Libri : Livres et littérature corses

Norbert Paganelli

Dernière mise à jour : 24/11/2025

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Né le 11 avril 1954 d'une famille sartenaise, Norbert Paganelli a publié son premier recueil, "Soleil Entropique", en 1973, qui lui vaudra d'être sélectionné pour le prix François Villon et repris dans plusieurs revues poétiques.
En plein riacquistu, Norbert Paganelli choisit de s'exprimer dans sa langue maternelle et publie en 1977: "A Strada, a vulpi è u banditu" dont l'un des textes sera repris par le groupe mythique Canta u populu corsu Festa Zitellina.

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Le choix de s'exprimer dans sa langue maternelle ne répond aucunement au désir de glorifier une idéologie ou de vanter les traits spécifiques d'une supposée «personnalité de base» mais parce qu'avant tout, ce choix est une contrainte qui stimule et exacerbe sa créativité. Pour lui, la création ne doit faire allégeance à aucune autre autorité qu'elle même. Ceci étant, il ne s'interdit nullement le plaidoyer en faveur des langues minoritaires et des cultures périphériques, pratique qu'il associe au droit imprescriptible à la différence d'être, dès lors que cette différence ne revendique aucune prétention à l'hégémonie et donc à la tyrannie.

Il publie chez le même éditeur A Petra ferta (avec traduction, en 1981). Puis, sous le titre Errance / Invistita, il reprenait l’essentiel des publications précédentes, notamment A Fiara/ La Flamme, poèmes traduits par Dominique Colonna, puis en 2009 Canti à i sarri/Chants aux crêtes, de nouveau en édition bilingue. Et enfin Da l'altra parti en 2014.

Il réalise également une traduction du Cantique des cantiques, sous le titre U Cantu di i canti publié aux éditions A Fior di Carta.

A citer également, Un sel d'argent / Mimoria Arghjintina sur des photos de Joseph Nicolaï avec une préface de Marie-Jean Vinciguerra ainsi que Paroles & Couleurs consacré aux peintures de Nicolas Cotton.

Et parmi les nombreux centres d'intérêt et activités de Norbert, la chose politique tient une place importante. Il est à l'origine du mouvement alternatif PUDEMU/NOUS POUVONS qui a pour objet d'intervenir dans le champ politique insulaire pour en changer la donne.

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Norbert Paganelli invité de Souffle inédit

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@ Norbert Paganelli

Poète bilingue et essayiste corse, Norbert Paganelli explore le réel, le temps et la mémoire à travers une poésie ancrée dans l’île et ouverte au monde. Rencontre avec un artiste qui fait dialoguer tradition et modernité.

Norbert Paganelli : entre langues, mémoire et poésie contemporaine

Entretien conduit par Grégory Rateau

Norbert Paganelli est poète, essayiste et mena une carrière de cadre supérieur et de consultant. Né à Tunis en 1954, il a grandi à Sartène (Corse du Sud). Figure majeure de la poésie corse contemporaine, il écrit dans les deux langues qui l’habitent (le corse et le français) et interroge sans relâche la mémoire, le réel et le temps. Son œuvre explore les paysages de l’île comme autant d’espaces intérieurs, mêlant méditation et résistance. Fondateur et animateur d’initiatives culturelles en Corse, il œuvre depuis des décennies à la transmission de la parole poétique.

Entretien

GR : Dans Sanguinarii, vous écrivez « dans ces deux langues qui cohabitent en moi ». Qu’est-ce qui détermine, pour vous, le passage d’une langue à l’autre ? Est-ce une question d’émotion, de rythme, de paysage intérieur ?

Norbert Paganelli : Mes premiers écrits étaient en langue française puis j’ai découvert que je maîtrisais un véhicule linguistique enfoui profondément en moi et que je ne qualifiais pas même de langue (nous sommes dans le début des années 70). Quelques années plus tard, je découvris que l’on pouvait écrire dans cette langue « enfouie » une poésie qui ne soit pas empreinte de passéisme et j’ai voulu lui rendre hommage en ne reniant pas les acquis de la modernité. Depuis, j’écris principalement en corse car cette langue me semble provenir des profondeurs de mon être et posséder une « rugosité » que n’a pas, ou n’a plus, la langue de Molière. La traduction ne pose généralement aucun problème et je m’y attache car je ne souhaite pas que la poésie corse soit emprisonnée dans le cadre étroit de ses frontières naturelles. Toute culture qui se ferme se condamne inexorablement. En fait, je ne passe pas d’une langue à l’autre, je cohabite avec les deux univers qui, pour être différents, ne sont pas étrangers l’un à l’autre

GR : Cusì sarà s’ouvre sur la réflexion suivante : « Mais pourquoi donc la poésie ne se nourrirait-elle pas de ce que nous offre l’actualité ? ». Pensez-vous que la poésie corse, souvent associée à la mémoire et à la terre, puisse aussi se confronter pleinement au contemporain et au politique ?

Norbert Paganelli : Mais bien sûr !  La poésie des régions de France a longtemps été passéiste, rurale, formatée à l’ancienne et ayant pour thématique dominante : le mur qui s’effondre, la bergère filant sa quenouille et la vieille église à la façade décrépie. Les choses ont changé depuis quelques dizaines d’années, certes, mais insuffisamment…il faut aller plus loin et ne pas hésiter à questionner le réel que nous avons sous les yeux et qui peut, fort judicieusement, alimenter la création poétique. Que dirait-on d’un peintre qui ferait figurer sur sa toile les personnages des bals musettes à la manière des impressionnistes ? L’art en général se doit d’être contemporain de son propre présent, ce qui n’est aucunement un frein au message universel, et peut-être intemporel, qu’il délivre.

GR : Dans ces deux ouvrages, la traduction semble dépasser la simple équivalence linguistique pour devenir un espace de dialogue. Comment concevez-vous la coexistence entre le corse et le français — comme une fidélité, une tension, ou une recomposition ?

Norbert Paganelli : C’est une chance inouïe d’être parfaitement bilingue et, personnellement, je me sens autant corse que français, si je ne possédais qu’une seule langue je n’aurais qu’une fenêtre ouverte sur le monde et il se trouve que j’en ai deux qui me permettent de voir les choses différemment dans une sorte de stéréophonie visuelle donnant de la profondeur. J’ai tenté d’illustrer ce paradigme dans mon ouvrage « Un sel d’argent » composé de photographies et de poèmes bilingues. Chaque cliché est présenté sous deux angles différents et les poèmes ne sont pas des traductions, ils illustrent chacun l’angle offert par le cliché.

Norbert Paganelli invité de Souffle inédit
@ Norbert Paganelli

GR : Vos textes accordent une grande importance au silence, à l’effacement, à la mesure du réel. Quelle place occupe, pour vous, le retrait du poète face au monde, à l’heure où tout pousse à l’exposition ?

Norbert Paganelli : La poésie est largement boudée par les médias, on peut le déplorer mais c’est au fond une chance car ces dernières accordent une place exagérée à tout ce qui brille et fait du bruit alors que le poète a pour devoir de braquer son regard sur toutes les choses, sur toutes les personnes qui demeurent discrètes et semblent ne pas avoir d’importance. En se retirant du monde des apparences et de l’esbroufe, le poète remplit sa véritable fonction puisqu’il braque le projecteur sur ce qui est ignoré et qui est, en fait, le monde réel et non celui que les médias nous imposent.

GR : Vous avez longtemps œuvré à la promotion de la poésie en Corse, notamment à travers la Maison de la Poésie de la Corse et vos actions pédagogiques. Comment percevez-vous aujourd’hui la vitalité poétique sur l’île, entre transmission et création ?

