A lingua corsa
Eléments de langue corse

II - Unité et diversité du Corse contemporain

Dernière mise à jour : 01/02/2017

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1 - Morphologie du corse

Le corse se caractérise principalement, pour sa morphologie :

- par la variété d'intensité de certaines consonnes, dites "cambiarine", selon leur position dans le mot ou la phrase ;

- par un système vocalique particulier.

1.1 - Consonnes et mutation consonantique.

Les 12 consonnes et 2 semi-consonnes (J et V) du latin se sont conservées en corse, qui connaît deux sons particuliers (affriquées palatales) rendus par CHJ et GHJ.

Une des principales particularités du corse est la variation du son de la plupart des consonnes (mutation consonantique).

En effet, selon les lettres qui leur sont contiguës ou leur position dans la phrase, 13 consonnes dites "cambiarine" sont articulées plus ou moins fortement ou plus ou moins faiblement.

Elles sont dites mutantes par prédétermination consonantique (cunsunatura capunanzu).

Ces cambiarine sont : B, C, D, F, G, P, Q, S, T, V, Z ainsi que les groupes CHJ et GHJ.

Les 4 autres consonnes (L, M, N et R) sont constantes.

La mutation des consonnes suit la règle suivante :

Après ponctuation, accent tonique ou consonne, les consonnes sont dites en position forte et ont un son plein (dur); dans tous les autres cas, les consonnes sont dites en position faible et sont atténuées (adoucies).

Cet adoucissement va dans certains cas juqu'à la mutation de valeur, "F" devenant "V", "T" devenant "D", "C" devenant "G", "S" devenant "Z", etc.

On a ainsi cane/[u gane], santu/[u zantu], etc.

Cette transformation, que l'on retrouve également en Ombrie méridionale et dans le Latium, est plus sensible dans le Nord que dans le Sud, où la consonne est affaiblie mais pas transformée.

B

Le B est dur après consonne. Doux après voyelle, il se prononce alors "w" au Nord et "b" peu atténué au Sud.

Ex : un bellu bancu se prononce [un bellu uancu] dans le Nord.

C

La prononciation du C varie selon qu'il est suivi ou non de E ou I. Dans ce cas, il se prononce [TCH] (ou [DJ] dans le Nord).
Dans les autres cas, il se prononce [G] ou [K]: entre deux voyelles, il est adouci en [G]. Il est dur ("[K]") après point, accent ou consonne.
Ex : u bacinu [u badjinu] u fucone [u fugone] a carri cruda [a ga'ri gru'da] Bastélica [Basté'liga]
Dans les mots dérivés, "CH" correspond au maintien de la valeur initiale :
mànica > manichedda, àmicu > amichèvuli, pricà > prichera (dans le Nord, on écrira plutôt pregà et preghera).

D

s'atténue plus ou moins selon les localités.

F

Le F sera :                sourd et tendu après accent : hè fatta

                               dur (sourd) après consonne ou à l'initiale absolue : un fattu, facciu.

                               doux (sonore) et non tendu après voyelle atone : 

"aghju fattu" se prononce [adiou vatou], "u fiatu" [u viatu], "u tafonu" [u tavonu], "a filetta" [a vilet'a].

G

Le G a généralement la valeur du G vélaire de "gai".

Il s'adoucit, voire s'efface devant a, o, u en position intervocalique ou après voyelle atone en initiale devant r.

Ex :      a gola [a'(g)o'la]
            u granu [u 'ra'nu]

Le maintien du son G avec e et i s'obtient en intercalant un h :

Ex :             ghirlanda

P

Entre deux voyelles à l'intérieur d'un mot, P est atténué en [b] dans le Nord, simplement affaibli dans le Sud (mais pas du tout dans le Sartenais).

Ex :      u capu [u ca'bu]
            u pani [u ba'ni]

Q

Il est prononcé [KW] (Quist'annu) ou [GW] (di Quenza, liquidu) selon sa position.

Précédé de C, sa valeur forte est conservée : acqua.

S

Il se prononce dur ("S") comme dans "salut" :

            - après ponctuation, accent tonique, consonne :

                        Salutu, à sàbbatu, trè suldata

            - devant C suivi de A, O, U ou H :

                        scàtula, boscu, schèlatru

            - devant F, P, Q et T :

                        disfattu, spirdu, Pasqua, stazzona

            - lorsqu'il est doublé :

                        assassinu.

Il est doux ("Z") en position intervocalique (casanu, màsimu ...), en position initiale après voyelle non accentuée et devant voyelle (una sedda) et avant B, D, G, V, M et N (sbatta, sdrughjà, sguidà).

Dans le Sartenais, il se prononce "TS" lorsqu'il est entre une consonne et une voyelle :

Corsica [cor'tsiga], pinseri [pint'seri], mansu [man'tsu], in Sartè [in'tsartè].

T

Entre deux voyelles, il est atténué en "d" au Nord, en "t" au Sud (pas dans le Sartenais).

