Cinéma

Dernière mise à jour de la page : 09/05/2008

 
 

 

Cette rubrique ne vise pas à concurrencer les encyclopédies de cinéma. L'objectif est de parler des rares films ayant un rapport avec la Corse. Il est aussi de présenter quelques oeuvres du cinéma méditerranéen, notamment italien, peu connues voire méconnues.

La Corse et le cinéma

Autant le dire d'emblée, la Corse a surtout servi de décor dans le cinéma. On citera ainsi Cela s'appelle l'aurore de Bunuel ( 1956 ), Alerte en Extrême-Orient de Ronald Neame (1958), La Loi de Jules Dassin (1959), Le Jour le plus long de Ken Annakin (1963), tourné sur les plages du désert des Agriates.

Dans un style très personnel, Liza de Marco Ferreri a été tourné sur l'île de Cavallo avant sa privatisation par la jet-set.

Il faut citer également Les randonneurs de Philippe Harel, avec Benoît Poolvorde et Karin Viard

Certains films ont la Corse comme sujet principal. Parmi les raretés, le Colomba d'Ange Casta (1967) tourné en noir et blanc avec dialogues en corse sous-titrés en français (c'était une première à l'époque ).
En 1983, Pierre Cangioni réalise Santu Nicoli avec Robin Renucci et Pierre Massimi . Le thème : une vendetta entre Lama et Pietralba.

La Corse est également présente dans le film de Granier-Deferre (scénario d'Henri Graziani) : Un Fils (1972) avec Yves Montand et dans Nous Deux réalisé en 1991 dans le Cap Corse (Sisco et Pietracobara) par le même Henri Graziani. Les acteurs principaux sont Philippe Noiret et son épouse Monique Chaumette, mais on trouve aussi au générique quelques acteurs corses, dont Pierre Massimi.
Le thème traite du retour au pays d'un Corse du continent qui n'a jamais vécu en Corse.
Les films de Pierre Salvadori font souvent référence à la Corse (Cible émouvante et Les Apprentis). Comme elle respire (1997) est même tourné pour une bonne moitié en Corse.

On citera également le téléfilm de Carole Giacobbi, Anna en Corse avec Romane Bohringer et Line Renaud, Le silence, d'Orso Miret, et Trois petites filles de Jean-Louis Hubert.

Et enfin, un très beau film, Le cadeau d'Elena de Frédéric Graziani (2004), avec Vahina Giocante, Marie-José Nat et Michel Duchaussoy. La Corse et sa culture y sont présentées avec une extrême pudeur et beaucoup de sentiment. Après un début un peu faible, on se laisse prendre par l'histoire et les acteurs. Socrate retourne en Corse après 40 ans d’absence. Il est venu régler ses dernières histoires et faire ses adieux.

Et vint L'enquête corse d'Alain Berberian.
Pourquoi ne pas l'avouer, quand j'ai su que Christian Clavier allait jouer le rôle principal, je craignais le pire. J'avais tort, le film est très drôle et montre les Corses avec finesse.

Enfin, France 3 a réalisé une nouvelle adaptation de Colomba en 2004 ainsi que Liberata de Philippe Carrese, tourné en Balagne entre Cassano et Montemaggiore. Ce film, d'abord diffusé sur France 3 Corse en octobre 2005, sort sur les écrans du continent. Chronique de la vie d'un village sous l'occupation italienne, ce film mêle les langues corse, italienne et française. Avec François Orsoni, Pierre-Laurent Santelli, Shani Sabaty et... un excellent Orlando Forioso dans le rôle d'un officier fasciste.

Citons aussi Di Corsica Riposu d'Ange Leccia. Dans ce film, sorti en 2004, Ange Leccia s'inspire de la création commandée à l'ensemble A Filetta par le festival de Saint-Denis. Avec ce film, Ange Leccia visite à la fois l'univers d'A Filetta et celui du culte des morts en Corse. Je n'ai pas vu non plus ce film, qui est projeté à Pigna en ce mois d'avril 2006. Une lacune que j'espère combler au plus vite...
 

