
Italo
Calvino
Andrea Camilleri
Gianrico
Carofiglio
Giancarlo de Cataldo
Fruttero e
Lucentini
Luigi Natoli
Mario Soldati


Je ne saurais trop conseiller aux corsophones et italophones de lire ces ouvrages en version originale, afin de goûter tout le sel de la langue de Camilleri.
Des chroniques, billets d'humeur écrits au fil de la plume pour Il Messaggero, La Stampa ou la Repubblica, traduits par Dominque Vittoz.

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Dans la collection I Meridiani (Arnaldo Mondadori Editore) sont parus deux volumes :
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En français :
La forme de l'eau, Chien de faïence, Le voleur de goûter, La voix du violon, Un mois avec Montalbano, L'excursion à Tindari et La Démission de Montalbano ont été publiés chez Pocket/Fleuve Noir.
La Concession du
téléphone, La Saison de la chasse et Un
filet de fumée dans Le Livre de
Poche ;
L'Opéra de Vigata, Le Coup du cavalier, La Disparition de Judas chez Métailié,
Le Jeu de la mouche chez Mille et
une nuits,
Indulgences à la carte
et Un massacre oublié chez Le
Promeneur
Notes de lecture de "Privo di titolo":
Ce sont ses propres souvenirs qui donnent à l'auteur le prétexte de ce livre. En 1941, il participe avec son père à la commémoration de " l'unique martyr fasciste de Sicile ". Ce qui frappe le jeune Camilleri, ce n'est pas la manifestation elle-même, mais l'image d'un homme, un peu à l'écart, qui pleure " secoué par des vagues de pleurs violents et désespérés ", qui restera figée dans sa mémoire. L'image de " l'assassin ".
Ce que nous conte Camilleri, c'est en fait l'histoire d'une mystification, qui a fait d'un jeune exalté fasciste, tué par ses propres camarades, un "martyr de la barbarie communiste ". En 1921, pendant la montée du fascisme, à Caltanisetta, trois jeunes fascistes tendent un piège à un jeune maçon socialiste. Blessé, celui-ci réussit à tirer deux fois en l'air. L'un des trois jeunes reste à terre blessé et mourra quelques jours plus tard.
A partir de ce moment se manifestent d'un côté la volonté de trouver un coupable idéal, de l'autre celle de faire toute la lumière sur l'événement. Le livre montre la transformation du mouvement fasciste en parti politique, la " marche sur Rome ", la nomination de Mussolini comme Premier ministre.
A travers des anecdotes pleines d'humour, comme celle relative à la ville fantôme de Mussolinia, ou bien à la visite de Mussolini en Sicile ou encore aux obséques du faux martyr, et des descriptions savoureuses de notables, de policiers et de gens du peuple, Camilleri réussit à nous donner un échantillon de l'atmosphère que l'on respirait à l'époque sur l'île.
Notes de l'éditeur français :
La Sicile à l'aube du fascisme. La nuit du 21 avril 1921, lors d'une échauffourée dans les ruelles de Caltanissetta, le jeune Lillino Grattuso, sympathisant fasciste, est tué d'une balle de revolver. Bientôt, les témoignages et les rapports «officiels» accusent Michèle Lopardo, sympathisant communiste, de l'avoir assassiné. À mesure que s'étend la politique de l'huile de ricin, la victime devient peu à peu, à grand renfort de rhétorique et de propagande, le «seul et unique martyr fasciste de toute la Sicile». On assiste alors à l'édification d'une réalité virtuelle voulue par le régime et relayée à tous les niveaux de la société.
Toujours drôle et incisif, Andréa Camilleri démonte, derrière cette pantalonnade terriblement efficace, la mécanique de la mise en scène de la vérité : si un innocent est injustement poursuivi en justice, la victime, elle, sera spoliée de sa dignité de «simple mort privé de titre».
"Il colore del sole"
Se
rendant de Rome à Syracuse pour assister à une pièce de théâtre,
Camilleri est confronté à des évènements bizarres. Quelqu’un lui glisse
dans la poche un papier avec un numéro de téléphone à appeler d’une
cabine publique. Et il n’est pas possible de savoir à qui correspond ce
numéro. L’auteur de romans policiers ne peut se soustraire à une série
de mystères de plus en plus épais et inquiétants, qui le conduiront
finalement dans un palais perdu dans la campagne sicilienne, où on lui
montrera quelques curieux objets et un texte incroyable, écrit de la
main du Caravage. Les notes brèves, sèches, désarticulées et
visionnaires de ce journal constituent une sorte de roman noir sur la
période vécue par le peintre entre Malte et la Sicile en été 1607.
Cette fois ce n’est plus l’écriture savoureuse qui a rendu Camilleri
célèbre, mais de dissonantes et âpres notes baroques qui rendent compte
de la personnalité torturée de l’artiste et des sources de sa peinture.
"La concessione del telefono"
« Pendant l’été 1995 », raconte Camilleri, « j’ai trouvé, dans de vieux papiers, un décret ministériel (reproduit dans le roman) pour la concession d’une ligne téléphonique privée. Le document sous-entendait un tel maquis de complications administratives plus ou moins délirantes que j’eus immédiatement envie d’en faire un roman. »
Filippo
Genuardi, citoyen de Vigàta, envoie au préfet Vittorio Marascianno une
demande de concession d’une ligne téléphonique. Marié à la fille d’un
riche propriétaire, il vit d’expédients et des aides de son beau-père,
remarié à une belle femme trop jeune pour lui. Filippo et sa belle-mère
ont une liaison et le téléphone qui relierait les deux maisons
favoriserait leurs rendez-vous clandestins. Mais la demande aurait dû
être adressée non au préfet, mais aux PTT.. De cette erreur vont naître
de nombreuses péripéties. Genuardi va s’adresser à un mafieux local,
qui bien entendu demande un service en échange. Pendant ce temps le
Préfet soupçonneux fait faire une enquête sur Filippo aux carabiniers,
qui le soupçonnent de menées séditieuses. Et le mafieux croit avoir
été trahi par Filippo. Et tout se complique..
