Jean Claude
Acquaviva et
Jean Sicurani sont déjà présents.
Comme l'indique le nom du groupe, l'objectif clairement
assumé était alors la sauvegarde de la tradition
orale. Très tôt cependant, le jeune
groupe éprouve le besoin de concilier tradition et
création. Il participe
bientôt (en 1982) à la recréation
à Calenzana de la
"Passion" à laquelle participèrent de nombreuses
associations de Balagne, notamment les confréries de Calvi,
Calenzana et d’ailleurs.
Au
sein des quatre premiers albums : Machja n’avemu un altra
(1981), O vita
(1982), Cun
tè (1984) et l’Abriu di e stagione
(1987), le style d'A Filetta se dessine peu à peu avec des
rythmes spécifiques et des textes d’une grande
poésie MareCun tè, O
Vita).
Parallèlement, très présent sur le
terrain culturel, le groupe
effectue un
travail de recherche sur la polyphonie traditionnelle, en Balagne, mais
également ailleurs. De cette démarche
naît, en 1989
A u
visu di tanti où
l’on entendra des polyphonies traditionnelles
sacrées, comme O Salutaris
(u Mucale),
Requiem (Rusiu), ou
profanes (
Paghjella di Tagliu)
alliées à des créations musicales bien
différentes du passé (
Anima,
où le groupe utilise des instruments traditionnels tels que
la cetera, la pivana ou des percussions). C'est dans ce disque que le
groupe effectue un premier tournant avec une création
polyphonique (
U Lamentu di Ghjesù),
qui s’imbrique parfaitement, notamment au niveau de la ligne
conductrice, dans la tradition orale insulaire. Ce chant qui
dégage une intense émotion est toujours en 2005
au répertoire du groupe. A cette époque, c'est
notamment au contact des confréries que se dessine
l'écriture de chants sacrés polyphoniques.
En 1989, A Filetta franchit un nouveau palier en s'investissant dans
l'organisation des rencontres polyphoniques de Calvi. «
C’est un deuxième tournant, une prise de
conscience d’aller vers l’ouverture tout en
conservant notre spécificité. Et puis cela
correspondait également à un besoin car dans la
musique, rien n’est figé » explique Jean
Claude Acquaviva. Quinze années durant, le groupe va
s’enrichir grâce à
l’échange avec d’autres traditions
telles que la Grèce, l’Albanie, la Sardaigne et
avant tout la Géorgie.
"Le courant est passé
très fort avec les Géorgiens. Dès
qu'ils se sont mis à chanter, on a eu l'impression qu'ils
nous renvoyaient une image de nous-mêmes, c'était
assez surprenant. On retrouvait en eux les mêmes gestes, les
mêmes façons de se chercher dans le chant. De
fait, sur le plan harmonique, ils ont une musique très
proche de la nôtre. Du coup, on s'est mis à
chanter des chants géorgiens et ils sont revenus deux ans
après, avec des chants à nous. On aurait vraiment
dit des chanteurs corses. (…) Ces rencontres remettent notre
chant dans sa matrice : en entendant chanter les Caucasiens,
les Albanais, les Kabyles, les Turcs, les Syriens, nous entendons
chanter une part de nous-mêmes. (…) Nous avons
chanté des nuits entières avec les Mongols ou les
Inuits sans échanger une seule parole".
En 1992 sort
Ab
Eternu, presque entièrement
consacré à des chants liturgiques (messe des
défunts, semaine sainte) à l’exception
de
Sumiglia, composé
à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva.
En 1994 sort l'album «
Una
Tarra ci hè ». Cet
album est celui de la maturité, avec
des créations aussi bien polyphoniques (
A Paghjella
di l'Impiccati,
U Lamentu di Maria),
qu'avec instruments. Toutes ces créations sont d'une grande
qualité.