Ex :      a catena > cadena
            u piscatore > piscadore

V

Atténué en "B" doux au commencement d'un mot ou devant une consonne au Nord, V est atténué (son "W") ou effacé entre deux voyelles ou à l'initiale, après voyelle non accentuée.

Dans le Sud, V se prononce comme en français en position initiale après ponctuation, voyelle accentuée ou consonne, ainsi qu'à l'intérieur d'un mot après consonne ou devant r : Calvi, muvra, invernu.

Ex :      veranu           [beranu] (N.)
            vergogna       [bergogna]
            un vinu         [un' binu]
            povaru          [po'aru]
            alivetu          [aliwetu].

Z

Comme le S, se prononce "TS" ou "DZ" selon le cas :

            zappà             [tsapa']
            in Zicavu         [in'tsi'gawu]
            alzà                [al'tsà]
            Cuzzà             [cu'tsà]

mais on a :

            orzu                 [ôr'dzu]
            lonzu               [lon'dzu].
            mezu               [me'tsu]
            laziu                [la'dziu]

Nous reviendrons plus loin sur l'orthographe, longtemps controversée, des affriquées palatales CHJ et GHJ dites "inchjaccatoghji".

CHJ

Ce signe ternaire se prononce "TY" après point, accent ou consonne, "DY" au Nord ou "Y" au Sud en début de mot après une voyelle atone : a chjave [a tiave], u chjosu [u tiosu], l'ochju [l'otiu], duie chjachjere [douyé dyàtièrè].

A Sartène, il est invariable et se prononce toujours "TY" : [duie tiatiari].

GHJ

Se prononce "DY" après point, accent ou consonne, ou "Y" en début de mot ou après voyelle non accentuée :

            Ghjàcumu [dia'cumu], un ghjàcaru [dià'garu],

mais

            a ghjesia di Ghjunchetu [a yesia di yunketu].

Rappelons enfin que CI se prononce [TCH], que SCI donne [CH], et que la chuintante sonore rendue en français par le J est orthographiée SG (+ E ou I).

En résumé :

graphie corse équivalent français son exemple
A a de cat (angl.)     ae  a carne [a gaerne]
     a de tomate    a         a fame [a va'mi]
C                c de cadeau   k            trè case [trè ka'si]
     tch de match    tch             cità [tchità']
E         é de blé         e        u seru [u zé'ru]
                è de mère     è  a mela [a mè'la]
F f de faim trè fetti [trè fè'ti]
  v de vache a fame [a va'mi]
V   v Calvi [cal'vi]
  w de water w a vacca [a wa'ka]
      ovu [ô'wu]
G dj de djebel dj gestu [djes'tu]
i de pile i a pila [a pi'la]
  i de pied    fiumu [fyu'mu]
L l de lumière l trè lume [trè lumi]
GL li de lion ly a moglia [a mo'lya]
EN   enn a mente [a menn'te]
IN   inn u tintu [u tinn'tu]
O o de parole o u toru [u to'ru]
  ô de rôle ô a tola [a tô'la]
R r de rat r u rospulu [u ros'pulu]
SC ch de chat ch scemu [chè'mu]
SCI       Cuscionu [kucho'nu]
SG ge de rage j cusgidori [kujidô'ri]
SGI        casgiu [ka'ju]
U ou de cou  u u lumu [u lu'mu]
  w de water w acqua [ak'wa]
GHJ  di de Dieu  dy Ghjacumu [dyà'cumu]
    y u ghjornu [u yor'nu
CHJ   ty a machja [a mat'ya]
Z ts de tsar ts u ziteddu [u tsit'eddu]
    dz u zannu [u dzan'u]

1.2 - Voyelles et alternance vocalique.

Les voyelles brèves et longues du latin ont subi, comme dans toute la Romania, une évolution, mais dans un sens diamétralement opposé : les voyelles longues se sont fermées et les brèves se sont ouvertes.

Il faut noter que l'évolution a donné des résultats différents au Nord et au Sud de l'île :

NE                   i            è            a            ò            u

NO                  i            è            a                      u

S                     i                       a                      u

La prononciation est généralement à l'inverse de celle de l'Italien :

e ouvert           è            parte

e fermé            é            mela

o ouvert           ó comme dans port : O Antó !, óchju, rotta, facitóghju ...

o fermé            ò comme dans pot : morte, sorte, porta

Les voyelles connaissent un type particulier de mutation, dit alternance vocalique, surtout dans les parlers du Sud :

Lorsque le "e" ou le "o" tonique deviennent atones, ils se changent respectivement en "i" et "u" dans les mots dérivés :

Ainsi, "mela" donne "miluccia", "fegatu" > "figateddu", "catena" > "catinacciu", "porta" > "purtone", "bastonu" > "bastunata", "meddu" > "middurà", "lettara" > "littarina", "deci" > "dicina", "petra" > "pitraghju", "ghjornu" > "ghjurnata", etc.

Le même phénomène affecte la conjugaison des verbes :

pusà - eiu posu - no pusemu

spoddà - mi spoddu - ci spuddemu


1.3 - Accentuation

Les accents sont assez peu usités dans l'orthographe corse, et on peut le regretter car ils permettraient de préciser systématiquement l'emplacement de l'accent tonique et l'aperture des voyelles.

