
Cathy Rocchi a réalisé récemment pour France 3 un documentaire exceptionnel retraçant l'itinéraire d'A Filetta.
Ce film sera visible toute l'année 2009 sur le
site de France 3.
Au sein des quatre premiers albums
: Machja n’avemu un altra (1981), O
vita (1982),
Cun tè (1984) et l’Abriu di e stagione (1987), le style d'A Filetta se
dessine peu à peu avec des rythmes spécifiques et des textes d’une
grande poésie MareCun tè, O Vita).
Parallèlement, très présent sur le terrain culturel, le groupe
effectue un travail de recherche sur la polyphonie traditionnelle, en
Balagne, mais
également ailleurs. De cette démarche naît, en 1989
A u
visu di tanti où
l’on entendra des polyphonies traditionnelles sacrées, comme O
Salutaris (u
Mucale),
Requiem (Rusiu), ou
profanes (
Paghjella di
Tagliu) alliées à des créations musicales bien
différentes du passé (
Anima, où le
groupe utilise
des instruments traditionnels tels que la cetera, la pivana ou des
percussions). C'est
dans ce disque que le groupe effectue un premier tournant avec une
création
polyphonique (
U Lamentu di Ghjesù),
qui s’imbrique
parfaitement, notamment au niveau de la ligne conductrice, dans la
tradition orale
insulaire. Ce chant qui dégage une intense émotion est toujours en 2005
au
répertoire du groupe. A cette époque, c'est notamment au contact des
confréries que se dessine l'écriture de chants sacrés
polyphoniques.
En 1989, A Filetta franchit un nouveau palier en s'investissant dans
l'organisation des
rencontres polyphoniques de Calvi. « C’est un deuxième tournant, une
prise de conscience d’aller vers l’ouverture tout en conservant notre
spécificité. Et puis cela correspondait également à un besoin
car dans la musique, rien n’est figé » explique Jean Claude Acquaviva.
Quinze années durant, le groupe va s’enrichir grâce à
l’échange avec d’autres traditions telles que la Grèce,
l’Albanie, la Sardaigne et avant tout la Géorgie.
"Le courant
est passé très fort avec les
Géorgiens. Dès qu'ils se sont mis à chanter, on a eu l'impression
qu'ils nous renvoyaient une image de nous-mêmes, c'était assez
surprenant.
On retrouvait en eux les mêmes gestes, les mêmes façons de se chercher
dans le chant. De fait, sur le plan harmonique, ils ont une musique
très proche de
la nôtre. Du coup, on s'est mis à chanter des chants géorgiens et ils
sont revenus deux ans après, avec des chants à nous. On aurait vraiment
dit
des chanteurs corses. (…) Ces rencontres remettent notre chant dans sa
matrice : en entendant chanter les Caucasiens, les Albanais,
les Kabyles, les Turcs,
les Syriens, nous entendons chanter une part de nous-mêmes. (…) Nous
avons
chanté des nuits entières avec les Mongols ou les Inuits sans
échanger une seule parole".
En 1992 sort
Ab
Eternu, presque
entièrement consacré à des chants liturgiques (messe des
défunts, semaine sainte) à l’exception de
Sumiglia,
composé à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva.
En 1994 sort l'album «
Una
Tarra ci hè
». Cet album est celui de la maturité, avec des créations aussi bien
polyphoniques (
A Paghjella di l'Impiccati,
U
Lamentu di Maria), qu'avec
instruments. Toutes ces créations sont d'une grande qualité.
Parallèlement,
U
Svegliu Calvese
ayant décidé de reprendre la tradition de la Semaine Sainte en Balagne,
A
Filetta s'investit de nouveau en 1993 pour reprendre cette
manifestation, renouant avec
la démarche initiée dix ans auparavant. "Il s'agit pour nous de donner
un
visage plus humain à la Passion : l'histoire d'un homme avant celle du
fils de
Dieu."