Parallèlement,
U Svegliu Calvese
ayant décidé de reprendre la tradition de la
Semaine Sainte en Balagne, A Filetta s'investit de
nouveau en 1993 pour reprendre cette manifestation, renouant avec la
démarche initiée dix ans auparavant. "Il s'agit
pour nous de donner un visage plus humain à la Passion :
l'histoire d'un homme avant celle du fils de Dieu."
Sorti en 1997,
Passione,
est un album exclusivement consacré aux chants de la
Passion, qu’ils soient traditionnels ou compositions du
groupe. La minutieuse architecture des voix, le lyrisme
brûlant et l'interprétation saisissante balaient
tout préjugé pour ne laisser place
qu'à l'universalité de l'art. Dans cet album,
à noter particulièrement
U
Sipolcru et
A Sintenza,
deux compositions de JC,
Ghmerto,
chant géorgien emblématique ainsi
qu’une nouvelle version, plus dramatique que la
première,
d’U Lamentu di
Ghjesu. En 1998, le metteur en scène
napolitain Orlando Forioso met en
scène
La Passion. Cette reconstitution
in
lingua corsa des derniers jours de la vie du Christ est
jouée dans la citadelle de Calvi par trente acteurs
bénévoles accompagnés par A Filetta.
Ce spectacle est redonné l'année suivante les 3,
4 et 5 avril 1999. La Passion inspire également le
Via Crucis présenté les 30 et 31 mars
2002 dans la Citadelle. Ce chemin de croix ponctué de textes
empruntés à la littérature moderne
(Borgès, Primo Levi, Filippini) est mis en scène
par Orlando Forioso et, rejoué spécialement pour
FR3 début février 2003, a fait l'objet d'une
diffusion télévisée à
Pâques de la même année.
Médée
Le groupe va franchir un nouveau cap important : un
soir d'août 1995, lors d'un concert donné dans
l'oratoire Saint Antoine de Calvi, le groupe rencontre le jeune metteur
en scène Jean-Yves Lazennec. L'idée d'une
collaboration est évoquée, et quelques mois plus
tard prend forme un projet de mise en scène d'un texte
antique : le Médée
de Sénèque. La création musicale est
confiée au groupe qui traduit le texte latin en corse. Et
les 12, 13 et 14 novembre 1997, A Filetta présente au
théâtre de Bastia les chœurs de
Médée. Jean-Yves Lazennec dira : "A
Filetta propose quelque chose d'inouï, de tout à
fait nouveau et d'à peu près inclassable, qui ne
ressemble à rien d'autre véritablement de ce
qu'ils entreprirent avant comme après. Une tension
émue entre le proche et le lointain, au service d'une
terrible histoire d'amour déchu et de rejet de
l'étranger, où la création de
l'artiste éclaire avec étonnement le
présent."
Crédit photo :
Jean-Marie Colonna
Bruno Coulais dira de cette composition
à six voix : "c'est un OVNI". Cette création, si
elle prend sa source dans la mémoire orale insulaire,
évoque aussi d'autres traditions orales du bassin
méditerranéen. Le groupe polira, affinera,
prolongera cette création, par extraits, au fil des
concerts. Si l'on peut en entendre des extraits dans Intantu,
l'intégrale des chœurs de Medea
ne sortira en CD qu'en juin 2006.
Bruno Coulais
Dans la salle, un certain
Bruno Coulais,
compositeur de musiques de films, est époustouflé
et souhaite rencontrer le groupe qu'il avait déjà
entendu à Lama.
Il
déclarera, dans le film de Don Kent diffusé par
Arte et édité sur DVD :
« Rien n’était
écrit. Jean-Claude avait probablement tout en
tête, et c’est assez vertigineux car si la musique
traditionnelle se transmet par oralité, créer une
œuvre en l’ayant en tête sans passer par
le papier et en chantant chaque phrase à chaque musicien, et
la réussir, c’est vraiment
impressionnant .»
