L'Invitu
Plan du site A Filetta Actualité A propos Contact

Musiques du monde


Dernière mise à jour de la page : 05/10/2008



Au sommaire de cette page (les nouveautés sont en rouge):

Les chants polyphoniques géorgiens

Buena Vista Social Club
Bebel Gilberto

Anouar Brahem
Inti Illimani
Agnès Jaoui
Josefina
Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan
Laïs
Madredeus
Mze Shina
Nusrat Fateh Ali Khan
Astor Piazzolla
Soledad
Savina Yannatou & Primavera en Salonico

Pour découvrir les musiques du monde, écoutez sur Radio Suisse Romande l'excellente émission hebdomadaire de Vincent Zanetti "L'écoute des mondes", tous les dimanches de 15 à 16h.

Pour capter RSR sur internet, rendez-vous à l'adresse suivante :

http://www.rsr.ch/espace-2/l-ecoute-des-mondes/

Les émissions restent archivées pendant deux mois et peuvent être écoutées via internet. Il suffit de disposer de RealPlayer et de recopier l'adresse (URL) correspondant à l'émission. Pour écouter en direct, encore plus simple : cliquer sur "en direct" puis sur "Espace 2".

Les émissions récentes :
Pour avoir une idée de la richesse de cette émission, voir les archives.




Agnès Jaoui
Canta



Commencer cette rubrique par la comédienne, scénariste, réalisatrice et chanteuse Agnès Jaoui peut sembler étrange. Et pourtant ...
Canta est un réel chef d'oeuvre.
Ce qui frappe le plus, c'est l'aisance et le naturel d'Agnès Jaoui, qui ne semble jouer aucun rôle de composition.

Elle reçoit dans ce disque deux de ses idoles : la Brésilienne Maria Bethânia et la portugaise Misia qui lui donnent la réplique respectivement sur Samba em preludio et Fado de retorno. Elle partage également le micro avec Marcos Arieta, les Espagnols du groupe Elbicho qui a renouvelé le flamenco. Elle est accompagnée par les guitaristes Roberto Gonzalez Hurtado et Dimas Martinez Dubost, qui, en plus des arrangements, signe également la bouleversante Milonga del navigante


Les chants polyphoniques géorgiens

Les chants polyphoniques géorgiens remontent à l'ère préchrétienne. Xénophon ne disait-il pas, 4 Siécles avant J.C : “Les géorgiens se battent aux cotés des grecs avec une rare témérité mais, de plus, ils aiment chanter et danser...
Une première voix assure la ligne mélodique principale, les autres voix répondent, accompagnent et donnent du volume au chant.
La Géorgie, terre d'invasion des grands voisins perses, mongols, ottomans et russes, a su préserver son identité culturelle en se réfugiant dans certaines traditions fortes ... et souvent dans les hautes montagnes du Caucase comme la province de Svanétie.


La polyphonie
géorgienne hier. 


Les prières à quelques dieux païens, les départs à la guerre, les enterrements, les mariages, les naissances, le travail des champs, le travail domestique ... l'amour ... étaient accompagnés de chants polyphoniques. Ils constituaient parfois une chronique musicale des scènes de la vie quotidienne, tentative de séduction, réprimande de la belle-mère, dispute avec le voisin.
Bien que la Géorgie fût christianisée au IVéme siècle par Sainte Nino, sous le règne du roi Mirian, les chants polyphoniques d'origine païenne continuèrent à y être chantés et souvent adaptés aux nouvelles croyances. Sainte Nino ayant confectionné la première croix chrétienne à partir de sarments de vigne, toutes les églises géorgiennes portent le symbole de la grappe de raisin et certains chants polyphoniques y font référence ("chen khar venakhi").
Il convient également de noter que les spécificités régionales ont donné naissance à des genres différenciés. Aux majestueux et lents chants de Kakhétie ("ourmouli" du conducteur de char à boeufs) s'opposent les joutes vocales de Gourie ("krimatchouli" mettant en compétition les voix masculines les plus hautes), aux chants religieux de Kartlie s'opposent les mélodies vives d'Adjarie.
Les chants polyphoniques géorgiens se sont transmis au travers des siècles essentiellement par voix orale. Les plus anciens enregistrements datent du début du XXéme siècle. Les plus récentes écritures formalisées datent de quelques années. A l'époque soviétique, dans les années cinquante, le folklore géorgien fut magnifié par l'ensemble de danseurs et de chanteurs d'Iliko Soukhichvili et de Nino Ramichvili.


La polyphonie géorgienne aujourd'hui. 


