Parmi tous les styles musicaux, l'opéra est selon moi celui qui exprime les émotions les plus fortes.
Angela Gheorghiu
Les trois ténors corses : Micheletti, Vezzani et Luccioni
Johanne Cassar
Mirella Freni
Plàcido Domingo
Gaëlle Méchaly
Je ferai une place particulère à Giacomo Puccini, compositeur malheureusement encore trop souvent dénigré par une certaine intelligentsia, notamment française, qui lui associe pêle-mêle des termes aussi élogieux que "facilité", "démagogie", "vulgarité", "vérisme". Et pourtant, Puccini était tenu en haute estime par Schoenberg, Stravinsky ou Ravel...
Cette oeuvre de jeunesse, si elle n'est pas parfaite, présente de magnifiques passages : In quelle trine morbide, ou Sola, perduta, abbandonata.
Premier chef-d'oeuvre de
Puccini, La Bohême tirerait des larmes aux plus endurcis. Mais il ne
s'agit pas de sentimentalisme, l'écriture est raffinée, et si
la musique semble facile, la composition est complexe et soignée dans
le moindre détail.
Les excellentes versions discographiques abondent.
On retiendra celle enregistrée par Maria Callas en 1957 sous la
baguette d'Antonino Votto, et surtout celle enregistrée par Karajan
avec un Pavarotti et une Mirella
Freni
au sommet de leur art, bien entourés de Rolando Panerai et Nicolai
Ghiaurov.
D'une intensité rare, notamment au 2e acte, Tosca est également un chef d'oeuvre. La meilleure Tosca, sans l'ombre d'un doute, est Maria Callas pour l'éternité. A noter l'excellent film de Benoît Jacquot regroupant Angela Gheorghiu, Roberto Alagna et Ruggero Raimondi.
Madama Butterfly est une oeuvre peut-être pas tout à fait réussie, mais qui dégagea un charme incontestable. Parmi les bonnes versions, celle de Karajan avec Callas (1955) et celle de Karajan enregistrée en 1974 avec Freni et Pavarotti.
Cette oeuvre grandiose fut laissée inachevée par la mort de Puccini. Elle fut terminée - d'une façon assez criticable - par Alfano. Malgré ses imperfections (un deuxième acte trop long, une fin grandiloquente), cette oeuvre contient des passages magnifiques, en particulier le 1er acte, les deux airs de Liu, celui de Turandot (In questa reggia) et la célèbre scène des énigmes. La musique est à la fois inspirée de la musique chinoise traditionnelle et très moderne, évoquant même Gerschwin par moments.
Un
site pour en savoir plus sur ce compositeur trop peu connu :
http://www.henri-tomasi.asso.fr/

Un disque consacré à la plupart des mélodies composées en langue corse par Tomasi sera enregistré en juin 2011 par Johanne Cassar et Laurent Wagschal. Ce disque, produit par l'Association Coloratura, avec le soutien de la Smabtp, sortira sous le label IndéSENS le 9 novembre.

J'avais déjà assisté à un concert sur ce même répertoire (voir le compte-rendu en page concerts) et j'ai pu écouter le disque en avant-première. Intitulé "Mélodies Corses - Cyrnos", il est structuré à partir de plusieurs répertoires : Six mélodies populaires corses d'abord, avec Ciucciarella, Vocero, Canzona di a pippa, Ninina, Lamento et enfin Zilimbrina. Tomasi a ici harmonisé des chants traditionnels, avec une partie de piano évoquant Ravel. Dans la même veine, viennent ensuite quatre chants corses : U Lamentu di u Trenu, une Sérénade-complainte, la Nanna di u Cuscione et enfin U Meru pastore. Le chapitre corse se clôt avec le magnifique Cantu di Malincunia, extrait des Canti di Cirnu et composé sur un poème de Santu Casanova. Ce morceau à l'harmonisation plus traditionnelle est celui qui a ma préférence.
La deuxième partie du disque est consacrée à des mélodies composées sur des poèmes de Paul Fort et de Francis Jammes, avec une écriture plus "année trente".
Le disque s'achève par Cyrnos pour deux pianos, interprété par Laurent Wagschal et Sodi Braide.
