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Cantu :
Le chant corse

Dernière mise à jour : 03/01/2012

Cette page est consacrée au chant et à la musique corses, vus sous leurs différents aspects : origine, évolution, thématique, instruments, stages, etc.

Pour aller plus loin, on se reportera à la page sur les chanteurs et  groupes corses. A Filetta bénéficie (comme d'habitude ici) d'un traitement privilégié puisque plusieurs pages spécifiques sont consacrées au groupe balanin (voir ci-dessous). Le groupe L'Alba figure également sur une page spécifique.

Enfin, on retrouvera les textes des chants corses sur deux pages : chants traditionnels et créations contemporaines, les créations d'A Filetta faisant l'objet d'une page spécifique.

Les chanteurs et groupes corses
Canti corsi d'eri è d'oghje :
Chants corses d'hier et d'aujourd'hui
Le chant corse
Les confréries
La paghjella
La renaissance du chant corse
Les chjami è rispondi
Berceuses et comptines
La musique instrumentale
Les stages et cours de chant corse
Vivre du chant en Corse ?
Les chants de la Corse, par Margarethe Hlawa


polyphonies

novu

 

Le chant corse : à l'iniziu c'era a voce

Au commencement était le Verbe. Ces mots de la Génèse prennent tout leur sens dans l'Ile de Beauté où les premiers textes écrits en langue corse ne sont apparus que vers le XVIIIe siècle.

Société de tradition orale, la Corse a toujours manifesté une véritable passion pour toute forme d'expression orale. Cette passion trouve son plus bel aboutissement dans le chant qui, de tout temps, a rythmé la vie quotidienne.

Traditionnellement en Corse, le chant est polyphonique (même si le mot "pulifunia" est un néologisme). Il se transmet de père en fils. Ces chants évoquent les travaux et les jours, l'exil, les séparations, l'horreur de la guerre de 14-18 ou reprennent des textes littéraires, notamment La Divine Comédie de Dante.

Chaque moment, de la naissance à la mort, a son chant, profane ou sacré et le plus souvent interprété a cappella. Certains, comme le chjama è rispondi (littéralement : appel et réponse) mettent essentiellement en valeur les talents d'improvisation et l'esprit d'à-propos des chanteurs qui s'interpellent et se défient, rivalisant en traits d'esprit à l'humour parfois dévastateur. Il s'agit là de véritables joutes oratoires où le fond prime sur la forme musicale, proche de la mélopée du théâtre antique.

D'autres, comme la paghjella, forme la plus représentative du chant corse, font la part belle à la voix humaine, à l'émotion qu'elle véhicule, bien au-delà des mots. Les chants sacrés, messes des morts ou messes des vivants, occupent une place importante. La tradition s'en est maintenue dans certains villages comme Sermanu ou Rusiu.

Le chant profane distingue :
- le Lamentu : complainte du malheur, du départ, de l’exil, du bandit.
- le Madricale : forme polyphonique spécifique de la région de Tagliu Isulacciu
- les Terzetti : Chants composés de couplets de trois vers endécasyllabiques dont la rime est agencée en ABA, BCB, CDC ... Très prisés au Moyen-Âge, ils sont écrits en toscan littéraire et ont généralement une ligne mélodique harmonieuse.
- les Terzine : semblables aux terzetti.
Les fioritures et les mélismes ("riccucate"), jouant sur des intervalles variés et serrés, sont très libres.

La polyphonie sartenaise, qui tire ses origines des franciscains, se distingue de celle du nord de la Corse par ses structures vocales différentes, une moindre liberté d'improvisation et un peu moins d'ornementation. Elle a souvent un caractère plus choral.

Jean-Claude Acquaviva note : "La polyphonie est viscéralement attachée à l'île et reflète une culture, une façon d'être de la société corse".
Les musicologues ou les chercheurs n'ont pu définir avec précision les origines, le moment démergence et le parcours de ce chant, qui ignore toute virtuosité pure comme tous effets sans expressivité. La voix seule n'est pas un but en soi. Ce qui compte, c'est l'émotion et la communion. Les chanteurs se touchent en chantant et vibrent ensemble.

Les confréries


On ne dira jamais assez l'importance des confréries dans la transmission du chant sacré.

confreries

La paghjella

Chant polyphonique dont l'origine pourrait être pré-grégorienne, la paghjella, composée en forme de sizain octosyllabique, s'interprète toujours, en dépit de son éthymologie - de paghju : paire , à... trois voix, ou plutôt trois tessitures car les voix, notamment la basse, sont souvent doublées, et les chanteurs peuvent être quatre, cinq ou six.
Les trois voix entrent de manière quasi immuable. Vient d'abord a seconda qui donne le ton et projette le chant, suivie et soutenue par u bassu - la basse -, bientôt rejointe par le registre haute-contre de a terza - la tierce, qui improvise à partir des mélismes (e riccucate) de l'ornementation de la seconda. Et quand elle est bien chantée apparaît la "quintina", harmonique née de la résolution des fondamentales.
Deux exceptions notables à ce principe : , la polyphonie en "versu aschese" comme Sè tu passi où c'est la basse qui attaque le chant, et le versu de Tagliu, dans lequel a terza marque l'accord, constamment calée sur u bassu, laissant l'ornementation à a secunda. Cela donne les harmoniques tenues si caractéristiques.

L'image des chanteurs de paghjella disposés en demi-cercle, le bras passé parfois sur l'épaule du voisin, la main à l'oreille (soit pour écouter les autres chanteurs, soit pour mieux entendre son propre chant), est désormais connue du monde entier.

Je me suis permis d'emprunter à Benedettu Sarocchi ces deux textes sur la paghjella, trouvés sur le site paghjella.com :

La paghjella est une des formes du chant polyphonique traditionnel. C’est le chant de fête par excellence car on l’entonne durant toutes les manifestations festives (fêtes patronales, banquets, noces etc.) Ne pas confondre la paghjella avec d’autres formes de polyphonies qui s’en inspirent dans le style de chant comme les « Terzetti » ou « Terzine » (tercets hendécasyllabiques le plus souvent rédigés en toscan), les « madricali » (chants d’amour à métrique libre en toscan également) et surtout le chant religieux tiré de la liturgie romaine, la plupart du temps en latin parfois appelé « messa in paghjella » (messe en paghjella). Il s’agit d’une poésie profane composée d’un sixtain d’octosyllabes, certains pensent qu’il s’agit plutôt de 3 vers de seize pieds.

Exemple de paghjella :
Què sò voci muntagnole / Spurgulate di cannella
Beienu tutte le mani / L’acqua di la funtanella
A’ lu frescu di lu fovu / ‘Ntonanu la so paghjella.

Traduction :
Voici des voix montagnardes
claires de la gorge
Elles boivent tous les matins
l’eau de la source
Sous la fraîcheur du hêtre,
elles entonnent leur paghjella.

Les thèmes poétiques sont très variés. Il n’y a, à ma connaissance, aucun thème interdit. La paghjella peut être souvent d’un niveau poétique élevé comme parfois très bas, voire vulgaire, dans le cas bien entendu de paroles grivoises.
Il est intéressant de noter que le haut style poétique en toscan (in crusca), présent dans la poésie traditionnelle est quasiment absent dans la paghjella.
Ces poèmes que sont les paghjelle sont véhiculés par la tradition orale et transmis directement le plus souvent de chanteur à chanteur.

La paghjella sous forme de poésie improvisée est peu fréquente voire inexistante.
Il faut croire qu’un individu invente une paghjella et que celle-ci est véhiculée et parfois transformée par d’autres ; ce qui laisse à penser que l’on a affaire dans bien des cas à une « réappropriation populaire » de l’œuvre qui devient de ce fait création collective. En ce qui concerne la musique de la paghjella, il s’agit essentiellement d’un chant à trois voix : la siconda (ou seconda), voix principale mélodique qui démarre le chant et sur laquelle viennent se greffer les autres voix que sont la basse (u bassu), voix grave plus harmonique assez bourdonnante qui peut être doublée ou triplée (ce qui explique que l’on trouve souvent 4 ou 5 chanteurs entonnant une paghjella) et la terza (qui peut se traduire par « tierce » mais aussi par « troisième ») voix aiguë à la fois mélodique et harmonique qui vient compléter l’accord mais aussi enjoliver de mélismes (fioritures rapides appelées rivucate) certains passages du chant.
Ceci dit la paghjella ancestrale se chantait à trois.

En principe, l’harmonie de la paghjella est fixe et déterminée à l’avance alors que la mélodie et les mélismes de la siconda ainsi que les mélismes de la terza sont improvisés (ou du moins spécifiques à chaque chanteur) tout en restant bien entendu dans une certaine harmonie générale du morceau, un peu comme dans un phrasé de jazz.

Il va de soi que la paghjella existait avant le tempérament égal (système qui divise la gamme en 12 demi-tons pour des raisons au départ plus pratiques qu’esthétiques comme par exemple sur le clavier d’un piano) ; par conséquent la « vraie » paghjella, celle de nos anciens, utilisera souvent une gamme qui semble microtonale pour une oreille occidentale et qui fluctue plus ou moins entre majeur et mineur (avec souvent l’utilisation d’une tierce naturelle.)

Une paghjella « réussie » doit allier la singularité vocale des chanteurs et leur cohésion harmonique à mélanger leur voix à celle des autres ; autant dire que la paghjella parfaite est un idéal jamais atteint.
Il se dégage d’une paghjella « réussie » des harmoniques, des notes supplémentaires de celles produites par les chanteurs eux-mêmes et qui donne l’impression d’un plus grand nombre de participants au chant.
Pour des raisons de tessiture, la paghjella est plutôt un chant d’hommes ; comme le voceru (chant funèbre improvisé par les pleureuses) et la nanna (berceuse) sont plutôt des chants de femmes.
Dernier point , le chanteur de paghjella porte souvent la main à son oreille : c’est dans le but d’avoir un retour naturel qui lui permet de varier son propre volume d’écoute par rapport aux autres chanteurs et surtout de ne pas s’égosiller.

Benedettu Sarocchi

La paghjella, cette machine à remonter dans le temps .