Depuis la restauration de l'indépendance de la Géorgie, en 1991, une multitude de choeurs polyphoniques s'est formée dans le monde. En octobre 2002, le premier festival de la polyphonie géorgienne accueillit à Tbilissi des choeurs nationaux et une dizaine de choeurs étrangers, dont ¥amashiro Goumi du Japon, Darbazi du Canada, Mazpidzenli de Grande-Bretagne, Ori Otarebi da Misha de France.
Certains choeurs géorgiens ont trouvé des producteurs à l'étranger. Les héritiers de l'ensemble Soukhichvili, devenu ballet national, effectuent en 2004 une tournée dans une trentaine de villes australiennes. La troupe Georgian Legend, issue du groupe Eri Sioni, se produit en Russie en 2004 après avoir fait vibrer la Belgique, la France et la Suisse. Le quintette SIMI est certainement l'un des groupes géorgiens les plus représentatifs de cette polyphonie, il a donné une vingtaine de concerts en France en 2002 et 2003.
Des choeurs français se sont également constitués : Marani à Paris, trio Mzé Shina dans l'Ouest, Artillac dans le Sud-Ouest pour les voix masculines, Irinola à Paris pour les voix féminines. Ils organisent des stages d'apprentissage pour néophytes, en plus de leurs concerts.

Depuis quelques années, et afin de réunir tous ces ensembles vocaux le Conservatoire d'Etat de Tbilissi et le Centre International de Musique Populaire Géorgienne organisent un symposium, alternant concerts et conférences. Il a lieu une année sur deux (*).

En 2006, du 22 au 29 septembre, les choeurs géorgiens professionnels et les choeurs "familiaux" comme il en existe encore dans toutes les régions de Géorgie (familles Abesadze, Gogolashvili, Pirtsxalava, Sikharulidze, Urushadze,...) ont accueilli un nombre grandissant de choeurs étrangers. La France était représentée par Irinola et Marani.


Les ateliers de polyphonie géorgienne en France


Si l'émigration géorgienne des années 1920 et 1940 a perpétué la tradition des chants polyphoniques en France (**), leurs descendants, et plus particulièrement Othar Pataridzé, ont formé dans les années soixante-dix une génération de chanteurs et de chanteuses.

Depuis plusieurs années, Artillac et Jean-Laurent Imianitoff organisent régulièrement des stages d'initiation et de perfectionnement dans le Sud-Ouest de la France (***).


Marani, initialement sous l'impulsion de Frank Kane, aujourd'hui sous celle de Bertrand Lambolez, propose des formations sur deux journées, généralement dans les locaux de l'Eglise géorgienne Sainte Nino de Paris. Ces formations sont animées par des maîtres de chant géorgiens venus de Tbilissi (****).


Mzé Shina, sous l'impulsion de Laurent Stephan, Denise et Craig Shaffer, propose également des initiations de quelques heures à la polyphonie géorgienne, sur l'Ouest de la France, mais également dans les autres régions françaises selon leur tournée de concerts (*****).

Notes :


(**) dans les années 1950, époque à laquelle la communication entre les diasporas à l'étranger et la Géorgie était impossible, l'actrice française d'origine géorgienne Maria Mériko et Victor Homériki enregistraient à Paris un disque 78 tours : "Oh ! Marguarita tchemo lamazo".
(***) Polyphonies géorgiennes : association française ARTILLAC http://www.colisee.org/article.php?id_article=2425
(****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MARANI http://www.colisee.org/article.php?id_article=2424
(*****) Polyphonies géorgiennes : l'ensemble français MZE SHINA http://www.colisee.org/article.php?id_article=2423

Source : COLISEE (Comité de liaison pour la solidarité avec l'Europe de l'Est)



Madredeus

Madredeus est un groupe portugais formé en 1985 par Pedro Ayres et Rodrigo Leao (qui sera remplacé en 1994 par Carlos Maria Trindade), vite rejoints par l'accordéoniste Gabriel Gomes, le violoncelliste Francisco Ribeiro et enfin par Teresa Salgueiro alors âgée de 17 ans, qui devient la chanteuse du groupe. Leur premier disque intitulé Os dias de Madredeus sort en 1987.

Suivront en 1990 Existir, Lisboa en 1991, Espirito da paz en 1994, Ainda en 1995 (bande originale du film Lisbon Story de Wim Wenders), Paraiso en 1997, Antologia en 2000, Movimiento en 2001, Electronico et Euforia en 2002, enregistré à Bruges avec le Symphonic Orchestra de Bjarte Engeset, Um amor infinito en 2004 et enfin Faluas do Tejo en 2005, auxquels il faut ajouter la musique de l'excellent film de Maria de Medeiros Capitaes de abril sur la Révolution des oeillets.


