s'envolant sur le char du
soleil, son illustre aïeul
(*)."
U casticu donne l'impression de revenir à un chant plus proche de la tradition, mais c'est pour mieux la transcender. Dans certains développements, c'est même probablement le plus innovant des quatres chants.
4. U
furore, enfin, évoque la fureur de Médée répudiée et
bannie qui sacrifiera ses enfants à sa vengeance. Beaucoup plus moderne que le second, beaucoup
plus court que les trois
chœurs précédents, c'est aussi le seul chœur rythmique, et
c’est celui qui, paradoxalement, est le plus déstructuré, avec des
voix qui traduisent la folie de Médée. On remarquera que le thème
d'U Furore est déjà évoqué dans L'Invitu
et
dans U Casticu.
(*) Ce texte, présenté entre guillemets, est celui que dit Jean-Claude Acquaviva lors des concerts.
Le résultat - comme souvent lorsque se mêlent les traditions méditerranéennes - est une invitation au voyage. La poésie des textes de Sénèque résonne naturellement dans le lyrisme de la langue corse. La polyphonie saisit cette émotion, l'amplifie, la précise et la restitue avec une extraordinaire justesse. En outre, l'architecture harmonique du chant polyphonique parvient à merveille à rendre le volume du spectacle vivant pour lequel ces textes ont été composés.
Medea est un chef d'œuvre qui fera date. Il faut noter que cette œuvre, loin d'être figée, est en continuelle évolution. Ainsi, les spectateurs de Seclin ou de Paris en octobre 2006 ont pu noter l'introduction d'une clochette au début de U Casticu, ou d'autres subtils ajustements.
Pour aller plus loin, on se reportera aux interviews de Jean-Claude dans lesquelles il donne de multiples explications sur la genèse de l'œuvre, la façon de travailler du groupe, l'importance de Médée dans le parcours d'A Filetta, etc.


"Où va-t-elle la
Ménade couverte de sang
Où court-elle tête baissée l'amoureuse sauvage ?
Quel crime prépare-t-elle,
Furieuse et déchaînée ?"



A lire dans le
n°83
de Corsica (août 2006), l'article d'Elisabeth Milleliri "MEDEA made in
Balagna".

Article tiré
du premier numéro
de Balagnews :

Squaaly
La
musique du film coproduit et
diffusé par France 3 qui a pour thème la Résistance en Corse sur CD
2 titres
1 –
Liberata (piano : Raoul
Duflot-Verez), enregistré
à Paris
2 - Liberata a
cappella,
enregistré au Carubbu.

Ci-dessous reproduit un entretien de Jean-Claude Acquaviva avec Pierre-René Worms (RFI Musique) à l'occasion de la sortie de Si di mè :
25 ans déjà qu'A Filetta communique la ferveur de ses chants polyphoniques corses à travers le monde. Avec Sì di mè, leur nouvel album produit par leur ami Bruno Coulais, avec lequel ils avaient enregistré la B.O. du film Himalaya, ils renouent avec une musique où les instruments prennent autant d'importance que les voix. Un retour aux sources.
Que signifie Sì di mè ?
JC A
: La traduction qui me paraît la
plus exacte est "Tu es
des miens, de ma famille". C'est le sens de l'hospitalité des Corses.
Nous avons
ici une façon de concevoir le rapport à l'autre comme un rapport de
proximité, de solidarité, de partage. Ce n'est pas le fait qu'on ait
des
chromosomes particuliers, mais nous sommes une petite communauté en
Corse. On se
connaît tous. C'est ce qui fait notre force et notre faiblesse. On est
tous de la
tribu de quelqu'un. C'est souvent pesant. Si di mé
s'adresse autant
à ceux qui chantent avec nous sur le disque, qu'à ceux qui écoutent
le disque, parce qu'on a sans cesse ce sentiment d'être des frères.
La pratique de la
polyphonie est-elle liée à l'établissement d'un
lien social ?
