A lingua corsa
Eléments de langue corse

II - Unité et diversité du Corse contemporain

Dernière mise à jour : 01/02/2017

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1 - Morphologie du corse

Le corse se caractérise principalement, pour sa morphologie :

- par la variété d'intensité de certaines consonnes, dites "cambiarine", selon leur position dans le mot ou la phrase ;

- par un système vocalique particulier.

1.1 - Consonnes et mutation consonantique.

Les 12 consonnes et 2 semi-consonnes (J et V) du latin se sont conservées en corse, qui connaît deux sons particuliers (affriquées palatales) rendus par CHJ et GHJ.

Une des principales particularités du corse est la variation du son de la plupart des consonnes (mutation consonantique).

En effet, selon les lettres qui leur sont contiguës ou leur position dans la phrase, 13 consonnes dites "cambiarine" sont articulées plus ou moins fortement ou plus ou moins faiblement.

Elles sont dites mutantes par prédétermination consonantique (cunsunatura capunanzu).

Ces cambiarine sont : B, C, D, F, G, P, Q, S, T, V, Z ainsi que les groupes CHJ et GHJ.

Les 4 autres consonnes (L, M, N et R) sont constantes.

La mutation des consonnes suit la règle suivante :

Après ponctuation, accent tonique ou consonne, les consonnes sont dites en position forte et ont un son plein (dur); dans tous les autres cas, les consonnes sont dites en position faible et sont atténuées (adoucies).

Cet adoucissement va dans certains cas juqu'à la mutation de valeur, "F" devenant "V", "T" devenant "D", "C" devenant "G", "S" devenant "Z", etc.

On a ainsi cane/[u gane], santu/[u zantu], etc.

Cette transformation, que l'on retrouve également en Ombrie méridionale et dans le Latium, est plus sensible dans le Nord que dans le Sud, où la consonne est affaiblie mais pas transformée.

B

Le B est dur après consonne. Doux après voyelle, il se prononce alors "w" au Nord et "b" peu atténué au Sud.

Ex : un bellu bancu se prononce [un bellu uancu] dans le Nord.

C

La prononciation du C varie selon qu'il est suivi ou non de E ou I.  Dans ce cas, il se prononce [TCH] (ou [DJ] dans le Nord).
Dans les autres cas, il se prononce [G] ou [K]: entre deux voyelles, il est adouci en [G]. Il est dur ("[K]") après point, accent ou consonne.
Ex : u bacinu [u badjinu] u fucone [u fugone] a carri cruda [a ga'ri gru'da] Bastélica [Basté'liga]
Dans les mots dérivés, "CH" correspond au maintien de la valeur initiale :
mànica > manichedda, àmicu > amichèvuli, pricà > prichera (dans le Nord, on écrira plutôt pregà et preghera).

D

s'atténue plus ou moins selon les localités.

F

Le F sera :                sourd et tendu après accent : hè fatta

                               dur (sourd) après consonne ou à l'initiale absolue : un fattu, facciu.

                               doux (sonore) et non tendu après voyelle atone : 

"aghju fattu" se prononce [adiou vatou], "u fiatu" [u viatu], "u tafonu" [u tavonu], "a filetta" [a vilet'a].

G

Le G a généralement la valeur du G vélaire de "gai".

Il s'adoucit, voire s'efface devant a, o, u en position intervocalique ou après voyelle atone en initiale devant r.

Ex :      a gola [a'(g)o'la]
            u granu [u 'ra'nu]

Le maintien du son G avec e et i s'obtient en intercalant un h :

Ex :             ghirlanda

P

Entre deux voyelles à l'intérieur d'un mot, P est atténué en [b] dans le Nord, simplement affaibli dans le Sud (mais pas du tout dans le Sartenais).

Ex :      u capu [u ca'bu]
            u pani [u ba'ni]

Q

Il est prononcé [KW] (Quist'annu) ou [GW] (di Quenza, liquidu) selon sa position.

Précédé de C, sa valeur forte est conservée : acqua.