 


Pour ceux qui ne connaissent pas Madredeus, c'est d'abord une voix envoûtante, celle de Teresa Salgueiro.
Madredeus, un groupe de fado ? pas vraiment. Le groupe est fidèle à l'esprit du fado, tout en le faisant évoluer.


Mariza


Mze Shina

L'ensemble Mze Shina (Soleil intérieur en géorgien) est une sorte d'OVNI. Composé de Denise Schaffer, née à Lima, de Craig Schaffer, né en Californie, de Laurent Stéphan, né en France et de Pierluigi Tomasi, né en italie, ce groupe se consacre au chant polyphonique géorgien.

CD : Kirialesa


Inti-Illimani

En 1973, après le coup d'Etat de Pinochet - premier 11 septembre de sinistre mémoire -, de nombreux chiliens trouvèrent refuge en Europe. Le groupe Inti-Illimani, créé en 1967, était en Italie lors du coup d'Etat et trouva asile dans ce pays.

Leur premier disque "Viva Chile", exprimait l'immense espoir que représentait l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende. Le suivant (la Nueva Cancion chilena) reprenait le célébrissime "El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido" de Quilapayun à côté de chants de Pablo Neruda et Violetta Parra. Après un disque consacré aux chants traditionnels (Canto de Pueblos Andinos), Hacia la libertad et Resistencia expriment l'esprit de résistance à la dictature. Après son retour au Chili, le groupe semble avoir connu quelques dissensions internes.



Nusrat Fateh Ali Khan

Nusrat Fateh Ali Khan (1948 - 1997) était un musicien pakistanais, maître de qawwalî.

Le qawwalî est un genre musical populaire de l'Inde et du Pakistan qui exprime la dévotion soufie. Il trouve son origine dans l'Inde du XIVe siècle, son fondateur est censé être Amir Khusrau Dehlavi.
Cette forme syncrétique de l'islam hétérodoxe est interprétée par un ensemble de musiciens professionnels de sexe masculin (les qawwal) variant de 3 à 13 personnes avec deux chanteurs principaux accompagnés par l'harmonium, de cinq à neuf chanteurs de refrains qui battent la mesure avec leurs mains, un joueur de tablâ et un joueur de tambour dholak.
Le qawwali se caractérise musicalement par l'usage de voix fortes faisant alterner solo et choeur, répétitions et improvisations, par le soutien vigoureux des tambours et de claquements de mains et par l'intégration continuelle d'éléments étrangers à la structure originelle (citations poétiques ou musicales) dans le souci de soutenir l'impact du mot sur les auditeurs et d'éveiller en eux, par connotations, une émotion mystique pouvant aller jusqu'à l'extase.
Les chansons de qawwalî se classent en deux groupes : les hamd ou manqabat qui sont des chants dévotionnels dédiés à Allah et les ghazal qui sont des chants profanes qui célèbrent le vin ou l'amour.
Les chansons durent généralement une quinzaine de minutes et sont habituellement arrangées dans le format suivant :
1. la chanson commence par une introduction musicale où la mélodie principale est jouée sur des harmoniums, avec généralement des variations improvisées sur ce thème, 


2. vient, ensuite, une section appelée un alap, où les chanteurs entonnent différentes notes longues provenant du râga qui sert de soubassement tonique au thème joué,
3. puis, le chanteur principal commence à chanter les vers du poème qui compose les paroles de la chanson, sans percussion, seulement accompagné de l'harmonium. Les mélodies chantées sont improvisées en suivant la structure du râga. Après la première exposition du vers par le chanteur principal, un autre le répète sur une mélodie improvisée différente. Quelques vers, en nombre variable, sont ainsi chantés, de façon à conduire vers le cœur principal de la chanson,
4. la chanson débute alors véritablement, à ce moment-là, le tablâ et les dholak commencent à jouer en rythme, avec les chanteurs de chœur battant leurs mains en rythme et tous les membres de l'orchestre s'associent au chant des vers. Les paroles et les mélodies qui leur sont associées ne sont généralement pas improvisés et sont en fait des chansons traditionnelles très populaires. Durant le cours de la chanson, le chanteur principal et les choristes peuvent rompre son cours en un alap, une longue mélodie tonale improvisée.
La chanson connaît généralement une montée du tempo et du pathos, chaque chanteur essayant de se surpasser en terme d'acrobaties vocales. Quelques chanteurs exécutent de longues périodes d'improvisation sur le sargam, dialoguant souvent avec un apprenti chanteur. Les chansons finissent habituellement de façon abrupte.

