Pour
découvrir les musiques du monde, écoutez sur Radio Suisse Romande
l'excellente émission hebdomadaire de Vincent Zanetti
"L'écoute des mondes", tous
les dimanches de 15 à 16h.
Pour
capter RSR sur internet, rendez-vous à l'adresse suivante :
Les
émissions restent archivées pendant deux mois et peuvent être écoutées
via internet. Il suffit de disposer de RealPlayer et de recopier
l'adresse (URL) correspondant à l'émission. Pour écouter en direct,
encore plus simple : cliquer sur "en direct" puis sur "Espace 2".
Les
émissions récentes :
Pour avoir une idée de
la richesse de cette émission, voir les archives.
FRANCE
Agnès
Jaoui
Canta
Commencer
cette rubrique par
la comédienne, scénariste, réalisatrice et
chanteuse Agnès Jaoui peut sembler étrange. Et pourtant ... Canta est un réel chef d'oeuvre.
Ce qui frappe le plus, c'est l'aisance et le naturel d'Agnès Jaoui, qui
ne semble jouer aucun rôle de composition.
Elle
reçoit dans ce disque deux de ses idoles : la Brésilienne Maria
Bethânia et la portugaise Misia qui lui donnent la réplique
respectivement sur Samba em preludio et Fado
de retorno. Elle partage également le micro avec Marcos
Arieta, les Espagnols du groupe Elbicho qui a renouvelé le flamenco.
Elle est accompagnée par les guitaristes Roberto Gonzalez Hurtado et
Dimas Martinez Dubost, qui, en plus des arrangements, signe également
la bouleversante Milonga del navigante.
Pour son deuxième album, intitulé Dans
Mon Pays, Agnès Jaoui s’offre un mélange de
boléro, bossa, fado, salsa, samba et flamenco. Pour cela elle s’est
entourée du ” Quintet Oficial”.
A nouveau réalisé par Vincent Segal et interprété en espagnol et
portugais, cet album comporte également deux chansons en français et
des duos avec les artistes Bonga et Camané et avec les musiciens
Roberto Gonzales Hurtado, Dimas md et Antoine "Tato" Garcia, et marque
une nouvelle étape dans
cette volonté de connecter des univers voisins.
Ce n'est pas par hasard que Dans mon pays
est co-signé par Agnès et
son groupe, le Quintet
Oficial. Avec ces musiciens, Agnès
Jaoui ne se met
jamais dans la
peau d’une diva : tout, chez elle, se construit dans la mise en commun
d’expériences, l’échange des sentiments, les transmissions de pensée.
Cependant, je dois avouer qu'après l'éblouissement ressenti à l'écoute
de Canta,
je reste un peu sur ma faim avec Dans
Mon Pays. Peut-être plusieurs écoutes sont-elles
nécessaires ?
Soledad
Soledad
est un groupe de
cinq jeunes musiciens français, issus de la musique classique et
passionnés de la musique d'Astor Piazzolla, auquel ils empruntent sur
ce CD pas moins de six morceaux : Milonga del Angel,
Michelangelo 70, Escualo, Ballet
Tango, Libertango et Nuestro
Tiempo. A noter aussi le Tango pour Claude
de Richard Galliano et deux tangos de Stravinsky.
Josefina
Née
à
Marseille en 1974, d’origine Gitane Andalouse, Josefina commence
à chanter très jeune, à l’occasion de réunions festives et sa famille
est son premier public. Dès l’âge de 10 ans, elle caresse l’idée de
composer ses propres chansons et, déterminée, elle décide de « faire de
la musique... Rien d’autre ! ».
En 1993, dans le Var, elle crée un
groupe en famille, avec ses frères et ses cousins. Le groupe se produit
dans de petits festivals locaux. Après la dispersion du groupe,
Joséfina continue sa route. Elle se produit en 1998 à Ajaccio, en
première partie du concert de Patrick Fiori. Puis elle rencontre Chico
et les Gypsie’s, qui lui proposent de les accompagner dans une tournée
qui durera un an, et auprès desquels elle fait ses armes.
Elle a fait
ensuite partie du groupe I Muvrini pendant 5 ans, entamant avec eux une
tournée nationale et internationale. Jean-François Bernardini lui
demande de traduire un de ses textes en espagnol. De là, est né « Ùn
sò micca venuti ». Leur collaboration porte ses fruits :
Joséfina chante « Vogliu » dans le dernier album
d’I Muvrini (Umani). Après cette grande aventure,
Joséfina décide de continuer seule. Elle compose et écrit ses textes.
Puis, avec l’aide de Jean-Bernard, créé son premier album, Caminando
( « en marchant »). On peut l'entendre également dans le dernier CD
d'Antoine Ciosi (Luisa).
BELGIQUE
Laïs
Je viens de découvrir (merci Françoise) un groupe de chant flamand
étonnant : Laïs.
Composé
de trois jeunes femmes aux voix célestes, Jorunn Bauweraerts, Annelies
Brosens et Nathalie Delcroix, originaires de Kalmthout (Belgique), ce
groupe se présente comme le chaînon manquant entre le Moyen Age et le
XXIème siècle. Pour Laïs, la musique est d'abord et avant tout
communication avec le public, qu'elle soit jouée dans une petite église
ou lors d'un grand festival, mais également avec d'autres artistes
(notamment I Muvrini).
Les
textes, toujours assez sombres, de Laïs proviennent de vieux recueils
de chansons. La plupart des chants traitent de la douleur et de la
mort. Les personnages sont tous, presque sans exception, des victimes.
Mais la musique est dynamique et rythmée.
Le jeune groupe a déjà cinq albums a son actif : Laïs, A la Capella,
Documenta, Dorothea et Douce Victime.
C'est
complètement par
hasard que j'ai découvert ce disque, évidemment attiré par son titre.
Un disque magnifique qui propose un voyage dans les musiques de la
Méditerranée.
La chanteuse grecque Savina Yannatou chante avec agilité
ces mélodies d'Italie, de Grèce, de Palestine, d'Espagne, de Moldavie,
d'Ukraine, d'Arménie... et même le Sumiglia d'A
Filetta qui donne son titre au disque.
Chantant dans douze langues,
elle rend parfaitement l'atmosphère de chaque morceau. Excellent
accompagnement musical de "Primavera en Salonico", le tout bénéficiant
de l'excellente prise de son des ingénieurs ECM.
Terra Nostra
Premier
disque de Savina Yannatou chez ECM, Terra Nostra propose une musique
très ouverte allant de simples chants traditionnels à des
improvisations innovantes. Musique à la
fois très attractive et chargée d'émotion, enregistrée en public à
Athènes, ville natale de Savina Yannatou.
Songs of an other
Nouvel album de Savina Yannatou et Primavera
en Salonico, Songs
of an
other
(2007) explore des chants de Grèce, de Bulgarie, de Serbie, d'Italie du
Sud et
d'Arménie ainsi que des chants yiddish.