Un roman désopilant.
"La stagione della caccia" (La saison de la chasse)
Camilleri explique avoir tiré le sujet de ce roman d’une réponse enregistrée dans la fameuse Enquête sur la condition de la Sicile en 1876. A la question sur les crimes de sang dans le village, la réponse fut la suivante : « Non. A l’exception du pharmacien qui a tué sept personnes par amour... »
A
lire Camilleri, on comprend
que son plus grand plaisir littéraire en racontant des histoires de sa
province sicilienne, à partir de faits réels, est de rapporter le
dialogue vivant. Et c’est un plaisir qui se communique immédiatement au
lecteur, par la particulière force comique de l’art de Camilleri.
Mais en même temps, il communique aussi la vérité de l’être sicilien.
Ici le fait réel, relaté dans la célèbre "Enquête sur la condition de
la Sicile en 1875-76", est la succession d’intrigues, de crimes et de
tumulte consécutifs à l’entêtement incompréhensible du préfet de
Caltanissetta, un toscan nommé Bortuzzi, à inaugurer le théâtre de
Caltanissetta avec un opéra inconnu, Il birraio di Preston. Et le sens
précis est peut-être le suivant : en Sicile rien ne sert
d’attendre que l’histoire se répête pour avoir la farce. L’histoire,
pour les siciliens, se présente tout de suite avec les aspects absurdes
et violents de la farce.
"La
mossa del
cavallo"
L’histoire prend sa source dans les notes de Leopoldo Franchetti pour son enquête sur les conditions socio-économiques de la Sicile au XIXe siècle.
Giovanni Bovara, inspecteur-chef aux Moulins de Montelusa, "un sicilien qui parle génois", est témoin de l’assassinat d’un prêtre. Peu après avoir fait sa déposition, il est arrêté et accusé du meurtre. Ce renversement imprévu le contraint à un mouvement imprévu qui déplace l’adversaire et lui sauve la vie. Giovanni Bovara, d’origine sicilienne, a grandi à Gênes où il a appris l’italien et le dialecte gênois, sa langue maternelle qui lui revient dans les moments d’intense émotion. Accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, il devra prouver son innocence et n’y parviendra qu’en récupérant son dialecte, le sicilien, et avec lui le mode de pensée de ses ancêtres.
Montalbano
Le Commissaire Salvo Montalbano,de la Police d'Etat, est le héros d'une série de romans et de récits publiés par Andrea Camilleri qui se caractérisent par l'utilisation d'une langue italienne fortement contaminée par des éléments de dialecte sicilien et par le soin particulier apporté à la peinture de la société sicilienne.
L'action
se déroule à
Vigata, dans la province de Montelusa (deux noms de fantaisie qui
correspondent en réalité respectivement à Porto Empedocle et
Agrigente). Ses proches collaborateurs sont son adjoint Domenico
Augello, ami qu'il nomme affectueusement du diminutif de
Mimì, l'inspecteur Fazio, très efficace, l'agent Catarella,
le standardiste simplet et sympathique.
Montalbano a une fiancée, Livia, qui vit à Boccadasse, quartier de
Gênes.
Montalbano est un commissaire sui generis, d'une grande intelligence, qui déploie une réelle habileté pour dénouer les intrigues les plus compliquées et difficiles. Il sait se dépêtrer de la machine bureaucratique de l'appareil d'Etat, qu'il sert avec une grande loyauté. Il a quelques faiblesses, telles que son goût pour la bonne cuisine, son attachement quasi charnel à sa terre et sa conception très personnelle du respect de la loi.
Selon l'auteur, après La vampa d'agosto seront publiés deux autres aventures du commissaire, Il campo del vasaio et enfin Riccardino.
Le commissaire Montalbano enquête sur la mort du comptable La Pecora, à laquelle il réusiit à relier la dispaarition d'une femme marocaine et de son fils, François, que le commissaire hébergera chez lui après la mort de sa mère.
Michela Licalzi est trouvée nue et assassinée par étouffement. Principal suspect, un jeune homme qui éprouvait une passion morbide pour la jeune femme. Au centre de l'intrigue, un violon de collection.
La forma dell'acqua
Deux balayeurs découvrent dans sa voiture le cadavre de l'ingénieur Luparello. Principale suspecte, la suédoise Ingrid grâce à laquelle en fait Montalbano découvrira le véritable coupable.
Il cane di terracotta
Le commissaire reçoit les confessions d'un repenti (Tanu u Grecu) qui avoue avec caché des armes dans une grotte. On trouve dans la grotte, outre les armes, deux squelettes gardés par un gros chien de terre cuite. Montalbano enquête sur ce crime datant de cinquante ans.
La gita a Tindari
Un homme désespéré vient signaler au commissariat la disparition de ses parents. Ils ont été vus pour la dernière fois au cours d'un voyage organisé à Tindari. Pendant cette excursion ils ont eu un comportement étrange. Coïncidence ou non, un jeune mafieux a été assassiné à l'entrée de leur immeuble...