Polyculturel par principe, le qawwalî, qui est né en grande partie du besoin de trouver un outil de communication musicale, résulte de la fusion d'éléments poétiques et philosophiques originaires de l'Iran et de l'Asie Centrale et d'éléments musicaux empruntés pour la plupart à la tradition de l'Inde du Nord. Les missionnaires soufis trouvèrent dans les populations locales, majoritairement issues des basses castes, une audience d'autant plus réceptive à ce message d'amour, duquel la notion de plaisir n'était pas exclue, que ces dernières étaient à la fois méprisées par le système social et religieux, l'accès aux temples étant réservé aux purs.

Nusrat Fateh Ali Khan commence sa carrière assez tard, à l'âge de trente ans Sa voix puissante en a fait une énorme vedette dans le monde islamique et il fut l'un des premiers chanteurs d'Asie du sud à connaître la notoriété en Occident. Nusrat Fateh Ali Khan est le grand maître du qawwalî, amalgame de la musique classique indienne, de la musique semi-classique représentée par les thumri et les dadra, et de la musique légère. Cette musique, autrefois cantonnée aux confréries, est aujourd'hui partout.

Il a rendu populaire l'insertion de chant khyal dans le qawwalî, c'est-à-dire de solos improvisés, au cours de la chanson, où il chante le sargam, soit le nom de la note chantée à sa hauteur propre. Il a également mélangé la musique qawwalî avec des aspects plus occidentaux comme la musique techno ou le trip hop. 


Discographie succincte :


En Concert à Paris (1985 - 5 volumes ches Ocora)
Nusrat Fateh Ali Khan & Party # 1991 : Shahbaaz (CDRW16 sur Real World Records)
Devotional and Love Songs (1993) -
Pakistan : Vocal Art of Sufis, Vol. 1 & Vol. 2 (1994)
Night Song (1996) avec Michael Brook
Star Rise : Remixes (1998) avec Michael Brook
Body and Soul (2002)
Back to Qawwali (2003)
Must Must / Last Prophet (2004)


Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan


D'abord quelques accords de cordes pincées, puis un archet glisse avec une lenteur majestueuse. On croirait que l'instrument pleure. Kurde iranien, Kayhan Kalhor est un as du kamantché, une vielle hors du temps qui requiert des années de perfectionnement. A 40 ans à  peine, Kayhan Kalhor en joue tel un maître détenteur de décennies d'expérience comme en témoigne cet album, dialogue intense et fin avec le Turc Erdal Erzincan, virtuose, lui, du luth baglama. Kalhor multiplie les collaborations, du Kronos Quartet californien aux stars de la tradition perse, Mohammad Reza Shajarian et Hossein Alizadeh, en passant par le violoncelliste sino-américain Yo Yo Ma ou le sitariste d'Inde du Nord Shujaat Husain Khan. Volutes délicates, douceur et vivacité, Kalhor possède un sens prodigieux de l'impromptu. Son kamantché est un enchantement avec ses doux méandres étendus et fleuris, ses envolées courtes et surprenantes, parfois ponctuées d'un silence infinitésimal pour en savourer l'épanouissement. On ne sent pas le temps passer avec ces douze morceaux d'improvisation sur les musiques perse et turque. Une sensation rare quand il s'agit de musique uniquement instrumentale.

Bouziane DAOUDI - Libération -30 septembre 2006



Kayhan Kalhor est né à Téhéran en 1963. A l'âge de 7 ans il commence des études musicales avec le maître Ahmad Mohajer. Enfant prodige du kamancheh, il travaille dès l'âge de treize ans à l'orchestre de la radio-télévision nationale iranienne. Puis il travaille avec le prestigieux Ensemble Shayda tout en continuant à étudier le répertoire classique iranien (radif), ainsi qu edes répertoires régionaux, du Khorasan au nord-est et du Kurdistan à l'ouest.

Il étudie la musique classique occidentale à Rome et à Ottawa. Il a composé pour les principaux vocalistes iraniens, dont Mohammad Reza Shajarian et Shahram Nazeri, et joué avec Faramarz Payvar et Hossein Alizadeh. En 1991 il est co-fondateur de Dastan, et lance Ghazal en 1997 avec Shujaat Khan. Leur disque The Rain obtient est nominé pour les Grammy-awards.

Le partenaire de Kalhor sur le disque The Wind est Erdal Erzincan, un joueur de baglama Turc. Le résultat : un magnifique exemple d'improvisation en duo.
Les musiciens s'appueint sur leurs traditions respectives pour improviser une longue suite en douze parties, entre élans communicatifs et instants méditatifs.



Les cubains :
Buena Vista Social Club, Compay Segundo, Rubén González



Le film de Wim Wenders est archi-connu. Rappelons seulement qu'il raconte comment le guitariste Ry Cooder est arrivé en 1997 à Cuba pour enregistrer un disque mélangeant les rythmes cubains et l'influence africaine. Les musiciens africains n'ayant finalement pas pu venir, il constitue un groupe de vieux musiciens cubains qui enregistre les morceaux qui vont faire le succès mondial de l'album : Compay Segundo, devenu une star mondiale depuis le disque de Cooder Ruben Gonzalez, le pianiste, tous deux récemment disparus, et le chanteur Ibrahim Ferrer notamment.