De cette rencontre naîtra d'abord – dès
le mois de janvier suivant - la bande originale du Don Juan de Jacques
Weber, composée par Bruno Coulais sur des textes de Marcellu
Acquaviva et chantée par le groupe et sur plusieurs morceaux
par la mezzo-soprano Marie Kobayashi. C’est un
nouveau tournant pour le groupe, dont la
notoriété déjà grandie, va
désormais franchir les frontières pour devenir
internationale. "
Nous avons galéré,
c'était une partition à six voix et il fallait
chercher note après note sur le piano. Nous disposions de
vingt jours pour mettre au point huit chants, mais nous avons aussi
beaucoup ri, notamment au cours des séances de
répétition chez Tao à Calvi",
se rappellent les membres du groupe (entretien avec Bernadette Spagnoli
pour Corse hebdo). "
Bruno a pris des risques mais il nous a
immédiatement fait confiance" ajoute
José. Et trois jours avant l'enregistrement, tout
était au point.
Laissons parler Bruno Coulais (sur Traxzone www.musiquedefilm.com)):
"La
rencontre avec le groupe A Filetta a
été pour moi un choc. Pas seulement un choc
musical, mais un choc humain : ils ont une force
émotionnelle incroyable ! Auparavant, j'avais beaucoup
travaillé avec des voix lyriques, notamment Marie Kobayashi
sur Microcosmos et dans d'autres films. Mais j'ai découvert
le travail avec les voix naturelles, ces voix qui semblent venir de
très loin et en même temps tellement
contemporaines. La voix naturelle est une chose qui ne se
démode pas, qui donne ce sentiment
d'intemporalité.
J'étais totalement inconscient sur Don Juan. A
l'époque, les chanteurs d'A Filetta ne lisaient pas la
musique – ils ont beaucoup fait de progrès depuis.
Je leur ai envoyé une partition à six voix,
très rythmique, alors que la musique corse n'a pas une
métrique rythmique bien définie, elle est libre.
Ils ont travaillé en trois-quatre semaines sur cette
partition, en pataugeant un peu, puis je suis arrivé et on a
replacé les choses rythmiques très rapidement,
parce que les gens qui viennent du traditionnel sont des
musiciens-nés. Par exemple, Jean-Luc Géromini,
dans le groupe, est un surdoué musical. Il suffit que vous
jouiez une phrase à toute allure, il la mémorise
! Il a un sens rythmique impressionnant ! Les gens qui travaillent
à l'oreille, c'est une chance incroyable : on a l'impression
que leur interprétation se bonifie au cours du temps. Plus
on avance et plus c'est émouvant. "
De 1997
à 2002, A Filetta participe
ainsi à une dizaine de musiques de films (Don
Juan,
Himalaya l'enfance d'un chef, Le
peuple migrateur, Comme un aimant, Le
libertin,
Serial lover,
Scènes
de crimes, Harrison's
flowers, Vidocq)
et effectue de nombreuses tournées à travers le
globe. Le plus grand succès, la musique d'Himalaya
(César, Victoire de la musique et disque d'or), sera
donné aux rencontres de Calvi 1999 (sans musiciens) et en
2000, en version intégrale avec orchestre, au "Printemps de
Bourges" et le 11 septembre 2000 au Théâtre
municipal de
Bastia, dans le cadre des XIIes
Rencontres Polyphoniques de Calvi.
La
collaboration avec Bruno Coulais se poursuit
avec la création le 22 juin 2001 de "Toit
du Monde" dans le cadre du Festival
de Saint-Denis. L'ouverture vers
d'autres musiques s'est faite "naturellement" selon
les membres du
groupe. "Notre chant se veut ouvert. Nous tourner vers les
autres est un
besoin. Partager, s'enrichir d'autres cultures, c'est essentiel, le
monde est complètement métissé, la
Corse ne peut pas rester limitée à ses
frontières, elle évolue culturellement et
musicallement", dit Jean-Claude.
A Filetta collabore également avec
Philippe Léotard (avec notamment une poignante
« Complainte corse ») et Gabriel
Yacoub.