Ce disque surprendra peut-être les amateurs de chanson corse peu habitués à la musique "sérieuse". Mais ils seront, sans aucun doute, enthousiasmés par l'interprétation parfaite de Johanne Cassar. Quant au pianiste Laurent Wagschal, il assure un accompagnement sans faille qui révèle la richesse des compositions de Tomasi.





(1903 - 1970) fut un ténor dramatique avec beaucoup de puissance dans le registre supérieur. On retiendra de lui, particulièrement, les rôles de Samson, Don José et Otello, mais il était aussi à l'aise dans les rôles plus lyriques comme Werther, des Grieux et Nadir.

Johanne Cassar, Soprano, est diplômée de la Guildhall School of Music and Drama de Londres (diplôme obtenu avec Distinction) ainsi que du Conservatoire Supérieur de Paris (Premiers Prix de chant lyrique et chant baroque). Elle est également titulaire d’un Master de Musicologie décerné avec les félicitations du jury, ainsi que d’un Premier Prix de Musique de Chambre (Conservatoire d’Aix-en-Provence). Elle a été chargée de cours (Sémiotique musicale) à l’université de Provence de 2003 à 2005.
Elle est lauréate du concours Muses 2003 (Opéra de Nice), présidé par Dalton Baldwyn, ainsi que du Guildhall Trust (2007 et 2008).
Ses rôles incluent Didon, dans Didon et Enée de Purcell (Théâtre Mouffetard), la Deuxième Dame, dans La Flûte enchantée (direction Jean-Luc Tingaud), Micaëla dans Carmen (théâtre des Remparts Toulon, aux côtés de Luca Lombardo), Maria, dans West Side Story pour Pimlico Opera (Londres), Giovanna et Contessa Ceprano dans Rigoletto (tournée anglaise, Grange Park Opera), Périchole (Théâtre Marsoulan, Paris), la Marraine dans Cendrillon de Laruette (opéras de Reims, Dijon, Cherbourg...), Suor Cercatrice et Suor Converse dans Suor Angelica (Théâtre des Variétés de Monaco), Flore dans Le Malade Imaginaire (Chapelle Royale de Versailles), La Musica dans L’Orfeo (Théâtre Mogador), Urbain dans des extraits des Huguenots (Opéra de Nice)…
Elle collabore avec les ensembles Le Concert Baroque, Trondheim Barokk, Les Monts du Reuil , XVIII-21, Le Baroque Nomade, Les Cyclopes…, et participe à de nombreux festivals: Colla Voce à Poitiers, Prima la Musica à Vincennes, Les Chants de la Dore en Auvergne, le Festival de Musique sacrée de Marseille, EstiVoce à Pigna (Corse), le Festival du Périgord Noir, celui de la musique sacrée à Bruxelles, du Luberon, de Belfort, de La Chaise-Dieu, de Sylvanès, de Lessay, de Périgueux, de la Villa Médicis (Rome)…
Elle a abordé le monde de l’improvisation aux côtés du clarinettiste Louis Sclavis lors d’une création contemporaine, « L’Autre Démence », créée à la Scène Nationale de Saint Quentin en Yvelines en 2008.
Elle a enregistré le disque Pellegrino (ensemble XVIII-21, Le Baroque Nomade, récompensé par un «Choc» du Monde de la Musique).
En mai 2008, elle a enregistré une émission de « L’Atelier des chanteurs » sur France Musique, avec la pianiste Fériel Kaddour, dans un programme Roussel et Menotti.
Elle enregistrera un disque des mélodies pour soprano de Henri Tomasi avec le pianiste Laurent Wagschal en juin 2011, sous le label Indésens.