Norbert Paganelli : On l’oublie bien souvent mais la Corse est une terre de poésie…Il y avait autrefois des vocifératrices qui improvisaient au moment des obsèques, des joutes (également improvisées) entre les bergers et les paysans et la langue corse, bien plus romane que le français, possède une musicalité toute latine. Le mouvement dit du « Riacquistu » (né dans les années 70 et dont le terme peut être traduit par Réappropriation) a tenu à réhabiliter ces pratiques tout en les rénovant.
Un demi-siècle après, il faut aller plus loin et ne pas avoir peur d’introduire au sein de la poésie insulaire une plus grande modernité. Certains le font depuis longtemps mais il y a toujours cette crainte, chez les auteurs, de privilégier la modernité au détriment de l’authenticité. Ils oublient que ce que nous percevons aujourd’hui comme étant du « traditionnel » ne l’était pas obligatoirement lorsqu’il a été introduit. Nous avons tendance à vivre dans le mythe que le temps d’avant est quelque chose de figé dans l’éternité, ce qui est radicalement faux.  Ce mariage entre tradition et modernité est absolument indispensable sinon le risque est grand de voir la poésie insulaire se « folkloriser » dans les images d’Épinal et les formes surannées mais j’ai bon espoir…

GR : Dans Cusì sarà, la figure du poète apparaît presque comme une conscience en lutte avec les autres voix du monde : Poetor, Commandor, Liberator…
Ce « trialogue » est-il une manière de repenser le rôle du poète dans nos sociétés fragmentées ?

Norbert Paganelli : Oui, bien sûr ! Commandor est celui qui exerce le pouvoir et Liberator celui qui aspire à l’exercer même si, dans un premier temps, il prêche la révolte par la bonne parole. Ces deux ne sont en fait que les deux faces d’une même médaille. Poetor, en n’aspirant pas au pouvoir, peut incarner une autre voie, celle de la paix intérieure qui prend ses distances avec la tyrannie de l’appétit de puissance. Si le poète s’inscrit dans cette trajectoire il enseignera le véritable sens du mot « Liberté » et cela peut nous sauver. Ce n’est pas gagné… Vous avez raison d’évoquer nos sociétés fragmentées, il s’agit de savoir lequel de ces fragments est porteur d’espoir. À mon sens, ni celui du pouvoir en place, ni celui du pouvoir en gestation… «Au début était le verbe » est-il écrit quelque part, alors restituons à la parole poétique l’importance qu’elle semble avoir perdue, elle qui n’aspire pas à prendre le pouvoir mais à exercer seulement une certaine autorité ce qui est radicalement différent.

GR : La mer, les pierres, la lumière – ces motifs récurrents chez vous semblent dire à la fois l’ancrage et la disparition. Sont-ils les véritables porteurs de la mémoire corse ?

Norbert Paganelli : C’est absolument certain pour les pierres car la Corse a connu une civilisation mégalithique durant des millénaires, certains menhirs ont même été taillés en statues ce qui n’est pas rien car il s’agit d’une roche difficile à travailler…
Par ailleurs, je crois savoir que lorsque les Pisans sont intervenus en Corse au XI° siècle, il ont trouvé une population largement déchristianisée qui pratiquait le culte des pierres, c’est dire l’importance du minéral dans la symbolique conscience ou inconsciente des Corses et il est donc normal que j’en soit particulièrement imprégné.
Pour ce qui est de la mer et de la lumière, je serai plus circonspect car la mer était pour les insulaires synonyme de tous les dangers, de toutes les razzias et personnellement elle m’effraie toujours un peu…
Quant à la lumière, si elle est omniprésente et incontournable dans toute la méditerranée, je me demande si nous ne lui préférons pas la pénombre ou même l’obscurité où le non-dit est roi. L’un de mes ouvrages était intitulé : « La nuit attend », il faut comprendre par-là que si le jour est omniprésent, la nuit, elle, est tapie dans son coin et attend son heure…impassiblement. Je me souviens que chez mes grands-parents, on ne laissait pas entrer la lumière dans la maison, on vivait dans une sorte de pénombre permanente et s’exposer au soleil était considéré comme une folie. Les hommes avaient toujours un couvre-chef et les femmes un foulard sur la tête…Donc, soyons clairs : le minéral c’est qui résiste à la mer, c’est un refuge possible contre tous les dangers y compris ceux du soleil puisqu’on peut s’abriter dans des grottes.

GR : Vous semblez interroger sans cesse la notion d’identité : « Suis-je d’ici ? Suis-je d’ailleurs ? » Comment la poésie vous permet-elle d’habiter cet entre-deux, sans céder ni à la nostalgie ni à l’uniformisation ?

Norbert Paganelli : Cette notion d’identité, je la trouve dangereuse telle qu’elle est utilisée et portée en bannière. L’identité est, par nature, mouvante et difficile à cerner car nous n’avons pas une seule identité mais plusieurs qui se superposent plus ou moins et varient au fil du temps. En mettant en évidence cet aspect des choses, la poésie peut aider à faire saisir la différence qu’il y a entre cette notion mouvante et instable et les schémas simplistes des identifications à des stéréotypes, qui eux, sont parfaitement stables mais largement fictifs. En mettant un coup de projecteur sur cette problématique, le poète peut contribuer à montrer à ses contemporains que rien n’est simple et qu’il convient de se tenir à distance des idées dominantes qui alimentent toujours le catéchisme du prêt à penser.

GR : Quelle est, selon vous, la responsabilité du poète aujourd’hui (en Corse comme ailleurs) face à la perte du sens, à la précarité des langues et à la saturation du monde numérique ?

Norbert Paganelli : Sa responsabilité est immense : il a le devoir de dire à sa manière, de le dire haut et fort sans céder aux sirènes du moment qui font la une des médias. On me répondra qu’il n’a que peu de chances d’être entendu mais il en aura encore moins s’il se tait ! L’Histoire nous apprend que des voix inaudibles ont fini par être entendues, il ne faut donc pas perdre espoir : il existe des oreilles attentives qui, à leur tour, peuvent devenir des voix…
Si je devais résumer, je dirais qu’il faut résister et savoir utiliser toutes les failles du réel imposé. Il y a une perte du sens généralisée ? Eh bien que le poète invente un sens nouveau ! Les langues sont précaires ? Mais y a-t-il une chose qui ne le soit pas ? Le monde numérique est saturé ? Mais le monde ne se résume pas au monde numérique ! Si mon poème a toutes les chances d’être inaudibles sur la toile, je peux l’imprimer et l’afficher sur un mur, le peindre sur un banc public, le faire graver sur une plaque ou le dire sur une place publique…Le poète n’a pas la force du lion, il ne l’aura jamais et c’est tant mieux, mais il peut avoir la ruse du renard et l’agilité de la belette…

GR : Enfin, si vous deviez transmettre à un jeune poète un seul conseil issu de votre propre parcours, de vos lectures ou de vos luttes, quel serait-il ?

Norbert Paganelli : J’ai eu la chance de rencontrer un poète insulaire déjà largement célèbre alors que je n’étais qu’un débutant et que je lui confiais qu’on me reprochait un certain nombre de choses, par exemple, de ne pas tenir un discours suffisamment militant…Sa réponse fut :  « écoute mais suis ta route… »  Je dirais exactement la même chose à un jeune poète. Ne pas écouter c’est se priver de l’opinion d’autrui, ne pas suivre sa voie c’est se soumettre à autrui et renoncer à être ce que l’on est.