Des expériences, des rencontres aussi : une polyphonie pour
neuf voix composée par Bruno Coulais et chantée
avec le groupe Soledonna, le Salve Regina
composé par Jean-Claude Acquaviva sur des textes en majeure
partie extraits du Flumen
Dei d'Anton Francescu Filippini ; les
différents intervenants sont, outre A Filetta, les groupes
balanins Anghjula Dea, U Fiatu Muntese, L'Alba et Aghja Rossa.
Rencontre aussi avec la chanteuse israélienne Noa aux
Musicales de Bastia en octobre 2000 ...

A
Filetta avec Noa - Photo G. Baldocchi
En 2002 sort «Intantu
». On y retrouve une paghjella,
deux extraits des Chœurs de Médée, un
chant géorgien (Makharia),
deux créations sacrées (Sub
tuum et Kyrie), trois
extraits de musiques de Bruno Coulais pour Don Juan, un chant satirique
(Cose viste), une reprise de L’Anniversariu di Minetta de
Tavagna, une monodie (Lamentu di a malata)
chantée par Jean-Luc et enfin deux reprises : A Paghjella di l’Impiccati
figurant dans Una
Tarra Ci Hè (sans compter la
première version avec instruments sur O
Vita...) et Sumiglia
de Ab Eternu.
Ce disque sonne
comme un échantillon de
l'identité musicale et du répertoire du groupe en
cette année 2002 et reflète fidèlement
le programme des concerts, l’ambiance en moins. Ici plus que
jamais, les six voix masculines d’A Filetta font voisiner
profane et sacré, simplicité et
virtuosité, tradition et création.
En
2003 sort « Si
di mè ». Réalisé par
Bruno Coulais, ce disque est fait de rencontres. A Filetta s'ouvre
à quelques invités comme celui
qu'ils considèrent respectueusement comme
l'aîné : Antoine Ciosi. ("A
l'altru mondu" et "Visioni cari").
Il y a aussi le géorgien Guram Tamazashvili sur le poignant "Tbilissi". Ouverture aussi à
d'autres timbres, d'autres sensibilités avec les deux
chanteuses Marie Jo Alegrini ("A di ti di tu")
et Marie Kobayashi ("L'aria"). 16 magnifiques
chansons, presque toutes composées par Jean-Claude
Acquaviva. Cette fois chacun des chanteurs a l’occasion de
chanter en solo, les autres n’étant jamais loin.
Les arrangements de Jean-Claude Acquaviva et Bruno Coulais sont
superbes. Emotion intense dans tous les morceaux, avec une mention
particulière aux textes de Filippini (Memorie
et Visioni Care), beaux à pleurer. Avec
« Si di mè »,
l’auditeur découvre d’autres harmonies
avec de la musique instrumentale moderne alliée aux
techniques traditionnelles du chant. Malgré
l’apport d’une musique contemporaine, le timbre et
la sonorité insulaire restent parfaitement perceptibles pour
tout auditeur, qu'il soit novice ou habitué.
"Si
di mé s'adresse autant à ceux qui chantent avec
nous sur le disque, qu'à ceux qui écoutent le
disque, parce qu'on a sans cesse ce sentiment d'être des
frères.Ce
disque majeur n’a malheureusement pas
bénéficié de l’audience
qu’il méritait, sa promotion ayant
été littéralement sabotée
par Virgin.
Le
Requiem de St Denis
En 2004 Jean-Claude Acquaviva compose pour une commande du
festival de
Saint-Denis un Requiem pour deux regards
(Di Corsica Riposu), messe de
Requiem pour six voix, avec cinq pièces pour violoncelle.
Des textes de Primo Levi et de Jorge Luis Borges dits par Pierre
Bertoni, en italien, français ou corse, viennent enrichir le
tout. Cette oeuvre a été
présentée les 17 et 18 juin 2004 en la basilique
de St Denis puis le 16 septembre 2004 aux Rencontres de Calvi.