Absolument.
C'est peut-être ce qui explique sa force et le fait qu'elle
ait
trouvé une nouvelle raison d'exister. Parce qu'il faut bien réaliser
que,
jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, cette polyphonie était rurale.
Aujourd'hui, cette société n'existe plus et pourtant cette musique
trouve
une nouvelle raison d'être et a trouvé une nouvelle fonction sociale.
La
paghjella (le chant polyphonique par excellence), qui était il y a 50
ans le chant
des travailleurs de labeur, est aujourd'hui celui des lycées et des
fêtes de
famille.
Dans ce nouvel album,
vous accompagnez vos chants de musique. C'est
nouveau pour vous
?
On a toujours eu un double répertoire. Un purement polyphonique, l'autre qu'on appelle, d'une manière un peu arbitraire, les chansons. Ces dix dernières années, on a beaucoup travaillé sur le vocal et aujourd'hui, on sort un album qui fait intervenir l'instrumentation. Cela n'enlève rien à notre travail et l'on fait des polyphonies en rythme alors qu'elles sont traditionnellement très libres. Il y a un rythme interne, celui de la parole. Ici, on présente une polyphonie qui se couche sur une rythmique.
Cette rencontre avec Bruno Coulais a vraiment fait évoluer votre travail ?
Nous disons souvent, lorsque nous présentons les chansons de Bruno que nous interprétons, qu'il est devenu beaucoup plus qu'un partenaire. C'est un grand frère que l'on aime servir parce que lui, aime se servir de nous. Il a fait des musiques qui lui ressemblent. A aucun moment, il n'a voulu faire de la polyphonie corse et en même temps, il a utilisé notre personnalité vocale. Cela nous a permis d'explorer de nouvelles pistes, notamment celle qui tend à lui donner une nouvelle rythmique. On a généralement des rythmes plus orientaux que ceux de la musique "pulsée" occidentale.
Le fait d'avoir côtoyé grâce à lui Akhenaton, à l'occasion de la B.O. de Comme un aimant, a-t-il fait évoluer votre démarche ?
Nous
avons vu dès le début avec le rap, des liens de parenté
évidents. Car ce qui importe dans la tradition orale, ce n'est pas la
musique que
l'on met sur les paroles, ce sont les paroles elles-mêmes. Et le rythme
de notre
musique est celui de la parole. C'est en ce sens que le rap est proche
de nous. Dans le
rap, on s'adresse à quelqu'un. Et nous chantons de la même façon. Il
y a toujours cette espèce de son projeté où l'on prend l'autre
à témoin, on l'invite à écouter. Il y a également le
fait que le rappeur défend les mêmes valeurs que nous, des valeurs de
justice, de solidarité, d'équité, de partage. On a souvent une
même vision du monde selon laquelle tout est régit par l'efficacité
économique et financière.
Fidélité aux racines,
ouverture sur le monde, c'est A Filetta ?
Plus que fidélité aux racines, c'est avoir des racines. Dès lors que l'on en a, on n'a pas besoin de prouver qu'on y est fidèle. Cela ne nous empêche pas d'être ouvert sur le monde, de replacer notre chant dans sa matrice. Notre tradition est faite des chants du Maghreb, des chants berbères, de polyphonies que l'on retrouve en Albanie, en Sardaigne, en Géorgie. Pour nous, il est important de rester ouvert sur le monde. Parce que si, à un moment donné, on dit : "La tradition est là, elle a tel contour", elle devient objet de musée. La tradition n'a de sens que si elle continue d'être le reflet d'une communauté qui avance.
Entretien avec Pierre-René Worms RFI Musique reproduit sur
5
– Trà Noi
Marcellu
Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva
– Bruno Coulais, 2001
Un hommage rendu par Marcellu Acquaviva à Antò Francescu Filippini,
poète corse, mort en exil à Rome, dont l'engagement pour la défense
de l’italianité du corse lui valut bien des souffrances et des
déchirements lorsque éclate la guerre de 39 – 45.