S

Il se prononce dur ("S") comme dans "salut" :

            - après ponctuation, accent tonique, consonne :

                        Salutu, à sàbbatu, trè suldata

            - devant C suivi de A, O, U ou H :

                        scàtula, boscu, schèlatru

            - devant F, P, Q et T :

                        disfattu, spirdu, Pasqua, stazzona

            - lorsqu'il est doublé :

                        assassinu.

Il est doux ("Z") en position intervocalique (casanu, màsimu ...), en position initiale après voyelle non accentuée et devant voyelle (una sedda) et avant B, D, G, V, M et N (sbatta, sdrughjà, sguidà).

Dans le Sartenais, il se prononce "TS" lorsqu'il est entre une consonne et une voyelle :

Corsica [cor'tsiga], pinseri [pint'seri], mansu [man'tsu], in Sartè [in'tsartè].

T

Entre deux voyelles, il est atténué en "d" au Nord, en "t" au Sud (pas dans le Sartenais).

Ex :      a catena > cadena
            u piscatore > piscadore

V

Atténué en "B" doux au commencement d'un mot ou devant une consonne au Nord, V est atténué (son "W") ou effacé entre deux voyelles ou à l'initiale, après voyelle non accentuée.

Dans le Sud, V se prononce comme en français en position initiale après ponctuation, voyelle accentuée ou consonne, ainsi qu'à l'intérieur d'un mot après consonne ou devant r : Calvi, muvra, invernu.

Ex :      veranu           [beranu] (N.)
            vergogna       [bergogna]
            un vinu         [un' binu]
            povaru          [po'aru]
            alivetu          [aliwetu].

Z

Comme le S, se prononce "TS" ou "DZ" selon le cas :

            zappà             [tsapa']
            in Zicavu         [in'tsi'gawu]
            alzà                [al'tsà]
            Cuzzà             [cu'tsà]

mais on a :

            orzu                 [ôr'dzu]
            lonzu               [lon'dzu].
            mezu               [me'tsu]
            laziu                [la'dziu]

Nous reviendrons plus loin sur l'orthographe, longtemps controversée, des affriquées palatales CHJ et GHJ dites "inchjaccatoghji".

CHJ

Ce signe ternaire se prononce "TY" après point, accent ou consonne, "DY" au Nord ou "Y" au Sud en début de mot après une voyelle atone : a chjave [a tiave], u chjosu [u tiosu], l'ochju [l'otiu], duie chjachjere [douyé dyàtièrè].

A Sartène, il est invariable et se prononce toujours "TY" : [duie tiatiari].

GHJ

Se prononce "DY" après point, accent ou consonne, ou "Y" en début de mot ou après voyelle non accentuée :

            Ghjàcumu [dia'cumu], un ghjàcaru [dià'garu],

mais

            a ghjesia di Ghjunchetu [a yesia di yunketu].

Rappelons enfin que CI se prononce [TCH], que SCI donne [CH], et que la chuintante sonore rendue en français par le J est orthographiée SG (+ E ou I).

En résumé :

graphie corse équivalent français son exemple
A a de cat (angl.)     ae  a carne [a gaerne]
     a de tomate    a         a fame [a va'mi]
C                c de cadeau   k            trè case [trè ka'si]
     tch de match    tch             cità [tchità']
E         é de blé         e        u seru [u zé'ru]
                è de mère     è  a mela [a mè'la]
F f de faim trè fetti [trè fè'ti]
  v de vache a fame [a va'mi]
V   v Calvi [cal'vi]
  w de water w a vacca [a wa'ka]
      ovu [ô'wu]
G dj de djebel dj gestu [djes'tu]
i de pile i a pila [a pi'la]
  i de pied    fiumu [fyu'mu]
L l de lumière l trè lume [trè lumi]
GL li de lion ly a moglia [a mo'lya]
EN   enn a mente [a menn'te]
IN   inn u tintu [u tinn'tu]
O o de parole o u toru [u to'ru]
  ô de rôle ô a tola [a tô'la]
R r de rat r u rospulu [u ros'pulu]
SC ch de chat ch scemu [chè'mu]
SCI       Cuscionu [kucho'nu]
SG ge de rage j cusgidori [kujidô'ri]
SGI        casgiu [ka'ju]
U ou de cou  u u lumu [u lu'mu]
  w de water w acqua [ak'wa]
GHJ  di de Dieu  dy Ghjacumu [dyà'cumu]
    y u ghjornu [u yor'nu
CHJ   ty a machja [a mat'ya]
Z ts de tsar ts u ziteddu [u tsit'eddu]
    dz u zannu [u dzan'u]

1.2 - Voyelles et alternance vocalique.

