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Parmi les articles modifiés soumis au vote du Congrès, l'article 75.1 : "Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France".
A vous entendre on a parfois l’impression
que vous êtes
parti en guerre contre les langues régionales. Vrai au faux ?
Faux.
Je ne suis pas en guerre contre les langues régionales. Je suis
parfaitement
conscient de leur contribution au mouvement culturel de la France. J’ai
fait partie d’un gouvernement, le gouvernement Jospin, qui a pris des
dispositions pour généraliser l’enseignement du corse.
Plusieurs
parlementaires socialistes, dont la plupart des
Bretons, déplorent le «conservatisme exacerbé» de certains de leurs
collègues.
Vous sentez-vous visé ?
Mais
une langue minoritaire ou régionale peut-elle vivre
si elle n’a pas de statut ?
(*)
La Charte européenne des langues minoritaires ou
régionales a été adoptée en 1992 par le Conseil de l’Europe. Elle vise
à
protéger et favoriser ces langues par une sorte de discrimination
positive.
Quatre pays ne l’ont pas ratifiée : la Grèce, le Portugal, la Belgique
et la
France.
Mais
pourquoi alors vous opposez-vous à cette inscription
dans la Constitution ?
L'intervention
de Jean-Luc Mélanchon devant le Sénat :
"Monsieur
le président, madame la ministre, mes chers collègues, en
montant à cette
tribune, je suis persuadé que, quels que soient les points de
vue que vous
exprimez sur ce sujet, tous ici vous vous sentez aussi patriotes que
moi-même,
aussi attachés à l’unité et à
l’indivisibilité de la République française
que
je le suis et dignes continuateurs du progrès constitué
par l’ordonnance de
Villers-Cotterêts : ce texte a établi le français
comme langue du royaume,
permettant à chacun de se défendre, de témoigner,
d’attaquer en justice et
d’être compris par les autres.
Mais
l’homme qui s’exprime en cet instant, fier d’être jacobin, ne parlant
que la
langue française pour s’adresser à vous ou bien l’espagnol, langue de
ses
grands-parents, et qui, s’il devait apprendre une autre langue,
choisirait
l’arabe, langue minoritaire la plus parlée dans la région
d’Île-de-France dont
il est l’élu, ne vient pas devant vous pour discuter de la question de
savoir
si l’on est pour ou contre les langues régionales – ce qui est absurde
– ou,
pire encore, si l’on est pour ou contre la diversité culturelle : il
s’agit de
savoir si le cadre légal existant est adapté, car il en existe déjà un,
ou si
la France a besoin de ratifier la Charte européenne des langues
régionales ou
minoritaires pour faire progresser la diffusion de celles-ci.
Pour
ma part, je n’accepte pas la caricature qui voudrait faire croire que
la
République française réprime ou méprise les langues régionales. Ce
n’est pas
vrai ! La France s’est dotée dès les années cinquante d’un cadre
législatif
très favorable aux langues régionales ; elle était même en avance sur
beaucoup
de pays d’Europe à cet égard.
La
loi du 11 janvier 1951 relative à l’enseignement des langues et
dialectes
locaux, qui porte le nom du socialiste Maurice Deixonne, a
officiellement
autorisé et favorisé l’apprentissage des langues régionales de France
dans
l’enseignement public : le basque, le breton, le catalan et l’occitan,
auxquels
se sont ajoutés ensuite le corse en 1974, le tahitien en 1981, et
quatre
langues mélanésiennes en 1992. De sorte qu’aujourd’hui, et depuis 1970,
tous les
élèves qui le souhaitent voient ces enseignements pris en compte pour
l’obtention du baccalauréat.
La
loi Toubon de 1994 a confirmé ce cadre légal favorable et Lionel
Jospin, par la
loi du 22 janvier 2002, a mis des moyens particulièrement importants à
la
disposition de l’enseignement de la langue corse, si bien que quiconque
le veut
peut suivre un enseignement en corse à l’école, au collège et au lycée,
à
raison de trois heures par semaine.
L’État
a aussi contribué, en lien avec les collectivités locales qui le
demandaient, à
rendre possibles les signalisations routières bilingues, ce qui permet,
dans
certains départements, de pouvoir enfin lire les indications rédigées
en
français, qui étaient jusque-là surchargées de graffitis. Par ailleurs,
de
nombreuses régions font preuve d’innovation pour favoriser le
développement des
cultures et des langues régionales.