Sempre vivu

Annoncé pour le 13 juin sur le continent, le film de Robin Renucci est une comédie satirique. Faute d'avoir vérifié que son patriarche était bien mort, un village corse est pris dans un tourbillon de mensonges et de quiproquos.
En Corse, on ne plaisante pas avec la mort ? Mais si !

Réalisateur, acteur, scénariste, metteur en scène de théâtre, Robin Renucci passe une enfance paisible entre la Bourgogne et la Corse. Très tôt passionné par le monde du théâtre, il crée des spectacles de rue, étudie pendant deux ans au cours Dullin et intègre le Conservatoire d’Art Dramatique de Paris, avec pour professeurs Antoine Vitez, Jean-Paul Roussillon et Marcel Bluwal. Il fait sa première apparition à l’écran en 1981 dans les Eaux profondes de Michel Deville, un cinéaste qu’il retrouvera deux ans plus tard pour La Petite Bande. Interprétant souvent des séducteurs tourmentés, Robin Renucci devient vite un des jeunes comédiens les plus en vue de la nouvelle génération. S’il prend part à des succès tels que Coup de foudre et Vive la sociale, et à la fresque de Corneau Fort Saganne, il connaît la consécration grâce à Escalier C de Tacchella : sa prestation de critique d’art misanthrope lui vaut une nomination au César du Meilleur acteur en 1986.
Il enchaîne avec un autre rôle marquant, celui d’un jeune journaliste dans le corrosif Masques de Claude Chabrol, réalisateur qui le mariera 20 ans plus tard à la juge Isabelle Huppert dans L’Ivresse du pouvoir (2006). A partir des années 90, Robin Renucci multiplie les apparitions sur le petit écran, mais se fait moins présent au cinéma. Goûtant peu le star system, il se consacre alors au théâtre, à la fois comme acteur et comme initiateur d’ateliers de création et de formation en Corse. On retrouve néanmoins le comédien dans les oeuvres délicates de René Féret ou Bertrand van Effenterre, ainsi que dans de nombreux films d’époque, de La putain du roi à Arsène Lupin (2004) en passant par Les Enfants du siècle. Déjà auteur d’un téléfilm diffusé en 1998, il signe en 2006 son premier long métrage pour le cinéma.

Sempre Vivu Qui a dit que nous étions morts ?
Sortie DVD le 19 mars 2008

Faute d'avoir vérifié que son patriarche était bien mort, un village corse est pris dans un tourbillon de mensonges et de quiproquos. En Corse, on ne plaisante pas avec la mort ? Mais si ! Comédie satirique en langues Corse et Française
Réalisé par Robin Renucci
" Il fallait une farce pour raconter sans pleurer les ravages que font le mensonge, la corruption, l'autisme des administrations, l'égoïsme des gens de pouvoir. Inspiré de la Commedia dell'Arte italienne, des divertissements iconoclastes de Goldoni, des comédies grinçantes de De Filippo, Sempre Vivu ! est fondé sur de vrais mensonges, de fausses vérités, des malentendus qui n'en sont pas, des non-dits assourdissants. De tout temps, ces comédies ont fait rire aux larmes les peuples bafoués de la Méditerranée. Ce n'est pas un hasard si le maire s'appelle Pantaléon, si le gendarme mange son képi, si les hommes y sont bêtes et les bêtes plus sages que les hommes." Robin Renucci

Eloigné du star system et des paillettes, Robin Renucci se fait assez rare au cinéma. A partir des années 90, il préfère surtout se consacrer au théâtre et à sa diffusion. En parallèle, le comédien s'essaie à la réalisation en 1998 avec un téléfilm et un spot publicitaire. Ce n'est qu'en 2007 que l'acteur saute le pas et livre son premier film, Sempre vivu !, qu'il décide de situer dans un endroit qu'il affectionne : la Corse. Amoureux des formes théatrales, Robin Renucci est le fondateur de l'ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques) et organise depuis 1998 les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. Cette initiative culturelle avait alors pour but de développer la création dans un village corse isolé et peu à peu menacé par la désertification.
Prix public conseillé : 19,99 euros le DVD
Bonus DVD : " L'artisan poète ", un documentaire sur l'expérience théâtrale de Robin Renucci (50 min)