Les voyelles brèves et longues du latin ont subi, comme dans toute la Romania, une évolution, mais dans un sens diamétralement opposé : les voyelles longues se sont fermées et les brèves se sont ouvertes.

Il faut noter que l'évolution a donné des résultats différents au Nord et au Sud de l'île :

NE                   i            è            a            ò            u

NO                  i            è            a                      u

S                     i                       a                      u

La prononciation est généralement à l'inverse de celle de l'Italien :

e ouvert           è            parte

e fermé            é            mela

o ouvert           ó comme dans port : O Antó !, óchju, rotta, facitóghju ...

o fermé            ò comme dans pot : morte, sorte, porta

Les voyelles connaissent un type particulier de mutation, dit alternance vocalique, surtout dans les parlers du Sud :

Lorsque le "e" ou le "o" tonique deviennent atones, ils se changent respectivement en "i" et "u" dans les mots dérivés :

Ainsi, "mela" donne "miluccia", "fegatu" > "figateddu", "catena" > "catinacciu", "porta" > "purtone", "bastonu" > "bastunata", "meddu" > "middurà", "lettara" > "littarina", "deci" > "dicina", "petra" > "pitraghju", "ghjornu" > "ghjurnata", etc.

Le même phénomène affecte la conjugaison des verbes :

pusà - eiu posu - no pusemu

spoddà - mi spoddu - ci spuddemu


1.3 - Accentuation

Les accents sont assez peu usités dans l'orthographe corse, et on peut le regretter car ils permettraient de préciser systématiquement l'emplacement de l'accent tonique et l'aperture des voyelles.

On commence cependant à les voir apparaître sur les panneaux indicateurs :

u Tàravu, u Bàraci, a Restònica ...

Ils ne sont utilisés ordinairement que pour marquer les finales des mots tronqués (parolle mozze ou tronche en it.). L'accent est alors un accent d'intensité ou "incalcu".

Ex : Sartè, Auddè ...

Ils servent également à distinguer des mots homonymes :

à (préposition)             a article
è (et)                         e (article)
sò (ils sont                  so (je suis)
bòtte (barriques)          botte (bottes)
tòrta (tourte)              torta (tordue)
ùn (négation)              un (article)

Notons enfin que hà est la 3e personne singulier du verbe avoir, ha étant la 2e personne (tu as). Par symétrie, on écrit hè (il est) là où l'italien écrit è.

On a ainsi "hà fattu" (ha fattu : il a fait), et "ha fattu" (ha vattu : tu as fait).

Le corse étant une langue à accent libre, on peut avoir l'accent sur la pénultième syllabe (parolle lisce), comme dans parolle, sur l'antépénultième syllabe (parolle sguillule) comme dans chjàchjere, éramu, à védeci, séttima , sur l'antéantépénultième (parolle bisguillule) : mittitemine, éntresine, andémucine ...

Dans le Sartenais, les voyelles e et o portent toujours l'accent tonique : sinon elles se transforment  en i et u et deviennent atones.

A noter deux conventions d’écriture qui ont été mises en place dans les années soixante :

– l’aletta, accent graphique (distinct de l’incalcu, accent tonique), marque la dernière syllabe :
cità, lavà; tù, hè, trè, è, à, frà...)

– le ’è explétif (issu de la conjonction è qui remplace la dernière syllabe atone élidée de polysyllabes non-oxytoniques.
Ex. : (cume -> cum’è, quante -> quant’è
Cette particule explétive n’a pas de valeur sémantique et ne sert, tout comme l’aletta, qu’à indiquer quels mots ne donnent pas lieu à la l’affaiblissement de la consonne initiale du mot suivant.


separateur

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