Gli arancini di Montalbano
Montalbano n'a pas très envie d'aller passer le réveillon à Paris avec sa fiancée Livia. Il fête finalement la fin d'année avec sa bonne Adelina et les deux fils de celle-ci évadés de prison...
Montalbano enquête sur la mort de Enea Piccolomini, un aveugle à qui on a administré une dose mortelle de médicaments. Des vacances sur l'île de Levanza lui offriront l'opportunité d'approfondir ses recherches.
L'odore della notte
Le banquier Gargano a disparu et avec lui l'argent que de nombreux habitants de Vigàta lui avaient confié...
Il giro di boa
Le commissaire est perturbé par les nouvelles provenant de Gênes ; il pense même à démissionner. Il assiste à l'arrivée d'une barque de clandestins parmi lesquels un enfant lui rappelle François. Quelques jours plus tard il découvre que cet enfant a été tué, et qu'il aurait pu lui éviter cette mort. Enfin il cherche l'identité d'un cadavre retrouvé par lui dans la mer devant sa maison...
La pazienza del ragno
Sur
une route, on retrouve
le scooter abandonné d'une jeune fille. Montalbano est aidé par le
fiancé pour retrouver la jeune fille.
"Le ali della sfinge" (Les ailes du sphinx)
Ce n’est pas une bonne période pour Montalbano: disputes continuelles avec Livia, malentendus amplifiés par la distance, nervosité…Pendant une de ces soirées de mélancolie il est appelé pour une urgence. On a trouvé dans une décharge le corps nu d’une jeune femme, le visage dévasté par un projectile. Ni papiers ni vêtements. Juste un petit tatouage sur l’épaule pourrait la faire identifier. L’enquete débute avec un Montalbano déprimé par tous ces meurtres. Mais bientôt il est amené à enquêter sur une étrange association censée sortir les jeunes immigrantes de l’Est de la prostitution. Plus il avance dans l’enquête, plus Montalbano doit se débattre avec l’évêque, le questeur, Livia…
Un roman un peu particulier, avec un Montalbano vieillissant et mélancolique, dans un monde de plus en plus inhumain.
La
langue d'Andrea Camilleri
Montalbano n'est pas seulement le personnage central des romans de Camilleri, c'est aussi le pivot de l'expression linguistique, dans la mesure où il s'adresse aux autres personnages soit seulement en dialecte (par exemple avec Adelina, sa bonne) ou en dialecte et en italien (avec Tano 'u grecu), ou dans une langue déformée (avec Catarella) jusqu'à s'exprimer en italien officiel.
Camilleri
apporte beaucoup d'attention aux
usages du dialecte ou des autres variétés de langue : Catarella appelle
son langage "maccheronico taliano" (Il cane di terracotta); le questeur
dit que la langue de Montalbano est un italien abâtardi, Livia ne veut
pas qu'il parle sicilien.
En fait les variétés linguistiques utilisées par Camilleri sont au
moins cinq, chacune ayant une fonction précise :
1.
Dialecte sicilien local
(celui de Porto Empedocle), utilisé:
dans le discours direct de certains personnages, par exemple, femmes du peuple, mafiosi.. Exemples :
Perche non ti sei fatta viva in questi giorni? Ca pirchi`! Ca pirchi` a la signurina non ci piaci di vidirimi casa casa quannu ce` iddra. (Il cane di terracotta, p. 234).
Madunuzza beddra! Pazzo nisci`! Losso du coddru si ruppe! (Il cane di terracotta, p. 235).
Vedi se sono astutati tutti e due, accussi` ce ne andiamo. (Il cane di terracotta, p. 174).
Ciccino, ma cu e` a chistura?. (Il cane, 112)
Futtiri addritta e caminari na rina / portanu l'omu a la ruvina (Il cane, 143)
C. listes de synonymes:
vignarole, attuppateddri, vavaluci, scataddrizzi, crastuna (Il cane 129)
nirbusi, sconoscenti, sciarreri (Il cane 138)
arrinanzato, parvenu, semianalfabeta, mezza calzetta (Il cane 152)
aggrugnato, trubbolo (Il cane 158)
una
sisiata, una pigliata pi fissa, un tiatro
(Il cane 173)
2. Varietés mixtes
Mélange de dialecte sicilien et d'italien :
quand l'auteur exprime les pensées ou les actions de Montalbano :
i. [Montalbano] Dei morti se ne fotteva altamente, poteva dormirci 'nzemmula, fingere di spartirci il pane o di giocarci a tressette e briscola, non gli facevano nessuna impressione, ma quelli che stavano per morire invece gli provocavano la sudarella, le mani principiavano a tremargli, si sentiva agghiacciare tutto, un pirtuso gli si scavava dintra lo stomaco. (Il cane di terracotta, p. 75)
ii. Se ne stava lì, come affatato, a taliare la scena, scantato che un suo minimo gesto potesse svegliare dal sogno che stava vivendo (Il cane, p. 121)
iii. Riattaccò e esplose in un nitrito, altissimo, di gioia. Subito, nella cucina, si sentì un rumore di vetri infranti: per lo spavento, ad Adelina doveva essere caduto qualcosa di mano. Pigliò la rincorsa, saltò dalla veranda sulla rena, fece un primo cazzicatummolo, poi una ruota, un secondo capitombolo, una seconda ruota. Il terzo cazzicatummolo non gli arriniscì e crollò senza sciato sulla sabbia.
Adelina si precipitò verso di lui dalla veranda facendo voci...