"Le
texte de Primo Levi",
souligne Jean-Claude Acquaviva, "est
extrait
de son livre Se questo è un uomo, un recueil sur la Shoah
qui dit : "retenez bien que cela fut". C’est un texte sur la
douleur et la culpabilité commune, sur le fait que nous les
hommes, avons des frères qui ont fait des choses abominables
à d’autres frères. Les textes de Borges
traitent, eux, des limites de la vie, du réveil, de la
vanité des choses ".

Ce Requiem que j’avais
imaginé il y a quelques années, a
été entièrement
réécrit pour Saint-Denis. Il arrive souvent
qu’un requiem soit écrit pour des circonstances
particulières auquel on associe un nom ou la
mémoire de quelqu’un. Moi, je n’ai pas
voulu le faire parce que c’est l’oeuvre du groupe.
En même temps, ayant perdu un neveu il y a deux ans, mort
lors d’un accident de scooter, avec un jeune copain - il
s’appelaient tous les deux Nicolas - avec Requiem
pour deux regards c’est à eux que je
pense. "
Depuis des années à
Calvi,
où nous avons créé des Passions, des
chemins de croix, à travers l’histoire du Christ,
nous avons toujours voulu chanter l’histoire de
n’importe quel homme qui souffre pour ses choix, son
engagement, son amour. De la même façon, nous
voulions que notre Requiem soit autre chose qu’une
série de textes de la liturgie, qui donne,
au-delà du sacré, le sentiment d’une
perte infinie. En ramenant à l’homme et
à ses propres limites et pas forcément au divin.
C’est la raison pour laquelle on a inscrit des textes qui
parlent de l’homme dans ce qu’il a de plus banal".
Telle est la vision "laïque" de la religiosité que
propose le groupe : "
Il y a la liturgie,
à laquelle on croit ou non ; après, il y a la
réalité de la vie qui se termine, c’est
une immense douleur, un trou béant pour ceux qui restent et
qui souffrent de l’absence. Nous voulions rendre cette
idée-là."
«
Nous
avons toujours
voulu chanter l’histoire de tout homme qui souffre pour ses
choix, son engagement, son amour »,
confiait Jean-Claude Acquaviva au moment de sa venue à
Saint-Denis en 2004. Pour lui, l’intensité que
l’on ressent à l’écoute de
chants comme le requiem ne signifie pas un registre triste ou proche de
la mort. "
Avec ces textes issus de la littérature
contemporaine, nous avons voulu donner une nouvelle dimension plus
humaine, et pas seulement liée à l'aspect
céleste. le violoncelle intervient avec le
récitant : c'est l'instrument qui se rapproche le plus de la
voix humaine et il apporte beaucoup à ce requiem, un aspect
grave et austère mais aussi parfois plus léger.
Ce requiem s'inscrit dans la trajectoire du groupe, car il contient des
éléments hérités de la
musique traditionnelle, mais pas seulement. Il se nourrit aussi
d'influences diverses, car nous avons établi de nombreux
contacts depuis vingt ans avec des traditions orales d'autres pays."
Une nouvelle corde à l’arc d’A
Filetta : le théâtre

Le 3 juillet 1999, sous la direction d'Orlando Forioso, A Filetta avait
osé l'engagement théatral avec Don
Ghjuvanni in Commedia dell’ arte,
comédie pleine d’humour écrite avec
Marcellu Acquaviva sur une musique de Bruno Coulais. Ce spectacle
donné dans les douves du Fort Charlet en ouverture de
Festivoce 99 regroupe les six chanteurs d'A Filetta dans le
rôle d'une troupe de comédiens ambulants, des
acteurs italiens de l'association Ars Nova, ainsi que Fernando Panullo,
Marcello Colasurdo, Marie Kobayashi et Orlando Forioso dans le
rôle d'un aubergiste. La scénographie est
assurée par Toni Casalonga, qui crée une ambiance
évoquant un village corse au XVe siècle.