"Je ne me souviens pas de la première fois que j’ai entendu la Paghjella, probablement enfant au village. Je me souviens en revanche de cette équipe de chantres qui, d’une certaine manière, ont perpétué sinon établi la renommée de ce chant polyphonique. J’ai eu la chance, moi qui, enfant, les considérais comme les détenteurs inaccessibles d’un savoir mystérieux réservé aux représentants d’une génération vénérable, de les côtoyer durant mon adolescence au point de me fondre avec eux à maintes occasions. Car la paghjella c’est avant tout cela : quelque chose qui efface les différences d’âge, qui gomme le fossé des générations, qui permet à des jeunes et des moins jeunes de festoyer ensemble trois jours et trois nuits sans s’ennuyer une seconde en partageant pour ainsi dire tout : la joie, la convivialité, l’humour même, l’ivresse parfois mais surtout le plaisir de l’harmonie des voix, la sensation de chanter une paghjella parfaite, de faire vibrer les harmoniques, ces notes générées par les autres notes chantées, que l’on entend mais que personne dans le cercle ne produit directement et que certains anciens attribuent volontiers à une participation posthume de chanteurs défunts.

Il faut se rendre dans un village où la paghjella n’a plus été chantée pendant des décennies pour découvrir, dès les premiers accords de voix lancés, un petit vieux essuyer discrètement une larme sur le coin de l’œil ou un enfant bouche bée écarquiller les yeux d’étonnement.
Car la paghjella c’est aussi cela : quelque chose qui vous projette à la fois dans le passé et dans le futur, quiconque l’a bien connue n’en ressort pas indemne et il en est souvent de même pour celui qui la découvre.

Le chanteur de paghjella durant ses premières années d’apprentissage est souvent frustré dans son art : il faut être trois pour chanter la paghjella et de plus les occasions sont rares ; par conséquent il connaît bien cette sensation étrange qui fait que, une fois qu’il a entendu les premiers accords de voix résonner au loin, son sang se met à chauffer, il sent son cœur battre très fort au niveau des tempes en même temps que ses entrailles semblent se liquéfier alors qu’un irrésistible réflexe pousse ses jambes en direction de ces notes familières tant attendues.
Parfois, il s’imposera malgré tout une attitude nonchalante dans son déplacement afin de ne pas éveiller les soupçons de son entourage ; sachant qu’il est « accro », il peut ne pas vouloir le montrer ; c’est peine perdue !
Le temps qu’il va passer avec ses acolytes et l’énergie qu’il mettra à le prolonger attestera d’une manière indéniable sa passion pour cette forme de chant.

Car la paghjella c’est parfois cela : un sport d’endurance en même temps qu’une drogue régénérante qui insuffle une sensation de toute puissance, d’efficacité d’action, de surpassement de soi et qui, selon mes propres observations, permet effectivement à l’individu de repousser ses limites jusqu’à l’extrême.

Les années de pratique venant, le chanteur de paghjella devient plus sûr de lui et pourtant, périodiquement, il va connaître le doute : au moment où il était persuadé d’avoir atteint le sommet de son art, ne voilà-t-il pas qu’il se rend compte qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre : une subtilité dans le mélisme (ma ùn a facciu micca à fà sta rivuccata !), une perfection dans la gamme (ma cumu ferà per cantà cusì à l’usu anticu ?), une précision dans le rythme (ma cumu serà chì u mo versu ùn chjocca micca cum’ellu ci vole ?).
Car la Paghjella c’est surtout cela : quelque chose que l’on pourrait définir d’une manière simpliste comme un cri animal mais qui est en fait un style de chant raffiné très complexe qui fait tendre ses interprètes vers une perfection qu’ils n’atteindront pour ainsi dire jamais tant les difficultés qu’ils surmontent laisseront immanquablement la place à de nouvelles complications.
Comme la paghjella ne nous a pas tout dit, elle nous empêchera encore longtemps de dormir."


Benedettu Sarocchi  sur http:www.paghjella.com

Des origines obscures

Certains musicologues plaident pour une origine religieuse de la paghjella, compte tenu de la christianisation précoce de la Corse et de la grande influence des franciscains; D'autres au contraire penchent pour une récupération chrétienne d'un substrat païen. Ce qui est certain, en tout cas, c'est la prépondérance, encore de nos jours, des Confréries dans la transmission du chant. Dès lors, "la paghjella a autant de raisons d'être lue comme une expression polyphonique authentiquement profane de la vie communautaire que comme une survivance d'une tradition liturgique transposée hors du champ sacré" (Ph. J. Catinchi).

La renaissance du chant corse


Paradoxalement, le chant corse a été découvert au moment où il allait disparaître sous l'effet de la saignée démographique de la guerre de 1914-18, de l'abandon progressif des modes de vie ancestraux, du mépris de ces traditions "paysannes"...
Xavier Tomasi, lorsqu'il publie Les Chants de Cyrnos en 1932, passe entièrement sous silence la polyphonie.

En 1948 l'ethnomusicologue Félix Quilici (1909-1980) découvre à Rusiu l'existence d'une polyphonie sacrée à trois voix pratiquée lors de différentes messes.
Il découvre aussi la paghjella, qui était conservée au sein de quelques familles, dont les Bernardini. Il sillonnera la Corse pour recueillir les vestiges de ces chants immémoriaux, et poursuivra ce travail au début des années 60 pour le CNRS.
Cette collecte sonore qu'il présentera aux Universités d'été de Corte restitue les paghjelle, lamenti, voceri, sirinati et nanne qui composent la vision insulaire du monde.

Des vérités assez mal accueillies à une époque où ces chants semblaient trop rugueux, trop orientaux, trop "arabes". En 1949, un auditeur d'une diffusion des chants collectés par Quilici se crut sur un poste de radio AOF, alors qu'un Ajaccien raffiné se demandera avec effroi "ce que vont penser de nous les continentaux..."
Ces préjugés sont tenaces, puisqu'à de récentes Rencontres de Calvi, un spectateur demandait au groupe L'Alba si sa musique n'était pas "un peu arabe", à quoi il lui fut répondu que la Corse était en Méditerranée et avait subi des influences multiples...

Ces enregistrements peuvent désormais être consultés pour partie au musée de Corte, le reste à la Bibliothèque Nationale de France.

Ce même souci de sauvegarde a été le fer de lance du mouvement dit du riacquistu autour de Canta u Populu corsu. avec notamment Minicale, Alain Bitton-Andreotti, Alain Nicoli, Natale Luciani et Ghjuvan-Paulu Poletti, et aussi Ghjermana de Zerbi et Mighele Rafaelli. Il faut citer également Ghjuliu Bernardini, père des Muvrini Alain et Jean-François. Ces chanteurs prennent alors le contre-pied de la chanson sirupeuse des roucoulades et mandolines dominante à l'époque.
Dans les années 80 E Voce di U Cumune, avec Nando Acquaviva, ont mené des travaux de recherche systématique sur des sujets précis.

Il faut citer aussi le travail accompli par Iviu Pasquali de San Damianu, créateur en 1986 de la première école de chant polyphonique traditionnel à Fulelli. On y apprenait le chant "in paghjella"  : paghjelle, terzetti, madricali, curentine, messe. Plus de soixante enfants ont appris à chanter avec MADRICALE. Plus tard le groupe issu de cette école a enregistré deux CD (en 1992 et 1995) et donné des centaines de concerts en Corse, sur le continent, au Pays basque et en Sardaigne. Ces jeunes tous issus de Castagniccia étaient portés par l'amour du chant, mais aussi et surtout par une fraternité qui a fait de MADRICALE un groupe unique.

Les perspectives du chant corse


C'est quasiment un miracle qu'a vécu le chant corse. Aujourd'hui, des groupes aussi divers que I Muvrini, A Filetta, Les Nouvelles Polyphonies Corses,etc., sont connus dans le monde entier. Et à partir d'un répertoire traditionnel, tous ces groupes ont connu des évolutions très contrastées, de la variété, de la création polyphonique, de la polyphonie traditionnelle, de la world music... Après la salutaire et nécessaire phase de sauvegarde, le chant polyphonique corse doit naviguer entre deux écueils : n'être qu'un conservatoire du passé, ou à l'inverse se banaliser dans une world music sans âme.

Certains prônent le retour à la tradition, mais quelle tradition ? Il faut bien voir que les chants qui ont pu être sauvés ne représentent probablement qu'une faible part de la diversité du chant corse. Il faut éviter une certaine volonté "académique", visant à codifier le chant, à faire des versions connues aujourd'hui des versions définitives indépassables. Et également de vouloir nier tout apport exogène en voulant constituer un modèle pur de toute influence extérieure.

A cet égard la démarche d'A Filetta nous semble exemplaire dans la mesure où, tout en étant solidement enraciné dans la tradition, le groupe ne se fixe absolument aucune barrière, si ce n'est celle de la qualité, et n'hésite pas à créer musiques de films, polyphonies contemporaines, choeurs pour le théâtre, tel le choeur antique du Médée de Sénèque, opéras, en s'approchant de très près de la musique classique contemporaine.

Médée est en quelque sorte une pierre angulaire dans la vie d'A Filetta, sortant de la tradition, tout en y restant amarrée. Jean-Claude Acquaviva voit la polyphonie corse non comme un chant endogène mais comme un langage qui s'est modelé au fil des siècles, intégrant des influences discrètes mais bien réelles. Ce qui justifie l'intégration de nouveaux apports.

Un concert à Pigna


« Le soleil du soir illumine le village de Pigna en Balagne, saillie dans le rocher sur la colline qui domine la mer. De l'arrière de l'auditorium sortent des sons qui évoquent le cri d'un oiseau de proie sur les montagnes. Essai de voix du groupe "A Filetta" avant son entrée en scène.

A Filetta (Jean-Claude Acquaviva, Jean Antonelli, Jose Filippi, Jean-Luc Geronimi, Paul Giansily, Jean Sicurani, Maxime VuilIamier et Valerie Salducci) a été fondé en 1978 et est un des rares groupes de chants polyphoniques corses qui peuvent vivre de leur musique. La plupart des groupes répètent et chantent pendant leur temps libre. Il y a plus de 100 groupes polyphoniques en Corse; c'est traditionnellement un domaine réservé aux hommes, toutefois quelques groupes de femmes ont été créés au cours des années récentes.