Chanté
en solo par
José : une première ! Beau contrechant de
Jean-Luc.
6 - Dormi
Jean-Claude
Acquaviva / Jean-Claude
Acquaviva – Bruno Coulais, 1996
Une berceuse à peine rock avec Paul en lead vocal !
7 -
Tbilissi
Jean-Claude
Acquaviva / Jean-Claude
Acquaviva – Bruno Coulais, 1997
Cette chanson interprétée par Guram Tamazashvili est un hymne d’amour
adressé à la capitale géorgienne Tbilissi.
11 – A
L’Altru
Mondu
François
Vincenti / Dominique
Vincenti
Arrangeurs : Jérôme Ciosi - Bruno
Coulais
« Il fallait beaucoup
de pudeur, d’intelligence et
de sensibilité pour évoquer la mort d’un jeune garçon sans
« sombrer » dans le pathos.
C’est ce que fait ici
admirablement
François Vincenti : un chant d’amour des cieux vers la
terre ; une
poésie émouvante grâce à la simplicité et à la
justesse de chaque mot. »
Antoine Ciosi, par sa voix aux accents douloureux autant
que rassurants donne
à cette prière la force de la sincérité. Le deuxième
couplet chanté par Jean-Claude dégage une émotion sans pareille.
12 -
Memorie
Anton’
Francescu Filippini /
Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001
Un poème en forme de testament laissé par le poète A. F.
Filippini :
« De tant de
vie, il ne me reste en
mémoire
Qu’une pauvre
image ; de tant
d’amours
Un nom ou
deux ; et de l’enfant
turbulent
Que je fus, le seul
souvenir d’une
blessure »
Un regard désabusé porté
sur le
temps et sa fuite ; une vision empreinte d’une grande humilité
que seul
l’âge, peut-être, sait conférer !
Une performance vocale et expressive phénoménale de Jean-Claude, une
mise
en place parfaite des voix, un texte d'une rare beauté : un des sommets
de ce
disque qui en compte beaucoup …
14 - A Dì Ti
Di Tù
Jean-Claude
Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1996
"Une
petite fille vient de perdre son père dans des
circonstances tragiques. Sa marraine, elle-même handicapée, lui offre
ces
mots pleins de vie et d'enthousiasme. C'est l'histoire simple de cette
chanson qu'ont
commandés l'affection et l'amour."
Le répertoire de Sì di mè a été présenté lors quelques concerts, à Cannes le 1er décembre 2006, à St Germain-en-Laye le 15 mai 2007 ou à Lorient le 16 mai 2007. Lire notamment les compte-rendus des concerts d'Evreux et de St Germain-en Laye en page "concerts".
Le meilleur disque pour qui voudrait avoir un aperçu des concerts du groupe.

1 - U
Casticu
Extrait du choeur III de “Médée” de Sénèque. Il
évoque le châtiment atroce de ces audacieux qui avaient bravé la mer
(« Et celui qui fut à l’origine de tout, qui convoitait tant
la
Toison d’or, il fut mis à bouillir dans un
chaudron… »)
2 – Paghjella
Chant traditionnel à quatre voix évoquant le poète
Pampasgiolu.
3 – L’Arditezza
Extrait du choeur II de “Médée”. Il évoque
l’audace des Argonautes, ces marins présomptueux qui pensaient pouvoir
« abolir l’ailleurs ».
4 - Makharia
Chant géorgien chanté tout en retenue
5 – Paghjella di
l’Impiccati
Composé par Ghjuvan-Teramu Rocchi et Jean-Claude Acquaviva, cette
paghjella
déjà présente sur Una Tarra Ci Hè (il est d’ailleurs
intéressant de comparer les deux versions) relate la répression qui
s’abattit sur le Niolu après la défaite de Ponte Novu : les
troupes françaises se sont livrées à un massacre, la plus jeune
victime, Marcu Maria, n’avait même pas quinze ans…
6 – A Canzone di
a Malata
Une rareté dans le répertoire d’A Filetta : une monodie recueillie
dans la vallée du Marsulinu chantée ici par Jean-Luc Geronimi
évoquant la douleur devant la souffrance d’une jeune fille malade.