Sorti en 1997,
Passione,
est un album
exclusivement consacré aux chants de la Passion, qu’ils soient
traditionnels
ou compositions du groupe. La minutieuse architecture des voix, le
lyrisme brûlant
et l'interprétation saisissante balaient tout préjugé pour ne
laisser place qu'à l'universalité de l'art. Dans cet album, à noter
particulièrement
U Sipolcru et
A Sintenza, deux
compositions de JC,
Ghmerto, chant
géorgien emblématique
ainsi qu’une nouvelle version, plus dramatique que la première,
d’U
Lamentu di Ghjesu. En 1998, le
metteur en scène napolitain
Orlando Forioso met en scène
La Passion. Cette
reconstitution
in lingua
corsa des derniers jours de la vie du Christ est jouée dans
la citadelle de
Calvi par trente acteurs bénévoles accompagnés par A Filetta. Ce
spectacle est redonné l'année suivante les 3, 4 et 5 avril 1999. La
Passion
inspire également le
Via Crucis présenté les 30 et 31
mars
2002 dans la Citadelle. Ce chemin de croix ponctué de textes empruntés
à la littérature moderne (Borgès, Primo Levi, Filippini) est mis en
scène par Orlando Forioso et, rejoué spécialement pour FR3
début février 2003, a fait l'objet d'une diffusion
télévisée à Pâques de la même
année.
Médée
Le groupe va franchir un nouveau
cap important : un soir
d'août 1995, lors d'un concert donné dans l'oratoire Saint Antoine de
Calvi,
le groupe rencontre le jeune metteur en scène Jean-Yves Lazennec.
L'idée
d'une collaboration est évoquée, et quelques mois plus tard prend forme
un
projet de mise en scène d'un texte antique : le Médée
de
Sénèque. La création musicale est confiée au groupe qui
traduit le texte latin en corse. Et les 12, 13 et 14 novembre 1997, A
Filetta
présente au théâtre de Bastia les chœurs de
Médée. Jean-Yves Lazennec dira : "A Filetta propose quelque
chose
d'inouï, de tout à fait nouveau et d'à peu près inclassable,
qui ne ressemble à rien d'autre véritablement de ce qu'ils entreprirent
avant comme après. Une tension émue entre le proche et le lointain, au
service d'une terrible histoire d'amour déchu et de rejet de
l'étranger,
où la création de l'artiste éclaire avec étonnement le
présent."
Crédit photo : Jean-Marie Colonna
Bruno Coulais dira de cette composition à six voix : "c'est un
OVNI". Cette
création, si elle prend sa source dans la mémoire orale insulaire,
évoque aussi d'autres traditions orales du bassin méditerranéen. Le
groupe polira, affinera, prolongera cette création, par extraits, au
fil des
concerts. Si l'on peut en entendre des extraits dans Intantu,
l'intégrale
des chœurs de Medea
ne sortira en CD qu'en juin
2006.
Bruno Coulais
Dans la salle, un certain
Bruno
Coulais, compositeur de musiques de films, est époustouflé et
souhaite
rencontrer le groupe qu'il avait déjà entendu à Lama.
Il déclarera, dans le
film de Don Kent diffusé par
Arte et édité sur DVD : « Rien n’était
écrit. Jean-Claude avait probablement tout en tête, et c’est assez
vertigineux car si la musique traditionnelle se transmet par oralité,
créer
une œuvre en l’ayant en tête sans passer par le papier et en chantant
chaque phrase à chaque musicien, et la réussir, c’est vraiment
impressionnant .»