La
Charte européenne des langues régionales ou minoritaires n’est pas un
remède
acceptable. Elle est loin de faire l’unanimité en Europe. Contrairement
à ce
que l’on entend souvent, trop souvent, la France n’est pas l’un des «
rares »
pays européens à ne pas avoir ratifié cette charte. Quatorze pays
membres du
Conseil de l’Europe ne l’ont pas signée, dont la Belgique, le Portugal,
la
Grèce ou l’Irlande, qui ne sont pas des États réputés liberticides. Je
pense
que personne ici n’a l’intention de comparer le comportement de la
République
française, quels que soient ses gouvernements, à ceux des gouvernements
des
pays baltes qui, eux, procèdent à une revanche linguistique à l’égard
des
russophones.
Parmi
ceux qui ont signé cette charte, comme la France, dix États ne l’ont
pas
ratifiée, dont l’Italie. Au total, vingt-quatre pays membres du Conseil
de
l’Europe se refusent donc à rendre applicable cette charte sur leur
territoire.
Cela peut être attribué non pas exclusivement à leur mépris pour les
langues
régionales minoritaires, mais probablement à d’autres causes ;
j’évoquerai
l’une d’entre elles tout à l’heure. La France est donc loin de
constituer un
cas particulier.
La
France applique déjà beaucoup d’articles de la charte sans avoir besoin
de la
ratifier. Vous savez qu’il existe deux types de dispositions : les
préconisations impératives et celles qui sont optionnelles. Un grand
nombre de
préconisations impératives sont déjà appliquées ; je n’évoquerai, pour
l’exemple – je vous en épargnerai la lecture –, que les articles 7-1-f,
7-1-g
et 7-2. Parmi les préconisations optionnelles que la France respecte,
on peut
citer les articles 8-1-b, 8-1-c, 10-2-g.
Il
n’est donc pas vrai que nous ayons besoin de ratifier la charte pour en
appliquer les dispositions qui ne sont pas contraires à notre
Constitution, et
c’est de celles-ci qu’il faut parler !
Cette
définition extrêmement confuse aboutit à ce que certaines langues
soient
reconnues comme minoritaires dans un pays et ne le soient pas dans
l’autre,
alors qu’elles sont parlées dans les deux pays dans les mêmes
conditions. C’est
le cas du yiddish, reconnu comme langue minoritaire aux Pays-Bas, mais
pas en
Allemagne ou dans certains pays de l’Est où il est tout autant parlé.
S’agissant
de la vie privée, je rappelle que le caractère laïque de notre
République
interdit que les institutions gouvernementales et étatiques fassent
quelque
recommandation que ce soit concernant la vie privée des personnes.
Quant
à la vie publique, il est précisé que les États doivent « prendre en
considération
les besoins et les vœux exprimés par les groupes pratiquant ces langues
».
Il
ne peut être question de faire bénéficier de procédures en langues
régionales
devant les autorités judiciaires, comme le prévoit l’article 9 de la
charte, ou
devant les services publics, comme le décide l’article 10. Témoigner,
poursuivre en justice, signer des contrats dans une autre langue que la
langue
française constituerait un recul par rapport à l’ordonnance de
Villers-Cotterêts. Pourtant, c’est ce que prévoit cette Charte
européenne des
langues régionales ou minoritaires !
Le
Conseil constitutionnel a donc eu raison de dire, en 1999, qu’en
conférant «
des droits spécifiques à des “ groupes ” de
locuteurs de langues régionales ou
minoritaires, à l’intérieur de “ territoires
” dans lesquels ces langues sont
pratiquées, [cette Charte] porte atteinte aux principes
constitutionnels
d’indivisibilité de la République,
d’égalité devant la loi et d’unicité
du peuple
français. »
Après
l’exposé de ces raisons juridiques, philosophiques et républicaines, je
voudrais enfin souligner, d’une façon plus personnelle, qu’il ne
saurait être
question de ne pas tenir compte de l’origine de la charte, à l’heure où
beaucoup prétendent, à la suite de Samuel Huntington et de sa théorie
du choc
des civilisations qui est aujourd’hui la doctrine officielle d’un
certain
nombre de stratèges de la première puissance mondiale et de quelques
autres
pays, que, dorénavant, « dans le monde nouveau, la politique locale est
“ethnique”, et la politique globale “civilisationnelle” ».
La
charte, adoptée en 1992 par le Conseil de l’Europe, a été préparée,
débattue et
rédigée par plusieurs groupes de travail de cette instance qui étaient
animés
par des parlementaires autrichiens, flamands et allemands tyroliens.