7– Cose viste
Texte satirique d’Anton Francescu Filippini qui porte un regard moqueur
sur
l’évolution des moeurs (« j’ai vu mettre des manteaux aux
chiens et se déshabiller des jeunes filles »)
8 – U Sipolcru
Déjà présent dans Passione, ce chant de la Passion évoque la
mise au Sépulcre du Christ.
9 – Trà i Debbii
Maiò
Version a cappella de la composition de Marcellu Acquaviva et Bruno
Coulais pour le Don
Juan de Jacques Weber
10 – E Loche Autre extrait de Don Juan
11 – Kyrie
Création du groupe : un petit bijou de concision, une mise en
place au
millimètre.
12 –
L’Anniversariu di Minetta
Reprise magnifique du morceau de Tavagna : “Pour ta mémoire et sa
lumière chère à mon coeur, je veux vivre intensément chaque
instant concédé et le vivre pour toi”.Version chargée
d’émotion.
13 – Sub Tuum Création récente sur un texte liturgique.
14 – Caracolu di
Brame
Troisième extrait du Don Juan.
15 – Sumiglia
Morceau emblématique du groupe, qui clôt chacun de leurs concerts
depuis une
bonne quinzaine d’années, ce chant créé en 1988 est
« un hommage rendu à celui qui jusqu’à son dernier souffle
s’est identifié à cette terre qui nous a engendrés ;
c’est un hymne à l’altruisme, au don de soi. »

1 – U
Sipolcru
Création de Jean-Claude souvent
reprise en concert. Sur une
basse continue se déploie le chant de Jean-Claude. Intense tension
dramatique pour
ce premier chant qui finit dans un souffle sur « è
mi
n’avvegu… »
2 – L’Orme Sanguine
Chant du Via
Crucis de
Ruglianu sur un texte du
XVIIIème siècle. On remarquera que certains passages évoquent
le Diu Vi
Salvi Regina.
3 – U Lamentu di Maria
Reprise de cette
magnifique création
déjà entendue dans Una
Tarra Ci
Hè.
4 – Dies Irae
Orgue et violoncelles
introduisent ce chant de la
messe des défunts sur une musique de JM Giannelli. Une curiosité dans
le
répertoire d’A Filetta.
5 – U Lamentu di Ghjesù
Reprise d’une grande
intensité de cette
magnifique création. On remarquera la transposition dans un registre
beaucoup plus
aigu du chant du soliste (Jean-Claude)
6 - Ghmerto
Un des morceaux
emblématiques d’A
Filetta, ce chant géorgien est souvent chanté en concert. Une
construction
en spirale, un mélange de douceur et de puissance.
7 – A Sintenza
Création de Jean-Claude, d’une grande intensité dramatique. Il faut
le voir en concert, son visage grimaçant exprimant toute la souffrance
« de celui qui souffre en silence ». Jean-Luc en
terza.
8 – U Dubbitu
Création de Marcellu
Acquaviva-Franceschini /
Jean-Claude Acquaviva. On retrouve le climat musical d’Una Tarra Ci Hè.
9 – A l’Alivetu
Création de Jean-Claude. Une longue plainte d’une intense tension
dramatique. Un des sommets de ce disque.
