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Musiques du monde

Dernière mise à jour de la page : 01/08/2011

Au sommaire de cette page (les nouveautés sont en rouge):


Les chants polyphoniques géorgiens
Ala das Namorados
Cristina Branco
Buena Vista Social Club
Anouar Brahem
Jorge Fernando
Bebel Gilberto
Inti Illimani
Angélique Ionatos
Agnès Jaoui
Josefina
Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan
Laïs
Madredeus
Mariza
McDonnell Trio
Mìsia
Ana Moura
Mze Shina
Nusrat Fateh Ali Khan
Astor Piazzolla
Quartetto Urbano
Soledad
Rokia Traoré
Savina Yannatou & Primavera en Salonico
Dhafer Youssef

Vous pouvez également retrouver les invités des rencontres de Calvi sur une page spécifique :


Houria Aïchi
Assurd
Band of Gnawa
Richard Bona
Daniele di Bonaventura
Bulgarka Quartet
Ablaye Cissoko
Colenso Abafana
Cuncordu e Tenore de Orosei
Lo Cor de la Plana
Corou de Berra
Doulce mémoire
Nahawa Doumbia
Mathias Duplessy
Egschiglen
Erotokritos
Eva Quartet
Faïz Ali Faïz
Faytinga
Gacha Empega
Huong Thanh
Huun Huur Tu
Yann Fañch Kemener
Elena Ledda
Ensemble Leyli

Mahotella Queens
Silvia Malagugini & Nonna Sima
La Mal Coiffée
Giovanna Marini
Nørn
Rassegna
Aïcha Redouane
Salem Tradition
Julia Sarr
Renat Sette
Slaveï Quartet
Tirana
Pino de Vittorio
Les Voix de Géorgie
Warsaw Village Band
Danyèl Waro
Gabriel Yacoub
Okna Tsahan Zam

Pour découvrir les musiques du monde, écoutez sur Radio Suisse Romande l'excellente émission hebdomadaire de Vincent Zanetti "L'écoute des mondes", tous les dimanches de 15 à 16h.

Pour capter RSR sur internet, rendez-vous à l'adresse suivante :

http://www.rsr.ch/espace-2/l-ecoute-des-mondes/

Les émissions restent archivées pendant deux mois et peuvent être écoutées via internet. Il suffit de disposer de RealPlayer et de recopier l'adresse (URL) correspondant à l'émission. Pour écouter en direct, encore plus simple : cliquer sur "en direct" puis sur "Espace 2".

Les émissions récentes : Pour avoir une idée de la richesse de cette émission, voir les archives.

FRANCE

Agnès Jaoui

Canta


Commencer cette rubrique par la comédienne, scénariste, réalisatrice et chanteuse Agnès Jaoui peut sembler étrange. Et pourtant ...
Canta est un réel chef d'oeuvre.
Ce qui frappe le plus, c'est l'aisance et le naturel d'Agnès Jaoui, qui ne semble jouer aucun rôle de composition.

Elle reçoit dans ce disque deux de ses idoles : la Brésilienne Maria Bethânia et la portugaise Misia qui lui donnent la réplique respectivement sur Samba em preludio et Fado de retorno. Elle partage également le micro avec Marcos Arieta, les Espagnols du groupe Elbicho qui a renouvelé le flamenco. Elle est accompagnée par les guitaristes Roberto Gonzalez Hurtado et Dimas Martinez Dubost, qui, en plus des arrangements, signe également la bouleversante Milonga del navigante.


2


Pour son deuxième album, intitulé Dans Mon Pays, Agnès Jaoui s’offre un mélange de boléro, bossa, fado, salsa, samba et flamenco. Pour cela elle s’est entourée du ” Quintet Oficial”.

A nouveau réalisé par Vincent Segal et interprété en espagnol et portugais, cet album comporte également deux chansons en français et des duos avec les artistes Bonga et Camané et avec les musiciens Roberto Gonzales Hurtado, Dimas md et Antoine "Tato" Garcia, et marque une nouvelle étape dans cette volonté de connecter des univers voisins.

Ce n'est pas par hasard que Dans mon pays est co-signé par Agnès et son groupe, le Quintet Oficial. Avec ces musiciens, Agnès Jaoui ne se met jamais dans la peau d’une diva : tout, chez elle, se construit dans la mise en commun d’expériences, l’échange des sentiments, les transmissions de pensée. Cependant, je dois avouer qu'après l'éblouissement ressenti à l'écoute de Canta, je reste un peu sur ma faim avec Dans Mon Pays. Peut-être plusieurs écoutes sont-elles nécessaires ?

Soledad

Soledad est un groupe de cinq jeunes musiciens français, issus de la musique classique et passionnés de la musique d'Astor Piazzolla, auquel ils empruntent sur ce CD pas moins de six morceaux : Milonga del Angel, Michelangelo 70, Escualo, Ballet Tango, Libertango et Nuestro Tiempo. A noter aussi le Tango pour Claude de Richard Galliano et deux tangos de Stravinsky.

Josefina 

Née à Marseille en 1974, d’origine Gitane Andalouse, Josefina commence à chanter très jeune, à l’occasion de réunions festives et sa famille est son premier public. Dès l’âge de 10 ans, elle caresse l’idée de composer ses propres chansons et, déterminée, elle décide de « faire de la musique... Rien d’autre ! ».
En 1993, dans le Var, elle crée un groupe en famille, avec ses frères et ses cousins. Le groupe se produit dans de petits festivals locaux. Après la dispersion du groupe, Joséfina continue sa route. Elle se produit en 1998 à Ajaccio, en première partie du concert de Patrick Fiori. Puis elle rencontre Chico et les Gypsie’s, qui lui proposent de les accompagner dans une tournée qui durera un an, et auprès desquels elle fait ses armes.
Elle a fait ensuite partie du groupe I Muvrini pendant 5 ans, entamant avec eux une tournée nationale et internationale. Jean-François Bernardini lui demande de traduire un de ses textes en espagnol. De là, est né « Ùn sò micca venuti ». Leur collaboration porte ses fruits : Joséfina chante « Vogliu » dans le dernier album d’I Muvrini (Umani). Après cette grande aventure, Joséfina décide de continuer seule. Elle compose et écrit ses textes. Puis, avec l’aide de Jean-Bernard, créé son premier album, Caminando ( « en marchant »). On peut l'entendre également dans le dernier CD d'Antoine Ciosi (Luisa).

BELGIQUE

Laïs




Je viens de découvrir (merci Françoise) un groupe de chant flamand étonnant : Laïs.


Composé de trois jeunes femmes aux voix célestes, Jorunn Bauweraerts, Annelies Brosens et Nathalie Delcroix, originaires de Kalmthout (Belgique), ce groupe se présente comme le chaînon manquant entre le Moyen Age et le XXIème siècle. Pour Laïs, la musique est d'abord et avant tout communication avec le public, qu'elle soit jouée dans une petite église ou lors d'un grand festival, mais également avec d'autres artistes (notamment I Muvrini).