Le chant polyphonique n'est pas le seul style de musique corse traditionnelle, mais il est celui qui est de loin le plus répandu et qui a le plus de vigueur. "Polyphonie" signifie "plusieurs voix" : de trois à huit voix contribuent dans des tessitures différentes. La plupart des groupes de chants polyphoniques se composent de cinq ou six chanteurs et chantent „a capella " (sans accompagnement instrumental). L'histoire des polyphonies corses est complètement obscure. La technique de chant et les chansons ont été transmises dans la famille ou la communauté de village de génération à génération, sans jamais avoir été écrits. Comme pour les histoires et les légendes, il s'agit de tradition exclusivement orale. Elle représente probablement un mélange des traditions musicales de tout le de bassin méditerranéen occidental. Des ressemblances avec la musique espagnole et arabe sont indubitables. Généralement elle sont chantées en corse, mais quelques morceaux se basant sur des thèmes liturgiques ou légendaires ont des textes latins et sonnent parfois comme du chant grégorien.

Tandis que les chanteurs sont encore occupés à répéter et à se changer, la salle se remplit à partir du bas-côté . Ce n'est que lentement que les yeux s'habituent à l'amphithéatre peu éclairé et aux hautes parois foncées crépies, seulement percées de petits créneaux décoratifs ressemblant à des meurtrières. Un cercle de lumière éclaire faiblement le milieu de la scène tout en bas. Les quelques 100 sièges s'étagent en pente raide de la scène à l'entrée, située inhabituellement en haut de la salle de concert. Les spectateurs sont pour la plupart des corses, certains venus d'autres parties de l'île. Des familles avec des enfants et des bébés parfois de loin, et des personnes âgées du voisinage. Il sera vendu plus de billets que de places assises. Les marches servent de siège, et quelques visiteurs restent sur la balustrade à l'entrée.

Six hommes habillés de noir pénètrent sur la scène, le rayon de la poursuite devient plus fort, plongeant les chanteurs dans une lumière éblouissante et jetant le reste de la scène dans une obscurité impénétrable. Les hommes forment un arc de cercle étroit, le haut du corps souvent plié en avant, une main sur l'oreille pour étouffer la voix du voisin. Le leader du groupe se charge du rôle du "comédien", d'un acteur qui donne de la dynamique aux chants avec sa voix et les mouvements un peu violents de la partie supérieure du corps aux textes des chants et par la tension dans la voix. Les autres chanteurs contribuent fermement à la cohésion des timbres de l'ensemble, dans des tessitures allant de la basse au contre-ténor.
Parfois, ces voix ne donnent qu'un rythme ou un son continu, puis ils se détachent soudain du brouhaha et assument, en solo ou avec le "Comediante", des sections de texte et de mélodie. Par un balancement en avant et en arrière du haut du corps, les chanteurs orientent l'influence de leur voix dans le son global. Dans quelques chants les hommes se rapprochent très étroitement, ferment presque le demi-cercle et tiennent leur voisin par le dos avec leur bras libre. Même si tout n'est peut-être pas perçu par l'auditeur, les chants sont composés strictement, avec peu de place pour l’improvisation. Cela place le chant polyphonique corse, qui est en réalité une "musique du peuple" dans le sens original du mot, à parité avec la musique classique.

Un concert d'A Filetta ne dure qu'environ 45 minutes. Il est composé de quatre parties. Les trois premières se composent respectivement de trois chansons et durent environ 13-14 minutes chacune. La quatrième partie (la partie finale) est très courte et dure seulement environ 3-5 minutes. Entre les parties Jean-Claude Acquaviva présente le contenu des morceaux précédents et/ou suivants et dit quelque chose concernant son contexte. Il traduit généralement aussi les déclarations corses en français.
À peu d'exceptions près, les morceaux sont composés par A Filetta, la plupart par Jean-Claude Acquaviva qui écrit aussi bien les textes que la musique. Les chants d'un concert appartiennent à deux catégories différentes. D’un côté les chants religieux, qui concernent souvent un décès ou un deuil. Même si quelque Kyrie retentit après une chanson traditionnelle, la plupart des chants religieux sont des recompositions. Les chants profanes qui sont aussi qualifiés de "Paghjelle" sont la deuxième catégorie. Ils peuvent traiter de tous les thèmes du quotidien qui sont émotionnellement fortement occupés, et qui peuvent être transposés plus directement sur le chant que sur le mot parlé. La Paghjella est plus ouverte aux improvisations que le chant religieux, mais des groupes comme A Filetta prèsentent également les Paghjelle dans un arrangement très travaillé jusqu'à ce qu'il sonne comme naturel.

Celui qui voudrait s'en faire une idée peut visionner le film beau et sensible "A Filetta, Voix Corses" du réalisateur Don Kent, qui a longuement accompagné le groupe en 2000 et 2001. La musique polyphonique corse a connu une renaissance forte surtout depuis les années 1970. Cette renaissance était en rapport avec la situation politique corse et la rédécouverte de la culture corse. Cette musique a aussi eu (et a parfois encore) une dimension politique, puisque la partie profane des chansons (les Paghjella) peut être organisée librement sur le plan du texte, pouvant ainsi véhiculer des idées politiques. Des groupes comme A Filetta ont réussi toutefois à empêcher largement que la musique soit détournée à des fins politiques ou glisse dans le folklore.

"I had the impression of hearing a voice from the entrails of the earth. Song from the beginning of the world" (j'avais l'impression d'entendre une voix venu des entrailles de la terre. Le chant de l'origine du monde), écrivait justement Dorothy Carrington, après avoir entendu des chants polyphoniques à Noël dans une chapelle dans le Fiumorbo. Et nul ayant eu l'occasion d'écouter le concert d'un bon groupe polyphonique en Corse ne pourra empêcher un léger frisson de lui parcourir le dos. La musique est comme une force créatrice et agit parfois comme si elle planait sur la salle de concert, détachée des gorges humaines qui la produisent.

La Polyphonie décrit la Corse, son paysage et sa culture peut-être mieux que ne le ferait un texte.»

Source : "Reise Know-how Korsika“ de Wolfgang Kathe

Nonobstant la maladresse de ma traduction (je ne suis pas un germanophone émérite) et les quelques erreurs ou approximations qui l'émaillent, ce texte, communiqué par Ursula, m'a paru intéressant dans la mesure où il communique bien ce que peut ressentir un auditeur non initié découvrant la polyphonie corse.

La paghjella sacrée par l'Unesco !


C'est la question que posait Noël Kruslin dans le numéro de "La Corse Votre hebdo" daté du 4 avril 2008. "A l'initiative de quelques voix emblématiques, le chant polyphonique corse s'est engagé sur la route d'une reconnaissance au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. Une démarche pour la sauvegarde d'un art toujours menacé malgré sa pratique répandue à l'échelle insulaire."

Eh bien, c'est fait ! Le 2 octobre 2009, le dossier a été retenu par l'organisation internationale (voir ci-dessous).

L'article complet du 4 avril 2008 est reproduit ici (fichier pdf)

Le sujet a même été évoqué par Jean-Pierre Pernaut sur TF1 :  "Les chants corses comme patrimoine de l'UNESCO?"

A voir sur le site 13h.tf1.fr, rubrique "les magazines de la semaine"


Pour une reconnaissance des canti in paghjelle par l'UNESCO

Publié le mardi 22 juillet 2008 par Corse Matin

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Photo : Mario Grazi

Au-delà de la reconnaissance, l'inscription au patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO des canti in paghjelle permettrait la création de lieux d'échange et de transmission.

Dernière ligne droite pour le chanteur Petru Guelfucci, sa femme, Michèle, et tous ceux qui militent depuis plusieurs années pour que les polyphonies corses fassent leur entrée au patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO. Fin septembre, un dossier de candidature va être déposé à l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, afin que les chants traditionnels de nos villages intègrent une liste dite de sauvegarde d'urgence.


Hier, les auteurs de cette démarche ambitieuse se sont livrés à une présentation du projet devant les membres du Conseil économique, social et culturel de Corse, réunis à Piediggrigio en présence de Simone Guerrini, conseiller exécutif en charge des affaires culturelles. Où il a été question de reconnaissance des chants traditionnels corses à l'échelle de la planète (voir par ailleurs), mais aussi de la mise en place de mesures de conservation et de transmission... si la candidature insulaire venait à être acceptée.

« Parmi d'autres éléments liés à l'élaboration d'un plan de sauvegarde, l'UNESCO insiste pour que la communauté concernée par un projet soit étroitement impliquée. Le Conseil économique, social et culturel étant une émanation de la société civile, nous souhaitions sensibiliser ses membres à ce dossier », a indiqué Michèle Guelfucci, qui n'était pas tout à fait en terre inconnue. Ne serait-ce que parce que son mari est lui-même conseiller au sein du CESC.

Aux questions du président Henri Franceschi, Petru Guelfucci s'est voulu le plus précis possible. « Au terme de polyphonie, qui engendre des confusions car il fait référence à un ensemble trop vaste et imprécis, nous préférons la notion de canti in paghjelle, a-t-il souligné.

« Alors que la polyphonie se porte plutôt bien, comme le prouve l'émergence des nombreux groupes qui chantent en corse, les canti in paghjelle sont à l'agonie et il pèse de réelles menaces sur leur diversité. Ces chants font référence à un répertoire et à des techniques particulières. Trois voix s'y font écho, sans jamais être à l'unisson, et ils sont profondément liés à un contexte religieux ou de simple convivialité. »

Pas question pour autant de figer ces chants dans un carcan qui aurait tout du musée. Car l'inscription de ce type de « savoir-faire » oral au patrimoine immatériel de l'UNESCO nécessite qu'il fasse référence à une culture vivante. Et les membres du CESC, convaincus de l'intérêt de la démarche, ont été particulièrement sensibles au fait que cette reconnaissance ouvrirait la porte à la création de lieux de transmission.