(Il cane di terracotta, p. 235; v. anche 224, 240)
Ce mélange n'est sûrement pas celui que l'on peut entendre aujourd'hui en Sicile. Camilleri n'utilise pas l'italien régional de Sicile. "L'italianisation" se produit clairement par l'utilsation de morphèmes italiens sur des bases siciliennes choisies par l'auteur.
Le -u final du sicilien est simplement changé en -o:
Les termes dialectaux se réfèrent souvent aux plats régionaux :
mostazzolo di vino cotto 18
pasta fredda con pomodoro, vasalico` e passaluna, olive nere 41
pasta ncasciata 120
tinnirume 150
petrafe`rnula
155
cinquantino
B. dans le discours direct de certains personnages (mafiosi, représentants de l'ordre):
i. Eh
no, duttureddru, non e' la stessa
cosa, mi meraviglio di lei che sapi leggiri e scriviri, le parole non
sono uguali. Io mi faccio arrestare, non mi costituisco. Si pigliassi
la giacchetta che ne parliamo dintra, io intanto rapro la porta.
(Il cane di terracotta, p. 20)
ii. (Lei non ci crede che io sono malato?.) Ci credo. Ma la minchiata che lei vuole farmi ammuccare e` che per essere curato lei ha necessita` di farsi arrestare.... (Il cane di terracotta, p. 22)
La base linguistique de tous les romans de Camilleri est l'italien. La greffe du sicilein sur cette base italienne est une opération venant d'en haut. On trouve des termes de dialecte (taliare pour guardare, spiare pour chiedere, travagliare pour lavorare, etc), mais la syntaxe reste italienne, à part la fréquente inversion de l'ordre des mots dans la phrase : Montalbano sono, et l'utilsation du passé simple : Che fu ?
Camilleri fait tout pour indiquer au lecteur attentif la signification des termes siciliens non directement compréhensibles.
In
televisione cerano un
dibattito sulla mafia, uno sulla politica estera italiana, un terzo
sulla situazione economica, una tavola rotonda sulle condizioni del
manicomio di Montelusa, .... (Il cane di terracotta, p. 154)
4. Le dialecte de Catarella
Catarella s'exprime dans un sabir "macaronique", qu'il appelle lui-même "taliano", mélange d'italien bureaucratique, d'italien populaire et de dialecte, ce qui crée quiproquos et situations comiques.
Voici un exemple qui ne manque pas de sel :
Dottori, lei putacaso mi saprebbi fare la nominata di un medico di quelli che sono specialisti ?
- Specialista di cosa, Catarè ?
Di malattia venerea.
Montalbano aveva spalancato la bocca per lo stupore.
- Tu?! Una malattia venerea? E quando te la pigliasti?.
- Io m'arricordo che questa malattia mi venne quando ero ancora nico, non avevo manco sei o sette anni.
- Ma che minchia mi vai contando, Catarè? Sei sicuro si tratta di una malattia venerea?
- Sicurissimo, dottori. Va e viene, va e viene. Venerea.
(Il cane di
terracotta, p. 25-26)
5. Autres dialectes
L'auteur utilise le gênois dans La mossa del cavallo: le dialecte si différent du sicilien, fait comprendre la difficulté du personnage principal né en Sicile, mais ayant vécu à Gênes, de comprendre la Sicile. Dans Il Birraio di Preston, le préfet est florentin et se distingue par l'élision des "c" durs. Le questeur est milanais, sa prononciation est influencée par le français ; enfin, le parler du révolutionnaire romain se caractérise par ses élisions de voyelle et la déformation de l'article il en er.
6. Anglicismes
Peu d'anglicismes (freezer), ce qui donne à penser que l'italien de Camilleri est proche de l'italien parlé, pauvre en anglicismes.
Pour
conclure
L'utilisation
du dialecte assume plusieurs
fonctions pour Camilleri : d'abord, identifier plus concrètement les
lieux de l'intrigue. L'autre fonction est d'introduire du comique, de
l'ironie. La caractéristique des Siciliens de faire du théatre, de
jouer dans différents registres, est rendue par la variation
linguistique.
L'intention de Camilleri est de divertir le lecteur tout en suscitant
en lui la réflexion sur la réalité historique sicilienne, pleine de
souffrances et d'injustices. Le dialecte est également utilisé dans les
circonstances très dramatiques (la discussion entre Montalbano et la
soeur de Gegé).
Le lecteur non sicilien éprouve à la lecture un sentiment de familière étrangeté, confronté à des tournures et de vocables inconnues de lui mais qu'il comprend grâce au contexte.
I
Beati Paoli (Le Bâtard de Palerme
Editions Métailié.
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Début
du
XVIIIe siècle. Raimondo de la Motta est un cadet de famille. Son frère,
le duc meurt à la guerre. Pour obtenir le titre et la fortune qui
l’accompagne, Raimondo décide de se débarrasser de son jeune neveu,
héritier légitime, et de la mère de celui-ci. Sa tentative échoue, mais
la duchesse et son fils sont obligés de quitter le palais et sont
recueillis par une famille de basse extraction. La duchesse mourant peu
après, l'orphelin sera élevé par cette famille. Douze ans plus tard, en
septembre 1713, chevauchant son cheval étique, la rapière au côté,
Blasco di Castiglione, jeune gentilhomme au grand coeur, fait son
entrée à Palerme. En quête du secret de sa naissance, il va se trouver
mêlé à une formidable histoire de vengeances et de trahison. Car dans
l’ombre, les Beati Paoli sont bien décidés à rendre le titre au
véritable duc.