L'interprétation ne dénature
pas ces chants traditionnels, elle les magnifie.
Et... U Lamentu di Ghjesu tiré de "Corsica -"Virgin Maries Of The World" (1999)
Angélique Ionatos
Née à Athènes, Angélique Ionatos quitte la
Grèce en 1969 pour
s’installer en Belgique. En 1972, elle enregistre avec son frère
Photis, son premier album « Résurrection » qui obtiendra le Prix de
l’Académie Charles Cros et marquera le début de sa carrière en France.
Ses albums suivants seront largement primés : « I Palami sou » (1978),
Prix de l’Académie Charles Cros, puis deux ans plus tard, « La Forêt
des Hommes » (1981), suivi de « O Helios o Heliatoras » (1983).
En 1984, au Théâtre de la Ville est créée le poème scénique d’Odysseus
Elytis, « Marie des Brumes » (1984-Th. Sartrouville-Auvidis) ; une
cantate à deux voix dont la direction d’orchestre et les arrangements
sont signés d’Alexandre Myrat et Daniel Barda. Pour cette création,
Angélique partage la scène avec Spyros Sakkas (baryton). Le disque
obtiendra Le Grand Prix Audiovisuel de l’Europe. Cette œuvre marquera
la fin des tournées en solo d’Angélique Ionatos.
Suivront la sortie de l’album « Récital » (1986) et du « Monogramme »
(1988), orchestré par le grand musicien argentin Gustavo Beytelman puis
l’album « Archipel » (1989).
Encouragée par son poète de prédilection Odysseus Elytis, Angélique
Ionatos met en musique et enregistre l’œuvre « Sappho de Mytilène »
(1991). Cet album qui obtient le Prix de l’Académie Charles Cros est
créé en version spectacle au Théâtre de la Ville en 1992 ; « O Erotas »
(1992) est créé à l’Olympia en 1993.
Suivront « Mia Thalassa », sur des musiques de Mikis Théodorakis (1994)
; « Parole de Juillet » (1997) sur le poème éponyme d’Odysseus Elytis.
A cette occasion, elle retrouve la complicité de son ami Spyros Sakkas
et les orchestrations d’Henri Agnel.
« Chansons Nomades » (1998) ; « D’un Bleu très Noir », (2000) créé au
Café de la Danse en 2001 arrivent comme autant de créations,
d’enregistrements très habités, où l’on retrouve toujours un
dénominateur commun : une grande rigueur des compositions, un immense
plaisir de jouer avec des musiciens rares et une puissance
d’interprétation étonnante.
L’année 2003 marque une nouvelle étape de la carrière artistique
d’Angélique Ionatos. Elle crée à la Maison de la Poésie une lecture
musicale « L’Alphabet de la mer » tendant un pont entre l’œuvre du
contemporain Elytis et les fragments retrouvés de la poétesse de
l’Antiquité Sappho (7ème – 6ème siècle avant JC) et crée au Théâtre des
Abbesses « Alas pa’volar » (2003), l’occasion d’interpréter en espagnol
des textes adaptés du journal de Frida Kahlo sur des musiques de
Christian Boissel.
En 2004, pour la première fois, Angélique Ionatos sort un album
regroupant ses plus grands titres : « Anthologia » (2004-Naïve).
En 2005, Angélique Ionatos crée « Athènes Paris Via… » au Théâtre du
Châtelet à Paris.
"Eros y muerte"
Dans un récital hors du temps, accompagnée d’un bandonéon, d’une
contrebasse et d’un violon, la chanteuse grecque magnifie Pablo Neruda,
Anna de Noailles et Kostis Palamas, entrelaçant poèmes d’amour et de
mort dans des compositions sublimes et déchirantes.
Le chant sarde constitue l'une des expressions polyphoniques les plus populaires de la Méditerranée.
Omniprésent, il peuple la liturgie autant qu'il rythme les fêtes paysannes, aux confins du profane et du sacré. On distingue chant sacré (Su Cuncordu) et chant profane “A Tenore”.
Le chant s’exprime par une voix de gorge tendue qui donne un cachet vibrant aux deux parties d’harmonie : contre-chant et basse. Cette technique n’existe nulle part ailleurs dans le monde sauf... en Mongolie !
L'émotion, à l'écoute de ces polyphonies, est simple et forte comme ces hommes qui savent si bien la faire partager à leur public, touché au creux de l'âme.
Le chant A Tenore (su tenore)
En Barbagia, le chant A Tenore est répandu et fortement pratiqué aujourd'hui encore. C'est le chant polyphonique sarde par excellence.
"Su Tenore" est formé de quatre voix qui, en sarde, sont appelées "sa oche", "sa mesuoche", "su bassu", "sa contra".
"Sa oche" est la voix conductrice qui déroule entièrement les diverses strophes du chant ; "su bassu" et "sa contra" produisent les notes graves, et "sa mesuoche", la voix plus aiguë, bouge librement.
Dans toutes les localités de la zone de la Barbagia, la forme plus diffuse du chant a tenor est "Sa Boghe nota" (appelé aussi "Boghe 'e Notte"). Le chant peut être exécuté "a sa seria", avec un texte verbal très vaste, ou bien, à la première partie de "a sa seria" peut suivre une seconde partie "a sa lestra", instant conclusif avec une grande variété de chants pour la danse. Un chant avec une telle étendue est appelé "Boghe Longa".
Les styles dans le répertoire varient selon la localité : par exemple les tenors d'Orgosolo correspondent à un style dur et âpre, alors que ceux de Fonni sont caractérisés par un style souple ; dans une position intermédiaire se placent les tenors de Bitti. À Bitti on trouve trois styles exceptionnels de chants religieux exécutés "a tenore" : le chant de Noël, un dédié à la "Madonna" et le chant des pénitents. Une autre forme à signaler est "su Mutu", qui trouve dans le tenor une exécution spéciale : les autres chanteurs interviennent avec des blocs polyvocaux, basés sur des textes verbaux.
Site consacré à la musique et au chant sardes :
Un extrait vidéo d'un concert des Tenores de Bitti :
Les chanteurs d'Orosei font l'objet d'un article sur la page "Invités".
Le Quartetto Urbano
Le Quartetto Urbano est un quatuor vocal composé de: Germana
Mastropasqua, Flaviana Rossi, Michele Manca et Xavier Rebut, qui en
assure la direction musicale.
Ce quatuor présente des chants italiens de tradition orale et des
compositions contemporaines. Il compte parmi ses auteurs: Giovanna
Marini, Antonella Talamonti, Xavier Rebut.
L'ensemble est né l’été 2000 pour interpréter la musique de scène
écrite par Giovanna Marini dans le spectacle Animarrovescio, de la
chorégraphe Adriana Borriello à l’Hebbel Theater de Berlin et au Teatro
Nazionale à Rome.
Le groupe est né avec l'envie de raconter à travers les sons l'Italie
de la tradition orale, de la mémoire, les recherches effectuées dans
les différentes régions de la péninsule et les rencontres avec les
chanteurs populaires. A quatre voix le quartetto explore diverses
manières de chanter, de penser la musique et de l'inventer.