On commence cependant à les voir apparaître sur les panneaux indicateurs :

u Tàravu, u Bàraci, a Restònica ...

Ils ne sont utilisés ordinairement que pour marquer les finales des mots tronqués (parolle mozze ou tronche en it.). L'accent est alors un accent d'intensité ou "incalcu".

Ex : Sartè, Auddè ...

Ils servent également à distinguer des mots homonymes :

à (préposition)             a article
è (et)                         e (article)
sò (ils sont                  so (je suis)
bòtte (barriques)          botte (bottes)
tòrta (tourte)              torta (tordue)
ùn (négation)              un (article)

Notons enfin que hà est la 3e personne singulier du verbe avoir, ha étant la 2e personne (tu as). Par symétrie, on écrit hè (il est) là où l'italien écrit è.

On a ainsi "hà fattu" (ha fattu : il a fait), et "ha fattu" (ha vattu : tu as fait).

Le corse étant une langue à accent libre, on peut avoir l'accent sur la pénultième syllabe (parolle lisce), comme dans parolle, sur l'antépénultième syllabe (parolle sguillule) comme dans chjàchjere, éramu, à védeci, séttima , sur l'antéantépénultième (parolle bisguillule) : mittitemine, éntresine, andémucine ...

Dans le Sartenais, les voyelles e et o portent toujours l'accent tonique : sinon elles se transforment  en i et u et deviennent atones.

A noter deux conventions d’écriture qui ont été mises en place dans les années soixante :

– l’aletta, accent graphique (distinct de l’incalcu, accent tonique), marque la dernière syllabe :
cità, lavà; tù, hè, trè, è, à, frà...)

– le ’è explétif (issu de la conjonction è qui remplace la dernière syllabe atone élidée de polysyllabes non-oxytoniques.
Ex. : (cume -> cum’è, quante -> quant’è
Cette particule explétive n’a pas de valeur sémantique et ne sert, tout comme l’aletta, qu’à indiquer quels mots ne donnent pas lieu à la l’affaiblissement de la consonne initiale du mot suivant.

2 - Les variantes régionales du corse.

On peut distinguer grossièrement deux aires principales de parlers, ne coïncidant ni avec la chaîne montagneuse centrale, ni avec la division administrative. En fait, il n'y pas une ligne de démarcation unique, mais un faisceau de lignes au tracé différent suivant la nature des dif­férences :

Par exemple, le V en position forte se prononce "b" au nord d'une ligne reliant Vico à Ajaccio, Bocognano à Bastelica.

De même, l'aire où les deux "L" se transforment en "dd" (u beddu cavaddu) n'est pas la même. Ce son, aboutissement du latin -LL ou -L, se retrouve également en Sicile, Sardaigne et en Afrique du Nord.

D'une manière générale, on peut dire que les parlers du Sud ont gardé davantage d'archaïsmes et ont été moins influencés par le toscan. En revanche, ils sont plus proches du sarde.

La partie nord de la Sardaigne, désertée pendant les XVe et XVIe siècles du fait des maladies et des invasions barbaresques, avait été repeuplée par des populations venues de Corse à partir de la fin du XVIe siècle et au cours du XVIIIe siècle, ce qui explique les parentés entre le corse du Sud et le gallurais. Les Gallurais disent d'ailleurs "I Sardi" pour désigner les habitants du reste de l'île et se considèrent comme "Corsi".

Les parlers du Sud paraissent à l'oreille généralement plus rudes que ceux du Nord du fait des articulations consonantiques plus fortes, des redoublements de consonnes et de la réduction des voyelles à un souffle après une consonne forte.

Les principales différences des parlers du Sud de la Corse par rapport à ceux du Nord sont les suivantes :

2.1 - différences phonétiques :

- les voyelles :

Le vocalisme du Sud se réduit aux trois voyelles a, i et u.

Les voyelles accentuées du latin, transposées au Nord et sur le continent dans le gallo-roman ou l'italo-roman (I devenant e et U devenant o), ont disparu dans le Sud :

Ainsi pilu/pelo, filu/filo, furru/forno, bucca/bocca, cruce/croce.

"pilu" (i bref) présente la même voyelle que "filu" (i long); de même "furru" (u bref) et muru (u long).

Les voyelles e et o ne sont conservées dans le Sartenais que si elles portent l'accent tonique.

Le vocalisme se présente comme suit :

i bref donne i dans le Sud, e ouvert (è) dans le Nord :

D'où les oppositions siccu/seccu, fritu/fretu, pilu/pelu, iddu/ellu ...

u bref donne u dans le Sud, o ouvert dans le Nord :

D'où russu/rossu, cruci/croce, furru/fornu, puzzu/pozzu, suttu/sottu ...

Les e, qu'ils soient brefs ou longs, peuvent donner e fermé ou e ouvert dans le Sud, alors qu'au Nord, e long donnera e ouvert (è) et e bref donnera e fermé (é) :

Dans le Sud, on prononcera : séra, téla, méla, réta, séta, céra, mais vèna, tèna, rènu, fèsta, lèttu ...