Il
rencontrera don Raimondo della Motta, qui n'a pas reculé devant le
crime pour ceindre la couronne ducale, son épouse la belle Donna
Gabriella, Violante, belle comme un songe de pureté, le mystérieux
Coriolano della Foresta. Il découvrira une ville de palais arabes,
d'églises espagnoles, de torteresses normandes, avec ses quartiers et
ses catacombes où se réunit la secte des Beati Paoli.
Dès
les
premières pages de cette saga historique dans la lignée d'Alexandre
Dumas,
on est pris
au piège et il devient rapidement très difficile de reposer le livre.
Les personnages sont inoubliables : Don Blasco de Castiglione, le
chevalier sans peur et sans reproche, Donna Gabriella,qui par amour ne
reculera devant aucun crime, Matteo Lo Vecchio, sbire prêt à toutes les
vilenies, Corilolano de la Floresta, sans oublier bien sur les
mystérieux Beati Paoli. Dans les deux tomes suivants, on
suivra l'histoire de ces familles pendant plus de cinquante ans avec
Blasco et Coriolano et l'on découvrira de nouveaux personnages, le
jeune Cesare Brancaleone, Giovanna Oxorio...
Les descriptions de la Sicile, de Palerme, de ses mystères et de son petit peuple sont tout simplement envoûtantes et nous transportent loin dans le temps et dans l’espace.
Bien sûr, la trilogie comporte quelques longueurs, les coups de théatre sont un peu trop attendus et les sentiments un peu trop caricaturaux, mais il passe dans ce livre un souffle épique qui ne laisse pas indifférent.
Romanzo Criminale
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Publié en
italien en collection Einaudi tascabili. Traduit en français par Serge
Quadrupani et publié par les éditions Metailie ainsi qu'en poche
(Points policier).
A 49 ans, Giancarlo DE CATALDO est juge auprès de la cour d'assises de
Rome. Il a écrit des romans, des scénarios, des essais et des pièces de
théâtre.
A la fin des années 70 à Rome. une bande de petits voyous menée par trois personnalités plus fortes, décide de prendre le contrôle de Rome. La police est plus préoccupée par l’activisme d’extrême gauche que par les manœuvres des groupes mafieux. Le Libanais, le Froid, et leur bande de jeunes truands en profitent. Ils veulent conquérir la capitale et ne pas se contenter des restes. La rançon d’un enlèvement leur servira de mise de fonds pour l'achat d'un stock de drogue. Lentement, mais sûrement, ces voyous se font une place à Rome, contrôlant le marché de la drogue, maîtrisant les lieux de jeux clandestins. Ils s’associent avec un des gros importateurs de drogue pour participer à la distribution. Seuls le commissaire Scialoja et le procureur Borgia qui enquêtent sur l’enlèvement s’intéressent à eux. Tous les autres policiers d’Italie sont à la recherche de la cache des Brigades Rouges, celle où se trouve Aldo Moro. Quand son corps est retrouvé dans une voiture, les agissements du Froid et du Libanais passent encore plus, si possible, au second rang. Quelques années plus tard, l’extrême gauche anéantie, les gamins ont fait leur chemin, ont des contacts avec la classe politique, les services secrets, les mouvements d’extrême droite … Ils ont réussi, et sont devenus intouchables pour Scialoja. C’est le sommet, c’est aussi le début de la chute.
Sur
une période de dix ans, on va voir mûrir ces hommes et femmes, faire
des choix ou se laisser porter par les évènements.
Et on s'attache malgré tout à tous ces personnages, qui sont de vrais
personnages lâches, cruels, héroïques, forts, faibles, généreux,
envieux, pathétiques, impitoyables … en un mot, humains. .
Roman fleuve, roman noir, roman criminel : Cette époustouflante chronique du crime romain entre 1978 et 1992 n’est ni plus ni moins qu’une histoire de l’Italie dans cette période particulièrement trouble. Tout y est : les années de plomb, le rôle de l’état dans le pourrissement d’une situation, l’implication de l’extrême droite, manipulée par les services secrets, l’aide apportée par la pègre, en échange d’une bienveillante indulgence … Plus tard, les liens entre les politiques et le monde de la pègre, la corruption, la toute puissance de la mafia, les loges maçonniques …
Ce livre
s'inspire de la véritable histoire d'une bande italienne, qui a sévi
dans la capitale dans les années 80. Période d'agitation politique et
criminelle, qui a vu ce pays frappé par le terrorisme rouge mais aussi
le noir.
Les troubles liés aux attentats, l'instabilité des gouvernants, les
intérêts politiques et financiers restent en filigrane de ce livre. Le très solide fond documentaire de ce livre,
qui se déroule entre 1977 et 1992, est l'histoire authentique de la
"bande de la Magliana" (d'après le nom d'un quartier de Rome), première
organisation criminelle constituée en ces années-là sur le modèle de la
mafia, et qui, pour la première fois dans l'histoire du milieu romain,
a mis la capitale en coupe réglée. Les liens de cette bande avec
l'Italie de tous les secrets sont avérés : loge P2, terrorisme noir,
assassinat d'Aldo Morro, politiciens et policiers corrompus, services
secrets... Toute l'histoire souterraine de l'Italie de ces années
récentes défile ainsi sous nos yeux, sans que jamais De Cataldo renonce
aux moyens de la littérature : il crée des personnages puissants et
originaux, notamment de magnifiques figures de femme, il alterne les
scènes de roman noir et les tableaux de moeurs, la bouffonnerie et la
tragédie. L'évolution du commissaire dont l'histoire sert de fil à la
saga prend des allures de tragédie amère lorsque, de jeune idéaliste,
il va devenir à son tour un manipulateur du crime. Le destin du jeune
juge d'instruction auquel il s'allie est tout aussi édifiant. Tout cela
dans une langue qui utilise tousl les argots : l'argot romanesco du
peuple romain et de sa malavita, ceux des alliés napolitains ou
siciliens, aussi bien que la langue bureaucratique des manipulateurs de
l'ombre...