De cette rencontre naîtra d'abord – dès le mois de janvier suivant -
la bande originale du Don Juan de Jacques Weber, composée par Bruno
Coulais sur
des textes de Marcellu Acquaviva et chantée par le groupe et sur
plusieurs
morceaux par la mezzo-soprano Marie Kobayashi. C’est un
nouveau tournant
pour le groupe, dont la notoriété déjà grandie, va
désormais franchir les frontières pour devenir internationale. "
Nous
avons galéré, c'était une partition à six voix et il fallait
chercher note après note sur le piano. Nous disposions de vingt jours
pour mettre
au point huit chants, mais nous avons aussi beaucoup ri, notamment au
cours des
séances de répétition chez Tao à Calvi", se rappellent
les membres du groupe (entretien avec Bernadette Spagnoli pour Corse
hebdo). "
Bruno a
pris des risques mais il nous a immédiatement fait confiance"
ajoute
José. Et trois jours avant l'enregistrement, tout était au point.
Laissons parler Bruno Coulais (sur Traxzone www.musiquedefilm.com)):
"La rencontre avec le groupe A Filetta a été pour moi
un choc. Pas
seulement un choc musical, mais un choc humain : ils ont une force
émotionnelle
incroyable ! Auparavant, j'avais beaucoup travaillé avec des voix
lyriques,
notamment Marie Kobayashi sur Microcosmos et dans d'autres films. Mais
j'ai
découvert le travail avec les voix naturelles, ces voix qui semblent
venir de
très loin et en même temps tellement contemporaines. La voix naturelle
est
une chose qui ne se démode pas, qui donne ce sentiment
d'intemporalité.
J'étais totalement inconscient sur Don Juan. A l'époque, les chanteurs
d'A
Filetta ne lisaient pas la musique – ils ont beaucoup fait de progrès
depuis. Je leur ai envoyé une partition à six voix, très rythmique,
alors que la musique corse n'a pas une métrique rythmique bien définie,
elle est libre. Ils ont travaillé en trois-quatre semaines sur cette
partition, en
pataugeant un peu, puis je suis arrivé et on a replacé les choses
rythmiques très rapidement, parce que les gens qui viennent du
traditionnel sont
des musiciens-nés. Par exemple, Jean-Luc Géromini, dans le groupe, est
un
surdoué musical. Il suffit que vous jouiez une phrase à toute allure,
il la
mémorise ! Il a un sens rythmique impressionnant ! Les gens qui
travaillent
à l'oreille, c'est une chance incroyable : on a l'impression que leur
interprétation se bonifie au cours du temps. Plus on avance et plus
c'est
émouvant. "
De 1997 à 2002, A Filetta participe ainsi à une dizaine de
musiques de
films (Don
Juan, Himalaya
l'enfance d'un chef,
Le
peuple migrateur,
Comme
un aimant, Le libertin,Serial
lover, Scènes
de crimes, Harrison's
flowers, Vidocq)
et effectue de nombreuses
tournées à travers le globe. Le plus grand succès, la musique
d'Himalaya (César, Victoire de la musique et disque
d'or), sera
donné aux rencontres de Calvi 1999 (sans musiciens) et en 2000, en
version
intégrale avec orchestre, au "Printemps de Bourges" et le 11 septembre
2000 au
Théâtre municipal de Bastia, dans le cadre des XIIes
Rencontres Polyphoniques de
Calvi.
La collaboration avec Bruno Coulais se poursuit avec la
création le 22 juin
2001 de "Toit
du
Monde" dans le cadre du Festival
de Saint-Denis.
L'ouverture vers d'autres musiques s'est faite "naturellement"
selon les membres
du groupe. "Notre chant se veut ouvert. Nous tourner vers les
autres est un besoin.
Partager, s'enrichir d'autres cultures, c'est essentiel, le monde est
complètement
métissé, la Corse ne peut pas rester limitée à ses
frontières, elle évolue culturellement et musicallement", dit
Jean-Claude.
A Filetta collabore également avec Philippe Léotard (avec notamment une
poignante « Complainte corse ») et Gabriel Yacoub (Jean-Claude
Acquaviva a toujours dit son admiration
pour le groupe Malicorne).