Les textes, toujours assez sombres, de Laïs proviennent de vieux recueils de chansons. La plupart des chants traitent de la douleur et de la mort. Les personnages sont tous, presque sans exception, des victimes. Mais la musique est dynamique et rythmée.
Le jeune groupe a déjà cinq albums a son actif : Laïs, A la Capella, Documenta, Dorothea et Douce Victime.




Un groupe à découvrir ! Site (très bien fait) : http://www.lais.be

GRECE

Savina Yannatou

savina
© Marco De Luca

Sumiglia

C'est complètement par hasard que j'ai découvert ce disque, évidemment attiré par son titre. Un disque magnifique qui propose un voyage dans les musiques de la Méditerranée.

La chanteuse grecque Savina Yannatou chante avec agilité ces mélodies d'Italie, de Grèce, de Palestine, d'Espagne, de Moldavie, d'Ukraine, d'Arménie... et même le Sumiglia d'A Filetta qui donne son titre au disque.

Chantant dans douze langues, elle rend parfaitement l'atmosphère de chaque morceau. Excellent accompagnement musical de "Primavera en Salonico", le tout bénéficiant de l'excellente prise de son des ingénieurs ECM.

Terra Nostra

terra
Premier disque de Savina Yannatou chez ECM, Terra Nostra propose une musique très ouverte allant de simples chants traditionnels à des improvisations innovantes.  Musique à la fois très attractive et chargée d'émotion, enregistrée en public à Athènes, ville natale de Savina Yannatou.

Songs of an other

songs of another
Nouvel album de Savina Yannatou et Primavera en Salonico, Songs of an other (2007) explore des chants de Grèce, de Bulgarie, de Serbie, d'Italie du Sud et d'Arménie ainsi que des chants yiddish.
L'interprétation ne dénature pas ces chants traditionnels, elle les magnifie.

Et... U Lamentu di Ghjesu tiré de "Corsica -"Virgin Maries Of The World" (1999)



Angélique Ionatos


Née à Athènes, Angélique Ionatos quitte la Grèce en 1969 pour s’installer en Belgique. En 1972, elle enregistre avec son frère Photis, son premier album « Résurrection » qui obtiendra le Prix de l’Académie Charles Cros et marquera le début de sa carrière en France.

Ses albums suivants seront largement primés : « I Palami sou » (1978), Prix de l’Académie Charles Cros, puis deux ans plus tard, « La Forêt des Hommes » (1981), suivi de « O Helios o Heliatoras » (1983).
En 1984, au Théâtre de la Ville est créée le poème scénique d’Odysseus Elytis, « Marie des Brumes » (1984-Th. Sartrouville-Auvidis) ; une cantate à deux voix dont la direction d’orchestre et les arrangements sont signés d’Alexandre Myrat et Daniel Barda. Pour cette création, Angélique partage la scène avec Spyros Sakkas (baryton). Le disque obtiendra Le Grand Prix Audiovisuel de l’Europe. Cette œuvre marquera la fin des tournées en solo d’Angélique Ionatos.
Suivront la sortie de l’album « Récital » (1986) et du « Monogramme » (1988), orchestré par le grand musicien argentin Gustavo Beytelman puis l’album « Archipel » (1989).

Encouragée par son poète de prédilection Odysseus Elytis, Angélique Ionatos met en musique et enregistre l’œuvre « Sappho de Mytilène » (1991). Cet album qui obtient le Prix de l’Académie Charles Cros est créé en version spectacle au Théâtre de la Ville en 1992 ; « O Erotas » (1992) est créé à l’Olympia en 1993.
Suivront « Mia Thalassa », sur des musiques de Mikis Théodorakis (1994) ; « Parole de Juillet » (1997) sur le poème éponyme d’Odysseus Elytis. A cette occasion, elle retrouve la complicité de son ami Spyros Sakkas et les orchestrations d’Henri Agnel.

« Chansons Nomades » (1998) ; « D’un Bleu très Noir », (2000) créé au Café de la Danse en 2001 arrivent comme autant de créations, d’enregistrements très habités, où l’on retrouve toujours un dénominateur commun : une grande rigueur des compositions, un immense plaisir de jouer avec des musiciens rares et une puissance d’interprétation étonnante.

L’année 2003 marque une nouvelle étape de la carrière artistique d’Angélique Ionatos. Elle crée à la Maison de la Poésie une lecture musicale « L’Alphabet de la mer » tendant un pont entre l’œuvre du contemporain Elytis et les fragments retrouvés de la poétesse de l’Antiquité Sappho (7ème – 6ème siècle avant JC) et crée au Théâtre des Abbesses « Alas pa’volar » (2003), l’occasion d’interpréter en espagnol des textes adaptés du journal de Frida Kahlo sur des musiques de Christian Boissel.

alas

En 2004, pour la première fois, Angélique Ionatos sort un album regroupant ses plus grands titres : « Anthologia » (2004-Naïve).

En 2005, Angélique Ionatos crée « Athènes Paris Via… » au Théâtre du Châtelet à Paris.


"Eros y muerte"

eros


Dans un récital hors du temps, accompagnée d’un bandonéon, d’une contrebasse et d’un violon, la chanteuse grecque magnifie Pablo Neruda, Anna de Noailles et Kostis Palamas, entrelaçant poèmes d’amour et de mort dans des compositions sublimes et déchirantes.


Site : www.angeliqueionatos.com/

ITALIE

Le chant sarde

Le chant sarde constitue l'une des expressions polyphoniques les plus populaires de la Méditerranée. Omniprésent, il peuple la liturgie autant qu'il rythme les fêtes paysannes, aux confins du profane et du sacré. On distingue chant sacré (Su Cuncordu) et chant profane “A Tenore”. Le chant s’exprime par une voix de gorge tendue qui donne un cachet vibrant aux deux parties d’harmonie : contre-chant et basse. Cette technique n’existe nulle part ailleurs dans le monde sauf... en Mongolie ! L'émotion, à l'écoute de ces polyphonies, est simple et forte comme ces hommes qui savent si bien la faire partager à leur public, touché au creux de l'âme.

Le chant A Tenore (su tenore)

En Barbagia, le chant A Tenore est répandu et fortement pratiqué aujourd'hui encore. C'est le chant polyphonique sarde par excellence.
"Su Tenore" est formé de quatre voix qui, en sarde, sont appelées "sa oche", "sa mesuoche", "su bassu", "sa contra".
"Sa oche" est la voix conductrice qui déroule entièrement les diverses strophes du chant ; "su bassu" et "sa contra" produisent les notes graves, et "sa mesuoche", la voix plus aiguë, bouge librement.
Dans toutes les localités de la zone de la Barbagia, la forme plus diffuse du chant a tenor est "Sa Boghe nota" (appelé aussi "Boghe 'e Notte"). Le chant peut être exécuté "a sa seria", avec un texte verbal très vaste, ou bien, à la première partie de "a sa seria" peut suivre une seconde partie "a sa lestra", instant conclusif avec une grande variété de chants pour la danse. Un chant avec une telle étendue est appelé "Boghe Longa".