L'impression générale est d'inversion des apertures par rapport au nord, plutôt que d'aperture systématique des voyelles : séra et non sèra, quistu et non questu, mais pèttu et non péttu ...

L'aperture coïncide avec la présence d'une consonne nasale après la voyelle ou d'une syllabe dite entravée par une consonne (chj et ghj conservant cependant le son ouvert).

De même, les o latins se résoudront en o ouverts ou fermés dans le Sud, en fonction des consonnes qui les suivent, alors que le o long donnera forcément un o ouvert au nord :

o fermé : focu, locu, colu, dolu, boiu ...

o ouvert : pôsu, nôdu, sônu, côsa, bônu, ômu, côrsu, môrti, côstu ...

Le o ouvert est beaucoup plus fréquent dans le Sartenais.

La mutation des voyelles s'accentue :

omu donne umonu, ochju uchjonu, escia isciutu, pensu pinsà.

A l'inverse, le u atone peut se changer en o en deve­nant tonique :

cuddà/coddu, pisà/pesu.

Les e et o atones sont quasi absents, avant la syllabe tonique (vargogna, ibidi, uccidà, uffiziu, alivi), comme après celle-ci (nazioni, saluta, mari ...)

Les voyelles finales sont très peu audibles, l'élision étant systématiquement pratiquée, ce qui donne une élocution plus rapide que dans le Cismonte.

- les consonnes :

- Les parlers du Sud ne connaissent pratiquement pas la lénition (affaiblissement) des consonnes : à part f devenant v en position faible et s devenant z, les autres consonnes sont très peu affaiblies. Ainsi on dira u capu (u gabu au N.), u pedi (u bee), mais "u viori" et "u zumeri".

Le Nord joue uniquement sur la sonorisation, alors que le Sud utilise davantage la tension : le B, le P, le T sont à son constant, à peine affaibli parfois.

On a ainsi :

            so' tori : sourd au Nord (so' tori), tendu au Sud (so' ttori)

            un toru sourd (N)/ non tendu (S)

            u toru sonore au Nord (u doru), non tendu au Sud (u toru)

- les parlers du Sud n'appliquent pas le bêtacisme du Nord : on a "vinu", "vinti", "vena"...

- Ils redoublent fréquemment les consonnes : u farru (u feru au Nord) ;

- Les consonnes s'assimilent fréquemment :

            invarru/invernu

            cistarra/cisterna

            furru/fornu

En outre, le groupe -rn du nord passe à -rr au sud : carri au lieu de carne ...

- Particularité du Sud, la prononciation cacuminale (dd articulé avec la pointe de la langue relevée vers le haut du palais) évoquée plus haut (u cavaddu, piddà).

2.2 - différences grammaticales:

Les mots se treminant en -e au nord se terminent en -i au sud : u mari, u pani, parfois en -u : u purtonu ...

Dans le Sartenais, on trouve des pluriels masculins en -a, dérivés des pluriels neutres du latin.

Ainsi u corpu/i corpa, u mesi/i mesa ...

A l'inverse, les pluriels féminins se terminent en -i, sauf ceux portant l'accent tonique sur la dernière syllabe : a petra/i petri... mais i libertà.

Les infinitifs en -e atone du nord sont en -a atone au sud : essa, veda.

On ne trouve donc pratiquement pas de mots se terminant en -e.

2.3 - différences lexicales :

On trouve des différences lexicales, en nombre restreint cependant :

vaghjimu / auturnu, ghjacaru / cane, maiori / grande, mis­siavu / babbone, asinu / sumeri, mufroni, fazzulettu/mandile ...

2.4 - Les principaux dialectes du Sud

On peut distinguer cinq dialectes principaux :

          - le bonifacien, qui est en fait d'origine génoise ;
          - le sartenais ;
          - le taravais ;
          - l'ajaccien rural (Prunelli et Gravona) ;
          - l'ajaccien urbain.

L'aire sartenaise s'étend en fait de l'Alta Rocca jusqu'à la Gallura sarde.

Les nombreux I et U toniques changés ailleurs en i et o sont conservés (cruce, bucca, iddu ...). Cette originalité purement sartenaise disparaît dans la campagne environnante.

Par ailleurs, de nombreux E et O se prononcent ouverts (comme en italien) : fèsta, rèstu, pèttu, portu, pocu, mais fôcu, lôcu, onôri.

Les consonnes P, T et CHJ sont invariables en toute position.

Le S se prononce [TS] entre consonne et voyelle :

            Corsica [kôr'tsiga], salsa [sal'tsa]

Autre particularité : le "DD" qui remplace non seulement le double L, mais aussi les groupes gli, glia issus du "li" latin :

fiddolu, famidda, cavaddu, travaddu.

De nombreux masculins (ceux qui n'ont pas de féminin) prennent leur pluriel en -a :

            u corpu/i corpa, u frati/i frata, un ovu/dui ôva.