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Des expériences, des rencontres aussi : une polyphonie pour neuf voix
composée par Bruno Coulais et chantée avec le groupe Soledonna, le Salve
Regina composé par Jean-Claude Acquaviva sur des textes en
majeure partie
extraits du Flumen Dei
d'Anton Francescu
Filippini ; les différents intervenants sont, outre A Filetta, les
groupes
balanins Anghjula Dea, U Fiatu Muntese, L'Alba et Aghja Rossa.
Rencontre aussi avec la
chanteuse israélienne Noa aux Musicales de Bastia en octobre 2000 ...

A
Filetta avec Noa - Photo G.
Baldocchi
En 2002 sort «Intantu
». On y
retrouve une paghjella, deux
extraits des Chœurs de
Médée, un chant géorgien (Makharia),
deux
créations sacrées (Sub tuum et Kyrie),
trois extraits de musiques de Bruno Coulais pour Don Juan, un chant
satirique (Cose viste), une reprise
de L’Anniversariu di Minetta de
Tavagna, une monodie (Lamentu di a malata)
chantée par Jean-Luc et
enfin deux reprises : A Paghjella di
l’Impiccati figurant dans
Una Tarra Ci Hè
(sans compter la première
version avec instruments sur O Vita...)
et Sumiglia de
Ab Eternu.
Ce disque sonne comme un échantillon de
l'identité musicale et du répertoire du groupe en cette année 2002
et reflète fidèlement le programme des concerts, l’ambiance en moins.
Ici plus que jamais, les six voix masculines d’A Filetta font voisiner
profane et
sacré, simplicité et virtuosité, tradition et création.
En 2003 sort « Si
di mè
». Réalisé par Bruno Coulais,
ce disque
est fait de rencontres. A Filetta s'ouvre à quelques invités
comme
celui qu'ils considèrent respectueusement comme l'aîné : Antoine
Ciosi. ("A l'altru mondu" et "Visioni cari"). Il y a
aussi le géorgien Guram Tamazashvili sur le poignant "Tbilissi".
Ouverture aussi à d'autres timbres, d'autres sensibilités avec les deux
chanteuses Marie Jo Alegrini ("A di ti di tu")
et Marie Kobayashi
("L'aria"). 16 magnifiques chansons,
presque toutes composées par
Jean-Claude Acquaviva. Cette fois chacun des chanteurs a l’occasion de
chanter en
solo, les autres n’étant jamais loin. Les arrangements de Jean-Claude
Acquaviva et Bruno Coulais sont superbes. Emotion intense dans tous les
morceaux, avec
une mention particulière aux textes de Filippini (Memorie
et Visioni
Care), beaux à pleurer. Avec « Si di mè
»,
l’auditeur découvre d’autres harmonies avec de la musique
instrumentale moderne alliée aux techniques traditionnelles du chant.
Malgré l’apport d’une musique contemporaine, le timbre et la
sonorité insulaire restent parfaitement perceptibles pour tout
auditeur, qu'il
soit novice ou habitué. "Si di mé s'adresse autant à ceux qui
chantent avec nous sur le disque, qu'à ceux qui écoutent le disque,
parce
qu'on a sans cesse ce sentiment d'être des frères.Ce disque majeur n’a
malheureusement pas bénéficié de l’audience qu’il
méritait, sa promotion ayant été littéralement sabotée
par Virgin.
Le Requiem de St Denis
En 2004 Jean-Claude Acquaviva compose pour une commande du
festival de Saint-Denis un
Requiem pour deux regards (Di Corsica Riposu), messe de
Requiem pour six voix, avec cinq pièces pour violoncelle. Des textes de
Primo Levi
et de Jorge Luis Borges dits par Pierre Bertoni, en italien, français
ou corse,
viennent enrichir le tout. Cette oeuvre a été présentée les
17 et 18 juin 2004 en la basilique de St Denis puis le 16 septembre
2004 aux Rencontres
de Calvi.