A Ghjanara

Troisième court-métrage de Jean-Luc Delmon-Casanova, A Ghjanara transporte le spectateur au cœur du Moyen-Âge.
(Article de Terra Corsa en téléchargement)

* * *

Après ce rapide tour d'horizon, on ne peut que souhaiter que des metteurs en scène s'intéressent enfin à la Corse sans aligner les sempiternels clichés.

Le cinéma italien

J'ai toujours eu une passion pour le cinéma italien, depuis le néoréalisme jusqu'à aujourd'hui. Peut-être parce que les réalisateurs n'ont jamais hésité à utiliser les dialectes régionaux pour rendre compte des différences culturelles et sociales, également parce que ce cinéma osait porter un regard critique sur la société, et enfin parce qu'il a bénéficié d'acteurs exceptionnels.

La Meglio Gioventù

J'ai cru ce cinéma disparu à jamais avec les années Berlusconi, et j'ai reçu un choc avec La Meglio Gioventù (Nos meilleures années) de Marco Tullio Giordana, qui est un des plus beaux films qui m'aient été donnés de voir.

Nos meilleures années raconte l’histoire d’une famille italienne de la fin des années soixante à aujourd’hui. Le récit tourne autour de deux frères : Nicola et Matteo. Au début, ils partagent les mêmes rêves, les mêmes espoirs, les mêmes lectures et les mêmes amitiés, jusqu’au jour où la rencontre avec une jeune fille souffrant de troubles psychiques (Giorgia) détermine le destin de chacun : Nicola décide de devenir psychiatre, Matteo abandonne ses études et entre dans la police.
Tous les personnages sont extrêmement attachants et nous deviennent familiers, depuis le père Angelo, Adriana (la mère), admirable, Giovanna, la fille aînée, Francesca, la cadette, qui épousera Carlo, le meilleur ami de Nicola, qui deviendra pour cela une cible possible du terrorisme durant les années de plomb. Il y a également Giulia, la grande histoire d’amour de Nicola, qui donnera naissance à Sara, et puis Mirella, qui croisera, à des époques différentes, le chemin de Matteo et de Nicola.
La figure de Matteo hantera longtemps les mémoires. Ces personnages nous font vivre les évènements et les lieux qui ont joué un rôle crucial dans l’histoire italienne : l’inondation de Florence, la lutte contre la mafia, les mouvements étudiants, le terrorisme...Ce film est la fresque d’une génération qui – avec ses contradictions, sa fougue tantôt ingénue, tantôt violente, avec sa rage parfois déplacée – a essayé de ne pas se résigner au monde tel qu’il est, mais de le rendre un peu meilleur.
Les six heures de projection passent trop vite !

La meglio gioventù est un film admirable d'intelligence et de sensibilité. A travers les destins contrastés de Nicola, qui agit lucidement pour rendre le monde un peu meilleur et de Matteo, qui refuse, jusqu'à en mourir, de supporter la réalité, ce film est tout simplement un hommage à la vie, avec les joies, les peines, les moments comiques, les drames. Ce qui en ressort, au-delà des moments d'intense émotion, c'est une irrépressible joie de vivre. S'il porte un message, c'est que la vie vaut vraiment la peine de la vivre à fond, avec les autres.

Avec (il faut citer tous les comédiens):
Luigi Lo Cascio (Nicola Carati), Alessio Boni (Matteo), Jasmine Trinca (Giorgia), Maya Sansa (Mirella), Lidia Vitale (Giovanna), Adriana Asti (Adriana), Andrea Tidona (Angelo Carati), Sonia Bergamasco (Giulia) et Fabrizio Gifuni (Carlo Tommasi)

C'eravamo tanto amati (Nous nous sommes tant aimés)

C'eravamo tanto amati est un de mes films préférés.