Extrait de Sanguinarii

Pinseri
Soucis

Par essa cusì vicinu l’altru mondu
Pudia strascinà una sorti maladetta
Una manera d’ùn essa
Mai in paci

Pour être si proche l’autre monde
Pouvait être porteur de mauvaise fortune
Une manière de n’être
Jamais en paix

Arrimbera
Accouplement

D’avè fraiatu cù u ventu
L’isula avia inghjinatu tant’è più
Paternostri d’isuloti
Chì si ridiani di tuttu

Pour s’être accouplée avec le vent
L’île avait enfanté tant et plus
Des chapelets d’îlots

Source : https://souffleinedit.com

En Corse et en français, le nouveau recueil de poésies de Norbert Paganelli

Philippe Jammes le Vendredi 21 Novembre 2025 sur CorseNetInfos

C’est toujours un délice de parcourir un livre du poète Norbert Paganelli. Dans son nouveau recueil, « Cette eau sans maître », en édition bilingue, le poète insulaire célèbre et chante l’eau, la nature, l’homme, le temps qui passe, les rêves….

cette eau

Norbert Paganelli, qui est Denisa Craciun* auteure de la préface de l'ouvrage ?

- Denisa est de nationalité roumaine, titulaire d'un doctorat es-lettres. Elle est aujourd'hui enseignante à la faculté de Clermont-Ferrand et se passionne pour la poésie corse qu'elle souhaite mieux faire connaître dans son pays. C'est la raison pour laquelle elle achève une anthologie de la poésie corse contemporaine et je l'ai connue à cette occasion.

- Sa préface met l'accent sur cette voix qui semble vous parler et qu'elle nomme « la voix sans bouche »…

- En la lisant, j'ai moi-même été surpris car je n'avais pas décelé cette constante dans mes écrits. Je pense qu'elle a bien repéré cette sorte d'invariant qui caractérise ma poésie. Une voix qui n'est pas obligatoirement la mienne, me parle et c'est de cette voix que surgit le poème. J'avoue que cela m'avait complètement échappé mais c'est souvent de l'extérieur que l'on décèle l'intérieur...

- Le titre de l'ouvrage est « St'acqua spatrunata/Cette eau sans maître », il n'y a pas là de référence à cette voix qui s'impose...

- Je crois que c'est du pareil au même... J'appelle « eau sans maître » ce que Denisa nomme « voix sans bouche ». L'eau sans maître est la force brute que l'on ne peut arrêter, elle emporte tout sur son passage et sans elle : pas de poésie. Elle peut être dévastatrice mais sans eau point de vie.

- Le poète ne serait-il qu'une main, la substance même d'un texte venant d'ailleurs ?

- Je le crois profondément, il y a toujours un premier jet qui donne le ton et la force au texte, puis il y a le temps de la relecture, des amendements à ce jet initial. Si ce second moment appartient bien à celui qui rédige, le premier moment (le plus important) lui échappe en grande partie.

- Et d'où viendrait cette eau sans maître ou cette voix sans bouche ?

- Elle vient d'ailleurs...Très probablement de ce que le poète a capté à son insu et a macéré dans les coins obscurs de sa mémoire. Le poème n'énonce pas la vision personnelle de l'auteur mais une perception collective souvent masquée par ce qu'il est convenu de dire ou interdit d'avouer.

Surprise, un nouvel éditeur ? Jacques André, un éditeur continental…
- En vérité ce n'est pas vraiment moi qui ai choisi mais Denisa Craciun, qui m'a orienté vers lui. J'étais un peu surpris par sa proposition car si Jacques André avait déjà publié la regrettée Marie-Ange Sebasti, ses poèmes étaient en français. J'ai pensé au départ qu'il souhaitait ne publier que la traduction de mes textes. Il n'en a rien été, il a souhaité une édition bilingue et il m'a semblé que c'était là une occasion assez rare de toucher un plus large public.

- Est-ce dire que le public continental serait plus réceptif à la poésie que le public corse ?

- Non, pas du tout mais il est bien plus large et attache du prix à pouvoir lire ou simplement découvrir que la France n'a pas pour seule langue le français. J'en ai eu l'expérience en Bretagne, tout dernièrement, ou le public armoricain m'a explicitement demandé de dire mes poèmes en langue corse. Il me semble que la défense et l'illustration de notre langue passe par cette ouverture à l'autre surtout lorsqu'on lui donne les moyens de comprendre en traduisant.----

*« Rien de plus »
Terre eau et ciel
Herbe écume et nuages
Un peu de vent
Rien de plus rien de moins
Pour faire naître ce qui grandit
Vit et puis s’en va

L’histoire du monde tout entier
Peut tenir dans la main.

« Nienti di più »
Tarra acqua è celi
Arba sciuma è nivuli
Un pocu di ventu
Nienti di più nienti di menu
Par fà nascia ciò chi cresci
Campa è si ni và

A storia di u mondu sanu
In a mani si ni pò stà.

« Chez lui, et depuis ses tout premiers écrits, le poème ne fait qu’un avec une voix immatérielle immuable et ineffable qui s’impose » écrit Denisa Craciun dans la préface de l’ouvrage de Norbert Paganelli.  « La caractéristique première de sa poésie s’articule donc autour de cette dernière venue du fond de l’ être, qui, tantôt douce, tantôt rigoureuse, chante silencieusement mais inlassablement. Elle susurre, comme l’eau cristalline d’une source et son chant limpide, polyphonique, transcende le temps, l’espace, les langues, les rites, les règnes et même les notions de bien et de mal. Incréée, elle n’a nullement besoin d’utiliser les mots de la langue ordinaire pour transmettre son message. C’est par elle que nous percevons au plus profond de nous-mêmes, et avec grande acuité, la réalité passée, présente ou devant se produire ».

24/06/2023

Norbert Paganelli sur RCI

Norbert Paganelli pour son livre NORATLAS, des souvenirs d'une enfance partagée entre Paris, Alger et la Corse.
C'est peut-être un épisode de l'histoire de la Corse moins connus. Mais Norbert Paganelli, enfant à cette époque, s'en souvient dans « Noratlas - Une enfance entre la Corse, l'Algérie et Paris ». C'était peu après le putsch d'Alger en 1958...

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06/04/2023

Norbert Paganelli présente son dernier livre
« Noratlas - Une enfance entre la Corse, l'Algérie et Paris »

Philippe Jammes le Mardi 21 Février 2023 pour CorseNetInfos

C'est peut-être un épisode de l'histoire de la Corse moins connus. Mais Norbert Paganelli, enfant à cette époque, s'en souvient dans « Noratlas - Une enfance entre la Corse, l'Algérie et Paris ». C'était peu après le putsch d'Alger en 1958...

- Comment est née l'idée de cet ouvrage ?

- Il m'avait été demandé, pour illustrer la thématique d'une revue, un texte relatant mon plus ancien souvenir. Il se trouve que ce dernier est précisément le passage des Noratlas transportant et larguant, sur plusieurs villes de Corse, les parachutistes venus d'Alger après le coup de force du 13 mai 1958 à Alger. J'avais donc écrit une nouvelle relatant cet épisode qui était resté dans ma mémoire et que peu de monde connait. Une fois le texte écrit, j'ai eu envie de dérouler le fil de ma mémoire en y associant d'autres souvenirs.

- Ces souvenirs sont-ils exacts ou ont-ils été accommodés pour les besoins de la cause ?

- Ils sont tels qu'ils sont gravés dans ma mémoire, il se peut que cette dernière ait pris quelque liberté avec le réel mais je ne le crois pas. Par contre, il m'est arrivé d'attribuer volontairement, certains faits à d'autres personnes ou de les regrouper ou de les déplacer légèrement dans le temps. Par ailleurs, les noms et les prénoms ont, la plupart du temps, été changés.

- De sacrés souvenirs alors que vous étiez pourtant très jeune ?

- Le livre couvre la période 1956/1966 j'avais donc entre 2 et 12 ans. C'est qu'il peut sembler surprenant que je me souvienne de fait qui remontent à mes deux ans mais j'en suis certain. Je me souviens très bien de cette période de froid intense de l'année 56 où la neige est tombée à profusion. Toutefois c'est le seul souvenir que j'ai de cette année 56. Il faut attendre 1958 pour que je me remémore le passage des avions venant d'Alger au-dessus de Sartène et probablement d'autres villes de Corse.