10 – Lamentazione di Jeremiae
Arrangements d’A
Filetta des lamentations
chantées lors de l’Office des ténèbres de la Semaine Sainte de
Calvi
11 – Tecco
Arrangements d’A
Filetta
12 – Alleluia
Jean-Claude Acquaviva /
Jean-Michel
Giannelli
A
signaler également en 1997, une curiosité : la participation d'A
Filetta au
disque consacré aux orchestrations inédites de Maurice Ravel sur des
chants
traditionnels corses, en compagnie d'Anna Rocchi, de Gigi Casabianca,
de
François-Philippe Barbalosi et de Graziella Venturi. Paul et Maxime en
solo chacun
sur deux morceaux.

Merci à Jean-Mathieu Canniccioni de m'avoir fait découvrir ce disque.
Le premier chef
d’oeuvre d’A Filetta est dans sa majeure partie un disque de chansons,
avec
instruments. Il présente également quelques polyphonies. On retrouve
ici
tous les chanteurs de Ab Eternu auxquels s’est joint Pierre Bertoni.
A mon avis leur premier disque pleinement réussi, que l’on prend
plaisir
à réécouter.

1 – E’ Puru Simu
Quì
Ouverture
du disque avec un
quasi-hymne. Très dynamique.
2 – Una
Tarra Ci
Hè
Encore
une composition de
Jean-Claude, belles sonorités de guitare.
3 – A Paghjella di
l’Impiccati
Une
paghjella de
création relatant un épisode de la « pacification »
du Niolu par les troupes françaises après la défaite de Ponte Novu.
Une grande émotion se dégage de ce chant. A comparer à 'L'Impiccati"
(avec instruments) sur O Vita...
4 – Trè
Climat
moyenâgeux pour
cette composition de Jean-Claude : « ils étaient
trois : un
vieux moine, une ombre et un roi ».
5 –
Malanni
Sur
un texte de Ghjacumu
Fusina, un lamentu moderne relatant l’existence d’un
chômeur.
6 – Sò
l’Omu
Texte
de Marcellu Acquaviva,
musique de Jean-Claude.
7 –
Fiure
Texte
de Marcellu Acquaviva,
musique de Jean-Claude.
Une ballade d’une grande douceur chantée par
Jean-Claude.
8
– A Muntagnera
Texte
de Marcellu Acquaviva, musique
de Jean-Claude.
La vie des bergers à travers les épisodes de la transhumance du
Falasorma
vers le Niolu. En passant par le col de Caprunale, bien connu des
randonneurs, où,
dit-on, on pouvait monter en calèche à la fin du XIXe siècle, la
fontaine du Tassu, le repos à Mirindatoghja….
9 – A l’Acula di
Cintu
Autre
évocation du Niolu que
cette création de Jean-Claude.
10 – U Lamentu di
Maria
Une
des plus belles créations
polyphoniques de cette époque.
Remarquables, les silences ...
11 – Da
Grande
Très
jolie chanson sur le
thème de l’imaginaire enfantin.
12 – L’Ombra
Murtulaghju
Marcellu
Acquaviva /Jean-Claude
Acquaviva
“Furieux s’est fait le vent d’hiver... Par les champs une ombre est
passée »
13 – Eo
Sai
Balade
pleine de tendresse
composée par Jean-Claude Acquaviva
La couleur
sonore de ce disque est donc très
différente de celle d’aujourd’hui, avec un net décalage vers le
grave. En outre, les voix sont plus fondues entre elles, plus
difficiles à
identifier.

En conclusion, un très beau disque, peut être un peu monocorde, avec quelques pépites comme U Lamentu di Ghjesù et Sumiglia. S’expriment déjà les immenses qualités d’écriture de Jean-Claude, notamment dans l’Agnus Dei di i Defunti et le Tantum Ergo. Le meilleur reste cependant à venir…
1 – Salutaris
Hostia
Traditionnel d’U Mucale, près de Calenzana.
2 – Violetta
A Filetta donne ici son interprétation de ce
« classique »
de la polyphonie, chanté notamment par Voce di Corsica et les Chœurs de
Sartène.
3 – U Ballu di Larenzu
Création de Jean Antonelli
4 – Requiem
Traditionnel de Rusiu.