D'une part c'est une approche qui s'est développée en participant aux
recherches de Giovanna Marini (avec la Scuola Popolare di Musica di
Testaccio de Rome) et en collaborant avec elle à différents concerts et
projets musicaux. Et d'autre part c'est un parcours qui a amené les
quatre chanteurs à vouloir aussi raconter le présent et une Italie en
continuelle transformation, et à chanter ainsi les auteurs
contemporains, en appliquant le langage appris à travers le chant
traditionnel.
Après le spectacle "Un altro modo è possibile" créé en 2003, suit le
spectacle "Mentre corre cielo e terra."
Ces spectacles sont construits comme une grande partition où l'on
voyage à travers des univers sonores qui vont des mondes de la campagne
aux réalités urbaines. Un éclairage et une spatialisation des voix font
entrer le public dans un parcours guidé presque uniquement par les sons.
Ces deux musiques sont éditées en CD chez ZONE DI MUSICA, maison de
production romaine.
Le long d’une grande partition se déroulent les chants de la passion,
les stornelli - modes musicaux chantés pour se répondre - et les chants
de travail. Ils y côtoyent les créations originales: sur des textes du
poète populaire sicilien Ignazio Buttitta (dont un “discours aux
feudataires”), sur les mots d’aujourd’hui qui racontent le précariat,
ou à travers les madrigaux de Giovanna Marini qui expriment le courage
de qui sait regarder et agir, et qui racontent la “vie pour le pain”,
l’abandon de la propre terre, la séparation dans l’espoir du “pain pour
la vie”.
L’actualité d’un chant des Mondine (repiqueuses de riz) qui luttaient
pour le respect des 8 heures de travail journalières et celle d’un
mottetus sarde sur les rapports féodaux transparait en filigrane à
travers les timbres et les harmonies de cette “autre Italie”, Italie
qui est celle du passé et de la mémoire, riche de cultures différentes
et continuellement en transformation.
Le quatuor parcourt la péninsule, des brouillards du Nord traversés par
les travailleurs journaliers jusqu’en Sicile où le chant d’un
cantastorie et celui d’un mineur d’une solfatara (mine de souffre)
deviennent des points communs d’une humanité qui se réinvente une
ritualité et cherche comment se raconter.
Le quatuor propose également d'autres concerts liés à des thèmes
divers: aux chants de travail, aux répertoires sacrés, aux chants
d'émigration, aux voix de femmes, à la Résistance. Ou encore: un
concert est dédié aux poètes chantés, dont le Concerto per Leopardi,
oratorio de Giovanna Marini dans une version pour quatuor vocal seul,
fait partie.
Les
chants polyphoniques géorgiens
remontent à
l'ère préchrétienne. Xénophon ne disait-il pas, 4
Siécles avant J.C : “Les géorgiens se battent aux cotés des
grecs avec une rare témérité mais, de plus, ils aiment chanter et
danser...
Une première voix assure la ligne
mélodique
principale, les autres voix répondent, accompagnent et donnent du
volume au
chant.
La Géorgie, terre d'invasion des
grands voisins perses,
mongols, ottomans et russes, a su préserver son identité culturelle en
se
réfugiant dans certaines traditions fortes ... et souvent dans les
hautes
montagnes du Caucase comme la province de Svanétie.
La polyphonie géorgienne
hier.
Les prières
à quelques dieux païens,
les
départs à la guerre, les enterrements, les mariages, les naissances, le
travail des champs, le travail domestique ... l'amour ... étaient
accompagnés de chants polyphoniques. Ils constituaient parfois une
chronique
musicale des scènes de la vie quotidienne, tentative de séduction,
réprimande de la belle-mère, dispute avec le voisin.
Bien que la Géorgie fût christianisée
au
IVéme siècle par Sainte Nino, sous le règne du roi Mirian, les
chants polyphoniques d'origine païenne continuèrent à y être
chantés et souvent adaptés aux nouvelles croyances. Sainte Nino ayant
confectionné la première croix chrétienne à partir de
sarments de vigne, toutes les églises géorgiennes portent le symbole de
la
grappe de raisin et certains chants polyphoniques y font référence
("chen
khar venakhi").
Il convient également de noter que
les
spécificités régionales ont donné naissance à des
genres différenciés. Aux majestueux et lents chants de Kakhétie
("ourmouli" du conducteur de char à boeufs) s'opposent les joutes
vocales de
Gourie ("krimatchouli" mettant en compétition les voix masculines les
plus
hautes), aux chants religieux de Kartlie s'opposent les mélodies vives
d'Adjarie.
Les chants polyphoniques géorgiens se
sont transmis au
travers des siècles essentiellement par voix orale. Les plus anciens
enregistrements datent du début du XXéme siècle. Les plus
récentes écritures formalisées datent de quelques années. A
l'époque soviétique, dans les années cinquante, le folklore
géorgien fut magnifié par l'ensemble de danseurs et de chanteurs
d'Iliko
Soukhichvili et de Nino Ramichvili.
La
polyphonie géorgienne
aujourd'hui.
Depuis
la restauration de
l'indépendance de la
Géorgie, en 1991, une multitude de choeurs polyphoniques s'est formée
dans
le monde. En octobre 2002, le premier festival de la polyphonie
géorgienne
accueillit à Tbilissi des choeurs nationaux et une dizaine de choeurs
étrangers, dont ¥amashiro Goumi du Japon, Darbazi du Canada,
Mazpidzenli de
Grande-Bretagne, Ori Otarebi da Misha de France.
Certains choeurs géorgiens ont trouvé
des producteurs
à l'étranger. Les héritiers de l'ensemble Soukhichvili, devenu
ballet national, effectuent en 2004 une tournée dans une trentaine de
villes
australiennes. La troupe Georgian
Legend, issue du groupe Eri Sioni, se
produit en Russie
en 2004 après avoir fait vibrer la Belgique, la France et la Suisse. Le
quintette
SIMI est certainement l'un des groupes géorgiens les plus
représentatifs de
cette polyphonie, il a donné une vingtaine de concerts en France en
2002 et
2003.
Des choeurs français se sont
également
constitués : Marani à Paris, trio Mzé Shina dans l'Ouest, Artillac
dans le Sud-Ouest pour les voix masculines, Irinola à Paris pour les
voix
féminines. Ils organisent des stages d'apprentissage pour néophytes, en
plus de leurs concerts.
Depuis
quelques années, et
afin de réunir tous ces ensembles vocaux le Conservatoire d'Etat de
Tbilissi et le
Centre International de Musique Populaire Géorgienne organisent un
symposium,
alternant concerts et conférences. Il a lieu une année sur deux (*).