Les substantifs dont l'accentuation est sur l'antépénultième syllabe font leur pluriel en "i" :

            ànguli/ànguli, nivulu/nivuli, spàsimu/spasimi ...

Les noms féminins font leur pluriel en "i", sauf les noms abstraits portant l'accent tonique sur la dernière syllabe.

Dans l'Alta Rocca, on prononce [K] le C en n'importe qu'elle position, quand il n'est pas suivi d'un E ou d'un I : àmicu, amichévuli.

Le groupe "QU" se prononce toujours [kw] dans l'Alta Rocca : è di Quenza, a quarésima ...

On pratique fréquemment les contractions de propositions suivies d'articles :

            à u donne au (prononcé o)

            à i donne ai (prononcé é)

            à a donne aa (prononcé a:)

Enfin, "beaucoup" se dit "parecchj", nosciu et vosciu se prononcent avec un o ouvert, le son "gu" est parfois prononcé "v": vadagnà, invernu, vuletta.

Il faut noter qu'à Sartène cohabitent deux idiomes: celui de l'Alta Rocca, parlé par les sartenais de souche, et celui du Taravo.

3 - Eléments de grammaire corse

1 - L'ARTICLE

L'article est une création du latin tardif.  L'article défini est dérivé du pronom démonstratif "ille" alors que l'indéfini vient du numéral "unus".

Les articles corses sont "u" et "a" au singulier, "i" et "e" au pluriel.

(en poésie on trouve parfois les formes "lu" et "la").

2 - LES DEMONSTRATIFS


il y a deux types de démonstratifs : remplissent uniquement le rôle d'adjectifs et ceux qui peuvent être adjectifs ou pronoms.

De plus,  le corse a un système triple comme le latin, dérivé soit de iste, soit de ipse, soit  de ille.
Il distingue trois degrés de localisation de l'objet désigné : ici, là,  là-bas.

Latin Pronom Adjectif

quand l'objet désign est proche de celui qui parle :

istud
ista
isti
iste
questu
questa
questi
queste
stu
sta
sti
ste

quand l'objet désign est proche de celui qui écoute

ipse
ipsa
ipsi
ipse
quessu
quessa
quessi
quesse
issu/su
issa/sa
issi/si
isse/se

quand l'objet est lointain :

ille   
illa   
illi   
ille   
quellu  
quella
quelli 
quelle 
quellu
quella
quelli  
quelle

Exemples d'emplois :

- quista casa è a meia (cette maison-ci, tout près)

- quissa è di me fratellu (celle-là, plus loin)

quilla è di mè ziu (l'autre)

Cette distinction approximativement juste ne rend toutefois pas compte de toute la diversité : dans la phrase "fighjula st'acellu à nant'à quillu muru", l'opposition stu/quillu distingue plutôt l'animé de l'inanimé.

Dans d'autres cas, l'opposition peut porter sur la qualité :

quissi so belli, quilli no".

3 - LES POSSESSIFS


Le corse s'oppose au français et à l'italien sur plusieurs points :


- il a généralisé la forme venant du réfléchi latin suus;

- s'il généralise l'article comme l'italien, il a développé des formes tronquées insensibles aux variations nombre et de genre.

PRONOM

Masc.


u meiu 
u toiu 

u soiu 

u nostru  

u vostru  

u soiu

i mei 

i toi  

i soi 

i nostri  

i vostri 

i soi 



Fém.


a meia  

a toia  

a soia  

a nostra  

a vostra  

a soia 

e meie (i mei)  

e toie (i toi) 

e soie (i soi) 

e nostre 

e vostre 

e soie  

ADJECTIF

Masc.

u mè (mo, mio) 

u tò   

u sò  

u nostru (nosciu) 

u vostru (vosciu)  

u sò  

i mè (mo, mio)  

i tò  

i sò  

i nostri (nosci)  

 i vostri (vosci)  

i sò  

 


Fém.

a mè (mo, mio)

a tò

a sò

a nostra

a vostra

a sò

ie (i) mè (mo, mio)

e (i) tò

e (i) sò

e (i) nostre (nosci)

e (i) vostre (vosci)

e (i) sò

4 - LE VERBE

AVÈ

Présent

aghju
(h)ai (S. : hà)

avemu (emu)
avete (aveti ou eti)
(h)anu (hani au S.)

Passé simple  

ebbi (ebbu)   
avisti (avesti)
ebbe (ebbi)
èbbimu (ebbimi)   
avesti (avisti)    
èbbenu (èbbini)

Conditionnel I

avarebbi
avaresti
avarebbe
avarebbimu
avareste
avarebbenu 

Subjonctif présent

abbia (abbii ou aghji
abbia    
abbia   
àbbiamu (àbbiimi)
àbbiate (àbbiiti)   
àbbianu (àbbiini)

ESSE (ESSA)

Présent 

sogu ou sò
sì (sè)  
hè (ghjé)    
simu (semu)
site (seti) 