- Une période de l'histoire de la Corse peu connue ...

- En effet c'est un épisode de l'histoire que peu de gens connaissent mais qui est parfaitement établi. J'ai, plus tard, lu attentivement l'ouvrage de Jean Ferniot « De Gaulle et le 13 mai » où des renseignements précis sont donnés et j'ai également lu les souvenirs du Préfet Savreux qui était préfet de Corse à cette époque et qui a refusé de se soumettre au Comité de Salut Public et a donc été « déporté » je ne sais plus où. Les coïncidences de la vie m'ont fait connaitre le fils du Préfet Lamassoure qui avait été nommé après la destitution du préfet Savreux et qui m'a confirmé tous les faits. Pour bien comprendre ce qui s'est passé alors, il faut savoir que les gaullistes préparaient le retour du Général pour mettre fin à la IVème République, le gouvernement d'Alger avait été renversé par les parachutistes et ils ont investi la Corse quelques jours après afin de préparer une intervention sur Paris... Cela s'appelle un Putsch ! Mais, le président Vincent Auriol ayant fait appel à De Gaulle pour constituer un gouvernement, les choses se sont passés légalement. La question qui se pose est la suivante : De Gaulle était-il parfaitement au courant de tout cela ? Difficile d'imaginer qu'il n'ait rien su... À mon avis et suivant Jean Ferniot, il savait mais faisait mine de... ne pas savoir. Lorsque les parachutistes ont fait appel à De Gaulle c'était pour sauver l'Algérie Française mais, mais ...lui.

- Le lieu où vous avez grandi en Corse n'est pas nommé, pas une seule fois... alors que les environs le sont ainsi que les villes d'Algérie...pourquoi ?

- C'est très certainement une sorte de pudeur instinctive teintée d'une volonté d'attribuer à ce qui est circonscrit dans l'espace une dimension plus vaste. J'ai un peu le sentiment que le regard de cet enfant interpellé dans le récit est le regard de l'enfance en général qui se différencie fondamentalement du regard de l'adulte.

- Justement, on est surpris par ce récit à la seconde personne...pourquoi ?

- D'abord parce que j'ai horreur du « je », il m'insupporte, il est pour moi le prélude à la cuistrerie et je préfère m'en détourner dès que je peux. Ensuite, il me semble que dans une autobiographie l'enfant que l'on a été n'est pas la personne que nous sommes devenue même si un continuum existe. Il m'a donc semblé plus naturel d'interpeller cet enfant.

- Au-delà des faits rapportés nous découvrons une Corse qui, entre la fin des - années 50 et le début des années 60 bascule dans la modernité, ceux qui n'ont pas connu cette époque risquent d'être surpris...

- J'ai tenu à souligner cette intrusion rapide, dans le quotidien des femmes et des hommes de cette époque, du formica, du granitos, des transistors et de la télévision tandis-que s'effaçaient les cabriolets, les costumes en velours, les barbes et les pipes des hommes... En quelques années tout un monde traditionnel a été bousculé, cela avait frappé mes yeux d'enfant et mérite d'être rappelé afin de mettre en perspective la modernité triomphante que nous connaissons aujourd'hui.

- Vous abandonnez la poésie pour la prose ?

- Il n'y a pas de limite bien précise entre prose et poésie, disons que dès que l'émotionnel est sollicité nous sommes en présence de poésie et il me semble que cette dimension est également présente dans les pages de cet ouvrage...Les années d'enfance sont un réservoir inépuisable dans lequel nous puisons jusqu'à la fin de nos jours.

- Des projets ?

- Je dois dire que mon activité principale concerne la création poétique et l'animation de A Casa di a Puisia mais les frontières entre la poésie et les autres activités littéraires n'ont rien de frontières nettes et claires. J'avoue m'être pris au jeu en rédigeant ces souvenirs d'enfance et en privilégiant le regard enfantin sur le monde des adultes. Je n'ai pas eu à trop forcer ma nature d'ailleurs. Il est clair que je sonde à poursuivre ce récit mais je pense adopter une autre forme que celle utilisée pour Noratlas... Je ne sais pas encore laquelle mais j'y pense... et pas seulement en me rasant le matin... Je dois avouer que j'ai été particulièrement séduit par l'ouvrage d'Antoine Wauters « Mahmoud ou la montée des eaux » qui est un roman dont la forme apparente est celle d'un poème... Laissons faire le temps puisqu'il nous en reste encore un peu...

Originaire de Sartène où il a passé toute son enfance, Norbert Paganelli fait partie intégrante du paysage culturel insulaire. Poète, il a publié plus d'une dizaine d'ouvrages obtenant le Prix de poésie corse à Santa Teresa di Gallura (2009), le Prix de la création littéraire de la Collectivité Territoriale de Corse (2014), le Prix du Livre Corse (2015) et le Prix du Conseil département de Haute Corse en 2016. Il est le co-fondateur de la Maison de la Poésie de la Corse. Il a participé aussi à la rédaction de « Par Tous Les Chemins », un florilège poétique des langues de France : alsacien, Basque, Breton, Catalan, Corse, Occitan. Laissant un peu de côté la poésie, il vient de publier ce passionnant ouvrage Noratlas aux éditions Bord de l'eau sur cette période de l'histoire qui l'a marqué. « C'est où exactement la Corse ? »

Le monde clos et sécurisant de l'île va connaître entre la fin des années 50 et le début des années 60 un bouleversement que nous restitue l'auteur avec la tendresse de l'enfance. Le formica, les granitos, les jeans, la multiplication des véhicules et la télévision vont rapidement et durablement modifier les habitudes ancestrales, suscitant des débats au sein des familles corses. Quant aux cabriolets, aux costumes en velours et aux habits de deuil des femmes, ils subsisteront un temps avant de s'estomper quelques années plus tard.
Dans le café-bar d'Antoine et de Marie se pressent encore quelques fidèles clients qui deviennent les acteurs d'un spectacle dont l'enfant devenu narrateur s'imagine le seul observateur.
Norbert Paganelli y a vécu les dix premières années de sa vie, vie marquée à jamais du sceau d'un temps dont la mémoire peu à peu s'efface. Puis vinrent les arrachements... L'Algérie d'abord, et sa diaspora où se mêlent, aux côtés des « indigènes », diverses communautés : « pieds noirs », Juifs, Maltais, Espagnols, Italiens. Puis, l'enfant découvrira la région parisienne, où les Corses, bien qu'y vivant en nombre, y sont parfois perçus comme des étrangers « lointains »...

Un article de Francesca Quilichini :

noratlas

Norbert Paganelli à 6 1/2


Norbert Paganelli à "Par un dettu" (15 février 2015)

Norbert Paganelli était l'invité de Petru Leca à "Par un dettu". L'occasion de revenir sur ses dernières oeuvres, en compagnie de Jean-Jacques Colonna d'Istria.

Emission diffusée le 15 février 2015, disponible en replay jusqu'au 20 février.

"Da l'altra parti / De l'autre côté", de Norbert Paganelli

La recension d'Emmanuelle Caminade

Publié le 16 octobre 2015 par Emmanuelle Caminade

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Da l'altra parti / De l'autre côté, recueil bilingue (1) de trente-sept poèmes écrits en corse par Norbert Paganelli et traduits par Dominique Colonna, est profondément marqué (2) du sceau de Janus : de cette divinité romaine gardienne des portes et des passages dont le visage à double face se tourne à la fois vers le passé et vers l'avenir, et qui a toujours été associée au passage du temps, aux commencements et aux fins.