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Mélodies corses - Cyrnos
Né à Marseille mais d’origine corse, le compositeur et chef d’orchestre Henri Tomasi (1901-1971) s’est toujours montré fidèle à l’Ile de Beauté, au point de refuser la Légion d’honneur « tant qu’il n’y aura pas de Conservatoire en Corse. » Il aimait la Méditerranée, « sa lumière et ses couleurs », et utilisa plus d’une fois la langue corse : dans le drame lyrique Sampiero Corso (1956), ou encore dans la plupart des mélodies du présent CD. Il s’agit d’œuvres de jeunesse (1930-1933). Les Six mélodies populaires corses sont des harmonisations de chants traditionnels, loin cependant de tout folklorisme, et les quatre Chants corses, ici en première mondiale, sont travaillés dans le même esprit. On passe de la sobriété à l’allégresse et de la berceuse à la pastorale, sans oublier la complainte (Cantu di Malincunia). Deux mélodies en français d’après Paul Fort et deux d’après Francis Jammes complètent ce panorama mis en valeur par Johanne Cassar, soprano intéressée aussi bien par la culture méditerranéenne que par les mélodies du XXème siècle. Les Grecs appelaient la Corse Cyrnos. En 1929, Tomasi composa un poème symphonique de ce nom (près de vingt minutes), dans une version pour piano et orchestre et une autre (elle aussi en première mondiale) pour deux pianos : toujours la couleur locale au bon sens du terme mais d’essence plus collective, les sentiments se voulant tout aussi personnels. Marc Vignal
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Le cd sur Accent 4, Interview d'Olivier Erouart.
http://blog.accent4.com/2011/12/johanne-cassar-chante-henri-tomasi.html
Ecoutez Johanne sur Fréquence Protestante (interview et extraits du CD) :
http://www.frequenceprotestante.com/index.php?id=47&user_radio_pi1[program]=29584
Et dans Sera Inseme sur France 3 Corse le 1er février :
Ce mardi 10 avril 2012, je rencontrais la cantatrice Johanne Cassar dans un café de Montparnasse pour un entretien passionnant. Verbatim :

J’ai lu votre biographie sur votre site (www.johannecassar.com). C’est assez impressionnant. Une belle carte de visite ! Comment vous est venue cette passion ? Y avait-il des musiciens dans votre entourage familial ?
Mon grand père avait un violon, personne n’en jouait, et pour avoir le violon j’ai dû prendre des cours. J’ai commencé la musique comme ça. Ensuite les choses se sont enchaînées. Je suis allée au Conservatoire, où je suis aussi entrée à la maîtrise, et puis j’ai laissé tomber le violon parce que voulais chanter. En fait, je me suis rendu compte très tôt que je voulais chanter. Dès l’âge de 12 ans. C’était trop tôt pour travailler ma voix, mais j’étais à la chorale. A partir de 14 ans, tous les ans je passais l’examen du Conservatoire. On me disait « reviens l’année prochaine », et à 17 ans ils m’ont admise.
C’était au Conservatoire d’Aix en Provence ? Vous êtes, je crois, comme moi, originaire du Midi de la France ?
Je suis née à Aix-en-Provence, où mes parents étaient étudiants. J’ai vécu à Toulon au temps du collège et du lycée puis après le bac je suis retournée à Aix où j’ai commencé mes études de chant et la faculté.
Quel a été votre premier émoi musical ?
C’est West Side Story que j’ai chanté enfant, dans les chœurs. C’est cela qui m’a vraiment donné envie. Et ce qui est assez fantastique c’est que j'ai chanté plus tard le rôle de Maria sur scène en Angleterre. C’était un grand moment, comme un rêve d’enfant qui se réalisait !
Vous êtes très éclectique : Mozart, la musique baroque, Puccini, Verdi, la musique contemporaine…
Oui, c’est vrai, c’est quelque chose que j’aimerais conserver, cette possibilité de travailler différents genres et différentes époques. J’ai une double formation en fait : une formation lyrique et une formation baroque, et j’aime bien travailler dans les deux genres. Et quand, en plus, il est possible de faire une incursion un peu plus lointaine, j'en suis très heureuse. Par exemple j’avais fait un spectacle avec Louis Sclavis….
J’avais relevé ce projet, « L'Autre Démence », créé à la Scène Nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines en 2008.
J'aime ce genre de projets, qui oblige à sortir de sa routine. C’est à la fois un challenge nouveau et une ouverture. C’était un beau spectacle, malheureusement tellement particulier qu'il a été peu suivi.
Un peu dans le même ordre d’idées, il y a eu une création avec l’Ensemble Madrigalesca à Pigna.
Dominique Serve, qui est notamment claveciniste, avait construit un spectacle à partir d’œuvres de Merula, Buxtehude et Monteverdi, ainsi que de polyphonies corses et de compositions originales. C’était un nouvel échange.