En 2006, du 22 au 29 septembre, les choeurs géorgiens professionnels et
les
choeurs "familiaux" comme il en existe encore dans toutes les régions
de
Géorgie (familles Abesadze, Gogolashvili, Pirtsxalava, Sikharulidze,
Urushadze,...) ont accueilli un nombre grandissant de choeurs
étrangers. La France
était représentée par Irinola et Marani.
Les ateliers de
polyphonie
géorgienne en France
Si
l'émigration
géorgienne des années 1920 et 1940 a perpétué la tradition
des chants polyphoniques en France (**), leurs descendants, et plus
particulièrement Othar Pataridzé, ont formé dans les années
soixante-dix une génération de chanteurs et de chanteuses.
Depuis plusieurs années, Artillac et Jean-Laurent Imianitoff organisent
régulièrement des stages d'initiation et de perfectionnement dans le
Sud-Ouest de la France (***).
Marani, initialement sous l'impulsion de
Frank Kane,
aujourd'hui sous celle de Bertrand Lambolez, propose des formations sur
deux
journées, généralement dans les locaux de l'Eglise géorgienne
Sainte Nino de Paris. Ces formations sont animées par des maîtres de
chant
géorgiens venus de Tbilissi (****).
Mzé Shina, sous l'impulsion de
Laurent
Stephan, Denise et Craig Shaffer, propose également des initiations de
quelques
heures à la polyphonie géorgienne, sur l'Ouest de la France, mais
également dans les autres régions françaises selon leur
tournée de concerts (*****).
Notes :
(**) dans les années 1950, époque à
laquelle la communication entre
les diasporas à l'étranger et la Géorgie était impossible,
l'actrice française d'origine géorgienne Maria Mériko et Victor
Homériki enregistraient à Paris un disque 78 tours : "Oh ! Marguarita
tchemo lamazo".
(***) Polyphonies géorgiennes : association française ARTILLAC http://www.colisee.org/article.php?id_article=2425
(****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MARANI http://www.colisee.org/article.php?id_article=2424
(*****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MZE SHINA http://www.colisee.org/article.php?id_article=2423
site polyphonie en langues géorgienne et anglaise Source : COLISEE (Comité de liaison pour la solidarité avec l'Europe de l'Est)
Mze Shina
L'ensemble Mze Shina (Soleil intérieur en géorgien) est une sorte
d'OVNI. Composé de Denise Schaffer, née à Lima, de Craig Schaffer, né
en Californie, de Laurent Stéphan, né en France et de Pierluigi Tomasi,
né en italie, ce groupe se consacre au chant polyphonique géorgien.
CD : Kirialesa
PORTUGAL
Madredeus
Madredeus est un groupe portugais formé en 1985 par Pedro Ayres et
Rodrigo Leao (qui sera remplacé en 1994 par Carlos Maria Trindade),
vite rejoints par l'accordéoniste Gabriel Gomes, le violoncelliste
Francisco Ribeiro et enfin par Teresa Salgueiro alors âgée de 17 ans,
qui devient la chanteuse du groupe. Leur premier disque intitulé Os
dias de Madredeus sort en 1987.
Suivront en 1990 Existir, Lisboa en 1991, Espirito da paz en 1994,
Ainda en 1995 (bande originale du film Lisbon Story de Wim Wenders),
Paraiso en 1997, Antologia en 2000, Movimiento en 2001, Electronico et
Euforia en 2002, enregistré à Bruges avec le Symphonic Orchestra de
Bjarte Engeset, Um amor infinito en 2004 et enfin Faluas do Tejo en
2005, auxquels il faut ajouter la musique de l'excellent film de Maria
de Medeiros Capitaes de abril sur la Révolution des oeillets.
Pour ceux qui ne connaissent pas Madredeus, c'est d'abord une voix
envoûtante, celle de Teresa Salgueiro.
Madredeus, un groupe de fado ? pas vraiment. Le groupe est fidèle à
l'esprit du fado, tout en le faisant évoluer.
Mariza
Une vraie découverte :
Mariza est née le 16 décembre 1976 au Mozambique, mais ses parents
s’installent à Lisbonne quand elle a trois ans. Elle grandit avec la
musique et plus particulièrement le fado.
Elle chante d'une voix qui ne laisse pas insensible un fado détonant et
métissé, nourri de la sensualité des rythmes africains et
sud-américains. Lauréate du Prix de la plus belle voix du fado en 2000,
elle sort son premier album "Fado Em Mim" en 2001 puis Terra.
Son troisième album, «Transparente» (2005), est encore plus abouti.
Mìsia
Mísia est une chanteuse portugaise de fado, née à Porto en 1955.
Mísia reprend la tradition du genre pour la moderniser par les textes,
notamment ceux de Fernando Pessoa.
2009. Ruas
2005. Drama Box
2003. Canto (sur des musiques de Carlos Paredes)
2001. Ritual
1999. Paixões Diagonais
1998. Garras dos Sentidos
1995. Tanto menos, tanto mais
1993. Fado
1991. Mísia
Ala dos
Namorados
Cet étonnant groupe portugais, porté par la voix de haute-contre de
Nuno Guerreiro, est devenu le groupe portugais le plus connu après
Madredeus. Créé par João Gil et Manuel Paulo Felgueiras, ce groupe
mélange fados, chants baroques et standards du rock.
Au fait, que signifie "Ala dos Namorados" ? "Bataillon des amoureux".
Cette appellation est une référence à un épisode mémorable de
l'histoire du Portugal : lors d'une bataille contre les troupes du roi
de Castille en 1385, l'armée portugaise emporta la victoire, malgré le
handicap numérique, grâce à la fougue d'un bataillon de jeunes
conscrits, "l'Ala dos namorados".
Cristina
Branco
Entre raffinement moderne et émotion
traditionnelle, cette artiste insuffle au chant traditionnel
portugais
une magie peu habituelle.
Sa musique a la grâce aérienne et unique d'un
fado flexible et fluide. Pleines de mystère et de poésie, d'une émotion
vibrante, ses chansons sont autant de déchirures qui parlent de départ,
de tristesse, d'images qui voguent, de vent qui crie, de printemps
funestes et de son pays.
Avec sa voix claire et généreuse qui parfois
se voile, Cristina Branco offre au fado un retour à la lumière.
Chant
d’amour et de douleur, c'est un fado d’aujourd’hui, qui conjugue
tradition et perpétuel recommencement.
Cristina Branco a fait sien cet
art de l’émotion et de la fragilité.
Très influencée
par Amalia Rodriguez, Cristina
Branco a su se dégager de cette référence écrasante et propose
une
musique personnelle.
Jorge Fernando est l'un des plus grands musiciens portugais actuels.
Auteur, compositeur, guitariste (il a accompagné Amália Rodrigues) et
producteur, il a travaillé avec les plus grands noms du fado de ces
dernières 30 années : Paulo Bragança, Cristina Branco, Mariza, Ana
Moura ...
Ecoutez sur le myspace d'A Filetta la rencontre entre fado et
polyphonie corse sur son Lisboa noite triste.