5 – Kyrie
Traditionnel d’Ascu .
6 – Anima
Création de Marcel et Jean-Claude Acquaviva .
7 – U Lamentu di
Ghjesù
Création de GD Marcotorchino, Toni Casalonga, Nando Acquaviva et Roccu
Mambrini,
créé en 1982 lors de la Passion de Calenzana. Un des morceaux les plus
émouvants du répertoire d’A Filetta, que l’on retrouvera encore
dans Ab Eternu et Passione,
8 – A Muresca
Traditionnel .
9 – A’ u Vechju
Pueta
Traditionnel.
10 – Paghjella
Traditionnel .
11 – Pueta
Création de Jean-Claude sur un texte de Rinatu Coti.
12 – Suda Sangue
Traditionnel de Calvi .
13 – A’ Vende
Hè
Composition de Jean-Claude.
14 – Dio Vi Salvi
Regina
La version d’A Filetta de l’hymne corse .
(*)
Anima
Di l'aghje
Au delà de
ces aires
éparpillées depuis les plaines jusqu'aux montagnes, au-delà de ces
espaces où battait, jadis, le coeur d'une société rurale, il y a le
symbole d'une volonté nouvelle, d'un jour nouveau où un certain sens du
commun s'éveillera en nous
La
Violetta
Ma di ciò che
tu voli
Aujourd'hui les moments de réflexion et de mesure sont rares ; seuls
pourtant, ils
permettent de percevoir le poids réel des choses simples de la vie, de
rappeler
l'inestimable prix des valeurs humaines de pardon et de paix... Le
texte se veut alors
clairière d'espoir.
Mare eternu
La mer, par
l'immensité de son étendue, par le mystère de ses abîmes, a
été et demeure pour l'homme une source de fascination. Ces quelques
lignes
lui sont dédiées, à elle et à tous ceux, marins ou autres
enfants de la réalité ou de la légende, qui sous ses révoltes
périrent.
Oggi
Quelques masures sculptées
par le temps, quelques arbres courbés par le vent... C'est tout ce
qu'il reste
d'un village endormi dans les ténèbres de l'histoire. Dans ces
ténèbres où pourtant le murmure d'une âme égarée
vient à chaque crépuscule heurter notre présent et combattre
l'oubli.
Pé 'ssu dumane
Poursuivre le
rêve d'une Nation, n'est-ce pas le droit et peut-être le devoir de tout
homme
épris de dignité ?
Pueta
Sintenza par
té
Faudra-t-il voir encore longtemps
des hommes se
mêler à la mort pour que l'on comprenne que leurs actes ne sont que les
effets de causes profondes qui ont pour nom l'injustice ou
l'incompréhension
?
U mulatteru

A
canzona di a vita chi va
Cum'e tutti i zitelli
L'imbasciadori
Maestru parlami in corsu
O ghitarra meia
Passanu i mesi
Sonnii zitillini
Sta notte he natale
U ventu
Un acillucciu
Voca vuchina
Aghju coltu
Est-il vain de cueillir dans les élans de l'Histoire, les fleurs d'un
avenir plein
de foi et d'espoir, même si l'on demeure quelquefois incompris ?
Criaturella
Ce chant est destiné à nos enfants, qui bâtiront, si nous savons leur
en communiquer le désir, un monde de dignité et d'amour sur cette terre
qui
est la leur.
Cumpagnu
Chant dédié à Jean Antonelli, un temps emprisonné.
"Le compagnon emprisonné témoigne de la permanence de la quête
d'identité et d'espérance."
Cun tè
De grands poètes, tels Aragon, ont magnifié la femme. A notre
manière plus humblement, nous voulons tenter ici de rendre hommage à
toutes
les femmes combattantes de la liberté et plus largement à toutes celles
qui, en butte à l'oppression et à la mort, continuent à symboliser
la force de la vie.