Toute l'histoire souterraine de l'Italie de ces années récentes (loge
P2, terrorisme noir assassinat d’Aldo Moro, politiciens et policiers
corrompus, services secrets...) défile ainsi sous nos yeux, sans que
jamais Giancarlo De Cataldo renonce aux moyens de ta littérature: avec
une écriture jubilatoire il alterne les scènes de roman noir et les
tableaux de mœurs, la bouffonnerie et le drame. Il crée des personnages
forts et originaux, notamment de magnifiques figures de femme.
Ce roman épique d'une incroyable puissance a été unanimement salué par la presse italienne avant d'être adapté au cinéma par Michele Placido.
Il a reçu le Trophée 813 et le Prix du Polar européen du Point en 2006.
Italo Calvino est né à Cuba où son père Mario, d'origine ligure, travaille comme agronome, et sa mère Evelina Mameli (ou Eva), native de Sardaigne, est biologiste.
En 1925 il rentre en Italie alors mussolinienne. Il grandit à San Remo et reçoit une éducation laïque et antifasciste.
Lorsque la guerre éclate, il interrompt ses études d'agronomie ; en 1943, il rejoint les partisans des brigades Garibaldi et en 1945, il se retrouve à Turin où il collabore avec plusieurs journaux, s'inscrit au parti communiste et entreprend des études de lettres qu'il conclura brillamment par un mémoire de littérature anglaise sur Joseph Conrad. À cette période, il fait la connaissance de Cesare Pavese qui l'encourage à écrire.
En 1947, il publie son premier roman, Le Sentier des nids d'araignées, qui évoque son expérience de résistant. L'œuvre rencontre un certain succès. En 1949 paraît Le Corbeau vient le dernier. Ces deux œuvres naissent dans l'atmosphère néoréaliste mais sont empreintes, la première surtout, d'un style qui se rapproche de la fable. En 1952, sur les conseils de son éditeur, il abandonne sa manière néo-réaliste et se laisse aller à ses penchants pour le conte fantastique, à travers Le Vicomte pourfendu qui formera, avec Le Baron perché et Le Chevalier inexistant, la célèbre trilogie Nos ancêtres, vision allégorique de la condition humaine moderne. Entre 1950 et 1956, il entreprend la compilation et la traduction des Contes populaires italiens à partir de contes folkloriques du XIXe siècle.
Après l'invasion de la Hongrie en 1956, Calvino se détourne du parti communiste et, progressivement, de l'engagement politique.
Au début des années 60, dans deux articles : La mer de l'objectivité et Le défi au labyrinthe, il réfléchit à la situation littéraire internationale et tente de définir sa propre poétique dans un monde de plus en plus complexe et indéchiffrable.
Il publie en 1963 La Journée d'un scrutateur, puis en 1964 s'installe à Paris où il entrera en contact avec les membres de l'OuLiPo. Parallèlement, son intérêt pour les sciences naturelles et la sociologie ne cesse de croître. Celles-ci influeront sur son œuvre : Cosmicomics (1965) est un recueil de contes fantastico-scientifiques, qui illustrent une fois de plus son goût pour le fantastique.
En 1964, il se marie et a une fille l'année suivante.
Le Château des destins croisés (1969), Les Villes invisibles (1972), Si par une nuit d'hiver un voyageur (1979), appartiennent au « système combinatoire des récits et des destins humains », système à l'aide duquel Calvino – en s'appuyant sur un certain nombre d'éléments (les figures du tarot dans Le Château des destins croisés) – prétendait construire ces récits. Ce « systématisme » traduit l'influence de l'OuLiPo et le goût de ses membres pour toutes les formes d'écriture à contraintes.
Il meurt en 1985 d'une hémorragie cérébrale, alors qu'il préparait, pour l'université de Harvard les Leçons américaines, qui paraîtront après sa mort.
Calvino a toujours été attiré par la littérature populaire, l'univers de la fable, en particulier. Dans Le Vicomte pourfendu, il exploite la veine fantastique : le cadre est celui de la fable tandis que la narration se fait sur deux niveaux : le plus immédiatement perceptible, le récit fabuleux, mais aussi le niveau allégorique et symbolique qui est très riche (il développe notamment les thèmes du contraste entre réalité et illusion, idéologie et éthique, etc.). Mais la morale du roman est d’abord une invitation à la nuance, puisqu'il apparaît que la vérité absolue est une chimère.
Les deux autres romans de la trilogie Nos ancêtres obéissent au même principe de fonctionnement. Le héros du Baron perché est un alter ego de Calvino, désormais débarrassé de ses anciennes conceptions et qui ne voit plus la littérature comme porteuse d'un message politique. Le Chevalier inexistant, dernier de la trilogie, est un roman plus sombre, en revanche.
A côté de cette production « fabuleuse », Calvino continue à traiter dans ses œuvres de la réalité quotidienne.
A ce cycle appartient Marcovaldo, roman en deux parties. La première se rapporte davantage à la manière de la fable tandis que la seconde aborde des thèmes urbains sur un ton qui confine à l’absurde. La même année que ce dernier, paraît La Journée d’un scrutateur dans lequel Calvino raconte la journée électorale d’un militant communiste, scrutateur dans un asile faisant office de bureau de vote, qui est profondément troublé par son contact imprévu avec un monde parfaitement irrationnel.