IRLANDE
McDonnell Trio
CHILI
Inti-Illimani
En 1973, après le coup d'Etat de Pinochet - premier 11 septembre de
sinistre mémoire -, de nombreux chiliens trouvèrent refuge en Europe.
Le groupe Inti-Illimani, créé en 1967, était en Italie lors du coup
d'Etat et trouva asile dans ce pays.
Leur premier disque "Viva Chile", exprimait l'immense espoir que
représentait l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende. Le suivant (la
Nueva Cancion chilena) reprenait le célébrissime "El Pueblo Unido Jamas
Sera Vencido" de Quilapayun à côté de chants de Pablo Neruda et
Violetta Parra. Après un disque consacré aux chants traditionnels
(Canto de Pueblos Andinos), Hacia la libertad et Resistencia expriment
l'esprit de résistance à la dictature. Après son retour au Chili, le
groupe semble avoir connu quelques dissensions internes.
PAKISTAN
Nusrat
Fateh Ali Khan
Nusrat
Fateh Ali Khan (1948
- 1997) était un musicien pakistanais, maître de qawwalî.
Le
qawwalî
est un genre musical populaire de l'Inde et du Pakistan qui exprime la
dévotion soufie. Il trouve son origine dans l'Inde du XIVe siècle, son
fondateur est censé être Amir Khusrau Dehlavi.
Cette forme syncrétique de l'islam hétérodoxe est interprétée par un
ensemble de musiciens professionnels de sexe masculin (les qawwal)
variant de 3 à 13 personnes avec deux chanteurs principaux accompagnés
par l'harmonium, de cinq à neuf chanteurs de refrains qui battent la
mesure avec leurs mains, un joueur de tablâ et un joueur de tambour
dholak.
Le qawwali se caractérise musicalement par l'usage de voix fortes
faisant alterner solo et choeur, répétitions et improvisations, par le
soutien vigoureux des tambours et de claquements de mains et par
l'intégration continuelle d'éléments étrangers à la structure
originelle (citations poétiques ou musicales) dans le souci de soutenir
l'impact du mot sur les auditeurs et d'éveiller en eux, par
connotations, une émotion mystique pouvant aller jusqu'à l'extase.
Les chansons de qawwalî se classent en deux groupes : les hamd ou
manqabat qui sont des chants dévotionnels dédiés à Allah et les ghazal
qui sont des chants profanes qui célèbrent le vin ou l'amour.
Les chansons durent généralement une quinzaine de minutes et sont
habituellement arrangées dans le format suivant :
1. la chanson commence par une introduction musicale où la mélodie
principale est jouée sur des harmoniums, avec généralement des
variations improvisées sur ce thème,
2. vient, ensuite, une section appelée un alap, où les chanteurs
entonnent différentes notes longues provenant du râga qui sert de
soubassement tonique au thème joué,
3. puis, le chanteur principal commence à chanter les vers du poème qui
compose les paroles de la chanson, sans percussion, seulement
accompagné de l'harmonium. Les mélodies chantées sont improvisées en
suivant la structure du râga. Après la première exposition du vers par
le chanteur principal, un autre le répète sur une mélodie improvisée
différente. Quelques vers, en nombre variable, sont ainsi chantés, de
façon à conduire vers le cœur principal de la chanson,
4. la chanson débute alors véritablement, à ce moment-là, le tablâ et
les dholak commencent à jouer en rythme, avec les chanteurs de chœur
battant leurs mains en rythme et tous les membres de l'orchestre
s'associent au chant des vers. Les paroles et les mélodies qui leur
sont associées ne sont généralement pas improvisés et sont en fait des
chansons traditionnelles très populaires. Durant le cours de la
chanson, le chanteur principal et les choristes peuvent rompre son
cours en un alap, une longue mélodie tonale improvisée.
La chanson connaît généralement une montée du tempo et du pathos,
chaque chanteur essayant de se surpasser en terme d'acrobaties vocales.
Quelques chanteurs exécutent de longues périodes d'improvisation sur le
sargam, dialoguant souvent avec un apprenti chanteur. Les chansons
finissent habituellement de façon abrupte.
Polyculturel
par principe,
le qawwalî, qui est né en grande partie du besoin de trouver un outil
de communication musicale, résulte de la fusion d'éléments poétiques et
philosophiques originaires de l'Iran et de l'Asie Centrale et
d'éléments musicaux empruntés pour la plupart à la tradition de l'Inde
du Nord. Les missionnaires soufis trouvèrent dans les populations
locales, majoritairement issues des basses castes, une audience
d'autant plus réceptive à ce message d'amour, duquel la notion de
plaisir n'était pas exclue, que ces dernières étaient à la fois
méprisées par le système social et religieux, l'accès aux temples étant
réservé aux purs.
Nusrat Fateh Ali Khan commence sa carrière assez
tard, à l'âge de trente ans Sa voix puissante en a fait une énorme
vedette dans le monde islamique et il fut l'un des premiers chanteurs
d'Asie du sud à connaître la notoriété en Occident. Nusrat Fateh Ali
Khan est le grand maître du qawwalî, amalgame de la musique classique
indienne, de la musique semi-classique représentée par les thumri et
les dadra, et de la musique légère. Cette musique, autrefois cantonnée
aux confréries, est aujourd'hui partout. Il
a rendu populaire
l'insertion de chant khyal dans le qawwalî, c'est-à-dire de solos
improvisés, au cours de la chanson, où il chante le sargam, soit le nom
de la note chantée à sa hauteur propre. Il a également mélangé la
musique qawwalî avec des aspects plus occidentaux comme la musique
techno ou le trip hop.
Discographie
succincte :
En Concert à Paris (1985 - 5
volumes ches Ocora)
Nusrat Fateh Ali Khan & Party # 1991 : Shahbaaz (CDRW16 sur
Real World Records)
Devotional and Love Songs (1993) -
Pakistan : Vocal Art of Sufis, Vol. 1 & Vol. 2 (1994)
Night Song (1996) avec Michael Brook
Star Rise : Remixes (1998) avec Michael Brook
Body and Soul (2002)
Back to Qawwali (2003)
Must Must / Last Prophet (2004)
IRAN
Kayhan
Kalhor & Erdal Erzincan
D'abord
quelques accords de
cordes pincées, puis un archet glisse avec une lenteur majestueuse. On
croirait que l'instrument pleure. Kurde iranien, Kayhan Kalhor est un
as du kamantché, une vielle hors du temps qui requiert des années de
perfectionnement. A 40 ans à peine, Kayhan Kalhor en joue tel
un maître détenteur de décennies d'expérience comme en témoigne cet
album, dialogue intense et fin avec le Turc Erdal Erzincan, virtuose,
lui, du luth baglama. Kalhor multiplie les collaborations, du Kronos
Quartet californien aux stars de la tradition perse, Mohammad Reza
Shajarian et Hossein Alizadeh, en passant par le violoncelliste
sino-américain Yo Yo Ma ou le sitariste d'Inde du Nord Shujaat Husain
Khan. Volutes délicates, douceur et vivacité, Kalhor possède un sens
prodigieux de l'impromptu. Son kamantché est un enchantement avec ses
doux méandres étendus et fleuris, ses envolées courtes et surprenantes,
parfois ponctuées d'un silence infinitésimal pour en savourer
l'épanouissement. On ne sent pas le temps passer avec ces douze
morceaux d'improvisation sur les musiques perse et turque. Une
sensation rare quand il s'agit de musique uniquement instrumentale.