Passé simple   

fui (fuiu ou fubbi)   
fusti 
fù 
fuimu (fùbimmu)  
fuste (fusti)
funu (funi ou fùbbenu) 

passé composé : sò statu

plus-que-parfait : era statu

passé antérieur : fui statu

futur antérieur : saraghju statu

1ère conjugaison régulière : CANTÀ

Présent

cantu
canti
canta
cantemu
canteti
càntani

Passé simple   

canteti  
cantesti    
cantò
cantèttimi 
cantesti
cantoni   

2ème conjugaison régulière : TEME


Présent 

temu
temi
temi 
temimu  
temiti    
tèmini

Passé simple

timii  
timisti   
timi   
timimu  
timisti   
timinu   


3ème conjugaison régulière : SORTE

Présent

sortu 
sorti  
sorti  
sortimu
sortiti
sortini

Passé simple

surtitti   
surtisti  
surti  
surtittimi
surtisti  
surtittini

4ème conjugaison régulière : FINISCE


Présent 

finiscu  
finisci   
finisci   
finimu   
finiti  
finiscini

Passé simple

finiti  
finisti
finiti  
finitimi  
finititi
finitini   




Imparfait

avia (aviu)
avii
avia
aviamu (aviami)
aviate (aviati)
avianu (aviani)

Futur

avaraghju
avarei (avarè)
avarà
averemu (avaremu)
averete (avarati)
avaranu (avarani)

Conditionnel II

avaria (avariu)
avarii (avaristii)
avaria
avariamu (avariami)
avariate (avariati)
avarianu (avariani)

Subjonctif imparfait

avissi
avissi
avissi
avissimu
avissite
avissini




Imparfait

eru (era)
eri
era
èramu (èrami)
èrate (èrati)
èranu (èrani)

Futur

saraghju
sarè (sarei)
sarà (sarè)
saremu
sarete (sareti)
saranu (sarani)












Imparfait

cantàiu
cantaia
cantai
cantàiami
cantàiati
cantàiani

Futur

cantaraghju
cantarè
cantarà
cantaremu
cantareti
cantarani

(verbes e ou a atone forme adjectivale en -utu

Imparfait

timiu
timii
timia
timiami
timiati
timiani

Futur

timaraghju
timarè
timarà
timaremu
timareti
timarani

(verbes e ou a atone forme adjectivale en -itu

Imparfait

surtiu
surtii
surtia
surtiami
surtiati
surtiani

Futur

surtaraghju
surtarè
surtarà
surtaremu
surtareti
surtarani

(verbes en -isce ou -iscia)

Imparfait

finiu
finii
finia
finiami
finiati
finiani

Passé simple Futur

finisceraghju
finisciarè
finisciarà
finisciaremu
finisciareti
finisciarani



1ère conjugaison irrégulière : andà, stà, dà

2ème conjugaison irrégulière : duvè, pudè, sapè, vulè

3ème conjugaison irrégulière : more, vede, beie

4ème conjugaison irrégulière : custrui, ostrui, appari (adj en -uttu ou -su)

5ème conjugaison irrégulière : perde, permette (adj en -su)

6ème conjugaison irrégulière : dì, fà et leurs dérivés

7ème conjugaison irrégulière : apre, copre, soffre... 

Note : Au futur on emploie souvent des formes telles que :

5 - Particularités

- Le COD introduit par la préposition à:

Cet emploi comme signe de l'accusatif est une exigence grammaticale quand il s'agit de personnes : "Mí à Petru".

En revanche, l'utilisation de l'article exclut la préposition : "fighjula u prete".

Cette particularité est à rapprocher de l'espagnol dans lequel on a : "Paulo ama a Ines", "El Presidiente recibio al jefe del gobierno", "Pedro comió los huevos".

(on trouve cependant : "El acido ataca a los metales"...)

La préposition est utilisée pour mettre en vedette le complément

Dans le cas d'un cod pronomalisé, il n'est précédé de "à" que si l'on veut insister.

- Suffixes :

- le suffixe -aghju : Issu du latin -arius

- formation des noms de lieux : granaghju, pagliaghju, sulaghju...

- formation des noms de métier : capraghju, mulinaghju, paghjulaghju, uliaghju...

- formation de noms d'objets : pulintaghju, mundulaghju

- le suffixe -aru : "arius" a donné "-ario" en toscan, puis "aio", le pluriel "ari" :

            carbunaru, scarparu, macellaru ...

- le suffixe -eghju : du latin -erius :

            capisteghju

le suffixe -aciu : du latin -aceus :

            muntagnaciu

- le suffixe -iciu : du latin -icius :

            rumaniciu

- le suffixe -toghju : -arius s'ajoutait en latin au radical des participes passés pour former des substantifs. Ce suffixe a donné "-oir" ou "-toir" en français, "-toio" en italien, "-toghju" en corse :

lavare>lavatarium>lavoir, lavatoio, lavatoghju


- Etymologies particulières

- micca :
Le latin "mica" est conservé en italien, en corse et également en espagnol (miga) et en français (mie). En français, "mie" et "miette" sont remplacés vers le XVIIe siècle par "point" et "pas". En Italie, la négation se marque par "non", "micca" étant encore employé pour renforcer la négation : "non lo conosco micca". On retrouve un usage comparable à celui qui en est fait en corse dans certains dialectes : toscan, lombard ("minga"), piémontais ("mia"), calabrais ("micu").