Une polémique est née à ce propos, certains musiciens cubains ayant été agacés de voir ces vétérans du son traditionnel traités en héros alors que les vedettes actuelles de la timba (nouveau terme employé à Cuba pour se démarquer de celui de salsa) seraient ignorés du grand public. En tout cas, ce disque est excellent.

Astor Piazzolla

Astor Piazzolla, bandonéoniste de génie, modernisa profondément le tango et son influence demeure capitale sur le jazz, mais aussi sur le rock et même une certaine musique savante.
Astor Pantaleón Piazzolla voit le jour le 11 mars 1921 au fond d’une ancienne confiserie de Mar del Plata (Argentine). Son père Vincente Piazzolla jouait souvent du bandonéon lui-même et tente naturellement d’inoculer le virus du tango à son jeune fils ; à cet effet, il le confie dès son plus jeune âge à un professeur. À 9 ans déjà, Astor joue sans grand enthousiasme de nombreux tangos, valses, et rancheras (danses folkloriques de l’Amérique latine) dans des cabarets, théâtres et autres lieux publics. Le jeune enfant prodige partage alors son temps entre New York (où sa famille émigra en 1925) et Mar del Plata. Il étudie avec de très nombreux professeurs tels que Libero Paoloni, le pianiste Andy Daquila, Terig Tucci puis surtout Bela Wilda qui parvient à lui transmettre l’amour de la musique de J.S. Bach qu’il transcrit ensuite au bandonéon. Dès ses 14 ans, il compose deux rancheras : La Cachirla et Doña Rosa ainsi que deux tangos : Yugando et Guapo el Mozo, tout en se passionnant pour le jazz (qu’il écoute à Harlem).

Au milieu des années 30, l’illustre chanteur Carlos Gardel débarque à New York et devient ami avec le père d’Astor. La star du tango découvre alors le talent particulièrement prometteur du jeune adolescent et lui propose tout bonnement de participer à son film El día que me quieras (Astor jouera le rôle d’un crieur de journaux) et même d’enregistrer quelques morceaux sur l’un de ses disques.

Après la mort tragique de Carlos Gardel dans un accident d’avion, la famille Piazzolla retourne dans le pays natal alors que le jeune Astor a 17 ans. Revenu à Mar del Plata et ayant perdu tous ses amis américains, Astor monte un trio (bandonéon, violoncelle et piano) dans lequel il interprète du jazz, du Gershwin et même du Bach. Mais il a enfin la révélation du tango lorsqu’il entend à la radio le sextette d’Elvino Vardaro. Il part ensuite pour Buenos Aires où il vit dans des pensions de famille très modestes, il assiste là bas à un spectacle d’Aníbal Troilo et repart totalement conquis avec une nouvelle ambition : jouer au sein de l’orchestre du célèbre joueur de tango. La chance ne tarde pas à se manifester, car Toto Rodriguez, le bandonéoniste principal de l’orchestre, tombe gravement malade ; aussitôt, Astor se propose pour le remplacer et conquiert le sévère Aníbal Troilo en jouant l’intégralité de son répertoire sans interruption. Piazzola débute donc réellement sa carrière comme bandonéoniste chez Troilo, tout en poursuivant sa formation musicale avec le compositeur Alberto Ginastera (qui lui a été indiqué par le grand pianiste Arthur Rubinstein à qui il avait soumis son premier concerto). Ginastera lui enseignera la composition, le contrepoint et lui fit découvrir la musique moderne (Bartók et Stravinsky). Le fougueux Astor Piazzolla écrit de plus en plus sa musique (ainsi que ses arrangements) et ne supporte plus que Troilo l’empêche d’exprimer pleinement sa créativité, il décide alors de quitter l’orchestre du maître pour tenter sa chance en solo.

Après avoir pris quelques cours de direction d’orchestre avec Hermann Scherchen, il écrit des arrangements et compose ses toutes premières musiques pour le cinéma comme Con los mismos colores (1949) ou Bólidos de acero (1950) du cinéaste Torres Ríos. En 1950, il compose ses premiers “classiques” : Prepárense, Lo que vendrá puis la Symphonie Buenos Aires pour deux bandonéons et orchestre, qui incorpore le “lija” : son des cordes raclées avec l’archet derrière le chevalet (typique des tangos traditionnels), ce qui fit scandale à l’époque.