"Le texte de
Primo Levi", souligne
Jean-Claude Acquaviva, "est
extrait de son livre
Se questo è un uomo, un
recueil sur la Shoah qui
dit : "retenez bien que cela fut". C’est un texte sur la douleur et la
culpabilité commune, sur le fait que nous les hommes, avons des frères
qui
ont fait des choses abominables à d’autres frères. Les textes de
Borges traitent, eux, des limites de la vie, du réveil, de la vanité
des
choses ".

Ce Requiem que j’avais imaginé il y a quelques années, a
été entièrement réécrit pour Saint-Denis. Il arrive
souvent qu’un requiem soit écrit pour des circonstances particulières
auquel on associe un nom ou la mémoire de quelqu’un. Moi, je n’ai pas
voulu le faire parce que c’est l’oeuvre du groupe. En même temps, ayant
perdu un neveu il y a deux ans, mort lors d’un accident de scooter,
avec un jeune
copain - il s’appelaient tous les deux Nicolas - avec Requiem
pour deux
regards c’est à eux que je pense. "
Depuis des
années à Calvi, où nous avons créé des Passions, des
chemins de croix, à travers l’histoire du Christ, nous avons toujours
voulu
chanter l’histoire de n’importe quel homme qui souffre pour ses choix,
son
engagement, son amour. De la même façon, nous voulions que notre
Requiem
soit autre chose qu’une série de textes de la liturgie, qui donne,
au-delà du sacré, le sentiment d’une perte infinie. En ramenant
à l’homme et à ses propres limites et pas forcément au divin.
C’est la raison pour laquelle on a inscrit des textes qui parlent de
l’homme
dans ce qu’il a de plus banal". Telle est la vision "laïque"
de la
religiosité que propose le groupe : "
Il y a
la liturgie, à
laquelle on croit ou non ; après, il y a la réalité de la vie qui se
termine, c’est une immense douleur, un trou béant pour ceux qui restent
et
qui souffrent de l’absence. Nous voulions rendre cette
idée-là."
«
Nous avons toujours voulu chanter l’histoire de
tout homme qui
souffre pour ses choix, son engagement, son amour »,
confiait Jean-Claude
Acquaviva au moment de sa venue à Saint-Denis en 2004. Pour lui,
l’intensité que l’on ressent à l’écoute de chants
comme le requiem ne signifie pas un registre triste ou proche de la
mort. "
Avec ces
textes issus de la littérature contemporaine, nous avons voulu donner
une nouvelle
dimension plus humaine, et pas seulement liée à l'aspect céleste. le
violoncelle intervient avec le récitant : c'est l'instrument qui se
rapproche le
plus de la voix humaine et il apporte beaucoup à ce requiem, un aspect
grave et
austère mais aussi parfois plus léger. Ce requiem s'inscrit dans la
trajectoire du groupe, car il contient des éléments hérités
de la musique traditionnelle, mais pas seulement. Il se nourrit aussi
d'influences
diverses, car nous avons établi de nombreux contacts depuis vingt ans
avec des
traditions orales d'autres pays."
Une nouvelle corde à l’arc d’A Filetta : le
théâtre

Le 3 juillet 1999, sous la direction d'Orlando Forioso, A Filetta avait
osé
l'engagement théatral avec Don Ghjuvanni in Commedia dell’
arte,
comédie pleine d’humour écrite avec Marcellu Acquaviva sur une
musique de Bruno Coulais. Ce spectacle donné dans les douves du Fort
Charlet en
ouverture de Festivoce 99 regroupe les six chanteurs d'A Filetta dans
le rôle d'une
troupe de comédiens ambulants, des acteurs italiens de l'association
Ars Nova,
ainsi que Fernando Panullo, Marcello Colasurdo, Marie Kobayashi et
Orlando Forioso dans
le rôle d'un aubergiste. La scénographie est assurée par Toni
Casalonga, qui crée une ambiance évoquant un village corse au XVe
siècle.

Cette collaboration avec Bruno Coulais et Orlando Forioso se poursuit
en 2002
avec Il
Gioco di Robin e Marion, très libre adaptation (en italien)
de Robin des Bois.