Cette
collaboration avec Bruno Coulais et Orlando Forioso se poursuit en 2002
avec Il Gioco di Robin e Marion, très
libre adaptation (en italien) de Robin des Bois. La trame de cet
opéra prend sa source dans les mythes enfantins : la
princesse Marion, prisonnière de l'affreux shérif
de Nottingham, espère que Robin, son bien-aimé,
défenseur des humbles, viendra la délivrer.
L'univers est onirique : la princesse est enfermée dans une
grancde cage à oiseaux et le château se transforme
en forêt...
L'oeuvre est jouée par l'orchestre de Cannes,
placé sous la direction d'Alain Joutard, avec les chanteurs
lyriques Marie Kobayashi et Jean-François Ercolani et un
chœur de 400 enfants des écoles de Corse. Ce
projet est pour Alain Joutard "le moyen le plus efficace d'amener les
enfants vers la musique dans sa gamme la plus
déployée, de l'unisson à la polyphonie
avec une musique d'essence populaire, lyrique,
cinématographique, riche et ouverte à l'image de
son compositeur". Ce spectacle, avec décors et costumes
créés par Toni et Jérôme
Casalonga, est d'abord donné les 24, 25 et 26 mai 2002 au
théâtre de Nice, les 8 et 9 juin 2002 au Palais
des festivals de Cannes et le 15 juin au Cannet. Il sera repris
à l'Opéra municipal de Bastia les 9 et 10 mai
2003.
On peut en entendre un extrait musical,
L’Aria,
dans
Si di mè, et
l'intégralité du spectacle a
été diffusée par France 3 Corse.
En 2005, A Filetta compose la musique de "
Fantastica,
la Grammaire de l’imagination ",
pièce mise en scène par Orlando Forioso sur la
base de textes de Gianni Rodari. Cette pièce,
jouée à plusieurs reprises par des enfants de
Calvi, devait clôturer les 17es Rencontres Polyphoniques.
Malheureusement, le mauvais temps n'a pas permis de
présenter le spectacle en plein air. Les chansons ont
été chantées par A Filetta dans la
Cathédrale, sans les comédiens. Ce spectacle
hilarant devrait être présenté de
nouveau à Calvi en 2007 et enregistré.
Marco
Polo
A
Filetta
retrouvera début 2006 Bruno Coulais et Orlando Forioso pour Marco
Polo, un opéra qui sera
présenté d'abord à Bastia
puis à Venise
dans le cadre de la Biennale, avec Guillaume Depardieu
Colomba
Orlando Forioso
présentera en mai 2007 une Colomba revisitée,
proche de la tragédie grecque. Pour ce spectacle,dont la
première se jouera à Bastia
le 5 mai 2007, Orlando associe théatre, récitatif
et chant, et mêle les langues, français, anglais,
italien et latin alternant dans ce grand spectacle populaire.
La
danse : In memoriam
Le 26 décembre
2004, A Filetta participe également à Monte Carlo
à la création du ballet «In
Memoriam» de Sidi Larbi Cherkaoui. Absence,
présence, racines, passé, présent : le
ballet, qui tourne autour de ces thèmes, lui a
été inspiré par les voix d'A Filetta.
Quand
j'ai
commencé
à penser à la musique de ce ballet,
j'étais en train de réfléchir avec qui
je rêverais de travailler. C'était A Filetta.
C'est une musique que je connaissais déjà depuis
quatre ans, et j'avais très très très
envie de faire un jour quelque chose là-dessus.
Dans un de mes
précédents spectacles, on travaillait sur du
chant polyphonique très ancien, des Xe et du XIIIe
siècles. Pour s'échauffer, on mettait toujours le
même CD, c'était "Intantu" d'A Filetta
Après, j'ai cherché
tous leurs autres albums, j'ai essayé de suivre ce qu'ils
faisaient, je suis allé à leurs concerts. C'est
une musique qui me touche profondément, et j'ai
bâti ma petite histoire sur cette musique".
Le 26 décembre
2004, A Filetta participe également à Monte Carlo
à la création du ballet «
In
Memoriam» de Sidi Larbi Cherkaoui. Absence,
présence, racines, passé, présent : le
ballet, qui tourne autour de ces thèmes, lui a
été inspiré par les voix d'A Filetta.