Le thème du passage du temps est en effet central dans ce recueil où «le vent glisse sur la pierre» et nous emporte mais ramène aussi les nuages versant leur «eau nourricière». Un recueil où semble se définir le rôle du poète qui, tel Janus, se tient sur le seuil, posant son regard sur «cette parcelle de terre où nous vivons», sur cette terre corse dont il exalte la beauté simple ou majestueuse dans la belle langue qui est la sienne, et plus largement sur notre monde. Un regard dont l'acuité semble éclairée par ce qu'il perçoit d'un temps révolu, d'un passé enfoui. Lumière qui dit aussi l'ouverture de l'avenir rendant caduque toute fonction de prophète. Et ce poète lucide sur ce monde présent, dont l'acuité est paradoxalement éclairée par ces «chansons de la nuit apprises de l'autre côté», incite à reprendre les choses effacées, à prendre «ce qui vient»(3) sans le gaspiller :

«Nous reprendrons les choses effacées
Celles qui étaient dans la lumière de midi
Et qu'une main gaspilleuse a préféré nier»

1) On déplore le décalage absurde entre la version corse et française d'un même poème, ces dernières étant présentées recto-verso, contrairement à leur présentation en double page dans les recueils précédents de l'auteur. Cela rend en effet très difficile le va-et-vient de l'une à l'autre et interdit de fait à ceux qui maîtrisent mal cette langue (les plus nombreux)  une lecture en corse ! Une façon perverse d'achever les mots d'une langue moribonde, qui personnellement me semble en total contre-sens avec la teneur de ces poèmes :

«Même les routes semblent mortes
Comme les mots imprimés
D'un livre sans lecteur»...

2) Un sceau marqué de plus typographiquement : en couverture mais aussi sur chaque double-page dans une scission et un retournement signifiant des deux faces de Janus qui se tournent alors vers le texte ...

3) Ciò chì veni / Ce qui vient est le titre de la première partie

Et notre poète observe, écoute et constate, il se souvient, imagine et raconte, il doute ou affirme, interroge, enjoint ou interpelle, libérant des masques et des silences cette «parole de vérité». Mieux vaut la dire (4) en effet. Ecrire aussi «ce que disent les mots» (5), l'imprimer sur la page pour que cette «parole en fuite» (6) reste parole vivante - du moins tant que le livre aura des lecteurs pour la déchiffrer -, car «l'écriture est de pierre et la voix de vent». Et si cette parole-pierre sera un jour elle aussi usée par le vent, ou subsistera peut-être comme ces «pierres dressées» dont nous avons perdu le sens, il reste néanmoins nécessaire de la dire et de l'écrire, même si cela peut sembler infime et dérisoire. Car «ce rien» «sans aucune certitude» «est toujours mieux que le néant».

4) Sarà meddu a dillà / Mieux vaut le dire est le titre de la seconde partie
5) Ciò ch'eddi dicini i parolli / Ce que disent les mots est le titre de la troisième et dernière partie
6) Des paroles et des mots pouvant s'entendre dans un sens très large, mais visant semble-t-il en premier lieu cette langue corse dans laquelle écrit le poète 

Les êtres et les choses changent et on ne doit désespérer de la vie : de celle de cette langue corse emblématique de la nôtre, de la vie humaine. «Une lueur presque éteinte» peut toujours se ranimer et on peut toujours «capturer un filet de lumière» ou faire naître «une fleur vaporeuse» de ce qui git oublié au plus profond. On ne pourra jamais prédire ce que réserve l'avenir : «L'eau peut-être nous réchauffera-t-elle».

Envers et contre tout, dès le poème ouvrant son recueil qui semble en annoncer la tonalité, le poète proclame ainsi sa foi en l'homme. Une foi plus que jamais nécessaire en ces temps de «grande misère» :

Je crois en toi comme jamais tu ne le sauras
Infâme traitre
Renié même par les mouches
Et la grande humanité

Pour cela
Rien que pour cela
Je crois en toi

On goûte ces poèmes profondément ancrés dans la nature dont la langue simple n'exclut pas le mystère. Des poèmes qui, malgré ce qu'ils révèlent de conscience de notre finitude, de lucidité sur l'homme actuel et sur ce monde-ci, dispensent une mélancolie parfois joyeuse - oxymore s'accordant bien à cette vie par essence paradoxale qu'ils célèbrent. Ils dispensent en effet un espoir indissociable de cette vie éphémère et pour cela si précieuse.

Et alors que l'homme, errant sur le chemin, ne sait plus «chanter cette lumière», la maison du poète reste intacte. Libre et serein, ce dernier s'y tient debout sur le seuil pour transmettre le message. Un point de vue qui valide son verbe.

Da l'altra parti/De l'autre côté, Norbert Paganelli, traduction de Dominique Colonna, préface de Marie-Ange Sebasti, Colonna édition, 3ème trimestre 2014, 95 p.

(Prix 2014 de la création littéraire collectivité territoriale de Corse / Prix du livre corse 2015)

La recension de Jean-Guy Talamoni

Ce recueil de poésies en langue corse (variété du sud), et en vers libres, est présenté dans une édition bilingue. L’adaptation en français est effectuée avec finesse par Dominique Colonna. Les poèmes sont rassemblés autour de trois thématiques : « Ciò chì veni » ; « Sarà meddu à dilla » ; « Ciò ch’eddi dicini i parolli ».

Norbert Paganelli nous livre son rapport aux lieux, aux êtres, au temps... Se dégage de ses vers une nostalgie parfois désespérée, parfois plus sereine, presque douce. L’auteur choisit soigneusement dans sa langue les mots dont la force d’évocation est la plus considérable. Ses poésies renvoient naturellement à un univers personnel, mais également à un imaginaire commun. En témoigne notamment l’insertion dans les vers d’éléments idiomatiques : « Falzu com’è a cicuta » (Credu). Les poèmes opèrent une jonction parfaitement réussie, nous semble-t-il, entre singulier et universel, qu’il s’agisse du visage (Visu bellu visu) ou de l’écriture (Scrittu in u ventu)…  

Quant aux versions françaises, elles ne constituent pas de simples traductions, mais deviennent des pièces autonomes gardant intacte la puissance d’émotion originelle, ou en produisant une autre, différente, parfois légèrement décalée.

En corse et en français, ces textes doivent être lus lentement, avec attention. Car sous la forme souvent élégiaque perce l’espérance dont la présence, pour être discrète, n’en est pas moins tangible. Presque à chaque pas du parcours.

La préfacière, Marie-Ange Sebasti, qualifie ce recueil d’« appel sensible ».

Puisse cet appel être entendu.

Jean-Guy Talamoni (Publié dans La Corse, Hebdo, du 19.XII.2014)

U Cantu di i Canti

Traduction en langue corse par Norbert Paganelli du Cantique des cantiques

Illustrations de DOMINIQUE CASAUX.
80 pages. 13 €.
Vente exclusive en direct en s'adressant à
A Fior di Carta, Hameau Casanova, 20228 Barrettali.
Tél. 06 29 23 50 56