En 1954, il reçoit une bourse du gouvernement français pour aller étudier à Paris. Là bas, il demande à voir Nadia Boulanger à qui il soumet sa Sinfonietta. Boulanger le questionne sur sa vie et l’accepte comme élève mais en lui demandant de mettre plus de “lui-même” dans ses oeuvres. Piazzolla en profite pour enregistrer ses oeuvres à Paris, avec un orchestre à cordes accompagné par Lalo Schifrin et Martial Solal au piano. Le poète Horacio Ferrer rencontre Piazzolla durant l’été 1956 et sympathise avec lui, puis en 1960, le compositeur crée le quintette “Nuevo Tango ” et compose les plus grands titres de son répertoire comme Adiós Nonino ou Muerte del ángel.

En 1966, le compositeur assiste au Brésil à un spectacle innovant avec le poète Vinicius de Moraes, les musiciens Dorival Caymmi, Baden Powell et le Cuarteto Em Cy qui mélangent élégamment choeurs, passages chantés ou instrumentaux avec de la poésie. Il demande à Ferrer de concevoir un projet du même type, c’est ainsi que naquit le 8 mai 1968 le jubilatoire opéra-tango María de Buenos Aires qui obtint malheureusement très peu de succès. Dans la foulée, le duo se met à composer chansons après chansons comme la superbe Balada para un loco (repris en français par Julien Clerc) et le mélancolique Chiquilín de Baquín, interprétés avec succès en 1968 par la chanteuse Amelita Baltar qui devint la compagne de Piazzolla. Parallèlement à sa carrière de musicien de concert, il écrit de nombreuses musiques de films comme Los tallos amargos (1956), Una viuda difícil (1957), Paula cautiva (1963), Con gusto a rabia (1965), Las locas del conventillo (María y la otra) (1966), La fiaca (1969) - films signés par le réalisateur Fernando Ayala. Ainsi que Violencia en la ciudad (1957) de Enrique de Rosas, La fin del mundo (1963) d’Emilio Vieyra ou Pulsación (1969) de Carlos Páez Vilaró.

En 1972, le metteur en scène italien Bernardo Bertolucci lui demande de composer quelques thèmes pour son scandaleux Dernier tango à Paris (1972), mais le musicien doit abandonner en cours de route, étant trop occupé par la préparation de deux concerts importants à Buenos Aires. C’est le musicien de jazz Gato Barbieri (également d’origine argentine) qui signera la musique finale. Reste tout de même la belle chanson Jeanne y Paul (écrite à l’origine pour le film de Bertolucci), qui resservira d’ailleurs pour illustrer le film politique de Francesco Rosi : Cadaveri eccellenti (Cadavres exquis, 1976) avec Lino Ventura. Pour Il pleut sur Santiago (1975) du cinéaste engagé Helvio Soto (interprété par une pléiade de stars comme Jean-Louis Trintignant, Annie Girardot, Bernard Fresson et André Dussolier), Piazzolla écrit une musique aussi courte que marquante. Dans ce film politique ambitieux qui dépeint l’ascension et le coup d’état du général Pinochet dans un Chili tourmenté, son Balade para mi muerte (dans une nouvelle orchestration instrumentale et plus électrique) accompagne de façon un peu trop pompeuse la chute du président Salvador Allende sur des images au ralenti. On trouve également la future chanson Se potessi ancora (en version instrumentale) et un très beau passage lent et mélancolique (qui deviendra la chanson Las ilhas en 1976) accompagnant les passages de suspense ou illustrant le désespoir de la population chilienne. Pour le film Lumière (1975), une ode au cinéma signée par une Jeanne Moreau séduite par la sensualité de la musique du célèbre bandonéoniste, Piazzolla compose quatre thèmes principaux : Soledad, Muerte, El amor, La evasión qu’il enregistre en Italie. La réalisatrice fit ensuite écouter la musique aux acteurs afin qu’ils s’en imprègnent.

Le réalisateur Alain Corneau lui confie la musique de Le choix des armes (composée par Philippe Sarde). Armaguedon (1976), thriller méconnu d’Alain Jessua avec Alain Delon et Jean Yanne, lui donnera par contre l’occasion d’écrire un score plus expérimental et sombre, comme en témoigne le générique très inquiétant évoquant son fabuleux travail pour la chanson de “science fiction” Preludio para el año 3001 (enregistrée en 1969 par Amelita Baltar).
Mais c’est sans doute le cinéaste italien Marco Bellocchio qui lui permettra de signer son chef d’oeuvre filmique avec Enrico IV (Henri IV, le roi fou, 1984) d’après une pièce de Luigi Pirandello, dont il écrira les superbes parties symphoniques (D. Nicolau se chargeant de la musique de source). Piazzolla déploie tout son génie dès le générique, pour le très beau thème du portrait et le fameux thème de l’oubli (Oblivion) qui sera adapté plus tard en chanson par Milva (en septembre 1984 au théâtre des Bouffes du Nord) et qui distille une mélancolie véritablement déchirante, tant dans sa version pour hautbois que pour bandonéon. Ses scores pour El exilio de Gardel (Tango, l’exil de Gardel, 1984) et le remarquable Sur (1988) de Fernando Solanas sont également des partitions exceptionnelles. Le chanteur brésilien Caetano Veloso rendra un bel hommage à Sur en reprenant son Vuelvo al sur à la fin de son album Fina Estampa.
En 1989, Piazzolla fonde le sextette Nuevo Tango qui constituera son tout dernier ensemble de tango avant que sa mort survienne le 4 juillet 1992.