« Il ne faut pas rêver. Si reconnaissance il y a de la part de l'UNESCO, les canti in paghjelle ne bénéficieront pas immédiatement d'un engouement général de la part de la population corse. Mais, les mesures qui pourront être adoptées grâce au soutien des Nations-Unies pourraient s'avérer déterminantes », assure Petru Guelfucci, en faisant référence à l'exemple des chants traditionnels sardes, plus vivants que jamais depuis leur inscription au patrimoine mondial immatériel.

En attendant le mois de septembre prochain, les porteurs du projet sont assurés du soutien de l'assemblée de Corse et du conseil exécutif. Soutien qui avait déjà été formulé en 2005, à l'occasion du vote unanime de l'assemblée, et qui a été réitéré hier par Simone Guerrini.


Savoir +

La polyphonie corse peut-elle disparaître ?, sous la direction de Michèle Guelfucci et Dominique Salini, éditions Dumane, 15 euros.

Sébastien Pisani

unesco
Source : Corse Matin du 2 octobre 2009
pg_paghjella

Source : Corse Matin du 1er mars 2011
paghjella

Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale

Voir également le site "cantu in paghjella" : http://www.cantu-in-paghjella.com/sommaire.php

messa

ainsi que  :

http://www.musicorsica.com/


cmt

 

rusiu

Un CD historique
Corse : Enregistrements réalisés entre 1916 et 2009

fremeaux

La Corse, île méditerranéenne au relief montagneux, est française depuis 1769. Elle a su conserver sa culture et sa langue. On a parfois une vision un peu réduite de la musique traditionnelle corse. Depuis les années 1970, une pratique, certes fascinante, a été mise en avant par le riacquistu, important mouvement de réappropriation de la culture locale : il s’agit du chant polyphonique (sous ses diverses formes : paghjella, terzetti, madrigale…). Ce mode d’expression, dont ce disque présente de beaux exemples, n’est qu’une tradition musicale parmi d’autres sur l’île. Depuis 1948 au moins, suite aux premières collectes de Félix Quilici (1909-1980), on sait que la réalité est beaucoup plus variée : complaintes, chants funèbres, sérénades aux époux, joutes improvisées… sans compter la riche tradition instrumentale (de violon, principalement).

L’édition a été réalisée dans le cadre du travail muséographique de Guillaume Veillet (collecteur et ancien rédacteur en chef de Trad Magazine), pour diffuser au public un panorama des musiques traditionnelles de France. Il fait partie d’une collection de 10 CDs, organisés par zones géographiques destinés à témoigner de l’apport populaire à l’histoire et à l’actualité de notre patrimoine culturel et artistique.

- Pour chaque morceau sont indiqués, à la suite du titre : l’interprète, l’instrument pratiqué, la date et le lieu d’enregistrement, ainsi que le nom du collecteur.  Il a également été choisi de préciser le département, et donc de respecter le découpage administratif actuel. D’autres choix auraient été possibles, du fait de la superposition en France de divers référents territoriaux et aires culturelles : terroirs ou “pays”, anciennes provinces, régions… 

- Pour une identification plus précise de la provenance de chaque extrait (fonds d’archives, publications précédentes), ainsi qu’un minutage précis, on se reportera en fin de livret, à la rubrique Provenance des enregistrements.

- Le texte intégral des chansons est consultable sur le site Internet de Frémeaux & Associés. 

1. Principià vogliu à lodare (L’Alcùdina)
François Bianconi (chant)
Enregistré en 1949 à Zicavo (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Un chant à la gloire du mont Alcùdina, qui domine l’Alta Rocca, en Corse du sud. Il est interprété par un adolescent.. 

2. Vuleria chì la mio pelle 
Andria Olivi (basse), Tumasgiu Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse) par Catherine Herrgott avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Cette paghjella (chant polyphonique à trois voix) est une composition de l’“équipe des beaux-frères”, trois chanteurs emblématiques de Taglio-Isolaccio : Pierrot Bernardini, Petrettu Mariani et Saveriu Ciavaldini (le seul toujours vivant aujourd’hui). 

3. Brìndisi
Anghjula Potentini (chant)
Enregistrée le 4 mars 2005 à Patrimonio (Haute-Corse) par Guillaume Veillet.
Félix Quilici a recueilli en situation une strophe de berceuse, dans le village d’A Casalta (Pieve d’Ampugnani), sensiblement identique à ce toast aux époux. Anghjula Potentini, qui l’interprète ici, est une jeune chanteuse professionnelle bien connue en Corse. Elle tient ce chant de son père, berger.

4. Salute amati sposi 
Jean-Benoît Mariani (chant) et Don Matteu Giacometti(violon)
Enregistrés en 1949 à Sermano (Haute-Corse) par Félix Quilici.
L’interprète improvise une sérénade aux époux, brìndisi.  Celle-ci est chantée sous la forme d’une currente, qui est le terme désignant l’accompagnement d’une chanson au violon.
 
5. Ni sentu una voci in piazza (Vòceru di Pàduva Maria)
S. Castelli et O. Veyrune (chant)
Enregistrées en 1949 à Zonza (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Voici quelques strophes d’un très beau chant funèbre (vòceru), épilogue d’une histoire d’amour contrarié. Dialogue improvisé entre la mère d’un jeune homme défunt et la jeune fille dont il était amoureux, mais que la famille du garçon refusait d’accepter. Le prénom, Pàduva, référence à saint Antoine de Padoue, devient Pàula lorsqu’il n’est pas compris par certaines interprètes, comme ici.
  
6. Impiegà vogliu la musa (A morte di Filicone)
Pierre Grimaldi dit “Peppetru u Barbutu” (chant)
Enregistré en 1961 à Piobetta (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Emouvante complainte (lamentu) pour la mort d’un chien de chasse, tué par un sanglier. Elle fut composée par le père de l’interprète, Ghjuvanghjiseppu Grimaldi.  

7. Suite d’airs à danser (quadriglia)
Joseph Figarelli (accordéon diatonique)
Enregistré le 17 août 1962 à Guagno (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Le quadrille (quadriglia) est en Corse une danse qui comporte une suite de figures, généralement annoncées par le musicien. La plupart du temps menée par le violon, elle peut l’être aussi par l’accordéon diatonique. Joseph Figarelli interprète ainsi une suite comprenant mazurka, valse, polka, scottish, etc.. 

8. Suda sangue (PASSIONE)  
Confrérie de Patrimonio : Christian Andreani, Jean-Baptiste Arena, André Dominici, Gérard Giovannetti, Thomas Giovannetti, Jean-Claude Lazzarini et Julien Truchon (chant)
Enregistrée le 4 mars 2005 à Patrimonio (Haute-Corse) par Guillaume Veillet.

La Semaine Sainte, qui précède Pâques, donne lieu dans toute la Corse à de nombreuses cérémonies religieuses. Les plus connues et marquantes sont les processions du Jeudi-Saint et du Vendredi-Saint (particulièrement à Sartène, avec le catenacciu qui commémore la montée du Christ au calvaire).
Les Confréries jouent un rôle important dans ce contexte. Ces regroupements de fidèles laïcs sont les défenseurs de bon nombre de traditions liées aux processions, fêtes votives et rites. Les Confréries ont également perpétué l’art du chant sacré.
Celle de Patrimonio, dans le nord de l’île, a repris ses activités il y a quelques années, après une longue pause. Elle est menée par un inlassable promoteur de la culture corse, Christian Andreani. La Confrérie de Patrimonio interprète ici un extrait des innombrables cantiques de la Semaine Sainte, dont le titre est Passione. 

9. Rite grec lors de la semaine de Pâques
Enregistré en 1974 à Cargèse (Corse-du-Sud) par Markus Römer.
Au XVIIe siècle, quelques centaines d’habitants du village grec de Vitylo, dans le Péloponnèse, fuirent l’occupant turc et s’installèrent en Corse. Leurs descendants reçurent en 1773 le territoire de Cargèse, sur la côte Ouest de l’île, où ils édifièrent un village. Au cours des siècles, les mariages mixtes ont mêlé cette communauté aux Corses de souche. Toutefois, le rite orthodoxe grec s’est maintenu jusqu’à nos jours, avec une petite particularité : il se soumet à l’autorité papale. On parle donc de rite grec catholique (ou byzantin).  C’est dans ce cadre qu’a été enregistré ce chant, lors de la Semaine Sainte en 1974. On ne connaît pas le nom des chantres, mais on sait que l’archimandrite de Cargèse était à l’époque Mgr Marchiano. 

10. Perdono mio Dio
Maria Antonia Alfonso (chant)
Enregistrée le 30 mars 1991 à Levie (Corse-du-Sud) par Bernardu Pazzoni pour le Musée de la Corse..
Plus connu sous le nom de Perdono mio Dio, le véritable titre de ce cantique en italien, dont la version originale comporte 36 strophes, est Peccatore Giustificato.  Il est tiré de la Lira Sacra, recueil très populaire d’hymnes religieuses, psaumes et litanies, édité en Italie au XIXe siècle puis sans cesse réédité et mis à jour en Corse. La justesse du timbre de l’interprète, à la voix chaleureuse, exprime toute la modalité du chant. 

11. Carillonneurs lors des Rencontres de cloches de Pioggiola
Antoine Luiggi (menuisier) et Jacques-Philippe Luiggi (instituteur en retraite)
Enregistrés le 9 août 1992 à Pioggiola (Haute-Corse) par Bernard Pazzoni pour le Musée de la Corse.   

12. Credo
Pierre-Marie Oppisi, Jean-Toussaint et Jules-François Rocchi, Jean-Benoit Moretti (chant)
Enregistrés le 24 août 1948 à Rusio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
La Corse est l’une des rares régions où l’on chante encore à l’église sur des airs locaux proches des chants populaires. On connaît grâce à Félix Quilici la fameuse messe de Rusio. Ce village autrefois très isolé, à 1000 mètres d’altitude, avait conservé des chants religieux de toute beauté, interprétés par des habitants du lieu habitués depuis toujours à chanter ensemble (familles Rocchi, Moretti, etc.).  