cantu

PREFACE

J’avais, il y a quelques années, entrepris la lecture de la Bible puisque « le livre des livres » est considéré comme la pierre d’achoppement des trois grandes religions monothéistes et que celles-ci, que l’on soit croyant, athée ou agnostique irriguent, par capillarité la civilisation qui est la nôtre.
Hormis les versets que je connaissais déjà plus ou moins et que j’appréciais, qu’il s’agisse de la Genèse ou du Livre des rois, cette lecture me fut difficile et ne suscita en moi qu’un faible enthousiasme. La révélation surgit en découvrant le Cantique des cantiques que je ne connaissais que de nom.
Comment expliquer la véritable magie de ce poème inséré au cœur de l’Ancien testament et qui présente, sous une forme dialoguée, les amours champêtres de la Sulamite et de son compagnon ?
Il n’est pas improbable que le texte, par sa candeur et sa naïve fraicheur, alors que l’ensemble du corpus au sein duquel il figure est à dominante inquiétante et sombre, bénéficie ainsi d’une mise en lumière accentuant son charme. Il n’en demeure pas moins que ceux qui ne connaissent que le seul Cantique des cantiques partageront également, très probablement, cette appréciation.
Doit-on rechercher l’origine de cette fascination dans le simple fait que le texte, dont la datation exacte ne fait pas l’unanimité mais remonte à plusieurs siècles avant Jésus-Christ, nous parle de l’amour comme pourraient en parler troubadours et romantiques, suggérant ainsi une sorte d’invariance du phénomène à travers les siècles ? C’est également possible même si, incontestablement, certaines paroles, certaines comparaisons nous font aujourd’hui un peu sourire. Faut-il admettre, comme le proposent certaines lectures savantes d’inspiration cléricales, que le pouvoir de séduction du texte
provient du fait que sous l’apparence de l’amour humain c’est d’un autre amour dont il est question (celui de l’amour de Dieu pour son peuple) ? Peut-être, mais jamais les constructions métaphoriques n’ont suffi, à elles-seules, à insuffler aux écrits le charme mystérieux de la séduction.
Comportant de nombreuses redites, organisé autour d’une structure parfois déroutante, ayant recours à des images quelque peu obsolètes, en dépit et peut-être en raison de tout ceci, le texte nous fascine comme il a fasciné plusieurs générations de lecteurs.
Après avoir travaillé sur plusieurs traductions, je me suis arrêté sur celle de Louis Segond , effectuée à partir des versions grecques et hébraïques, parce qu’elle me semblait d’une plus grande clarté dans le mode de présentation des différents intervenants, lesquels sont clairement mentionnés. Ce n’est pas toujours le cas d’autres traductions et je l’ai regretté.
De suite, l’idée de traduire en langue corse, ce texte des origines, s’est imposée à moi. J’ai, bien-sûr, pris connaissance de la remarquable traduction de la Sainte Bible effectuée par Christian Dubois mais j’ai également souhaité suivre mon propre chemin en privilégiant quelques tournures et expressions du sud-insulaire et en adoptant systématiquement les articles longs (lu et la à la place de u et de a) afin de restituer au texte son emphase lyrique.
J’ai, à plusieurs reprises, eu l’occasion de lire en public certains extraits de cette œuvre durant les Escales poétiques organisées avec mon ami Henry Dayssol, un peu partout en Corse. J’ai pu constater combien la beauté de ce texte biblique pouvait séduire un auditoire contemporain.
Si, par cette traduction, je puis contribuer à mieux faire connaître, en cette terre tourmentée, la richesse de ce chant d’amour et de paix venu du fond des âges, j’aurai réussi ma mission de passeur.

Décembre 2014

cantique

Canta à i sarri

Canta à i sarri, c'est d'abord ce titre, emprunté à la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1), qui m'a ravie en pénétrant sur Invistita (2), le site de Norbert Paganelli qui, dans un grand souci d'ouverture, met en ligne l'intégralité de son oeuvre poétique en version bilingue ( l'auteur s'exprime en corse, sa langue maternelle, et a confié la traduction de ses poèmes à Dominique Colonna).

Ce titre associe en effet le chant, pour moi l'expression la plus intense et la plus intime de la douleur ou de la joie, de l'espoir et de la révolte , à la symbolique des crêtes, ligne de partage, porte ouverte sur l'au-delà...

Chants aux crêtes est à la fois un chant au monde et le chant du monde car la nature n'est pas muette pour le poète qui sait l'entendre. Et j'ai été particulièrement sensible à ces chants mêlés, à la communion d'un homme avec sa terre, à l'harmonie de l'homme avec la terre, qui émane de ce recueil.

On ressent l'humilité de l'homme construisant son identité en s'insérant entre terre et mers, entre terre et ciel : une sorte d'identité cosmique. Homme et monde s'interpénètrent ainsi dans le mouvement cyclique de la vie, de la mort et de l'éternel recommencement , la vie humaine épousant la dynamique des forces telluriques antagonistes qui perpétuent l'univers.Un climat qui m'a souvent évoqué la philosophie et l'esthétique asiatique et m'a fait revenir en mémoire des vers aimés de René Char.

Le charme de la poésie de Norbert Paganelli réside aussi dans sa simplicité. C'est une poésie qui exalte la beauté des choses humbles, à la portée de tous, odeur du raisin, rondeur d'un galet, chant d'un ruiseau ou mousse sur les murailles, et aspire à la sincérité des rapports humains. Une poésie sans recherche d'effets artificiels qui résonne avec beaucoup de fraîcheur et d'authenticité.

La poésie n'ayant, à mon sens, rien à gagner à l'exégèse, je préfère m'effacer devant les textes .

Pour tous ceux - dont je suis - qui ne parlent pas corse mais possèdent des rudiments d'italien , voire d'espagnol, je conseille de lire d'abord la traduction , puis de dire le texte corse à voix haute pour tenter de retrouver les rythmes et les sonorités qu'aucune traduction ne pourra jamais restituer.

1) épigraphe de Gabriela Mistral :

« Dipoi vinti anni portu, piantatu in carri meia,
- stilettu di focu-
un cantu smisuratu, un cantu à i sarri di altu mari »

« Depuis vingt ans je porte, planté dans ma chair
- poignard brûlant-
un chant énorme, un chant aux crêtes de haute mer»

2) Invistita, le site littéraire de Norbert Paganelli : http://invistita.fr/

Canta à i sarri (Chants aux crêtes),poèmes en langue corse, traduction française de Dumenica Colonna, avec une préface de Ghjacumu Fusina.

A FIOR DI CARTA Éditions (1er trimestre 2009), 10 €

Un Sel d'Argent / Mimoria Arghjintina

sur des photos de Joseph Nicolaï
avec une préface de Marie-Jean Vinciguerra

mimoria


L'ouvrage sera disponible fin novembre.

Vous aurez le plaisir d'y découvrir, dans un livre au format intime, 73 clichés extraits des archives de Joseph Nicolaï.

Ces images sont librement commentées par Norbert Paganelli, en corse, en français et en poésie.

Nous ne doutons pas du bon accueil que vous réserverez à ce parcours en images et poésie dans le Sartène de la fin des Trente Glorieuses.

Nous nous tenons bien évidemment  à votre disposition pour répondre à votre enthousiasme.

Dans cette attente, nous vous invitons à le découvrir à travers une des entrées suivantes :
 
Le dossier de presse (avec un extrait)

http://fr.calameo.com/read/0000646409b4335f5deee

La micro-vidéo publiée sur YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=0leXI2JY2ss

La micro-vidéo publiée sur Daily Motion

http://www.dailymotion.com/video/xb7rdg_un-sel-dyargent-mimoria-arghjintina_creation

Le billet déjà publié sur Isularama

http://isularama.canalblog.com/archives/2009/11/19/15859078.phpl
 
 
Pour tout renseignement complémentaire: norbert.paganelli@laposte.net

mimoria

norbert

La reproduction de l'article de "La Corse votre Hebdo du 1er janvier 2010 s'avérant illisible, le voici reproduit ci-dessous :

IL ETAIT UNE FOIS DANS LES ANNEES 1970
Sartène à travers l'objectif

Norbert Paganelli retrace à travers des textes en corse et en français, illustrés par les photos de Joseph Nicolaï, la chronique de la vie quotidienne sartenaise. Un témoignage poignant, d'une belle vivacité.

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Sartène et ses habitants se prêtent au jeu de l'autobiographie. Dans cet exercice, les étapes ordinaires du quotidien et l'ambiance des années 1970 tiennent une place essentielle. Non pas à la manière d'une anecdote nostalgique ou pittoresque mais comme une matière vivante, un legs insolent et digressif, satiné de lyrisme élémentaire, d'association d'idées et d'émotions tenaces.