La trame de cet opéra prend sa source dans les mythes enfantins : la
princesse
Marion, prisonnière de l'affreux shérif de Nottingham, espère que
Robin, son bien-aimé, défenseur des humbles, viendra la délivrer.
L'univers est onirique : la princesse est enfermée dans une grande
cage à
oiseaux et le château se transforme en forêt...

L'oeuvre est jouée par l'orchestre de Cannes, placé sous la direction
d'Alain Joutard, avec les chanteurs lyriques Marie Kobayashi et
Jean-François
Ercolani et un chœur de 400 enfants des écoles de Corse. Ce projet est
pour
Alain Joutard "le moyen le plus efficace d'amener les enfants vers la
musique dans sa
gamme la plus déployée, de l'unisson à la polyphonie avec une
musique d'essence populaire, lyrique, cinématographique, riche et
ouverte à
l'image de son compositeur". Ce spectacle, avec décors et costumes
créés par Toni et Jérôme Casalonga, est d'abord donné
les 24, 25 et 26 mai 2002 au théâtre de Nice, les 8 et 9 juin 2002 au
Palais
des festivals de Cannes et le 15 juin au Cannet. Il sera repris à
l'Opéra
municipal de Bastia les 9 et 10 mai 2003.
On peut en entendre un extrait musical,
L’Aria,
dans
Si di mè,
et l'intégralité du spectacle a été diffusée par
France 3 Corse.
En 2005, A Filetta compose la musique de "
Fantastica,
la Grammaire de
l’imagination ", pièce mise en scène par Orlando
Forioso sur
la base de textes de Gianni Rodari. Cette pièce, jouée à plusieurs
reprises par des enfants de Calvi, devait clôturer les 17es Rencontres
Polyphoniques. Malheureusement, le mauvais temps n'a pas permis de
présenter le
spectacle en plein air. Les chansons ont été chantées par A Filetta
dans la Cathédrale, sans les comédiens. Ce spectacle hilarant devrait
être présenté de nouveau à Calvi en 2007 et
enregistré.
Marco Polo
A Filetta retrouvera début 2006 Bruno Coulais et Orlando Forioso pour Marco
Polo, un opéra qui sera présenté d'abord à Bastia
puis à Venise
dans le cadre de la
Biennale, avec Guillaume Depardieu
Colomba
Orlando Forioso présentera en mai 2007 une Colomba revisitée, proche de
la
tragédie grecque. Pour ce spectacle,dont la première se jouera à
Bastia
le 5 mai 2007,
Orlando associe théatre, récitatif et chant, et mêle les langues,
français, anglais, italien et latin alternant dans ce grand spectacle
populaire.
La danse :
In
memoriam, Apocrifu
Le 26 décembre 2004, A Filetta participe également à Monte Carlo
à la création du ballet «
In
Memoriam» de Sidi Larbi Cherkaoui.
Absence, présence, racines, passé, présent : le ballet, qui tourne
autour de ces thèmes, lui a été inspiré par les voix d'A
Filetta.
Quand j'ai commencé à penser à la musique de ce ballet,
j'étais en train de réfléchir avec qui je rêverais de
travailler. C'était A Filetta. C'est une musique que je connaissais
déjà depuis quatre ans, et j'avais très très très
envie de faire un jour quelque chose là-dessus.
Dans un de mes précédents spectacles, on travaillait sur du
chant
polyphonique très ancien, des Xe et XIIIe siècles. Pour
s'échauffer, on mettait toujours le même CD, c'était "Intantu" d'A
Filetta.
Après, j'ai cherché tous leurs autres albums, j'ai essayé de
suivre ce qu'ils faisaient, je suis allé à leurs concerts. C'est une
musique qui me touche profondément, et j'ai bâti ma petite histoire sur
cette musique".