Ettore Scola met en scène dans ce film tourné en 1974, à travers la vie de trois amis et d'une jeune femme qui passera de l'un à l'autre, trente ans d'histoire de l'Italie contemporaine (1945-1975). Cette comédie est également un hommage mélancolique à Vittorio de Sica.

Gianni Borego (Vittorio Gassman), Antonio (Nino Manfredi) et Nicola Palombo (Stefano Satta Flores) se sont connus dans le maquis, se sont retrouvés à la Libération, ont formé les mêmes espoirs dans une société plus juste, et ont vécu les premières déceptions de l'après-guerre.

La première scène est en fait la scène finale (Nicola, Antonio et Luciana, croyant Gianni pauvre, découvrent sa superbe villa et préfèrent rebrousser chemin). Puis l'image passe au noir et blanc pour évoquer la Résistance.

Au lendemain de la guerre, Gianni, jeune avocaillon, refuse d'assurer la défense d'un promoteur sans scrupules, avant de devenir son collaborateur. Il épousera sa fille Elide (Giovanna Ralli) par intérêt et dépassera en cynisme son patron et beau-père (Aldo Fabrizi); Antonio travaille comme infirmier dans un hôpital. Nicola est enseignant, passionné de cinéma. Renvoyé de son poste après une altercation avec les notables locaux, il abandonnera sa famille pour devenir critique de cinéma à Rome. Antonio fait la connaissance de Luciana (Stefania Sandrelli) dont il tombe amoureux. mais celle-ci succombe bientôt au charme de Gianni. Scène savoureuse quand Gianni vient s'excuser auprès d'Antonio. Après une tentative de suicide, c’est chez Nicola que Luciana ira vivre.



Au fil du temps, les amis se perdront de vue puis se retrouveront. Les retrouvailles finales seront l'occasion d'un examen de conscience lucide et amer:

Superbe fresque désenchantée, ce film est servi tout d'abord par un scénario très riche d’Age et Scarpelli, traversant le cinéma italien (De Sica, Fellini, Mastroianni) et la vie politique, passant de moments hilarants (Manfredi ramené par l'ambulance après son altercation Place de Trevi) à des passages mélancoliques (la scène du photomaton précédée de la reconstitution de la scène du landau dans le Cuirassé Potemkine)

Magnifique séquence quand Manfredi, qui n’a pas vu Gassman depuis plus de vingt ans, le prend pour un gardien de parking (alors qu’il est richissime), discourt sur son idéalisme si mal récompensé par cette société pourrie, et lui donne un pourboire que Gassman n’ose pas refuser, ne voulant pas le détromper.

C’eravamo tanto amati bénéficie également d'un quatuor d'acteurs en état de grâce. Manfredi dans son rôle d'homme du peuple sincère et réaliste, Gassman en riche homme d'affaires ayant raté sa vie, Satta Flores en jusqu'au-boutiste malheureux, sans oublier une magnifique et sensible Stefania Sandrelli.

Ce film sur les idéaux trahis (« nous voulions changer le monde, mais c’est lui qui nous a changés ») est finalement plus émouvant qu‘amer, car le regard acéré porté sur les personnages est malgré tout indulgent, même s’il est souvent négatif.

Merveilleux passage du noir et blanc à la couleur, belle musique d’Armando Trovajoli : un chef d'œuvre, vous dis-je !


Une vie difficile de Dino Risi

Edition en DVD d'un des chefs d'oeuvre de Dino Risi et du cinéma italien : Une vita difficile (1961). Malheureusement, comme Les Nouveaux Monstres, cette édition se limite à la version doublée en français, ce qui est proprement scandaleux.

Alors, parlons seulement du film :

C'est l'histoire d'un idéaliste (Alberto Sordi, grandiose) qui va tout perdre par fidélité à ses idéaux. Abandonné par sa femme (Lea Massari), petite-bourgeoise fascinée par la réussite économique, fauché, emprisonné, seul, il finit par se résoudre à "être réaliste". Jusqu'au sursaut final...

