A lingua corsa
Eléments de langue corse

1 - Aperçu sur la formation des langues romanes

Dernière mise à jour : 01/02/2017

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Comme chacun le sait, les langues romanes, et en particuler le corse, sont issues du latin. En fait, elles tirent leur origine, non du latin de Cicéron, mais du latin dit "vulgaire" et de son évolution différenciée au cours des siècles. Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'histoire du latin, on discerne la coexistence de deux registres linguistiques : le latin écrit et le registre parlé.

La langue écrite a été fixée très tôt et a très peu évolué en huit siècles, car, devenue langue d'un puissant Empire, elle devait être sans équivoque et traduire fidèlement les textes juridiques. Mais peu à peu s'est formé un latin différent, dit "latin vulgaire", qui, parallèlement au latin classique fixé par l'écrit tel qu'il nous a été transmis, évoluait rapidement.

L'alphabet latin possédait 23 signes. Par rapport à l'alphabet français, le I et le U se confondaient respectivement avec J et V, représentant tantôt une voyelle (facit, lucidus), tantôt une consonne (iactum, uolo). U était considéré comme la minuscule de V. I consonne est dit "yod", U consonne "wau". Ce sont des semi-voyelles. Enfin, le W n'existait pas.

Peu à peu, le latin populaire dit "latin vulgaire" s'est différencié du latin "classique" ou littéraire. Le contact avec les langues "barbares" provoque une fragmentation linguistique de la Romania. Le latin importé dans les colonies romaines subit, dans chacune de ces colonies, des modifications liées en particulier au substrat et à des facteurs sociaux, géographiques et chronologiques :

 - au niveau des déclinaisons (caput, capitis, capiti devenant capus, capi, capo
 - au niveau des conjugaisons (scripsi se transforme en habeo scriptum)
 - de la syntaxe (credo Deum esse sanctum devient en latin vulgaire credo quod Deus est sanctus),
 - du vocabulaire (en Gaule, equus devient caballus, mensa devient tabula...)

Enfin la prononciation se modifie considérablement.

Dès le IIe siècle, les différentiations s'accentuent :

A l'Ouest, on conserve le "S" final et on sonorise les consonnes sourdes intervocaliques : "P" a tendance à devenir "B", "T" devenant "D", "C" devenant "G".

A l'Est, le S final disparaît et les sourdes demeurent. Dans ces deux zones, les I et U brefs ont tendance à se transformer en "E" et "O".

Au contraire, dans les îles de la Méditerranée, on conserve les i et u brefs du latin.

La palatisation se généralise. Cependant, seule la Sardaigne conserve le "C" dur devant toutes les voyelles, alors que Corse et Sicile le palatisent devant E et I.

La longue évolution qui fera passer du latin parlé aux langues romanes toucha différents aspects de la langue, en particulier l’accent.

Dès le Ier siècle,  l’accent de hauteur (ou mélodique)  cède la place à un  accent d’intensité (ou tonique). Cela entraîne des changements importants au sein des mots comme la chute de certaines voyelles atones, voire la disparition de certaines syllabes.

Exemples (chute du u ou du i non accentué) :
speculum > speclum > specchio (it.), spechju (co.), espech (prov.), espejo (esp.) (miroir)
masculus > masclus > masclo (prov.), macho (esp.), machio (it.), masciu (co.) (mâle)
vetulus > veclus > vecchio (it.), vechju (co.), viejo (esp.), vèio (prov.), vieux (fr.)

Ce changement de nature de l’accent se fait le plus souvent sans changer de syllabe dans le mot.
Ex. : bassum (latin)- bassu (co.), basso (it.), bajo (esp.), baixo (port.), bas (fr.).6

Le remplacement progressif de l’accent de hauteur par l’accent d’intensité produit l’amuïssement de certaines voyelles). Ainsi les voyelles toniques libres s'allongent sous l’effet de l’accent d’intensité, les voyelles brèves s'ouvrent.

Puis vient une longue période d’amuïssement des consonnes placées en position antéconsonantique, intervocalique et finale. Les consoles sourdes intervocaliques se sonorisent.

Plus le latin étend sa diffusion, plus il se diversifie, à la fois sous l'influence du substrat et de son évolution propre. Cependant, la différenciation du latin pendant l'Empire n'avait abouti qu'à la constitution de variétés dialectales dominées par le latin classique, langue de l'administration, du droit, des intellectuels et de la religion.

Après l'an 284, Rome perd son statut de capitale. Le morcellement administratif et politique accélère la diversification linguistique qui va donner naissance aux langues romanes. Ce processus s'intensifie entre le Ve et le IXe siècle, sous l'influence des invasions germaniques (Vandales, Wisigoths, Burgondes, Alamans, Ostrogoths, Saxons, Angles, Lombards, Francs) et arabes (Sarrasins). 

Pendant le règne de Charlemagne, on tentera de réutiliser le latin classique, mais sans succès tant l'écart entre la "lingua latina" et la "lingua romana" s'était élargi. Le serment de Strasbourg en 842 marque symboliquement la naissance des nouvelles langues : Charles le Chauve et Louis le Germanique adressent le même discours à leurs guerriers, l'un en "roman", l'autre en "tudesque". 

La lingua romana rustica deviendra le français tandis que la lingua teudisca donnera naissance à l'allemand.

 

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