Les styles dans le répertoire varient selon la localité : par exemple les tenors d'Orgosolo correspondent à un style dur et âpre, alors que ceux de Fonni sont caractérisés par un style souple ; dans une position intermédiaire se placent les tenors de Bitti. À Bitti on trouve trois styles exceptionnels de chants religieux exécutés "a tenore" : le chant de Noël, un dédié à la "Madonna" et le chant des pénitents. Une autre forme à signaler est "su Mutu", qui trouve dans le tenor une exécution spéciale : les autres chanteurs interviennent avec des blocs polyvocaux, basés sur des textes verbaux.
Site consacré à la musique et au chant sardes :

http://yves.barnoux.free.fr/sarde/musique.htm

Un extrait vidéo d'un concert des Tenores de Bitti :

Les chanteurs d'Orosei font l'objet d'un article sur la page "Invités".

Le Quartetto Urbano

Le Quartetto Urbano est un quatuor vocal composé de: Germana Mastropasqua, Flaviana Rossi, Michele Manca et Xavier Rebut, qui en assure la direction musicale.
Ce quatuor présente des chants italiens de tradition orale et des compositions contemporaines. Il compte parmi ses auteurs: Giovanna Marini, Antonella Talamonti, Xavier Rebut.

L'ensemble est né l’été 2000 pour interpréter la musique de scène écrite par Giovanna Marini dans le spectacle Animarrovescio, de la chorégraphe Adriana Borriello à l’Hebbel Theater de Berlin et au Teatro Nazionale à Rome.
Le groupe est né avec l'envie de raconter à travers les sons l'Italie de la tradition orale, de la mémoire, les recherches effectuées dans les différentes régions de la péninsule et les rencontres avec les chanteurs populaires. A quatre voix le quartetto explore diverses manières de chanter, de penser la musique et de l'inventer.
D'une part c'est une approche qui s'est développée en participant aux recherches de Giovanna Marini (avec la Scuola Popolare di Musica di Testaccio de Rome) et en collaborant avec elle à différents concerts et projets musicaux. Et d'autre part c'est un parcours qui a amené les quatre chanteurs à vouloir aussi raconter le présent et une Italie en continuelle transformation, et à chanter ainsi les auteurs contemporains, en appliquant le langage appris à travers le chant traditionnel.

Après le spectacle "Un altro modo è possibile" créé en 2003, suit le spectacle "Mentre corre cielo e terra."
Ces spectacles sont construits comme une grande partition où l'on voyage à travers des univers sonores qui vont des mondes de la campagne aux réalités urbaines. Un éclairage et une spatialisation des voix font entrer le public dans un parcours guidé presque uniquement par les sons.
Ces deux musiques sont éditées en CD chez ZONE DI MUSICA, maison de production romaine.


quartetto

Le long d’une grande partition se déroulent les chants de la passion, les stornelli - modes musicaux chantés pour se répondre - et les chants de travail. Ils y côtoyent les créations originales: sur des textes du poète populaire sicilien Ignazio Buttitta (dont un “discours aux feudataires”), sur les mots d’aujourd’hui qui racontent le précariat, ou à travers les madrigaux de Giovanna Marini qui expriment le courage de qui sait regarder et agir, et qui racontent la “vie pour le pain”, l’abandon de la propre terre, la séparation dans l’espoir du “pain pour la vie”.

L’actualité d’un chant des Mondine (repiqueuses de riz) qui luttaient pour le respect des 8 heures de travail journalières et celle d’un mottetus sarde sur les rapports féodaux transparait en filigrane à travers les timbres et les harmonies de cette “autre Italie”, Italie qui est celle du passé et de la mémoire, riche de cultures différentes et continuellement en transformation.
Le quatuor parcourt la péninsule, des brouillards du Nord traversés par les travailleurs journaliers jusqu’en Sicile où le chant d’un cantastorie et celui d’un mineur d’une solfatara (mine de souffre) deviennent des points communs d’une humanité qui se réinvente une ritualité et cherche comment se raconter.

Le quatuor propose également d'autres concerts liés à des thèmes divers: aux chants de travail, aux répertoires sacrés, aux chants d'émigration, aux voix de femmes, à la Résistance. Ou encore: un concert est dédié aux poètes chantés, dont le Concerto per Leopardi, oratorio de Giovanna Marini dans une version pour quatuor vocal seul, fait partie.

www.quartettourbano.it
www.myspace

GEORGIE

Les chants polyphoniques géorgiens


Les chants polyphoniques géorgiens remontent à l'ère préchrétienne. Xénophon ne disait-il pas, 4 Siécles avant J.C : “Les géorgiens se battent aux cotés des grecs avec une rare témérité mais, de plus, ils aiment chanter et danser...
Une première voix assure la ligne mélodique principale, les autres voix répondent, accompagnent et donnent du volume au chant.
La Géorgie, terre d'invasion des grands voisins perses, mongols, ottomans et russes, a su préserver son identité culturelle en se réfugiant dans certaines traditions fortes ... et souvent dans les hautes montagnes du Caucase comme la province de Svanétie.

La polyphonie géorgienne hier.


Les prières à quelques dieux païens, les départs à la guerre, les enterrements, les mariages, les naissances, le travail des champs, le travail domestique ... l'amour ... étaient accompagnés de chants polyphoniques. Ils constituaient parfois une chronique musicale des scènes de la vie quotidienne, tentative de séduction, réprimande de la belle-mère, dispute avec le voisin.
Bien que la Géorgie fût christianisée au IVéme siècle par Sainte Nino, sous le règne du roi Mirian, les chants polyphoniques d'origine païenne continuèrent à y être chantés et souvent adaptés aux nouvelles croyances. Sainte Nino ayant confectionné la première croix chrétienne à partir de sarments de vigne, toutes les églises géorgiennes portent le symbole de la grappe de raisin et certains chants polyphoniques y font référence ("chen khar venakhi").
Il convient également de noter que les spécificités régionales ont donné naissance à des genres différenciés. Aux majestueux et lents chants de Kakhétie ("ourmouli" du conducteur de char à boeufs) s'opposent les joutes vocales de Gourie ("krimatchouli" mettant en compétition les voix masculines les plus hautes), aux chants religieux de Kartlie s'opposent les mélodies vives d'Adjarie.
Les chants polyphoniques géorgiens se sont transmis au travers des siècles essentiellement par voix orale. Les plus anciens enregistrements datent du début du XXéme siècle. Les plus récentes écritures formalisées datent de quelques années. A l'époque soviétique, dans les années cinquante, le folklore géorgien fut magnifié par l'ensemble de danseurs et de chanteurs d'Iliko Soukhichvili et de Nino Ramichvili.

La polyphonie géorgienne aujourd'hui.