I mufrini
Voici dix ans, les enfants d'un petit village de montagne, l'Oretu di
Casinca, chantaient
leur foi à travers la Corse. Nous sommes de ce pays, nous voulons y
grandir, y
apprendre et y vivre. Leur invite élargie à tous les enfants du monde
reste
plus que jamais d'actualité.
I pescadori è u mare
Loin des clichés idylliques d'une Corse littorale, uniquement vouée au
tout
touristique et aux barcarolles sirupeuses, existe une autre Corse, plus
vraie, moins
paradisiaque il est vrai: c'est celle de tout un peuple, c'est celle
des pêcheurs
condamnés à survivre dans une société de plus en plus
dépersonnalisée. Ce chant, inspiré par un texte de Pablo Neruda sur
ce thème, est aussi pour nous un témoignage d'ouverture sur la
Méditerranée.
U mare è u fiume
Tout comme le ruisseau de cette fable, se jetant dans la mer... notre
peuple, au
même titre qu'une multitude d'autres peuples, apporte depuis la nuit
des temps, sa
contribution originale à l'Universel.
U ventu scemu è a
vechja serena
Un soir de décembre à Bastia. Il fait très froid. Le vent, notre
Libecciu, aggrave la température !
Dans une rue de la vieille ville, une pauvre petite vieille femme,
sortie pour effectuer
quelques courses, rentre chez elle. Le vent souffle en tempête. Courbée
en
deux, elle avance péniblement... et le drame arrive. Elle est jetée
à terre, ses provisions éparpillées, sa belle coiffure
défaite. Elle est blessée à la tête. Le poète
présent intervient aussitôt. Il relève la vieille femme et la conduit
chez elle. Il reste avec elle longtemps ! Pendant ce même temps le vent
déchaîné souffle de plus en plus fort. Il semble attendre sa proie...
La vieille femme, ayant repris ses esprits, défiant son ennemi, se
signe sans
arrêt !!
Versu di u vignaghjolu
Vogliu
(*)
A megliu sta
Profiter des choses
essentielles que la vie nous apporte chaque jour, et ainsi
rester pleinement soi-même. tel est le thème de cette chanson, preuve
supplémentaire de la nécessité pour l'individu "d'être" pour
s'épanouir et vivre.
L'impiccati
Les
peuples ont de la mémoire. Le peuple Corse comme les autres.
En 1774, la tragédie se noue dans le Niolu. Les troupes du roi de
France
arrêtent et torturent des patriotes, dont un adolescent de 15 ans. Ce
moment
douloureux de notre histoire ne laisse ici personne indifférent bien
que deux
siècles se soient écoulés.
L'orida
bestia
"L'orrida
bestia", c'est
le fascisme et son cortège de privations et de sang... le fascisme qui,
malheureusement aujourd'hui comme hier, demeure, par delà océans et
frontières, la honte de la conscience universelle.
Mandulina
O Dume' o Muame'
Parce
que nous avons avec force la certitude de voir un jour
tous les travailleurs unis dans la lutte pour la reconnaissance de
leurs
droits.
O terra
Cet hymne à notre terre,
celle des hautes
montagnes couronnées de neige, porte en lui tout l'amour d'un peuple
refusant une
agonie programmée, et puisant dans l'histoire la force de bâtir son
avenir.
O vita, o vita
Survienne
une catastrophe, une mauvaise année ou une
mort naturelle, la vie reprend toujours ses droits avec force. Ce
chant, expression du
renouveau de la Corse et de son peuple, est un véritable hymne à la
vie.
Paghjella
Cette
"paghjella" qui était chantée dans les
vallées de Castagniccia sous l'occupation italienne, nous indique
l'état
d'esprit de résistance de notre peuple, à une époque où le
fascisme triomphait.
Ti chjami
C'est
par la poésie que les individus, les peuples et les nations
ont toujours pu, même aux plus noirs moments de leur existence, trouver
des raisons
d'espérer en des lendemains meilleurs.