- nice :
Du latin "ne scire", passée en italien sous la forme "fare il nesci", découle l'expression "fà nice" : faire semblant

Scrivimu a nostra lingua

Eccu a prima cronaca " Scrivimu a nostra lingua" pà u Nutiziale di Corse-Matin ! S'attacca incù A, À è HÀ!

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4 - Les problèmes de l'écriture du corse.

Aperçu historique

Ce n'est qu'en présence de la situation créée par la substitution progressive du français à l'italien comme langue écrite que l'on a ressenti le besoin d'écrire la langue populaire.

On trouve quelques textes anciens écrits en corse, mais l'on n'a réellement commencé à écrire le corse qu'à la fin du XIXe siècle, donc après la fixation définitive de l'orthographe italienne, ce qui n'est pas indifférent.

L'orthographe corse résulte d'un lent effort entrepris depuis Falcucci (1835-1902). Elle est très voisine de l'écriture italienne, mais s'en écarte parfois et a été adaptée de façon à noter des sons inconnus de l'italien officiel et à rendre compte des variétés dialectales.

Autant il paraît souhaitable que la langue garde sa diversité, autant il apparaît indispensable d'utiliser une graphie normalisée unique.

Problématique

Quelle forme choisir pour la langue " standard " ?

On peut sélectionner l'une des formes en présence : c'est la solution qui a prévalu en France.

On peut également forger une forme nouvelle : dans ce cas une description précise de variations dialectales est nécessaire pour forger une forme moyenne. Au niveau de la graphie, comment transcrire un mot prononcé de différentes manières sur le territoire, afin que tout le monde le reconnaisse ?

Au niveau du lexique, quelle variante conserver lorsque le même objet ou la même notion ne sont pas nommées de la même façon dans les différentes formes dialectales ?

Au niveau de la syntaxe, comment choisir la norme ?

Dans les grandes lignes, le corse s'écrit comme l'italien. Cependant, certains particularités sautent aux yeux : la graphie "GHJ" et "CHJ", ainsi que les "J" en fin de mot.

Cette dernière graphie est la semi-voyelle J, variante calligraphique du I à l'origine, disparue de l'italien au XIXe siècle. Elle traduit certains pluriels en -ii. On y trouve l'origine des noms propres Valery, Landry, Mary, Ottavi primitivement Valerj, Landrj, Marj, Ottavj.

Ce J semi-voyelle existait en toscan.

Les graphies CHJ et GHJ sont une réponse à la nécessité de transcrire les phonèmes inconnus en italien : les affriquées palatales.

On écrit ainsi "chjaru" pour l'italien "chiaro" et "ghjornu" pour "giorno".

(On trouve dans d'anciens textes l'opposition cchi/chi : specchiu, struchiu, achiu, ghiornu).

Notons que "ochju" vient du latin "oculus" à travers "oclu" et que "vechju" vient de "vetulus" par "vetlu" puis "veclu".

Cette graphie a été longtemps critiquée, notamment dans le Sud de la Corse où l'on a tendance à utiliser le J ; elle fait à présent quasiment l'unanimité.

 

Une transcription "à l'italienne" aurait eu pour inconvénient de faire écrire de la même façon des sons différents comme dans "schiattà" et "schjavu", "chi" et "chjave", "secchi" et "vecchj" ...

L'utilisation du J pour rendre les phonèmes [y] et [dy] peut-elle être envisagée ?

Si on la réserve à la position faible (solution de P.M. de la Foata), un même mot aurait eu des orthographes différentes selon la construction de la phrase :

             un giornu/u jornu.

Si on l'utilise dans tous les cas, on ne rend pas compte du son "dy" et l'on s'éloignerait parfois de l'étymologie :

            ghjaddu < gallus
            ghjenaru < gener
            mughjà < mugire
            ghjirà < gyrare
            ghjelu < gelu.

Cependant, dans de nombreux cas, cette orthographe se rapproche de l'étymologie latine :

            jacca < jacere
            jubila < jubilare
            juncu < juncus
            majali < majalis

On pourrait aussi envisager d'écrire les affriquées palatales "gi", mais on écrirait alors "gi" le son en position faible, qui se prononce "y".

            un giornu [djornu] /u giornu [yornu]

Ce n'est pas très satisfaisant.

La solution retenue, si elle peut surprendre un francophone par son aspect compliqué, a l'immense mérite de permettre une écriture unifiée rendant compte de la mutation consonantique CHJ/GHJ analogue à celle du C et du G.

L'opposition Nord-Sud dans la graphie

Sauf intention particulière de rendre les différences dialectales, on s'oriente vers une écriture standard tenant compte au maximum de l'étymologie  pour transcrire les consonnes mutantes b-w, c-g, f-v, p-b, qu-gu, s-z, t-d, v-w.