Leur point
commun était d’être tous issus de partis nationalistes ou d’extrême
droite et
d’être membres de l’Union fédéraliste des communautés ethniques
européennes, la
FUEV selon l’abréviation allemande. Cette organisation est aujourd’hui
dotée
d’un statut consultatif au Conseil de l’Europe, et elle se présente
elle-même
comme la continuatrice du Congrès des nationalités, instrument
géopolitique du
pouvoir allemand dans les années trente ! Un des principaux
laboratoires de
l’élaboration de la charte fut ainsi le groupe de travail officiel du
Conseil
de l’Europe sur la protection des groupes ethniques, dont la création a
été
obtenue par la FUEV et qui est également connu pour ses travaux sur le
« droit
à l’identité », le Volkstum.
13/2/2009
Revue littéraire

Par le biais d'un amendement au projet de loi sur la réforme
des institutions, l'Assemblée Nationale a voté
à une très large majorité len faveur
de la reconnaissance des langues régionales dans la
Constitution. Quelle que soit l'issue du débat
en cours sur la réforme de la Constitution, plus ne sera
jamais comme avant
Les
opposants à une telle reconnaissance y ont toujours vu un risque
pour l'unité du pays, se réclamant - quelque peu
abusivement - de l'’héritage de 1789, alors que
cette vision date surtout de la IIIe République.
Ci-après
le communiqué de Sylvain Ettori, Président
de la Maison de la Corse
Renseignements :
contact@maisondelacorse.org - www.maisondelacorse.org
La
Maison
de la Corse se réjouit du vote à
l'Assemblée Nationale aujourd’hui 22 mai, d’'un amendement
au
projet de loi sur la réforme des institutions visant
à inscrire la reconnaissance des langues
régionales dans la Constitution. Il s'agit
là d'une revendication déjà ancienne,
portée par la Maison de la Corse, comme par d'autres
associations militantes pour la langue corse. Le vote d'aujourd'hui
manifeste que ces voix diverses mais concordantes ont
été enfin entendues.
Une
initiative
validée à la quasi-unanimité par les
parlementaires, qui annonce peut-être des
évolutions législatives futures et surtout la
ratification de la Charte Européenne des Langues
Régionales. Nous n'avons pas à
préjuger du résultat final du débat
général sur l'ensemble de la réforme
proposée, mais le vote massif d'aujourd'hui est le signe
qu'en tout état de cause, la question des langues
régionales a été prise en compte. La
Maison de la Corse apprécie cette rupture des parlementaires
avec l'’interprétation rigide et intransigeante des textes
qui a prévalu jusqu’alors en la matière.
L'’Histoire
et la place des langues régionales font partie des questions
dont l'évocation dans le débat hexagonal suscite
des réactions souvent épidermiques. Les
détracteurs d’'une reconnaissance des langues
régionales voient dans les revendications linguistiques un
risque d’'affaiblissement de l’unité nationale. Les
partisans
de cette vision qui lie intimement, et de façon fort
discutable, unité politique et
homogénéité culturelle, se
réclament souvent de l'héritage
Républicain de 1789. L'analyse historique confirme que la
légitimation par l’'héritage des
Lumières d’une politique linguistique
particulièrement rigide est spécieuse. La
politique linguistique conduite dans les années qui ont
suivi la Révolution n'’était pas seulement
accommodante, elle tendait même à favoriser
l’'expression de la diversité linguistique locale. Comment
pouvait-il en être autrement ? Quand on sait que
Pasquale Paoli fut
élu à Orezza le 9 septembre 1790
Président du Directoire Départemental et
Général de la Garde Nationale. On voit mal le
père de la Constitution Corse brimer sa langue maternelle.
Sous
la
Troisième République, ont
été conduites des politiques
particulièrement sévères et
injustifiées à l’'encontre des langues
régionales, qui trouvent leur épilogue ce jour.
On sait aujourd’hui que les identités sont superposables, et
ce sans exclusive.
Une
motion a d'’ailleurs été
proposée à l’'Assemblée de Corse, pour
enseigner dès le primaire la langue corse, le
français et l’'anglais. Dans
un contexte de mondialisation,
la capacité des individus à pouvoir
aisément et rapidement raisonner à des
échelles différentes et à les
mobiliser simultanément est un atout précieux.
C'’est un facteur de stabilité et la garantie de
repères dans un contexte de mutation
accélérée des territoires. A ce titre,
la revendication d’'une reconnaissance des langues
régionales
n’'est pas un combat d’'arrière-garde ou le
fruit d’'une
volonté passéiste mais s’'inscrit bien dans la
modernité.