Bouziane
DAOUDI - Libération
-30 septembre 2006
Kayhan
Kalhor est né à
Téhéran en 1963. A l'âge de 7 ans il commence des études musicales avec
le maître Ahmad Mohajer. Enfant prodige du kamancheh, il travaille dès
l'âge de treize ans à l'orchestre de la radio-télévision nationale
iranienne. Puis il travaille avec le prestigieux Ensemble Shayda tout
en continuant à étudier le répertoire classique iranien (radif), ainsi
qu edes répertoires régionaux, du Khorasan au nord-est et du Kurdistan
à l'ouest.
Il étudie la musique classique occidentale à Rome et à Ottawa. Il a
composé pour les principaux vocalistes iraniens, dont Mohammad Reza
Shajarian et Shahram Nazeri, et joué avec Faramarz Payvar et Hossein
Alizadeh. En 1991 il est co-fondateur de Dastan, et lance Ghazal en
1997 avec Shujaat Khan. Leur disque The Rain obtient est nominé pour
les Grammy-awards.
Le partenaire de Kalhor sur le disque The Wind est
Erdal Erzincan, un joueur de baglama Turc. Le résultat : un magnifique
exemple d'improvisation en duo. Les
musiciens s'appueint sur leurs traditions respectives pour improviser
une longue suite en douze parties, entre élans communicatifs et
instants méditatifs.
Buena Vista Social Club, Compay Segundo, Rubén González
Le film de Wim Wenders est archi-connu. Rappelons seulement qu'il
raconte comment le guitariste Ry Cooder est arrivé en 1997 à Cuba pour
enregistrer un disque mélangeant les rythmes cubains et l'influence
africaine. Les musiciens africains n'ayant finalement pas pu venir, il
constitue un groupe de vieux musiciens cubains qui enregistre les
morceaux qui vont faire le succès mondial de l'album : Compay Segundo,
devenu une star mondiale depuis le disque de Cooder Ruben Gonzalez, le
pianiste, tous deux récemment disparus, et le chanteur Ibrahim Ferrer
notamment.
Une polémique est née à ce propos, certains musiciens cubains ayant été
agacés de voir ces vétérans du son traditionnel traités en héros alors
que les vedettes actuelles de la timba (nouveau terme employé à Cuba
pour se démarquer de celui de salsa) seraient ignorés du grand public.
En tout cas, ce disque est excellent.
ARGENTINE
Astor Piazzolla
Astor Piazzolla, bandonéoniste de génie, modernisa profondément le
tango et son influence demeure capitale sur le jazz, mais aussi sur le
rock et même une certaine musique savante.
Astor Pantaleón Piazzolla voit le jour le 11 mars 1921 au fond d’une
ancienne confiserie de Mar del Plata (Argentine). Son père Vincente
Piazzolla jouait souvent du bandonéon lui-même et tente naturellement
d’inoculer le virus du tango à son jeune fils ; à cet effet, il le
confie dès son plus jeune âge à un professeur. À 9 ans déjà, Astor joue
sans grand enthousiasme de nombreux tangos, valses, et rancheras
(danses folkloriques de l’Amérique latine) dans des cabarets, théâtres
et autres lieux publics. Le jeune enfant prodige partage alors son
temps entre New York (où sa famille émigra en 1925) et Mar del Plata.
Il étudie avec de très nombreux professeurs tels que Libero Paoloni, le
pianiste Andy Daquila, Terig Tucci puis surtout Bela Wilda qui parvient
à lui transmettre l’amour de la musique de J.S. Bach qu’il transcrit
ensuite au bandonéon. Dès ses 14 ans, il compose deux "rancheras" : La
Cachirla et Doña Rosa
ainsi que deux tangos : Yugando
et Guapo el Mozo,
tout en se passionnant pour le jazz (qu’il écoute à Harlem).
Au milieu des années 30, l’illustre chanteur Carlos Gardel débarque à
New York et devient ami avec le père d’Astor. La star du tango découvre
alors le talent particulièrement prometteur du jeune adolescent et lui
propose tout bonnement de participer à son film El día que me quieras
(Astor jouera le rôle d’un crieur de journaux) et même d’enregistrer
quelques morceaux sur l’un de ses disques.
Après la mort tragique de Carlos Gardel dans un accident d’avion, la
famille Piazzolla retourne dans le pays natal alors que le jeune Astor
a 17 ans. Revenu à Mar del Plata et ayant perdu tous ses amis
américains, Astor monte un trio (bandonéon, violoncelle et piano) dans
lequel il interprète du jazz, du Gershwin et même du Bach. Mais il a
enfin la révélation du tango lorsqu’il entend à la radio le sextette
d’Elvino Vardaro. Il part ensuite pour Buenos Aires où il vit dans des
pensions de famille très modestes, il assiste là bas à un spectacle
d’Aníbal Troilo et repart totalement conquis avec une nouvelle ambition
: jouer au sein de l’orchestre du célèbre joueur de tango. La chance ne
tarde pas à se manifester, car Toto Rodriguez, le bandonéoniste
principal de l’orchestre, tombe gravement malade ; aussitôt, Astor se
propose pour le remplacer et conquiert le sévère Aníbal Troilo en
jouant l’intégralité de son répertoire sans interruption. Piazzola
débute donc réellement sa carrière comme bandonéoniste chez Troilo,
tout en poursuivant sa formation musicale avec le compositeur Alberto
Ginastera (qui lui a été indiqué par le grand pianiste Arthur
Rubinstein à qui il avait soumis son premier concerto). Ginastera lui
enseignera la composition, le contrepoint et lui fit découvrir la
musique moderne (Bartók et Stravinsky). Le fougueux Astor Piazzolla
écrit de plus en plus sa musique (ainsi que ses arrangements) et ne
supporte plus que Troilo l’empêche d’exprimer pleinement sa créativité,
il décide alors de quitter l’orchestre du maître pour tenter sa chance
en solo.
Après avoir pris quelques cours de direction d’orchestre avec Hermann
Scherchen, il écrit des arrangements et compose ses toutes premières
musiques pour le cinéma comme Con
los mismos colores (1949) ou Bólidos
de acero (1950) du cinéaste Torres Ríos. En 1950, il compose ses
premiers “classiques” : Prepárense,
Lo que vendrá puis la Symphonie
Buenos Aires pour deux bandonéons et orchestre, qui incorpore le
“lija”
: son des cordes raclées avec l’archet derrière le chevalet (typique
des tangos traditionnels), ce qui fit scandale à l’époque.