Aussi innovateur dans le domaine du tango qu’un Antonio Carlos Jobim pouvait l’être pour la samba, Astor Piazzolla laissera derrière lui une oeuvre immense dans des domaines aussi divers que la chanson (outre Milva et Amelita Baltar, il collaborera avec les chanteurs Jairo à qui il offrira les chansons Le diable et Go-tango, Georges Moustaki, Guy Marchand, et surtout Jean Guidoni pour deux albums dont Crime passionnel - opéra pour un homme seul et six musiciens), le jazz (il jouera avec l’accordéoniste Richard Galliano, le vibraphoniste Gary Burton et le célèbre saxophoniste de cool-jazz Gerry Mulligan), la musique de scène (le particulièrement émouvant Famille d’Artistes - pièce d’Alfredo Arias et Kado Kostzer), les ballets, ou la musique savante pour laquelle il écrira entre autres les enthousiasmants Tres tangos et le Concerto pour bandonéon et orchestre (que Lalo Schifrin dirigera magistralement en 1988).



Soledad


Soledad est un groupe de cinq jeunes musiciens français, issus de la musique classique et passionnés de la musique d'Astor Piazzolla, auquel ils empruntent sur ce CD pas moins de six morceaux : Milonga del Angel, Michelangelo 70, Escualo, Ballet Tango, Libertango et Nuestro Tiempo. A noter aussi le Tango pour Claude de Richard Galliano et deux tangos de Stravinsky.

Josefina 




Née à Marseille en 1974, d’origine Gitane Andalouse, Josefina commence à chanter très jeune, à l’occasion de réunions festives et sa famille est son premier public. Dès l’âge de 10 ans, elle caresse l’idée de composer ses propres chansons et, déterminée, elle décide de « faire de la musique... Rien d’autre ! ». En 1993, dans le Var, elle crée un groupe en famille, avec ses frères et ses cousins. Le groupe se produit dans de petits festivals locaux. Après la dispersion du groupe, Joséfina continue sa route. Elle se produit en 1998 à Ajaccio, en première partie du concert de Patrick Fiori. Puis elle rencontre Chico et les Gypsie’s, qui lui proposent de les accompagner dans une tournée qui durera un an, et auprès desquels elle fait ses armes. Elle a fait ensuite partie du groupe I Muvrini pendant 5 ans, entamant avec eux une tournée nationale et internationale. Jean-François Bernardini lui demande de traduire un de ses textes en espagnol. De là, est né « Ùn sò micca venuti ». Leur collaboration porte ses fruits : Joséfina chante « Vogliu » dans le dernier album d’I Muvrini (Umani). Après cette grande aventure, Joséfina décide de continuer seule. Elle compose et écrit ses textes. Puis, avec l’aide de Jean-Bernard, créé son premier album, Caminando ( « en marchant »). On peut l'entendre également dans le dernier CD d'Antoine Ciosi (Luisa).


Bebel Gilberto

Bebel Gilberto, fille de João Bosco Gilberto et de Miucha, soeur de Chico Buarque

Après Tanto Tempo, son premier disque en 2000, Bebel sort un 2ème album , Bebel, en 2004 puis Remixed en juin 2005.

.


On est séduit dès les premières notes de Momento, son troisième album, par la voix de fraîche de Bebel, qui se marie parfaitement avec les ambiances et les arrangements très modernes. Bebel a écrit ou co-écrit la plupart des chansons de l’album, qui contient également trois reprises époustouflantes : Caçada (de son célèbre oncle auteur-compositeur Chico Buarque), Night and Day, le standard de Cole Porter et Tranquilo du jeune producteur Kassin.


Laïs



Je viens de découvrir (merci Françoise) un groupe de chant flamand étonnant : Laïs.