Depuis la restauration de l'indépendance de la Géorgie, en 1991, une multitude de choeurs polyphoniques s'est formée dans le monde. En octobre 2002, le premier festival de la polyphonie géorgienne accueillit à Tbilissi des choeurs nationaux et une dizaine de choeurs étrangers, dont ¥amashiro Goumi du Japon, Darbazi du Canada, Mazpidzenli de Grande-Bretagne, Ori Otarebi da Misha de France.
Certains choeurs géorgiens ont trouvé des producteurs à l'étranger. Les héritiers de l'ensemble Soukhichvili, devenu ballet national, effectuent en 2004 une tournée dans une trentaine de villes australiennes. La troupe Georgian Legend, issue du groupe Eri Sioni, se produit en Russie en 2004 après avoir fait vibrer la Belgique, la France et la Suisse. Le quintette SIMI est certainement l'un des groupes géorgiens les plus représentatifs de cette polyphonie, il a donné une vingtaine de concerts en France en 2002 et 2003.
Des choeurs français se sont également constitués : Marani à Paris, trio Mzé Shina dans l'Ouest, Artillac dans le Sud-Ouest pour les voix masculines, Irinola à Paris pour les voix féminines. Ils organisent des stages d'apprentissage pour néophytes, en plus de leurs concerts.

Depuis quelques années, et afin de réunir tous ces ensembles vocaux le Conservatoire d'Etat de Tbilissi et le Centre International de Musique Populaire Géorgienne organisent un symposium, alternant concerts et conférences. Il a lieu une année sur deux (*).

En 2006, du 22 au 29 septembre, les choeurs géorgiens professionnels et les choeurs "familiaux" comme il en existe encore dans toutes les régions de Géorgie (familles Abesadze, Gogolashvili, Pirtsxalava, Sikharulidze, Urushadze,...) ont accueilli un nombre grandissant de choeurs étrangers. La France était représentée par Irinola et Marani.

Les ateliers de polyphonie géorgienne en France

Si l'émigration géorgienne des années 1920 et 1940 a perpétué la tradition des chants polyphoniques en France (**), leurs descendants, et plus particulièrement Othar Pataridzé, ont formé dans les années soixante-dix une génération de chanteurs et de chanteuses.

Depuis plusieurs années, Artillac et Jean-Laurent Imianitoff organisent régulièrement des stages d'initiation et de perfectionnement dans le Sud-Ouest de la France (***).

Marani, initialement sous l'impulsion de Frank Kane, aujourd'hui sous celle de Bertrand Lambolez, propose des formations sur deux journées, généralement dans les locaux de l'Eglise géorgienne Sainte Nino de Paris. Ces formations sont animées par des maîtres de chant géorgiens venus de Tbilissi (****).

Mzé Shina, sous l'impulsion de Laurent Stephan, Denise et Craig Shaffer, propose également des initiations de quelques heures à la polyphonie géorgienne, sur l'Ouest de la France, mais également dans les autres régions françaises selon leur tournée de concerts (*****).

Notes :

(**) dans les années 1950, époque à laquelle la communication entre les diasporas à l'étranger et la Géorgie était impossible, l'actrice française d'origine géorgienne Maria Mériko et Victor Homériki enregistraient à Paris un disque 78 tours : "Oh ! Marguarita tchemo lamazo".
(***) Polyphonies géorgiennes : association française ARTILLAC
http://www.colisee.org/article.php?id_article=2425
(****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MARANI
http://www.colisee.org/article.php?id_article=2424
(*****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MZE SHINA
http://www.colisee.org/article.php?id_article=2423

site polyphonie en langues géorgienne et anglaise Source : COLISEE (Comité de liaison pour la solidarité avec l'Europe de l'Est)


Mze Shina


L'ensemble Mze Shina (Soleil intérieur en géorgien) est une sorte d'OVNI. Composé de Denise Schaffer, née à Lima, de Craig Schaffer, né en Californie, de Laurent Stéphan, né en France et de Pierluigi Tomasi, né en italie, ce groupe se consacre au chant polyphonique géorgien.

CD : Kirialesa

PORTUGAL

Madredeus


Madredeus est un groupe portugais formé en 1985 par Pedro Ayres et Rodrigo Leao (qui sera remplacé en 1994 par Carlos Maria Trindade), vite rejoints par l'accordéoniste Gabriel Gomes, le violoncelliste Francisco Ribeiro et enfin par Teresa Salgueiro alors âgée de 17 ans, qui devient la chanteuse du groupe. Leur premier disque intitulé Os dias de Madredeus sort en 1987.

Suivront en 1990 Existir, Lisboa en 1991, Espirito da paz en 1994, Ainda en 1995 (bande originale du film Lisbon Story de Wim Wenders), Paraiso en 1997, Antologia en 2000, Movimiento en 2001, Electronico et Euforia en 2002, enregistré à Bruges avec le Symphonic Orchestra de Bjarte Engeset, Um amor infinito en 2004 et enfin Faluas do Tejo en 2005, auxquels il faut ajouter la musique de l'excellent film de Maria de Medeiros Capitaes de abril sur la Révolution des oeillets.

os dias
existir

lisboa



Pour ceux qui ne connaissent pas Madredeus, c'est d'abord une voix envoûtante, celle de Teresa Salgueiro.
Madredeus, un groupe de fado ? pas vraiment. Le groupe est fidèle à l'esprit du fado, tout en le faisant évoluer.

Mariza

Une vraie découverte :
Mariza est née le 16 décembre 1976 au Mozambique, mais ses parents s’installent à Lisbonne quand elle a trois ans. Elle grandit avec la musique et plus particulièrement le fado.

Elle chante d'une voix qui ne laisse pas insensible un fado détonant et métissé, nourri de la sensualité des rythmes africains et sud-américains. Lauréate du Prix de la plus belle voix du fado en 2000, elle sort son premier album "Fado Em Mim" en 2001 puis Terra.
Son troisième album, «Transparente» (2005), est encore plus abouti.

fado
terra
trabsparente

Mìsia


misia

Mísia est une chanteuse portugaise de fado, née à Porto en 1955.
Mísia reprend la tradition du genre pour la moderniser par les textes, notamment ceux de Fernando Pessoa.

ruas

2009. Ruas
2005. Drama Box
2003. Canto (sur des musiques de Carlos Paredes)
2001. Ritual
1999. Paixões Diagonais
1998. Garras dos Sentidos
1995. Tanto menos, tanto mais
1993. Fado
1991. Mísia


Ala dos Namorados


Cet étonnant groupe portugais, porté par la voix de haute-contre de Nuno Guerreiro, est devenu le groupe portugais le plus connu après Madredeus. Créé par João Gil et Manuel Paulo Felgueiras, ce groupe mélange fados, chants baroques et standards du rock.
Au fait, que signifie "Ala dos Namorados" ? "Bataillon des amoureux". Cette appellation est une référence à un épisode mémorable de l'histoire du Portugal : lors d'une bataille contre les troupes du roi de Castille en 1385, l'armée portugaise emporta la victoire, malgré le handicap numérique, grâce à la fougue d'un bataillon de jeunes conscrits, "l'Ala dos namorados".

ala


Cristina Branco


branco
Entre raffinement moderne et émotion traditionnelle, cette artiste insuffle au chant traditionnel portugais une magie peu habituelle.