13. Valse du village de Prato di Giovellina
Sébastien Colombani (mandoline)
Enregistré le 10 novembre 1994 à Ajaccio (Corse-du-Sud) par Bernard Pazzoni pour le Musée de la Corse.
M. Colombani joue à la mandoline les airs hérités de son père, violoneux dans le village de Prato di Giovellina, en Haute-Corse. La pratique de la mandoline, extrêmement répandue en milieu populaire tout au long du XXe siècle, a finalement peu suscité l’intérêt des collecteurs, l’instrument n’étant à tort pas considéré comme traditionnel.  

14. Padre 
Andria Olivi (basse), Tumasgiu  Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse) par Catherine Herrgott avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Voici un madrigale une forme de chant polyphonique,  différent dans sa structure de la paghjella. Ce texte, en toscan corsisé, raconte la confession d’un jeune moine à son père supérieur, à propos d’une jeune fille qui l’a écarté du droit chemin. Comme pour la piste n.2, il est chanté sur le versu ancien du village de Taglio-Isolaccio.  

15. A pedina (punt’è taccu ou polka piquée) 
Pierre-André Colonna (violon)
Enregistré le 22 août 1948 à Piedigriggio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Le violon est sans doute l’instrument populaire emblématique de la Corse. Sa pratique s’est conservée tout au long du XXe siècle et Bernard Pazzoni, par exemple, a pu enquêter auprès de plusieurs violoneux entre les années 1970 et aujourd’hui. Celui que nous pouvons entendre ici a été enregistré par Félix Quilici il y a plus de 60 ans, en situation de bal. Comme souvent, le musicien tenait sa technique et son répertoire d’un de ses aînés, André-François Simoni, originaire de la même région. On entend les danseurs manifester leur plaisir et encourager le violoneux par  l’expression consacrée, utilisée comme une sorte d’apostrophe : “dùralali!” qui signifie : “continue !” 

16. Chants électoraux 
Enregistrés le 11 juin 1961 à Pero-Casevecchie  (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Un groupe d’habitants se réunit pour fêter spontanément, et en chanson, la victoire de leur favori. Il s’agit ici d’une élection pour le poste de conseiller général du canton. Le vainqueur, Paul Renucci, est originaire de la commune de Pero-Casevecchie, dans la Tavagna, en Haute-Corse. Le micro a été posé sur le balcon, au premier étage de  l’hôtel-de-ville et ne manque rien de l’ambiance de cette soirée (cris, explosions de pétards, etc.). 

17. Tribbiera
Ange Grisoni (chant)
Enregistré le 19 août 1992 à Moltifao (Haute-Corse) par Bernard Pazzoni pour le Musée Corse.
La tribbiera pouvait s’entendre pendant le battage autour du tribbiu, grosse pierre ronde tirée par les bœufs et  servant à séparer le grain de la balle. Le meneur des bœufs chantait pour encourager ses bêtes. Si Félix Quilici a enregistré de tels chants en situation, la chose est aujourd’hui difficilement possible, le blé n’étant plus planté en Corse. M. Grisoni a toutefois conservé le souvenir d’une tribbiera qu’il chante bien volontiers et avec passion à l’enquêteur. 

18. Solo de flûte pìrula
Sauveur Susini (pìrula)
Enregistré le 5 septembre 1948 à Calasima (Haute-Corse) par Félix Quilici.
La pìrula est un instrument à vent taillé dans le roseau. Percée de sept trous, elle se joue sur une octave et environ trois tons à l’octave supérieure. Elle constitue l’instrument pastoral typique, joué autrefois par les bergers, et est rarement joué aujourd’hui en Corse, à l’image d’autres instruments anciens peu ou pas enregistrés dans la tradition, comme la cètera (cistre) et la pìfana (flûte en corne de chèvre).

19. Paysage sonore : troupeau ensonnaillé
Enregistré le 2 août 1969 au hameau de Colle à Morosaglia (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Rentrée d’un troupeau de brebis pour la traite du soir. Les sonnailles étaient pour la plupart fabriquées localement, à Orezza et Murato notamment. Le forgeron de Corte en faisait également. Leur tintement clair, dû en partie à leur faible dimension, est spécifique des troupeaux d’ovins et de caprins. Tout berger est attentif au choix des sonnailles : chaque animal dans le troupeau et chaque troupeau en tant que tel étant parfaitement identifiables. (J.R.)  

20. Chjama è rispondi
Roccu Mambrini “U Rusignolu” et Carlu Parigi (chant)
Enregistrés le 13 juillet 1981 à Pigna (Haute-Corse) par l’association E Voce di U Cumune.
On retrouve des joutes chantées, basées sur l’improvisation, dans de nombreuses cultures d’Europe du Sud (Pays basque, Sardaigne, Baléares…). Lors d’une rencontre publique, plusieurs spécialistes s’affrontent verbalement, sur un thème tiré au sort et sur une mélodie donnée à l’avance, avec des règles poétiques et prosodiques strictes. Il est d’ailleurs à noter que l’improvisation poétique, qu’elle soit comme ici en joute alternée ou comme dans la sérénade aux époux accompagnée au violon, répond à des critères précis : elle est en sizain octosyllabique. Cette forme est également la métrique obligée de la complainte, de la berceuse, du vòceru ainsi que celle de la paghjella. 

21. La ricchezza di la so mammucia 
Marie Rocchi, Laurette Rocchi et Laurette Federici(chant)
Enregistrées le 22 août 1948 à Rusio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Cette berceuse de facture récente (texte de Càrulu Giovoni, musique de Roger Lucchesi) a été popularisée par le groupe folklorique Cantu di Cirnu, qui l’a enregistrée dans les années 1950. Les jeunes interprètes ont ici spontanément changé par endroits quelques mots et images par rapport à la version originale.  

22. Cantu ghjunsanincu
M. Anfriani, d’Aregno (Haute-Corse) (chant)
Enregistré le 23 novembre 1916 à Königsbrück (Allemagne) dans un camp de prisonniers.
Les plus anciens enregistrements connus de chanteurs corses ont été réalisés par les autorités militaires allemandes, auprès de prisonniers détenus en Allemagne lors du premier conflit mondial. Ces précieuses archives ont été retrouvées en 1956 par Wolfgang Laade au Lautarchiv de Berlin. L’extrait retenu ici est l’émouvante complainte d’un mauvais garçon de la région du Ghjunsani, en Haute Balagne, poursuivi pour avoir enlevé une jeune fille. 

23. Nun ti scurdà di mè 
Paul Orsoni (seconde) et Ange-Toussaint Giordani (basse)
Enregistrés le  2 août 1969 au Col de Prato à Morosaglia (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Enregistrés dans une des baraques de la Foire du Col de Prato, ces terzetti sont saisissants. Ceci en raison du caractère lancinant de la voix principale, à l’articulation précise, à la scansion syllabique rigoureuse, aux mélismes bien posés, soumis à la métrique du vers. La seconde voix en miroir, reflet à la basse du timbre principal, participe par sa ligne mélodique et ses appuis harmoniques au sentiment d’étrangeté qui se dégage de la pièce. Outre son caractère de rareté dans le répertoire vocal enregistré et considéré comme tel par les exécutants, elle témoigne à la fois d’un fonds culturel très ancien et d’un modèle stylistique achevé. Questionnés sur l’occurrence d’une interprétation à trois voix, comme dans la paghjella, les interprètes avaient répondu qu’ils chantaient toujours cette pièce à deux voix. (J.R.)

24. Dio vi salvi Regina
Jean-Toussaint Rocchi et les chanteurs de Rusio (chant)
Enregistrés le 15 août 1969 à Rusio (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Le Dio vi salvi Regina conclut à Rusiu, ce 15 août 1969, la fête de l’Assomption de la Vierge. La messe a été chantée en polyphonie le matin, précédée de la sonnerie des cloches carillonnées par les jeunes du village montés dans le  clocher à cet effet. L’après midi, la statue est sortie de l’église et portée en procession jusqu’à l’ancienne aire de battage où le Chanoine Luciani, venu exprès de Bastia pour officier, procède à une bénédiction. Tout au long du chemin, le groupe de sept chanteurs déroule, également en polyphonie, les Litanies de la Vierge. Quelques coups de feu tirés des collines encadrent la procession, délimitant ainsi l’espace du sacré. De retour à l’église les hommes prennent à nouveau place dans la nef pour chanter le dernier office, toujours en polyphonie à trois voix. A l’issue de ce dernier office le Chanoine Luciani propose à l’assemblée “de  chanter un  cantique que tout le monde connaît”. Jean- Toussaint Rocchi lance le Dio vi salvi Regina. Certes, de nombreux enregistrements en existent. Celui-ci apparaît cependant singulièrement intéressant car procédant d’une expression vocale vivante, empreinte à la foi de spontanéité et de gravité. Toute l’assemblée des fidèles l’entonne, y compris les femmes dans la partie droite de l’église, ce qui à l’époque n’était peut-être pas toujours le cas. Cette montée en puissance du chant, dominée par le timbre vocal si caractéristique et prenant du soliste, en font un document particulièrement émouvant. (J.R.) 
Guillaume Veillet
© 2009 Frémeaux & Associés  

Idée originale : Guillaume Veillet
Choix des morceaux : Guillaume Veillet, avec l’aide de Ghjermana de Zerbi, Mathieu Luzi et Bernard Pazzoni.
Textes du livret : Guillaume Veillet, avec l’aide de Ghjermana de Zerbi et Jean Raïsky (notices marquées J. R.).
Transcriptions et traductions : Catherine Herrgott (piste 2) et Ghjermana de Zerbi (pistes 1 et 8).

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La thématique du chant corse


Que les chants soient traditionnels ou de création récente, on retrouve en grande partie les mêmes thèmes.