U negru fiume
La prise de
conscience n'est lumineuse que dans les livres. En réalité, elle est un
cheminement difficile, hésitant. Les faits de Résistance rapportés
par l'histoire ressemblent rarement à ce qu'ils furent au quotidien.
Demeurant
à hauteur d'homme, en sont-ils moins admirables ?
Vai puru
L'homme, en proie au doute et
au
découragement, oublie que la route menant à un peu plus de bonheur est,
bien souvent, plus proche et plus simple qu'il n'y
paraît.
(*)
A u vechju
pueta
La
polyphonie est le support de la tradition chantée en Corse. Celle-ci,
sur un air
traditionnel, est un hommage aux poètes détenteurs d'une richesse
inestimable et interprètes de la Corse profonde.
A'a
riscossa
La répression a conduit bon
nombre de patriotes corses derrière les
barreaux. Ce chant est un appel à la solidarité populaire seule garante
de
la victoire pour demain.
Euskadi
Ce chant est une ouverture
sur le monde actuel.
Ailleurs qu'en Corse, en Irlande, en Amérique du Sud... d'autres
peuples sont
opprimés et souffrent de perdre leur identité et leur liberté:
celui-ci est dédié au peuple basque.
Farandula
Ce chant traditionnel nous
invite à danser
au son des violons et autres guitares et banjo. Il est l'expression
même de la
fête populaire que l'on rencontrait en Corse au gré des foires, des
fêtes de village. C'est également pour nous un cri de joie et
d'espérance pour que la Corse de demain retrouve le "sens de la fête"
qu'elle est malheureusement sur le point de perdre.
Induvinella
Cette chanson nous fait vivre
l'aventure d'un
petit enfant corse qui, de retour dans son village, découvre jour après
jour un trésor qui lui avait été caché : la langue
corse.
L'acillucciu
L'enfant, souvent plus
sensible aux choses de la
nature, se laisse bercer par le chant d'un oiseau. Et ce chant le
transporte dans un
autre monde où la méchanceté et le profit sont
absents.
Machje
Ce poème est tout un symbole.
En effet,
alors que notre maquis brûle chaque année un peu plus,, nous en
possédons malgré tout un autre qu'il sera beaucoup plus difficile de
brûler : c'est notre culture, notre désir d'être corse qui nous
permettra un jour de retrouver notre dignité.
Ste mane
qui
Partout dans le monde, des
millions d'hommes et de femmes sont exploités.
C'est pour tous les travailleurs, avec l'espoir qu'un jour ils
retrouveront leur
liberté et leur dignité, que nous avons fait cette
chanson.
Terra
brusgiata
Chaque été, ce sont des
milliers d'hectares qui en Corse sont la proie
des flammes. Ce chant est le cri de cette Terre Corse qui après avoir tant
donné, refuse de se laisser mourir.
U pagliaghju
d'Ostriconi
Aujourd'hui comme hier, le
chant s'empare de l'évènement. Près
de la plage d'Ostriconi, merveilleux site en bordure de mer, la finance
internationale,
par l'expropriation des terres en vue de la construction d'un complexe
touristique,
enlève à un berger corse la possibilité de gagner sa vie : on le
chasse, sa cabane est détruite... Mais des jeunes amis du berger
reviennent sur
les lieux et reconstruisent la cabane du berger.
Vogliu esse
Ce chant est à la fois cri
d'espoir et affirmation de tout un peuple, qui, refusant l'aliénation dans laquelle
il se trouve, désire retrouver la liberté si chère à ses
ancêtres.
(*) Un grand merci à Gerda-Marie Kühn pour ces pochettes et pour les
textes!
Trois vidéos sur A Filetta
:

Excellent document filmé d'un concert enregistré pendant les tournées "Una tarra ci hè" de 1995, malheureusement plus disponible.

Documentaire de Don Kent, avec un entretien avec Franck Tenaille.
Tout simplement
indispensable.

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