Sa musique a la grâce aérienne et unique d'un fado flexible et fluide. Pleines de mystère et de poésie, d'une émotion vibrante, ses chansons sont autant de déchirures qui parlent de départ, de tristesse, d'images qui voguent, de vent qui crie, de printemps funestes et de son pays.

Avec sa voix claire et généreuse qui parfois se voile, Cristina Branco offre au fado un retour à la lumière.
Chant d’amour et de douleur, c'est un fado d’aujourd’hui, qui conjugue tradition et perpétuel recommencement.

Cristina Branco a fait sien cet art de l’émotion et de la fragilité.
Très influencée par Amalia Rodriguez, Cristina Branco a su se dégager de cette référence écrasante et propose une musique personnelle.

abril
corpo
descobridor
ulisses


sensus
live
kronos

Ana Moura

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Jorge Fernando


Jorge Fernando est l'un des plus grands musiciens portugais actuels. Auteur, compositeur, guitariste (il a accompagné Amália Rodrigues) et producteur, il a travaillé avec les plus grands noms du fado de ces dernières 30 années : Paulo Bragança, Cristina Branco, Mariza, Ana Moura ...
Ecoutez sur le myspace d'A Filetta la rencontre entre fado et polyphonie corse sur son Lisboa noite triste.

IRLANDE

McDonnell Trio


mcdonnell
mcdon
mcdonn

CHILI

Inti-Illimani


En 1973, après le coup d'Etat de Pinochet - premier 11 septembre de sinistre mémoire -, de nombreux chiliens trouvèrent refuge en Europe. Le groupe Inti-Illimani, créé en 1967, était en Italie lors du coup d'Etat et trouva asile dans ce pays.

Leur premier disque "Viva Chile", exprimait l'immense espoir que représentait l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende. Le suivant (la Nueva Cancion chilena) reprenait le célébrissime "El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido" de Quilapayun à côté de chants de Pablo Neruda et Violetta Parra. Après un disque consacré aux chants traditionnels (Canto de Pueblos Andinos), Hacia la libertad et Resistencia expriment l'esprit de résistance à la dictature. Après son retour au Chili, le groupe semble avoir connu quelques dissensions internes.

PAKISTAN

Nusrat Fateh Ali Khan


Nusrat Fateh Ali Khan (1948 - 1997) était un musicien pakistanais, maître de qawwalî.

Le qawwalî est un genre musical populaire de l'Inde et du Pakistan qui exprime la dévotion soufie. Il trouve son origine dans l'Inde du XIVe siècle, son fondateur est censé être Amir Khusrau Dehlavi.
Cette forme syncrétique de l'islam hétérodoxe est interprétée par un ensemble de musiciens professionnels de sexe masculin (les qawwal) variant de 3 à 13 personnes avec deux chanteurs principaux accompagnés par l'harmonium, de cinq à neuf chanteurs de refrains qui battent la mesure avec leurs mains, un joueur de tablâ et un joueur de tambour dholak.
Le qawwali se caractérise musicalement par l'usage de voix fortes faisant alterner solo et choeur, répétitions et improvisations, par le soutien vigoureux des tambours et de claquements de mains et par l'intégration continuelle d'éléments étrangers à la structure originelle (citations poétiques ou musicales) dans le souci de soutenir l'impact du mot sur les auditeurs et d'éveiller en eux, par connotations, une émotion mystique pouvant aller jusqu'à l'extase.
Les chansons de qawwalî se classent en deux groupes : les hamd ou manqabat qui sont des chants dévotionnels dédiés à Allah et les ghazal qui sont des chants profanes qui célèbrent le vin ou l'amour.
Les chansons durent généralement une quinzaine de minutes et sont habituellement arrangées dans le format suivant :
1. la chanson commence par une introduction musicale où la mélodie principale est jouée sur des harmoniums, avec généralement des variations improvisées sur ce thème, 
2. vient, ensuite, une section appelée un alap, où les chanteurs entonnent différentes notes longues provenant du râga qui sert de soubassement tonique au thème joué,
3. puis, le chanteur principal commence à chanter les vers du poème qui compose les paroles de la chanson, sans percussion, seulement accompagné de l'harmonium. Les mélodies chantées sont improvisées en suivant la structure du râga. Après la première exposition du vers par le chanteur principal, un autre le répète sur une mélodie improvisée différente. Quelques vers, en nombre variable, sont ainsi chantés, de façon à conduire vers le cœur principal de la chanson,
4. la chanson débute alors véritablement, à ce moment-là, le tablâ et les dholak commencent à jouer en rythme, avec les chanteurs de chœur battant leurs mains en rythme et tous les membres de l'orchestre s'associent au chant des vers. Les paroles et les mélodies qui leur sont associées ne sont généralement pas improvisés et sont en fait des chansons traditionnelles très populaires. Durant le cours de la chanson, le chanteur principal et les choristes peuvent rompre son cours en un alap, une longue mélodie tonale improvisée.

La chanson connaît généralement une montée du tempo et du pathos, chaque chanteur essayant de se surpasser en terme d'acrobaties vocales. Quelques chanteurs exécutent de longues périodes d'improvisation sur le sargam, dialoguant souvent avec un apprenti chanteur. Les chansons finissent habituellement de façon abrupte.

Polyculturel par principe, le qawwalî, qui est né en grande partie du besoin de trouver un outil de communication musicale, résulte de la fusion d'éléments poétiques et philosophiques originaires de l'Iran et de l'Asie Centrale et d'éléments musicaux empruntés pour la plupart à la tradition de l'Inde du Nord. Les missionnaires soufis trouvèrent dans les populations locales, majoritairement issues des basses castes, une audience d'autant plus réceptive à ce message d'amour, duquel la notion de plaisir n'était pas exclue, que ces dernières étaient à la fois méprisées par le système social et religieux, l'accès aux temples étant réservé aux purs.

Nusrat Fateh Ali Khan commence sa carrière assez tard, à l'âge de trente ans Sa voix puissante en a fait une énorme vedette dans le monde islamique et il fut l'un des premiers chanteurs d'Asie du sud à connaître la notoriété en Occident. Nusrat Fateh Ali Khan est le grand maître du qawwalî, amalgame de la musique classique indienne, de la musique semi-classique représentée par les thumri et les dadra, et de la musique légère. Cette musique, autrefois cantonnée aux confréries, est aujourd'hui partout. Il a rendu populaire l'insertion de chant khyal dans le qawwalî, c'est-à-dire de solos improvisés, au cours de la chanson, où il chante le sargam, soit le nom de la note chantée à sa hauteur propre. Il a également mélangé la musique qawwalî avec des aspects plus occidentaux comme la musique techno ou le trip hop. 