Les langues,
fussent-elles régionales, participent à
l’'identité et à la culture d’une
région. Ce postulat constitue un motif
déjà suffisant de sa protection et de sa
reconnaissance. La révision constitutionnelle introduite en
1992 est venue implicitement consacrer cette conception pour le moins
monolithique conduisant à refuser de reconnaître
de façon satisfaisante la place des langues
régionales. C’'est ainsi que depuis cette date, l’'article 2
de la Constitution précise que ‘’la langue de la
République est le français’’. Cette
modification dirigée contre l’'usage de l’'anglais dans le
contexte de l’'époque n'’en est pas moins un verrou
constitutionnel quant à une reconnaissance des langues
régionales. Cette disposition pouvait sembler anodine
jusqu’à ce que le Conseil Constitutionnel en fasse une
lecture particulièrement rigide dans une décision
de 1999 au sujet de la compatibilité de la Charte
européenne des langues régionales
signée par la France à Bucarest cette
année-là avec la Constitution.
Une
révision constitutionnelle était donc
nécessaire préalablement à la
ratification de la Charte. Depuis, le dossier des langues
régionales est resté gelé
jusqu’à ce que le gouvernement accepte la tenue d’un
débat sans vote le 7 mai dernier à
l’'Assemblée Nationale. Cette inflexion sensible intervient
dans un contexte marqué par la publication le 3 mars 2008
d’'un rapport de l’'ONU à l’'issue de la mission en France
d'’une experte indépendante, en septembre 2007.
Ce
rapport
relate largement les critiques
évoquées plus haut quant à la
politique linguistique de la France. Il insiste sur le
déclin des langues régionales, faute de statut
officiel, et déplore l’'absence de politique
cohérente en ce sens ainsi que l’'insuffisance des efforts
engagés en renvoyant à la Déclaration
sur les droits des minorités de 1992. L'’experte recommande
à la France de prendre ses dispositions en vue de ratifier
la Charte Européenne. Elle appelle par ailleurs l’'Etat
à ‘’favoriser l’'enseignement en langue régionale
ou minoritaire, dans les premières années du
primaire, pour les élèves qui le souhaitent.’’
Le
contexte de l’'inflexion de la position gouvernementale constitue une
opportunité de mettre fin à une exception
française qui n’'est plus acceptable. La Maison
de la Corse toujours plus présente au sein du ‘’réseau
corse’’
(www.maisondelacorse.org), félicite
tous ceux qui se sont engagés dans cette entreprise, tout en
rappelant que quel que soit l'intérêt des
proclamations de principe, il reste à trouver des
applications concrètes. Nous savons qu'un texte de loi doit
être élaboré en prolongement du
débat du 7 mai à l'Assemblée et du 13
au Sénat. Le vote d'aujourd'hui vaut
bénédiction constitutionnelle pour un tel texte.
Il reste à le mettre en forme, par un travail
sérieux de réflexion et de consultation des
associations représentatives de la langue corse comme des
autres langues concernées.
«
Ainsi disparaitront insensiblement les jargons locaux, les patois de
six
millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale car, je ne
puis
trop le répéter : il est plus important qu’on ne pense en politique
d’extirper
cette diversité d’idiomes grossiers qui prolongent l’enfance de la
raison et la
vieillesse des préjugés »
Abbé
Grégoire, député de la Convention, au comité de l’instruction
publique,
septembre 1793.
«
Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et
la haine
de la République parlent Allemand ; la contre-révolution parle italien
et le
fanatisme parle basque »
«
Il n’y a pas de place pour les langues régionales dans une France
destinée à
marquer l’Europe de son sceau »
Georges
Pompidou. Président de la République,
1970.
Le même "humaniste" trouvait des excuses au coup d'Etat de Pinochet...
«
S’il faut apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas
perdre
leur temps avec des dialectes qu’ils ne parleront jamais que dans leurs
villages »
Robert Pandraud. Secrétaire d’État,
1992.
Monique Rousseau. Députée du Doubs.
«
En 1996, 110 000 élèves fréquentaient les cours des langues régionales.
Est-il
encore nécessaire de renforcer l’enseignement de langues inutiles
économiquement ? »
«
En dehors d'une certaine façon que les bergers ont en commun de siffler
le soir pour faire rentrer les chèvres, la langue corse n'existe pas »
Angelo
Rinaldi, Académicien français, 2005