Crédit
photo : Franz Chavaroche
"Nous
sommes heureux que Sidi Larbi ait fait appel à nous car
c'est une nouvelle aventure", dira Jean-Claude Acquaviva."Nous avons
réalisé beaucoup de choses dans des domaines
très divers et, hormis Médée, qui
mêle le chant, le théâtre et la danse,
nous n'avions encore jamais participé à un
ballet. Nous avons été surpris et émus
de voir à quel point Sidi Larbi a perçu ce qui se
passait entre nous quand nous chantons. Ses chorégraphies
nous ont vraiment touchés. Nos chants, issus d'une
mémoire chrétienne et liturgique, qui expriment
la passion et la douleur, sont transposés à la
danse avec une esthétique étonnante".
Des extraits de ce spectacle sont de nouveau
présentés à
Monaco
les 12 et 13 août 2006. Jean-Claude nous confiera
à cette occasion son admiration pour le
chorégraphe, mais aussi chanteur et musicien: "Il
connaît par coeur tous nos chants, et quand nous avons
répété, nous avons chanté
U
Sipolcru un demi-ton au-dessus de la version du disque. Eh
bien, il l'a remarqué et nous a demandé de le
refaire comme sur le disque ! Parfois, il chante
a terza avec
nous..."
Le résultat de cette rencontre,
pleine de beauté, d'émotion et de
grâce, est une réussite éclatante.
Crédit
photo : Laurent Philippe
Et
Médée de nouveau ...
En février 2005, le groupe réalise un vieux
projet : enregistrer l'intégrale des choeurs
composés en 1997 pour Médée. Les
choeurs de Médée sont
présentés à Paris dans le cadre de la
Nuit blanche, le 1er octobre 2005 dans la Cour Marly du Louvre. Le
disque
sort en juin 2006.
Aghju sunniatu
qualchi volta è più à un antivistu
mondu senza strade. Alta felicitai?
Photos
Brigitte Kühn aimablement
communiquées par Gerda-Marie Kühn
La
composition du groupe
Quelles sont
les bases de recrutement du groupe ? La passion pour cette forme
d’expression, bien sûr ; la qualité de
la voix, évidemment ; mais aussi et peut-être
même avant tout quelque chose
d’indéfinissable, mélange de solide
amitié et de respect profond de l’autre.
La
polyphonie, c’est la rencontre de différentes voix
dans une harmonie parfaite. Je ne prétends pas que nous
atteignons toujours cet objectif vers lequel nous tendons. Mais je suis
certain que, pour y parvenir, une parfaite osmose entre tous les
intervenants est indispensable. » (Jean Sicurani)
«
C’est un chant dans lequel chacun est pleinement responsable
de ce qu’il donne, mais en même temps totalement
dépendant et partie prenante de ce que donnent les autres.
Sans l’existence d’un lien très fort et
très particulier entre nous, aucun bon résultat
durable ne peut être obtenu. » (Jean-Claude
Acquaviva )
Ce lien d’une qualité
exceptionnelle est à la fois utilisé et
renforcé lors de la recherche collective par A Filetta des
arrangements musicaux pour les chants traditionnels, ainsi que pour les
créations. Ces dernières partent d’un
texte écrit par Jean-Claude Acquaviva, son frère
Marcellu ou d’autres auteurs insulaires, anciens (Filippini)
ou contemporains (Rinatu Coti, Ghjuvan-Teramu Rocchi). Tradition
d’une culture ancestrale basée sur
l’oralité, leur mise en musique par Jean-Claude ne
fait l’objet d’aucune partition. Paroles et ligne
mélodique sont donc enregistrées «
à l’oreille » par chaque membre du
groupe avant qu’ils ne les travaillent et les
interprètent ensemble : chacun à
l’écoute attentive des autres, aucun ne cherchant
à dominer l’ensemble, tous tendus vers la
recherche commune de l’harmonie parfaite de leurs voix.