Les thèmes principaux sont les suivants : - ceux liés au monde du travail, essentiellement agro-pastoral,
A Tribbiera, A Muntagnera... - à la guerre et à ses drames :
U Colombu, S'è tu passi, E Sette galere, A Violetta, L'Impiccati, Sottu à lu ponte...
- à l'exil, à la séparation, à l'emprisonnement :
Barbara Furtuna, U fattore, Lettera à Mamma, Terzetti di Sermanu, et les différents lamenti des bandits
- à la mort et au souvenir:
Paghjella di Tagliu, Sumiglia, L'ombra murtulaghju, L'Anniversariu di Minetta
- à l'amour :
Eramu in campu, Serinatu, A me Brunetta
- à l'enfance, avec notamment des berceuses qui ont très souvent une tonalité dramatique : O ciucciarella, Sottu à lu ponte...
- à l'attachement à la terre corse : Lamentu di Cursichella, Sò l'omu, Sumiglia, A l'acula di Cintu, Santa R'ghjina...

Cependant, de même que l'image de la femme corse vêtue de noir renvoie à une tradition récente, le costume étant souvent très coloré, notre vision d'aujourd'hui est quelque peu déformée. De nombreux chants sont tombés en désuétude et il n'en reste pratiquement plus de trace. De ce fait, la vision contemporaine d'un chant forcément austère ne rend pas compte de la diversité du chant corse jusqu'au XIXe siècle, qui connaissait a pistera (chant de battage des châtaignes), les currenti (chants de cour), les canti à spassu airs de divertissement), les scherzi (satires), les brindisi (toasts), les filastrocche (comptines), les chjam'è rispondi, sans parler des chants d'élections (canti d'elezioni)...

Les femmes aussi chantaient à toutes les occasions de la vie : nanne, voceri, lamenti, et même des chjam'è rispondi. Ces dernières années des groupes tels que les Nouvelles Polyphonies Corses, Soledonna, Donnisulana, Anghjula Dea et Donni di l'esiliu ont investi la paghjella et subverti les usages habituels.
 
Sur le voceru, lire l'article que Corsica consacre au récit de Ferdinand Gregorovius (1821-1891) sur son voyage en Corse effectué pendant l'été 1852 et publié en 1854 sous le titre "Corsica". http://info.club-corsica.com/iden_125_001.pdf


Chjami è rispondi

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Les poètes du chjam'è rispondi vers un nouvel âge d'or?

Corse Matin, Vendredi 14 octobre 2011



chjami
Paul Parigi et Ghjuvan Petru Ristori, deux générations, une même passion pour le chjam'è rispondi.
Damien Delgrossi, directeur du centre de musique traditionnelle, et Pierrot Santucci.
Quand l'institutionnel rejoint l'associatif au service d'une même cause culturelle.
(Photos Mario Grazi et CMT de Corse)

Pilier du patrimoine culturel étroitement lié à l'univers social traditionnel, le chjam'è rispondi n'a jamais disparu, bien qu'il soit demeuré de longues années dans l'ombre. Associant la langue corse, la poésie et le chant pour donner lieu à de véritables joutes entre artistes, elle reste aussi un jeu où il s'agit de se montrer très compétitif.

Les poètes les plus aptes à improviser tout en faisant résonner la rime se défient en public, souvent dans un cadre très festif. Les foires et autres tundereont toujours été des lieux privilégiés. Mais aujourd'hui, le souci de ceux dont le talent fait encore vivre cet art est de se montrer digne de l'héritage de Pampasgiolu.L'Associu Chjam'è rispondi s'affirme, tel un porte-drapeau.

« On a longtemps entendu dire que ces poètes doués pour l'improvisation étaient désormais trop peu nombreux. C'est faux,martèle Ghjuvan Petru Ristori, ils ont toujours été là, mais très dispersés sur notre territoire. On ne se rencontrait que cinq à six fois par ans, mais depuis que l'association existe, nous arrivons à nous regrouper plus souvent, jusqu'à faire au moins une soirée par mois ».

« Ces poètes se sont toujours fait plaisir »

Décembre 2008, la démarche associative prend son envol au cœur des fêtes de fin d'année, elle fédère une trentaine de poètes, tous adeptes du chjam'è rispondi. Ce dernier s'ouvre désormais aux poètes en herbe - le plus jeune adhérent n'a que 16 ans - jusqu'à établir un lien très fort avec le bouillonnement culturel, avec Pigna notamment, puis le centre de musique traditionnelle de Corte, partout dans l'île mais aussi à l'échelle euroméditerranéenne où cet art reste une tradition bien ancrée et préservée.

« Nous avions besoin de cette structure, d'un collectif,considère Paul Parigi qui, il y a une dizaine d'années, lançait un appel, craignant de voir sa passion se diluer dans le flot nourri d'un modernisme qui devient aussi, finalement, l'un des instruments de la reconquête. « Nous touchons aussi le milieu scolaire et tout se fait dans un esprit de grande convivialité, quelle que soit la rencontre ».La part de l'association dans le chemin parcouru depuis trois ans, Pierrot Santucci s'en félicite aussi. « Mais en la créant, nous n'avons pas voulu seulement céder à la mode. Les poètes se sont toujours fait plaisir, de manière plus ou moins isolée, mais ils laissaient peu de chose. Nous avons voulu y remédier en privilégiant l'échange pour nous rapprocher de l'art ».

Les militants associatifs se sont rendus dans d'autres régions du bassin méditerranéen pour élargir ces échanges. « En Calabre, nous avons pris part à un événement où les poètes venaient du monde entier »,raconte Paul Parigi. « Nous avons même rencontré des semi-professionnels qui nous ont demandés combien on prenait pour un chjam'è rispondi »,s'amuse encore Ghjuvan Petru Ristori. « Nous ne sommes sans doute pas les plus légitimes pour défendre cette cause. D'autres le sont sans doute autant que nous,observe Pierrot Santucci. Mais ce qui est certain, c'est que nous sommes des passionnés ».

Grâce à eux, et à leurs nombreux partenaires associatifs et institutionnels, le chjam'è rispondi pourrait bien repartir vers un nouvel âge d'or. Celui qui mettrait à l'honneur d'autres grands talents, dans une pratique culturelle qui révèlent encore et toujours de vraies personnalités.

Noël KRUSLIN

nkruslin@nicematin.com

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ETNU 2009 - 2° Festival dell'Etnografia - Nuoro. ETNU poesia/IN.CON.T.R.O
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Berceuses et comptines

Un projet de livre/CD sur les berceuses et comptines corses

L'éditeur Didier Jeunesse prépare un prochain livre disque de berceuses, rondes, comptines, jeux de doigts, chansons à danser, consacré à la Corse.

La collection des comptines du monde "Didier jeunesse" connaît depuis quelques années un vif succès (de nombreux prix comme les prix de l'académie Charles Cros ou le prix Mino). Les titres déjà parus sont d'une grande qualité éditoriale.

Dans cette collection, les chansons font l'objet d'illustrations par un artiste, de traductions et de commentaires permettant de les situer dans leur contexte.

Nathalie Soussana, coordinatrice du projet, est à la recherche d'interprètes (notamment d'enfants, de préférence en région parisienne) connaissant des chants en langue corse.

N'hésitez pas à la contacter en passant par mon intermédiaire. D'avance un grand merci à vous.

La mise en place du projet - Avril -mai 2010 (quelques notes de Nathalie Soussana, empruntés à sa correspondance échangée avec Carole Guelfucci).

"Au cours de ce court voyage en Corse, j'ai rencontré d'abord Antoine Leonelli au musée de Corte (en ce moment ils ont une expo sur les insectes que l'on trouve en Corse avec un parcours pour les enfants). J'ai passé presque 2 jours avec lui (il a été adorable) pour découvrir le fonds sonore du musée et pour lui poser toutes les questions qui me venaient à l'esprit. Il m' a donné un grand nombre de contacts musicaux en plus de l'adresse de l'hôtel de son cousin dans la vallée de la Restonica que je recommande à tous tes lecteurs ! J'ai également rencontré Francette Orsoni, conteuse, qui vient de publier chez Syros un très joli conte traditionnel corse. J'ai enregistré quelques comptines de son répertoire. J'ai également enregistré une berceuse de Noël par Paul Félix Nasica  que j'ai rencontré chez lui dans un village au dessus de Corte. Et j'ai fini en "beauté" avec une petite visite à Anna Rocchi qui accepte également de participer à l'aventure."


nouv
Le livre/disque est annoncé pour le 18 mai 2011 !


Comptines et berceuses de Corse / Livres-disques
Collection Comptines du monde
Collectage : Nathalie SOUSSANA - Arrangements : Jean-Christophe HOARAU - Illustrations : Elodie NOUHEN
comptines
26,5 x 26,5 cm / 23.5€
Parution : 18 mai 2011
Nuart : 4431086
EAN 13 : 9782278065271

Achetez en ligne sur :
Ce livre-disque réunit 28 comptines, chansons et berceuses, danses et jeux de doigts. Ce répertoire présente une grande variété de formes et de contenus. Il s’appuie sur des chants traditionnels et sur d’autres, créés dans les années 1970, pour faire revivre la langue corse. Peut-être connaissez-vous la jolie berceuse Ninni nanna ou encore Ciucciarella, une des berceuses les plus célèbres de Corse, interprétée par Tino Rossi ! Chants de bergers, de pêcheurs et chants de fêtes font aussi partie de ce recueil qui célèbre la beauté et la rudesse de la nature. L’humour n’est jamais très loin et les paroles saugrenues de Seri, sera ou Capelli è mantelli feront sourire.De nombreux artistes corses ont participé à ce projet : Xinarca et Anna Rocchi pour les berceuses, Paul-Félix Nasica pour une très belle berceuse de Noël, sans oublier Jean-Paul Poletti, figure incontournable de la scène corse. Élodie Nouhen illustre la nature corse avec cette grâce dont elle a le secret, jouant des contrastes de lumières qui font la force des paysages méditerranéens. Ocre, jaune, vert maquis… sa palette de couleurs chaudes évoque la douceur de vivre de l’île. Dans ce décor, elle fait évoluer avec tendresse des personnages habillés de costumes traditionnels.

Thèmes : Corse, Comptines, Langue régionale, Berceuses, .