On utilisera les signes graphiques correspondant aux prononciations sourdes, quitte à les prononcer sonores pour ceux qui opèrent la sonorisation après une voyelle atone.

On écrit donc "focu", qui sera prononcé "focu" par ceux qui ne sonorisent pas. Les autres (ceux du Nord) appliqueront la règle générale qui veut que "C précédé d'une voyelle atone se prononce G".

A contrario, la graphie "fogu" excluerait les Corses du Sud qui ne sonorisent pas.

De même, on écrira "cità" plutôt que "città", afin que les gens du Nord puissent prononcer la sonore "d" ("cidà"), et que ceux du Sud prononcent t tendu : "città".

Pour les sonores qui ne s'affaiblissent nulle part en Corse (b et d), il suffit de les doubler : rubbà, sabbatu, addiu.

Ainsi, chaque locuteur, selon son origine, pourra interpréter de lui-même : au Nord, le "P" entre deux voyelles se prononcera toujours [b], F se prononcera toujours [v]. Au Sud, "LL" se prononcera toujours [dd], etc.

Dans certains cas cependant, la synthèse est difficile à opérer :

Dans le Nord, le redoublement du C sert à conserver le son [TCH] qui se prononcerait [DJ] avec un seul C :

faccia, leccia, accia ...

Cette solution s'écarte parfois de l'étymologie :

accentu, mais minacia ou minaccia ?
accidenti, mais lècia ou leccia ?
bracciu, mais facenda ou faccenda ?

La graphie C pour conserver la valeur [g] après voyelle, cohérente dans le Sartenais, est discutable pour le Nord, même si elle permet dans de nombreux cas de conserver le C étymologique. Doit-on écrire "aricusta" (de locusta), "biddicu" (umbilicus), "fècatu" (ficatum), "làcrima", "pricà" ou bien "aligosta", "billicu", "fégatu", "làgrima", "pregà" ?

Il faut en l'espèce tenir compte des régions de Corse où le g intervocalique est amui : figatellu [fi'atellu], ligà [li'à], etc et du fait que le C, toujours adouci entre deux voyelles dans le Sud, reste, dans le Nord, dur après l'accent tonique.

Deux particularités de l'orthographe communément utilisée nous paraissent discutables : le h ajouté aux auxiliaires dans hè et hà, et l'écriture "è" de la conjonction de coordination. Ce choix paraît relever d'une volonté de se démarquer de l'italien ... Pourquoi n'être pas allé au bout de l'étymologie en orthographiant "havè" plutôt que "avè" ?

  *            *            *

La grande majorité de ceux qui écrivent aujourd'hui en corse s'accorde sur la même pratique orthographique.

Cette orthographe n'est pas plus compliquée ou artificielle que l'orthographe française. En effet, personne n'est surpris de devoir écrire trois voyelles successives pour figurer le son d'une quatrième dans "eau", ni de prononcer [segon] ce qui s'écrit "second", ni du fait que le mot "oiseau" ne comporte dans sa forme orale ni O, ni I, ni S, ni E, ni A, ni U !

Rappelons la proposition de George Bernard Shaw d'écrire "ghoti" le mot fish (gh=f comme dans enough, o=i comme dans women et ti=sh comme dans nation !)

Le système adopté a l'immense avantage de permettre de prendre en compte les variantes de prononciation locales.

Les noms de lieux

On relève des origines pré-latines liées à une particularité du relief (Calacuccia, Avapessa, Carbini, Alzi) ou au type de culture : (Olmetu, Frassetu, Carpinetu, Salicetu). A leur arrivée, les Français ont repris la transcription italienne des noms propres, à quelques exceptions près (l'Ile-Rousse et les noms de saints : Saint-Florent, Ste Lucie de Tallano, St Pierre de Venaco, etc).

La récente initiative de généralisation du bilinguisme sur les panneaux routiers, à l'instar de ce qui se pratique depuis longtemps en Provence ou en Bretagne, officialise les orthographes (et permet également aux panneaux de rester intacts ...).

On trouve ainsi Belvédère/Belvidè, Argiusta-Moricco/Arghjusta Muricciu, Moca-Croce/Macà Croci, Olivese/Livesi, Aullène/Auddè ...

On pourra certes discuter à l'infini de la légitimité de corsiser des noms qui n'ont jamais été orthographiés autrement qu'en toscan.

Est-il légitime de faire "cadrer" l'orthographe avec la prononciation ? En particulier se pose le problème des noms de lieux aux finales "tronquées" :

Sartè, Altaghjè, Auddè, Belvidè, Bisè, Bucugnà, Casaglió, Cuzzà, Fuzzà, Tizzà, Bicchisgià, Surbuddà...

On peut penser que, comme tous les mots portant l'accent tonique sur la dernière syllabe, ils comportaient à l'origine une finale tronquée par l'usage, à moins que ce soit le nom des habitants qui ait donné la consonne finale : Sartinesi -> Sartène -> Sartè ?

Rappelons que les syllabes atones ont chuté du latin dès l'origine : ainsi òculus a donné "ochju", auriculam "arechja", civitàtem "cità", habère "avè"

 

separateur

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