Discographie succincte :


En Concert à Paris (1985 - 5 volumes ches Ocora)
Nusrat Fateh Ali Khan & Party # 1991 : Shahbaaz (CDRW16 sur Real World Records)
Devotional and Love Songs (1993) -
Pakistan : Vocal Art of Sufis, Vol. 1 & Vol. 2 (1994)
Night Song (1996) avec Michael Brook
Star Rise : Remixes (1998) avec Michael Brook
Body and Soul (2002)
Back to Qawwali (2003)
Must Must / Last Prophet (2004)

IRAN

Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan


D'abord quelques accords de cordes pincées, puis un archet glisse avec une lenteur majestueuse. On croirait que l'instrument pleure. Kurde iranien, Kayhan Kalhor est un as du kamantché, une vielle hors du temps qui requiert des années de perfectionnement. A 40 ans à  peine, Kayhan Kalhor en joue tel un maître détenteur de décennies d'expérience comme en témoigne cet album, dialogue intense et fin avec le Turc Erdal Erzincan, virtuose, lui, du luth baglama. Kalhor multiplie les collaborations, du Kronos Quartet californien aux stars de la tradition perse, Mohammad Reza Shajarian et Hossein Alizadeh, en passant par le violoncelliste sino-américain Yo Yo Ma ou le sitariste d'Inde du Nord Shujaat Husain Khan. Volutes délicates, douceur et vivacité, Kalhor possède un sens prodigieux de l'impromptu. Son kamantché est un enchantement avec ses doux méandres étendus et fleuris, ses envolées courtes et surprenantes, parfois ponctuées d'un silence infinitésimal pour en savourer l'épanouissement. On ne sent pas le temps passer avec ces douze morceaux d'improvisation sur les musiques perse et turque. Une sensation rare quand il s'agit de musique uniquement instrumentale.

Bouziane DAOUDI - Libération -30 septembre 2006


Kayhan Kalhor est né à Téhéran en 1963. A l'âge de 7 ans il commence des études musicales avec le maître Ahmad Mohajer. Enfant prodige du kamancheh, il travaille dès l'âge de treize ans à l'orchestre de la radio-télévision nationale iranienne. Puis il travaille avec le prestigieux Ensemble Shayda tout en continuant à étudier le répertoire classique iranien (radif), ainsi qu edes répertoires régionaux, du Khorasan au nord-est et du Kurdistan à l'ouest.

Il étudie la musique classique occidentale à Rome et à Ottawa. Il a composé pour les principaux vocalistes iraniens, dont Mohammad Reza Shajarian et Shahram Nazeri, et joué avec Faramarz Payvar et Hossein Alizadeh. En 1991 il est co-fondateur de Dastan, et lance Ghazal en 1997 avec Shujaat Khan. Leur disque The Rain obtient est nominé pour les Grammy-awards.

Le partenaire de Kalhor sur le disque The Wind est Erdal Erzincan, un joueur de baglama Turc. Le résultat : un magnifique exemple d'improvisation en duo. Les musiciens s'appueint sur leurs traditions respectives pour improviser une longue suite en douze parties, entre élans communicatifs et instants méditatifs.

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CUBA

Buena Vista Social Club, Compay Segundo, Rubén González

Le film de Wim Wenders est archi-connu. Rappelons seulement qu'il raconte comment le guitariste Ry Cooder est arrivé en 1997 à Cuba pour enregistrer un disque mélangeant les rythmes cubains et l'influence africaine. Les musiciens africains n'ayant finalement pas pu venir, il constitue un groupe de vieux musiciens cubains qui enregistre les morceaux qui vont faire le succès mondial de l'album : Compay Segundo, devenu une star mondiale depuis le disque de Cooder Ruben Gonzalez, le pianiste, tous deux récemment disparus, et le chanteur Ibrahim Ferrer notamment.

Une polémique est née à ce propos, certains musiciens cubains ayant été agacés de voir ces vétérans du son traditionnel traités en héros alors que les vedettes actuelles de la timba (nouveau terme employé à Cuba pour se démarquer de celui de salsa) seraient ignorés du grand public. En tout cas, ce disque est excellent.

ARGENTINE

Astor Piazzolla


Astor Piazzolla, bandonéoniste de génie, modernisa profondément le tango et son influence demeure capitale sur le jazz, mais aussi sur le rock et même une certaine musique savante.
Astor Pantaleón Piazzolla voit le jour le 11 mars 1921 au fond d’une ancienne confiserie de Mar del Plata (Argentine). Son père Vincente Piazzolla jouait souvent du bandonéon lui-même et tente naturellement d’inoculer le virus du tango à son jeune fils ; à cet effet, il le confie dès son plus jeune âge à un professeur. À 9 ans déjà, Astor joue sans grand enthousiasme de nombreux tangos, valses, et rancheras (danses folkloriques de l’Amérique latine) dans des cabarets, théâtres et autres lieux publics. Le jeune enfant prodige partage alors son temps entre New York (où sa famille émigra en 1925) et Mar del Plata. Il étudie avec de très nombreux professeurs tels que Libero Paoloni, le pianiste Andy Daquila, Terig Tucci puis surtout Bela Wilda qui parvient à lui transmettre l’amour de la musique de J.S. Bach qu’il transcrit ensuite au bandonéon. Dès ses 14 ans, il compose deux "rancheras" : La Cachirla et Doña Rosa ainsi que deux tangos : Yugando et Guapo el Mozo, tout en se passionnant pour le jazz (qu’il écoute à Harlem).

Au milieu des années 30, l’illustre chanteur Carlos Gardel débarque à New York et devient ami avec le père d’Astor. La star du tango découvre alors le talent particulièrement prometteur du jeune adolescent et lui propose tout bonnement de participer à son film El día que me quieras (Astor jouera le rôle d’un crieur de journaux) et même d’enregistrer quelques morceaux sur l’un de ses disques.

Après la mort tragique de Carlos Gardel dans un accident d’avion, la famille Piazzolla retourne dans le pays natal alors que le jeune Astor a 17 ans. Revenu à Mar del Plata et ayant perdu tous ses amis américains, Astor monte un trio (bandonéon, violoncelle et piano) dans lequel il interprète du jazz, du Gershwin et même du Bach. Mais il a enfin la révélation du tango lorsqu’il entend à la radio le sextette d’Elvino Vardaro. Il part ensuite pour Buenos Aires où il vit dans des pensions de famille très modestes, il assiste là bas à un spectacle d’Aníbal Troilo et repart totalement conquis avec une nouvelle ambition : jouer au sein de l’orchestre du célèbre joueur de tango. La chance ne tarde pas à se manifester, car Toto Rodriguez, le bandonéoniste principal de l’orchestre, tombe gravement malade ; aussitôt, Astor se propose pour le remplacer et conquiert le sévère Aníbal Troilo en jouant l’intégralité de son répertoire sans interruption. Piazzola débute donc réellement sa carrière comme bandonéoniste chez Troilo, tout en poursuivant sa formation musicale avec le compositeur Alberto Ginastera (qui lui a été indiqué par le grand pianiste Arthur Rubinstein à qui il avait soumis son premier concerto). Ginastera lui enseignera la composition, le contrepoint et lui fit découvrir la musique moderne (Bartók et Stravinsky). Le fougueux Astor Piazzolla écrit de plus en plus sa musique (ainsi que ses arrangements) et ne supporte plus que Troilo l’empêche d’exprimer pleinement sa créativité, il décide alors de quitter l’orchestre du maître pour tenter sa chance en solo.