1. A la fiera di san France (danse)
2. A manu (comptine parlée)
3. Calicaloche (comptine chantée)
4. Ciucciarella (berceuse)
5. Dormi bel bambin (berceuse)
6. Martin culuchocch (comptine parlée)
7. Nanna d’Aïtone (berceuse)
8. Nanna di u cuscione (berceuse)
9. Para fede di San Ghjuva (Pace Cuma e cumpè) (comptine parlée)
10. Seri, sera (chanson traditionnelle – polyphonie masculine) 11. Bellu zighizon (chanson traditionnelle - danse)
12. A merula (chanson traditionnelle)
13. Capelli et mantelli (chanson traditionnelle)
14. Une volta ci era un re (chanson traditionnelle)
15. L’Imbasciatori (chanson traditionnelle)
16. O pescador di l’onda (chanson traditionnelle)
17. Zilimbrina da vicu (chanson traditionnelle – danse)
18. U ricciu (comptine parlée)
19. Sott’a lu ponte (berceuse)
20. Chjiruli (comptine chantée)
21. Piovi, piovi (chanson traditionnelle)
22. Tipidi tipida (chanson de Jean-Paul Poletti)
23. Fiesta ziteline (chanson de Jean-Paul Poletti)
24. A tribbiera (chanson traditionnelle a cappella)
25. I mulaterri de Olmetu (chanson traditionnelle)
26. A balada di mattea (chanson traditionnelle)
27. Cullandu per antisanti

 

Chants de Noël

incanti

La musique instrumentale

Les instruments de musique : de la cialamella à la cetera


Les polyphonies corses sont maintenant célèbres mais il ne faut pas négliger la musiqe instrumentale. Ainsi la cetera, la pivana, la pirula, la cialamella et le timpanu accompagnaient danses et chansons.
Un disque à découvrir : Cetera, sous la direction artistique d'Henri Agnel, avec de nombreux musiciens de Pigna, dont Nando Acquaviva, Claude Bellagamba, Jérôme, Toni, Ugo et Nicole Casalonga, Cedric Savelli, Ceccè Guironnet, etc.

cetera


On citera aussi parmi les spécialistes de la cetera Roland Ferrandi et Migheli Raffaeli.

luthier

cetera

cornemuse


Une conférence sur les instruments de musique traditionnels :

instr

Cours de chant, stages de polyphonie

QUARTETTO URBANO et Giovanna MARINI

présentent :

Stage Chants de tradition orale italiens

par Xavier REBUT

samedi 19 et dimanche 20 mars 2011

au Vigan (Gard)

Pour la troisième année consécutive, CE STAGE PROPOSE UN PARCOURS DANS L’UNIVERS DU CHANT À PLUSIEURS VOIX, à travers les chants de la tradition orale italienne : chants dévotionnels, chants de travail, muttus sardes, chants de la Résistance et des conteurs d’histoires (cantastorie), lamenti…

UN VOYAGE ENTRE CULTURE ORALE ET CULTURE ÉCRITE

Ce parcours dessine une histoire possible de la musique vocale, de la monodie à la polyphonie, grâce à des chants qui véhiculent une mémoire historique et culturelle. Il permet la rencontre d’une multiplicité de langages et de comportements musicaux. Enfin, il est l’occasion de relier différentes cultures : chant italien/tradition francophone, musique savante/musique populaire…

Stage ouvert aux nouveaux stagiaires comme aux participants de stages précédents.

Formulaire et dépliant à télécharger

Stage de polyphonie corse traditionnelle (niveau : intermédiaire à avancé)
animé par Jean-Etienne Langianni (groupe Tavagna ; Ensemble Organum)

Samedi 3 et dimanche 4 mars 2012
Casa di u Populu Corsu
51 avenue du Général Leclerc
92130 Issy-les-Moulineaux
Renseignements et inscriptions auprès d'Etienne Orsini : orsini.etienne@hotmail.fr
(frais d'inscription : 100 €)

anna
Source : Corse Matin du 3 juillet 2009

Des cours de langue et de chants sont assurés dans les locaux de la Casa di u Populu Corsu à Issy les Moulineaux, 51 avenue du Général Leclerc (à proximité du métro Mairie d'Issy)  par l'association Cultura Viva.

Cours de polyphonie corse, et de chants accompagnés à la guitare.

Paghjelle è canti corsi - cours de chants corses et polyphonies corses à Paris

Il est désormais possible d'apprendre le chant corse à Paris, les polyphonies, chants sacrés, chants profanes, la paghjella, les chansons accompagnées à la guitare. Des cours de chant corse sont dispensés au sein de l’association, sous la forme de deux ateliers distincts : Chansons et polyphonies corses. 

Nul besoin de savoir lire la musique, de connaître le solfège, ni même de parler Corse (même si cela peut aider), ou encore d’être Corse. Les ateliers sont ouverts à tous, aux hommes comme aux femmes, sans limite d’âge. Le but est ici de transmettre un patrimoine avec une certaine souplesse et le plus d’ouverture possible. Ceci dans le but de pouvoir se le réapproprier et surtout de pouvoir le chanter hors des cours, "en situation", en maintenant le chant vivant et collectif sans l’enfermer dans un musée.
Les cours ont lieu en groupe, avec une certaine flexibilité et souplesse du cadre, pouvant alterner des exercices en individuel, en petits groupes ou en grand groupe. Le but étant d’apprendre, de transmettre et de partager une partie du patrimoine musical corse et de se faire plaisir.

Les cours de chant corse sont dispensés par Grégory FERRIERE-CASTELLI. Ils débutent le premier lundi d’octobre et se terminent à la fin du mois de juin. Les cours ne sont généralement pas assurés au cours des vacances scolaires.

Cours de chant corse le lundi soir.

De 19h30 à 21h30 se tient un atelier de chansons accompagnées à la guitare, reprenant le répertoire corse de façon assez large, navigant du traditionnel et des chants ou chansons anciennes au plus contemporain.
Ainsi, en plus du répertoire traditionnel, sont abordés entre autres des chansons de Charles Rocchi, Antone Ciosi, Tony Toga, Canta u populu corsu, I Chjami Aghjalesi, I Muvrini, A Filetta, I Surghjenti, Tavagna…


Cours de polyphonie corse le mardi soir : Un atelier de polyphonies sacrées et profanes divisé en deux niveaux.

- Un premier cours pour débutants a lieu de 19h15 à 20h45.
- Un second cours pour confirmés a lieu à la suite du premier de 21h à 22h30.

On y aborde les chants profanes comme sacrés, de la paghjella à la messe (messa in paghjella), en passant par les terzetti, madricali ou autres terzine.

De la même façon que le lundi, âges et sexes sont mélangés.


Cultura Viva, présentation

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre.
Culture corse, cours de chant et de langue corse. Apprendre le chant, la polyphonie et la langue corse à Paris.
Cultura Viva est une association loi de 1901 publiée au J.O. du 13 juillet 1984 qui a pour objet la promotion de la langue et de la culture Corse. Elle a pris en charge, depuis l’année scolaire 1984-1985 l’organisation des cours de langue corse à Paris et sa région et depuis l’année scolaire 2003-2004 le développement d’ateliers de chants corses. Ces cours sont ouverts à tous, sans condition particulière d’inscription dès lors qu’il s’agit de cours d’initiation. Cultura Viva, en tant qu’organisme de formation est déclarée sous le numéro 11 75 19 653 75

Contact :  Petru Ghjaseppu   01 43 07 23 87

Site : http://www.culturaviva.fr/


Vocalia, centre de la voix et du geste (Paris 18e) organise des cours de polyphonie corse.

Extrait de la documentation :

"Actuellement, nous proposons l’apprentissage de la Polyphonie Corse en stages week-ends et également en ateliers réguliers (hebdomadaires) d’octobre à juin à Paris, et en Corse des stages d'une semaine à Pâques et à la Toussaint.
A Paris, l’atelier hebdomadaire permet un approfondissement du travail effectué pendant les week-ends. Il permet de mûrir le répertoire, d’affiner la justesse des intervalles, de varier les ornements, etc…., et finalement d’acquérir les réflexes de la Polyphonie Corse.

PUBLIC : Tous publics, débutants bienvenus, Corses et pinzuti. On ne vous demande qu'une chose, c'est de chanter ...... et d'écouter !

A l'intérieur de cet atelier hebdomadaire co-existeront deux "niveaux": débutant, et avancé, travaillant ensemble. Et il y aura toujours une place pour les débutants.

Le niveau "débutant" est conçu pour permettre à ceux qui le désirent de s’initier à la Polyphonie Corse. Il est ouvert à tous, y compris ceux qui ne savent pas lire la musique (chacun apprend à son rythme au fur et à mesure), et ceux qui n'ont jamais chanté. Il est même possible de s’inscrire en cours d’année, et les anciens aideront les nouveaux.

Le niveau "avancé" coexistera dans le même atelier, et sera amené à fonctionner davantage dans l’effectif traditionnel, c’est-à-dire en petit groupe choisi de 3 à 7 personnes, pour 3 voix. Chaque voix est (ou est susceptible d’être) soliste, chaque participant a une place déterminée dans l’ensemble, et l’exigence qui en découle est importante en termes de disponibilité, assiduité, écoute….