La démarche prend la forme d'une succession d'images en noir et blanc, d'une belle vivacité, emprunte à la poésie l'élan du vers libre. La succession de portraits est savoureuse et attachante.

C'est le coeur, la respiration, le regard de Jacques Nicolaï, photographe de presse et de Norbert Paganelli, écrivain, qui jalonnent cette captivante histoire. Leur amitié les a poussé à accaparer, ensemble, l'espace sartenais. Très vite la thématique autorise une réflexion littéraire. Il en résultera l'ouvrage « Un sel d'argent, Mimoria arghjintina ». Entre temps, la complicité entre les deux hommes s'est métamorphosée en promesse, faussement désinvolte, secrètement mélancolique. « Joseph Nicolaï a disparu en 2007, alors même que le principe de cet ouvrage venait d'être arrêté », rappelle Norbert Paganelli.

La langue corse à la rescousse

lecteur

L'écrivain poursuivra seul. Le chapitre commun reste beau et crée une urgence. « Un jour, Joseph Nicolaï me montra quelques dizaines de photographies prises tout au long de sa carrière de correspondant du Provençal dans la région de Sartène ».
L'art du journaliste tient à l'authenticité, fidélité à la vérité des sujets qu'il photographie. Il relève du devoir professionnel, fait résonner des familiarités avec la population de "la plus corse des villes corses".

Au passage, il déclenche une volonté généreuse. « Joseph Nicolaï avait la conviction qu'il fallait partager ces photos avec la population. La méthode pour y parvenir consistait à associer dans une parution ses clichés et mes commentaires.  »

charcut

Norbert Paganelli se montra d'emblée réticent. La saga intime collective de la ville possède ses propres équilibres. L'écriture n'apporterait à l'ensemble qu'une dimension superflue. Bientôt, la puissance évocatrice de l'image l'emporte sur le raisonnement. « Les clichés ne m'ont pas laissé indifférent. Ils ont déclenché une curiosité, suscité une sorte d'engouement. Alors je me suis mis à écrire. »

Joseph Nicolaï et Norbert Paganelli établissent une série de trente images assorties d'un texte en français. Le travail de sélection débouche sur "une petite exposition" en 1997 pour le compte de la galerie sartenaise "U Pitraghju".

Le témoignage à coups de de portraits individuels, de contre-plongées, de groupes et de grand- angle rencontre un beau succès. « Les quelques centaines d'exemplaires furent rapidement épuisées », se souvient l'auteur.

L'expérience est réussie, mais fait toutefois naître une tension. Parce qu'elle signale un filon qu'il est bon de creuser, les auteurs éprouvent la nécessité d'ajouter du sens à la démarche. « Joseph n'avait de cesse de me voir continuer. Il avait d'autres instantanés. Il défendait l'usage de la langue corse. »
Pour le lycée Clémenceau
lycee

La narration de la chronique sartenaise se déplace du côté de la traduction.
« Notre première idée était de proposer le même texte en version bilingue. »
L'option linguistique est vite abandonnée car « en nous appuyant sur un texte source, nous perdions le lien direct avec l'image. »

Suit un revirement. Les textes seront originaux, indépendants les uns des autres mais « reliés entre eux par une sorte de connivence.» La prise de position déteint sur le traitement de l'image. Il faut trouver une forme d'expression singulière. Elle passe par une mise en scène astucieuse. « Nous avons choisi de faire figurer la même photo mais à travers des cadrages différents ».

Dans tout les cas, les instantanés éveillent des réminiscences sur une cérémonie officielle, sur une manifestation de lycéens avides d'avenir qui « gardèrent longtemps le gôut de la révolte, celle qui unit les hommes autour du cri. ». Les convictions se forgent sous la banderole " le lycée doit rester à Sartène." Pour toujours.
Ce sont encore des cyclistes, des enfants sur un char de carnaval qui surgissent au premier plan. Les images ramènent à la place Porta, « espace où convergent les pas, les regards, les paroles » , accompagnent les gestes d'une vieille dame en noir, ceux de joueurs de pétanque, ou de vendeurs sur un marché improvisé. Chacune de ces images parle de l'humain, de ses rêves, des activités et des rites sociaux qui le définissent.

De l'autre côté de l'objectif de Joseph Nicolaï et des textes de Norbert Paganelli, il y a aussi bien des enfants, des anciens, que le Catenacciu ou le prêtre de la paroisse. Celui qui « a dilla franca, mai ùn l'avemu vistu rida. Com'iddu si tinia rittu è sticchitu, ci paria maiurone. » Le photographe déambule à travers les ruelles de la cité et capte ainsi la grâce éphémère de la banalité quotidienne.

photos


Une démarche documentaire et humaniste avec en plus une valeur artistique.
Véronique EMMANUELLI

UN SEL D'ARGENT, MIMORIA ARGHJINTINA de Norbert Paganelli sur les photos de Joseph Nicolaï, préface de Marie-Jean Vinciguerra, 159 p, 14 euros, coédition La Gare, A Fior di Carta. 

source : "La Corse Votre Hebdo" du 31/12/2009)

Norbert sur corsicatv :

http://corsicalive.fr/acorsicatv/stream.php?id=458&page=index.php

Paroles & Couleurs (Nicolas Cotton-peintures /Norbert Paganelli-textes)

Préface de Michel Duterme
Chateauroux, éditions La Bouinotte, 2012.

cotton

Bien que ce livre figure en bonne place dans ma bibliothèque, je n'avais pas encore eu le temps de rédiger le compte-rendu que je comptais faire de ce bel ouvrage. Finalement, je ne le regrette pas puisque Jacques Fusina s'en est chargé, avec le talent qu'on lui connaît, et m'a autorisé à reproduire in extenso son texte publié en version raccourcie dans La Corse Votre Hebdo.
Voici donc ce texte, en corse puis en français :

Capisce u misteru di a creazione

Ricivii qualchì settimana fà da l’edizioni La Bouinotte un bellu libru intitulatu Paroles et Couleurs : nantu à una cuprendula di culori spampillenti dui nomi cumplettavanu u titulu, quellu di u pittore Cotton, da mè scunnisciutu, è quellu di u pueta Paganelli, cunnisciutu ellu almenu pè e so publicazioni puetiche recenti. Eppuru, toccu e prime pagine, si capisce ch’ellu si tratta quì d’un libru pocu cumunu, postu ch’ellu prupone non solu di marità cun ingeniu opere pitturali è scritti, ma a so cuncepitura generale stupisce ancu di più : subitu in introitu quandu u giurnalistu Michel Duterme indetta cù ragiò chì a scelta di studià u travagliu d’un pittore ripuseria di più nant’à qualcosa « d’impaspevule » o « d’irraziunale » chè nant’à affari di tecnica o di maneghju ch’ùn serianu à parè soiu chè e « primizie » di a vera cunvinzione estetica à vene. L’intenzione di u libru hè dunque appuntu di « capisce u misteru di a creazione », altu prughjettu ma quantu seducente di sicuru.

A regula di u ghjocu di sta dimarchja originale porta u lettore ellu stessu à a scuperta d’un’opera è di u caratteru d’un artistu. Hè per issu mutivu chì u guida Paganelli ci face lume per istrada, micca cum’è qualchì prufessore dutturale ma cù una dilicatezza, un rispettu è un’ammirazione chì ci aiutanu à cunnosce megliu è à prezià pianu pianu l’indule di u pittore, i so incerti tira è molla, i so dubbiti durante u longu spuntà di l’opera. Un era micca faccenda asgiata pè u pueta chì palesa cusì una pacenzia spiegativa è un bon sensu pedagogicu edificandu un passu dopu à l’altru un caminu di scuperta daveru interessante.