Crédit
photo : Franz
Chavaroche
"Nous sommes heureux que Sidi Larbi ait fait appel
à nous car c'est une nouvelle aventure", dira Jean-Claude
Acquaviva."Nous avons
réalisé beaucoup de choses dans des domaines très divers et, hormis
Médée, qui mêle le chant, le théâtre et la danse, nous
n'avions encore jamais participé à un ballet. Nous avons été
surpris et émus de voir à quel point Sidi Larbi a perçu ce qui se
passait entre nous quand nous chantons. Ses chorégraphies nous ont
vraiment
touchés. Nos chants, issus d'une mémoire chrétienne et liturgique,
qui expriment la passion et la douleur, sont transposés à la danse avec
une
esthétique étonnante".
Des extraits de ce spectacle sont de nouveau présentés à
Monaco
les 12 et 13
août 2006. Jean-Claude nous confiera à cette occasion son admiration
pour le
chorégraphe, mais aussi chanteur et musicien: "Il connaît par coeur
tous nos
chants, et quand nous avons répété, nous avons chanté
U
Sipolcru un demi-ton au-dessus de la version du disque. Eh
bien, il l'a
remarqué et nous a demandé de le refaire comme sur le disque ! Parfois,
il
chante
a terza avec nous..."
Le résultat de cette rencontre, pleine de
beauté,
d'émotion et de grâce, est une réussite
éclatante.
Crédit photo :
Laurent Philippe
Et en 2007, pour sa
première création au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, Sidi
Larbi Cherkaoui fait de nouveau appel à ses amis d'A Filetta.



Et Médée de nouveau ...
En février 2005, le groupe réalise un vieux projet : enregistrer
l'intégrale des choeurs composés en 1997 pour Médée. Les
choeurs de Médée sont présentés à Paris dans le cadre
de la Nuit blanche, le 1er octobre 2005 dans la Cour Marly du Louvre.
Le
disque
sort en juin 2006.
Aghju sunniatu qualchi volta è più à un antivistu mondu senza
strade. Alta felicitai?
Photos
Brigitte Kühn aimablement
communiquées par Gerda-Marie Kühn
La composition du groupe
Quelles sont les bases de recrutement du groupe ? La passion pour cette
forme
d’expression, bien sûr ; la qualité de la voix, évidemment ;
mais aussi et peut-être même avant tout quelque chose
d’indéfinissable, mélange de solide amitié et de respect
profond de l’autre.
La polyphonie, c’est la rencontre de
différentes voix dans une harmonie parfaite. Je ne prétends pas que
nous
atteignons toujours cet objectif vers lequel nous tendons. Mais je suis
certain que, pour
y parvenir, une parfaite osmose entre tous les intervenants est
indispensable.
» (Jean Sicurani)
« C’est un chant dans lequel chacun est pleinement responsable de ce
qu’il donne, mais en même temps totalement dépendant et partie
prenante de ce que donnent les autres. Sans l’existence d’un lien très
fort et très particulier entre nous, aucun bon résultat durable ne peut
être obtenu. » (Jean-Claude Acquaviva )
Ce lien d’une qualité exceptionnelle est à la fois utilisé et
renforcé lors de la recherche collective par A Filetta des arrangements
musicaux
pour les chants traditionnels, ainsi que pour les créations. Ces
dernières
partent d’un texte écrit par Jean-Claude Acquaviva, son frère
Marcellu ou d’autres auteurs insulaires, anciens (Filippini) ou
contemporains
(Rinatu Coti, Ghjuvan-Teramu Rocchi). Tradition d’une culture
ancestrale
basée sur l’oralité, leur mise en musique par Jean-Claude ne fait
l’objet d’aucune partition. Paroles et ligne mélodique sont donc
enregistrées « à l’oreille » par chaque membre du groupe
avant qu’ils ne les travaillent et les interprètent ensemble : chacun
à l’écoute attentive des autres, aucun ne cherchant à dominer
l’ensemble, tous tendus vers la recherche commune de l’harmonie
parfaite de
leurs voix.