Composé de trois jeunes femmes aux voix célestes, Jorunn Bauweraerts, Annelies Brosens et Nathalie Delcroix, originaires de Kalmthout (Belgique), ce groupe se présente comme le chaînon manquant entre le Moyen Age et le XXIème siècle. Pour Laïs, la musique est d'abord et avant tout communication avec le public, qu'elle soit jouée dans une petite église ou lors d'un grand festival, mais également avec d'autres artistes (notamment I Muvrini). 



Les textes, toujours assez sombres, de Laïs proviennent de vieux recueils de chansons. La plupart des chants traitent de la douleur et de la mort. Les personnages sont tous, presque sans exception, des victimes. Mais la musique est dynamique et rythmée.
Le jeune groupe a déjà cinq albums a son actif : Laïs, A la Capella, Documenta, Dorothea et Douce Victime.


   

 

Un groupe à découvrir ! Site (très bien fait) : http://www.lais.be


Savina Yannatou


“Sumiglia”


C'est complètement par hasard que j'ai découvert ce disque, évidemment attiré par son titre. Un disque magnifique qui propose un voyage dans les musiques de la Méditerranée. La chanteuse grecque Savina Yannatou chante avec agilité ces mélodies d'Italie, de Grèce, de Palestine, d'Espagne, de Moldavie, d'Ukraine, d'Arménie... et même le Sumiglia d'A Filetta qui donne son titre au disque. Chantant dans douze langues, elle rend parfaitement l'atmosphère de chaque morceau. Excellent accompagnement musical de "Primavera en Salonico", le tout bénéficiant de l'excellente prise de son des ingénieurs ECM.


songs of another


Nouvel album de Savina Yannatou et Primavera en Salonico, Songs of an other explore des chants de Grèce, de Bukgarie, de Serbie, d'Italie du Sud et d'Arménie ainsi que des chants yiddish. L'interprétation ne dénature pas ces chants traditionnels, elle les magnifie.


Anouar Brahem


Anouar Brahem est né en 1957 à Halfaouine. Il entre à l'âge de dix ans au Conservatoire National de Musique de Tunis pour y apprendre l'oud (le luth arabe). A 15 ans il se produit déjà dans les orchestres locaux et à dix-huit il décide de se consacrer entièrement à la musique.

Rapidement il se confronte aux modes musicaux venus d'Inde ou d'Iran et découvre le jazz.
Dès ses premières compositions il démontre que les possibilités de l'oud vont bien au delà du simple rôle d'instrument d'accompagnement. 
En 1981, Brahem s'installe en France, où son talent s'épanouit au contact d'autres artistes. Il compose pour le chorégraphe Maurice Béjart et, en 1983, collabore avec Gabriel Yared pour la musique du film de Costa Gravas "Hanna K". Pendant quatre années il se produit avec succès dans différents festivals à travers l'Europe. En 1985, Anouar Brahem réunit à Carthage des musiciens turcs tsiganes, tunisiens et des jazzmen français, pour interpréter sa pièce instrumentale "Liqua 85" qui lui vaut le grand prix tunisien de la musique. En 1987, il accepte la direction de l'ensemble musical de la ville de Tunis.

Sa rencontre avec Manfred Eicher, le fondateur du mythique label ECM, va lui donner la possibilité de donner libre cours à son imaginaire musical. Son premier album "Barzakh" (1991) fruit de sa collaboration avec les virtuoses tunisiens Bechir Selmi et Lassad Hosni et le second "Conte de l'incroyable amour" (1992) avec le clarinettiste Barbaros Erköse et le joueur de nai turc Kudsi Erguner lui permettent de développer de riches idées sur la musique méditerranéenne contemporaine. En 1994, il enregistre "Madar" avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek et le joueur de tablas pakistanais Shaukat Hussain. "Khomsa" est l'occasion de reprendre librement des thèmes composés pour des films avec un sextet qui comprend notamment l'accordéoniste Richard Galliano. "Thimar"  est une nouvelle rencontre, cette fois avec le bassiste Dave Holland et le saxophoniste-clarinettiste John Surman. "Astrakan Café" enregistré en compagnie de Lassad Hosni et Barbaros Erköse propose des thèmes traditionnels, d'anciennes compositions et de nouvelles créations. 


Discographie :

Barzakh (1991, ECM 1432)
Conte de l'incroyable amour (1992, ECM 1457)
Madar (avec Jan Garbarek, 1994, ECM 1515)
Khomsa (1995, ECM 1561)
Thimar (1998, ECM 1641)
Astrakan Café (2000, ECM 1718)
Charmediterranéen (Orchestre National de Jazz, 2002, ECM 1828)
Le Pas du Chat Noir (2002, ECM 1792)
Le Voyage de Sahar (2006, ECM 1915)

brahem brahem
khomsa thimar
astrakan paschatnoir
voyage