Tous les ateliers comportent une partie de TECHNIQUE VOCALE de base. Nous assurons toujours une préparation par des exercices corporels, exercices de respiration et vocalises d’échauffement et de travail. Puis l'apprentissage des chants : un travail musical avec des exercices sur les intervalles, et recherche de la justesse par l’accoutumance des timbres, en cercles de 2 puis 3 . Notions d'improvisation, et d'ornementation. Les voix seront distribuées suivant les participants et le choix de polyphonies étudiées. Les hommes et femmes chantent ensemble ou séparément."
http://www.vocalia.net/

Le Remède de Fortune


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Ateliers de Chant à PARIS


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Télécharger la brochure.
Site : http://leremededefortune.wordpress.com


Les stages organisés par Jacky Micaelli :


POLYPHONIES CORSES
stages proposés par U Ponticellu animés par Jacky Micaelli

A CUMPAGNIA U PONTICELLU

    nouv

  • STAGE DE POLYPHONIES CORSES dirigé par Jacky Micaelli

  • Janvier 2012

    Stage de chants polyphoniques Marseille
    21 et 22 janvier 2012
    U Ponticellu et la Cour des Miracles animé par Jacky Micaelli à Marseille
    Contact 0671863446
    Bulletin d'inscription à télécharger

    Février 2012
    Stage de Polyphonies Corses
    27 février au 3 mars 2012
    U Ponticellu et Jacky Micaelli au Couvent de Corbara
    Contact 0671863446
    concert fin de stage le 3 mars 20h30
    Bulletin d'inscription à télécharger

    Avril 2012

    Stages de Polyphonies corses
    21 au 26 avril 2012
    Résidence de création - Rencontres Corse - Occitanie à La Gespe de TARBES
    Contact 0671863446

    Bulletin d'inscription à télécharger

    2011

    samedi 22 janvier 2011, 10:00 - dimanche 23 janvier 2011, 18:00
    Lieu 88 Bd Chave 13005 Marseille Quartier La Plaine Camas
    Marseille, France
    Créé par :
    U PONTICELLU ET JACKY MICAELLI, POLYPHONIES CORSES, Occitane Corse
    En savoir plus
    LE STAGE EST PRECEDE D'UN CONCERT DE U PONTICELLU EN L'EGLISE ST Michel le vendredi 21 janvier à 20h30

    Marseille que l'on soit noir ou blanc
    Nous couvrira du bleu de son ciel
    Marseille que tu sois riche ou pauvre
    ......Nous protègera tous sous son aile
    C'est le Marseille que j'aime...
    ......Les paroles d'Idir illustrent la collaboration entre U Ponticellu et La Cour Des Miracles en OC'...le partage , la rencontre , par la polyphonie et la langue...Les Terres se mélangent sans se confondre , les peuples s'harmonisent !
    La Tradition est un ensemble de principes universels et éternels qui passent par le symbole , s'emparant d'une signification sacrée . Là est l'espace de rencontre entre toutes les traditions vivantes et présentes...
    Per lei cantaires/ras...
    e aquelei que li agrada lo cant...
    Le répertoire proposé est constitué de polyphonies profanes et sacrées .
    Le stage debute le samedi à 10h /12h30 et reprend à 14h30 /18h
    Mêmes horaires le dimanche . Chacun prévoit ses repas .

    Coût du stage : 70 euros

    se munir obligatoirement d'un enregistreur

    Adhésion à l'association pour l'année 201O/2011 20euros

    contact:cesarinadine@yahoo.fr
    tel 033/0671863446

 

corbara

ponticellu

stella

Stages de Polyphonies corses
7 au 12 avril 2010
U Ponticellu et Jacky Micaelli
Couvent Corbara , Corse .
Contact : 06 71 86 34 46 -
Répétition publique le 12 avril à 18h30 - concert de fin de stage.

 

Dans le cadre de l'année du Couvent de Corbara, en collaboration avec les frères du Couvent et la Mairie de Corbara, sortie du CD "Stella Matutina", Chants à la Vierge et Missa Brevis en Paghella.
stage corbara

lundi 8 février 2010, à 10:00
Heure de fin : samedi 13 février 2010, à 18:00
Lieu :
COUVENT DE CORBARA , Ile Rousse
Adresse : http://www.stjean-corbara.com/



LA TRANSMISSION ET LA TRADITION ...
LE CHEMINEMENT DE U PONTICELLU

« Lorsque je chantais au Japon, il y a … 20 ans, je n’aurais pas pu mettre des mots clairs sur ce que je pressentais à propos de cette finalité qui est la mienne aujourd’hui, dans le chant et dans la transmission… »
Jacky Micaelli fait ici un constat que porte U Ponticellu dans son éthique et sa pratique

La tradition ce n’est pas uniquement ce qui a existé jadis et qu’il faut conserver tel quel. C’est un héritage, un legs à recueillir, assumer, conserver mais aussi entretenir et faire fructifier en le renouvelant, afin de jeter un pont entre passé et présent : le présent prolonge le passé, le passé vit dans le présent qui prépare le futur, et pour ce futur le passé et le présent deviendront passé.

Une tradition non recréée, assimilée et adaptée à chaque époque est une tradition morte. La tradition vivante est transmission : elle exige une actualisation, un aspect créatif. Cet apport se devra de respecter l’esprit de la tradition, lequel esprit est un absolu qui transcende le temps.
En s’appropriant la tradition, sa tradition, le disciple prend place dans une longue chaîne dont il est un anneau parmi une infinité d’autres, avant et après lui. Les musiques traditionnelles, c’est à dire orales, contiennent une sève venue du fond des âges, seule la parole, le son, donc l’oralité, en communiquent l’essence spirituelle. Elle préserve le caractère vivant, mouvant de la tradition. L’initiation grâce à laquelle elle se transmet requiert le contact direct, d’homme à homme pour que passe l’influence spirituelle inséparable de toute initiation. La tradition est donc d’abord mémoire, ce sont nos racines vives, notre centre de gravité. Que sommes nous sans la mémoire de nos origines ? L’homme se condamne à la mort spirituelle s’il coupe le lien de la tradition, de sa tradition. La musique détient sa mémoire à elle. Ce sont les traditions musicales, elle vit dans et par l’oralité.

Le cheminement de la polyphonie corse et ‘STELLA MATUTINA’ passe par le chant grégorien. Celui ci s’incorpore des éléments et archétypes primordiaux qui sous tendent toutes les musiques du monde et en font autant de voix d’un unique ‘Chant de l’humanité’.

L’archaïque, valorisé positivement, n’est pas l’ancien ou l’antique perçu comme vétuste, lointain . Il désigne ce qui dans l’ancien est originel, ce qui échappe à l’emprise destructrice du temps et existe dans un présent perpétuel. L’archaique renvoie au commencement principiel, éternel, hors du temps.

Les valeurs de l’originel, de l’archaique, ne sont pas davantage actuelles à une époque qu’à une autre. Elles inspirent des créations nouvelles.
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"L’archaique participe de l’anthropologie qui vise à une connaissance globale de l’homme", selon Claude Levi Strauss. Chaque tradition fournit à des hommes appartenant à telle culture, telle époque, un miroir où ils peuvent imprimer un vivant reflet de leur être essentiel, parce qu’ils ont en eux l’empreinte de cette tradition, et que chaque tradition est une image véridique de l’homme éternel.
On trouve la tradition à l’intérieur de l’homme, dans son être spirituel. Cette transmission de la connaissance n’est autre que l’initiation qui actualise un savoir que l’être possède virtuellement. L’initiation est ainsi l’accession à la tradition en soi, et dépasse le cadre de la tradition particulière qu’elle transmet. Ainsi en est il du chant grégorien qui lance ses plus profondes racines dans le « Chant de l’humanité » et dans les archétypes musicaux.

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L’archaisme permet d’être, par delà tous les rôles et les masques du paraître, car il permet l’expression d’une tradition primordiale :

« Le centre du monde, c’est ce lieu insaisissable où les traditions prennent naissance, où converge ou d’où émane tout ce qui relève de la traditionalité »

La tradition invite à jeter un autre regard sur la modernité car en repensant les valeurs de la tradition et de l’archaïque, on repense et lègitime la modernité. 

Les vrais modernes se gardent de récuser le passé au nom d’une aveugle fuite en avant . Ainsi du grégorien , la polyphonie corse tient la mélodie , pure vocalité , le chant . La voix sort du corps et le souffle produit par les poumons le fait retentir. Le chanteur accomplit un acte vital. L’acte de chanter crée une relation intime avec l’organe vocal grâce à quoi les émotions, l’affectivité s’extériorisent spontanément à travers le son d’un chant simple ou complexe, comme un trop plein qui de lui même aspire à sortir de nous. Il ne s’agit pas d’Ego, et nous pouvons prendre l’exemple des riucade ou mélismes en polyphonie corse.Jacky Micaelli explique dans tous ses stages qu’il est dangereux d’aseptiser la pratique de cette tradition sous peine d’en perdre le sens, l’âme, car dans le sacré comme le profane les riucade sont souvent l’expression d’une émotion forte liée à l’histoire de ce chant. 

On peut ainsi exprimer le ‘pietoso’ dans le deuil, ou le chagrin de l’amour perdu, mais ce peut être aussi la fatigue d’un travail dur, de l’animal comme de l’homme.
Quand il module son chant, l’homme émet un reflet sonore de son propre être.

La polyphonie corse, comme tous les chants traditionnels, harmonise voix et corps pour que le chant sonne avec plénitude, puissance. Il s’agit moins de chanter « beau » que de chanter « vrai ». Un chanteur traditionnel utilise sa voix comme moyen, non comme une fin en soi. Il est donc nécessaire dans la transmission de passer par une redécouverte de la « vocalité traditionnelle, de l’ancrage corporel de la voix, et de la portée spirituelle de cet acte. Chanter avec son corps, c’est retrouver une force primale qui deviendra musique potentielle, noyau originel de toute mélodie.

clip

la présidente Nadine Cesari

Contact : cesarinadine@yahoo.fr 0671863446
- avec le remarquable éclairage de J. Viret sur La tradition.


Stage de chants byzantins


du samedi 28 février au dimanche 1 mars: stage de chants monodiques byzantins animé par Marie Langianni en l'église Saint Michel de Taglio Isolaccio organisé par l'association Ad Amore avec relation avec le Centre d'Art Polyphonique de la Corse, contact: 04 95 73 13 37

ad amore

Stage en Isère les 19 et 20 décembre 2009



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arautoli

arautoli

La fiche d'inscription peut être téléchargée  en cliquant ici.

arautoli

salagnon

Programme et bulletin d'inscription à télécharger ici.


Association "SONI E CANTI D'ARAUTOLI" 12, chemin de champfort
Hameau de MOZAS
38 300 BOURGOIN-JALLIEU
Tel. : 09.62.22.23.43
Email : arautoli@gmail.com
http://www.myspace.com/arautoli

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Scole di cantu

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Le centre d'art polyphonique de la Corse

cap

cp


CAP


vivre
Source : Corse Matin du 17 janvier 2010

Et pour en savoir encore plus sur le chant corse...

Vous trouverez sur la page suivante le mémoire présenté en 2007 par une jeune étudiante autrichienne, Margarethe Hlawa, dans le cadre du Master of Arts de l'Université Mozarteum de Salzburg.


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