La liste de tous ceux qui
ont participé à
l'aventure d'A Filetta :
Membres fondateurs :
Michel Frassati,
Tumasgiu Nami,
Dédé Nobili,
Jean-Claude Acquaviva,
Jean Sicurani,
Puis, par ordre alphabétique :
François (Ceccè) Acquaviva,
Jean Antonelli,
Daniel Berti,
Pierre Bertoni,
Stéphane Casalta,
François Croce,
Natale Ferricelli,
José Filippi,
Eric Fino,
Jean Yves Franceschi,
Jean-Luc Geronimi,
Nonce Giacomoni,
Stéphane Giannecchini,
Paul Giansily,
Tony Guidicelli,
Christian Johanenc,
Yves Leccia,
Jef Leschi,
Jean Luciani ,
Christian Magdelene,
Antoine Mariotti,
Philippe Mariotti,
Maxime Merlandi,
Paul Félix Nasica,
Henri Olmeta,
Francis Palmari,
Battì Paoli,
Bernardu Pazzoni,
Jean Marc Pellegri,
Jean Luc Raclot,
Valérie Salducci,
Benedettu Sarocchi,
Jean Philippe Tomi,
Félix Travaglini (Felì),
Maxime Vuillamier
Plus quatre musiciens ayant accompagné le groupe durant
quelques années
sur les tournées "Una tarra ci hè" : Anne-Lise Herrera , Isabelle
Escanez ,
Jean Michel Giannelli et Paul-Antoine de Rocca Serra.
Le groupe actuel est le
suivant :
Jean-Claude Acquaviva, porte-parole du
groupe, siconda et terza,
Jean
Sicurani, siconda et bassu,
José Filippi,
qui rejoint le groupe en
1983, siconda et bassu,
Paul Giansily, siconda et
terza, arrivé en 1984,
Maxime Vuillamier, bassu (1989),
Jean-Luc
Geronimi, siconda et terza
(arrivé en 1997), et enfin
Ceccè Acquaviva (bassu),
qui a rejoint le
groupe en 2006. Auxquels il faut ajouter l'omniprésente
Valérie
Salducci, à la fois régisseur, éclairagiste,
administrateur...
|
Maxime
(photo Paul
Parenti)
|
José
(photo Paul
Parenti)
|
Jean
(photo Paul
Parenti)
|
|
Jean-Claude
(photo Françoise Coulomb)
|
Jean-Luc
(photo Paul Parenti)
|
Paul
(photo Paul Parenti)
|
|
|
...et
Ceccè
(photo Maxime Vuillamier?)
|
|
Corse matin
du 06/04/2006 - Article
communiqué par Françoise Coulomb
L'insertion du groupe dans la vie locale
A Filetta s'est depuis toujours profondément investi dans la vie
locale. En
témoignent non seulement l'action accomplie avec U Svegliu Calvese
autour de la
Passion, du
Via Crucis et des
Rencontres
Polyphoniques, mais
également tout le travail accompli avec le milieu éducatif à travers
des interventions dans les écoles et les spectacles
Il Gioco
di Robin e
Marion et
La Grammaire de l'imagination.
On retiendra aussi le projet
"creazione, canti e incontri" réalisé avec le centre culturel "Una
Volta"
de Bastia, autour d'un travail pédagogique vers les enfants avec le
groupe
Soledonna.
Qu’ils chantent les choeurs antiques de Médée ou écrivent pour
Bruno Coulais, l’âme de leur polyphonie est toujours au rendez-vous.
Héritier d’une tradition forte mais intéressé au mouvement du monde,
l'ensemble A Filetta n’est pas de ces formations ancrées dans le passé.
"Avec une rigueur toujours plus sûre, A Filetta va de concerts
en disques imposer une vision tout à la fois ardente et sereine des
chants sacrés et profanes qui constituent peu à peu son
répertoire. Chants de tradition et de création se mêlent, hymnes à la
langue et à la culture de l’île, mais aussi appels vers
d’autres horizons. (Philippe-Jean Catinchi)