C’était donc avec Gigi Casabianca, Nicole Casalonga ? En quelle année ?
Oui. Cela devait être en 2003 ou 2004. Un disque était prévu, finalement cela ne s’est pas fait.
Madrigalesca n’a malheureusement enregistré qu’un seul disque.
C’est dommage...!
Ndr : Il s’agissait du CONCERT BAROQUE avec également Claire Létoré (violon) et Isabelle Schmitt (viole de gambe)
Il y a toujours le répertoire classique que j’aime particulièrement, mais faire de temps en temps une incursion dans autre chose, c'est passionnant.
Revenons à Louis Sclavis. C’était plutôt jazz ou carrément contemporain ?
C’était indéfinissable. La particularité, c’est qu’il y avait des instruments baroques : clavecin (Dominique Serve), cornet à bouquin, (William Dongois), violon (Alice Piérot), alto (Fanny Paccoud), Louis Sclavis aux clarinettes et moi.
C’était une création sur l’Eloge de la folie d’Erasme. Il y avait des parties écrites par Dominique Serve et des parties improvisées. C’était vraiment très beau, un genre indéfinissable et pourtant une vraie ambiance, une cohésion. Avec des incursions, des sonorités baroques du fait des instruments et parce que Dominique Serve, qui a écrit la musique, est organiste et claveciniste. Mais les séquences écrites volaient régulièrement en éclats, mutaient...
C’est un peu la démarche d’un groupe comme l’Arpeggiata…
Christina Pluhar ? Je l’ai déjà entendue, il y la fameuse tarentelle, très belle, mais je ne connais pas très bien.
Il y a aussi Jean-Christophe Frisch et le Baroque Nomade. J’ai fait un projet avec eux qui retraçait le parcours de Pellegrino, un musicien parti d’Italie en passant par le Moyen Orient, l’Inde. Il y avait des musiciens de tous horizons.
Quels sont vos compositeurs préférés, les genres musicaux que vous écoutez ?
C’est difficile à dire. J’écoute beaucoup de choses, de l’opéra bien sûr, même si à force de l’écouter "pour le travail", ce n’est pas forcément ce que j’écouterais spontanément à la maison. J’écoute des musiques très variées: rock, musique de chambre, les quatuors de Mozart, Beethoven… (un moment d’hésitation). Qu’est-ce que je n’aime pas plutôt ? Ah, je n’aime pas les symphonies de Bruckner ! En opéra, au niveau du baroque, j’aime surtout le baroque italien ou Rameau, un peu moins Lulli, j’aime Mozart évidemment, Puccini, Verdi, Mahler… J’ai beaucoup travaillé sur Puccini à la fac, c’est une musique que j’aime beaucoup. En fait je pioche un peu partout, j’aime beaucoup aussi les musiques du monde, le Amalia Rodrigues et le fado, Caetano Veloso, Line Monty…
Connaissez-vous la polyphonie corse ?
C’est magnifique. Et, je vais surement dire une hérésie, les polyphonies sardes aussi…
C’est très différent. En fait c’est avec la Géorgie qu’il y a beaucoup de parentés et d’échanges, plus qu’avec la Sardaigne.
J’ai vu également une émission sur Via Stella, Sera Inseme, avec Battista Acquaviva. Une très belle voix, et une belle sensibilité...
C’est extraordinaire quand on est à Pigna, qu’on est dehors, en plein air, qu’on se met à chanter, c’est magique.
Pour ma part j’ai vécu l’an dernier un moment extraordinaire ; je discutais avec les membres du groupe Spartimu sur la place de Calvi et tout d’un coup ils se sont mis à chanter et moi j’étais dans leur cercle. C’était géant !
Ce doit être une sacrée expérience. C’est cela qui nous manque un peu, c’est l’absence de musique spontanée. Ici, quand on joue de la musique, c’est dans le cadre d’un concert. Il faut savoir jouer, on ne s’improvise pas musicien, il faut avoir fait 10 ans d’études avant, et encore, on n’est pas sûr d’oser, le jour de la fête, se mettre au piano ou chanter…
C’est la grande différence entre musique classique et musique populaire…
Il y a quelques tentatives pour briser le concert, mais on n’en est pas là encore…
Surtout en France où l’on est peut-être plus frileux.