Hè cusì ch’ellu almanaccheghja, dopu à un « priambulu », prima tappa utile assai, una sbucinera in cinque fase essenziali : « Dialogu » prupone una discursata nant’à a manera scelta da u pittore duv’ellu ci hè spiegatu chì, ancu trattendusi d’opere non figurative, « l’imprivistu » ùn hè micca affattu « l’azardu ». A fasa seguente, « A l’origine era a terra », indetta a so propiu accostu quand’ellu si truvò ellu stessu a prima volta di fronte à una pittura di scogliu, impressione culore di terra, forme semplici cum’è « paleolitiche ». « Notte bianca », tratta dopu a quistione di u fiascu sempre pussibule, u frastornu d’avè faltatu u gestu, d’ùn esse ghjuntu à u puntu vulsutu, quellu chì tramanna ogni creatore : formule belle è veritative, cum’è « l’artigiani t’anu a so nubiltà, l’artisti e so angosce ». A fasa « Ricerca » si scrive in seguitu logicu postu ch’ellu si tratta di dimustrà in modu cuncretu cum’elle s’assumiglianu a scrittura è a pittura ùn fussi chè pè a so ostinazione, a so frebba, i so dubbiti, ancu quandì l’opera pare sfughje à u so creatore. « Surgente » permette à Paganelli d’imbuccà una manata d’artisti di vera influenza nant’à u so amicu pittore. U sviluppu chì segue, « Situazione », prupone di ritraccià à l’ingrossu a storia di a pittura oghjinca è di splicità cum’ella si hè alluntanata à pocu à pocu da u figurativu senza perdene puru a so qualità di riprisentazione di u reale. Dopu, « Periudi » impalca ciò ch’ellu si purria distingue cum’è tappe maiò in l’opera di u pittore fendu casu quantunque à ùn taglià troppu in modu solu crunulogicu. L’ultima fasa, « Itinerariu », mette date pricise à l’elementi biografichi nant’à l’artistu Nicolas Cotton. A issu puntu, avemu digià un bellu assaghju chì u pittore ne pò esse suddesfu di sicuru, à parè nostru, ma l’inseme hè ancu più riccu è diversificatu ch’è no avemu vistu sin’à quì.

Chì ogni tappa sbucinata quì sopra hè difatti stellata da non solu magnifiche ripruduzzioni in culore di i travagli di u pittore ma dinù da arrette puetiche chì danu occasione à Norbert Paganelli di creà dinù ellu bellissime puesie à nome di e pitture ch’ellu osserva. In eserga, petricelle luccicanti offerte longu à issu percorsu di scuperta, qualchì versu chjaru duv’elli spampillanu nomi di pueta famosi. Qualchì ritrattinu infine di l’attellu di u pittore à u travagliu è di u pueta, à carnettu in manu, chì piglia note, cumplettanu l’inseme in modu più cuncretu chì si possa.

D’avè viaghjatu cusì longu à issa strada d’iniziazione, colmu da a simpatia benevulente chì sorge da i dui prutagunisti, u lettore ùn pò chè esse scunvintu da a sperienza, tantu da i cumenti chjari di u guida chè da u bullore armuniosu di i culori ch’ellu ci dà à vede. Scontru di dui creatori, di dui artisti generosi, riescita edituriale dinù ch’ellu ci vole à salutà rigrettendu chì libri cum’è quessi si ne truvessi belli pochi nant’à u mercatu urdinariu.
Ghjacumu Fusina

Saisir l’énigme de la création

Je reçus il y a quelques semaines des éditions La Bouinotte un bel album intitulé Paroles et Couleurs : sur une couverture aux teintes éclatantes deux noms propres complétaient le titre, celui du peintre Cotton, qui m’était inconnu, et celui du poète Paganelli, dont nous connaissons tout au moins les publications poétiques récentes. Dès les premières pages, on comprend pourtant qu’il s’agit ici d’un ouvrage peu cummun, car non seulement il propose de marier astucieusement des œuvres picturales et des écrits, mais sa conception d’ensemble surprend plus encore : en introduction d’abord lorsque le journaliste Michel Duterme indique fort justement que le choix d’étudier le travail d’un peintre reposerait davantage sur quelque chose « d’impalpable » ou « d’irrationnel » que sur des questions de technique ou de maîtrise qui ne seraient selon lui que les « prémices » de la réelle conviction esthétique à venir. Le propos du livre est donc bien de « saisir l’énigme de la création », projet ambitieux mais ô combien séduisant en effet.

La règle du jeu de cette démarche originale entraîne le lecteur lui-même à la découverte d’une œuvre et du tempérament d’un artiste. Pour cela le guide Paganelli éclaire l’itinéraire, non à la manière d’un professeur pontifiant mais avec une délicatesse, un respect et une admiration qui nous aident à mieux connaître et apprécier progressivement le caractère du peintre, ses hésitations, ses doutes tout au long de l’émergence de l’œuvre. Ce n’était pas une tâche si facile pour le poète qui fait alors montre d’une patience explicative et d’un remarquable sens pédagogique en construisant pas à pas un chemin de découverte d’un réel intérêt.

Ainsi organise-t-il après un utile « préambule » comme première étape, une intelligente déclinaison en cinq phases essentielles : « Dialogue » propose un entretien direct sur la manière de procéder choisie par le peintre où il est expliqué que, même dans une œuvre non figurative, « l’imprévu » n’est pas tout à fait le « hasard ». La phase suivante, « Aux origines était la terre », indique la propre approche du découvreur face à l’impression rupestre reçue au premier contact, couleur terre, formes simples comme « paléolithiques ». « Nuit blanche », aborde ensuite la question du possible échec, du tourment d’avoir manqué le geste, de n’avoir pas atteint le but qui hante tout créateur : belles et vraies formules comme  « les artisans ont leur noblesse, les artistes ont leurs tourments ». La phase « Recherche » s’inscrit alors logiquement à la suite s’il s’agit de démontrer concrètement combien l’écriture et le travail de la toile se ressemblent dans leur obstination, leur fièvre, leurs doutes, y compris lorsque l’œuvre semble échapper à son créateur. « Source » permet à Paganelli de suggérer quelques artistes de réelle influence sur son ami peintre. Quant au développement suivant, « Situation », il propose de retracer à grandes lignes l’histoire de la peinture contemporaine et d’expliciter comment elle s’est progressivement éloignée du figuratif sans perdre pour autant sa qualité de représentation du réel.. Puis « Périodes » dresse ce que l’on pourrait discerner comme étapes majeures dans l’œuvre du peintre en prenant la précaution de ne point trop les séquencer de manière simplement chronologique. La dernière phase, « Itinéraire », date avec précision des éléments biographiques sur l’artiste Nicolas Cotton. C’est à ce point déjà un bel essai dont ce peintre a tout lieu d’être satisfait, nous semble-t-il, mais l’ensemble est encore plus riche et diversifié qu’indiqué jusque là.

Car chaque étape énumérée ci-dessus est en effet ponctuée par non seulement d’excellentes reproductions en couleur des travaux du peintre mais aussi par des pauses poétiques qui permettent à Norbert Paganelli de créer lui-même de fort beaux poèmes qu’il intitule comme les peintures observées. En exergue, brillants cailloux offerts sur ce parcours de découverte, des vers éclairants où scintillent des noms de poètes célèbres. Quelques photos enfin de l’atelier du peintre en plein travail et du poète, carnet en main, prenant des notes, complètent le tout de façon on ne peut plus concrète.
D’avoir longé ainsi ce chemin initiatique, gagné par cette sympathie bienveillante qui émane des deux protagonistes, le lecteur ne peut qu’être convaincu par l’expérience, autant par les commentaires éclairés du guide que par le foisonnement harmonieux des couleurs qu’il nous donne à voir. Rencontre de deux créateurs, de deux artistes généreux, réussite éditoriale qu’il faut également saluer en regrettant toutefois que de tels ouvrages ne soient pas plus nombreux sur le marché du livre.
Jacques Fusina (mars 2012)

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