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Se
per une notta d’inverno un viaggiatore (Si par une
nuit d’hiver un voyageur) est un roman assez particulier. Une mise en
abîme, un
livre dans un livre. Dans ce récit qui relève tout autant de l'oeuvre
littéraire que de l'exercice de style, il y a deux héros: le livre et
le lecteur. Tout commence lorsqu'un lecteur (dont on ne connaît pas le
nom) achète le dernier roman d'Italo Calvino, intitulé
" Si par une nuit d'hiver
un voyageur ". Il rentre chez lui et commence
donc à le lire. Il
est tout de suite intéressé par le roman, mais à la fin du premier
chapitre, plus rien. Il
découvre que son exemplaire comporte une erreur de brochage : le
livre qui se trouve entre
ses mains contient en fait le début d'un autre récit. Le lecteur
retourne donc à la librairie pour avoir un exemplaire complet. En
échange de son livre, il
en reçoit un autre. Mais le scénario se répète….
Notre
lecteur veut connaître la fin de la première histoire et va donc se
lancer dans la quête du texte original, oscillant entre réel et irréel,
allant de pays en pays et de livre en livre. Il explorera le royaume du
rêve et de la littérature. |
On
lui donne un autre
exemplaire, mais, une fois chez lui, le Lecteur découvre que, d'abord,
ce n'est plus du tout le même roman, et que, ensuite, il comporte, lui
aussi, une erreur : à partir du deuxième cahier, les pages ne
sont imprimées que d'un côté, et, troisièmement, ce n'est pas un roman
polonais, à en juger d'après les noms propres et les toponymes. Le
Lecteur consulte un atlas géographique et voit que les toponymes
mentionnés dans le roman se référent à une certaine Cimmérie, Etat
apparu après la première guerre mondiale et disparu définitivement avec
sa langue après la seconde guerre mondiale. Intrigué, le Lecteur fixe
un rendez-vous avec la Lectrice pour rendre visite au professeur
d'université, spécialiste de cette langue et littérature. Celui-ci, à
peine les noms des personnages prononcés, reconnaît instantanément le
plus grand chef-d'oeuvre de sa littérature et se met à le traduire à
l'improviste d'après le manuscrit qu'il possède. Mais le Lecteur et la
Lectrice se rendent tout de suite compte que c'est un autre
roman : mis à part quelques noms et toponymes, tout y est
différent. Nos
deux lecteurs cherchent et, après la librairie et la bibliothèque, vont
chez l'éditeur. L'histoire se complique encore. Chaque personnage du
roman cherche une explication et chaque explication débouche sur une
intrigue. Le Lecteur
est de plus en plus impliqué dans l'action (jusqu'à devenir l'agent
secret pendant un moment). Ensemble,lecteur
et
lectrice ne se limiteront pas à lire la fin de ce roman, ils
l'écriront. Le
livre se termine de façon assez
" traditionnelle " : le Lecteur épouse la
Lectrice et, avant de se coucher, ils terminent la lecture d'un nouveau
roman d'Italo Calvino " Si par une nuit d'hiver un
voyageur ".
Italo
Calvino nous offre ici une exploration de tous les styles romanesques
possibles. Il nous livre ainsi un brillant exercice de style et une
réflexion sur l'authenticité de l'écrit, la falsification. L'auteur
travestit son style et nous propose des lectures multiples, roman
policier, roman politique, roman paysan, roman fantastique, roman
érotique à la mode japonaise, roman sud-américain... Calvino explore
aussi les rapports du lecteur au roman et de l'écrivain au lecteur. Le
livre est-il le reflet de la pensée de l'auteur, ou n'existe-t-il que
par l'interprétation qu'en fait son lecteur ? N'y a-t-il qu'une seule
lecture possible ?
Ce roman est complexe, non seulement du point de vue de la structure, mais aussi par le nombre d'allusions, de références, d'épisodes travestis, de jeux de sens cachés, et par son contenu philosophique.
La narration est coupée à chaque fois " au moment le plus intéressant ", et non seulement " le Lecteur " (du livre) mais aussi le lecteur (vous et moi) doivent partir à la recherche de la suite. Le lecteur est ainsi impliqué dans le jeu, incité à reconstruire la suite, c'est-à-dire, en fait, à traduire (notion très importante dans le roman) les onze livres du conditionnel à l'indicatif. Il est évident qu'à ce moment, chaque lecteur obtiendra ses onze livres, ainsi, le nombre général de lecture augmente à l'infini, ce qui rend le texte absolument non-linéaire.
Les onze histoires enchâssées traitent des sujets proches sur un matériau et dans une stylistique différents, ce qui provoque une tentative de rassembler les onze histoires en un seul métarécit, de même que les douze titres (y compris celui du roman) arrivent à former un paragraphe cohérent.
Tous les onze sous-romans enchâssés imitent de façon manifeste (parfois parodient presque) tel ou tel style narratif : roman policier rétro, qui ressuscite l'Italie d'Amarcord avec des allusions à la Résistance ; roman d’ éducation sentimentale ", dont l'action se passe sur un arrière-plan ethnographique touffu du Nord de l'Europe ; roman psychologique " proustien " avec un arrière-plan policier ; une autre éducation sentimentale, mais dans un contexte révolutionnaire roman policier contemporain international sur la mafia ; un autre roman policier, mais avec les motifs dominants de miroirs et de doubles " à la " Borges-Nabokov ; deux histoires d'amour étranges qui se déroulent dans les milieux académiques japonais et américain ; le journal intime de Sailas Flannety rempli de sujets non-réalisés et de réflexions sur la métaphysique de l'écriture ; une parodie sur un roman mythe latino-américain ; une anti-utopie fantasmagorique ; et enfin, simplement un conte sur Haroun-al-Rachid.