En Angleterre cela se fait davantage, il y a peut-être davantage d’amateurs de bon niveau.
Comment vous est venue l’envie de chanter du Tomasi ?
Je le connaissais depuis longtemps. Il faut dire que j’ai eu comme professeur de chant au Conservatoire d’Aix-Marseille Tibère Raffali, qui m’a fait connaître la musique d’Henri Tomasi. Il m’avait passé quelques-unes des six mélodies populaires corses. Cela m’a beaucoup plu, je les ai gardées et je les ai proposées régulièrement en concert quand j’avais le choix du programme, ou en bis.
Ce n’est pas connu, mais ce sont de petits bijoux, avec tout de suite une ambiance particulière. Quand vous écoutez O Ciucciarella, il y a tout de suite quelque chose qui passe.
Justement, sur Ciucciarella, vous avez travaillé bien sûr à partir de la partition de Tomasi, mais avez-vous écouté aussi des versions plus traditionnelles ?
Effectivement, j’en ai écouté plusieurs. D'ailleurs, elles sont extrêmement différentes de l’une à l’autre, du point de vue des tempi, du caractère, des ornementations… Certaines sont très sobres, d’autres très ornées…
Je crois que ma préférée sur le disque c’est "Cantu di malincunia"...
C’est un style d’écriture un peu différent du reste. Les Six mélodies populaires corses sont assez proches de Ravel au niveau de la conception harmonique. L'écriture du Cantu di malincunia est plus traditionnelle... au sens classique du terme.
D’ailleurs, Ravel comme Tomasi a réharmonisé des mélodies corses…
Oui, mais alors que les Chansons hébraïques ou les Mélodies grecques sont très belles, je n’ai pas trop accroché aux Mélodies corses de Ravel. Je les trouve très lisses, extrêmement académiques, trop académiques. Alors que là il y a vraiment quelque chose. Sérénade-complainte, c’est un ovni. D’ailleurs en les déchiffrant on ne comprenait rien, on ne savait pas où ça allait. Tout ce cycle des Canti di Cirnu, c’est autre chose, plus traditionnel dans l’écriture, mais on ne s’ennuie pas une seconde. Avec le Cantu di Malincunia, il y a une vraie poésie, la mélodie est très belle avec ce sentiment de distance…
Il me semble que vous l’aviez chanté en rappel lors du concert rue d’Ulm
Oui. Parmi les Cantu di Cirnu, il fallait n'en choisir qu'une, et c'était l'évidence!
J’aime beaucoup ce compositeur, je sens une affinité avec lui. Et comme pour d’autres, j’estime qu’il n’est pas assez joué. Ce qu’il y a de très beau chez Tomasi, c’est cet idéal méditerranéen. Quelqu’un en a dit il n’y a pas très longtemps qu’il est à la fois tangible et intangible. Tangible, car il y a vraiment un folklore méditerranéen, intangible parce que pour lui, la Méditerranée s’étendait bien au-delà de ses strictes frontières géographiques. Pour cette personnalité particulière, un peu dans le doute, certainement hyper sensible, c’était très important. Je comprends l’importance de ce qu'on appelle la culture méditerranéenne, et en ressens ces valeurs qui nous rassemblent, malgré les différences de culture, de religions, et aussi des nombreux conflits que connait cette zone depuis toujours. C’est ce qui me plaît en filigrane de cette musique. Surtout dans sa musique corse. C’est pour cela que j’ai moins de tendresse pour les mélodies en français. Elles sont très bien écrites, là n’est pas la question, mais j’ai l’impression que Tomasi y est moins dans son élément.
Y aura-t-il des concerts ?
Oui, à L’Opéra de Lille en novembre. Le Théâtre Liberté à Toulon, et le Festival de Menton sont intéressés. Quelques dates à Paris aussi...
Johanne sera donc à Lille en même temps qu’A Filetta et Puz/zle les 29 et 30 novembre et 1er et 2 décembre dans le cadre de concerts « Autour de » à 18 h.
Comment ce projet est-il accueilli en Corse ?