Cette évocation grinçante qui pourrait être sinistre est rythmée de scènes irrésistibles. On retiendra notamment l'entretien d'embauche et surtout le dîner chez les aristocrates le soir du référendum de 1946, où Sordi et Léa Massari boivent du champagne seuls après la proclamation de la fin de la royauté.


I Complessi

Un film à sketches comme l'Italie en produisait dans les années soixante. Trois épisodes sur le thème des complexes : Una giornata decisiva de Dino Risi, Il complesso della schiava nubiana de Franco Rossi et Guglielmo il dentone de Luigi Filippo d'Amico.


Alberto Sordi avec les soeurs Kessler
"Una giornata decisiva" de Dino Risi (34') est une perle de finesse, Nino Manfredi y déploie tout son talent dans ce rôle de composition où il incarne un modeste employé, timide, amoureux d'une jolie femme et tellement gaffeur et timoré qu'il se retrouvera finalement, par maladresse et timidité, avec un laideron entreprenant.
Dans "Il complesso della schiava nubiana" (28'), un mari (trop) moraliste cherche à détruire les preuves du passé d'actrice de sa femme. Il le paiera cher... Ugo Tognazzi s'en donne à coeur joie.
"Guglielmo il Dentone" (38') est le sketch le plus réussi : , en dépit des manoeuvres du jury qui cherche à lui barrer la route, Guglielmo, journaliste aux dents longues dans tous les sens du terme, réussit à se faire embaucher à la RAI. Alberto Sordi est époustouflant dans ce rôle invraisemblable de candidat-journaliste doté d'une diction parfaite, d'un sens de l'à propos prodigieux, d'une confiance en lui illimitée, d'une mémoire ahurissante, et qui, malgré sa dentition chevaline, arrivera à ses fins.


Vedo 
nudo (Une poule, un train et quelques monstres, 1969) de Dino Risi

 Ce film est une illustration en sept épisodes de déviances érotiques diverses. Certains épisodes sont très drôles, d'autres émouvants, tous sont servis par un très grand Nino Manfredi. Avec aussi Sylva Koscina dans son propre rôle,  Véronique Vendell,  Umberto D'Orsi et Daniela Giordano. .

1/ La Diva. - L'actrice Sylva Koscina recueille un blessé grave qu'elle porte à l'hôpital le plus proche. Là, les médecins et les infirmiers lui portent une telle attention qu'ils en oublient le blessé et le laissent mourir.

2/ A uscio chiuso. - Un paysan demeuré passe en jugement pour avoir violé une poule..."Elle m'a cherché. On n'est pas de bois", dit-il pour sa défense.

3/ Ornella. - Ercole est un jeune employé de poste timide et homosexuel refoulé qui entretient une correspondance, sous le pseudonyme d'Ornella, avec Carlo Rinaldo. Quand celui-ci, en visite à Rome, décide de venir faire la connaissance d'Ornella, Ercole se fait alors passer pour le frère d'Ornella. Mais Carlo découvre peu à peu la vérité, et l'accepte.

4/ Il guardone. - Un culturiste myope croyant observer une jeune fille se déshabillant devant une fenêtre qui fait face à la sienne s'excite en fait à la vue de son propre corps se reflètant dans un jeu de miroirs.

5/ L'ultima vergine. - Une petite oie blanche provinciale prend un réparateur de téléphone pour le maniaque sexuel dont on parle à la radio et se donne à lui pour avoir la vie sauve.

6/ Motrice mia. - Nino, traumatisé par les bombardements durant la guerre, abandonne chaque soir sa très belle femme pour aller se coucher entre les rails et jouir quand passe au-dessus de lui, à pleine vitesse, le Paris-Rome. "Anche quella del Brennero ?", lui demande son épouse résignée.