En 1954, il reçoit une bourse du gouvernement français pour aller
étudier à Paris. Là bas, il demande à voir Nadia Boulanger à qui il
soumet sa Sinfonietta. Boulanger le questionne sur sa vie et l’accepte
comme élève mais en lui demandant de mettre plus de “lui-même” dans ses
oeuvres. Piazzolla en profite pour enregistrer ses oeuvres à Paris,
avec un orchestre à cordes accompagné par Lalo Schifrin et Martial
Solal au piano. Le poète Horacio Ferrer rencontre Piazzolla durant
l’été 1956 et sympathise avec lui, puis en 1960, le compositeur crée le
quintette “Nuevo Tango ” et
compose les plus grands titres de son
répertoire comme Adiós Nonino
ou Muerte del ángel.
En 1966, le compositeur assiste au Brésil à un spectacle innovant avec
le poète Vinicius de Moraes, les musiciens Dorival Caymmi, Baden Powell
et le Cuarteto Em Cy qui mélangent élégamment choeurs, passages chantés
ou instrumentaux avec de la poésie. Il demande à Ferrer de concevoir un
projet du même type, c’est ainsi que naquit le 8 mai 1968 le
jubilatoire opéra-tango María de Buenos Aires qui obtint
malheureusement très peu de succès. Dans la foulée, le duo se met à
composer chansons après chansons comme la superbe Balada para un loco
(repris en français par Julien Clerc) et le mélancolique Chiquilín de
Baquín, interprétés avec succès en 1968 par la chanteuse Amelita
Baltar
qui devint la compagne de Piazzolla. Parallèlement à sa carrière de
musicien de concert, il écrit de nombreuses musiques de films comme Los
tallos amargos (1956), Una
viuda difícil (1957), Paula
cautiva (1963),
Con gusto a rabia (1965), Las locas del conventillo (María y la otra)
(1966), La fiaca (1969) -
films signés par le réalisateur Fernando
Ayala. Ainsi que Violencia en la
ciudad (1957) de Enrique de Rosas, La
fin del mundo (1963) d’Emilio Vieyra ou Pulsación (1969) de Carlos Páez
Vilaró.
En 1972, le metteur en scène italien Bernardo Bertolucci lui demande de
composer quelques thèmes pour son scandaleux Dernier tango à Paris
(1972), mais le musicien doit abandonner en cours de route, étant trop
occupé par la préparation de deux concerts importants à Buenos Aires.
C’est le musicien de jazz Gato Barbieri
(également d’origine argentine)
qui signera la musique finale. Reste tout de même la belle chanson
Jeanne y Paul (écrite à
l’origine pour le film de Bertolucci), qui
resservira d’ailleurs pour illustrer le film politique de Francesco
Rosi : Cadaveri eccellenti
(Cadavres exquis, 1976) avec Lino Ventura.
Pour Il pleut sur Santiago
(1975) du cinéaste engagé Helvio Soto
(interprété par une pléiade de stars comme Jean-Louis Trintignant,
Annie Girardot, Bernard Fresson et André Dussolier), Piazzolla écrit
une musique aussi courte que marquante. Dans ce film politique
ambitieux qui dépeint l’ascension et le coup d’état du général Pinochet
dans un Chili tourmenté, son Balade
para mi muerte (dans une nouvelle
orchestration instrumentale et plus électrique) accompagne de façon un
peu trop pompeuse la chute du président Salvador Allende sur des images
au ralenti. On trouve également la future chanson Se potessi ancora (en
version instrumentale) et un très beau passage lent et mélancolique
(qui deviendra la chanson Las ilhas
en 1976) accompagnant les passages
de suspense ou illustrant le désespoir de la population chilienne. Pour
le film Lumière (1975), une
ode au cinéma signée par une Jeanne Moreau
séduite par la sensualité de la musique du célèbre bandonéoniste,
Piazzolla compose quatre thèmes principaux : Soledad, Muerte, El amor,
La evasión qu’il enregistre en
Italie. La réalisatrice fit ensuite
écouter la musique aux acteurs afin qu’ils s’en imprègnent.
Le réalisateur Alain Corneau lui confie la musique de Le choix des
armes (composée par Philippe Sarde). Armaguedon (1976), thriller
méconnu d’Alain Jessua avec Alain Delon et Jean Yanne, lui donnera par
contre l’occasion d’écrire un score plus expérimental et sombre, comme
en témoigne le générique très inquiétant évoquant son fabuleux travail
pour la chanson de “science fiction” Preludio
para el año 3001
(enregistrée en 1969 par Amelita Baltar).
Mais c’est sans doute le cinéaste italien Marco Bellocchio qui lui
permettra de signer son chef d’oeuvre filmique avec Enrico IV (Henri
IV, le roi fou, 1984) d’après une pièce de Luigi Pirandello, dont il
écrira les superbes parties symphoniques (D. Nicolau se chargeant de la
musique de source). Piazzolla déploie tout son génie dès le générique,
pour le très beau thème du portrait et le fameux thème de l’oubli
(Oblivion) qui sera adapté
plus tard en chanson par Milva (en septembre
1984 au théâtre des Bouffes du Nord) et qui distille une mélancolie
véritablement déchirante, tant dans sa version pour hautbois que pour
bandonéon. Ses scores pour El exilio
de Gardel (Tango, l’exil de
Gardel, 1984) et le remarquable Sur
(1988) de Fernando Solanas sont
également des partitions exceptionnelles. Le chanteur brésilien Caetano
Veloso rendra un bel hommage à Sur
en reprenant son Vuelvo al sur
à la
fin de son album Fina Estampa.
En 1989, Piazzolla fonde le sextette Nuevo
Tango qui constituera son
tout dernier ensemble de tango avant que sa mort survienne le 4 juillet
1992.
Aussi innovateur dans le domaine du tango qu’un Antonio Carlos Jobim
pouvait l’être pour la samba, Astor Piazzolla laissera derrière lui une
oeuvre immense dans des domaines aussi divers que la chanson (outre
Milva et Amelita Baltar, il collaborera avec les chanteurs Jairo à qui
il offrira les chansons Le diable et Go-tango, Georges Moustaki, Guy
Marchand, et surtout Jean Guidoni pour deux albums dont Crime
passionnel - opéra pour un homme seul et six musiciens), le jazz (il
jouera avec l’accordéoniste Richard Galliano, le vibraphoniste Gary
Burton et le célèbre saxophoniste de cool-jazz Gerry Mulligan), la
musique de scène (le particulièrement émouvant Famille d’Artistes -
pièce d’Alfredo Arias et Kado Kostzer), les ballets, ou la musique
savante pour laquelle il écrira entre autres les enthousiasmants Tres
tangos et le Concerto pour bandonéon et orchestre (que Lalo Schifrin
dirigera magistralement en 1988).