Il y a des pistes, mais pour le moment il n’y a encore rien de sûr! J’espère pouvoir donner des concerts en Corse ! Le disque a reçu un très bon accueil sur le continent, en Corse aussi, mais certains sont partagés. Benoît Sarocchi, par exemple a beaucoup aimé, et il y a eu d'excellents retours à l'émission Sera Inseme enregistrée en février dernier. Mais il est vrai aussi que certains ont l’impression que leur tradition est un peu spoliée et ne la retrouvent pas dans le disque. Effectivement Laurent, Sodi et moi ne sommes pas des musiciens traditionnels corses.
Il y avait un livre « L’opéra ou la défaite des femmes »...
Oui, de Catherine Clément. D’un point de vue purement musical, de la partition, comment les thèmes s’imbriquent, comment ils se répondent, comment ils s’aiment, comment ils se quittent, comment ils sont un témoignage sur la société. Ca part dans tous les sens et c’est passionnant. La sémiologie musicale était trop structuraliste au début, puis elle a explosé.
Chanter un récital, c’est probablement plus difficile qu’avec un orchestre ?
C’est autre chose, effectivement. On est vraiment tout seul, à nu. On ne chante pas dans les mêmes salles. Le récital permet d’aller chercher son intériorité. On peut se permettre des piani qui à l’opéra passeraient moins, on peut laisser tomber un peu la technique au profit de choses très proches du parlé, c’est un autre plaisir. Mais par contre, l’opéra c’est vraiment le théâtre de l’exaltation, le grand geste vocal, porté par l'énergie de tout un orchestre. Le récital, c’est se rassembler pour donner quelque chose de plus fin.
Quelles sont les parts relatives du don et du travail pour un chanteur classique ?
C'est une question difficile! On naît tous avec les mêmes cordes vocales, sauf problème physique, avec les mêmes possibilités. Il y a des rôles pour tous les types de voix. Les gens qui ont des voix naturelles, qui peuvent chanter tous les rôles, ont peut-être un corps bien aligné, qu’ils utilisent spontanément exactement comme il faut et pour ce geste là. On peut avoir un super timbre, une bonne étendue, mais si on a un corps qui ne sait pas fonctionner au niveau du souffle par exemple, ça ne marchera pas, parce qu’on est notre propre instrument, notre propre corps de résonance.
Après, il y a le travail, on a envie de travailler ça ou pas. Et surtout il faut aussi surtout une sensibilité, une personnalité...
J’imagine qu’une certaine discipline de vie est nécessaire ?
Ce n’est pas le goulag, mais oui, il faut éviter les excès, pas d’alcool, du sommeil, pas de stress. De nombreux chanteurs font du yoga, de la technique Alexander...
Vous chantez en plusieurs langues. Les parlez-vous toutes ?
Je parle l’anglais couramment, et j’ai des notions d’espagnol, d’italien et d’allemand. Le russe non.
Mais quelle que soit la langue, on connait la signification de chaque mot. Normalement… ! C'est aussi important dans le récital que pour l'opéra, où le travail avec le metteur en scène peut être alors passionnant.
Les metteurs en scène d’opéra, voilà un vrai sujet !
C’est encore une grande question ! Je comprends la volonté de sortir des choses académiques. Mais quand on se trouve dans des grandes maisons, on se retrouve souvent avec des grands noms qui ne connaissent pas forcément la musique et l’opéra, et on se trouve devant des choses aberrantes.
Dernièrement il y a eu la Manon mise en scène par Coline Serreau. Elle n’avait pas de tendresse pour ses personnages, en tout cas on ne la sentait pas ; ils étaient tournés en dérision, et c’est très gênant d’avoir visuellement quelque chose qui tourne les personnages en ridicule alors que le passage musical est très émouvant. Cela a dû être extrêmement difficile pour les interprètes. Dans la scène de la petite table, il y avait au-dessus de Natalie Dessay une espèce de mannequin avec une écharpe Miss Arras... C’était très gênant, le visuel et la musique étaient en totale contradiction.
On peut le faire à la façon des Marx Brothers, mais dans ce cas on fait carrément un spectacle comique !
Il est très délicat de proposer une mise-en-scène allant à l'encontre de la partition... Et il faut aimer ses personnages. J’étais avec des amis, nous avons tous ressenti la même chose : pas de tendresse pour l’œuvre, du mépris pour les personnages.