Après avoir pris quelques cours de direction d’orchestre avec Hermann Scherchen, il écrit des arrangements et compose ses toutes premières musiques pour le cinéma comme Con los mismos colores (1949) ou Bólidos de acero (1950) du cinéaste Torres Ríos. En 1950, il compose ses premiers “classiques” : Prepárense, Lo que vendrá puis la Symphonie Buenos Aires pour deux bandonéons et orchestre, qui incorpore le “lija” : son des cordes raclées avec l’archet derrière le chevalet (typique des tangos traditionnels), ce qui fit scandale à l’époque.

En 1954, il reçoit une bourse du gouvernement français pour aller étudier à Paris. Là bas, il demande à voir Nadia Boulanger à qui il soumet sa Sinfonietta. Boulanger le questionne sur sa vie et l’accepte comme élève mais en lui demandant de mettre plus de “lui-même” dans ses oeuvres. Piazzolla en profite pour enregistrer ses oeuvres à Paris, avec un orchestre à cordes accompagné par Lalo Schifrin et Martial Solal au piano. Le poète Horacio Ferrer rencontre Piazzolla durant l’été 1956 et sympathise avec lui, puis en 1960, le compositeur crée le quintette “Nuevo Tango ” et compose les plus grands titres de son répertoire comme Adiós Nonino ou Muerte del ángel.

En 1966, le compositeur assiste au Brésil à un spectacle innovant avec le poète Vinicius de Moraes, les musiciens Dorival Caymmi, Baden Powell et le Cuarteto Em Cy qui mélangent élégamment choeurs, passages chantés ou instrumentaux avec de la poésie. Il demande à Ferrer de concevoir un projet du même type, c’est ainsi que naquit le 8 mai 1968 le jubilatoire opéra-tango María de Buenos Aires qui obtint malheureusement très peu de succès. Dans la foulée, le duo se met à composer chansons après chansons comme la superbe Balada para un loco (repris en français par Julien Clerc) et le mélancolique Chiquilín de Baquín, interprétés avec succès en 1968 par la chanteuse Amelita Baltar qui devint la compagne de Piazzolla. Parallèlement à sa carrière de musicien de concert, il écrit de nombreuses musiques de films comme Los tallos amargos (1956), Una viuda difícil (1957), Paula cautiva (1963), Con gusto a rabia (1965), Las locas del conventillo (María y la otra) (1966), La fiaca (1969) - films signés par le réalisateur Fernando Ayala. Ainsi que Violencia en la ciudad (1957) de Enrique de Rosas, La fin del mundo (1963) d’Emilio Vieyra ou Pulsación (1969) de Carlos Páez Vilaró.

En 1972, le metteur en scène italien Bernardo Bertolucci lui demande de composer quelques thèmes pour son scandaleux Dernier tango à Paris (1972), mais le musicien doit abandonner en cours de route, étant trop occupé par la préparation de deux concerts importants à Buenos Aires. C’est le musicien de jazz Gato Barbieri (également d’origine argentine) qui signera la musique finale. Reste tout de même la belle chanson Jeanne y Paul (écrite à l’origine pour le film de Bertolucci), qui resservira d’ailleurs pour illustrer le film politique de Francesco Rosi : Cadaveri eccellenti (Cadavres exquis, 1976) avec Lino Ventura. Pour Il pleut sur Santiago (1975) du cinéaste engagé Helvio Soto (interprété par une pléiade de stars comme Jean-Louis Trintignant, Annie Girardot, Bernard Fresson et André Dussolier), Piazzolla écrit une musique aussi courte que marquante. Dans ce film politique ambitieux qui dépeint l’ascension et le coup d’état du général Pinochet dans un Chili tourmenté, son Balade para mi muerte (dans une nouvelle orchestration instrumentale et plus électrique) accompagne de façon un peu trop pompeuse la chute du président Salvador Allende sur des images au ralenti. On trouve également la future chanson Se potessi ancora (en version instrumentale) et un très beau passage lent et mélancolique (qui deviendra la chanson Las ilhas en 1976) accompagnant les passages de suspense ou illustrant le désespoir de la population chilienne. Pour le film Lumière (1975), une ode au cinéma signée par une Jeanne Moreau séduite par la sensualité de la musique du célèbre bandonéoniste, Piazzolla compose quatre thèmes principaux : Soledad, Muerte, El amor, La evasión qu’il enregistre en Italie. La réalisatrice fit ensuite écouter la musique aux acteurs afin qu’ils s’en imprègnent.

Le réalisateur Alain Corneau lui confie la musique de Le choix des armes (composée par Philippe Sarde). Armaguedon (1976), thriller méconnu d’Alain Jessua avec Alain Delon et Jean Yanne, lui donnera par contre l’occasion d’écrire un score plus expérimental et sombre, comme en témoigne le générique très inquiétant évoquant son fabuleux travail pour la chanson de “science fiction” Preludio para el año 3001 (enregistrée en 1969 par Amelita Baltar).
Mais c’est sans doute le cinéaste italien Marco Bellocchio qui lui permettra de signer son chef d’oeuvre filmique avec Enrico IV (Henri IV, le roi fou, 1984) d’après une pièce de Luigi Pirandello, dont il écrira les superbes parties symphoniques (D. Nicolau se chargeant de la musique de source). Piazzolla déploie tout son génie dès le générique, pour le très beau thème du portrait et le fameux thème de l’oubli (Oblivion) qui sera adapté plus tard en chanson par Milva (en septembre 1984 au théâtre des Bouffes du Nord) et qui distille une mélancolie véritablement déchirante, tant dans sa version pour hautbois que pour bandonéon. Ses scores pour El exilio de Gardel (Tango, l’exil de Gardel, 1984) et le remarquable Sur (1988) de Fernando Solanas sont également des partitions exceptionnelles. Le chanteur brésilien Caetano Veloso rendra un bel hommage à Sur en reprenant son Vuelvo al sur à la fin de son album Fina Estampa.
En 1989, Piazzolla fonde le sextette Nuevo Tango qui constituera son tout dernier ensemble de tango avant que sa mort survienne le 4 juillet 1992.

Aussi innovateur dans le domaine du tango qu’un Antonio Carlos Jobim pouvait l’être pour la samba, Astor Piazzolla laissera derrière lui une oeuvre immense dans des domaines aussi divers que la chanson (outre Milva et Amelita Baltar, il collaborera avec les chanteurs Jairo à qui il offrira les chansons Le diable et Go-tango, Georges Moustaki, Guy Marchand, et surtout Jean Guidoni pour deux albums dont Crime passionnel - opéra pour un homme seul et six musiciens), le jazz (il jouera avec l’accordéoniste Richard Galliano, le vibraphoniste Gary Burton et le célèbre saxophoniste de cool-jazz Gerry Mulligan), la musique de scène (le particulièrement émouvant Famille d’Artistes - pièce d’Alfredo Arias et Kado Kostzer), les ballets, ou la musique savante pour laquelle il écrira entre autres les enthousiasmants Tres tangos et le Concerto pour bandonéon et orchestre (que Lalo Schifrin dirigera magistralement en 1988).