7/ Vedo nudo. - Le directeur d'une agence publicitaire est atteint d'une maladie singulière : il voit nues toutes les femmes qu'il rencontre. Après avoir suivi un traitement dans une clinique psychiatrique suisse, il reprend ses fonctions, apparemment guéri...


Hommage à Luigi Comencini

Le grand cinéaste Luigi Comencini s'est éteint à Rome le 6 avril 2007.

La notoriété de Comencini commence par un gigantesque malentendu : ses Pane amore e fantasia (Pain, amour et fantaisie) et Pane amore e gelosia (Pain, amour et jalousie) furent qualifiés de comédies à l'eau de rose, signant la fin du néo-réalisme, alors que son engagement social fut évident dès notamment Tutti a casa (La Grande pagaille, 1960) et A cavallo della tigre (A cheval sur le tigre, 1961). Lo scopone scientifico (L'Argent de la vieille, 1972) est une fable grinçante sur la fatalité de la misère, tandis que Delitto d'amore (Un vrai crime d'amour, 1973), évoque le travail en usine.

Mais Comencini est surtout connu à juste titre pour sa peinture de l'enfance : si Incompreso (L'incompris) fut hué à Cannes, ce film est reconnu depuis comme un grand chef d'oeuvre. Comencini réalisera également Infanzia e prime esperienze di Giacomo Casanova, veneziano (Casanova, un adolescent à Venise, 1969) qui retrace la jeunesse du séducteur en restant très fidèle à ses Mémoires, puis Le Aventure di Pinocchio, véritable hymne à la liberté individuelle. On retiendra également Mio Dio, come sono caduta in basso !, La donna della domenica et Il Gatto, satires de la bourgeoisie.

Filmographie :

1937 : La novelletta (court métrage)
1946 : Bambini in città (court métrage)
1948 : Proibito rubare
1949 : Il museo dei sogni (court métrage)
1949 : L'imperatore di Capri, 1949
1950 : L'ospedale del delitto (court métrage)
1951 : Persiane chiuse
1952 : La tratta delle bianche
1952 : Heidi
1953 : La valigia dei sogni
1953 : Pane amore e fantasia
1954 : Pane amore e gelosia
1955 : La bella di Roma
1956 : La finestra sul Luna Park
1957 : Mariti in città
1958 : Mogli pericolose
1959 : Und das am Montag Morgen
1959 : Le sorpese dell'amore
1960 : Tutti a casa
1961 : A cavallo della tigre
1962 : Il commissario
1963 : La ragazza di Bube
1965 : La bugiarda
1965 : Il compagno Don Camillo
1967 : Incompreso
1968 : Italian secret service
1969 : Senza sapere niente di lei
1969 : Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova veneziano
1970 : I bambini e noi
1972 : Pinocchio
1972 : Lo scopone scientifico
1974 : Un delitto d'amore
1974 : Educazione civica (court métrage)
1974 : Mio Dio, come sono caduta in basso !
1975 : La donna della domenica
1977 : Il gatto
1978 : L'amore in Italia
1979 : L'ingorgo
1980 : Voltati, Eugenio
1984 : Cuore

Plus des épisodes dans les fims à sketches collectifs :

Tre notti d'amore
La mia signore
Le bambole
Signore e signori, buonanotte
Basta che non si sappia in giro !
Quelle strane occasioni


Auf den Anderen Seite (De l'autre côté) de Fatih Akin  

"Ours d'or" à Berlin en 2004 pour Head On, Fatih Akin est un Allemand né de parents turcs. Cette cohabitation de ses deux cultures est au coeur de ses films

Prix du scénario au Festival de Cannes 2007, De l'autre côté est un film magnifique. En faisant se croiser ses personnages entre Turquie et Allemagne, le film de Fatih Akin orchestre une ambitieuse réflexion sur l'identité et l'altérité.