Après, il y a d’autres choses. Il y a le Don Giovanni de Hanneke en ce moment, est parait-il très beau. J'ai vu cette production à Garnier il y a quelques années, il y avait matière à polémiquer, mais c’était beaucoup plus intéressant.
Il y a certainement un manque d’humilité de la part de certains metteurs en scène ?
Oui, ne pas servir l’œuvre, mais se servir de l’œuvre pour faire une incursion dans l’opéra, parce que ça fait bien dans une carrière. Pour les chanteurs c'est une autre démarche, on fait tout pour servir l’œuvre. Quand on travaille la partition et qu’on fait un oubli de nuance, de mouvement par exemple, le pianiste, le prof sont là pour nous rappeler à l’ordre. Le but, c’est d’être un intermédiaire, de transmettre quelque chose, et c’est déjà bien.
Cela n’a pas toujours été le cas. Je me rappelle une anecdote sur le ténor Tony Poncet : lors d’une répétition de Paillasse, le chef n’arrêtait pas d’annoter sa partition parce qu’il relevait ses tenues de notes. Cela agaçait Poncet qui lui dit « Ne t’en fais pas, le public vient pour moi. Donc toi, tu me suis ».
Oui! Avant, d’après ce que mes vieux profs m’ont raconté, les chanteurs faisaient un peu ce qu’ils voulaient. Maintenant c‘est différent, ce ne serait plus possible, même pour les grandes stars ; d’ailleurs, ce n’est plus à la mode de tenir une note plus qu’elle n’est écrite!
Le ténor qui m’émerveille, c’est Plàcido Domingo. Il peut tout chanter, sans jamais de faute de goût.
C’est un vrai musicien et une voix extraordinaire. Pavarotti c’est la voix facile… Enfin, pas si facile. Quand on entend ses premiers enregistrements, on se rend compte que l’on peut arriver à cette impression de facilité avec du travail! Mais effectivement il a une voix de lumière. Domingo est un autre style de chanteur. D’ailleurs il dirige, et ne dirige pas qui veut. Il a un timbre tellement chaud… Il chante d'ailleurs baryton maintenant.
Il a chanté Simon Boccanegra et Rigoletto.
Et Jonas Kaufman ? C’est très particulier, un timbre très ourlé, sombre, très beau, une grande voix. Et en plus un physique extraordinaire.
Quels sont les cantatrices qui vous ont influencé ?
Callas évidemment. Elle est indétrônable.
En dépit de ses imperfections vocales ?
Oui, c’est tellement transcendé qu’on s’en moque. Tosca, c’est extraordinaire. Turandot par Callas... C’est parfois un peu dur au niveau de la voix, ce n’est pas toujours parfait, son vibrato… mais vraiment, elle devient quelqu’un d’autre.
Dans un autre genre, au contraire très policé, il y a Fleming, j’aime beaucoup aussi.
(dans le brouhaha du café, j’avais compris « Freni » d’où un petit malentendu vite dissipé)
Ah, Mirella Freni dans Mimì…
C’est parfait sur le plan technique.
(Johanne se rend compte du malentendu)
Je parlais de Fleming, mais en fait ça se recoupe. Ce n’est pas la même personnalité, mais dans les deux cas, la ligne de chant est parfaite. Freni c’est somptueux aussi.
Et il y a aussi Netrebko, Gheorghiu...
Mirella Freni (Fregni de son vrai nom) est née le 27
février 1935, dans une famille ouvrière de Modène. Le hasard faisant
bien les choses, il se trouve que sa mère travaillait à la fabrique de
cigarettes... avec la mère de Luciano Pavarotti.
Elle fait ses débuts à l'âge de 19 ans à l'opéra de Modène en
interprétant le rôle de Micaëla
de Carmen.
Après une interruption de quelques années, elle reprend sa carrière en
1958 en gagnant un concours de chant puis en chantant Mimi de La Bohème
de Puccini au Teatro Regio de Turin. Elle connaît une reconnaissance
internationale avec le rôle d'Adina
de L'elissir d'amore
de Gaetano Donizetti, mis en scène par Franco Zeffirelli à Glyndebourne
où elle chante également les rôles de Suzanna et de Zerlina pendant les
saisons 1960-1962.