La liste de tous ceux qui
ont participé à l'aventure
d'A Filetta :
Membres fondateurs :
Michel Frassati,
Tumasgiu Nami,
Dédé Nobili,
Jean-Claude Acquaviva,
Jean Sicurani,
Puis, par ordre alphabétique :
François (Ceccè) Acquaviva,
Jean Antonelli,
Daniel Berti,
Pierre Bertoni,
Stéphane Casalta,
François Croce,
Natale Ferricelli,
José Filippi,
Eric Fino,
Jean Yves Franceschi,
Jean-Luc Geronimi,
Nonce Giacomoni,
Stéphane Giannecchini,
Paul Giansily,
Tony Guidicelli,
Christian Johanenc,
Yves Leccia,
Jef Leschi,
Jean Luciani ,
Christian Magdelene,
Antoine Mariotti,
Philippe Mariotti,
Maxime Merlandi,
Paul Félix Nasica,
Henri Olmeta,
Francis Palmari,
Battì Paoli,
Bernardu Pazzoni,
Jean Marc Pellegri,
Jean Luc Raclot,
Valérie Salducci,
Benedettu Sarocchi,
Jean Philippe Tomi,
Félix Travaglini (Felì),
Maxime Vuillamier
Plus quatre musiciens ayant
accompagné le groupe durant quelques années sur
les tournées "Una tarra ci hè" : Anne-Lise
Herrera , Isabelle Escanez , Jean Michel Giannelli et Paul-Antoine de
Rocca Serra.
Le groupe actuel est le suivant :
Jean-Claude Acquaviva,
porte-parole du groupe,
siconda et terza,
Jean Sicurani, siconda et bassu,
José
Filippi, qui rejoint le groupe en 1983, siconda et bassu,
Paul
Giansily, siconda et terza, arrivé en 1984,
Maxime
Vuillamier, bassu (1989),
Jean-Luc Geronimi,
siconda et terza (arrivé en 1997), et enfin
Ceccè
Acquaviva (bassu), qui a rejoint le groupe en 2006. Auxquels
il faut ajouter l'omniprésente
Valérie
Salducci, à la fois régisseur,
éclairagiste, administrateur...
|
Maxime
(photo Paul Parenti)
|
José
(photo
Paul Parenti)
|
Jean
(photo Paul Parenti)
|
|
Jean-Claude
(photo Françoise Coulomb)
|
Jean-Luc
(photo Paul
Parenti)
|
Paul
(photo Paul Parenti)
|
|
|
...et
Ceccè
(photo Maxime
Vuillamier?)
|
|
Corse
matin du 06/04/2006 - Article
communiqué par
Françoise Coulomb
L'insertion
du groupe dans la vie locale
A
Filetta s'est depuis toujours profondément investi dans la
vie locale. En témoignent non seulement l'action accomplie
avec U Svegliu Calvese autour de la
Passion, du
Via
Crucis et des
Rencontres Polyphoniques,
mais également tout le travail accompli avec le milieu
éducatif à travers des interventions dans les
écoles et les spectacles
Il Gioco di Robin e Marion
et
La Grammaire de l'imagination. On retiendra
aussi le projet "creazione, canti e incontri"
réalisé avec le centre culturel "Una Volta" de
Bastia, autour d'un travail pédagogique vers les enfants
avec le groupe Soledonna.
Ce
qui caractérise ou plus précisément
détermine le parcours du groupe A Filetta, c’est
probablement l'obsession de donner aux choses de la vie, du sens et non
un sens. La contribution à la sauvegarde du patrimoine oral
traditionnel a constitué le principe fondateur. Puis
très vite s’est manifesté un besoin
quasi irrépressible de prolonger le chant afin
qu’il demeure le miroir où se reflète,
sans doute de façon imprécise et trouble, ce qui
jamais ne se fige. Ce processus créatif exige certes de la
rigueur, mais aussi et surtout, l’ouverture sur un monde
complexe et multiple.