Nurgul Yesilcay et Trycia Ziolkowska

 L'amour, la mort, le deuil, le pardon, sont les thèmes de ce film bâti autour de deux morts violentes et de trois face à face familiaux : un père et son fils qui ont du mal à se comprendre et deux mères et leurs filles. De l'autre côté évoque le dialogue, souvent difficile, entre les générations et leurs relations fortes et complexes. Le jeune professeur et son père, la prostituée et sa fille activiste, la jeune étudiante allemande et sa mère : aucun de ces personnages ne restera figé dans sa posture initiale, poursuivant dans l'éloignement un échange nourri par un amour silencieux.


Baki Davrak (Nejat) et Nursel Koese (Yeter)

C'est dans la dextérité avec laquelle il entremêle les destins de ses six protagonistes que Fatih Akin étonne et émeut. Les personnages vont se croiser, se chercher, se rater, mais aussi s'apprivoiser, s'aimer, s'adopter. On suit avec passion les personnages et les événements.

Construit avec un efficace sens de l'ellipse, ce film impressionne par sa maîtrise, sa profondeur humaine, son plaidoyer pour l'échange culturel, la sérénité de l'apaisement. Scandé par l'ironique transit des cercueils, l'un renvoyé en Turquie, l'autre renvoyé en Allemagne), ce film magnifique culmine avec la visite de Susanne , la mère de Lotte, qui va "incarner" de façon bouleversante le thème principal du film : la réconciliation. Nejat, de son côté, va retrouver son père de l'autre côté du Bosphore.


Hanna Schygulla (Susanne) et Nurgul Yesilcay (Ayten)

Fatih Akin, dont on avait déjà aimé Head-on, construit son film en boucle, avec des ruptures de ton et de temps : des histoires parallèles qui se recoupent sans cesse, des personnages qui se cherchent sans se croiser et se croisent sans le savoir. Ainsi la jeune femme que l'on voit dormir à poings fermés, lors du cours que Nejat donne à l'université, est celle - mais on l'apprendra bien plus tard - qu'il va s'obstiner à chercher...

Sans lourdeurs ni caricature, le cinéaste évoque aussi la minorité turque d'Allemagne, le désir du retour au pays et les expulsions, la soif de connaissance et de partage, la tentation du racisme et du repli sur soi…

Le Synopsis officiel du film:

Malgré les réticences de son fils Nejat (Baki Davrak), Ali (Tuncel Kurtiz) , qui est veuf, décide de vivre avec Yeter (Nursel Koese) , une prostituée d'origine turque comme lui. Mais Nejat, jeune prof d'allemand, ne tarde pas à se prendre d'affection pour Yeter lorsqu'il comprend qu'elle envoie presque tout son argent à sa fille en Turquie, pour lui payer des études supérieures. La mort accidentelle de Yeter éloigne durablement le père de son fils. Nejat se rend à Istanbul dans l'espoir de retrouver la trace d'Ayten (Nurgul Yesilcay), la fille de Yeter. Mais Nejat ignore qu'Ayten, activiste politique d'une vingtaine d'années, a fui en Allemagne pour échapper à la police turque. A Hambourg, Ayten sympathise avec Lotte (Trycia Ziolkowska), une étudiante allemande aussitôt séduite par le charme et l'engagement politique de la jeune Turque. Lotte propose même à Ayten de l'héberger chez elle, malgré les réticences de sa mère, Susanne (Hanna Schygulla). Arrêtée et placée en détention, Ayten est finalement reconduite à la frontière puis incarcérée en Turquie. Sur un coup de tête, Lotte décide de tout abandonner et de se rendre en Turquie, où elle se heurte à une bureaucratie pesante : tous les efforts pour faire libérer Ayten semblent vains. Elle rencontre Nejat par hasard et devient sa colocataire. Un événement tragique fait prendre à Susanne la décision de venir à Istanbul pour remplir la mission de sa fille. En se rapprochant de Susanne, Nejat ressent le besoin de renouer avec son père qui vit désormais en Turquie, au bord de la mer Noire. Il décide alors de partir à sa recherche …

Nursel Koese

Trycia Ziolkowska

Nurgul Yesilcay

Baki Davrak

 

Tuncel Kurtiz
Nurgul Yesilcay et Trycia Ziolkowska