Tout le texte est parsemé de petites " accroches " pour les lecteurs attentifs. Ainsi l'auteur du sous-roman polonais s'appelle Tazio Bazakbal. Ce prénom rare fait-il référence au Tadzio du " Une mort à Venise " de Thomas Mann ?
De même, dans le chapitre X en Ircanie, on sent l'ombre de " Crime et Châtiment ", dont on trouve également le motif dans le passage sur l'auteur vieillissant de best-sellers, l'Irlandais Silas Flannery qui recopie dans son journal le début du roman de Dostoïevski...
Après avoir lu plus de la moitié du roman, le lecteur réel découvre que le livre qu'il est en train de lire est composé par un de ses personnages ! Alors que " l'auteur biologique " - l'écrivain célèbre Italo Calvino figure dans le roman en qualité de l'auteur d'un des sous-romans (on ne sait s'il existe ou s'il est inventé par le traducteur mythomane Marana), et il est traité de façon assez familière :
On est ici en face d'une situation unique dans la littérature mondiale : ce n'est pas un auteur omniscient extérieur au roman qui s'adresse au lecteur, ce n'est pas un auteur de mémoires, ce n'est pas " le héros lyrique " qui fait semblant d'ignorer l'activité de rédaction de son " double réel " ce n'est pas non plus le narrateur introduit exclusivement dans les intérêts du lecteur comme docteur Watson), mais c'est un des personnages.
Et le " lecteur " auquel s'adresse Calvino qui n'est au début qu'un simple lecteur (n'importe qui peut s'identifier à lui), devient, au fur et à mesure, le Lecteur, impliqué dans l'action de façon de plus en plus active. On peut dire qu'il traverse, de façon imperceptible, les limites de la feuille imprimée pour entrer dans " l'espace virtuel " du texte.
Si
par une nuit d'hiver
un voyageur
est un véritable chef-d'oeuvre, une invitation à l'aventure pour
l'esprit et un des rares livres qui nous donne encore la possibilité de
vivre avec passion notre récit.Ce texte captivant nous emprisonne entre
ses pages. L'auteur nous parle de nous-mêmes, mais il ne se contente
pas de nous raconter notre histoire, il nous la fait vivre.
Et bien qu'enchaînés par le pouvoir de ce livre, nous nous
sentons à tout moment libres de modifier le cours du récit.
Mario Soldati
Personnalité
complexe et attachante, Mario Soldati occupe une place un peu
particulière
dans le paysage culturel italien. Ses aptitudes, son talent, l'ont à la
fois engagé dans la carrière d'écrivain et dans celle de metteur en
scène, réalisant ainsi en sa personne la synthèse chère aux exégètes du
débat académique sur les rapports entre la littérature et le cinéma.
Écrivain, scénariste, metteur en scène, critique de cinéma, Soldati n'a
jamais ressenti d'hiatus entre ses diverses activités : mieux même,
l'homme a enrichi son activité d'écrivain de ses expériences
cinématographiques et a puisé dans la littérature le sujet de ses films
les meilleurs. » (Jean A. Gilli).


Magistrat,
sénateur, spécialiste de la lutte anti-mafia, Gianrico Carofiglio a su
puiser l'inspiration dans son expérience professionnelle pour se forger
une renommée en tant qu'auteur de polar. Malgré ses origines
italiennes, c'est dans les pays anglo-saxons que l'écrivain accède à la
notoriété. Traduites en treize langues, ses oeuvres parmi lesquelles
'Témoin involontaire' ou 'Les Yeux fermés', figurent régulièrement sur
la liste des best-sellers européens. Considéré comme
l'un des chefs de file du 'legal thriller' à l'italienne, Gianrico
Carofiglio a vu son succès prendre un nouvel essor grâce à des
adaptations télévisées de ses oeuvres.
Il a inventé un personnage, Guido, ni détective ni flic,
mais avocat, brillant, un peu blasé. Dans Témoin
involontaire, Guido accepte de défendre un homme accusé du
meurtre d'un enfant. Pas vraiment présumé innocent puisque tout le
désigne comme coupable : son métier (vendeur de rue), la couleur de sa
peau (il est noir). Carofiglio, en bon procureur de la République,
s'interroge : faut-il avoir confiance dans la justice de son pays ?
Ad occhi chiusi
Dans ce deuxième roman, on retrouve Guido chargé d'une
impossible affaire : défendre une femme battue et contrainte de se
cacher. Son ex n'est autre que le fils d'un magistrat véreux qui règne
en maître sur la justice et la police de Bari. Les collègues de Guido
l'évitent, mais lui relève le défi...
Gianrico Carofiglio raconte des violences extrêmes faites aux femmes,
aux enfants, et percute avec une narration en douceur. C'est là son
grand art. Il s'approche au plus près de la douleur, de l'injustice,
sans voyeurisme, avec une sensibilité à faire frissonner les retors.
L'arte del dubbio
L'Arte del dubbio
est un essai où l'auteur s'interroge sur une des
problématiques
majeures de son métier de juge : les notions de doute et de vérité,
thèmes également traités dans son oeuvre romanesque.
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