BRESIL

Bebel Gilberto


Bebel Gilberto, fille de João Bosco Gilberto et de Miucha, soeur de Chico Buarque

Après Tanto Tempo, son premier disque en 2000, Bebel sort un 2ème album, Bebel, en 2004 puis Remixed en juin 2005.

.

On est séduit dès les premières notes de Momento, son quatriième album, par la voix fraîche de Bebel, qui se marie parfaitement avec les ambiances et les arrangements très modernes. Bebel a écrit ou co-écrit la plupart des chansons de l’album, qui contient également trois reprises époustouflantes : Caçada (de son célèbre oncle auteur-compositeur Chico Buarque), Night and Day, le standard de Cole Porter et Tranquilo du jeune producteur Kassin.


TUNISIE

Anouar Brahem


Anouar Brahem est né en 1957 à Halfaouine. Il entre à l'âge de dix ans au Conservatoire National de Musique de Tunis pour y apprendre l'oud (le luth arabe). A 15 ans il se produit déjà dans les orchestres locaux et à dix-huit il décide de se consacrer entièrement à la musique.

Rapidement il se confronte aux modes musicaux venus d'Inde ou d'Iran et découvre le jazz.
Dès ses premières compositions il démontre que les possibilités de l'oud vont bien au delà du simple rôle d'instrument d'accompagnement.
En 1981, Brahem s'installe en France, où son talent s'épanouit au contact d'autres artistes. Il compose pour le chorégraphe Maurice Béjart et, en 1983, collabore avec Gabriel Yared pour la musique du film de Costa Gravas "Hanna K". Pendant quatre années il se produit avec succès dans différents festivals à travers l'Europe. En 1985, Anouar Brahem réunit à Carthage des musiciens turcs tsiganes, tunisiens et des jazzmen français, pour interpréter sa pièce instrumentale "Liqua 85" qui lui vaut le grand prix tunisien de la musique. En 1987, il accepte la direction de l'ensemble musical de la ville de Tunis.

Sa rencontre avec Manfred Eicher, le fondateur du mythique label ECM, va lui donner la possibilité de donner libre cours à son imaginaire musical. Son premier album "Barzakh" (1991) fruit de sa collaboration avec les virtuoses tunisiens Bechir Selmi et Lassad Hosni et le second "Conte de l'incroyable amour" (1992) avec le clarinettiste Barbaros Erköse et le joueur de nai turc Kudsi Erguner lui permettent de développer de riches idées sur la musique méditerranéenne contemporaine. En 1994, il enregistre "Madar" avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek et le joueur de tablas pakistanais Shaukat Hussain. "Khomsa" est l'occasion de reprendre librement des thèmes composés pour des films avec un sextet qui comprend notamment l'accordéoniste Richard Galliano. "Thimar"  est une nouvelle rencontre, cette fois avec le bassiste Dave Holland et le saxophoniste-clarinettiste John Surman. "Astrakan Café" enregistré en compagnie de Lassad Hosni et Barbaros Erköse propose des thèmes traditionnels, d'anciennes compositions et de nouvelles créations.


brahem
brahem

khomsa
thimar

astrakan
voyage
rita

The Astounding Eyes of Rita


La combinaison de la clarinette basse et de l'oud suggère un lien avec “Thimar”, mais l'on est souvent plus près des sonorités plus traditionnelles de «Barzakh» ou du «Conte de l'Incroyable Amour".
L'album est dédié à la mémoire du poète palestinien Mahmoud Darwish.

Discographie :

Barzakh (1991, ECM 1432)
Conte de l'incroyable amour (1992, ECM 1457)
Madar (avec Jan Garbarek, 1994, ECM 1515)
Khomsa (1995, ECM 1561)
Thimar (1998, ECM 1641)
Astrakan Café (2000, ECM 1718)
Charmediterranéen (Orchestre National de Jazz, 2002, ECM 1828)
Le Pas du Chat Noir (2002, ECM 1792)
Le Voyage de Sahar (2006, ECM 1915)
The Astounding Eyes of Rita  (2008, ECM 2075)



Dhafer Youssef


Dhafer Youssef, de son vrai nom Dhafer bin Youssef bin Tahar Maarref, né le 19 novembre 1967 à Téboulba, est un compositeur, chanteur  et oudiste tunisien.

Il entame sa carrière musicale dès l'âge de dix ans en chantant à l'occasion de mariages dans son village natal. Remarqué pour la qualité de sa voix, il acquiert une certaine notoriété au niveau local et se voit invité plusieurs fois sur Radio Monastir.

dhafer 

Il s'installe à Vienne (Autriche) entre 1989 et 1999 et vit depuis à Paris (France). Sa musique est nourrie de traditions soufies, de lyrisme arabe, d'influences multiculturelles et d'une instrumentation puisée dans le jazz et l'improvisation. Cette influence s'est faite sentir depuis son premier opus où il joue dans son propre groupe baptisé Ziryab, du nom du célèbre musicien andalou, puis dans son deuxième trois-titre (1996) où il s'illustre par sa vocalisation, notamment sur le morceau El Hobb el Hindi (L'Amour indien), ainsi que dans un album composé pour une pièce de théâtre à Vienne ; on en retiendra notamment le titre Galbi ala Galbak, un hymne à sa mère.

Parmi ses collaborations notables figurent des duos avec Paolo Fresu, Nguyên Lê, Bugge Wesseltoft, Omar Sosa, et d'autres encore... dont A Filetta en 2008 !

Musicien accompli (oud, piano, ...) et chanteur, Dhafer Youssef propose une musique poétique et profonde, entre musique orientale, jazz et électronique. Il a réalisé plusieurs albums remarquables. "Le chanteur et virtuose tunisien réalise l'improbable pari de juxtaposer sans les trahir les caractéristiques ancestrales, mystiques et hypnotiques du soufisme de l'Islam au jazz électrique." (Time Out). Des albums tels que Malak (1999), Electric Sufi (2001) & Digital Prophecy (2003) en sont de formidables illustrations.

Discographie :

    * 1996 : Musafer
    * 1998 : Malak (Enja Records ENJ-9367 2)
    * 2001 : Electric Sufi (Enja Records ENJ-9412 2)
    * 2003 : Digital Prophecy (Enja Records ENJ-9439 2)
    * 2006 : Divine Shadows (Jazzland Records)
    * 2007 : Glow (Material)
    * 2010 : Abu Nawas Rhapsody (Jazzland Records)

youssef

MALI

Rokia Traoré


La chanteuse d'origine malienne Rokia Traoré (issue du groupe ethnique bambara) joue une musique traditionnelle modernisée. Les instruments traditionnels : balafon, n’goni, karignan, djembé, yabara accompagne un chant très personnel.
Installée à Amiens, elle a remporté une Victoire de la musique 2009 pour "Tchamantche" dans la catégorie "album des musiques du monde".

Discographie :
Mouneïssa (1998)
Wanita (2000)
Bowmboï (2003)
Tchamantché (2008)

mouneissa
wanita
bownboi
tchamantche


Un DVD live :

live

Deux extraits vidéo :







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