En 1961, Mirella Freni fait ses débuts au Covent Garden avec Nanetta de
Falstaff et en 1963 à La Scala de Milan où elle chante pour la
première fois sous la direction d'Herbert von Karajan dont elle
deviendra une des cantatrices favorites et avec lequel elle collaborera
dans nombre de concerts et d'opéras. En 1965, c'est le tour du
Metropolitan Opera de New York de la découvrir dans Puccini en Mimi, puis en Liù, et dans Gounod
avec Marguerite
de Faust et Juliette
de Roméo et Juliette.
Elle aborde ensuite des rôles verdiens plus lourds, notamment Elisabetta de Don
Carlos, Desdemona
d' Otello, Amalia de
Simon Boccanegra, Elvira
d' Ernani, Leonora
de La Forza del Destino et même le rôle-titre d'Aïda. Elle ajoute
également les héroïnes de Puccini de Manon Lescaut et de Tosca à son
répertoire et enregistre Madama Butterfly et les trois rôles féminins
du Trittico.
En 1974, Mirella Freni tourne une représentation filmée de Madame
Butterfly de Jean-Pierre Ponnelle où la critique la loua pour son
timbre vocal impressionnant dans ce rôle éprouvant et la poésie qui se
dégage de son interprétation de la malheureuse Cio-Cio-San. En 1976,
elle incarne une Suzanne remarquable également par sa voix et par son
jeu d'actrice dans Les Noces de Figaro du même réalisateur.
Mirella Freni continue d'étendre son répertoire dans les années 1990
d'abord dans l'opéra vériste, en chantant Adriana Lecouvreur
de Cilea à Paris, Milan et New York et Fedora
de Giordano à Milan, New York, Turin et Zurich. Du même
compositeur, elle aborde en 1998 Madame Sans-Gêne à Catane. Pendant la
même période, elle s'aventure également dans le répertoire russe de
Tchaïkovski, chantant Tatiana
d'Eugène Onéguine, Lisa
de La Dame de pique et Ioanna
de La Pucelle d'Orléans. En 2005, elle fête en même temps le 40ème
anniversaire de ses débuts au Metropolitan Opera et le 50ème
anniversaire de ses débuts sur scène au cours d'une soirée mémorable
dirigée par James Levine.
Pour tous les amateurs d'opéra, elle restera comme une des interprètes
les plus accomplies notamment par la fraîcheur de sa voix alliée à de
réels dons scéniques. Elle est d'abord crédible physiquement dans tous
ses rôles, au premier rang ceux de jeune fille sacrifiée par le destin,
mais surtout elle apporte à ses personnages la voix émouvante et jeune
qu'elle a gardé tout au long de sa carrière et qui font d'elle une des
plus grandes Mimi ou Cio-Cio-San du XXe siècle.
Dans son abondante discographie on retiendra :
* Boito - Mefistofele - (Margherita) -
Oliviero de Fabritiis - National Philharmonic Orchestra (Decca,
enregistrement 1984, CD 2005)
* Gounod - Roméo et Juliette -
(Juliette) - Alain Lombard - Orchestre de l'Opéra de Paris (EMI,
enregistrement 1969, CD 1994)
* Puccini - La Bohème - (Mimi) - Herbert
von Karajan - Orchestre philharmonique de Berlin - (Decca,
enregistrement 1973, CD 1987)
* Puccini - Madama Butterfly (Cio-Cio-San) -
Herbert von Karajan - Orchestre philharmonique de Vienne (Decca,
enregistrement 1974, CD 1987)
* Tchaïkovski - Eugène Oneguine
(Tatiana) - James Levine - Staatskapelle de Dresde (Deutsche
Grammophon, 1988)
* Verdi - Don Carlos - (Elisabetta) -
Herbert von Karajan - Orchestre philharmonique de Berlin (EMI,
enregistrement 1979, CD 1994)
* Verdi - Otello - (Desdemona) - Herbert
von Karajan - Orchestre philharmonique de Berlin (EMI, enregistrement
1974, CD 1988)
* Verdi - Simon Boccanegra -
(Maria/Amalia) - Claudio Abbado - Orchestre de La Scala, Milan
(Deutsche Grammophon, enregistrement 1977, CD 1997)
* Verdi - Requiem - Herbert von Karajan
- Orchestre philharmonique de Berlin (Deutsche Grammophon,
enregistrement 1972).
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