BRESIL
Bebel Gilberto
Bebel Gilberto, fille de João Bosco Gilberto et de Miucha, soeur de
Chico Buarque
Après Tanto Tempo, son
premier disque en 2000, Bebel sort un 2ème album, Bebel, en 2004 puis Remixed en juin 2005.
.
On est séduit dès les premières notes de Momento, son quatriième album,
par la voix fraîche de Bebel, qui se marie parfaitement avec les
ambiances et les arrangements très modernes. Bebel a écrit ou co-écrit
la plupart des chansons de l’album, qui contient également trois
reprises époustouflantes : Caçada
(de son célèbre oncle
auteur-compositeur Chico Buarque), Night
and Day, le standard de Cole
Porter et Tranquilo du jeune
producteur Kassin.
TUNISIE
Anouar Brahem
Anouar Brahem est né en 1957 à Halfaouine. Il entre à l'âge de dix ans
au Conservatoire National de Musique de Tunis pour y apprendre l'oud
(le luth arabe). A 15 ans il se produit déjà dans les orchestres locaux
et à dix-huit il décide de se consacrer entièrement à la musique.
Rapidement il se confronte aux modes musicaux venus d'Inde ou d'Iran et
découvre le jazz.
Dès ses premières compositions il démontre que les possibilités de
l'oud vont bien au delà du simple rôle d'instrument d'accompagnement.
En 1981, Brahem s'installe en France, où son talent s'épanouit au
contact d'autres artistes. Il compose pour le chorégraphe Maurice
Béjart et, en 1983, collabore avec Gabriel Yared pour la musique du
film de Costa Gravas "Hanna K". Pendant quatre années il se produit
avec succès dans différents festivals à travers l'Europe. En 1985,
Anouar Brahem réunit à Carthage des musiciens turcs tsiganes, tunisiens
et des jazzmen français, pour interpréter sa pièce instrumentale "Liqua
85" qui lui vaut le grand prix tunisien de la musique. En 1987, il
accepte la direction de l'ensemble musical de la ville de Tunis.
Sa rencontre avec Manfred Eicher, le fondateur du mythique label ECM,
va lui donner la possibilité de donner libre cours à son imaginaire
musical. Son premier album "Barzakh" (1991) fruit de sa collaboration
avec les virtuoses tunisiens Bechir Selmi et Lassad Hosni et le second
"Conte de l'incroyable amour" (1992) avec le clarinettiste Barbaros
Erköse et le joueur de nai turc Kudsi Erguner lui permettent de
développer de riches idées sur la musique méditerranéenne
contemporaine. En 1994, il enregistre "Madar" avec le saxophoniste
norvégien Jan Garbarek et le joueur de tablas pakistanais Shaukat
Hussain. "Khomsa" est l'occasion de reprendre librement des thèmes
composés pour des films avec un sextet qui comprend notamment
l'accordéoniste Richard Galliano. "Thimar" est une nouvelle
rencontre, cette fois avec le bassiste Dave Holland et le
saxophoniste-clarinettiste John Surman. "Astrakan Café" enregistré en
compagnie de Lassad Hosni et Barbaros Erköse propose des thèmes
traditionnels, d'anciennes compositions et de nouvelles créations.
The Astounding Eyes of Rita
La combinaison de la clarinette basse et de l'oud suggère un lien avec
“Thimar”, mais l'on est souvent plus près des sonorités plus
traditionnelles de «Barzakh» ou du «Conte de l'Incroyable Amour".
L'album est dédié à la mémoire du poète palestinien Mahmoud Darwish.
Discographie :
Barzakh (1991, ECM 1432)
Conte de l'incroyable amour (1992, ECM 1457)
Madar (avec Jan Garbarek, 1994, ECM 1515)
Khomsa (1995, ECM 1561)
Thimar (1998, ECM 1641)
Astrakan Café (2000, ECM 1718)
Charmediterranéen (Orchestre National de Jazz, 2002, ECM 1828)
Le Pas du Chat Noir (2002, ECM 1792)
Le Voyage de Sahar (2006, ECM 1915)
The Astounding Eyes of Rita (2008, ECM 2075)
Dhafer Youssef
Dhafer Youssef, de son vrai nom Dhafer bin Youssef bin Tahar
Maarref, né le 19 novembre 1967 à Téboulba, est un compositeur,
chanteur et oudiste tunisien.
Il entame sa carrière musicale dès l'âge de dix ans en chantant à
l'occasion de mariages dans son village natal. Remarqué pour la qualité
de sa voix, il acquiert une certaine notoriété au niveau local et se
voit invité plusieurs fois sur Radio Monastir.
Il s'installe à Vienne (Autriche) entre 1989 et 1999 et vit depuis à
Paris (France). Sa musique est nourrie de traditions soufies, de
lyrisme arabe, d'influences multiculturelles et d'une instrumentation
puisée dans le jazz et l'improvisation. Cette influence s'est faite
sentir depuis son premier opus où il joue dans son propre groupe
baptisé Ziryab, du nom du célèbre musicien andalou, puis dans son
deuxième trois-titre (1996) où il s'illustre par sa vocalisation,
notamment sur le morceau El Hobb el Hindi (L'Amour indien), ainsi que
dans un album composé pour une pièce de théâtre à Vienne ; on en
retiendra notamment le titre Galbi ala Galbak, un hymne à sa mère.
Parmi ses collaborations notables figurent des duos avec Paolo Fresu,
Nguyên Lê, Bugge Wesseltoft, Omar Sosa, et d'autres encore... dont A
Filetta en 2008 !
Musicien accompli (oud, piano, ...) et chanteur, Dhafer Youssef propose
une musique poétique et profonde, entre musique orientale, jazz et
électronique. Il a réalisé plusieurs albums remarquables. "Le chanteur
et virtuose tunisien réalise l'improbable pari de juxtaposer sans les
trahir les caractéristiques ancestrales, mystiques et hypnotiques du
soufisme de l'Islam au jazz électrique." (Time Out). Des albums tels
que Malak (1999), Electric Sufi (2001) & Digital Prophecy (2003) en
sont de formidables illustrations.
Discographie :
* 1996 : Musafer
* 1998 : Malak (Enja Records ENJ-9367 2)
* 2001 : Electric Sufi (Enja Records ENJ-9412 2)
* 2003 : Digital Prophecy (Enja Records ENJ-9439 2)
* 2006 : Divine Shadows (Jazzland Records)
* 2007 : Glow (Material)
* 2010 : Abu Nawas Rhapsody (Jazzland Records)
MALI
Rokia
Traoré
La chanteuse d'origine malienne Rokia Traoré (issue du groupe ethnique
bambara) joue une musique traditionnelle modernisée. Les instruments
traditionnels : balafon, n’goni, karignan, djembé, yabara accompagne un
chant très personnel.
Installée à Amiens, elle a remporté une Victoire de la musique 2009
pour "Tchamantche" dans la catégorie "album des musiques du monde".
Discographie :
Mouneïssa (1998)
Wanita (2000)
Bowmboï (2003)
Tchamantché (2008)